Enlèvement de la fille Saulnier, Avrillé (49), 1758

Les dispenses contiennent parfois de curieux documents. L’enlèvement ici relaté fleure bon le roman, bien que je ne sois pas parvenue à comprendre qui enlève qui et pourquoi. Vous y parviendrez sans doute mieux que moi. Notez que je l’ai mis dans la catégorie MARIAGE faute de mieux :

Ce acte est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série G – Voici la retranscription de l’acte : Information et audition de témoins faite à Angers par nous Pierre Ayrault chevalier seigneur de Sainthenis conseiller du roy lieutenant général criminel en la sénéchaussée et siège présidial d’Angers à la requête de Jacquine Lepage veuve de Jean Saulnier demanderesse et accusatrice contre les auteurs du rapt et enlèvement de sa fille et ses séducteurs, à laquelle information avons vaqué ayant avec nous François Gigault praticien que nous avons commis pour l’indisposition de notre greffier ordinaire de lui serment pris comme s’ensuit

Du 13 avril 1758 François Gombault employé dans les fermes du roy demeurant à la porte Lionnaise de cette ville paroisse de la Trinité appelé à la requête de ladite veuve Saulnier … âgé de 61 ans, ni parent, ni allié ni serviteur ni domestique, déclare qu’il n’a aucune connaissance des faits de ladite plainte fors que hier environ une heure et demie du matin étant à son poste à ladite porte Lionnaise il vit un homme qui tenait une femme ou fille qui paraissait jeune, sous le bras, suivi à la distance de 5 ou 6 pas un ecclésiastique à lui inconnu, se firent ouvrir tous les 3 ladite porte de ville et y entrèrent … qu’environ 2 ou 3 heures après une femme qui se fit connaître à lui pour être la veuve Saulnier ayant ses sabots en ses mains, sa coeffe sous le bras, et sans tablier, vint à ladite porte et paraissant toute épleurée lui demanda s’il n’avait point vu passer sa fille, à quoi ayant répondu qu’il avait vu passer un homme qui tenait sous le bras une femme ou fille qui suivant un ecclésiastique, ladite veuve Saulnier lui dit que c’était sans doute sa fille qu’on enlevait et lui fit ouvrir la porte de ville, que le même jour la portière de la porte Lionnaise lui demanda s’il reconnaîtrait bien l’ecclésiastique qui avait passé le matin dudit jour avec un homme et une femme ou fille environ 1 h 30 à quoi il répondit qu’il le reconnaîtrait bien s’il le voyait, que ladite portière lui ayant montré un ecclésiastique qui passait avec le nommé Rontard cabaretier à Avrillé, il reconnut ledit ecclésiastique comme étant le même que le matin avec ledit homme, et que ladite portière lui dit être le vicaire d’Avrillé,

Marie Lemaistre veuve Jacques Bourdais filassier demeurant à la porte Lionnaise …. dépose qu’hier environ une heure et demie du matin ayant entendu qu’on frappait à ladite porte Lionnaise, dont elle est portière, se leva et ouvrit la porte par laquelle entrèrent un jeune garçon de la paroisse d’Avrillé, dont elle ne sait pas le nom, le nommé Rontard cabaretier audit Avrillé, le sieur Gaudon vicaire de ladite paroisse d’Avrillé et la fille de ladite veuve Saulnier qui avait une cape sur elle, que ce fut ledit Rotard qui lui paya 5 à 6 sols pour sa peine de leur avoir ouvert la porte, que sur les 3 h ou environ du matin dudit jour, ladite veuve Saulnier vint à ladite porte, qui lui fut ouverte, elle était nues jambes, tenant ses bas et sabots entre ses mains, sa coiffe sous le bras, sans tablier et toute épleurée lui demanda si elle n’avait point vu passer sa fille qu’on avait enlevée, à quoi elle répondit qu’il n’y avait pas longtemps qu’elle était passée par ladite porte accompagnée du sieur Gaudon, dudit Rontard et d’un jeune garçon d’Avrillé, que sur les 3 h après midi dudit jour voyant passer par ladite porte lesdits Gaudon et Rontard, elle demanda au nommé Gombault, employé, s’il les reconnaissait bien, qui répondit qu’il reconnaissait bien ledit sieur Gaudon pour être le même ecclésiastique qu’il avait vu à ladite porte avec une femme ou fille à une heure et demie du matin du même jour, et dit aussi qu’il croyait bien reconnaître ledit Rontard …

Michel Bellouin marchand demeurant au bourg d’Avrillé … dépose que mardi dernier au soir sa sœur lui dit que la fille de la veuve Saulnier devait sortir de la maison de sa mère dans la nuit suivante, même qu’elle avait dit le dimanche précédent en sa présence à la nommée Geoffroy sa parente demeurante faubourg St Jacques qu’elle la verrait chez elle dans le mercredi suivant, que ledit jour de mercredi sur les 2 ou 3 h du matin ladite veuve Saulnier vint à sa porte et lui demanda si sa fille était chez lui, qu’il répondit qu’elle n’y était pas et que ladite veuve Saulnier étant revenue une seconde fois chez lui disant en pleurant et criant qu’elle était bien en peine de ce qu’était devenue sa fille, il lui dit qu’elle était à la cure ou en cette ville …

