Perruquier barbier baigneur estuvier à Laval, 1712

Mes souvenirs scolaires (Lycée Guist’hau de Nantes) sont remplis d’absence totale de bains, hygiène, même à la cour du roi Soleil. Voici pourtant un peu d’hygiène en 1712 :

  • L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de Mayenne, 3E30
  • Voici la retranscription de l’acte : Le 5 avril 1712 avant midy devant nous François Lebreton notaire du comté pairie de Laval, y résident, furent présents en leurs personnes establiz et submis Pierre Fleury marchand perruquier demeurant forsbourg du Pont de Maine paroisse St Vénérand de ceste ville d’une part,
    et René Lemesle perruquier et Jacquine Collibet sa femme de luy authorisée pour la valadité des présentes, demeurants paroisse de la Trinité dudit Laval d’autre part,
    lesquelles parties ont faict entr’elles ce qui suit, à savoir que ledit Sr Fleury a par ces présentes vendu ceddé et transporté auxdits Lemesle et Collibet sa femme acceptants et achetants pour eulx leurs hoirs et ayant cause, une des 4 places de barbiers, perruquiers, baigneurs, estuviers, faisant partye des 6 places créées pour ceste ville de Laval par l’édit du mois d’octobre 1701, desquelles 4 places Pierre Bourdin marchand Sr de Tiennebrune auroit obtenu ces provisions de la Grande Chancelerie le 16 mai 1706, et lesquelles 4 places il auroit vendues et ceddées audit Sr Fleury par acte au rapport de Me Jacques Lemoyne notaire de cette cour du 4 juin audit an 1706, pour par ledit Lemesle jouir faire et disposer de ladite place de perruquier à luy cy dessus vendue et se faire recevoir et installer en l’exercice d’icelle à ses frais et despens, quand et comme bon luy semblera, auquel effect ledit sieur Fleury leur a présentement deslivré et mis entre mains les provisions de laditte place de perruquier expédiées sous le nom dudit Bourdin Tiennebrune cy-dessus dattée scellée du frand sceau de cire jaulne, la quittance de finance du prix d’icelle en date du 30 mars audit an signée Bertin au dos de laquelle est l’enregistrement d’icelle signé Chamillard, la quittance des deux sols pour livre signée Ferrand en date dudit jour 31 mars et 2 moullez qui sont autant de l’édit de création desdites places et de l’arresté du Conseil des mois d’octobre 1701 et de juin 1702, le tout attaché ensemble sous le contrescel de ladite chancelerie, desquelles pièces lesdits Lemesle et femme se sont contantez et en ont deschargé ledit sieur Fleury,
    la présente vendition faicte pour et moyennant la somme de 200 livres que lesdits Lemesle et Collibet sa femme ont promis et se sont obligez sous l’hypotèque de tous leurs biens et solidairement l’un pour l’autre un seul pour le tout bailler et payer audit Sr Fleury savoir moitié montant 100 livres d’huy en un an, l’autre moitié montant pareille somme six mois après, le tout prochain venant, et jusques au payement réel de luy en payer les intéretz au sol la livre à commancer de courir de ce jour et ladite place de perruquier cy dessus vendue y demeurera hypotéquée par privilège spécial sans que ledit hypotèque général et spécial desrogent l’un à l’autre, et deslivreront lesdits Lemesle et femme à leurs fraiz coppie des présentes audit sieur Fleury, et à ce faire à esté présent aussy estably et submis Denis Collibet marchand lainier demeurant dite paroisse de la Trinité dudit Laval, lequel s’est volontairement submis et obligé dous hypotèque de tous ses biens et avecq lesdits Lemesle et Collibet sa femme et tous trois solidairement, les uns pour les autres un d’eulx seul pour le tout sous les renonciations requises au payement de la susdite somme de 200 livres dans les termes susdits et intéretz d’icelle vers ledit sieur Fleyrt à peine de tous dommages intéretz et despens ce que lesdites parties ont ainsy voulu stipullé et accordé et promis …
    fait et passé audit Laval en nostre estude es présences de Nicolas Jacquet commis au greffe ordinaire de ceste ville, et Pierre Gerbault (est-ce un ascendant d’Alain ?) marchand demeurant audit Laval, tesmoins requis qui ont signé avecq lesdits Pierre Fleury, Lemesle, Denis Collibet et nous notaire et a ladite Jacquine Collibet dit ne savoir signer de ce enquise.

    (Planche de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert)
    Le métier de perruquier est donc défini ainsi : barbier, perruquier, baigneur, estuvier. Ce qui se traduit par différentes taches, et lorsqu’on utilise le terme perruquier, c’est à titre de raccourci, car on a toujours les 4 métiers réunis.
    Pour son rôle de barbier, il ne faut pas confondre barbier et chirurgien, même si tous deux font la barbe :

    BARBIER, s. m. artisan qui fait la barbe. Il y a à Paris deux communautés, qui, suivant leurs statuts, ont droit de tenir boutique ouverte pour faire la barbe, & d’y mettre des bassins pour enseigne. La premiere est celle des maîtres Chirurgiens, dont les bassins de l’enseigne doivent être jaunes : la seconde est celle des Perruquiers, dont les bassins sont blancs. Voyez CHIRURGIE. (Encyclopédie de Diderot et d’Alembert)
    Le perruquier a besoin d’une marmite ou chaudiere. Ce vaisseau doit être fait en poire, plus large par le bas que par le haut. Cette forme empêche les cheveux de remonter lorsqu’ils sont sur les moules. Sa grandeur ordinaire est d’un seau & demi, & il peut contenir 2 livres ou 2 livres & demie de cheveux frisés sur des moules qui ne soient ni trop gros ni trop petits.

    Il lui faut aussi une étuve. Il y en a de rondes & de quarrées. Ceux qui ont du terrein peuvent les faire en maçonnerie comme les fourneaux. Celles que l’on commande aux Menuisiers sont quarrées & de bois de chêne. C’est une espece de coffre de 3 piés & 1/2 à 4 piés de haut, sur 2 à 2 piés & 1/2. On place ordinairement en-dedans une croix de fer. Si l’étuve a 4 piés, il faut que la croix soit posée à la hauteur de 3 piés ou environ, & couverte d’une grille de gros fil de fer, dont les trous soient un peu écartés. Sous la grille, l’on met une poële proportionnée à la grandeur de l’étuve, pleine de charbons bien couverts, & disposés de maniere qu’en se consumant ils ne forment point de cavité. (Diderot)

    Mais le Perruquier-barbier-baigneur-estuvier, possédait aussi des bains pour l’hygiène corporelle. Ainsi, il y en avait 6 à Laval en 1712, pour 14 000 habitants.

    Dans les inventaires après décès que j’ai dépouillés à ce jour, la perruque est rare, mais j’ai surtout fait les classes rurales et il est probable qu’elle a été portée en ville.

