Testament de l’arrière arrière grand’mère de Volney, Renée Chaupitre, 1706

Renée Chaupitre, veuve Chassebeuf, a 75 ans lorsqu’elle fait son testament. Elle n’est pas mourante mais se sent âgée : elle décèdera 8 ans plus tard.
Elle est l’arrière-arrière grand’mère de Constantin Chassebeuf, plus connu son le nom de Volney.

    Cliquez l’image, vous êtes à Craon, berceau des Chassebeuf.
    Voir ma page sur Constantin Chassebeuf, aliàs Volney
    Voir ma page sur Craon
    Voir ma page de vocabulaire des inventaires après-décès (vous allez en avoir besoin pour la mante, le lodier, le ras etc…)

Le testament de Renée Chaupitre a plusieurs particularités :

    Il est écrit d’une manière assez décousue, non pas parce que Renée Chaupitre n’a plus son entendement, mais, comme le notaire l’explique à la fin, il lui a lu et relu, et manifestement, elle apportait à chaque lecture une modification, de sorte que les renvois en fin de texte et en marge sont nombreux.

    Un paragraphe reste douteux, celui du fils religieux, mais Pierre Grelier et moi-même y avons travaillé d’arrache-pied, en vain…

    Il est écrit à la 3ème personne et non à la première.

    Enfin, Renée Chaupitre énumère ce qui lui reste après tout ce qu’elle a laissé en avancements d’hoirs et démission de ses biens, ce qui explique qu’elle parle de son lit, ses vêtements… et pas de biens fonciers ou autres, plus conséquents. Je précise que ces biens s’entendent après tous les avancements d’hoirs et manifestement démission de ses biens, fait auparavant, ceci afin que vous compreniez pourquoi il lui reste peu. Autrefois, de nombreuses veuves ou veufs procédaient ainsi, contre une rente annuelle, ou rente viagère. De nos jours on met bien les personnes âgées dans 9 m2 !

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de la Mayenne, série 3E14 Planchenault notaire à Craon – Voici la retranscription (avec beaucoup d’explications entre parenthèses compte tenu de la difficulté), et les ajouts de la testatrice sont entre tirets, et j’ai tenté d’établir des § pour rendre la lecture aisée :

In nomine Domini Amen (formule rituelle au début d’un testament)

Le 2 novembre 1706 après midy par devant nous André Planchenault notaire de Craon y demeurant fut présent establye et soumis h. femme Renée Chaupitre veuve de Claude Chassebeuf, vivant sergent royal, demeurant en cette ville, laquelle estant en grand âge n’espérant désormais vivre longtemps, quoy qu’en bonne santé d’esprit et de corps ainsy qu’il nous a apparu aux témoins cy-après, (un testament précise toujours sain d’esprit, et vous voyez qu’on appelle même des témoins pour constater ce point. Il serait facielement invalidé sinon par n’importe quel héritier mécontant…)

sachant qu’il faut mourir sans en pouvoir savoir l’heure et le moment, crainte d’être surprise et de mourir intestat a fait et dit le présent son testament et ordonnances de dernière volonté en la forme et manière qui suit

premier elle a recommandé son âme à Dieu tout puissant créateur du ciel et de la terre très humblement supplié par les mérites de notre Sauveur Jésus Christ, par les mérites et intercession de la glorieuse Vierge Marie, du bienheureux saint René son bon patron, et toute la cour céleste que incontinent qu’elle sera séparée d’avec son corps et la veuille colloquer au rang des bienheureux

veult et ordonne la testatrice que son décès étant arrivé sondit corps soit inhumé et ensépulturé au petit cimetière de la paroisse de St Clément dudit Craon proche le tombeau de son défunt mary sur la gauche entrant audit cimetière

qu’à la conduite d’iceluy au tombeau assistent processionnellement messieurs les curé prêtre dudit St Clément et les révérends père Jacobins dudit Craon,

que pour luminaire il soit porté quatre cierges de cire jaune de chacun un quartron par des pauvres auxquels sera donné chacun deux sols
que le jour de sa sépulture il soit dit et célébré en l’église dudit St Clément si faire se peult, sinon le lendemain, une chanterie de trois grandes messes, et quatre jours après pareille chanterie chez les révérends pères Jacobins, et au bout de l’an pareille chanterie en ladite église de St Clément

