Pupille de la nation

Je reçois beaucoup de questions, souvent curieusement posées. En voici une, suivie de mon avis.

  • Voici la question :
  • Bonjour et bonne année ; j ‘ai trouvé votre contact en tapant  » erreurs état civil  » dans google . Je vois que vous en connaissez un rayon, alors je me permets de vous écrire pour vous demander votre point de vue sur la situation suivante : Ma grand mère qui était « pupille de la nation, donc qui avait été mise à l ‘assistance publique par sa mère, en 1907, a bien sur, cherché à retrouver celle-ci. Elle disposait, je ne sais comment de son lieu et de sa date de naissance . , Ivry sur seine . Ma mère a conservé la lettre de sa demande en 1934 à ladite mairie d’Ivry , ainsi que la réponse officielle de la mairie avec son tampon personne inconnue dans la commune.
    L ‘ affaire en était alors restée là. J ‘ai cependant, un peu avant Noël, renvoyé la même requête à la mairie d’Ivry, sans grande conviction, dois je dire, mais, vu que les demandes d ‘acte en ligne sont possibles sur cette mairie, celà ne me coutait pas grand chose … Et bien, quelle ne fut pas ma surprise quand la mairie d ‘Ivry m ‘a renvoyé, en 2008, l ‘acte de naissance tant recherché en bonne et due forme. Et avec une mention marginale, en prime, qui m’apprends que mon arrière grand mère s ‘est mariée en 1909 avec un certain L… (bonne famille sans doute en plus mairie du 18 éme arrondissement )
    J ‘avais , entretemps réussi à retrouver , grace à une dérogation , le dossier de ma grand mère au conseil général_ archives 06 ; 2 lettres de mon arrière grand mère laissaient sous entendre clairement qu ‘elle avait confié son enfant ( de père inconnu , bien sur ) à l ‘assistance publique , mais de manière provisoire , qu ‘elle comptait bien la récuperer. Elle n’a jamais récupéré ma grand mère ni cherché à la revoir.
    MA CONCLUSION : ( êtes vous de mon avis ? ) ; sans jeter la pierre à personne car je peux très bien me rendre compte de ce qu ‘était la vie à l ‘époque ; je pense qu ‘elle a tout à fait voulu cacher à son mari cette 1ere maternité de 1907 , mais surtout pris les précautions qu ‘il fallait , à savoir acheter le fonctionnaire de l ‘état civil . (pour moi , l ‘erreur pure est inconcevable , vu les faits sus exposés , vu que c ‘est simple de lire une liste , que les employés de l ‘état civil ont l ‘habitude de faire des recherches )
    Merci de votre réponse ; croyez vous que je peux avoir une explication auprès de la mairie d ‘Ivry ? ( je gage que les fonctionnaires vont s ‘ auto couvrir d ‘office ) avez vous déjà vu des cas semblables ? cordialement . M D

  • Et voici mon avis.
  • Votre recherche doit commencer par deux actes civils concernant votre grand-mère, indispensables, avant de foncer sur une date de naissance. Vous devez d’abord obtenir les actes d’état-civil du mariage de votre grand-mère et de son décès. Normalement, ces deux actes d’état-civil doivent comporter beaucoup de mentions qui seront seules fiables pour tenter ensuite de demander un extrait de naissance de cette personne.
    Même si vous trouvez cela choquant, vous devez vérifier ce qu’a dit votre grand-mère, c’est cela la vraie généalogie.
    Le statut de « pupille de la nation » n’existait pas en 1907, et votre discours est donc pour le moins confu. Consultez le site du ministère de la Défense, qui explique clairement ce statut, réservé d’abord dès 1917 aux orphelins de la première guerre mondiale. Vous comprendrez alors que vous avez semble-t-il confondu assistance publique et pupille de la nation, et par la suite votre raisonnement devient erroné.
    Une fois que vous aurez compris que le statut de « pupille de la nation » était réservé aux orphelins de guerre, vous devez IMPÉRATIVEMENT vérifier que votre grand-mère avait bien ce statut, et obtenir un document valable vous le confirmant, soit en retrouvant les papiers de famille, soit en vous adressant au ministère en question.
    Deux hypothèses se présentent ensuite : soit elle l’avait, donc sa mère avait été reconnue veuve de guerre en 1917, ce qui signifierait que l’homme qui l’avait épousé avait reconnu l’enfant né avant mariage et était décédé à la guerre, soit elle ne l’avait pas… Vous le saurez une fois votre vérification faite au ministère.
    Si elle était à l’Assistance Publique, contactez la DASS du département de naissance, et demandez le dossier.
    Procurez vous photocopie du mariage de votre grand-mère et étudiez les éventuels enfants de ce couple, si possible en vous aidant des recensements déposés aux Archives Départementales.
    Dans tous les cas, ne raisonnez pas en gambergeant trop vite et en accusant à tort… Vous devez appliquer à la recherche des méthodes plus précises et plus scientifiques que les accusations tous azimuts… et vous verrez surement que la situation sera au final bien plus claire que vous ne le gambergez actuellement.