    PERRUQUE, s. f. (Art. méch.) coëffure de tête, faite avec des cheveux étrangers, qui imitent & remplacent les cheveux naturels. L’usage & l’art de faire des perruques est très moderne ; ils n’ont pas plus de 120 ans (en 1766, ce qui la reporte à 1646). Avant ce tems, l’on se couvroit la tête avec de grandes calottes, comme les portent encore aujourd’hui les comédiens qui jouent les rôles à manteau, ou ceux qui font les paysans. On y cousoit des cheveux doubles, tout droits ; car on ne savoit pas tresser, & l’on frisoit ces cheveux au fer, comme on les frise aujourd’hui sur la tête. (Diderot)

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714 (1683 début)

    1683 : janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet

  • Avec ce billet, j’ouvre une nouvelle catégorie qui donnera la frappe, que j’ai faite, du manuscrit d’Etienne Toysonnier, avocat à Angers, pour les années 1683-1714, durant lesquelles il tient un journal à la fois mondain et évennementiel ; ses remarques ne figurent pas dans les registres paroissiaux : maladies, fortunes, mésalliances…, parfois cruement dites. Je m’efforcerai de mettre en caractères gras ces remarques… et de votre côté vous pouvez contribuer à compléter ces notes. Merci de songer pour cela à la rubrique COMMENTAIRES ci-dessous.
  • Voici ce qu’en dit Célestin Port (Dictionnaire Historique du Maine et Loire, 1878) : Etienne Toisonnier, fils d’Etienne T., maitre apothicaire, était avocat au Présidial, comme son oncle, en 1686. Devenu veuf de Marguerite Guillot, il épousa le 22 août 1712 Marie Dugué et mourut àgé de 65 ans, le 6 juin 1719. Il a laissé un Journal de ce qui s’est passé de plus remarquable à Angers depuis 1683 jusqu’en 1714 (Mss. 883, autog., in-fol. de 124 ff.), recueil de notes au jour le jour sans grand intérêt, que possède la Bibliothèque municipale.
  • Cette dernière remarque n’engage que Célestin Port, car ce n’est pas mon avis, vous allez pouvoir en juger avec cette frappe du manuscrit, que j’ai réalisée :
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 2 du mois de janvier (1683) mourut Mr de la Bouchetière Aubin, avocat au siège présidial d’Angers, âgé de 66 ans, et fut enterré le lendemain en l’église de Saint-Maurille. Il a laissé neuf enfants. Une de ses filles a espousé Mr Valleau, aussy avocat
  • Le 3e dudit mois (janvier 1683) mourut madame du Ruau veuve de Mr Tréton du Ruau, vivant conseiller au siège présidial. Elle s’appelait Marie Gohin fille de Mr Gohin, aussy conseiller au siège présidial. Elle a laissé deux filles dont la première a espousé Mr Cupif seigneur de Teildras, aussy conseiller audit siège, laquelle est décédée depuis quelques années. De ce mariage est issüe une fille unique qui a épousé Mr Boylesve, conseiller au parlement de Bretagne, fils de Mr des Aulnais Boyslesve et de dame Gandon. La seconde a espousé Mr Leclerc des Aunais seigneur de Sautray. Elle fut enterrée le lendemain en l’église de Saint-Michel du Tertre ; son corps fut le matin exposé à la porte dans un lit d’honneur. Elle était âgée de 84 ans.
  • Le 4e dudit mois (janvier 1683) mourut mademoiselle Bourmault veuve de Mr de la Haye Le Roy, avocat au siège présidial, et fut enterrée le lendemain en l’église de St Maurille. Elle a laissé un fils aussy avocat qui s’est signalé dans le barreau ; ses trop grandes études lui ont causé une maladie d’esprit et il est actuellement travaillé. Elle était âgée de 79 ans.
  • Le 6e (janvier 1683) mourut Mr Hubon marchand droguiste, veuf de la fille de Mr Deschamps, revendeur. Il a laissé six petits enfants. Il fut enterré le lendemain en l’église de la Trinité, âgé de 38 ans.
  • Le 10e (janvier 1683) mourut Mr Eturmie demeurant à Saumur, épousa mademoiselle Coustard, fille de Mr Coustard Me apothicaire et de …
  • Le 17e (janvier 1683) dudit mois mourut madame Toysonnier ma mère, âgée de 64 ans, veuve de Estienne Toysonnier vivant marchand Me apothicaire, fils d’Estienne Toysonnier, vivant greffier au siège de la prévosté et de Marguerite Guillot, lequel décéda le 21 novembre 1680 et fut enterré le lendemain dans le cimetière de l’église de St Michel du Tertre, proche la croix. Elle s’appellait Catherine Guitton, fille de Jean Guitton bourgeois, et de Marie Riobé. Elle fut enterrée le lendemain près de mon père, lequel mourut d’une maladie de langueur, âgé de 66 ans, et ma mère d’un abcès qui lui survint au bras gauche et lui fit souffrit avec le dernier courage et une grande résignation les douleurs les plus aigües pendant neuf semaines.
  • Le même jour (17 janvier 1683) mourut mademoiselle de la Naüe Le Rat, femme de Mr de la Naüe Le Rat, avocat au siège présidial, âgée de 42 ans. Il n’y avait qu’un an qu’elle était mariée ; elle se trouva grosse de deux garçons morts sont elle ne put accoucher ; on l’ouvrit après sa mort ; ses enfants ne donnèrent aucuns signes de vie. Elle s’apellait Marie Reimbault, fille de feu Mr Reimbault Sr de la Foucherie, bourgeois, et de Jacqueline Chauvin. Elle fut enterrée le lendemain dans l’église de St Michel du Tertre.
  • Le 25 (janvier 1683) dudit mois Mlle Boulin du Chastelier, fille de feu Mr Blouin du Chastelier et de feue madame Lagou espousé Mr Doyen, avocat à Saumur.
  • Le mesme jour (25 janvier 1683), Monsieur de Chérité seigneur de Voysin ; elle était de Bretagne.
  • Le mesme jour mourut monsieur Constantin seigneur de la Lorie, grand prévost d’Anjou. Il fut enterré le lendemain dans l’église des dames religieuses de Sainte Catherine. Toute la maréchaussée marcha à son enterrement. Il fut enterré dans un cercueil de plomb.
  • Le 7e février (1683) mourut mademoiselle du Planty veuve de monsieur Duplanty eleu ; elle fut enterrée le lendemain en l’église de St Maurille. Elle s’appellait mademoiselle de la Bute Sara ; elle était âgée de 72 ans
  • .

