TRANCHÉES DE LA SOMME
1.12.1914
mardi - Tranchées du grand ouvrage et du Crinchon, chemin creux,
une section en réserve, popote au moulin, pluie
8.12
mardi - Ordre de départ pour travaux à l’arrière, départ à 8
h par Wagnonlieu, Duisans
en vue des Boches, bombardement à la Hate près Louez, pas de course
vers Etrun, arrivé à Acq,
envoyé à Ecoivres
toute
la nuit dans un boyau avec 0,50 d’eau, rentré à 8 h
(Noël
1914 : lettre à Adrien, son frère, inventeur, qui possède une usine
à Nantes, et fabrique pour l'armée. Adrien n'a pas d'enfants,
et est à l'arrière, tandis qu'Edouard qui en a 3 est au frond. La lettre
témoigne d'une telle grandeur d'âme ! et pas une plainte ! )
attaques
heureusement, mais nous devons toujours être prêts à prendre les armes,
et le plus dangereux et le moins agréable, c’est que jour et nuit nous avons
toujours l’artillerie allemande qui, répondant à la notre, envoit des srapmells
au petit bonheur. Gare à ceux qui les reçoivent et malgré qu’il y ai plus
de trois mois qui nous en voyons éclater près de nous, on ne s’y habitue
pas. C’est comme les balles, c’est toujours désagréable de les entendre
siffler aux oreilles, surtout quant je suis aux tranchées de première ligne,
dans ma compagnie. Nous n'avons pas eu trop de mal surtout depuis le 4 octobre,
pas de mort pas de blessés sur les 250 hommes, espérons que la compagne
se termine ainsi.
Car
je crois nos mauvais jours passés, et les camarades avec qui je me trouve
aiment bien les bonnes choses. La plupart sont des messieurs de situation
au dessus de la mienne, mais ce qui n’empêche pas que nous sommes tous très
liés et de véritables amis, avec qui j’ai tout de même eu des jours de misère,
que nous compensons quand nous le pouvons.
A
vous lire, votre frère et beau-frère qui vous embrasse affectueusement, Edouard