Compte de tutelle d’Etienne et Pierre Gardais, 1651, Brain-sur-Longuenée

Article 469 du Code Civil Napoléon, 1807, qui reprenait en cela la plupart des droits coutumiers de l’ancien régime.

« Tout tuteur est comptable de sa gestion lorqu’elle finit.»

Les conseils de famille pour nommer un curateur sont rares dans les actes notariés en Maine-et-Loire, et difficiles à trouver en allant à la pêche à la ligne (seule méthode que je connaisse). On trouve presque plus souvent le compte de tutelle, véritable tranche de vie. Comme la majorité n’était qu’à 25 ans (nous y reviendrons longuement), il arrive même que le mariage du mineur ait eu lieu avant, ce qui ne terminait aucunement la tutelle.

C’est le cas qui suit :
Le 7 février 1651, devant Garnier notaire royal à Angers (AD49), compte que Constantin Levoyer curateur es causes de Estienne et Pierre les Gardays, rend audit Estienne Gardaye.

Et premier à charge de la somme de 300 L par ledit Levoyer reçue de Me Françoys Poifelon prêtre de Brain-sur-Longuenée pour la vendition à luy faite d’un logis et jardin situé au Bourg de Brain-sur-Longuenée, que ledit Levoyer luy auroit vendu en conséquence du jugement donné au siège présidial d’Angers par contrat passé par devant Me Louis Seard Nre de la Roche-d’Iré, en déduction de laquelle somme iceluy Levoyer aurait payé savoir (eh oui ! le tuteur a eu besoin d’argent pour payer les frais et il a vendu la maison. On apprend aussi qu’elle était à Brain. C’est important car Estienne Gardais est marié et vit maintenant à Bescon)

à la veuve Guymier veuve de †Jacque Valuche 30 L de principal et 8 L 17 s 6 d qui lui étaient due par le défunt Pierre Gardays et Renée Lejendre leur père et mère comme appert par acquit étant au pied de la minute dudit contrat. (et voici le nom du père et celui de la mère)

plus payé à Marie Lepage veuve de Pierre Joncheray 15 L qui lui était deuz par ledit deffunt

à Mr de la Fosse curé de Brain pour des services qu’il aurait fait et fait faire pour lesdits deffunts la somme de 15 L (les frais d’enterrement sont toujours dus par les héritiers, cela n’a pas changé)

à Jehanne Segretain de Brain 15 s

à Guillaume Segretain couvreur d’ardoise 15 L 10 s que lesdits deffunts lui devaient par obligation passée par devant Garnier Nre royal Angers le 8 août 1642

à monsieur Seard demeurant à Brain la somme de 49 L 10 s 6 d de principal et 58 s d’intérêts que ledit Gardaye deffunct lui debvoit comme apert par obligation passée devant Jean Godivier le 17 février 1642
audit Seard pour un quart de sel que lesdits deffunctz luy debvaient comme collecteur du sel de l’année 1641 la somme de 23 s 2 d (on hérite des dettes, même les impôts impayés)

à moy Levoyer la somme de 19 L que j’ai retenu par mes mains que ladite deffuncte Gardaye me debvait comme apert par obligation passé par Godivier le 18 mars 1644

plus, m’était deub 23 s 7 d par ladite deffuncte Gardaye comme collecteur du sel de l’année 1646 pour un quart de sel en quoy elle estait taxée (en tout cas les parents vivaient encore en 1646, c’est toujours une donnée importante en généalogie)

plus, payé audit Godivier pour dépens qui fut faite lors que lesdits deffuncts furent enterrés la somme de 50 s (encore les frais d’enterrement !)

plus payé audit Godivier sergent royal 40 s pour avoir donné les exploits aux parents desdits Gardaye pour la provision de curatelle
plus payé 10 s au fossoyeur de Brain qui avait fait la fosse pour ensépulturer ladite deffunte Gardaye (toujours les frais d’enterrement)

plus payé à Mr le lieutenant général et au greffe 100 s pour la provision de curatelle

plus payé à un métayer de monsieur de Molière 8 L que lesdits deffunctz luy debvoient par obligation

plus m’a coûté 75 s pour défendre à un procès contre le curé de Cantenay

plus payé 26 s à monsieur Seard pour dépense que fit ledit Estienne Gardaye avec le nommé Brillet lorsqu’ils allèrent consulter chez Me Valtère à Feudonnet, lesdits Gardaye et Brillet seroist héritiers de la deffuncte Jardin (alors là, on rêve. En effet autrefois cela n’était pas une synécure de trouver les héritiers, encore plus de savoir si un parent dont on pouvait hériter était décédé. Je reviendrai longuement là-dessus, mais notez bien déjà la difficulté pour tout un chacun de s’informer valablement)

plus payé à Me Valtère 20 s pour faire consulter lesdits héritiers de ladite Jardin

plus payé à Mr le lieutenant de la Provosté 20 s pour nous donner son advis pour le mesme subject (bigre, jusqu’où va la difficulté à se prétendre héritier. Néanmoins, on reste sur notre faim.)