  • Le mesme jour (7 février 1683), un nommé Chesneau, fils du fermier du Bois l’Abbé, fut tué d’un coup de fusil par des chasseurs dans ledit bois.
  • Le 14e (février 1683) monsieur du Temple Herreau, fils de Mr du Temple Herreau, avocat au siège présidial de cette ville épouse mademoiselle Cherbonneau, fille de monsieur Cherbonneau avocat et de mademoiselle Bouchard.
  • Le 18e (février 1683) monsieur Peneau sieur des Noües, cy-devant capitaine au régiement des vaisseaux, épousa mademoiselle Desplaces Gaultier.
  • Le 19e (février 1683) mourut monsieur Froger, chanoine de St Maurice, docteur en Sorbonne. Il mourut sans résigner. Monsieur d’Angers présenta sa prébende à Monsieur Boylesve prieur de Pruniers et de St Melenne, fils de Mr Boylesve, lieutenant général.
  • Le 20e (février 1683) monsieur Aufré épousa mademoiselle de la Houssaye Binet, fille de Mr de la Houssaye Binet et de mademoiselle Hubert
  • Le 22e (février 1683) messieurs Cesbron et Doublard plaidèrent leurs premières causes.
  • Le 25 février 1683, à Ste Croix, mariage de messire Jacques de la Bouère de Cordon, chevalier, seigneur du Fresne, avec Marie Gouin.
  • Le 7e mars (1683) monsieur Lancrau sieur de Piart, épousa mademoiselle Séguin.
  • L’hyver (1682-1683) n’a pas été rude ; on n’a ressenty le froid que pendant trois semaines. Le reste s’est passé en pluies assez fâcheuses et incommodes qui engendrèrent plusieurs loches et vers qui mangèrent les bleds assez avancés et obligèrent de semer deux fois en différents lieux.
  • Le 22 (mars 1683) mourut monsieur Durant marchand de dentelle. Il ne fut malade que deux jours ; il était fort puissant de taille.
  • Le pemier avril (1683) mourut monsieur Bauvais, capitaine du château du Verger. Il a laissé trois petits enfants, sa femme s’appelle mademoiselle Lechamp.
  • Le 4e (avril 1683) mourut monsieur Toublanc, prestre chapelain de St Maurice, cy-devant curé prieur de St Augustin, âgé de 72 ans. Il était fils de monsieur Toublanc, docteur en médecine qui laissa plusieurs filles dont l’une espousé monsieur Artaux du pays de Forest ; l’autre feu monsieur de Boisbernier gentilhomme ; la troisième feu monsieur Ganches Sr du Brossé et la quatrième feu monsieur Bodin sieur de Logerie. De ces mariages sont venus plusieurs enfants, comme du premier monsieur Arthaud qui a épousé mademoiselle Des Landes de la ville de La Flèche, monsieur du Fougeré Artaud qui a espousé mademoiselle Lefebvre de Chamboureau ; du second monsieur de Boisbernier qui a épousé mademoiselle Chauvin fille de monsieur Chauvin advocat ; du 3e une fille qui a espousé un nomme monsieur Gaultier et du 4e deux filles dont la cadette a espousé monsieur de Chevreux gentilhomme cy-devant capitaine.
  • Le 6e (avril 1683) mourut madame Le Cornu du Plessis Caume, femme de monsieur Le Cornu du Plessis Caume gentilhomme. Elle s’apellait mademoiselle Galisson de Courchant, fille de monsieur Galisson de Courchamp et de mademoiselle de St Aubin ; son frère est lieutenant général du présidial de Château-Gontier.
  • Le 9e (avril 1683) mourut monsieur Drouin notaire âgé de 57 ans. Il avait épousé en premières nôces madame Moreau et en secondes mademoiselle Marguerite Tessé fille de monsieur Tessé Me chirurgien et de Mme d’Eggremont. Du 1er mariage il a eu deux filles dont la première a épousé monsieur de la Blanchardière Audouin, conseiller au siège présidial et la 2e a espousé monsieur Gohin Sr de la Fautraye. Il était dans son commencement peu avancé en biens ; il a fait depuis une fortune assez considérable. Il fut le lendemain enterré à la porte de St Maurille près de sa première femme ; il était âgé de 57 ans. Il a laissé sa seconde femme grosse.
  • Le 26e (avril 1683) Me Jacques Goureau, fils de monsieur Goureau conseiller honoraire au présidial et de mademoiselle Eveillard, et Me Lemasson plaidèrent leur première cause, le premier avec grand applaudissement.
  • Le 28e (avril 1683) mourut madame Jallet, âgée de 64 ans, veuve de monsieur Jallet. Elle fut enterrée le lendemain en l’église de St Michel du Tertre devant l’image de Notre Dame de Piété ; elle est morte d’un cancer du téton. Elle s’appellait Symphorienne Bourdonnière ; elle a laissé deux garçons dont le premier est actuellement travaillé d’une paralysie et l’autre est religieux au couvent du Verger.
  • Le 1er jour de may (1683) messieurs Pocquet de la Livonière conseiller au présidial et Me Charles Jauneaux docteur aggrégé et avocat furent nommés eschevins en la place de Mr de Pantigné Rousseau aussy conseiller et Me Pierre Thibaudeau notaire.
  • Le 2e (mai 1683) monsieur … épousa mademoiselle Gouin fille de monsieur Jean Gouin notaire et de la dame Martineau.
  • Le 4e (mai 1683) monsieur du Martré épousa mademoiselle Camus fille de monsieur Camus et de …
  • Le 6e (mai 1683) monsieur Chauveau apothicaire fils de monsieur Chauveau apothicaire et de Delle de La Roche, épousa la fille de Mr Deschamps teinturier de chapeaux (Il lui est écheu depuis 10 ans une succession fort considérable) et de Marie Mauriceau.
  • Le 12e (mai 1683) mourut monsieur Allard droguiste âgé de 70 ans, mary de Marie Phelipeau.
  • Le 18e (mai 1683) mourut monsieur Le Rat, âgé de 33 ans, fils de monsieur Le Rat avocat et de Delle Faligan.
  • Le 20e (mai 1683) mourut monsieur Le Jeune, marchand de bled,