comme aussi a ladite testatrice donné et légué, donne et lègue par ces présentes, à perpétuité, à mesdits sieurs les curé et prêtre dudit St Clément la somme de 6 livres 7 sols de rente de la nature qu’elle est due chacun an, à la testatrice, par Jean Hunault, demeurant au moulin du Bas Puis paroisse de la Selle Craonnaise à cause et pour raison d’un moulin à vent situé dans les landes de la Crüe dite paroisse de la Selle suivant l’acte en forme de titre nouveau que ledit Hunault en a donné audit défunt Chassebeuf et à ladite testatrice devant Me Jacques Gatineau vivant notaire royal le 11e jour de décembre 1684, à la charge par mesdits sieurs curé et prêtre de célébrer chacun an aussy à perpétuité dans leur église 12 messes à basse voix, savoir 6 dans la semaine de la feste St René, et les autres 6 en pareille semaine du décès de la testatrice, de faire la recommandation de son âme les dimanches qui précèdent lesdites semaines, et à chaque messe entre l’offertoire et la préface, et de dire un libera sur son tombeau les jours de Toussaints ou des Trépassés de chacune année le tout pour le repos de son âme et celle de son défunt mary, parents et amis trépassés, et en cas d’amortissement de ladite rente de 6 livres 7 sols par les débiteurs d’icelle, lesdits sieurs curé et prêtre seront tenus colloquer le sort principal qu’ils auront reçu en main sure en présence des héritiers ou ayant cause de la testatrice afin que les rentes qui en proviendront chacun an tiennent fond desdites messes

comme à semblable veult et ordonne qu’il soit fait tous les ans un reposoir pour le St Sacrement devant sa maison ledit jour du Sacre et dimanche de l’octave et pour cet effet elle a laissé entre les mains de son fils aîné le dais la carrée devant d’autel avec les dantelles (dentelles), deux coussins couverts de même le dais, le tapis à point d’Angleterre, le drap de toile claire, les cadres et l’image de la Ste Vierge, les vazes de feance (vases de faïence : la faïence fit une pénétration lente, dans les milieux plus favorisés, mais le terme resta longtemps assez barbare dans les inventaires que j’ai déjà lu) avec les bouquets pour faire honneur au très St Sacrement,

Item donne à son petit-fils François Chassebeuf son filleul son lit avec charlit (le chaslit est le bois de lit, et en 1706 on avait commencé à abandonner le terme charlit pour désigner le lit entier, pour le terme lit) garny de ses rideaux tant verds (verts, autrefois avec un D qui nous a laissé verdure) que de toile imprimée, paillasse, couette, matelas, orillers, traversier, mante, lodier, sa table en auvalle (ovale), 6 draps de brin en réparon, ses landiers à pomme de cuivre, 2 grandes nappes de toile blanche mi uzées, une petite de toille blanche marquée à marc relevé, où il y a un CC, 4 plats 2 grands et 2 moyens, 6 grandes assiettes (allez voir ma page de lexique des inventaires après décès pour comprendre les termes, au cas où vous ne les connaissiez pas encore)

comme aussy donne tout son menu linge à ses deux petites filles Marie et Barbe Chassebeuf des Estre, son cotillon d’étamine barrée doublé d’une toile violette, son habit de ras noir avec la jupe de ras à sadite petite fille Marie Chassebeuf des Estre pour porter le deuil de la testatrice, le tout pour les secours et assistance qu’elle a reçu et resoit (reçoit) journellement en la maison de son fils François Chassebeuf leur père

donne pareillement à la veuve Landry sa cousine une jupe de drap brun avec sa robe de toille fourrée doublée de drap noir, et 2 chemizes

et donne à sa fille son habit d’étamine brune doublée de crépon noir, 2 de ses meilleures chemises, 2 coiffes demi-fil, et son manchon noir, avec sa vieille coiffe d’étamine et au cas que ladite Landry mourait avant ladite testatrice, elle donne le tout à sadite fille,

et donne tous ses « mouchoirs de soie » (en fait illisible, on peut lire n’importe quoi !) à son fils le religieux pour aucunement le récompenser des bons services qu’elle luy rend journellement (ce § nous a donné beaucoup de fil à retordre, et nous ne pouvons le comprendre, nous sommes sincèrement désolés !, en particulier les mouc… et aucunement nous sont totalement hermétiques. En outre, ce fils religieux n’était pas encore identifié comme tel, et nous ne comprenons pas pourquoi elle dit que c’est elle qui lui rend service. Inutile de commenter ce point car on peut lui faire n’importe quoi, qui ne serait que pure imagination, et ce blog fait dans le réel SVP, merci de respecter ce point.)