Somme toute de debvoirs pour lesdits Gardais 203 L 14 s 2 d compris les 19 L qui m’estoient deubz au moyen de quoy reste à payer par ledit Levoyer la somme de 96 L 5 s 10 d

Le 10 février 1651 avant midy devant nous notaire royal Angers soubsigné fut présent ledit Estienne Gardais demeurant au bourg de Bescon, lequel a confessé avoir eu et receu avant ce jour d’huy dudit Levoyer à ce présent la somme de 48 L 2 s 11 d tournois qui luy estoient deubz pour sa part du reste de la vendition de ladite maison et jardin mentionné au contrat passé par ledit Seard daté au compte de l’autre part, par le moyen du poyement de ladite somme dont il se contente il a déclaré l’avoir agréable dabondant ledit contrat et le ratiffie en temps que beoin est et tous les poyements faictz par ledict Levoyer pour ce qu’il na le tout faict que à sa prière et requeste par son advis et de son consentement et a ledict Levoyer aussi déclaré qu’il ne demande rien auxdits les Gardais de ses voyages et vacations par luy faictz à ladite curatelle (rassurez-vous, il n’en a pas besoin pour vivre), et a l’entendement des présentes obligent les partyes leurs hoirs et leurs biens …. promet ledit Gardais faire ratifier ledit contrat et ces présentes à Perrine Galichet sa femme … fait et passé à Angers en nostre trabler présent Estienne Yvard et Jean Bourgeois clercs demeurant Angers tesmoings, et ledit Gardais a dit ne savoir signer.

Quand je vous parle de pêche à la ligne dans les notaires, vous avez bien remarqué que le notaire est à Angers, alors que tous ces braves vivent à Brain et Bescon, et qu’il y a des notaires plus proches d’eux. Donc ce document est le fruit de mes longues patientes recherches.
Enfin, je précise que je ne descends pas de ces Gardais, enfin, je l’ignore, car je suis bloquée à Vern sur un Pierre Gardais. Aussi je note toujours tous les Gardais, dans l’espoir qu’un jour le puzzle parlera.

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Tissier en toile, filassier , pour le lin et le chanvre – Sarger, sergier, serger pour la laine

Contrats d’apprentissage

C’est fou ce que la lecture (que dis-je la retranscription et frappe, seule méthode que j’utilise, car la lecture pourrait être en diagonale) des contrats d’apprentissage donne d’indications sociales et de détails des modes de vie. Je sais, j’ai la manie de prendre chaque mot pour une merveille, mais si je suis si émerveillée dans les notaires depuis plus de 15 ans, c’est que j’y ai lu beaucoup de petits détails qui nous restituent la vie autrefois, et qui sont à mes yeux de grandes informations.

Nous avions vu le cardeur, artisan travaillant la laine, et capable de faire un matelas, ce que je découvrais moi-même, car j’avais sous-estimé cet artisan auparavant.

Cette fois je vous emmêne au travail du lin et du chanvre, car le Haut-Anjou est pays de culture du lin et du chanvre sous l’Ancien Régime.
Le lin, plus noble donne un fil plus fin que le chanvre. Après la récolte, il y a d’abord le rouissage en rivière, mais il semble que cette phase ne soit pas toujours effectuée : on laissait parfois sur le pré. Une fois les parties dures ramolies, on passe à la braie ou broie.

Puis les filassiers (appelés aussi poupeliers en Anjou) en prépare la filasse mise en poupées, qui sera ensuite filée par toute la population.
Le filassier, aliàs poupelier, travaille à la journée, à l’extérieur, et comme tout journalier, il a des journées sans travail de filassier. C’est ce qui ressort du contrat d’apprentissage.
En fait il se déplace chez ceux à qui appartient la récolte. Or, la récolte appartient pour moitié à l’exploitant pour moitié au propriétaire, et certains propriétaires ont de véritables entrepôts. Le filassier n’est propriétaire d’aucune filasse, seulement un journalier. C’est selon moi, le plus bas échelon du travail du lin et du chanvre.