  • Histoire du temps (1683) – Un jeune frère des Minimes, appellé frère Jean, d’une humeur gaye enjouée et libre, et un peu effronté dans son air, fort adroit en peinture et mignature, se fit de grandes habitudes en cette ville et s’attaché particulièrement à mademoiselle de Grandbois, femme de monsieur le lieutenant de la prévosté. Cet homme a quelques duretés pour cette femme et ne l’aime pas aussy tendrement qu’elle le souhaiterait, quoiqu’elle soit bien faite, d’une taille fine et aisée, de l’esprit et des charmes assez pour engager tout autre. Cette femme ennuyée de la conduite et des froideurs de son mary, s’en explique au moine, qui d’abord entre en toutes ses peines d’une manière fort obligeante, lui ouvre les moyens de s’en séparer et lui promet de mettre tout en usage pour la secourir ; ses fréquentes visites et ses entreveües particulières devinrent suspectes au malheureux époux ; on s’en plaint hautement et rompt par son bruit et ses menaces toutes leurs mesures. Il exila sa femme à sa campagne pour leur oster l’occasion de se voir. Ce moine, désolé, s’adresse à un étranger, l’engage à lui prester une perruque, une espée, et un habit de cavalier, et dans cet équipage va voir incognito cette pauvre exilée. Il ne put si bien faire qu’il ne fut descouvert. Le lieutenant en est aussy tost averti. Il l’arreste luy mesme en ville quoique dans son habit religieux et la besace sur l’espaule et le fait conduire dans les prisons de l’évesché. Le procès s’instruit et enfin monsieur l’official rend sa sentence et le condamne à quinze jours de prison, au pain et à l’eau, et à dire pendant ce temps deux fois le jour, les sept psaumes pénitentiaux, et à sortit la province. Il est conduit ensuite dans les prisons royayx. Le justice séculière par sentence confirme la première dont il interjette appel au parlement, lequel par son arrest confirme les deux sentences et le renvoye entre les mains du supérieur de Tours. Cet arrest est du 15 de ce mois (mai 1683) fort en faveur devant les évesques contre les moines qui prétendaient qu’ils ne devaient point connoistre des crimes commis au dehors par leurs religieux. C’est une tache d’huile qui ne fera que s’étendre.
  • Le 30e (mai 1683) mourut madame la marquise de la Porte femme de monsieur le marquis de la Porte ; elle fut enterrée le lendemain en l’église des Cordeliers ; elle était fille de monsieur Boylesve de la Mauricière et de la fille de monsieur Papin, vivant avocat. Il n’y avait que dix mois qu’elle était mariée. (Le 31 mai 1683 aux Cordeliers, sépulture de Catherine Boylesve, femme de haut et puissant messire Bernard François de la Porte de Vezins)
  • Le mardy 25 (mai 1683), jour de St Urbain, il y eut un orage de grêle qui brisa les vignes et les bleds en plus de vingt paroisses, entr’autres du costé de la Pommeraye et de la Flèche.
  • L’année 1682 avait été fort stérile du costé de Château-Gontier et de Craon ; les paysans ne pouvant plus supporter leurs misères et après avoir vendu leurs vaisselles, meubles et habits, la pluspart ont restés nuds sur les lieux, et les autres fondirent dans notre ville en très grand nombre à la charge du public ; ces pauvres languissans touchèrent tout le monde. Il y eut une assemblée de police ; on nomma deux personnes pour chaque paroisse pour y quester. Il s’y fit des aumones considérables. Les messieurs du présidial donnèrent cent louis d’or et ainsy des autres compagnies et communautés à proportion de leurs forces. Toutes ces sommes ont été mises entre les mains des Mrs missionnaires pour en soulager les pauvres sur les lieux.
  • Le 31 (mai 1683), messieurs de la Bouchetière Aubin, Burolleau, Lefort et Blanchard plaidèrent leur première cause.
  • Le 4e juin (1683) mourut madame Quin, femme du sieur Quin, teinturier ; elle était fille du feu Sr de la Marche, vitrier.
  • Le même jour (4 juin 1683) monsieur Chotard de la Sablonnière fut installé en la charge de feu monsieur Pecherat, conseiller au présidial.
  • Le mesme jour (4 juin 1683), les lettres de monsieur de Baumont de Miribel d’Autichamps, de réception de survivance de monsieur son père de la charge de lieutenant du Roy en la ville et château d’Angers, furent lues en l’audiance du présidial et enregistrées. Monsieur Martineau avocat du Roy parla en la louange du père et du fils d’un discouts juste et élevé.
  • Le synode de messieurs de la religion prétendue réformée fut indiqué à Sorges et ouvrit le 2e juin. Monsieur d’Autichamp en fut nommé commissaire par le Roy. Il dura pendant quinze jours. Sa majesté lui donnait 50 livres par jour pour tenir table ouverte de douze couverts.
  • Le 6e (juin 1683) jour de la Pentecoste, le ministre de Montrichard et celuy de Baugé firent abjuration de leur hérésie entre les mains de monseigneur d’Angers en l’église de St Maurice. Le Te Deum fut ensuite chanté en musique. Cinq autres particuliers la firent en même temps.
  • Le 7e (juin 1683) mademoiselle Briand, veuve de monsieur Marais, du pays de Laval, épousa monsieur Milon, fils de monsieur Milon, assesseur au présidial de Tours, aussi veuf de mademoiselle Gillot, dont il y a un garçon et une fille.
  • Le 11e (juin 1683) jour St Bernabé, il y eut un orage de gresle qui désola les paroisses de Marcé, Duretal, Bauné, Corné et plusieurs autres.
  • Le 14e (juin 1683) monsieur Guynoiseau, avocat fils de Mr Guynoiseau, avocat et de Anne Rossignol, épousa la fille de Mr Brondeau de la Gaulerie et de Mme Minée du Brossé.
  • Le 18e (juin 1683) il y eut un tremblement de terre sur les onze heures du soir.
  • Le 21e (juin 1683) monsieur de Rouillon épousa la fille de Mr Pinard, bourgeois, et de M. Couesté.
  • Le 3 juillet (1683) mourut monsieur Guillaume Louët fils de monsieur Loüet lieutenant particulier et de Delle Joubert. Il fut enterré le lendemain dans l’église de St Michel du Tertre en la chapelle de Mrs Loüet ; sa femme s’apelle Anne Grimaudet. Il avait été quelques années conseiller au présidial. (Le 4 juillet 1683, à St Michel du Tertre, sépulture de Guillaume Louet, écuyer, sieur de la Motte d’Orvaux, âgé de 67 ans)
  • Le 5e (juillet 1683) monsieur Romain, avocat, fils de monsieur Romain, aussi avocat et de Delle Joubert de la Vacherie, veuf de mademoiselle Destriché, épousa mademoiselle Duport.
  • Le 13e (juillet 1683) mourut madame Nau femme de Mr Nau Me plombeur.
    Le mesme jour (13 juillet 1683) mourut monsieur …
  • Le 19e (juillet 1683) Mr Legout plaida sa première cause.
  • Le 26e (juillet 1683) mourut mademoiselle Elye, femme de Mr Elye, avocat, et fut enterrée le lendemain en l’église de St Maurille. Elle s’apellait Françoise Millecent de la Dodaye ; elle n’a point laissé d’enfants.
  • Le mesme jour (26 juillet 1683) monsieur Delaunay plaida sa première cause.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
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    1914-1918 au 84e R.I.T. carnet de guerre d’Edouard Guillouard, photos Leglaive

