René Perier, aliàs Poirier, ne savait pas signer, mais son fils mineur signe, Villevêque 1618

Et il sait même fort bien signer, alors que vous allez voir qu’il es mineur, donc âgé de moins de 25 ans, et doit laisser sa mère et tutrice légale gérer pour lui ses affaires de succession, ici une dette paternelle.

Acte des Archives du Maine-et-Loire 5E121 – Voici ma retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 12 juillet 1618 après midi, par devant nous Julien Deille notaire royal à Angers furent présents establys et deuement soubzmis maistre François Davy sieur d’Argentré docteur en droits en l’université d’Angers, y demeurant, et Guillemyne Jousbert veuve feu René Poyrier lesné demeurant au lieu de l’Espinay paroisse de Villevesque tant en son nom que comme mère et tutrice naturelle des enfants mineurs dudit deffunt et d’elle et disant avoir la charge des enfants majeurs dudit deffunt de son premier mariage et en chacun desdits noms seul et pour le tout sans division de personnes ne de biens leurs hoirs etc lesquels confessent avoir compté entre eulx des fermes du fief de Pleinemoyson et choses mentionnées au bail fait par ledit sieur d’Argentré audit deffunt Poirier par devant nous le 28 décembre 1599 et d’icelle année jusques en l’année 1612 déductions faites des payements et choses qui viennent en déduction … remises et rabais volontaires faits par ledit sieur d’Argentré s’est trouvé ladite veuve esdits noms debvoir de reste la somme de 433 livres (f°2) qu’elle s’est esdits noms solidairement obligé payer audit sieur d’Argentré en ceste ville dans ung an prochainement venant sans novation d’hypothèque jusques au payement, et au moyen de ce ladite veuve esdits noms est et demeure quite et deschargée entièrement de toutes lesdites fermes esdits noms comme dit est … fait à Angers en présence de Jacques Poyrier fils de ladite Jousbert, Pierre Desmazière et Jacques Baudu demeurant audit Angers

René Perier, marchand fermier à Villevêque, ne sait pas signer, 1612

René Perier gère à ferme un fief, celui de l’Hôpital de Plemeyson en Villevêque, mais il ne sait pas signer, et je ne comprends toujours pas comment un marchand fermier ne savait pas signer car il fallait bien qu’il gère, compte etc… Ceci dit, je ne sais pas non plus où se trouve ce fief et si ce nom est correct car c’est ce que je lis.

Et voici un terme que je connaissais pas encore POCESSOIRE qui est ici écrit sur l’acte original possessoire

 

 

Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500) http://www.atilf.fr/dmf/

POSSESSOIRE subst. masc. « Droit de posséder un bien, c’est-à-dire d’en user et d’en jouir (p. oppos. au pétitoire qui concerne le droit de propriété) »

PETITOIRE subst. masc. « Demande faite en justice pour être maintenu ou rétabli dans la jouissance d’un bien (p. oppos. au possessoire, qui ne concerne que la possession de fait) »

 

Acte des Archives du Maine-et-Loire 5E121 – Voici ma retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