Selon Jocelyne Dloussky, dans son ouvrage « Vive la toile« , p. 26, le filassier ne lave pas toujours avec la méthode à l’eau et aux cendres, dite lessive, qui blanchit mieux le fil que les stratagèmes tels que le lait, le savon et l’indigo. Attention ce billet n’aborde pas le travail en blanchisserie, qu’on rencontre à Château-Gontier, Laval… qu’on pourra voir plus tard.

Ensuite, tout le monde file, partout, homme comme femme, et je dirais même dans beaucoup de milieux : dans les inventaires après décès, je suis surprise de trouver le rouet et le travaouil un peu chez tout le monde. Il n’y avait pas la télé, Internet et les SMS pour perdre son temps ! Alors il fallait bien s’occuper.
Le fil produit par chaque famille sera ensuite acheté par les marchands de fil, passant chez chacun, qui iront vendre à la foire de Craon, le fil qui partira à Laval ou chez des tissiers plus proches du Haut-Anjou. Je vous ferai ces marchands de fil une autre fois, car les inventaires après décès montrent leur fortune et leur mode de vie : il existe tous les échelons de fortune, et au sommet de cette pyramide, voir l’étude de Jocelyne Dlouskky citée plus haut, de la famille Duchemin, à la fortune considérable. Donc aujourd’hui, j’étais dans le bas de la pyramide sociale.

Le chanvre servira en partie à faire des essuie-mains, draps grossiers etc… partie à faire les cordes, à Angers surtout…

Le contrat d’apprentissage de Jean Dumesnil pour devenir tissier en toile, précise que son maître devra lui fournir « un pourpoint de toile, haut de chausse de meslin, bas de chausse de toile et une paire de choulier ». Le haut de chausse est l’ancêtre de la culotte. Il couvrait les hommes de la taille au genou, mais je ne pense pas que ce soit dans ce cas la culotte bouffante, courte, qui nous est familière avec les images connues d’Henri IV. Je m’imagine plus une sorte de bermuda (excusez la pauvreté de mes images), mais c’est ainsi que j’imagine mon apprenti, en pantacourt.

Le meslin ou meslinge est un produit local, qui est une toile mi-linge, toile intermédiaire entre la toile fine et la grosse toile. Ne m’en demandez pas plus et tant pis pour moi aussi si je ne comprends pas à quoi cela ressemblait.
La paire de choulier, vous avez compris, donc je passe.
Reste le pourpoint, qui est la veste courte, serrée, et arrivant à la taille. Une chose est certaine, il s’agit d’un costume d’été, car les deux éléments (le pourpoint et le haut de chausse) sont en toile. Une chose est certaine cependant, pas de sous-vêtement à cette époque, surtout dans ce milieu. On portait tout à même la peau, et ce qu’on a appelé chemise, lorsqu’elle existait car je la trouve peu dans les inventaires, était souvent en chanvre, et dure à la peau. Ouille ! (désolée mais il n’y a pas d’autre expression à cette idée, qui n’effraie moi-même).

Merci à Françoise pour cet essuie-mains de chanvre, datant de plus de 100 ans et toujours là (qu’en sera-t-il dans 100 ans des fabrications d’aujourd’hui, sans doute rien, même dans les musées). J’ai laissé la photo détaillée afin que vous puissiez voir le grain épais. Je peux aussi vous mettre un drap, qui est dans mon armoire, mais il faudrait un grand écran…

Et le sarger me direz-vous ? J’ai deux contrats d’apprentissage, mais je ne peux les mettre sur la page de la toile, car la serge, qui était le tissu le plus solide qui existe, était fait de laine (enfin, pour d’autres on en a fait de soie, mais je suppose que les sargers du Haut-Anjou, travaillaient la laine). Ce sont des tissiers en serge de laine…

Vous en avez assez de l’apprentissage, vous avez raison, vous saurez que ma page se mettra peu à peu à jour et qu’elle existe, et si vous avez des contrats vous-même, merci de coopérer, je vous citerai. Demain, nous voyons encore des documents rencontrés avant le contrat de mariage. Devinez lesquels ? Pour vous mettre sur la voie, souvenez vous que papa maman n’avaient pas la vie bien longue…

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l’Hôtellerie ou pend pour enseigne l’image de Notre-Dame, à Armaillé (49), 1737

tenue en 1737 par Geneviève Leboucher épouse de Louis Fortin, le lieutenant de gabelle à la Pihalaie.

Le contrat d’apprentissage de tailleur d’habits, analysé hier, donnait un renseignement qui est à mes yeux une pure merveille : le nom (et l’existence confirmée) de l’hôtellerie d’Armaillé : ou pend pour enseigne l’image de Notre Dame.