    Mon grand père maternel, au front du début à la fin, avait 3 enfants en 1914 ! Ce billet est écrit à la mémoire de tous ces enfants… car cela m’a beaucoup frappée…

    J’ai mis il y a quelques années sur mon site le carnet de guerre 1914-1918 au 84e R.I.T. d’Edouard Guillouard, photos Leglaive. D’une rigueur et précision toute militaire, il m’avait fallu 2 mois pour le tapper et le mettre en pages, d’autant que je n’avais pas de légendes au photos (en vrac dans une enveloppe) et que beaucoup sont encore non identifiées.
    J’avais alors découvert cette guerre comme on ne nous la décrit pas souvent :
    Ils étaient parti pour quelques jours, alors la France n’a pas mis en route la fabrication massive de bottes, capes huilées, casques, etc… et c’est tardivement après des mois dans la boue, la pluie et le froid que ces équipements indispensables leur parviendront…
    Mon grand père circule souvent à cheval, mais prend le train pour les rares permissions, puis apprend la lutte anti-aérienne car l’avion a fait son apparition.
    Un nombre incalculable de nouveautés techniques voient le jour au fil du temps…

  • J 256 (8 mois 12 jours) arrivée des périscopes pour voir de la tranchée, sans être vu et surtout sans s’exposer
  • J 414 (1 an 1 mois 28 jours) : arrivée des casques
  • J 595 (1 an 7 mois 16 jours) : distribution de montres et de pipes
  • J 818 (2 ans 2 mois 26 jours) : arrivée des capes huilées
  • J 1002 (soit 2 ans 8 mois 28 jours) arrivée des masques à gaz
  • J 1126 : Edouard n’a encore jamais parlé de peur, malgré tout ce qui tombe autour de lui, mais manifeste soudain une « grande appréhension ». Il est envoyé suivre les cours de commandant, se doute bien qu’il aura du mal à suivre, faute d’études suffisantes, et craint de décevoir les supérieurs, qui l’ont nommé. Belle grandeur d’âme de ces hommes, que la peur de ne pas être à la hauteur de la mission qui leur est confiée ! Il apprend même la lutte anti-aérienne.
  • J 1378 (3 ans 9 mois 8 jours) : distribution de cigares

  • Voici le cheval, car ce fut sans doute, du moins en Europe, la dernière fois qu’il combattait lui aussi.
    Outre le carnet de guerre, j’ai le cahier d »Aimée Guillot, sa belle-mère, édifiant : Il commence ainsi :
    à la grâce de Dieu ! que nos chers disparus nous obtiennent force et résignation à accepter vaillamment ce qui arrive !

    Suivent un nombre considérable de prières, messes, lessive, jardin, raccomodage, visites aux tombes, etc… ponctuées de mauvaises nouvelles….

    Mais, ce qui m’a le plus frappée lorsque j’ai fait ces pages, c’est qu’Edouard Guillouard avait 3 enfants en partant en 1914.

    En réalité, en partant au août 1914, mon grand père laissait 2 enfants et une épouse enceinte de plus de 5 mois. C’est ma maman qui est née à l’automne 1914, alors que son papa était au front. Elle disait souvent qu’elle ne l’avait connu qu’à 4 ans, et elle avait auparavant un vague souvenir d’une apparition d’un militaire qui lui avait fait peur car elle ne réalisait pas que c’était un papa. Sans doute ce jour de la photo…
    Alors aujourd’hui, je pense à tous ces enfants, privés de papa pendant 4 ans, et encore plus à ceux qui ne l’ont pas vu revenir… car mon grand père eut la chance d’en revenir.
    Mais lorqu’il revint, sa boutique n’était pas en forme : c’est sans doute une chose dont on parle peu, quand on évoque les 4 années 14-48. Il avait un boutique de gros, livrant de Nantes à travers la Bretagne, de la quincaillerie. Les clients, eux aussi au front ou disparus, ne payaient pas ou mal, et les affaires avaient périclité, menées tant bien que mal par son père, alors très âgé. Ainsi, ceux qui étaient partis et en sont revenus, n’avaient pas fait fortune, c’est le moins qu’on puisse dire… et cela aussi il faut le souligner.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905 CHAPITRE V. LE CLAN DES MAÎTRES

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Les invités offrirent le bras aux dames pour passer. Les épaules nues coulaient des rivières incarnats entre les velours et les satins des robes. Les groupes se formaient. Le feu brillait dans la cheminée son souffle fauve.
    L’avoué Dosmun, trente-cinq ans, chuchotait une courbette à l’ombre de la jolie Mme Ernaud. Le mari calme, ventre en pointe, cheveux gris, gesticulait devant Varlette, l’architecte.

  • Il ne se doutera jamais qu’il est cocu ! disait un avocat imberbe, gazette de potins à son noble ami le vicomte de la Revrollière.
  • A gauche de la cheminée l’abbé Doreux, coquet, migon, galantait avec les dames.

  • Le rôle de la femme est à son extrême limite d’importance. Une femme écrasa jadis la tête du serpent, elles en ont toutes le devoir aujourd’hui. Qui ne céderait devant la force et le charme du geste féminin ?
  • Monsieur l’abbé, quand on aime son mari et que… — le reste se rougit derrière un écran opportun.
  • Se sacrifier, madame, pour la bonne cause
  • Peut-on hésiter, grogna une de la Ligue Patriotique des Françaises. Si mon mari n’obéissait pas ?…
  • René entendit. Il sourit devant la moiteur épicée de la vaillante « vertu de Lysistrata. »
    Le beau Gachard, raie cirée, bagues aux doigts, sentant l’ambrosa, — parfum nantais à la mode — aggrippa le bras de René

  • M. de Lorcin… une occasion unique… un chien magnifique… à céder pour presque rien… race…
  • Je ne chasse pas.. merci ?
  • L’autre le laissa désappointé.
    Au fumoir il salua M. Delange — bonne figure sympathique — en pleine manille avec le baron des Valormets et deux conseillers municipaux. Des Valormets, vieux garçon poivre et sel. A quoi pense-t-il sous ses sourcils épais ? Mystère ! Abonné de l’Autorité, ambitieux, désirerait être conseiller général.

  • M. Delange, j’ai passé la journée avec votre fils.
  • Il a dû vous en conter de drôles. Ce pauvre Charles déraisonne. Il installe un atelier rue Prémion, m’a-t-il-dit ?
  • Ah ! C’est lui qui encombrait cette semaine les escaliers de ses meubles. J’allais porter des bons du bureau de Bienfaisance à une misérable famille, il m’a été impossible de monter. De plus un perroquet a failli m’arracher les yeux. Votre fils pour excuses m’a prié violemment de ne pas insulter son perroquet afin de ne pas lui apprendre un langage bourgeois. Savez-vous ce qu’il chante, M. Delange, le perroquet de votre fils ? Des cantiques ! C’est un peu raide
  • Je ne laisserai jamais mon fils se moquer impunément des choses saintes, observa d’un ton rogue un des conseillers municipaux, moustaches noires très longues, crâne en pain de sucre.
  • Bah ! répliqua le banquier en riant, c’est son affaire. Qu’il fasse comme il voudra. D’ailleurs je perdrais mon temps et ma tranquillité à le sermonner. Il veut ce qu’il veut.
  • Mon fils a vingt-cinq ans, claironna le second conseiller municipal, un gros joufflu, cela ne l’empêche pas d’être d’une soumission exemplaire.
  • M. de Lorcin appelait René.

  • Colonel Hamond, je vous présente mon neveu
  • Jeune homme, répondit du ton dédaigneux qu’a le militaire pour le civil, j’ai connu votre père. Une âme loyale et honnête. C’est rare à notre époque. Il respectait l’armée, votre père, c’était un homme d’une vaillante estime. M. Béthenie vous en dira autant que moi. Tenez, le petit chauve qui joue au besigue.
  • Il désignait du doigt un homme maigre, la barbe en côtelettes, fort occupé à tricher son adversaire le notaire Séniland, rouge comme une écrevisse, les lèvres lippues et sensuelles, le crâne simili-dos de casserole fraîchement étamée.

