Une fouace le jour et fête des Rois : dans le bail

    « Une fouace de la fleur d’un boisseau de froment. »

En Anjou (et souvent ailleurs) les closiers et métayers (les paysans) ne possédaient pas leurs terres, mais la prenait à bail à moitié dit aussi bail à métayage dans cette province.
Dans ce bail, la moitié des fruits de la terre, c’est-à-dire des produits issus de son exploitation, revenaient au propriétaire, qui recevait aux 4 grandes fêtes, à son domicile, beurre, poulets, etc… soigneusement définis au bail. Nous y reviendrons.

Dans certains baux, sans doute ceux dont la terre était en partie cultivée en froment, ce qui était rare en Haut-Anjou, le propriétaire précisait :

    « Au jour et fête des Rois, une fouace de la fleur d’un boisseau de froment. »

Le terme utilisé est toujours fouace, et non fouée comme le donne l’ouvrage paru en 1993 (Inventaire du patrimoine culinaire de la France, Région des Pays de Loire, Albin Michel, 1993).
Ainsi, dans le bail fait en mars 1599 par Guyonne Bonvoisin Dt à Angers à Symphorien Doesnau et Jacquine Denis sa femme, de la métairie de la Salle à St Saturnin (49).

Je le trouve même dès 1504 dans le bail du moulin à eau d’Armaillé. Ce qui fait 5 siècles (au moins) de fouace en Anjou !

La recette ne contenait pas encore de sucre, alors trop récemment découvert pour être connu des paysans, mais seulement sans doute lait, beurre et œufs. En fait une sorte de galette améliorée, que le bail de 1504 définit « une fouace, un gâteau ». C’est une

« sorte de pain fait de fleur de farine en forme de galette, et ordinairement cuit sous la cendre » (selon tous les dictionnaires anciens).
Mais au fait, elle devait contenir un boisseau de froment. Or, le boisseau était une mesure de capacité des grains, qui variait d’une seigneurie à l’autre, parfois de 11,31 à 13,58 litres. Il faisait donc en moyenne environ 20 livres de blé-froment, soit 9,8 kg. Mais cette quantité, élevée, ne s’applique pas à la fleur de farine, mais au froment avant passage au moulin. La phrase en effet dit bien : de la fleur d’un boisseau de froment.

Reste donc à trouver le rendement en fleur de farine d’un boisseau de froment pour avoir la taille de la fouace.

Sachant qu’autrefois un moulin à vent avait un rendement de 30 à 45 % en farine, la fleur de farine ne peut dépasser 10 à 20 %, donc 1 à 2 kg.

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Fleur de farine et pain blanc

Demain, pour la fête des Rois en Anjou (et ailleurs) nous avons besoin de fleur de farine.

La fleur de farine, tirée par le sas et bluteau, c’est aussi celle qui vole par les moulins, et se tient contre les parois, dite fole farine (Nicot, Thresor de la langue française, 1606) – c’est la plus pure, la plus fine farine que les Boulangers mettent en usage (Diderot, Encyclopédie)
C’était la partie la plus noble de la mouture du blé, celle qui n’était pas le pain quotidien de nos ancêtres, aussi avaient-il le proverbe « Ne mange pas tout ton pain blanc le premier ».

Née en 1938, je fais partie des petits Français qui ont découvert le pain blanc après la guerre. Nous étions de retour à Nantes après avoir fui les bombardements. Un jour, notre papa (je suis l’aînée d’une tribu), qui n’était pas fervent de prières quotidiennes, s’est levé de table, puis, solennellement, il nous a demandé d’en faire autant nous disant

    « mes enfants, nous allons mangé ce jour du pain blanc, remerçions Dieu »,

et ce jour-là, effectivement j’ai découvert le pain blanc. C’est ainsi que j’ai dit l’unique Benedicite de mon existence ! c’est dire s’il est resté gravé en ma mémoire !

Ce pain blanc n’avait rien à voir avec nos baguettes fantaisies actuelles, c’était une énorme miche, pesant 4 livres, que nous avons connu longtemps, longtemps encore.

Puis, le pain blanc est devenu tellement notre pain quotidien qu’on a réinventé les fibres et autres pains fantaisies, chers de nos jours aux boulangers et nutrionnistes.

Qui se souvient encore des privations de la guerre, des vertus d’un pain blanc quand on en manque, qui comprend le proverbe ?

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Carte de Voeux de Bonne Année en 1905

Voici la carte reçue par ma grand-mère en 1905 !


Le trèfle à 4 feuilles semble annoncer de bonnes choses : Nous avons dû lui aussi l’oublier un peu, sans doute parce que le trèfle lui même est devenu invisible à la plupart d’entre nous ! Je n’y ai jamais cru mais j’ai souvent entendu parlé de cette croyance de porte-bonheur qu’on lui attribuait.
La carte est en relief, ce que rend la vue du recto. Même le filet doré est en relief.
Enfin, on est tellement heureux d’avoir découvert la carte postale que le terme figure en 16 langues, pas moins ! La première guerre mondiale n’était pas encore passée là.
Je pars voir des petits-neveux (5 et 6 ans) et je vais leur faire voir ma montre squelette. C’est le joli nom donné par les horlogers aux montres dont on voit le mécanisme, et la mienne est squelette recto-verso, de sorte qu’on voit aussi la masselotte.
Un bon conseil, veillez bien sur vos montres goussets Henri, celle de ma grand-mère a disparu il y a 11 ans lors d’une visite en règle de mon appartement !