François Busson laboureur et sacristain demeurant au bourg d’Avrillé… dépose qu’il est proche voisin de la veuve Saulnier, et qu’il va souvent chez elle, que dimanche dernier étant chez ladite veuve, sa fille lui dit au matin qu’elle sortirait de chez sa mère le mercredi matin, qu’elle ne savait si elle devait obéir aux prêtres d’Avrillé ou à sa mère et lesquels croire, que cela la mettait beaucoup en peine, qu’on voulait la mettre dans un couvent, et l’engager de l’accompagner lorsqu’on l’emmenerait à cet effet, que mardi dernier sur les 7 h et demie du soir, le sieur Gaudon vicaire d’Avrillé lui a dit qu’il eut à éveiller la fille de ladite veuve Saulnier le plus matin qu’il pourrait et l’emmener à la cure, dont il laisserait la barrière ouverte afin d’entrer sans faire de bruit, afin d’emmener ladite fille en cette ville, qu’environ minuit il frappa à la fenêtre de la maison de la veuve Saulnier proche de laquelle est le lit de sa fille, laquelle dit qu’elle allait se lever, qu’en effet lorsqu’elle fut habillée, elle sortit et il la conduisit à la cure où étant ils firent lever le sieur Gaudon vicaire qui l’engagea à aller éveiller le nommé Rontard cabaretier qui avait été prévenu le soir précédent et engagé par ledit sieur vicaire pour l’accompagner pour ammener ladite fille Saulnier en cette ville, qu’en effet ledit Rontard et lui témoin s’étant rendus à la cure ils y trouvèrent ledit sieur Gaudon, ladite fille Saulnier avec lesquels ils partirent et vinrent en cette ville où ils arrivèrent à une heure et demie du matin et entrèrent par la porte Lionnaise, que ladite fille était vêtue d’une cape sans savoir qui lui avait donnée, et où elle l’avait prise, qu’ils entrèrent dans le cabaret du nommé Pehu où pend pour enseigne l’image de Sainte Suzanne, qu’ils y burent tous 3 bouteilles de vin en attendant le jour, qu’ils en sortirent environ 4 h du matin, et lui témoin s’en retourna à Avrillé et que lesdits sieur Gaudon, Rontard et ladite fille Saulnier prirent ensemble le chemin de la Trinité, que la fille de ladite veuve Saulnier lui a dit que sa mère voulait la marier avec le nommé Allard maréchal taillandier demeurant au faubourg St Jacques, mais que le parti que sa mère lui proposait n’était pas de son goût…
Nous restons sur notre faim… aussi, si vous savez ce qu’elle est devenue, merci de faire signe, utilisez les commentaires ci-dessous à cet effet…
Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

Sergent royal à Denazé : saisie de vaches à Bouillé-Ménard, 1601

Officier de justice dont la fonction est de donner des exploits, des assignations, de faire des exécutions, des contraintes, des saisies, d’arrêter ceux contre lesquels il y a contrainte par corps.

Ce billet répond à Elisabeth, qui s’étonne d’avoir un ancêtre aubergiste et sergent. Après avoir vu la semaine dernière l’aubergiste, voici le sergent, et si j’ai bien saisie la question, vous l’assimilez à un gendarme. Le Dictionnaire de l’Ancien Régime, de Lucien Bély, PUF, 1996, traite le sergent à la rubrique HUISSIERS, SERGENTS, à la lettre H. Puis, traite ailleurs le sergent dangereux, le sergent d’armes, le sergent-major, les sergents à la douzaine, le sergent de bataille, le sergent des bois du Roi. C’est dire que le terme sergent est utilisé dans un très grand nombre de métiers, que vous pouvez voir dans l’Encyclopédie Diderot.
Pour ma part, bien que cela existe théoriquement, je n’ai rencontré qu’une fois, au 16e siècle, sous le nom de verdier, un sergent de seigneurie. Seul le sergent royal est généralement rencontré sous l’ancien régime, pour signifier les exploits etc… En effet, pour se payer des officiers seigneuriaux, qui n’ont le droit d’officier que sur le territoire de la seigneurie, il faut avoir une bien grande seigneurie, et les moyens… Je ne suis pas certaine que même la puissante baronnie de Châteaubriant en ait possédé un. Pour couvrir le territoire, le sergent royal fut donc le seul à avoir acheté l’office du roi, et pouvoir exercer sur un territoire plus vaste : la France.
Rejoignant le dictionnaire de Lucien Bély (cité ci-dessus), Diderot précise :

Présentement presque tous les sergens se sont attribué le titre d’huissier-sergent ou d’huissier simplement quoique le titre d’huissier ne convienne véritablement qu’à ceux d’entre les sergens qui sont préposés à la garde de l’huis ou porte de l’auditoire.(Encyclopédie Diderot)
Le terme d’huissier ne convient que partiellement pour désigner le sergent royal, qui tient à la fois (pour ceux qui veulent absoluement comparer à nos métiers actuels) de l’huissier et du gendarme.