  • Vous faites du droit ? Suivez les traces de mon ami votre oncle. Vous serez plus indépendant que nous. Sale gouvernement ! On nous met des colliers de garde-chiourmes. Chasser les moines et les bonnes soeurs. Infamie !
  • Révoltez-vous, refusez d’obéir. D’un bout-à l’autre de la France on applaudira vote courage. De l’extérieur, moins de lâcheté, s’emportait M. de Lorcin, la discipline après la croyance !
  • Des officiers obéiront toujours avec plaisir. La nouvelle épidémie des francs-maçons s’est abattue sur les casernes. D’autres pleureront, mais n’oseront sacrifier leur avenir.
  • Voilà le mal…on n’ose pas
  • Un journaliste grêle, figure de fouine, se joignit au groupe. Habitude de se glisser par les fentes les plus étroites.

  • On a peur…peur…à quoi bon les écrits, si les actes n’arrivent jamais ?… Est-ce que la canaille a peur ? Les socialistes se remuent. Si nous les laissons faire ils mettront le grappin sur la ville aux prochaines élections.
  • Vous êtes pessimiste, Maurville, n’avons-nous pas l’argent, les conférences, les fêtes ? Les commerçants suivront notre égide préconiseuse de paix et de tranquillité. Le trouble les épouvante.
  • Pas trop d’assurance. Les socialistes se sentent des bases solides. M. Réchamps prépare un vaste meeting au lancement de son navire l’Hercule. Ses chantiers sont prospères tandis que les autres subissent une crise lamentable. A quoi cela tient-il ? … Peut-être, les fonds secrets ?…
  • Pardon, interrompit sèchement René, M. Réchamps ne doit son succès qu’à son travail et son dévouement effectif pour ses ouvriers. Il les traite avec bonté ; il les connaît tous et tous le connaissent. Il ne s’agit plus d’une société anonyme où leur d’une action s’enrichit de la sueur d’un troupeau d’hommes qu’il ignore.
  • René, dit M. de Lorcin, je te prie de ne pas t’exprimer ainsi devant moi.
  • Excusez-moi, mon oncle, mais je ne permettrai par qu’on essaie de jeter le discrédit sur ma famille par des insinuations perfides et ridicules.
  • Un silence. Le journaliste pinçait les lèvres dépit. Le colonel frisait sa moustache. Le bâtonnier semblait mécontent.

  • Vous trichez, monsieur le juge, vous trichez, hurla soudain le notaire, ce roi a déjà marqué son point.
  • Pardon, pardon, soyez poli, monsieur, cria le juge, vous ne voyez pas clair.
  • Une dispute violente s’éleva. Le ton aigre devint, acide, pimenté. L’un argua de son titre de membre du tribunal, l’autre de sa situation à l’abri de tout soupçon. Le colonel voulut trancher la question. Il reçut comme un obus le légendaire : Cedant arma toquaoe. Grand émoi !… Une heure après les deux compères réconciliés se gorgaient de petits fours qu’ils trempaient dans du thé. Ces gens-là, mêmes races, se disputent, se battent pour la frime. Une vieille complicité née dans les grimoires, alimentée du suc des malheureux qu’ils rançonnent à travers le maquis des codes et des formules.
    Des éclats de rires. Un novice brun débitait un monologue drôlatique. Très fier de son succès, les demoiselles le prisaient fort, et puis, une aventure qui peut se raconter entre jeunes filles l’avait — par ses soins — rendu intéressant. Il aurait aimé, ou plutôt, une actrice ravissante l’aurait aimé ; ils se serait égaré une ou deux fois sur une place publique, et de méchantes langues – il y en a partout – l’auraient trahi. Son père serait arrivé par l’express, aurait surpris des lettres enflammées qu’il aurait à son tour enflammées, mis en branle les fermoirs ordinaires de ces genres d’histoires. « Mon seul péché de jeunesse, disait-il en riant. N’est-il pas facile de m’en excuser ? » Çà faisait songer ces demoiselles à de roses polissonneries autorisées. Le vicomte de la Revrollière gâtait tout de son cynisme.

  • Croyez-vous ? Marans !. . Ne le perdra jamais.
  • Une dame accompagna son mari : le grand air de Faust. Une autre offrit un poème de sa composition. Sans se lever, fixant les yeux sur le néant.

      Poème d’hiver !
      O les mignons oiseaux gelés dans les venelles !
      Pourquoi ne plus chanter ? tendez pour moi vos ailes !
      ………………

    On s’exclama ! Oh ! Quel talent ! ma chère, j’en pleurais ! Madame, mille compliments ! Délicieux ! Exquis ! Quelle mélodie !…
    M. de Lorcin vaniteux :

  • Madame, nous avons un autre poète parmi nous. Mon neveu voudra bien nous faire part d’une de ses oeuvres.
  • Oh ! Oui, Monsieur René, déclama en un précieux délire la dame aux oiseaux gelés dans les venelles, dites-nous quelque chose de vous ; c’est sublime, j’en suis sûr… Oh ! la poésie…le charme… le rythme qui nous berce… nous transporte… Ah ! c’est divin… Il faut avoir l’âme sensitive pour comprendre. Comment peut-on être indifférent… Dites, Monsieur René, pour l’art ?
  • René n’avait pu s’empêcher de sourire discrètement pendant le Poème d’hiver. Il refusa. Nul ne saisirait son originalité poétique ; ses auditeurs bourgeois auraient des nausées de stupéfactions. Il ne prostituerait pas ses efforts. On insistait ; on se récriait. D’aucuns semblaient le narguer. Marans paonnait, blaguant la frousse, l’insuffisance. Lassé. René céda avec un mauvais rire. Imitant le geste de Baudelaire, il s’appuya le bras à la cheminée, et de la même voix du poète des Fleurs du Mal à crier La Charogne, il laissa tomber sec : Le Chemineau. L’effet fut le même. Les bourgeois sont toujours identiques à travers le temps et les espaces, des bornes kilométriques.
    René récitait âprement la violente satyre du misérable sans gîte, ni caresse, pouilleux, chassieux, dont

      Le vent, salait les croûtes de poussières

    et sur qui

      L’ombre des feuillages pleuvaient des sueurs de soleil.

    Un silence profond, indécis ; les visages grimaçaient. Quelque chose d’inattendu qui leur secouait la peau.

    « Juif-errant du mépris le chemineau allait d’un bout du monde à l’autre. L’eau claire des fontaines

      En sa main courbée devenait, pourriture
      Et délayait le pus de ses gerçures. »

    Les auditeurs broyaient leur souffle ; un malaise gênait leur respiration. René satisfait de l’impression d’ébahir ces imbéciles qui quêtaient des vers comme on quête des gros sous, termina de plus en plus ironique.

