La maison à chambre haute pour les gentilshommes et bourgeois,

et la maison sans chambre haute des agriculteurs, autrefois

J’ouvre une nouvelle catégorie (en colonne de droite) NIVEAU DE VIE, terme que je préfère à VALEUR DE L’ARGENT parce que je compte vous exprimer comment on vivait selon les métiers etc… Il est vain de vouloir transposer en monnaie actuelle le prix puisque le contenu des dépenses est totalement différent. A titre d’exemple, il est indispensable au 17e siècle d’avoir un ou plusieurs coffres, fermant si possible à clef. Or, le coffre a quasiement disparu de nos jours, donc à l’image du coffre, comprenez bien que ce qui importe c’est de comprendre ce qu’il faut pour vivre et combien cela coûte à l’époque par rapport au budget de l’époque. Il faut donc appréhender le contenu des dépenses, et du budget d’alors, et même où trouver et acheter etc… ce qui est aussi important que le prix, vous en conviendrez, donc cette rubrique sera aussi un peu l’annuaire du qui fait quoi.

Au fil de cette rubrique, je tenterai de distinguer le nécessaire et le superflu. Je voulais commencer par le lit, et j’allais le faire, lorsque j’ai constaté que je mettais la charue avant les bœufs, car ce qui surprend le plus dans les modes de vie d’antant c’est le type de maison, et l’endroit où sont les lits. Pire, au-delà du type de maison, c’est le mode de vie dans cette maison.
Je m’explique :
Nombre de gentilshommes ou bourgeois ont construit des maisons manables dans leur campagne d’origine, fin 16e siècle. Les nombreux auteurs s’entendent à reconnaître un nom comme maison manable ou gentilhommière, à tout ce qui a des chambres hautes avec cheminée et un escalier fut-il en tour ou inclus par la suite dans le corps de maison, alors que toutes les autres maisons étaient basses.
Dans les baux à ferme en Anjou, elle est souvent nommé maison de maître, et, plus récemment manoir.

Mais, ces mêmes gentilshommes durent rapidement trouver un office à la ville, à Angers, voir Tours ou Paris, car leurs revenus fonciers ne leur permettaient plus d’assumer leur train de vie (ou, quand ils sont restés à la campagne, ils se sont appauvris, et à ce sujet voyez : NASSIET Michel, Noblesse et pauvreté, la petite noblesse en Bretagne, 15e-18e siècle, Archives historiques de Bretagne, 1997
Quittant leur campagne pour la ville, ils louèrent par bail à moitié, leurs terres et maison à un agriculteur, qui eut souvent pour logement la maison de maître. Durant des siècles, ces agriculteurs ont vécu au rez de chaussée de la maison, et les chambre hautes étaient grenier à foin ou céréales.
Dans les années 1990, visitant de telles maisons manables faisant office depuis 4 siècles de logement de l’agriculteur, j’ai rencontré encore de tels agriculteurs, et vu des mes yeux vu, qu’on vivait encore uniquement au rez de chaussée à la fin du 20e siècle, dans ses ex-maisons manables…
Ceci signifie clairement qu’il y a eut un mode de vie du monde agricole, probablement allant à l’économie de chauffage, et l’harmonisation des modes de vie entre eux. D’ailleurs, un agriculteur qui aurait le mauvais goût d’installer son lit dans la chambre haute, aurait sans doute été la risée de ses confrères…
Dans le même ordre d’idée, il y a une vingtaine d’années, j’ai visité avec des généalogistes l’écomusée de la Bintinaie, près de Rennes. La Bintinaie était une grosse ferme ayant récemment cessé son activité. La salle, car c’est ainsi qu’il convient d’appeler la pièce à vivre et tout faire des agriculteurs au rez-de-chaussée, comportait queluqes lits, et le guide nous assurait que 13 (ou 17) personnes dormaient dans cette pièce. A l’époque, je n’avais pas encore cherché et dépouillé autant d’inventaires après décès que je l’ai fait depuis, et ce fut pour moi, comme pour tous les autres visiteurs, un choc. Je me souviens fort bien que nous tentions d’imaginer combien par lits, etc… en vain. Nous avions beaucoup de mal à nous imaginer la scène… Malheureusement, cet écomusée n’a pas de site Internet, mais allez le visiter, c’est frappant…
Voyez également ANTOINE Annie, Fiefs et villages du Bas-Maine au 18e siècle, Editions régionales de l’Ouest, Mayenne, 1994

Changé, Mayenne
Changé, Mayenne

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Dans ce Vieux Manoir, ici il y a 100 ans, à Changé (53), la fenêtre de la chambre haute n’est pas d’origine, mais elle atteste un usage en maison de maître au fil des siècles, sinon cette chambre haute aurait été transformée en grenier et cette fenêtre aurait l’air d’un accès au grenier par l’extérieur, pour engranger les récoltes de céréales.

Alors me direz-vous, j’ai bien de la chance d’avoir trouvé quelle maison avait chambre haute ou non. Je ne sais pas si j’ai eu de la chance, car j’ai surtout longuement et même plus que longuement cherché.
Au fil de cette rubrique, je vais tenter de vous donner une image exacte de l’intérieur des divers métiers, car il se trouve que j’ai tout l’échantillonnage des métiers dans mon escarcelle maintenant, et vous pourrez alors extrapoler sur vous, même sans avoir un acte vous concernant directement. Mais d’abord, souvenez vous bien de l’histoire de la chambre haute à la campagne… ceci sera moins vrai en ville car on y construit plus en hauteur… Mais comme l’immense majorité des Français étaient paysans, il est important de se pencher sur leur mode de vie…

La semaine prochaine, avant de voir les lits, maintenant que vous savez qu’on ne le met pas n’importe ou, il faut que nous parlions propriété versus bail à moitié et bail à ferme. En effet, dans le budget d’aujourd’hui le logement est la part importante, et il faut donc y passer un moment.

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