Le procès-verbal qui suit illustre les deux fonctions. Il est un document exceptionnel, car les PV des sergents royaux sont rarement conservés et celui-ci est une archive privée, que la famille détentrice m’autorise à vous faire lire. Il s’agit d’un impayé, et autrefois rappelons qu’un impayé passait TOUJOURS pas la case PRISON. Donc, pour un impayé on passe par le sergent (fonction huissier) qui saisit ici des vaches pour les vendre et récupérer l’argent dû, mais aussi arrête les débiteurs et les met en prison (fonction gendarme). Le tout sur un territoire relativement étendu : il demeure à Denazé, traite à Bouillé-Ménard (22 km) et vend à Craon la saisie (15 km). Admirez au passage le sergent qui a fait 15 km avec les bêtes, sans camion…

Procès-verbal fait par Guillaume Gyuon sergent royal à Denazé (53), le samedi 2 juin 1601 suite à un commandement à payer sur Revers et Bouvet à Bouillé (Bouillé-Ménard, 49), avec saisie de bestiaux et prise de corps de Bouvet, mis en prison à Craon à la garde de Julien Mellier geolier (Archives privées) retranscription O. Halbert et Pierre Grelier, décembre 2007

Raporté par moy Guillaume Guyon sergent royal et général résidant à Denazé
que ce sabmedy deuxiesme jour du mois de juin l’an mil
six cent ung, à la requeste de Michel Cochery demeurant
en la ville de Craon et en vertu de l’ordonnance
de monsieur des Matiaz lieutenant assesseur de
monsieur le sénéchal d’Anjou Angers estant au pied de
sa requête à luy présentée en datte du vingt cinquiesme
du mois de mai dernier signée Bautru, j’ay ladite
requête et ordonnance à laquelle cet exploict est
ataché signifié notifié et faict entendre
à Me Pierre Revers prêtre et à Pierre
Bouvet y desnomméz et d’icelle baillé copie avec
aultant de cet exploict audit Revers tant
pour lui que ledit Bouvet et en sa présence qu’il
receu et ay faict commandement par
le roy notre sire auxdits Revers et Bouvet tant
en vertu de ladite ordonnance que de l’obligation
dudit Cochery (deneu) en forme passée soubz
la cour de Craon par Cheruau notaire de payer
présentement audit requérant ou a moy pour luy
la somme de quinze escuz sol mentionnée
en ladite obligation et pour les causes y contenues
la response desquelle j’ay prise par
refus au moyen de quoi j’ay reellement
et de fait pris en la possession dudit Revers
en la paroisse de Bouillé trois mères vaches

f°2
dont y a deulx rouges et une noire avecques deulx
petites génisses lesquelz bestiaulx ayant voulu
exposer et mettre en vente publique au
plus ofrant
et dernier enchérisseur et de fait
les ayant mises et exposées estre à vendre avec
huitaine de recousse, lesdits Revers et Bouvet et
voir faire inthiméz estant sur l’heure de sept à
huit heures de la matinée de ce jour et estant
lesdits bestiaulx au hault des halles dudit bourg de
Bouillé le marché ordinaire dudit lieu y tenant personne
ne les à enchériz ny mis à prix que ung homme
estant audit marché à moy incongneu qui a
le total desdits bestiaulx mis à prix à la
somme de deulx escuz ung tiers quoy voyant
que ladite offre estre impertinente j’ay audit Revers
déclaré que je vays présentement transportés lesdits
bestiaulx dudit bourg de Bouillé à Craon pour estre
lundy procédé à la vente avec huictaine de recousse
au hault des halles de Craon et marché ordinaire
dudit lieu y tenir comme estant le proche marché
de cette exécution après celuy de Bouillé pour
voir procéder à la vente desquelz ay lesdits
Revers et Bouvet inthimez à comparoir
audit jour et lieu sur les sept à huit heures
du matin pour des deniers qui en
proviendront estre convertiz au payement de ladite
sentence tant qu’ilz y pouront sufire et
d’aultant que lesdits bestiaux ne seront suffisants
pour le payement de ladite somme j’ay auxdits Revers et

f°3
Bouvet déclaré qu’il sensuit et le reste mettre en
mains du roy notre sire et de justice tous et
chacuns leurs biens immeubles et fruictz d’iceux en
quelques lieulx qu’ilz soient et qu’il y sera étably
commissaires affin qu’ilz n’en ignore et outre
jusqu’à l’entier payement de ladite somme j’ay pris
et apréhendé au corps ledit Bouvet et iceluy
mené et constitué prisonnier es prisons ordinaires de
Craon et baillé de faire en garde
Me Jullien Mellier geolier et garde desdites prisons

aulx charges de l’ordonnance lesquels bestiaux
j’ay aussi transporté audit Craon et baillé de fait
en garde à Gilles Hersant à la charge de me
les représenter lundy prochain sur les
sept à huit heures du matin et qu’il m’a promis
faire dont il s’est chargé et faute de ce faire
s’en est rendu et constitué de cour de justice
aux charges de l’ordonance royale et déclaré
ne savoir signer. Fait le présent exploit
audit bourg de Bouillé par moy sergent royal
susdit soussigné présent Me Thugal Gauvin
Jean Cheruau et autres. Signé Cheruau, Gauvin, Guyon