      « Un passant cassa la jambe la moins torse du pauvre chemineau. ll se traîna sur un monceau de fu¬mier souffrir en paix. La nuit venue un chien l’attaquait. La lutte fut terrible dans le silence des campagnes. Le chien déchiqueta ses maigres chairs ; les os broyés se mêlèrent à la paille et le sang s’anhila dans le purin. Mais le chien creva empoisonné avec un long râle d’agonie et ce fut l’oraison funèbre du chemineau.
      Son glas : des vomissements laborieux,
      Vidant son âme à la porte des cieux. »

    Le salon claqua des mains par politesse ; il semblait fauché d’un froid cyclone. Les uns pensèrent : un fous, les autres : un original, d’autres : un dangereux. La dame aux oiseaux gelés se crut dans l’obligation de quelques félicitations embarrassées.
    Mme de Lorcin navrée s’écria :

  • Où vas-tu chercher de pareilles horreurs ?
  • Vous êtes anarchiste, monsieur, trancha le baron des Valormets.
  • Pourquoi avez-vous insisté ? répliqua René. Je ne fabrique pas les vers à la mesure des auditeurs.
  • Ne vous fâchez pas, Monsieur René, dit une une dame en bleu pâle, étincelante sous le casque blond de sa chevelure fleurie de chrysanthèmes. Je veux défendre votre « chemineau » contre ses détracteurs, votre talent contre les railleurs.
  • Madame, s’inclina René, vous être trop indulgente.
  • Allons donc, j’aime votre franchise. Ce qu’on pense, il faut le dire… Je vous inviterai à mon prochain five o’clock, nous causerons ensemble de poésie et de musique, pendant que le sexe faible bavardera chiffons et le sexe fort politique.
  • Oh ! sursauta le beau Gachard inquiet, et, avec toupet, se penchant à l’oreille de la belle veuve :
  • Serait-ce un rival ?
  • Peut-être, répondit-elle à voix basse.
  • Prends garde.
  • Elle laissa tomber son mouchoir.

  • Ramassez.
  • Puis plus haut :

  • Monsieur René, voulez-vous m’offrir votre bras et me conduire au piano. Vous tournerez les pages.
  • Avec plaisir, madame.
  • Gachard rageait. Si cette folle l’abandonnait pour ce René, qui paierait ses dettes ?
    Mme Verdian préluda d’un doigté léger et sûr. Son brillant morceau dissipa les troubles des esprits. René ne se sentit plus seul dans le vaste salon où les notes rossignolaient.
    La soirée continua de plus en plus animée. Les plateaux chargés de friandises circulèrent. Les flirts discrets se savouraient derrière les éventails et les écrans. L’avoué Dosmun caressa les épaules de Mme Ernaud. Marans tira de son sac des aventures imaginaires.
    L’avocat imberbe, gazette des potins, apprit en secret que Bambert le bijoutier en pinçait pour la jeune femme du juge Béthenie. Mme Verdian accaparait René de ses sourires et de ses regards caressants. Vexé, Gachard les regardait du coin de l’œil. L’abbé Doreux allongeait ses pieds au ras du feu riant et blaguant avec le cercle de ses admiratrices.
    Naturellement on jasa du Pont-Transbordeur. Les premiers pylônes étaient très avancés, là-bas, sur la Fosse. Tout Nantes le regardait grandir peu à peu, pousser son squelette troué vers le ciel. Les journaux en chronique locale avaient sur lui une tartine quotidienne. Aux devantures des libraires et des buralistes, on ne voyait presque plus que son portrait. Les éditeurs se disputaient la nouveauté des premiers pas. Et l’on parlait des cartes postales. C’était la mode. Une fureur insensée pour ces bouts de papier, ces brins d’images.
    Au fumoir les groupes discutaient sur la conduite à tenir pour les prochaines élections législatives.

  • Prenons la corde, prenons-la bien, ne la lâchons pas. Défendons nos droits jusqu’au bout. Le préfet est à la solde de Combes. Résistons. La ville le sait ; nous sommes les protecteurs du commerce.
  • Les condamneriez-vous les pauvres moines, M. Béthenie ?
  • Non ! Non ! Je suis des vôtres, vous le savez bien !
  • M. Varlette, soupira une dame qui venait chercher son mari pour partir, une pierre est tombée à deux mètres devant moi sur les marches Saint-Pierre. Il y aura des tués avant peu.
  • Nous y songeons, chère dame, nous y songeons, vous serez protégée.
  • Minuit sonnait à la pendule. Déjà.! La brouhaha du départ s’accélérait de-ci, de-là.

  • Maman, mon chapeau !
  • Charles, mon éventail !
  • Tu me dépeignes ; fais donc attention !
  • Comment trouvez-vous ce manteau ?
  • Merveilleux ; vous êtes exquise !
  • Au revoir, ma Loulou.
  • Au revoir, Clémence.
  • M. de Lorcin arrêta son neveu au passage.

  • René, un mot. J’ai des reproches à te faire. Tu as manqué d’amabilité ce soir. Ta conduite a pu froisser bien des personnes.Tu sais le rôle important que joue la plupart de mes invités dans la vie des affaires nantaises, que nous sommes tous des militants de la bonne cause réunis chez moi en sécurité. Tes paroles pourraient me nuire à leurs yeux. Tu t’écartes des principes que nous t’avons donnés. Prends garde de faire fausse route et de ne pas regretter plus tard le chemin parcouru alors peut-être qu’il ne sera plus temps.
  • Mme Verdian ôta la réponse aux lèvres de René.

  • M. de Lorcin, j’abuse de votre neveu. ll vous fait honneur par sa galanterie. Je vais le prier de m’apporter ma fourrure.
  • René aida la jolie veuve à s’enfouir dans les poils duvetés. Sa main frôla la gorge chaude. Elle lui sourit de ses dents claires. Bientôt elle fut pelotonnée dans sa voiture. René lui baisa la main.

  • Vous viendrez me voir… votre parole !
  • Gaschard s’avança furieux.

  • Puis-je vous accompagner jusque chez vous ?
  • Ses yeux flambaient dune colère mal contenue.

  • Merci, Monsieur, railla-t-elle, le soleil éclipse les étoiles.
  • René comprit. Et, tandis que la voiture fuyait sous les arbres du boulevard, il lui confia légèrement moqueur.

  • Je vole pas les situations… spéciales.
  • L’autre blémit, leva la main. Mais René lui tourna le dos et s’en alla dans le rire flottant de la lune, cire coulée parmi la nappe nocturne.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Inventaire après décès d’un marchand vinaigrier à Laval, 1710, suite et fin

    Cet article est la suite des jours précédents.