 Le 7 juillet 1612 avant midy, devant nous Jullien Deille notaire royal Angers fut présent estably et soubzmis René Perier marchand demeurant en la paroisse de Villevesque, fermier du fief de l’Hospital de Plemeyson sis en ladite paroisse et dépendant de la commanderie de l’ancien hospital d’Angers, lequel a confessé avoir nommé et constitué Me Noel Fromond procureur au parlement de Paris son procureur général et spécial pour occuper et pleder opposer appeler substituer et élire domicile suivant l’ordonnance et par especial de poursuivre en l’instance cy devant pendante par devant Nosseigneurs des requestes du palais audit Paris entre ledit constituant Messire François de Marans commandeur de ladite commanderie d’une part, et Me Pierre Besnard curé de Corzé d’aultre part, touchant les dixmes dudit lieu de Pleimoyson sur la terre et appartenances de Chauvin en Corzé (f°2) substituer appel soubz le nom dudit sieur de Marans de la sentence donnée auxdites requestes au profit dudit Besnard contre ledit de Marans pour le pocessoire desdites dixmes, iceluy appel relever y fournir griefs et y faire au surplus ce qu’il appartiendra ayant ledit constituant dès à présent agréable ferme et stable tout ce que par sondit procureur sera fait géré procuré et négocié, mesme les poursuites qui auroient cy devant esté faites auxdites requestes par ledit Fromond soubz le nom dudit Marans audit procès et généralement etc prometant etc obligeant etc dont etc fait et passé audit Angers à notre tablier en présence de Me Noel Beryuer et Loys Doostel clercs audit Angers tesmoings, ledit constituant a dit ne savoir signer

Notre Dame Angevine : autrefois date pour payer des impôts

Ce jour 8 septembre, nativité de la Vierge Marie, était autrefois le terme pour beaucoup de contrats et surtout pour payer les impôts.

« Ordinairement en Anjou, de tous temps, on a mis le terme de la Nativité de la Sainte Vierge pour payer les cens et rentes dus par les vassaux à leur seigneurs. » extrait de Notre-Dame angevine, ou Traité historique, chronologique et moral de l’origine et de l’antiquité de la cathédrale d’Angers, des abbayes, prieurez, églises collégiales… sous l’invocation de la très sainte vierge Marie,... / par Joseph Grandet ; publié pour la première fois, d’après le manuscrit original, par M. Albert Lemarchand,… Grandet, Joseph (1646-1724).

 

Vous avez sur ce blog, d’innombrables actes qui utilisent ce terme de Notre Dame Angevine. Bonne lecture.

Comptes des officiers des greniers à sel de Château-Gontier et de Sablé, 1697

Mon site et mon blog contiennent déjà beaucoup d’actes consernant les greniers à sel, et la charge des officiers du grenier à sel. Le document que je vous mets ce jour est une merveille comptable concernant le prix d’une charge au grenier à sel, c’est à dire 6 000 livres pour l’office de contrôleur au grenier à sel de Château-Gontier. C’est en fait un montage financier où plusieurs bourgeois de Château-Gontier sont partie prenante.  Cet office devait rapporter… Cette comptabilité est précise et pour la rendre indiscutable elle est passée chez pas moins de 2 notaires ensemble. C’est donc un document sérieux ! si ce n’est qu’à la fin vous voyez que René Gouesse prétend avoir la main atteinte de goutte !!! donc de ne pouvoir signer, ce qui m’étonne en tant que goutteuse moi-même.