    Bonne recherche, et merci lorsque vous aurez franchi les premières étapes que je vous ai vivement recommandées, de revenir vers moi…. même si vous êtes décu dans vos découvertes, car parfois en généalogie on s’est fait un film, et les vrais recherches détruisent le film… et il faut savoir l’accepter, c’est cela la vraie généalogie.
    Et j’ajoute, sans craindre de le dire et de le répéter, vous devez vous déplacer et tout vérifier vous-même, ne pas vous contenter des recherches des autres pour des sujets délicats. Même si vous travaillez vous avez 4 semaines de congés par an, et vous ne devez pas hésiter à les investir dans la recherche pour avoir un résultat.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

    Une fouace le jour et fête des Rois : dans le bail

      « Une fouace de la fleur d’un boisseau de froment. »

    En Anjou (et souvent ailleurs) les closiers et métayers (les paysans) ne possédaient pas leurs terres, mais la prenait à bail à moitié dit aussi bail à métayage dans cette province.
    Dans ce bail, la moitié des fruits de la terre, c’est-à-dire des produits issus de son exploitation, revenaient au propriétaire, qui recevait aux 4 grandes fêtes, à son domicile, beurre, poulets, etc… soigneusement définis au bail. Nous y reviendrons.

    Dans certains baux, sans doute ceux dont la terre était en partie cultivée en froment, ce qui était rare en Haut-Anjou, le propriétaire précisait :

      « Au jour et fête des Rois, une fouace de la fleur d’un boisseau de froment. »

    Le terme utilisé est toujours fouace, et non fouée comme le donne l’ouvrage paru en 1993 (Inventaire du patrimoine culinaire de la France, Région des Pays de Loire, Albin Michel, 1993).
    Ainsi, dans le bail fait en mars 1599 par Guyonne Bonvoisin Dt à Angers à Symphorien Doesnau et Jacquine Denis sa femme, de la métairie de la Salle à St Saturnin (49).

    Je le trouve même dès 1504 dans le bail du moulin à eau d’Armaillé. Ce qui fait 5 siècles (au moins) de fouace en Anjou !

    La recette ne contenait pas encore de sucre, alors trop récemment découvert pour être connu des paysans, mais seulement sans doute lait, beurre et œufs. En fait une sorte de galette améliorée, que le bail de 1504 définit « une fouace, un gâteau ». C’est une

    « sorte de pain fait de fleur de farine en forme de galette, et ordinairement cuit sous la cendre » (selon tous les dictionnaires anciens).
    Mais au fait, elle devait contenir un boisseau de froment. Or, le boisseau était une mesure de capacité des grains, qui variait d’une seigneurie à l’autre, parfois de 11,31 à 13,58 litres. Il faisait donc en moyenne environ 20 livres de blé-froment, soit 9,8 kg. Mais cette quantité, élevée, ne s’applique pas à la fleur de farine, mais au froment avant passage au moulin. La phrase en effet dit bien : de la fleur d’un boisseau de froment.

    Reste donc à trouver le rendement en fleur de farine d’un boisseau de froment pour avoir la taille de la fouace.

    Sachant qu’autrefois un moulin à vent avait un rendement de 30 à 45 % en farine, la fleur de farine ne peut dépasser 10 à 20 %, donc 1 à 2 kg.

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    Fleur de farine et pain blanc

    Demain, pour la fête des Rois en Anjou (et ailleurs) nous avons besoin de fleur de farine.