Alors notre aubergiste et sergent dans tout cela ? Effectivement, on peut s’étonner du cumul de ces 2 emplois, car Lucien Bély (cité ci-dessus) précise qu’ils ne pouvaient être ni geôliers, cabaretiers ou agents d’affaires, et comme le dit Elisabeth, ils auraient pu entendre leurs clients discuter de problèmes par exemple concernant les droits seigneuriaux etc… et donc perdre tout crédit. Entendre les clients discuter à l’auberge est en partie vrai, mais pas en ce qui concerne les droits seigneuriaux, dans lesquels le sergent n’avait aucun pouvoir de remonter un litige, et ces différends étaient directement traités au Présidial à Angers (ou autre Présidial comme Château-Gontier). Le seigneur était bien assez grand pour aller traiter directement à ce niveau lorsque ses sujets ne voulaient rien entendre… En matière criminelle, peu de seigneuries avaient en Haut-Anjou ce droit, et j’ignore si à Bouvron (44, dont parle Elisabeth) le seigneur possédait ce droit, et je suggère à Elisabeth de vérifier ce niveau des droits seigneuriaux locaux, afin de préciser si son sergent aurait pu se trouver face au problème.
Il faut croire qu’au fil du temps, faute de volontaires pour exercer un métier potentiellement dangereux, pour arrêter, faire les saisies, les procès-verbaux de perquisition, et faute aussi de personnes sachant écrire (c’est utile pour rédiger les PV), on avait fini par se contenter des volontaires et fermer les yeux sur le cumul en question. Longtemps, dans les petites paroisses, seuls le curé et parfois un notaire, étaient capables de rédiger un acte, et vous avez vu le PV ci-dessus, il est fort bien rédigé et précis.
Une chose reste sure, votre ancêtre vivait plus dangereusement que d’autres, car les rixes étaient souvent à l’auberge (le vin aidant, sans doute…), et le sergent était aussi un métier potentiellement dangereux. Donc, il avait de la trempe…
De nos jours encore, dans les petites communes, voyez une secrétaire de mairie (entr’autres), qui doit savoir tout faire… et tout connaître, et c’est vaste juridiquement. Cela me laisse toujours admirative… Sans doute que dans les campagnes, il a toujours fallu savoir tout faire… et les métiers hyper-spécialisés sont le propre des grandes villes.

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Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714

1688 : toute l’année, mais lacunes en octobre

Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le premier janvier 1688 mourut monsieur Lefevre, chanoine de St Maurice, âgé de 72 ans.
  • Le 8, mourut Mr Pasqueraye, greffier en l’élection.
  • Le même jour (8 janvier 1688) mourut Mr Raboisseau, prêtre.
  • Le 12 (janvier 1688) monsieur Constantin grand prévôt d’Anjou épousa mademoiselle des Emereaux, fille de feu Mr Le Clerc des Emereaux et de la dame Charlot.
  • Le 13 (janvier 1688) le fils de Mr de la Porte Trochon, cy-devant grenetier en cette ville, et de la demoiselle … épousa la fille de Mr Mabit bourgeois et de la demoiselle Saget.
  • Le 18 (janvier 1688) le sieur Duperché apothicaire épousa la fille du sieur Chaudet Me apothicaire.
  • Le 4 février (1688) Mr du Temple Erreau, fils de défunts Mr Erreau, docteur régent ès loix, et de la dame Verdier, se fit recevoir dans la charge de procureur du Roy au siège de la Prévôté de cette ville, cy-devant remplie par Mr Avril, à présent major du château de cette ville.
  • Le 6 (février 1688) mourut la femme de Mr de la Gaulerie Brondeau, bourgeois de cette ville.
  • Le 8 (février 1688) mourut Mr Ferrand, docteur en médecine. Il était très habile homme. Il n’a pas profité de sa bonne fortune pour aimer trop son plaisir. (Note de Marc Saché : « Guillaume Ferrand, né à Angers le 3 janvier 1610, était fils de noble homme Guillaume F., docteur régent en médecine. Il prit son grade de docteur en la Faculté de Médecine en 1639 et épousé, le 3 juillet 1642, en la paroisse Saint-Martin, Renée Chotard. Il mourut le 8 février 1688, à l’âge de 79 ans et fut inhumé dans la chapelle Saint-Nicolas de Sainte-Croix, le surlendemain. Voir état-civil de Sainte-Croix et C. Port, Dictionnaire, t2, p.144)
  • lacunes … la fille du Sr Bridier qu’il a laissé avec 3 enfants.