Acte des Archives de Mayenne C37 – Voici ma retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 14 octobre 1697 avant midy, par devant nous René Gilles et Jean Garnier notaires royaux à Château-Gontier y résidant, furent présents en leurs personnes establis et soumis François Dublineau conseiller du roy, président, René Rouvraye conseiller du roy lieutenant, Simon Chaillant sieur de la Bretonnière, René Gouesse sieur du Bignon, Pierre Armenauld sieur de la Loucheraye, Jean Vignon conseiller du roy élus au siège de l’élection dudit Château-Gontier y demeurant, lesquels réglant entre eux du prix de la finance et ce qu’il en a cousté de l’office de conseiller du roy contrôleur au siège du grenier à sel de cette ville de Château-Gontier qui leur appartient à commun et auquel office ledit sieur Dublineau auroit été nommé et reçu, s’est trouvé que suivant la quittance de la finance dudit office du 22 août 1696 montant 4 000 livres, il en a été payé seulement 3 000 livres pour les 2 sols (f°2) pour livre desdites 3 000 livres et au regard des 1 000 livres faisant le surplus desdites 4 000 livres ils sont deubs audit sieur Gouesse et pour raison desquelles 1 000 livres il n’y en a aucuns gages comme faisant partie des 2 000 livres à lui remboursés de ses anciennes finances à cause de son office de contrôleur au siège du grenier à sel de cette ville et chambre de Sablé en dépendant qui avoir été réuni au siège de ladite élection en conséquence de l’édit de sa majesté de l’année 1684 ; et dont desdites 1 000 livres qui ne produisait point de gages ledit sieur Gouesse en cas de supression dudit office de contrôleur au siège dudit grenier à sel dont ledit sieur Dublineau est pourvu les touchera en particulier au cas seulement et non autrement que lesdites 4 000 livres contenues en ladite quittance de finance soient payées et remboursées à l’entier et où il n’y en aurait que lesdites 3 000 livres ou moins de remboursé ledit sieur Gouesse n’y sera fondé que pour un sixième ainsi que chacun des autres officiers ; plus a été (f°3) déboursé pour ledit office de contrôleur 2 592 livres pour les droits manuels des 3 sols par minot de sel suivant la quittance de ladite finance du 20 novembre 1696 à commencer la jouissance du jour de ladite quittance, 259 livres 4 sols pour les 2 sols pour livre de ladite quittance, 151 livres 12 sols pour le cout des premières provisions dudit office de contrôleur au nom dudit sieur Vignon suivant le mémoire, 193 livres 14 sols pour le coust des dernières provisions au nom dudit sieur Dublineau aussi suivant ledit mémoire, et 42 livres 4 sols 6 deniers pour porter des lettres et frais de réception, revenant le fond de ladite charge à 6 538 livres 14 sols 6 deniers, sur quoi desduit 6 200 livres payées scavoir 5 000 livres par ledit sieur Vignon des emprunts des contrats de constitution des 20 juin et 14 juillet 1696 (f°4) passés par Meignan et Lecorneux au profit dudit sieur Dublineau et de Jean Maire sieur de la Touchardière, duquel sieur de la Touchardière ledit sieur Dublineau a les droits, et 200 livres des deniers particuliers dudit sieur Vignon il en reste deub audit sieur Dublineau 338 livres 14 sols 6 deniers parce que les parties ont fixé le prix de ladite charge de contrôleur audit siège du grenier à sel de cette ville à la somme de 6 000 livres ; à ce moyen ledit sieur Dublineau sera remboursé de sesdits 338 livres 14 sols 6 deniers, scavoir par ledit sieur Vignon 38 livres 14 sols 6 deniers à quoi ils ont réglé ce qu’il estoit tenu du retardement des provisions dudit sieur Dublineau outre ses autres desbourses de l’année et autres souls dont on demeure vers luy quitte et lesquelles 38 livres 14 sols 6 deniers ledit sieur Vigbon a payé audit sieur Dublineau comptant qui en demeure vers luy quitte et le restant montant 300 livres iceluy sieur Dublineau (f°5) les recevra sur les premiers gages droits et esmoluments qui proviendront de ladite charge de contrôleur outre quoi ledit sieur Dublineau recevra encore lesdits 200 livres deubz audit sieur Vignon cy dessus sur lesdits émoluments droits et gages, laquelle somme de 200 livres avec celle de 800 livres aussi payée et remboursée présentement comptant par ledit sieur Vrignon audit sieur Dublineau qui l’en quitte ; fait celle de 1 000 livres pour sa part sixième partie dudit office de contrôleur au siège dudit grenier à sel ; et recevra encore ledit sieur Dublineau les intérests qui luy sont deubz des 5 000 livres compris esdits 2 contrats et escheus et courant sur lesdits gages droits et esmoluments, toutefois lesdits intérests dudit sieur Vrignon en ce qu’il en sera tenu jusques à ce jour et ceux dudit sieur Dublineau en ce qu’il est aussi tenu jusques à cedit jour, lesquels intérests n’auront plus courus pour les parts desdits Dublineau et Vrignon, ny pour ceux dudit sieur Gouesse à cause desdits 1 000 livres en ladite finance faisant partie de deux ainsi qu’il est expliqué (f°6) cy-dessus en sorte qu’à l’advenir sur ce qui reviendra desdits gages droits et esmoluments ledit sieur Dublineau se paira et remboursera sur les parts de ce qui en reviendra auxdits sieurs Rouveraye Chailland et Armirauld chacun 20 livres par an jusques au payment et remboursement de chaun 1 000 livres pour leurs sorts principaux et les recevront bon partagé en ce que chacun desdits sieurs officiers y sera fondé, ce fait sans aucunement desroger par les parties aux hypothèques et privilèges desdits contrats de constitution sus datés, et des actes faits en conséquence de ladite charge de conseiller du roy contrôleur retenue par lesdits sieurs establis qui sortiront leur plein et entier effet selon les stipulations y portées, ce qui a esté ainsi convenu stipulé et accepté et à ce tenir etc dommages etc s’obligent lesdites parties respectivement elles etc biens et choses etc dont les avons jugés, fait et passé audit Château-Gontier maison dudit sieur Gouesse, présents Estienne Foureau et Charles Bigot praticiens demeurant audit Château-Gontier témoins à ce requis, fors ledit Gouesse détenu au lit malade qui a déclaré ne pouvoir signer à cause de la goute dont il est à présent attaqué à la main droite