Armaillé est une charmante, et minuscule commune du Maine-et-Loire, à voir absolument. Allez rêvez à cette hôtellerie d’antant. Car, aujourd’hui tout nous a été uniformisé : un hôtel, un magasin, etc… porte un nom de chaîne, et les chaînes mutent en permanence. Pas plus tard qu’hier, j’ai constaté que 2 des 3 hôtels qui sont près de chez moi, avaient changé de chaîne…

Ils étaient bien plus gâté autrefois : des hôtelleries dans chaque petit bourg, voir plusieurs ; des noms aussi variés que joliement imagés, et des enseignes de métal représentatives partout.
Ces enseignes d’hôtels, aux noms aujourd’hui oubliés, je les trouve dans les actes notariés. C’est ainsi qu’hier, le contrat d’apprentissage précisait que Genevière Leboucher tenait l’hôtellerie ou pend pour enseigne l’image de Notre Dame à Armaillé. Voici quelques exemples en guise de mise en bouche :

  • Les Trois Rois, à Saint-Julien-de-Vouvantes, au 16e siècle.
  • La Croix Blanche, à La Cornuaille, en 1818
  • Le Boeuf Couronné, à Angers
  • Sainte Barbe, rue de la Poissonnerie à Angers, tenue en 1608 par François Lemesle, chevaucheur de l’écurie du roi et tenant la poste pour sa majeste. Elle possédait grande et petite écurie. Bref, une importante hôtellerie, relais de poste avant le nom.
  • L’Ours, au Lion-d’Angers, tenue au 17e et 18e siècles par les Delahaye.
  • La Cote de Baleine, faubourg Brécigné à Angers au 16e siècle tenue par Legoux.
  • La Tête Noire, rue du Pont de Mayenne à Laval, aussi relais de poste.

  • D’autres noms fleuris et fort variés sur ma page consacrée à l’hostellerie d’antant.
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    Grâce à Ernest Laurain, Laval possède une liste très riche, qui donne la meilleure illustration de la variété des noms. Les Nantais y retrouveront avec plaisir des noms qui leur sont familiers : le Chapeau Rouge, le Coq Hardi, etc… et je vous fait grâce des Cheval Blanc, Lion d’Or, et autres noms omniprésents…

    A la Révolution, on comprend que bien des noms se soient trouvés en mauvaise posture. Ce ne fut pas terrible de porter des images religieuses ou royales, si nombreuses… Sans doute est-ce la raison pour laquelle seuls les Cheval Blanc, Lion d’Or, et autres noms moins royaux, nous sont parvenus ! De là à nous avoir uniformisés à ce point aujourd’hui… Quelle immense perte nous subissons !
    Mais poussez la porte, et découvrez l’intérieur avec les 2 inventaires que j’ai en ligne (j’en prépare d’autres). Une immense salle en bas, 2 ou trois chambres collectives en haut, et le principal est l’écurie, car le cheval ne dort pas sur le trottoir comme les voitures (nous en reparlerons).
    On fait la cuisine dans la grande salle, bien sûr dans la cheminée, mais, dans ces salles on a aussi l’ancêtre de nos cuisinières, gazinières, plaques, fours et autres appareils électro-ménagers plus modernes. Je veux parler du potager. Son nom se rapporte au potage ou soupe, qui constituait la base la plus saine de l’alimentation, puisque les bactéries de l’eau, alors non potable, avaient eu le temps d’être mises hors de nuire.
    Le potager était une sorte de foyer élevé, pratiqué dans une cuisine (ou la grande salle des hôtelleries) pour y dresser les potages, pour les y faire mitonner, & pour faire les ragoûts. (Dict. Académie française, 1762). Généralement en briques, entre lesquelles on pouvait mettre la cendre de la cheminée toute proche, et de grilles sur le dessus. Ainsi, vous pouviez être servi à toute heure, ce qui n’est plus le cas (encore quelque chose que nous avons perdu...)

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    Il est lieutenant de gabelle à Noëllet, elle hôtesse à Armaillé

    cela ne tente pas la progéniture qui préfère devenir tailleur d’habits !

    Il y a quelques jours à peine, je lisais que les femmes des gabelous vivaient au bourg de Montreuil, tandis que les époux étaient aux postes de garde.

    Le hasard fait qu’en dépouillant un Nième contrat d’apprentissage, je remarque encore l’épouse du lieutenant de gabelle vivant sous un autre toît et non au poste de gabelle. Lui, Louis Fortin, est lieutenant de gabelle à la Pihalaie à Noëllet, elle, Geneviève Leboucher, est hôtesse ou pend pour enseigne l’image de Notre Dame à Armaillé.
    Ainsi donc, les postes de gabelle n’étaient pas des logements de famille ! Malgré tout le soin que j’ai déjà apporté à l’histoire des greniers à sel du Haut-Anjou, je reconnais que ce détail échappait totalement à l’histoire des familles.