  • Le 10 (mai 1688) le sieur Préjan marchand, fils du Sr Préjan aussy marchand et de la dame du Tertre, épousa la fille du Sr Yvard notaire cy-devant praticien au présidial et de la défunte dame Faucheux.
  • Le 11 (mai 1688) mourut la femme du feu sieur de la Hussaudaye Robert, bourgeois de cette ville ; elle s’appelait Boceau de la Bunoche.
  • Le 13 (mai 1688) mourut monsieur Guy Artaud prêtre, cy-devant archidiacre et chanoine en l’église de cette ville. Il avait été quelque temps conseiller au siège présidial. Il fut enterré le lendemain dans l’église de St Maurice.
  • Le 15 (mai 1688) mourut la femme de feu Mr Trochon marchand de draps de laine en cette ville ; elle a laissé plusieurs enfants ; son fils aîné aussy marchand avait épousé la défunte fille du feu Sr Angoulant, et de la défunte Guitton, ma tante ; Il s’est remarié avec la fille du feu Sr Hubert ; une autre fille a épousé le Sr Jouanneaux, cy-devant marchand de soie en cette ville ; elle s’appelait Blanche.
  • Le 17 (mai 1688) monsieur de la Roche Goizeau se fit installer dans la charge de juge des traites, cy-devant remplie par feu Mr de Pontlevoy Froger.
  • Le 26 (mai 1688) mourut la femme de Mr Lefort, avocat ; elle s’appelait mademoiselle Berthelot.
  • Le 29 (mai 1688) monsieur Cesbron avocat se fit installer dans la charge de conseiller au siège présidial de cette ville, cy-devant remplie par feu monsieur de Teildras Cupif.
  • Le 3 juin (1688) mourut le sieur Berger marchand cirier en cette ville, âgé de 45 ans, époux de Delle Paytrineau.
  • Le 12 (juin 1688) Mrs Delorme fils de Mr Guy Delorme avocat et Joseph Doublard, fils du Sr Doublard, cy-devant marchand droguiste en cette ville, plaidèrent leur première cause.
  • Le 14 (juin 1688) Mr Bouchard avocat épousa la fille du sieur Crosnier notaire et de la défunte dame Boumier.
  • Le 22 (juin 1688) le fils de Mr Hameau Sr du Marais et de la demoiselle Grémont, épousa dans la ville de Château-Gontier la fille de feu Mr d’Héliand Sr de la Gravelle président au présidial de Château-Gontier et de la dame Cazet.
  • Le 28 (juin 1688) mourut monsieur Pichard, avocat au siège présidial de cette ville. Il fut enterré le lendemain dans l’église de St Michel du Tertre.
  • Le 5 juillet (1688) Mr Camus receveur du grenier à sel de Saumur épousa la fille de Mr Chauveau Me apothicaire et de la défunte dame de la Roche. Ledit Sr Camus était veuf de la Delle Geslin, duquel mariage il n’y a point d’enfant.
  • Le 9 (juillet 1688) mourut madame Lanier veuve de défunt Mr Lanier cy-devant maître des requestes et qui avait été ambassadeur en Portugal ; elle s’appelait madame Liquet.
  • Le même jour (9 juillet 1699) mourut monsieur Lefebvre frère de feu Mr de la Guyberdrie Lefebvre. Il avait épousé la demoiselle Lejeune, dont il y a deux enfants ; le fils aîné a épousé une demoiselle de la ville de Beaufort, et la fille a épousé Mr de la Perdrillère.
  • Le 26 (juillet 1688) le Sr Bonvalet épousa la fille du Sr de la Barre Me chirurgien en cette ville et de la défunte dame Lecourt ?
  • Le 27 (juillet 1688) le Sr Behier commis aux traites à Saumur épousa la fille des défunts Sr Rouillard marchand et de la dame Angoulant.
  • Le 31 (juillet 1688) monsieur Baudry, fils de Mr Baudry, bourgeois, et de la Delle Bault de Baumont, se fit installer dans la charge de conseiller au présidial de cette ville, cy-devant possédée par feu Mr de Louzil Avril.
    Dans ce même temps, Mr de Cimbré Drouet épousa mademoiselle Butin, auparavant veuve de feu Mr … duquel mariage il n’y a point d’enfant.
  • Le 10 août (1688) mourut la femme de monsieur Boylesve de Goismard, conseiller au siège présidial de cette ville ; elle s’appelait de Chanzé Gaultier, fille de Mr de Chanzé Gaultier conseiller honoraire audit siège et de la dame de la Féaulté Renou. Il y a une fille de ce mariage.
  • Le 20 (août 1688) mourut monsieur Drouet sieur du Centré avocat au siège présidial de cette ville.
  • Le 7 septembre (1688) mourut la femme du défunt sieur Buret marchand Me apothicaire ; elle s’appelait Grudé. Elle a laissé trois enfants ; le Sr Buret marchand qui a épousé la dame … ; un autre qui a épousé la fille du Sr Richard de la ville de la Flèche, et une fille qui a épousa le Sr Chauveau Me apothicaire.
  • Le 12 (septembre 1688) mourut la femme de défunt monsieur Renard ; elle s’appelait Froger.
  • Le même jour (12 septembre 1688) mourut monsieur Moreau marchand Me apothicaire en cette ville.
  • Le 18 (septembre 1688) mourut monsieur des Cheminaux Herbereau.
  • Le 24 (septembre 1688) Mr Jacquelot gentilhomme veuf de la dame veuve de la Chapelle, épousa la fille de feu Mr Robert cy-devant messager de cette ville à Paris et de la dame Lecoq.
  • Le 26 (septembre 1688) mourut Mr Fortin, marchand de soie en cette ville.
  • Le 8 octobre (1688) Mr Legendre prêtre curé de St Maurille de cette ville fut tué par le fils de sa servante. Il fut arrêté deux jours après, saisi de sept mil livres en or qu’il luy avait volé. Il fut condamné le 16 ; il fut condamné de faire amande honorable et d’être rompu vif et expirer sur la roue ; ce qui fut exécuté le jour même.
  • Le 6 novembre (1688) mourut madame Berthelot âgée de 78 ans ; elle était mère de monsieur Bertelot de Boumois auditeur des Comptes en Bretagne ; elle s’appelait Gaudin.
  • Le 5 (novembre 1688) mourut monsieur du Plessis Berthelot, fils de monsieur de Boumois Berthelot, auditeur des Comptes en Bretagne ; il a épousé Melle de la Sablonnière Chotard, dont il y a un enfant.
  • Le 9 (novembre 1688) Le Douane, docteur en médecine, épousa la fille de Mr Chaillou, aussy docteur en médecine, et de la demoiselle Chauveau.
  • Le 14 (novembre 1688) mourut madame Toysonnier, veuve de feu monsieur Toysonnier greffier au siège de la prévôté de cette ville, mon oncle. Il n’y a point d’enfant de leur mariage ; elle s’appelait de Fontenelles Goupil.
  • La récolte des bleds et du vin a été cette année abondante, grâces à Dieu.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
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    Rupture de contrat d’apprentissage, 1640, Angers, maréchal en oeuvres blanches

    Au fil des contrats d’apprentissage, nous avons vu les engagements respectifs de l’apprenti et de son maître sur la durée. Voici une rupture, qui ne donne pas le motif, que l’on devigne à mi-mots… Cette rupture s’apparente de nos jours à la rupture volontaire de contrat de travail, dans laquelle, comme dans celle qui suit, on ne sait pas trop bien, qui a prit l’initiative de la rupture, et qui est volontaire.