René Gouesse, sieur du Bignon, avait la goutte : Château-Gontier 1697

et il prétexte une crise de goutte pour ne pas signer un document très important pour la comptabilité du grenier à sel de Château-Gontier, duquel il est officier.

Ceci dit, je suis personnellement au régime alimentaire anti-goutte depuis 50 ans, pour lutter contre les crises, mais je n’ai jamais eu les mains m’empêchant de sortir du lit, par contre le pied, oui, un pied de hauteur hallucinante et qu’il est impossible de poser par terre.

Il existait autrefois quelques connaissances, et même des ouvrages, ainsi on trouve sur GALLICA : La goutte, sa nature, son traitement et le rhumatisme goutteux / par Alfred Baring Garrod,… ; traduit de l’anglais par Auguste Ollivier,… ; annoté par J.-M. Charcot,… Garrod, Alfred Baring.  Paris 1867

J’ai plus moderne et absolument indispensable : Manuel de diététique en pratique médicale courante – Albert-François Creff,  éditeur : MASSON – J’ajoute que cet ouvrage est plus que sérieux et donne toutes sortes de régimes, très utiles à beaucoup.

Comme il est rare de trouver dans nos recherches des traces de maladies, je vous mets ici l’info (et ci-après cette page, en prenant la catégorie SANTE puis MALADIES en déroulant le menu déroulant des catégories, vous allez voir les maladies que j’ai déjà abordées) :

Gouesse détenu au lit malade qui a déclaré ne pouvoir signer à cause de la goute dont il est à présent attaqué à la main droite   (extrait d’un acte serie C37 aux AD53)

 

 

 

 

Obsèques du Dr Alcime Rousseau, Herbignac 21 janvier 1923

Il se déplaçait encore à cheval, mais quelques médecins de campagne avaient déjà une automobile. Les accouchements relevaient encore des médecins de campagne. Certes, auparavant pour les accouchements il n’y avait que les matrones désignées… 

« Les obsèques de M. le Dr Rousseau ont eu lieu dimanche 21 janvier 1923[1], en présence d’une foule considérable, venue de tous les alentours, à 20 km à la ronde.

