René de Saint-Rémy, seigneur du Pin et de Préaux, engage 2 colliers de perle et une casaque, Angers 1659

et René de Quatrebarbes est venu avec lui à Angers, lui servir de caution.
L’engagement est fait sous la forme de ce que le Mont de Piété fait, c’est à dire dépôt de bijoux en attendant de rendre la somme avec les intérêts. Mais ici, faute de Mont de Piété, c’est un particulier qui prête, et qui aura expréssément le droit, faute de paiement, de vendre aux enchères les 2 colliers et la casaque.

Maintenant, je comprends que les 2 colliers ne sont tout de même pas les colliers de sa femme ! alors, à qui sont les colliers, car faute de précision, il est clair qu’ils sont à lui en personne. Je me demande alors si les hommes portaient alors des bijoux ? ou bien si ce sont les colliers d’une défunte mère qu’il met ainsi en gages, mais cette hypothèse ne me paraît pas satisfaisante.
Une chose est certaine, sil les colliers appartenaient à une épouse ou une mère, vivante, il fallait leur autorisation expréssement mentionnée longuement dans cet acte, or, aucune mention de ce type ne figure dans l’acte.

Et avec l’acte on dispose ici de 2 pièces jointes, l’une est la contre-lettre mettant René de Quatrebarbes hors de cause, que je n’ai pas retranscrite, l’aute, que j’ai retranscrite, est le retrait des 2 colliers et la casaque par René de Saint-Rémy, et ainsi la demoiselle Dorange n’a pas pu conserver ou vendre les coliers et la casaque;

J’ai trouvé cet acte aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E6 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 9 novembre 1659 avant midy par devant nous Pierre Coueffé notaire royal à Angers furent présents establys et deuement soubzmis Me René de St Rémy chevalier seigneur du Pin et de Preaux demeurant en ladite maison du Pin paroisse de Préaux pays du Mayne et René de Quatrebarbes escuyer sieur des Pins ? demeurant en sa maison seigneuriale de Chartier ? paroisse de Morannes
lesquels chacun d’eux seul et pour le tout sans division de personnes ne de biens leurs hoirs etc renonçant au bénéfice de division discussion et ordre etc confessent debvoir
à honneste fille Jehanne Dorange demeurante en ceste ville paroisse de la Trinité à ce présente et acceptante la somme de 242 livres à cause de juste et loyal prest fait contant par ladite Dorange auxdits establis qui l’ont receue en notre présence en monnaye bonne et ayant cours suivant l’ordonnance dont ils s’en contentent et l’en quittent
laquelle somme de 242 livres ils promettent luy rendre et payer en sa maison en ceste ville toutefois et quantes et à sa première demande et volonté à peine etc et de ce faire s’obligent solidairement leurs hoirs etc biens et choses à prendre etc
et pour plus grande assurance ledit seigneurs du Pin et des Preaux a baillé et mis entre mains de ladite Dorange par forme de gage et nantissement

deux tours de perles de corte ? enfilés d’un fil blanc et attachement par les deux bouts d’un ruban noir contenant 140 perles et un casacque de drap de Hollande escarlate doublé d’un tabit mousine (ces 2 mots non compris, vous pouvez chercher) et garnye de trois gros gallons avec un bouton et gances le tout d’or et d’argent, lesquels tour de perle et casacque ladite Dorange a présentement receus et ledit seigneur du Pin consent à faulte de payement elle les vendent au plus offrant et dernier enchérisseur et le prix receu par ladite Dorange en compensation de ladite somme de 242 livres sans qu’il soit besoin à ladite Dorange d’aucune sommation pour obtenir ordonnance de juge de pourvoir à l’excution des présentes contre lesdits establis pour le payement de ladite somme de 242 livres toutefois et quantes
et pour l’exécution d’icelles présentes circonstances et dépendances ledit seigneur du Pin a prorogé et accepté cour et juridiction par devant messieurs les lieutenant général et gens tenant le siège présidial de ceste ville pour y estre traité et poursuivi comme par devant ses juges naturels et ordinaires, renonçant à sous renvois et autres fins déclinatoires et a esleu son domicile irrévocable en la maison de Me Pierre Augeard le jeune advocat au siège pour y estre baillé tout exploit et acte de justice requis qu’il consent valoir comme si fait à sa propre personne et vrai domicile
fait et passé audit Angers à notre tabler présents Mes Jehan Lemaçon et Sébastien Moreau praticiens demeurant audit Angers tesmoins

Cette vue est la propriété des Archives Départementales du Maine-et-Loire. Cliquez pour agrandir.