veut et ordonne à ses enfants de rendre la somme de 10 livres à la damoiselle de l’Arche femme du Sr de l’Arche médecin à Sablé ou au cas qu’elle fut décédée à ses enfants, laquelle somme elle avoit prestée à la testatrice,

laquelle pour l’exécution du présent testament à choysi et nommé chacuns de Mes Louis Hunault et Estienne Bernier prêtres demeurant audit Craon qu’elle prie et requiert humblement de vouloir charitablement prendre le fait et charge et faire exécuter en tous ses articles à l’effet de quoy elle a par ces présentes vestu et nanti de tous ses biens jusqu’à l’entière et parfaite exécution du présent testament duquel par nous dit notaire a esté donné lecture à la testatrice, lu et relu, elle a dit bien l’entendre et tout ce qui y est contenu, déclare n’y vouloir adjouter ni diminuer, elle y a fait arrest dont à sa requeste et de son consentement nous l’avons jugée
fait et passé à notre tablier présents Luc Clément et Thomas Morin cordonniers et Thomas Rousseau tixier demeurant au faubourg St Pierre dudit Craon témoins à ce requis et appelés.

Renée Chaupitre à Craon, dont voici les Halles au début du 20ème siècle :

Les halles de Craon, Mayenne
Les halles de Craon, Mayenne

Cliquez sur l’image pour l’agrandir :Collections privées – Reproduction interdite, y compris sur autre lieu d’Internet comme blog ou site

Renée Chaupitre est la mère de François Chacebeuf qui épousera Marie Lefrère, fille de Toussaint Lefrère et Jacquine Robineau, demeurant à la maison des Estres, maison dans laquelle il y avait une salle de prison, ce que nous a appris la succession de Toussaint Lefrère du 23 mai 1692.
Toussaint Lefrère, marchand messager de Craon à Angers, hôte et concierge des prisons royaux des Estres aliàs Aistres dudit Craon, et contemporain de Renée Chaupitre, avait épousé à Craon le 25 mai 1665 Jacquine Robineau, dont Marie née le 27 mars 1674 qui épousera en 1695 François Chassebeuf, fils de René Chaupitre.
Toussaint Lefrère est un arrière-arrière grand’père de Volney.

    Voir toute l’ascendance de Volney
    Voir ma page sur Volney

Les Estres : maison seigneuriale, fief et domaine dans la ville de Craon. – Au seigneur du Hommet, 1403 ; à Vincent du Chastelier, écuyer, de Ruffec et du Fresnay, chambellan du roi, mari d’Anne du Chastelier, dame des Estres et de Saint-Brice, 1523 ; à Philippe de Volvire, baron de Ruffec, et à Gabrielle de Rochechouart, veuve de François de Volvire, 1561 ; à François de Saint-Aulaire, chevalier de l’ordre, pannetier du roi, marié, 1542, à Françoise de Volvire, veuve en 1581 : à Joachim de la Chesnaie, 1590 (Dict. Hist. Mayenne, Abbé Angot)


Cliquez l’image pour voir le point d’Angleterre. J’ai eu jusqu’à l’an dernier un magnifique napperon, qui hélas a rendu l’âme. Le point était donc populaire en France. Si vous avez un spécimen encore dans vos vieilleries, je mettrai la photo volontiers.

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

Testament de Claude Bellier, closier, Gené (49), 1708

ses dettes passives et actives illustrent son mode de vie, en particulier on voit qu’ils font tous plus ou moins des journées rémunérées les uns chez les autres

Un closier tient une closerie par bail à métayage aussi appelé bail à moitié car on partage par moitié les fruits entre le propriétaire et le preneur du bail. Une closerie est plus petite qu’une métairie en Haut-Anjou, et ne fait vivre qu’une famille, alors que pour tenir une métairie, plus grosse, il faut généralement au moins 2 hommes.