    Mais le contrat d’apprentissage de ce futur tailleur d’habits révèle d’autres merveilles :
    Il est rare de trouver l’âge de l’apprenti : il est dit qu’il a 13 ans. L’âge ne me surprend pas, car c’est aussi l’âge où les enfants étaient placés comme domestiques, probablement même encore plus jeunes. On sait qu’il est orphelin de père, mais je ne pense pas que cela ait eu une influence. Sa mère s’est remariée 6 mois plus tôt : Le 5.1.1737, contrat de mariage de Louis Fortin lieutenant de gabelle au poste établi à la Pihallais à Noëllet, fils du Sr Mathieu Fortin aussi lieutenant et †Madeleine Tillier avec Geneviève Boucher Ve de Hippolite Lemonnier, fille de †Louis Leboucher et Marie Paizor, ils mettent chacun 1 000 L dans la communauté (AD49 Menard Nre royal Pouancé).
    Le père du garçon, décédé, était lieutenant de gabelle, tout comme son beau-père. Manifestement l’enfant n’a pas envie de le devenir, puisqu’il est précisé que c’est à sa prière qu’il est mis en apprentissage de tailleur d’habits. C’est la première fois que je rencontre un telle mention. Or, normalement, il devait garde de gabelle plus tard. L’enfant a-t-il exprimé son peu d’enthousiasme pour ce métier ? et même pour celui de sa mère qui tient auberge ?
    La mère et le beau-père du garçon signent fort bien. En particulier, le fait que la mère signe si bien atteste un milieu aisé et éduqué. Normalement le garçon aurait dû aller au collège à cette date, il y en avait même à Grez-Neuville, etc… A-t-il manifestement peu d’inclination pour les études et le besoin manuel ?

    Une chose est certaine, l’apprentissage est payant, ce qui montre bien que chaque contrat est négocié et qu’ils sont tous différents, en particulier sur le montant. C’est pourquoi je continue, dans la mesure de mes moyens, la mini-base de données sur les contrats d’apprentissage mis sur mon site, et très variés. J’en ai encore à mettre.

    La Commission pour la libération de la croissance française, présidée par Jacques Attali (Editions de la Documentation française, 2008), chapitre 1 Au commencement, le savoir, rappelle :

    La créativité, la mobilité et l’agilité de la jeunesse sont avant tout déterminées par la maîtrise des comportements et des savoirs fondamentaux acquis dès le plus jeune âge. Elles dépendent donc de la capacité de la famille, de l’environnement social et des enseignants à valoriser les aptitudes intellectuelles, académiques, sportives ou artistiques de chacun, à élartir les critères d’appréciation, des potentialités des jeunes, à les sensibiliser à l’importance de la volonté, de la résistance à l’échec, du questionnement et du travail en équipe.

    Et pour remplir l’objectif Favoriser dans le secondaire l’éclosion de toutes les intelligences, elle recommande (entre autres) :

    Refonder l’information sur l’orientation sur les carrières et prendre davantage en compte les aptitudes non académiques.
    Développer les stages en entreprise : Pour amélioter l’orientation, les élèves comme les enseignants doivent apprendre à mieux connaître le monde de la création, de l’entreprise, de la recherche. Chaque collégien effectuera à partir de la 4e une semaine de stage par trimestre… etc…

    Autrefois, la formation de la plupart des métiers n’était pas académique, mais sur le tas, et le jeune savait à l’issue de sa formation ce qui l’attendait. Dans les contrats d’apprentissage que je recense, certains vous paraîtront même surprenants, ainsi le notaire…
    Eh oui ! Autrefois le notaire apprenait sur le terrain seulement !
    Et mon site vous donne non seulement le contrat d’apprentissage en 1588 d’un futur grand notaire (Serezin), mais aussi le livre de raison de Jean Cévillé, famille de notaires, qui raconte en 1630, par le menu, la formation de chacun… Et, pour avoir durant des années fréquenté les actes notariés anciens, je peux vous assurer qu’ils étaient bien formés.

    Ce billet est le 76e de ce blog (la machine me moucharde, car nous sommes mouchardés de partout). Mais c’est le premier que j’ai préparé la veille. Auparavant je ne savais pas comment modifier la date automatique, alors je le faisais au jour le jour… D’ailleurs comme cela vous ne saurez plus à quelle heure je me suis levée !