PJ (le retrait des colliers et de la casaque) : Et le 4 juin 1660 après midy par devant nous Pierre Coueffé notaire royal susdit fut présente establye et deument soubmise ladite Dorange laquelle a receu contant en notre présence dudit seigneur du Pin et de Preaux à ce présent qui luy a payé de ses deniers la somme de 250 livres 10 sols en monnaie bonne et ayant cours suivant l’édit scavoir 242 livres de principal contenu en l’obligaiton cy davant escripte et pour les causes d’icelle et 8 livres 10 sols pour ce qui auroit couru d’intérests de ladite somme adjugée par jugement intervenu sur icelle au présidial de ceste ville registré par Camus le 21 novembre dernier jusques à c ejour, de laquelle somme de 250 livres 10 sols ladite Dorange se contante et en quite ledit seigneur du Pin,
lequel seigneur du Pin a consenty que ledit sieur des Pins de Quatrebarbes l’un des coobligés en ladite obligation demeure quitte et deschargé attendu qu’il estoit intervenu que comme caution et pour luy faire plaisir seulement suivant sa contre-lettre et promesse d’indemnité qui demeure nuelle
comme aussi ledit seigneur du Pin et de Preaux a recognu et confessé que ladite Dorange luy a présentement rendu et mis ès mains lesdits deux tours de perles et casaque mentionnés en l’obligation cy devant dont il se contante et l’en quite et descharge
dont etc
fait et passé audit Angers à notre tablier présents Me François Bourrigault et Jean Lemaçon praticiens demeurant audit Angers tesmoins
ladite Dorange a déclaré ne scavoir signer

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12 réponses sur “René de Saint-Rémy, seigneur du Pin et de Préaux, engage 2 colliers de perle et une casaque, Angers 1659

  1. E.3906.(Carton.)-2 pièces,papier.
    1674-XVIIIe siècle.-SAINT-REMY (de).
    -Vente de la terre du Pin saisie judiciairement sur René de Saint-Rémy;-note du feudiste Audouys sur la famille de Saint-Rémy,seigneur de Chantenay et du Pin.
    (Série E.Titres de famille.AD du Maine et loire.C.Port.)

    1. Bonjour merci pour ces documents. J aimerai savoir si vous avez cet acte de la vente du pin et peut être celui de Montigne en montbizot. Merci

  2. LE MANOIR DE CHARTRES en MORANNES.
    Les archives départementales conservent divers titres relatifs à Chartres,parmi lesquels un gros parchemin qui est l’aveu féodal du 25 juillet 1513 rendu par Geneviève du Chesne:
    « De vous noble homme messire Louis Auvé,seigneur de la Motte de Pandu et du Genestay, Je ,Geneviève du Chesne,dame de Myré,et de Chartres,cognois être femme de foy lige au regard de votre terre et seigneurie de la Motte de Pandu à cause et par raison des choses dont la déclaration s’ensuyt,tant en fief qu’en domaine,et premièrement quand à mon herbergement,maisons, aistraiges(granges) et appartenances dudit lieu de Chartres. »
    Passant le plus souvent de mères à filles,Chartres va appartenir ensuite aux familles de Montbron,de Vay,de Millard,Baron,puis aux Quatrebarbes,avec Louis de Quatrebarbes,qui modernisa le logis et reconstruira la chapelle(1645).César Antoine Prudent de Santo Domingo ,chevalier,seigneur de Boishue,fils d’un Espagnol chevalier de l’Ordre de Santiago marié à une Angevine,épousera Françoise de Quatrebarbes et laissera un fils,également prénommé César,de qui Chartres,par licitation,passera en 1740 à ses cousins Vaillant d’Auche,et de ceux-ci aux Terves par le mariage de Jean-Charles Armand de Terves avec Marguerite Vaillant d’Auche.
    ( Vieux Logis en Anjou.André Sarazin.)

  3. Les hommes et les bijoux, voir le portrait d’Henri II par Clouet avec son double rang de perles, et ses mignons

      Note d’Odile :
      Merci. Peut-on en conclure que les colliers chez un homme étaient un signe de « mignon » ?