    La fleur de farine, tirée par le sas et bluteau, c’est aussi celle qui vole par les moulins, et se tient contre les parois, dite fole farine (Nicot, Thresor de la langue française, 1606) – c’est la plus pure, la plus fine farine que les Boulangers mettent en usage (Diderot, Encyclopédie)
    C’était la partie la plus noble de la mouture du blé, celle qui n’était pas le pain quotidien de nos ancêtres, aussi avaient-il le proverbe « Ne mange pas tout ton pain blanc le premier ».

    Née en 1938, je fais partie des petits Français qui ont découvert le pain blanc après la guerre. Nous étions de retour à Nantes après avoir fui les bombardements. Un jour, notre papa (je suis l’aînée d’une tribu), qui n’était pas fervent de prières quotidiennes, s’est levé de table, puis, solennellement, il nous a demandé d’en faire autant nous disant

      « mes enfants, nous allons mangé ce jour du pain blanc, remerçions Dieu »,

    et ce jour-là, effectivement j’ai découvert le pain blanc. C’est ainsi que j’ai dit l’unique Benedicite de mon existence ! c’est dire s’il est resté gravé en ma mémoire !

    Ce pain blanc n’avait rien à voir avec nos baguettes fantaisies actuelles, c’était une énorme miche, pesant 4 livres, que nous avons connu longtemps, longtemps encore.

    Puis, le pain blanc est devenu tellement notre pain quotidien qu’on a réinventé les fibres et autres pains fantaisies, chers de nos jours aux boulangers et nutrionnistes.

    Qui se souvient encore des privations de la guerre, des vertus d’un pain blanc quand on en manque, qui comprend le proverbe ?

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    Carte de Voeux de Bonne Année en 1905

    Voici la carte reçue par ma grand-mère en 1905 !


    Le trèfle à 4 feuilles semble annoncer de bonnes choses : Nous avons dû lui aussi l’oublier un peu, sans doute parce que le trèfle lui même est devenu invisible à la plupart d’entre nous ! Je n’y ai jamais cru mais j’ai souvent entendu parlé de cette croyance de porte-bonheur qu’on lui attribuait.
    La carte est en relief, ce que rend la vue du recto. Même le filet doré est en relief.
    Enfin, on est tellement heureux d’avoir découvert la carte postale que le terme figure en 16 langues, pas moins ! La première guerre mondiale n’était pas encore passée là.
    Je pars voir des petits-neveux (5 et 6 ans) et je vais leur faire voir ma montre squelette. C’est le joli nom donné par les horlogers aux montres dont on voit le mécanisme, et la mienne est squelette recto-verso, de sorte qu’on voit aussi la masselotte.
    Un bon conseil, veillez bien sur vos montres goussets Henri, celle de ma grand-mère a disparu il y a 11 ans lors d’une visite en règle de mon appartement !

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    La montre serait en voie de disparition !

    Une enquête récente constate que la majorité des jeunes regardent désormais l’heure sur leur téléphone et n’ont plus de montre.

    Et les journalistes d’enchaîner :

    « A quoi reconnaît-on un vieux d’un jeune ? », le premier regarde l’heure à sa montre, le second à son téléphone.

    Comme je suis vieille, donc ringarde (cf ci-dessus), j’ai investi à Noël dans une montre. Et pour faire encore plus ringard, dans une montre squelette automatique, c’est-à-dire une montre sans pile, où on peut passer son temps à regarder le mouvement, histoire de se souvenir que le temps s’écoulait autrefois écologiquement, sans pile.

    Ainsi les montres à quartz sont en train de devenir des bijoux fantaisies en voie de disparition, et n’auront vécu que l’espace d’une génération, alors que les bonnes vieilles montres mécaniques résistent au temps…. et refont parler d’elles. Qui l’eut cru il y a 20 ans !
    L’heure ne fut pas toujours précise. Les habitués des registres paroissiaux ont l’habitude de lire « vers les 9 h du soir », etc… puis au 19e siècle, peu à peu, la précision s’est installée.
    Le prêtre dont je vous parlais hier avait une montre en 1740 à Laval. Il est normal que les prêtres aient été parmi les premiers équipés pour faire sonner les cloches et la messe à l’heure plus précise.
    Je trouve l’heure précise à Gené le 30 octobre 1612,

    « est décédé noble homme Jean Baptiste d’Andigné escuier sieur des Tousches, de Riboul, de la Blanchaie en Ste Jamme, à neuf heures et un quart du matin en sadite maison de la Blanchaye et fut ensepulturé le soir dudit jour en l’église de la paroisse de Saincte Jamme près le grand autel ».