    Mais au fait, ce billet contient une info merveilleuse qui fera l’objet du billet de demain. L’avez-vous vue ?

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    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905, CHAPITRE I : LE BROUILLARD.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Le train de Bretagne reptilait par la Fosse ses anneaux enlacés d’une lourde pelisse de brouillard. Sur les glaces des portières un éventail de buée grise s’était collé. Au travers, la roulerie monotone des roues contre les rails se mêlait au grouillement des travailleurs sur les quais liserés de navires. On ne voyait rien, mais on devinait proche – à cette heure de l’après-midi – tout un monde en activité de débardeurs culbutant les sacs, roulant les barriques, une vie intensive au chant des grues et des poulies cependant que des commandements brefs giclaient comme des coups assourdis d’horloges battant le temps.
    Après une halte rapide à la minuscule gare de la Bourse – hangar coquet au centre de la difficile traversée de la Ville – le train reprit à gros souffles sa lente pérégrination. La locomotive sous sa couverture jaune ruisselante crevait du poitrail la muraille brumeuse ; à chaque effort elle lançait un jet d’écume gluante comme une poitrinaire qui râle une vieille agonie. Les interminables bar-rières des passages à niveau battaient à ses côtés des gammes ferraillardes au nez placide des chevaux, aux jurons des cochers qui attendaient la masse noire se glisser derrière un opaque rideau.
    La gare d’Orléans – illuminée comme une fée électrique – s’élargit, mettant un point d’or dans l’ensemble terreux. De toute la force de ses poumons la locomotive siffla un hennissement sonore, piaffa son bruyant orgueil sur les voies enchevêtrées, scabreuse et raide sons l’immense hall vitré, puis s’immobilisa les freins cerclés aux jambes.
    Parmi l’inextricable brouhaha des employés hurleurs et des voyageurs bousculés René de Lorcin se pressait vers la sortie. Dans la cour il héla un fiacre, fit charger ses malles.
    Chez-lui ! rue Saint-Pierre.
    Sur les coussins de la voiture il se reposa une main sous le menton, paressant d’un geste familier sa barbe naissante, dans la moiteur de son respir qu’il regardait voluter indifférent.
    Quelques minutes à peine la voiture s’arrêta. Le cocher ouvrit la portière à l’entrée d’une vaste maison. Sous le porche se tenait une bonne femme en coiffe.

  • C’est vous, monsieur de Lorcin. Par quel fichu temps, mon Dieu ! Vous allez bien ?
  • Bonjour, madame. Demeux, me chambre est elle prête ?
  • Je vais vous conduire, monsieur. Vous prendrez ensuite une tasse de chocolat bien chaud que je vous ai préparée. Le froid arrive, monsieur, les rhumes avec.
  • Un quart d’heure plus tard René de Lorcin sirotait l’excellente tasse de chocolat chez son aimable propriétaire. Celle-ci assise dans un vieux fauteuil de cuir démodé regardait son hôte avec curiosité.

  • Vous arrivez de Brest, monsieur, demanda-t-elle, attirant son chat sur ses genoux et frappant d’un geste machinal le coin gauche de son tablier pour en chasser une imaginaire poussière.
  • Directement. J’en suis parti ce matin.
  • Soudain le chat ronronna plus fort. Dressé sur queue droite comme une asperge, il tournait au sommet du genou de sa maîtresse. Ses narines gonflées humaient les ondes aériennes saturées du délicieux fumet du chocolat.

  • Vous habitiez Nantes autrefois m’avez-vous dit dans votre lettre ? Avec vos parents sans doute ?
  • J’ai toujours habité Nantes depuis ma naissance avec ma famille. Je n’ai quitté cette ville que momentanément jusqu’à ma majorité après la mort rapide de mes parents pour aller à Brest chez un oncle.
  • René but une gorgée. Cette fois le chat n’y tint plus. Il quitta son poste favori et commença un multitudineux frottage aux jambes de l’inconnu.