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La montre serait en voie de disparition !

Une enquête récente constate que la majorité des jeunes regardent désormais l’heure sur leur téléphone et n’ont plus de montre.

Et les journalistes d’enchaîner :

« A quoi reconnaît-on un vieux d’un jeune ? », le premier regarde l’heure à sa montre, le second à son téléphone.

Comme je suis vieille, donc ringarde (cf ci-dessus), j’ai investi à Noël dans une montre. Et pour faire encore plus ringard, dans une montre squelette automatique, c’est-à-dire une montre sans pile, où on peut passer son temps à regarder le mouvement, histoire de se souvenir que le temps s’écoulait autrefois écologiquement, sans pile.

Ainsi les montres à quartz sont en train de devenir des bijoux fantaisies en voie de disparition, et n’auront vécu que l’espace d’une génération, alors que les bonnes vieilles montres mécaniques résistent au temps…. et refont parler d’elles. Qui l’eut cru il y a 20 ans !
L’heure ne fut pas toujours précise. Les habitués des registres paroissiaux ont l’habitude de lire « vers les 9 h du soir », etc… puis au 19e siècle, peu à peu, la précision s’est installée.
Le prêtre dont je vous parlais hier avait une montre en 1740 à Laval. Il est normal que les prêtres aient été parmi les premiers équipés pour faire sonner les cloches et la messe à l’heure plus précise.
Je trouve l’heure précise à Gené le 30 octobre 1612,

« est décédé noble homme Jean Baptiste d’Andigné escuier sieur des Tousches, de Riboul, de la Blanchaie en Ste Jamme, à neuf heures et un quart du matin en sadite maison de la Blanchaye et fut ensepulturé le soir dudit jour en l’église de la paroisse de Saincte Jamme près le grand autel ».

Horloge ou montre à la Blanchaie ? en tout cas sépulture rarissime par sa précision à cette date. Les autres actes sont imprécis sur l’heure, donc, puisque le prêtre était généralement appelé près du mourant, l’heure précise était bien à la Blanchaie et non sur le prêtre qui aurait sinon noté tous les actes avec cette même précision.
La montre est

« une très-petite horloge, construite de façon qu’on la puisse porter dans le gousset, sans que sa justesse en soit sensiblement altérée… L’origine de ce nom vient de ce qu’autrefois on appelloit le cadran d’un horloge, la montre de l’horloge ; de maniere que dans les premieres horloges ou montres de poche, toute la machine étant cachée par la boîte, on leur donna vraisemblablement le nom de ce qui seul indiquait l’heure, qui étoit la montre. On ne sait pas précisement dans quel temps on a commencé à en faire ; ce qu’il y a de vraisemblable c’est que ce fut approchant du temps de Charles-Quint, puisqu’on trouve dans son histoire qu’on lui présenta un horloge de cette espece comme quelque chose de fort curieux » (Diderot, Encyclopédie).

Nos ancêtres ont vécu dans l’à peu près durant des millénaires, se contentant du cadran solaire, voire de rien du tout : regarder tout bonnement où en était le soleil, sans cadran solaire pas donné à tous. Comment arrivaient-ils à l’heure à la messe, lorsqu’ils demeuraient trop loin des cloches, ou que la distance était trop importante pour courrir ensuite à la messe, même si on avait entendu les cloches… Mystère incompréhensible pour moi ! En fait, ils devaient arriver bien avant, en ordre dispersé, et en profiter pour causer longuement … Cela me fait penser qu’il faudrait que je dresse un tableau de ceux qui possédaient une horloge ou montre dans les inventaires que j’ai relevés.
Je demeure à 300 m du Lycée Professionnel Les Savarières à Saint-Sébastien-sur-Loire, rare établissement à proposer une formation aux métiers de l’horlogerie, car 150 emplois d’horlogers se dégagent chaque année ! Gardons les montres mécaniques…

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Ouf ! l’herbe à Nicot n’est plus au restaurant ! C’est un grand jour dans ma vie !

Mon dernier avatar date de l’automne dernier à Angers près de la gare, sous une pluie légère.

Après 7 portes entr’ouvertes et réponses incongrues du genre un petit coin au fond de la salle, suivies vous vous en doutez d’une fuite immédiate, j’avais été contrainte de me rabattre sur un sandwich et un banc ! Je vais enfin pouvoir déjeuner dans mes déplacements !
Enfin, comme tant d’autes, je vais pouvoir franchir la porte
Je remercie le ciel d’avoir connu ce jour tant la fumée et moi c’est une longue et pénible histoire.
La fumée d’une collègue a été mon lot tout au long des 25 dernières années de mon travail. Une galère qui est désormais épargnée aux générations actuelles et je m’en réjouis ! Même le jour de l’entretien annuel d’appréciation, j’avais droit à la clope qui s’allumait en guise de salutations d’ouverture. Mes yeux, qui ont génétiquement toujours refusé de produire des larmes, paraît-il lubrifiantes chez les autres, devaient supporter ce cauchemar !