    Horloge ou montre à la Blanchaie ? en tout cas sépulture rarissime par sa précision à cette date. Les autres actes sont imprécis sur l’heure, donc, puisque le prêtre était généralement appelé près du mourant, l’heure précise était bien à la Blanchaie et non sur le prêtre qui aurait sinon noté tous les actes avec cette même précision.
    La montre est

    « une très-petite horloge, construite de façon qu’on la puisse porter dans le gousset, sans que sa justesse en soit sensiblement altérée… L’origine de ce nom vient de ce qu’autrefois on appelloit le cadran d’un horloge, la montre de l’horloge ; de maniere que dans les premieres horloges ou montres de poche, toute la machine étant cachée par la boîte, on leur donna vraisemblablement le nom de ce qui seul indiquait l’heure, qui étoit la montre. On ne sait pas précisement dans quel temps on a commencé à en faire ; ce qu’il y a de vraisemblable c’est que ce fut approchant du temps de Charles-Quint, puisqu’on trouve dans son histoire qu’on lui présenta un horloge de cette espece comme quelque chose de fort curieux » (Diderot, Encyclopédie).

    Nos ancêtres ont vécu dans l’à peu près durant des millénaires, se contentant du cadran solaire, voire de rien du tout : regarder tout bonnement où en était le soleil, sans cadran solaire pas donné à tous. Comment arrivaient-ils à l’heure à la messe, lorsqu’ils demeuraient trop loin des cloches, ou que la distance était trop importante pour courrir ensuite à la messe, même si on avait entendu les cloches… Mystère incompréhensible pour moi ! En fait, ils devaient arriver bien avant, en ordre dispersé, et en profiter pour causer longuement … Cela me fait penser qu’il faudrait que je dresse un tableau de ceux qui possédaient une horloge ou montre dans les inventaires que j’ai relevés.
    Je demeure à 300 m du Lycée Professionnel Les Savarières à Saint-Sébastien-sur-Loire, rare établissement à proposer une formation aux métiers de l’horlogerie, car 150 emplois d’horlogers se dégagent chaque année ! Gardons les montres mécaniques…

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    Ouf ! l’herbe à Nicot n’est plus au restaurant ! C’est un grand jour dans ma vie !

    Mon dernier avatar date de l’automne dernier à Angers près de la gare, sous une pluie légère.

    Après 7 portes entr’ouvertes et réponses incongrues du genre un petit coin au fond de la salle, suivies vous vous en doutez d’une fuite immédiate, j’avais été contrainte de me rabattre sur un sandwich et un banc ! Je vais enfin pouvoir déjeuner dans mes déplacements !
    Enfin, comme tant d’autes, je vais pouvoir franchir la porte
    Je remercie le ciel d’avoir connu ce jour tant la fumée et moi c’est une longue et pénible histoire.
    La fumée d’une collègue a été mon lot tout au long des 25 dernières années de mon travail. Une galère qui est désormais épargnée aux générations actuelles et je m’en réjouis ! Même le jour de l’entretien annuel d’appréciation, j’avais droit à la clope qui s’allumait en guise de salutations d’ouverture. Mes yeux, qui ont génétiquement toujours refusé de produire des larmes, paraît-il lubrifiantes chez les autres, devaient supporter ce cauchemar !

    Mais au fait, combien de fois ai-je rencontré le tabac dans les nombreux inventaires après décès que j’ai mis dépouillés avant la Révolution ?
    Passé d’Amérique latine en Espagne et au Portugal, il arrive en France en 1560 avec Jean Nicot, ambassadeur de François II en Portugal, qui en offre à Catherine de Médicis.

    Je rencontre peu l’herbe à Nicot dans les inventaires. Bien entendu elle arrive d’abord chez des gens aisés, mais pas tous.
    La voici en 1740 à Laval dans le Maine, chez un prêtre Yves Moride. Il n’a pas encore de tabatière, mais une boîte en fer blanc pour mettre tabac.
    Je la rencontre aussi en Anjou chez un médecin, aussi mieux vaut ne pas en parler.

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