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire
Voici la retranscription de l’acte : Le 13 octobre 1708, devant Claude Bouvet notaire Royal Segré, Claude Bellier closier à la Petite Fenouillère à Gené, y demeurant, lequel détenu au lit malade, par la grâce de Dieu saint d’esprit pensée et entendement ainsi qu’il nous a apparu, et aux témoins cy-après nommés, craignant de mourir sans avoir testé et ordonné de ses dernières volontés, il nous les nommées, dictées en la forme et manière suivante en révoquants tous testaments et codiciles qu’il pourrait avoir cy-devant fait,
l’âme étant à préférer au corps, il l’a recommande à Dieu le père le priant par les mérites de la mort et passion de son fils Jésus Christ et par l’intercession de la glorieuse vierge Marie et cour céleste du paradis, de lui pardonner ses offenses et la remettre au rang des bienheureux
désire qu’après qu’il aura plû à Dieu séparer son âme d’avec son corps, sondit corps être inhumé au cimetière dudit Gené et y être conduit processionnellement par les sieurs curé et vicaire de ladite paroisse
que le jour de sadite sépulture ou le lendemain il soit dit et célébré un service solemnel de 2 grandes messes chantées
et soit fait pareil service le jour de l’anniversaire de sadite sépulture, il s’en rapporte à la volonté des ses exécuteurs testamentaires cy-après nommés
veut et ordonne qu’il soit aussi dit et célébré 3 grandes messes chantées pour le repos des âmes de défunte Jacquine Quittet vivante sa femme, de René et Jacques les Belliers ses enfants, et de ladite défunte depuis peu décédée
désire aussi ledit testateur être dit et célébré un trentain de messes basses incontinent après son décès dans l’église pour le repos de son âge parents et amis trépassés, pour honoraires desquels services et messes et trentain, il veut et entend que sesdits exécuteurs testamenaires prennent une somme suffisante sur le prix des meubles et autres biens qui resteront après son décès, lesquels il veut être consacré pour cet effet après que les dettes qu’il aurait pu contracteur pendant sa communauté avec ladite défunte Quittet et depuis auront été payées et acquitées
et après avoir disposé de ses affaires spirituelles, il a aussi voulu mettre ordre aux temporelles
déclare ledit Bellier testateur devoir à René Bellier son frère, métayer au Bois-Billé à Gené, 48 livres déduction faire de 11 livres qu’il a dit que sondit frère lui avait passé à compte sur celle de 60 livres qu’il lui devait auparavant pour bled que sondit frère luy aurait fourni
plus, audit René Bellier 6 livres 14 sols restant à lui payer sur les taxes auxquelles il aurait été imposé aux rôles de la taille et capitation de l’année 1700
plus, déclare ledit testateur devoir au sieur Perron tanneur à Angers 15 livres restant à payer sur l’obligation que lui et ladite défunte Quitter auraient contractée audit Sr Perron devant Nre
plus, au nommé Menard chaudronnier demeurant au bourg d’Andigné 4 L pour marchandises de poislerie qu’il lui a vendue
plus à Poitevin meunier au moulin des Pierres à La Chapelle-sur-Oudon 60 sols pour farine qu’il lui a vendue et livrée
plus par Pierre Coudrier menuisier au bourg de Gené 59 sols pour besogne qu’il lui a faites (il a fait travailler Pierre Coudrier à la journée, et nous allons voir ci-dessous que lui-même travaille parfois à la journée pour d’autres)
plus, déclare ledit testateur qu’il lui est dû par Pierre Brochet maçon demeurant à Gené 45 sols pour journées que lui et ses enfants auraient faites pour ledit Brochet lors de la construction d’un puits fait par ledit Brochet audit lieu de la Petite Fenouillère (il est closier de la Petite Fenouillère, mais son bail ne le met pas en demeure de payer les travaux du puits qui sont à la charge du propriétaire, par contre, il a travaillé à ces travaux avec le maçon et est payé à la journée, on ne sait malheureusement combien de journées la somme recouvre)
plus celle de 6 livres par François Gernigon métayer à la ville à Gené tant pour argent prêté que pour fourniture de beurre et journées par lui faites à moins que ladite somme ne soit inserrés sur le taux dudit Gernigon sur lequel il aurait été taxé et cotté
plus, par Jean Bedouet son neveu, métayer à la métairie du Bois à Chazé-sur-Argos, 4 livres 4 sols pour argent prêté depuis quelque temps
plus, par Charles Gernigon métayer aux Marais à Gené 40 sols pour travail qu’il aurait fait pour lui
plus, déclare aussi lui être dû par le nommé Chaillou maréchal en œuvres blanches demeurant au bourg d’Andigné 20 sols pour une pierre de faux qu’il ne lui a pas encore livrée
plus, ledit Bellier nous a aussi déclaré qu’il est dû audit défunt René Bellier son fils tant par Gernigon que ses enfants métayers à la Grande Fenouillère à Gené 7 livres 14 sols par une part, et 60 sols par autre, et celle de 6 sols, pour journées et besogne faites par ledit défunt
plus 30 sols dus à sondit défunt fils par monsieur du Chastelier du Rossay demeurant à Angers la Trinité pour besoigne de son métier de filassier qu’il aurait faite pour lui avec François Thibeau aussi filassier
et pour exécuteurs testamentaires du présent son testament, il a choisi nommé et élu les personnes dudit René Bellier son frère, et de Marin Huau journalier son gendre, lesquels il a prié d’en vouloir bien prendre charge et auxquels il a affecté et affecte tous et chacuns ses biens meubles …
fait et passé au lieu de la Petite Fenouillère maison dudit Bellier gisant au lit malade en présence de Laurent Lelièvre, Pierre Prezelin marchand, Louis Provost tailleur d’habits demeurants audit bourg de Gené témoins