  • Ah ! vous êtes Nantais !
  • Nantais de naissance, nantais de culture, ma bonne dame. Mes parents avaient une propriété dans les Dervallières. Une gentille maisonnette en briques rouges avec un jardin drapé de larges pelouses vertes où couraient d’innombrables poulets, pigeons, canards, pintades et autres volatiles. Ma mère affectionnait beaucoup ce petit monde. Puis un jour on apporta mon père mort d’un accident de voiture et ma mère ne tarda pas à le suivre. Oh C’est de l’histoire banale !
  • Pauvre monsieur, c’est dur tout de même de perdre son père et sa mère si jeune, en si peu de temps !… Alors vous restez à Nantes définitivement ?
  • Je n’en sais rien encore. Je m’ennuyais profondément à Brest. Tous mes souvenirs étaient ici. J’ai voulu revenir terminer mes études de droit. Là-bas, c’était une tristesse froide et maladive qui me cerclait le coeur. A Nantes, ma tristesse sera peuplée d’accoutumances surannées. Il n’est pas un pavé qui ne me soit un compagnon, un bavard de mon existence journalière.
  • Ah, Monsieur, vous avez bien raison. Nantes n’est pas une jolie ville. C’est boueux et sale pour sûr. Mais quand on est né à Nantes, on aime sa ville comme elle est. Moi, j’ai soixante ans passés de la Mi-Août, eh bien ! je serais malade de penser que je ne mourrais pas ici où est mort mon défunt mari.
  • Oui, d’un côté comme de l’autre, on peut aimer sa ville natale.
  • Et sur cette énigmatique réflexion René achevant sa tasse se leva pour sortir.
    Le chat n’avait cessé de sillonner contre les barreaux de la chaise. L’extrême pointe de sa queue virotait à coups secs.

  • Viendrez-vous dîner ce soir, monsieur René ? Volontiers, madame. A quelle heure ?
  • Comme vous voudrez. Sept heures. Nous causerons. Je suis bavarde, mais prête à vous rendre service, si vous avez besoin d’un coup de main pour défaire vos malles ?
  • Merci Merci ! vous êtes trop bonne.
  • Le coucou sortit sa tête du ciboire antique appelé horloge, hullula cinq fois, alors que sans bruit le minet profitant de l’inattention grimpait sur la table et lappait sournoisement le reste du chocolat.

    On était à l’orée du mois de Novembre. La lumière frileuse des jours — masquée déjà par le blocus du brouillard – avait fui au fond de ses boudoirs inexpugnables.
    René, le col du pardessus relevé, les mains dans les poches, descendit la Grande Rue, se dirigeant machinalement vers le centre de la ville. Crébillonner, suivant l’ancestre coutume des Nantais, c’est-à-dire monter et descendre cinq ou six fois vers cinq heures la plus belle rue semée de lumières comme une courtisane violemment fêtée.
    Les mailles de la brume se resserraient en se rapprochant du sol. On aurait dit traverser de la gelée compacte qui avait des baisers glacials de cadavres. Les globes élebtrics semblaient des figures bouffies d’anges tels qu’on en voit dans les églises aux jours de fêtes resplendis de l’éclat myriadaire des cierges environnant. Encombrées de jouets fantaisistes les devantures des bazars riaient des grimaces burlesques et bariolées, alors que celles des chapeliers et des drapiers pleu-raient des vers luisants dans des fossés de moires. De vaniteux reflets giclaient jusque sur le trottoir du coeur des bijoux et des colliers forçant les papillons humains à s’arrêter dans leur hémistiche tentateur, et les vendeurs de journaux s’égosilaient ; là bouche pleine de vapeurs râclait des fonds de gorges encrassées. Avec leurs veilleuses blanchies en leur puits d’ombre, au petit trot de leurs rosse apeurées, les fiacres craquaient sourdement des déchirures de bois pourri. Les coups de fouet cassaient l’ai comme une mare gluante d’un son épais. Plus puissants les automobiles dévidaient un roulement brutal et rageur d’être maintenus. Le museau – ras du sol – avec leurs gros yeux ronds giclés des orbites ils coupaient la route condensée, secouaient des lambeaux furieux sur leurs flancs d’acier ; leurs beuglements gutturaux tourbillonnaient les poussières qui barraient la voie, affolaient la continuelle descente de ces flots entassés ainsi que d’innombrables et minuscules moutons blêmes.
    Un tohu-bohu de conversations fluctuait. L’habitude : Nantes, au, travers le parcours des époques, lisse ses longs cheveux de brumes du même geste familier. Ses regards enfouis sous des voiles ténus de pluies – la pluie liseuse monotone de ses ennuis, infirmière cantale de ses chevets ! — mirent perpétuellement les pensers les plus simples et les identiques plus enracinés. Elle somnole bercée dans sa chevelure comme en un hamac persévérant de rêves vieillots. Son âme ressemble à ces papiers de soie mouillés. N’y touchez qu’avec des doigts coutumiers ! Son àme ne sait que la chanson des réminiscences qu’elle s’est lentement assimilées. Contez-lui la même histoire, elle vous écoutera. Chantez-lui la même rengaine, elle s’endormira futilement heureuse. Un rythme nouveau la ferait pleurer de douleur ou hurler de frayeur.
    Ah ! la grise paresseuse de l’Ouest. Elle vieillit comme la statue de ses promenades, passive entre le souffle du temps transformant ses bijoux, donnant diverses couleurs à sa robe flottante, sans la migraine des imprévus, sans effort de foi ou de vaillance, de regret ou d’espoir, parce qu’il emploie les siècles à son oeuvre novatrice — insensiblement.

    le train à Nantes
    le train à Nantes

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    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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    Cardeur de laine : paillasse et matelas

    Le matelas était fort rare autrefois et nos ancêtres dormaient sur la paille,

    c’est ce qui ressort des inventaires après décès. J’y trouve le plus souvent le terme paillasse.

