14.2
dimanche (gras) - Départ pour Dainville
15.2
lundi - Bruits de départ, Mr Leglaive va reconnaître
16.2
mardi (gras) - 5 h nous partons pour Basseux, arrivé en ligne
à 1 h le mardi gras, dans la boue, on remplace le 92e et nous sommes
en liaison avec le 41e qui est remplacé par des Hussards, Provost de
Launay
20.2
samedi - Campagne, centre gauche Gastineau. Nous
restons dans la boue sans abri pendant
5
jours et 6 nuits, les hommes malades, pas de boyaux, les balles sifflent,
relève pénible, nuit très noire, arrière à Bailleulval
21.2
dimanche - Bailleulval chez Dupin, popote chez Noiret,
repos, Mr Leglaive rente dans la journée
22.2
lundi - 75 malades le 1er jour, les hommes se reposent et tout
se rétablit, les saluts sont très suivis
24.2
mercredi - Nous avons des théories chez Derancourt
27.2
samedi - Tranchées Gastineau Cie extrême gauche
la
ferme « Gastineau » (texte et dessin d'Edouard)
Située
sur la route de Berles à Rivière, la ferme de Gastineau était habitée par
un vieux ménage, qui travaillait un peu les terres environnantes et faisait
le commerce d’engrais. Cette maison, qui avait certaines dépendances, avait
servi de débit et possédait de grandes caves dont l’une superposée sur l’autre.
Derrière la maison existe également un ancien four de briqueterie.
Vers
les premiers jours d’octobre 1914, les propriétaires de la maison n’avaient
pas
quitté leure demeure à l’arrivée des Allemands. On ne sait au juste ce qui
s’y est passé. Mais suivant les racontards on avait dit que Monsieur
et Madame Gastineau avaient été tués et jettés
dans leur puits derière la ferme. Pendant longtemps cette légende avait
tenu et le puits rigoureusement consigné avec défense de se servir de l’eau.
Après
des combats et attaques successifs entre Berles
et Ransart, nos troupes ont gagné du terrain
vers le 15 octobre la ferme Gastineau était à nous. Progressivement nous
la dépassions et nous venions occuper des tranchées jusqu’à 600 m au-delà
dans la direction de Ransart où malgré beaucoup d’attaques très audacieuses
nous n’avons pu les déloger.
Le
15 février, quand nous sommes arrivés à ce secteur par une nuit noire et
froide, la pluie qui était tombée en abondance les jours précédents
avait rendu les boyaux impraticables. La tranchée pleine de boue et bien
mal installée n’avait aucun abris sérieux. C’est sous de simple toile de
tente et sans paille que nos bons hommes ont passé les premières nuits.
Nos
débuts dans ce secteur étaient pénibles mais avec de bons travailleurs nous
n’avons pas tardé à rendre la tranchée propre et les boyaux praticables.
Il
y en avait besoin pour plusieurs raisons. Il n’était pas agréable d’y patrouiller
jusqu’à demi jambe et ne pas y passer c’était s’exposer aux balles qui à
ce moment sifflaient continuellement de jour et de nuit.
Le
boyau principal (que je marque N°8) nous menait au poste de commandement
du secteur nommé Gastineau, nom des propriétaires.
Un
chef de bataillon ayant quatre compagnies en ligne et deux en soutien, s’y
tenait en permanence, logeant dans les caves de cette maison, qui servait
en même temps de poste d’observation à l’artillerie.
L’infirmerie
avec un major et un aide major était installée dans l’ancienne briqueterie
dans des espèces de caves pouvant résister au bombadement car ce coin est
très souvent visé par le canon allemand et les allées et venues dé-sigent
bien ce point
comme
poste de commandement.
Quatre
jours en première ligne, quatre jours à Bailleulval. Le temps s’est écoulé
petit à petit. Nos hommes ont bien travaillé. Nous avons en sommes refait
complètement toutes les tranchées, creusé quantité de boyaux profonds, qui
nous préservent. On vient maintenant jusqu’à Basseux par les boyaux, ce
qui nous fait au moins deux kilomètres.
Nous
avons changé plusieurs fois d’emplacement. Nous sommes maintenant à Th le
poste de commandement de Mr Leglaive est marqué n°3 et nos abris à droite
n°4. J’ai un poste d’écoute assurée sur la route et assez dangereux
marqué
n°5.
Nous
avons occupé pendant longtemps n°6 comme poste de commandement et popote
et ma section a été à n°7. Là, les Boches, comme vous pouvez vous en rendre
compte, étaient assez rapprochés. On ne comptais pas plus de 20 m pour aller
à leur poste d’écoute.
Les
lignes bleues vous donnent exactement l’emplacement des tranchées boches
devant Ransart. Les lignes rouges sont nos tranchées avec les divers boyaux
où nous som-mes maintenant. C’est plus éloigné, mais assez canonné se trouvant
sur une
hauteur
car entre nos lignes il y a une espèce de petit ravin qui sillonne un ruisseau
insignifiant.
Ransart
est entouré d’arbres comme tous les villages de la région, mais les maisons
sont complètement démolies. Il n’y a plus de civils.
Notre artillerie y tire souvent, car les Boches y cantonnent soit disant
plusieurs compagnies. Sur la route où je note n°9 c’est là que j’ai fait
tiré sur des Boches et nous en avons vu deux tomber. Nous tirions près du
n°4.
Près
de Gastineau, à 100 m derrière, se trouve les soutiens de deuxième ligne
SI SII successivement nous allons de temps à autre. C’est quelquefois bombardé,
mais comme j’ai eu l’occasion de vous l’écrire, nous y sommes tranquilles.
Nos bons hommes sont employés aux travaux de corvées, c’est de là que j’ai
plusieurs photos.
C.C.
Nos cuisines dans le ravin, près du ruisseau. Elles
sont bien dissimulées et à l’abri ; Des photos vous en donnent une idée.
Les cuisinières ont une rude corvée comme de venir trois fois par jour chercher
assistance, car il faut passer par les boyaux et par les jours de pluie
vous voyez avec la boue qui est innévitable dans le fossé que présente les
boyaux.
Je
crois que cet aperçu de notre secteur vous donnera une idée de ma vie de
tranchée. Cette simple maison isolée sur la grand route est pour nous un
point innoubliable pour la vie. Avec la carte d’état-major, vous pouvez
reconstituer ce petit coin et savoir ou je me trouve.
Il
y a encore une quantité de tranchées, de points fortifiés, d’emplacements
d’artillerie et de munition qu’il est de mon devoir de ne pas mentionner.
Note
1-Les
caporaux doivent s’assurer avant de prendre le service que tous les hommes
ont bien sur eux
1-les
120 cartouches
2-la
cagoule et le paquet de pansements
2-pendant
le service de jour, le caporal de garde dans la tranchée de tir doit veiller
à la propreté des cartouches et de l’eau qui se trouve dans les récipients
3-de
jour comme de nuit, prévenir immédiatement le chef de section des moindres
incidents et du passage des officiers supérieurs
4-remettre
au poste du chef de section les étuis de cartouches brulées
5-les
chefs d’escouades feront faire chaque matin une corvée de nettoyage des
boyaux près de abris. Les pionniers en plus du fil de fer feront l’entretien
de la tranchée.
6-organiser
chaque jour une corvée d’eau pour la section : le tonnelet et récipients
de tranchée.