Pour moi, c’est merveilleux de lire ces détails de la vie, et tous ces échanges pratiques entre eux… qui nous restituent leur vie quotidienne.
Ce qui m’a le plus frappé dans ce testament, c’est le paiement des journées de travail au puits avec le maçon, car en fait c’est le puits de la closerie qu’il occupe, mais on voit bien qu’il n’est pas tenu par le bail d’entrenir le puits et que les frais sont à la charge du propriétaire, et son closier se fait payer ses journées de travail sur ce puits.

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

Testament d’Augustin Le Vavasseur, chaudronnier au Mesnil-Garnier (50), 1639

fait à Corzé (49) où il est malade (Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E)

Nos ancêtres se déplaçaient, et on les retrouve parfois dans les registres paroissiaux, mais aussi dans les actes notariés. Parmi ces déplacements, celui de nos voisins Normands, constituait une véritable route Normande, que j’appelle LA ROUTE DU CLOU, tant elle elle est liée à tous les métiers de la grosse forge et ses petits produits dérivés.
Bien souvent, dans les métiers de la forge, on retrouve de véritables dynasties, tant le métier était spécialisé, aussi certains noms de famille sont pour ainsi dire réservés, il en est ainsi des Vavasseur, souvent issus de la forge. Je les retrouve à Riaillé etc….
Parfois, le chemin de ces voyageurs, commerçants ou pélerins, s’arrêtait là où la maladie les emportait. Ce chaudronnier aura eu le temps de nous laisser ce bouleversant testament, qui comme tout testament commence par les affaires spirituelles, mais vous allez voir que les affaires temporelles d’Augustin sont importantes, y compris sur le plan généalogique. Donc, augustin Le Vavasseur meurt de l’épidémie, et j’ai ensuite mis en caractères gras sa recommendation de payer ceux qui porterons son corps en terre, cela signifie clairement qu’en période d’épidémie, les volontaires pour porter en terre au cimetière les morts d’épidémie, étaient courageux, et qu’il craignait qu’on ne le porte pas au cimetière.