    De nos jours, le matelas sort d’une grande surface, c’est bien connu, d’ailleurs c’est là qu’on trouve tout… et on ne sait plus rien des sources et fabricants. Mais, qu’il soit à ressort, de mousse synthérique, ou de laine, le matelas est maintenant répandu. L’artisan qui les fabriquait ayant disparu, c’est le tapissier qui de nos jours refait ces matelas de laine, alors qu’autrefois le tapissier ne faisait que les fauteuils garnis.

    Autrefois, la majorité de nos ancêtres dormait sur une paillasse, car c’est l’unique garniture que j’ai rencontrée dans la majorité des charlits dans les inventaires après décès que j’ai dépouillés. Comme son nom laisse à penser, elle était de paille, tandis que le matelas était de laine, crin et bourre. Voici les deux définitions selon le Dictionnaire de L’Académie française, 4th Edition,1762.

    PAILLASSE. s.f. Amas de paille enfermé dans de la toile, pour servir à un lit.
    MATELAS. s.m. Une des principales pièces de la garniture d’un lit, couverte de futaine, remplie de laine, de bourre ou de crin, & piquée d’espace

    Mais quel artisan fabriquait donc ces matelas de laine si rares ?
    C’est le contrat d’apprentissage de cardeur peigneur de laine, qui m’a fait comprendre quel artisan fabriquait autrefois le matelas. Eh oui, malgré tout ce que j’ai déjà fouillé, je découvre chaque jour encore des détails sur les modes de vie, et c’est fabuleux, car c’est chaque fois une joie de comprendre comment cela se passait alors.

    Donc, j’ai mis en ligne un contrat d’apprentissage de cardeur peigneur de laine. Comme il s’agissait de laine, je l’ai mis sur ma page des foulons, qui eux aussi travaillent la laine pour le drap de laine.

    Le maître, Jean Guyon, marchand cardeur peigneur de laine installé à Angers la Trinité, devra entre autres, montrer à faire les matelas quand il en fera. Notez qu’il est installé à Angers, où on livre plus souvent des matelas qu’en campagne. Pourtant la phrase laisse à penser qu’il n’en faisait pas tous les jours.
    La formation durant 3 ans, j’avais trouvé d’abord qu’elle était bien longue pour quelqu’un qui peigne la laine sur des cardes (grands peignes). L’Encyclopédie Diderot est formelle, il s’agit d’une corporation réglementée :

    Par ces statuts & réglemens, les maîtres de cette communauté sont qualifiés Cardeurs, Peigneurs, Arçonneurs de laine & coton, Drapiers drapans, Coupeurs de poil, Fileurs de lumignons. Aucun ne peut être reçû maître qu’après trois ans d’apprentissage, & un de compagnonage… Outre le pouvoir attribué aux maîtres Cardeurs de Paris, de carder & peigner la laine ou le coton, de couper toute sorte de poil, de faire des draps, &c. ils ont encore, suivant les mêmes statuts, celui de faire teindre ou de teindre dans leurs maisons toute sorte de laine, en noir, musc, & brun…

    Certes, ceci est le règlement de Paris, et date des années 1691, alors que le contrat d’apprentissage angevin date de 1681. Quoiqu’il en soit, en y regardant de plus près, le métier de cardeur s’avère bien plus spécialité qu’un vulgaire peigneur, et j’y vois là un artisan ayant un réel savoir faire.
    Comme quoi un terme peut en dire plus qu’au premier abord, et je dois beaucoup à ces contrats d’apprentissage, car ils me permettent de mieux situer certains métiers dans leurs compétences… oubliées…
    Ceci dit on dort fort bien sur la paille, j’ai connu. Un été, lorsque j’étais jeune, j’étais en camp en Haute-Savoie dans une étable : on nous avait fait remplir une poche de paille, avant de nous allongés sur les pavés de l’étable. C’était très confortable (enfin pour un jeune), et l’odeur pure nature. A vivre une fois absoluement !

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