  • L’acte qui suit est extrait des Archives Départemenales du Maine-et-Loire, série 5E
  • Voici la retranscription de l’acte : Le 23 janvier1640 Dvt Louis Coueffe Angers,
    Pierre Vincelot maréchal d’œuvres blanches
    et Pierre Poyet son apprentif audit métier, demeurants forsbourg St Michel du Tertre à Angers,
    ont volontairement consenti et par ces présentes consentent que le marché d’apprentissage ci-devant fait entre eux pour raison d’apprentissage dudit Poyet demeure nul sans effet pour le temps qui en reste à expirer sans despens dommages et intérêts, ne restitution des deniers cy-devant reçus par ledit Vincelot, à la charge néanmoins d’icelui Poyet, qui demeure tenu servir ledit Vincelot audit métier 8 jours de travail sans aucun payement fors la nourriture et qu’il ne pourra cy-après travailler audit métier, à quoi il a renoncé et renonce à peine de toutes pertes dépens dommages et intérêts, ce qui a été stipulé et accepté par lesdites parties qui ont déclaré ne savoir signer

    Soit l’apprenti s’est révélé inapte, soit il n’a pas eu envie d’exercer ce métier ?

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    Marchand poudrier, ou comment les marchands tanneurs obtenaient le tan autrefois.

    Le terme poudre a beaucoup de sens, et le métier de poudrier par conséquent lui aussi. Voici en bref, les sens alors les plus connus (selon Encyclopédie Diderot, qui en donnent des pages et des pages) :

    POUDRES OFFICINALES, (Pharm. thér.) on garde dans les boutiques des Apothicaires, sous forme de poudres, un grand nombre de médicamens tant simples que composés. Il est traité des poudres simples dans les articles particuliers destinés aux diverses matieres qu’on réduit en poudre pour l’usage de la Médecine. Ainsi il s’agit de la poudre d’iris, de la poudre d’hypecacuanha, ou plutôt de l’iris en poudre & de l’hypecacuanha en poudre, etc…
    POUDRE A CANON, composition qui se fait avec du salpêtre, du soufre, & du charbon mêlés ensemble, & mise en grains qui prennent aisément feu, & qui se raréfient ou s’étendent avec beaucoup de violence par le moyen de leur vertu élastique
    POUDRE A CHEVEUX, en terme de Gantier-Parfumeur ; c’est un amidon bien passé & bien pulvérisé pour sécher les cheveux naturels & les perruques. Ce sont les Gantiers-Parfumeurs qui la fabriquent, & en font le commerce.
    POUDRE DE SENTEUR, (Parfumeur) ce sont des poudres que les Gantiers tirent des fleurs ou des drogues aromatiques, comme la poudre de violette, la poudre de Chypres, & autres. Elles servent à donner de l’odeur aux poudres à cheveux.
    POUDRE, (Tannerie) c’est le tan pilé dont se servent les Tanneurs pour tanner leurs cuirs. Les cuirs forts reçoivent jusqu’à cinq poudres, c’est-à-dire, qu’on y remet cinq fois de nouveau tan.

    Autrefois, le Maine et le Haut-Anjou étaient pays de Forges, et qui dit forges, dit forêt. A côté de ces forêts vivaient aussi un nombre incalculable de marchands tanneurs, sur lesquels je reviendrai longuement souvent car je les connais bien… Voici un contrat fort intéressant car il montre le lien entre forges et tanneurs, par la forêt. Il illustre également comment la fabrication de tan aidait singulièrelement les maîtres de Forges, puisqu’ils prenaient la coupe de bois à leurs frais.