  4. Henri de Lorraine,qui a fait une carrière militaire et avait l’étoffe d’un grand capitaine,était dit « Cadet la perle »,parce qu’il portait une perle à l’oreille.
    ( Wikipédia )

  5. Selon C. Port, Dict, article « Chartres, commune de Morannes, cette terre appartenait à Jean Duchesne en 1460, à Antoine Pelaud en 1509 par son mariage avec Geneviève Duchesne, à Louis de Montbron en 1526.
    Donc la Geneviève du Chesne qui rendit cet hommage féodal du 25 juillet 1513 était l’épouse de Antoine Pelaud. Elle était sans doute une proche parente de Jean Duchesne puisqu’elle fut dame de Chartres. Est-ce que cet aveu donne des renseignements sur le lien de parenté qu’elle avait avec de Jean Duchesne ?
    C’est donc Geneviève Duchesnes qui transmit le fief de Chartres à sa fille Madeleine entre 1513 et 1516. Madeleine Pelaud est décédée en 1516 et son mari Louis de Montbron rendit aveu pour de fief en 1526.

  6. LE MANOIR DE CHARTRES en MORANNES.
    -Une vieille maison pittoresque,avec de petites ouvertures et un grand toit,perdue dans la campagne,ç’est tout ce qui subsiste du château de Chartres,qui eut pourtant une certaine importance.
    La silhouette du logis évoque le XVIIe ou le début du XVIIIe siècle,mais une porte ogivale est là,qui atteste l’ancienneté des lieux;si nous pénétrons,nous trouvons une cheminée dont les corbeaux soutenant le manteau sont typiques du XIVe;chaque époque a marqué sa trace et ç’est le charme de ces « vieilles pierres » que de nous entraîner comme malgré nous à évoquer ceux qui vécurent ici,vinrent se réchauffer auprès de cette cheminée:de quoi parlaient-ils ? Oh,probablement comme nous du temps qu’il faisait et du prix des denrées,et aussi des évènements contemporains:pour eux ç’était la guerre de Cent Ans(qui n’avait pas encore de nom parce qu’on ne savait pas quand elle finirait…) et des bandes de soldats anglais qui rôdaient dans la campagne et ravageaint le pays.
    A vrai dire Chartres existait depuis bien plus longtemps encore qu’il ne s’en est écoulé depuis la guerre de Cent Ans jusqu’à nous,puisque le nom,dérivé du latin castra,indique l’emplacement d’un établissement militaire romain:qui sait ce que des fouilles archéoloqiques bien conduites révéleraient ?
    Ce Castrum se trouvait sur la voie romaine reliant Morannes à Brissarthe;on y fut donc aux premières loges pour assister au combat du 2 juillet 866 où le comte Robert le Fort perdit la vie en assiégeant les Normands retranchés dans l’église de Brissarthe.
    Domaine de l’évêché d’Angers au XIe siècle,la seigneurie de Chartres releva plus tard de la Motte de Pandu en Morannes.Au XIVe siècle -époque dont reste une cheminée-elle appartenait (1340) à Pierre de Vendôme,époux de Jeanne de Mayenne;elle passera ensuite aux familles de Noys,de Chandemanche puis du Chesne.
    (Vieux logis en Anjou.André Sarazin)

  7. Sous François 1er, comme manteau on porte la casaque. C’est un manteau court, largement ouvert avec de courtes manches bouffantes. Il descend jusqu’aux genoux. On porte également un long manteau et décolleté avec des revers de fourrure. Les manches sont fendues au milieu pour faire passer les bras.
    http://www.ljallamion.fr/16emesiecle/hist168.htm
    A la Renaissance Les hommes portaient également des perles. François Ier, Henri III, …
    http://www.mnhn.fr/museum/front/medias/dossPresse/11618_dpperles.pd

    Il est vrai que c’est surprenant d’imaginer un gentilhomme angevin domicilié en campagne arborant ses colliers de perles et sa casaque rouge brodée d’or et d’argent …
    Nous sommes là sous Louis XIV ( c’est encore Mazarin qui gouverne) , la mode a changé ,Mr de Saint Remy mettrait il en gage des objets de famille ;temps d’un passé plus luxueux… ?

      1. Bonjour
        Oui, il était à cours d’argent car il engage un domaine. Attention, l’engagement n’est pas une vente car il n’est pas définitif, il permet seulement de pouvoir rapidement disposer d’une somme importante, qu’on espère pouvoir retrouver un peu plus tard pour rémérer le bien engagé.
        Cela n’existe plus de nos jours, mais c’était autrefois fréquent. Souvent cependant il faut modérer car le besoin d’argent liquide immédiat pouvait être pour marier un enfant ou construire un chateau etc…
        Odile

          1. Bonjour Jérôme
            Oui, mais sur les biens meubles et bijoux pas sur les immeubles, qui permettaient des sommes bien plus élevées.
            Je pense en effet que la mise en gage de nos jours ne permet pas des sommes considérables et que le prix des objets est très sous estimé.
            Odile

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