Mais au fait, combien de fois ai-je rencontré le tabac dans les nombreux inventaires après décès que j’ai mis dépouillés avant la Révolution ?
Passé d’Amérique latine en Espagne et au Portugal, il arrive en France en 1560 avec Jean Nicot, ambassadeur de François II en Portugal, qui en offre à Catherine de Médicis.

Je rencontre peu l’herbe à Nicot dans les inventaires. Bien entendu elle arrive d’abord chez des gens aisés, mais pas tous.
La voici en 1740 à Laval dans le Maine, chez un prêtre Yves Moride. Il n’a pas encore de tabatière, mais une boîte en fer blanc pour mettre tabac.
Je la rencontre aussi en Anjou chez un médecin, aussi mieux vaut ne pas en parler.

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2008 : Les personnes âgées ne sont plus toutes pauvres !

Monsieur le Maire, pourquoi m’envoyez vous chaque année un bon de charité pour les fêtes ?

Les Nations Unies ont proclamé 2008 année internationale de la pomme de terre C’est avec ce joli symbole de la victoire contre la famine autrefois en France que je m’adresse à vous Monsieur le Maire.

Les temps changent, voici un bref historique de la vieillesse, car depuis le temps que je suis tombée dans les actes anciens, et même très anciens, je connais les durées de vie du passé et le sort réservé autrefois aux anciens !
Jusqu’en 1880, beaucoup de jeunes arrivent au mariage ayant perdu leurs parents. Quand ils vivent encore, ils sont presque toujours parain et maraine du premier enfant, un de chacun des deux côtés.
La vie est courte, mais il y a des exceptions. Dans le petit coin de Normandie de La Sauvagère, on vit plus vieux qu’ailleurs, alors on émigre par manque de terre pour tous… Et puis il y avait carrément des records : ainsi, Roberde Bonvoisin, mariée en 1548 à François Lefevbre : non contente d’avoir mis au monde 17 enfants, elle vévut assez longtemps pour voir 225 enfants, petits enfants et arrière-petits-enfants, dont 144 assisteront à sa sépulture.
Il faudra attendre 1880 pour que cela change.
En 1880, l’’espérance de vie à la naissance, autrement dit l’âge moyen au décès, était de 40,8 ans pour les hommes, 46,4 pour les femmes.
Arrivent alors les progès de l’hygiène et de la médecine, et en 1914 ces chiffres sont respectivement de 48,5 pour les hommes et 52,4 pour les femmes, pour atteindre 63,4 et 69,5 en 1950, puis 77,2 et 84,1 en 2006. Et hier à la télé on annonce qu’une petite fille sur deux née en 2008 vivra centenaire.
Au milieu du 20e siècle, le nombre des personnes âgées avait donc explosé, alors même que les modes de vie en famille avaient encore plus explosé, et que rien ne permettait d’assurer un revenu à ceux qui ne pouvaient plus travailler.
Après la seconde guerre mondiale, la pauvreté de bon nombre d’entre eux fut grande, et c’est sans doute alors qu’un maire décida de leur offrir un geste de charité pour Noël.
Mais aujourd’hui, Monsieur le Maire, les temps ont changé. Quand certains n’ont pas assez pour assurer leur dignité, il en est qui ont assez pour vivre, et qui trouvent indigne de figurer dans une liste d’assistés anachroniques, alors que cet argent serait bien plus utile à ceux qui en ont besoin.
Ne pourriez vous revenir sur cette mesure anachronique, dont je me sens totalement indigne, car je ne suis pas dans le besoin, d’autres aussi sans doute.
Enfin, comment votre journal peut-il écrire que tous ceux qui n’ont pas assisté au repas viennent retirer leur colis. Ceci n’est pas possible car je n’ai jamais assisté au repas et jamais retiré de colis, alors où passent les colis ?
Je ne vous ai jamais demandé de figurer dans cette liste, et je me demande comment j’y figure, aussi par la présente, je vous demande de me rayer de cette liste.
Bon courage Monsieur le Maire, car je comprends que remettre en cause un avantage est délicat pour un élu, mais je pense que vous en sortirez grandi ! Veuillez croire, Monsieur le Maire, à mes salutations respectueuses. Odile Halbert

PS : à la suite de cette lettre, la mairie de Saint-Sébastien m’a répondu que ce repas était justifié, mais qu’elle acceptait de me retirer de la liste des assistés du nouvel an. Dommage qu’un maire ne soit pas assez courageux pour comprendre que toutes les personnes âgées ne sont pas pauvres et qu’un certain nombre d’entre eux n’ont pas à déjeuner aux frais de la collectivité pour le nouvel an, mais pourraient déjeuner en payant leur repas.

    QUE LE REPAS EXISTE : OUI
    QU’IL SOIT GRATUIT POUR TOUS : NON, telle restera ma devise

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