  • L’acte notarié qui suit est extrait des Archives Départementales de la Mayenne, série 3E
  • Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 9 février 1685 après midy, par devant nous Pierre Poulain, notaire royal résidant à Laval, furent présents et établis, Julien Delépine et Gervaise (forme utilisée autrefois pour Gervais) Touchard marchands poudriers demeurants au forsbourg de la Rivière à Ste Suzanne, étant de présent en cette ville d’une part, et Jean Briceau aussi marchand poudrier demeurant audit forsbourg de la Rivière à Ste Suzanne, étant aussi de présent en cette ville, d’autre part, entre lesquelles parties après soumission requise a été fait ce qui suit
    c’est à scavoir que lesdits Delepine et Touchard ont vendu et par ces présentes vendent audit Briceau l’écorce du nombre de 10 arpents et demi de bois taillis (l’arpent est une ancienne mesure agraire qui vaut 100 perches carrées, mais la perche a des dimensions essentiellement variables, ce qui met l’arpent de 12 ares à 50 ares, voire plus, le tout selon les régions, et j’ignore celui de Chemiré en Charnie) faisant partie de l’écorce du nombre de 40 arpents de bois taillis que lesdits Delepine et Touchard ont acheté du Sr du Grand Jardin Me des Forges à Chemiray (Chemiré-en-Charnie), suivant l’écrit que lesdits Delépine tant pour lui que pour ledit Touchard a fait avec ledit Du Grand Jardin sous leurs seings de toute la vente de ladite écorce, lequel nombre d’écorce de 10 arpents et demi de bois ledit Briceau prendra dans un lot de bois nommé le Chêne creux situé dans la forêt de Bouillé où lesdits 40 arpents sont à prendre, et sera tenu de déclarer ledit Briceau auxdits Delepine et Touchard dans huitaine par quel côté il voudra prendre l’écorce dudit nombre de 10 arpents et demi de bois, et de continuer jusques à ce que ledit nombre lui soit fourni, laquelle écorce dudit nombre de 10 arpents et demi de bois ledit Briceau fera ôter de dessus ledit bois qu’il sera tenu de faire abattre à ses frais et dépens, en sorte que ledit bois sera abattu et pelé dans le jour de fête de St Jean Baptiste prochain,
    au moyen de ce que ledit Briceau a promis et s’est obligé de payer auxdits Delepine et Touchard pour ladite vendition d’écorce cy-dessus la somme 400 livres, savoir 100 livres dans le 1er jour de mai prochain, pareille somme de 100 livres dans la fête de Notre Dame Angevine, autre pareille somme de 100 livres dans la fête de Toussaint prochaine, et les 100 livres restantes dans la fête de Noël prochaine, à peine etc, ce que les parties ont ainsi voulu etc accordé dont les avons jugé etc
    fait et passé audit Laval ès présence de Jean Bellanger marchand et Jean Belot clerc praticien demeurant audit Laval – Signé Delespine, Briceau, Bellanger, Belot, Poulain

    Les forges des Chemiré (1494) et leur fenderie de Rochereuil (vers 1643) selon carte de l’évêché du Mans… publiée par H. Julliot, 1706, AN, NN 34716 (reproduite in  »La Métallurgie du Maine, de l’âge du der au milieu du 20e siècle, » Cahiers du Patrimoine, Inventaire Genéral, 1996)

    Prix de construction d’une charpente neuve, Mozé, 1683

    Ma grand’mère, née en 1886, disait qu’elle avait traversé une époque remarquable :

    elle avait connu l’arrivée de l’eau courante et potable, l’électricité, le train et l’automobile.

    Dans les années 70, lors de mes longues traversées nantaises en autobus, il m’est arrivé de saisir au vol des conversations, dont celle de ces 2 femmes, parlant des jeunes. Elles avaient l’âge de ma mère, c’est à dire nées dans les années 1910. Elles devisaient sur tout ce qui avait tellement changé que les jeunes (des années 70) avaient la vie facile et en particulier tout oublié du mode de vie qu’elles avaient connu :

    elles citaient leur jeunesse sans eau, sans toilettes autres que dans le jardin etc…

    J’ai personnellement vécu 1 an sans chauffage, ni eau courante : étudiante je louais une chambre haute dans un manoir du 15e siècle, et je montais tous les soirs mon broc plein et mon seau hygiénique vide, puis j’ai vécu encore 3 ans sans chauffage à l’époque où je travaillais. C’était dans les années 50 et 60.

    Nos logements ont en effet connu une telle évolution au 20e siècle que beaucoup aujourd’hui n’ont plus aucune idée de ce qu’il fut autrefois. Mais moins de confort, c’était aussi beaucoup moins cher. Nous payons aujourd’hui le confort !

    Lors de mes recherches dans les archives notariales, j’ai toujours été frappée par le coût peu élevé des travaux de construction et rénovation, et des prix de vente des maisons. Non seulement nous ne construisons plus sans tout un tas de règles de confort, mais pire, notre époque est marquée par la spéculation délirante. Le but de ce billet est de vous rappeler que nos ancêtres ont connu un tout autre logement.
    Pourtant, autrefois les constructions étaient faites pour durer des siècles, alors que nous construisons de nos jours l’éphémère.
    Ceux qui voudraient convertir les livres d’antant en euros actuels pour comprendre un budget logement, tenteraient de comparer des choses incomparables. Pour la construction d’une maison sans chambre haute : cas du logement des métayers et closiers :

      1-Enlever les frais d’architecte, inutile autrefois pour les maisons d’agriculteurs, que le maçon et le terrasseur savaient faire eux-mêmes.
      2-Enlever le prix du terrain, car aujourd’hui il est spéculatif et hallucinant, ce qui n’existait pas autrefois.
      3-Enlever l’électricité
      4-Enlever toute la plomberie : pas d’eau courante pas de gaz, pas de salle de bains, pas de latrines, pas de cuisine, pas de chauffage (cuisine et chauffage sont assurés uniquement la cheminée).
      5-Enlever les vitres aux fenêtres.
      6-Enlever le carrelage au sol : le plus souvent terre battue.
      7-Enlever les cloisons : tout le monde ensemble dans la grande salle basse, qui est salle à tout faire. Et dans la foulée, enlever les papiers peints, etc…
      8-Prendre tous les matériaux sur place : en Haut-Anjou, pays de schiste ardoisier et de grès roussard, pas de problème.
      9-Tout est recyclé : la pierre des châteaux (demandez à ceux de Noyant-la-Gravoyère et de l’Isle-Baraton toute proche !), et celle des maisons en ruines (j’ai trouvé des contrats qui le précisent), mais aussi les charpentes comme dans le contrat ci-dessous.
      10-Enlever les charges sociales (pas d’assurance maladie, pas de retraite etc…)
      11-Par contre construire une grande cheminée dans la salle basse, laquelle recevra l’air nécessaire à sa ventilation par la fenêtre, laquelle fenêtre sera donc située de manière à favoriser le feu.
      12-Pour séparer le grenier de la salle basse, seulement des poutres et ce qu’on appelle une terrasse.
      13-Les réparations de la terrasse et de la couverture sont aux frais du preneur du bail (nous les verrons prochainement) et représentent généralement quelques journées de travail par an.
      14-Pour une ou deux chambres hautes, dans une maison manable (manoir, gentilhommière…), ajouter un escalier et les cheminées des chambres hautes. Au fait, les pièces se nomment chambre basse et chambre haute, le mot chambre étant équivalent à notre pièce, à ceci près que son usage n’est pas différencié, et qu’on fait tout en milieu rural dans la chambre basse : dormir, cuisine, manger, vivre etc…