Voici la retranscription de l’acte : Le 20 octobre 1639 devant Christofle Davy notaire royal à Baugé résidant à Corzé furent présents établis et duement soubmis Augustin Le Vavasseur chaudronnier de la paroisse du Mesnil Garnier (dans la Manche, entre Coutances et St Lô, autrement dit vers la route des poîles et Villedieu) pays de Normandie, étant de présent au bourg de Corzé, étant de présent au lit malade, sain néanmoins en la grasse (grâce bien entendu, car je laisse toujours l’orthographe originale de l’acte, et ceci vaut à mon site d’être qualifié de site bourré de fautes d’orthographe.) de Dieu d’esprit et entendement, ne désirant décéder sans avoir ordonné de ses affaires spirituelles et temporelles, a fait le présent son testament de dernières volontés en la forme qui ensuit, et d’aultanct que les choses spirituelles sont à présent devant les temporelles il a recommandé son âme à Dieu à la glorieuse vierge Marie à tous les saintz et sainctes du Paradis, les suppliant intercédder pour luy vers sa grandeur, à ce qu’il luy plaise lors que son âme sera séparée d’avecq son corps (très jolie formule pour désigner le trépas, formule que je rencontre dans tous les testaments angevins) la recevoir en son paradis ;
Item veult et entend que lors que son âme sera séparée d’avecq son corps sondit corps estre livré à la sépulture iceluy enterré au petit simetière audit Corzé, ou au grand simetière (je sais bien que c’est cimetière, mais une retranscription doit respecter l’original et non le corriger) à l’endroit qu’il plaira à monsieur le curé ;
Item veult et entend que le jour de son enterrage (eh oui ! c’est l’enterrement) ou le lendemain il soit dit et célébré en l’église dudit Corzé ung service solempnel scavoir trois messes à haulte voix et à basse voix aultant, comme il y aura de prêtres habitués en ladite église avecq pareil service huit jours après ;
Item veult et entend qu’il soit dit et célébré incessement après son décès en l’église de ladite paroisse du Mesnil Garnier ung trentain à haulte voix avecq pareil service à la fin ;
Item veult et entend que ceulx qui porteront son corps à la sépulture ensemble ceulx qui le gouverneront en sa malladie soient payés et pour ce faire déclare qu’il donne à la confrairie du Rosaire établie en l’église dudit Corzé la somme de 60 sols à une fois payée pour participer aux prières qui seront célébrées ;
Item veult et entend qu’il a donné et donne par ces présentes aux enfants de Laurent Cavalle et de défunt Germaine Le Vavasseur sa fille, la somme de 100 livres outre et parsus ce qu’il pourra avoir donné à sadite fille en advancement de droit successif lors de son mariage que pour leurs parts et portions qu’ils pourront prétendre en sa succession après son décès, sy mieulx n’ayment ses autres enfants (là, j’avoue avoir eu du mal à comprendre pourquoi il parle de Germaine sa fille, serait-ce un autre lit ?) consentir aux enfants de ladite Germaine Le Vavasseur sa fille partaigent avecq eux suivant la coustume de Normandie (sage précision, car nous sommes alors en pays de droit coutumier, lequel varie d’une province à l’autre, et les différences sont souvent importantes);
Item veult et entend que toutes autres debtes qui se trouveront estre par luy instemment deues lors de son décès soient payées et acquitées
et pour ses exécuteurs testamentaires il nomme Gervaise (autrefois utilisé pour Gervais, car l s’agit bien entendu d’un homme, je n’ai jamais rencontré de femme exécuteur testamentaire, pas plus que témoins dans les actes notariés d’ailleurs) Michel de ladite paroisse du Mesnil Garnier et Pierre Trouillard marchand audit Corzé, qu’il prie en prendre la charge, et exécuter fidèlement selon sa forme et teneur pour ce faire leur a dès à présent céddé quitté et délaissé tous et chacuns ses biens meubles et immeubles qu’il veut et entend estre convertis et employés jusqu’à parfaite et entière exécution d’iceluy, que ledit estably a voulu stipulé etc…
Item déclare ledit testateur ne debvoir aulcune somme ne marchandie à Julien Le Vavasseur demeurant en ladite paroisse du Mesnil Garnier ;
fait et passé au bourg dudit Corzé au devant de la maison Doucher ou est de présent ledit testateur en présence de Me Jehan Piron sergent royal demeurant au fauxbourg Sainct Michel du Tertre d’Angers, Vincent Minot aussi sergent royal

J’ai mis la date en caractères gras, car nous sommes alors en épidémie, et elle emporte durant des mois une grande partie de la population. J’ai déjà mis sur mon site plusieurs dépouillements de cette épidémie, terrifiante, durant laquelle on n’avait parfois des familles entières atteintes et pas le temps de les enterrer au cimetière.
Enfin, le don à sa fille Germaine est remarquable, car normalement tous les enfants ont la même chose, et la phrase, que j’ai fidèlement retranscrite, n’est pas clair, car s’il a d’autres enfants, cela pourrait signifier qu’elle est d’un autre lit… bref, sans doute un élément pour ceux qui en descendraient le cas échéant. On nomme toujours 2 exécuteurs testamentaires, et l’un d’eux est du Ménil Garnier, mais je ne pense pas qu’il soit venu après avoir été prévenu, car l’épidémie ne le permettait pas. Je pense qu’Augustin Le Vavasseur ne voyageait pas seul, et qu’il nomme son compagnon de voyage. Et bien sût le voyage était commercial et ils vendaient chaudrons et poîles…

A demain, pour les émotions rocambolesques dignes de la chasse au trésor.

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