Angers Maine et Loire par Odile Halbert Tous droits de reproduction réservés
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1653 : le pape Innocent a octroyé un jubilé à la ville d’Angers. On peut y gagner des indulgences contre monnaie trébuchante. Les pélerins accourent, entassés dans des barques surchargées. Le Loir, la Sarthe, La Mayenne et la Loire, toujours très encombrées de pêcheries et de trafic, sont d'autant plus dangereuses que personne ne sait nager. Certaines barques vont chavirer. Voici 4 de ces noyades collectives :
  1. A Briollay, là où le Loir se perd dans la Sarthe à travers les marais, les 1er et 2.5.1653 l’église de Briollay sonne un glas qui n’en finit pas. Mr le curé enterre 45 noyés, dont des femmes. La cloche sinistre résonne longtemps à travers les marais. Chaque noyé a droit à un nombre donné de coups de cloche. Il faut bien une journée entière pour 45 victimes. Sinistre n’est ce pas ?
  2. « Le 9.6.1653, quantité de paroissiens de Chétigné étaient partis empressés et joyeux pour gagner les indulgences et jubilé de l’année saincte, octroyés par Nostre Saint Père Innocent dans la ville d’Angers. Or, quantité de ces pélerins, que l’on dict jusqu’au nombre de trente, se noyèrent au lieu nommé la Serizaie, endroit ignoré maintenant, mais, à coup sûr, situé au passage de l’un des bacs, établis en amont de Saumur pour la traversée du fleuve : selon toute apparence nos infortunés voyageurs devaient se proposer d’atteindre la levée de la rive droite, qui était la route la plus directe et la plus facile entre Tours et Angers. » (2 cahiers munuscrits, au presbytère des Tuffeaux, rédigés par l’abbé Joseph Colas entre 1916 et 1937) Des femmes et des jeunes filles composent en majorité la pieuse compagnie. Suivent les noms des victimes, notamment de Françoise Dursor, à laquelle le clergé des Tuffeaux accorde volontiers sépulture en considération du pèlerinage entrepris par la défunte : « et joingt que ladicte Françoise portait des marques de l’église catholique, apostolique et romaine, un chapelet et un scapulaire cousu dans ses effets ».
  3. Le curé de la paroisse de Saint Clément des Levées, paroisse située sur la rive opposée, en face des Tuffeaux, enregistre à la même date, la sépulture de 6 autres noyés, appartenant vraisemblablement au même groupe de pélerins : « le 9.6.1653, sépulture de Pierre Guibert de la paroisse de Saint Clerc de Courchamps, lequel se noya par malheur dans la rivière de Loyre, au lieu-dit des Orthiouzes, s’en allant en la ville d’Angers pour gagner le Jubilé » Suivent 5 autres sépultures.
  4. « Le 26.6.1653, ont été inhumés dans le cimetière de Saint Martin, par moy curé soussigné, les corps des déffunts… tous de la paroisse des Rosiers, lequels se noyèrent dans la rivière de Loire le vingt quatrième du présent mois, le jour et feste de Saint Jean Baptiste. » Les 10 victimes sont des femmes et des enfants. Les corps ont été « peschés » dans les eaux du fleuve dépendant de la paroisse de Saint Maur.
de la Flêche à Montréal : les barques de pélerins ne sont pas les seules sur le Loir. Plusieurs barques ont quitté La Flèche début mai 1653, emmenant à Nantes 114 personnes qui se sont engagées pour aller renforcer la petite équipe de Ville-Marie la future Montréal au Canada. En passant aux alentours de Briollay, le sinistre glas résonne sur les marais si longtemps, que la mort par noyade leur devient brusquement une réalité. La peur de l’eau ne les quittera plus. Certains songent alors à déserter, et passent à l’acte.
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