    Voici un marché de charpente, qui vous donnera une idée du prix de la construction, fort peu élevé. Attention, il concerne 3 chantiers de réparations différents :
    Le 25 août 1683 avant midy, par devant nous René Rontard notaire de la baronnie de Blaizon, résidant à Mozé, furent présents en leurs personnes establis et soumis sous ladite cour chacun d’honorable homme André Aubert marchand bourgeois de la ville d’Angers, et y demeurant, paroisse de St Pierre, d’une part, et Jean Bernier charpentier demeurant au village de la Roche paroisse dudit Mozé d’autre part, entre lesquels a été fait le marché qui ensuit, c’est à savoir que ledit Bernier s’est obligé faire pour ledit Sr Aubert, toute la charpente d’un corps de logis appelé la Hairarye en cette paroisse où demeure François Benoist, de longueur de 44 pieds (soit 14,30 m) ou environ qui est d’y mettre à neuf 33 chevrons, 2 sabliers, 2 filières, un tirant et un poinçon avec ses liens et branchettes, et le faîtage et au surplus se servira de la vieille charpente en ce qui s’en trouvera qui pourra servir, qu’icelui Bernier reliera avec le neuf et la posera en sorte qu’il y ait 4 chevrons sous latte, et audit lieu, il étaiera le plancher de la principale chambre pour le soutenir pendant que l’on maçonnera et refera le pignon où est la cheminée en sorte qu’il ne tombe, et encore de faire et retailler pour ledit Sr Aubert la charpente sur une chambre de maison sise à Bourneuf paroisse de Mûrs de longueur de 25 pieds en laquelle charpente s’oblige y mettre à neuf le nombre de 15 chevrons, 2 filières, de longueur dudit bâtiment et un chevron vieil sur l’étable dudit lieu, même un étaie sous la poutre de ladite étable, et au surplus de ladite charpente, se servira de la vieille charpente et fera en sorte qu’il y aura 4 chevrons sous latte, pour tout quoi faire se fournira de tout bois pour ce faire pour ce qui regarde le neuf et comme aussi de faire à neuf un écrou et une vis et un futeau qu’il posera et mettra au pressoir du lieu de la Farferye après qu’icelui Sr Aubert l’aura rendu à place cela étant fait ledit Bernier s’oblige de mettre et poser lesdits écrou, vis et fusteau dans 15 jours prochainement venants, et quant à l’esgard des autres charpentes cy-dessus promet et s’oblige les rendre faites et parfaites bien et duement comme il appartient dans le 15e jour de novembre prochain, et pour lesquels besogne et charpente iceluy Sr Aubert promet et s’oblige payer et bailler audit Bernier scavoir pour le lieu de la Hairearye la somme de 105 livres, pour le lieu de Bourneuf 47 livres et pour la Farferye 18 livres, sur laquelle somme iceluy Sr Aubert en a payé audit Bernier la somme de 36 livres 10 sols et le surplus de ladite somme icelui Sr Aubert promet et s’oblige la payer audit Bernier en travaillant payant fin de besogne fin de payement, ce qui a été ainsi voulu consenti, stipulé et accepté, et à ce tenir etc obligent etc renonçant etc dont etc fait et passé au bourg dudit Mozé maison dudit Sr Aubert en présence d’honorable homme Claude Rondeau Me chirurgien et Jacques Benoist marchand serger demeurant à Mozé témoins à ce requis et appelés, ledit Sr Bernier a dit ne savoir signer. Constat, accordé en faveur dudit marché qu’icelui Bernier passera un pan de bois qui y est présentement pour faire séparation du grenier audit lieu de la Harearye en l’endroit où il y sera marqué aussi pour faire séparation dudit grenier afin d’en faire deux en lequel pan de bois icelui Bernier y laissera la place d’une porte de largeur de 2 pieds 8 pouces. Signé Aubert, Benoist, Rondeau, Rontard

    Plus nous avons de confort et de spéculation sur les terrains, plus nos logements coûtent cher… et plus nous laissons d’exclus… Voyez tout le mal que se sont donnés Mr Borloo et Mme Boutin… Et, dans tous les cas, il serait vain de convertir des livres de 1623 en euros pour comprendre le prix d’une maison de nos ancêtes. Pour comparer, faut-il encore que les choses soient comparables…

    Vous pouvez visiter sur mon site de nombreuses montrées de l’habitat, lors de baux à ferme, en particulier le bail des terres dépendant de Mortiercrolles, situé autrefois en Haut-Anjou, aujourd’hui en Mayenne.