Sur la tombe, le Dr Amédée Monnier, professeur à l’école de Médecine de Nantes, et ami personnel du défunt, prononça un magnifique discours que nous avons tenu à reproduite ici intégralement :

C’est avec une indicible émotion et une douloureuse surprise que j’ai appris la mort du Dr Alcime Rousseau. Avec une grande émotion, car il était mon ami depuis la jeunesse, et aussi l’ami des vieux jours, ami sûr, ami fidèle. Avec surprise, car rien ne faisait prévoir que sa fin fût si proche. Son activité était restée la même. Le jeudi 18 janvier, il avait continué ses habitudes professionnelles. Dans la soirée survient un cas d’obstétrique urgent, particulièrement pressant. Prévoyant que des complications sont susceptibles de se produire, et jugeant que de sa résolution dépend le sort de 2 êtres, que dès lors sa présence est indispensable, bien que déjà en pareille occurrence il avait ressenti une fatigue réelle, sans hésiter et malgré des conseils opposés, il part, il se précipite au grand galop de son cheval. Le cas est sérieux en effet : l’intervention sera laborieuse. Qu’importe ? Il déploiera tout son art, il y mettra s’il le faut, toute sa force. La manœuvre est habilement exécutée ; elle s’achève heureusement. La mère et l’enfant sont sauvées. Le tâche accomplie, il accuse un malaise, il s’assied et tombe foudroyé comme tombe sur son champ de bataille après un dur combat le soldat victorieux mais épuisé et à bout de souffle.

Ainsi « ce bel ouvrier est mort l’outil à la main » et son dernier geste aura été un geste de générosité héroïque au service d’une malade en péril. Pouvait-on demander plus au médecin, qui depuis 35 ans, dans des conditions qu’il est inutile de préciser ici, se dépensait pour les autres sans compter ? N’est-ce par là le couronnement le plus magnifique d’une vie, qui se résume dans les mots : Intelligence, Travail, Dévouement, Probité, Modestie. Des médecins de cette trempe méritent d’être signalés. Inclinons-nous respectueusement. Comme elle est pour ceux qui ont vécu dans son intimité, cette brusque mort est pour la contrée une perte cruelle. Sans nul doute elle laissera un vide dont bientôt on appréciera l’importance, car on peut l’affirmer, sans porter préjudice à qui que ce soit, le poste que le Dr Alcime Rousseau remplissait d’une façon admirable, personne ne le remplira comme lui.

Les débuts de sa vie ont été difficiles et rudes. De très bonne heure orphelin, il ne perdit point courage. Il n’avait point de fortune, mais il avait mieux déjà : un cerveau et une volonté. Il sut, par des procédés multiples, qui pour d’autres auraient pu paraître humiliants, mais qui ne faisaient qu’ennoblir une âme comme la sienne, donner du premier coup à sa vie l’orientation la meilleure et la plus sûre. Il avait en outre hérité des sentiments et des principes excellents d’une famille aussi modeste que naturellement distinguée. Et il garda une fidélité invariable aux exemples reçus de ses premiers maîtres, aux principes et aux idées qu’il en avait reçus et qu’il savait justes.

Sa réputation était celle d’un laborieux, d’un laborieux obstiné et fervent de la méthode. Au Collège, à l’Ecole de Médecine, à l’Hôpital il a tenu le premier rang parmi les élèves. Il a vécu à cette époque surtout dans le monde « des livres ». Durant sa vie d’étudiant ou d’interne, on était sûr de le rencontrer dans sa chambre, au travail, et aussi d’être reçu avec le plus parfait accueil ; Il n’en sortait d’ailleurs que pour aller prendre ses repas ou donner des répétitions, – son gagne-pain, – ou visiter sa sœur, la seule survivante de sa famille, dont il avait un peu la charge. Quant aux réunion ou fêtes publiques il les fuyait pour la raison qu’elles sont la plupart du temps d’un profit douteur et qu’elles auraient pu diminuer son entraînement au travail.

A sa sortie du Collège, le Dr Rousseau possédait déjà un bagage bien assorti de connaissances non seulement des auteurs français mais aussi des auteurs grecs et latins à l’instar de beaucoup de jeunes gens de l’époque, sous l’influence bienfaisante de programmes bien établis. Il garda jalousement le goût de telles études et dans la suite, malgré les soucis et les multiples occupations d’une clientèle étendue et dense, il aimait à se tenir au courant de certaines publications de choix, les goûtait sûrement et s’en délectait entre deux courses, comme on se délecte d’un délicieux aliment. Ainsi, sous des apparences simples, peu communicatives, quelque peu froides ou même timides, il cachait un esprit brillant, d’une finesse originale, un caractère à la fois plein de douceur et d’énergie, un cœur très bon. Ses causeries étaient aimables, spirituelles, agrémentées d’une érudition parfaite, dont il ne cherchait certes pas à se prévaloir. D’ailleurs aux mérites incontestables de son esprit s’ajoutait, comme complément, une saine modestie. Et je ne suis pas certain que cette modestie ne lui ait porté parfois préjudice. Ceux qui l’ont connu ne l’ont point connu ambitieux. Il vivait loin du bruit, en dehors du monde, en dehors des « clans ». Il regardait comme préférable de laisser à d’autres, qui n’avaient pas sa valeur, le soin de ravir les places, de « décrocher » les honneurs, de « violenter » la renommée.

C’est avec de telles qualités d’esprit et de cœur qu’il se présenta dans le canton d’Herbignac, pour y exercer la médecine. Ses connaissances étaient à point. Pour les acquérir et les parfaire il n’avait rien négligé. Il avait plutôt entamé sa santé qu’il n’avait gaspillé son temps. Ses maîtres, ses camarades, tant de l’hôpital que de l’Ecole de Médecine, savaient reconnaître et apprécier unanimement sa grande valeur. Tous s’attendaient à le voir poursuivre plus loin ses actives et complètes études, et à porter ses vues vers de plus hautes sphères. Mais lui était la simplicité même comme il était le désintéressement en personne. Un oncle qui fut un protecteur et un ami, et qui avait été toujours pour lui un sage conseiller l’engagea, vu son influence dans le pays, à venir à ses côtés. Par déférence plus que par goût peut-être, le Dr Rousseau écouta cette voix, qui retentissait comme un doux écho du foyer familial, dont de si bonne heure il avait été privé. La décision fut prise en ce sens. Voilà pourquoi la petite ville d’Herbignac fut dotée en l’année 1888, d’un médecin de haute valeur, d’un clinicien avisé, d’un praticien aussi modeste que distingué, doublé d’un homme charmant et plein d’esprit. Et pendant 35 années, il y a vécu d’une vie qu’un biographe aurait à décrire. Et il y a vécu, durant ce long intervalle de temps, sans presque en sortir, attaché qu’il était à sa besogne de médecin de campagne. A 60 ans et plus, on l’a vu aussi ardent au travail qu’il l’était à 10 et surtout à 20 ans. Que dis-je ? Avant-hier encore il s’attelait à une tâche qu’il n’aurait pas dû faire et qui lui a été si fatale. Aussi bien a-t-il jamais refusé à quelqu’un ses services, ses conseils, son appui ? Prenait-il même le temps de reposer son corps fatigué, un peu usé même ? « Prendre du repos » est un terme bien vague et une impossibilité quand il s’applique au médecin qui comme le Dr Rousseau était sans cesse sur la brèche, c’est-à-dire au service de ceux qui souffrent, peinant le jour et combien de fois la nuit, ayant pour principal souci de faire son devoir en soulageant, heureux et fier de porter très haut et très droit le drapeau médical, dont il était un si signe représentant.

Il était en effet de ceux qui se font gloire d’être médecins et qui mettent la science médical au-dessus de tout ; à coup sûr, il la prisait plus que le prestige mesquin d’une richesse sèche et stérile ou d’un blason improductif et sans mérite. Enfin il pensait justement que c’est le médecin qui fait sa situation et non la situation qui fait le médecin. Cela se sentait dans son attitude. Fût-on prince, fût-on paysan, il semblait avoir, quand on l’abordait, un air quasi grave avec un langage peu familier. Unique effet, marque évidente de cet esprit de distinction, dont il était fortement imprégné et dont il ne s’est jamais départi. Ce n’était chez lui ni parade ni pédantisme. Personne ne s’y trompait. Tout le monde l’estimait. Il était surtout aimé de deux à qui il livrait sans compter les trésors de sa science, de sa bienveillance et de son dévouement absolu. Il y aurait beaucoup à dire sur cette vie de labeur et d’effacement. Les limites d’une esquisse aussi rapide l’interdisent. Mais si l’on en juge par l’affluence énorme et recueillie qui s’est empressée autour de sa tombe, on en déduit aisément que le Dr Rousseau a été compris, que chacun lui est reconnaissant d’avoir accompli sa rude tâche avec une conscience, une fidélité et un zèle qui sont allés jusqu’au sacrifice de sa vie.

Déjà cette certitude doit réconforter ceux qui le pleurent si amèrement. Mais ce réconfort s’accroît encore du fait que ce médecin de grand cœur et d’esprit élevé était un chrétien dans toute l’acception du terme. Et sa foi n’était pas une foi de surface. Elle s’appuyait sur des convictions solides, puisées dans une étude approfondie des récits historiques anciens. Il avait étudié avec réflexion, attachant une grande importance aux traductions authentiques et aux faits rapportés par les témoins d’une époque. Il ne rejetait jamais de parti pris un texte, sous prétexte que la clarté n’apparaissant pas à son intelligence, qui malgré tout avait des bornes, comme toute intelligence.

De tous points de vue donc, on ressent un réel chagrin de voir disparaître une aussi noble figure, de voir s’en aller l’un des meilleurs et l’un des plus parfaits ouvriers de la médecine. Et n’avais-je pas raison au début de ce discours de proclamer qu’une mort aussi subite est pour tous une perte cruelle. Et si maintenant je reporte ma pensée au foyer que cette belle âme a quitté, à cette femme éplorée qu’un tel drame accable, à ces fils, à cette famille dont il était le soutien, la force, la lumière, la fierté, le bonheur enfin, mon émotion grandit, ma voix devient de plus en plus hésitante. Je n’ai plus qu’à garder le silence et à verser des larmes avec eux, aucune parole n’était capable de consoler ou d’adoucir une semblable douleur.

Mon cher Alcime

En toi j’ai perdu un excellent ami. Ma tristesse sera éternelle. Ne m’en veux pas d’avoir pris la parole sur ta tombe. Notre amitié était si vieille et si forte – vieille et forte – nous nous le répétions souvent – de plus de 50 ans, que j’ai regardé comme une obligation de jeter un peu de lumière sur les beautés de ton caractère d’homme et de médecin, sur « les inconnues » de ton âme résignée. Cette âme, se réflétait entière dans ta franche, douce et réconfortante amitié. Cette âme, ta compagne si signe, si dévouée, si pieuse, si sincère, l’a reconnue dans l’affection dont tu n’as cessé de l’entourer. Tes fils l’ont certainement comprise. Ils t’imiteront, eux qui se sont distingués sur les champs de bataille de la Grande Guerre, eux qui savent que l’honneur n’est pas un vain mot. Aussi bien ils tiendront à conserver intact l’héritage fameux que tu viens de leur transmettre. Ainsi ils perpétueront ton souvenir et par eux nous en vivrons.

Mon cher Alcime, ta vie a été celle d’un sage et d’un chrétien. Ta mort a été glorieuse. Repose maintenant dans la Paix et que Dieu te donne dans le Ciel promis aux élus la place qu’il t’a destinée.

Ami, au revoir.

En cette douloureuse circonstance, nous renouvelons nos très vives condoléances aux familles Rousseau et Fagault.

 

[1] AD44/Presse : Le Guérandais