    En 1958, alors étudiante en chimie, j’ai eu le privilège de visiter l’usine Cointreau, pur moment de régal du nez et des yeux, en particulier la salle des alambics de cuivre, impressionnante par ces faïences bleutées au mur et au sol, qui tranchaient sur le cuivre brillant, la dimension même de tous ces alambics, et enfin l’odeur … qu’on ne peut oublier tant c’est merveilleux.
    Avec ce billet, qui fait suite aux 3 précédents nous terminons l’étude d’une vinaigrerie commencée il y a 3 jours avec le contrat d’apprentissage, l’achat d’un alambic, et l’inventaire des marchandises. Aujourd’hui, nous analysons les dettes actives (ce qui leur est dû) et passives (ce qu’ils doivent). Ces dettes reflètent toujours les mouvements de marchandises, donc l’activité de l’artisan ou du boutiquier :

    Archives Départementales de la Mayenne 3E30-44
    Debtes actives : Premier ont déclaré lesdits Lebreton et Corvaisier qu’il est debu à ladite communauté les sommes cy après savoir :

  • Par le Sr Leroyer de Suron 1 L 15 s
  • Par le Sr Ricoul marchand au bourg de Sacé, reste à payer sur une barrique d’eau de vie 70 L (nul doute que ce Ricoul est hôte et vend au détail, et au passage, on peut constater qu’une hôtellerie débite aussi l’eau de vie, à l’époque réceptionnée en barriques, puisque la bouteille de verre viendra plus tard)
  • Par la dame Huet de la Bazouge des Alleuz 4 L 4 s
  • Par le Sr Bourgonnière Gougeon 4 L 10 s
  • Par le Sr Maignen d’Argentré 1 L 7 s 6 d
  • Par le Sr Levesque de St Jean sur Maine 3 L 12 s
  • Par les pères Capucins de Laval 7 L 14 s
  • Par la nommée Cribier de St Pierre 16 s
  • Par le Sr Landais 9 L 19 s
  • Par le Sr Mézière de Suron 2 L 2 s

  • Touttes les susdites sommes deües pour eaües de vies vendües et livrées aux desusdits.

      Eh oui ! Même les pères Capucins achetaient de l’eau de vie ! et en fait de vinaigrerie, les clients doivent de l’eau de vie non encore payée… Notre vinaigrier avec droit de distiller, est donc manifestement plus distillateur que vinaigrier. Et vous avez bien vue que sont des eaues de vies, et non des eaux de vie, qui est écrit. Il est vrai qu’en buvant beaucoup de ce breuvage, on a surement plusieurs vies, à moins que ce ne soit un pluriel intempestif de mot composé, toujours délicat dans la langue française !.


    La rue du Pont de Mayenne (ci-dessous en 1905) devait sentir bon autrefois, parfumée de la distillation du cidre !

    Dettes passives : lesdits Lebreton et Corvaisier ont déclaré qu’il est deub par ladite communaulté

  • une demye année escheüe le premier jour du mois de may dernier de la ferme de la maison où ils sont demeurants 36 L
  • la deffunte veuve Lemercier qui demeuroit au bourg de Connerré auroit donné en garde ou depost audit deffunt Lablée la somme de 100 L dont il luy auroit donné son billet et que ladite somme est encore deüe à ses enfants et héritiers 100 L
  • au sieur Anceney de la Teste Noire pour une pippe de vinaigre 30 L (Maxime Anceney est hôte de la Tête Noire, et cette fourniture de vinaigre par l’hôte au vinaigrier est tout à fait surprenante. Maxime aurait-il fait lui même le vinaigre dans sa cave ? Il avait une grosse hôtellerie et un très fort débit de boissons, sur lequel nous reviendrons.)
  • au sieur Pinard marchand de vin pour une busse de vin 30 L (le vin et le cidre sont des productions locales, tout au plus venant du Haut-Anjou ou d’Angers – autrefois la vigne remontait très haut en France, même si le vin n’y était pas fameux – et comme le vin et le cidre étaient conservés en barriques, ils vieillissaient mal, et le vinaigrier se fournissait donc localement des ces produits abîmés)
  • au Sr Rozière marchand pour reste de vin et cildre 22 L
  • au Sr de la Grenotière aussi marchand pour vin qu’il leur a vendu 35 L
  • au Sr Gougeon de Bazougers pour marchandise de cildre 390 L
  • aux collecteurs de ladite paroisse St Vénérand de la présente année, deub de reste sur la taille 2 L 10 s (cela n’a pas changé depuis, lors d’une succession, on a toujours les impôts en cours à régler)
  • les taxes de la capitation et ustancilles de ladite présente année sont encore deües mais ne savoir à quoy elles se montent, les roolles n’estant pas encore faits ny arrester
  • est deub au Sr receveur du grenier à sel de ceste ville pour un quart de minot de sel levé audit grenier 13 L 18 s
  • à Jean Lafontaine pour étoffes de sa boutique 30 L (dépenses pour le ménage et non la boutique)
  • à Renault Ravary leur garçon pour métives 6 L (dur dur à l’époque pour les domestiques comme ce Renault, qui n’étaient pas payés au mois, et on voit qu’il n’a toujours pas touché ses gages)
  • au Sr Ouvrard Boisardière pour 2 pippes de cildre 37 L
  • au bureau des Aydes de ceste ville pour droicts d’Aydes et autres à cause de leur débit d’eau de vie 24 L (impôt sur lequel nous reviendrons)
  • au sieur Leseyeux pour le restant du prix de 3 barriques d’eau de vie qu’il a vendues et livrées à ladite Corvaisier depuis la mort de son défunt mary et desquelles il y en a encore une cy-devant inventoriée 390 L (la veuve, vite remariée comme c’était souvent le cas à l’époque, a dû faire tourner la boutique, et manifestement s’est approvisionnée chez un confrère qui l’a dépannée. Ce qui signifie aussi que les barriques d’eau de vie ne faisaient pas de vieux os en magasin, et que la vente tournait bien, signe d’une certaine consommation)
  • et encore pour une voiture de vinaigre qu’il a payée pour elle 6 L
  • ont déclaré que des vins et cidres achettez des sieurs Hebert, Anceney (hôte de la Tête Noire toute proche), Pinart, Greotière et Gougeon sont proveneuz les vinaigres eaux de vie et cildre cy-devant inventoriées soubs le titre de marchandises à la réserve de la barique vendue par ledit Sr Leseyeux. (Il serait intéressant de savoir si ces acheteurs sont tous des hôtes, comme Maxime Anceney, qui détenait alors la célèbre Tête Noire. Merci de faire signe ci-dessous, dans les commentaires, si vous avez des éléments, c’est important pour l’histoire.)

    Et, calcul faict du présent inventaire des meubles meublants et marchandises et debtes actives le tout s’est trouvé monter et rendue à la somme de 2 368 L 14 s 6 d
    et les dettes passives à celle de 1 085 L 3 s
    Partant ne revient de bon que 1 283 L 11 s 6 d
    laquelle divisée en deux fait pour chaque moitié 641 L 15 s 9 d

    Le fonds de roulement est important, et situe bien le vinaigrier aliàs distillateur d’eau de vie, dans la petite bourgeoisie, ce que confirme l’inventaire de ses vêtements et de son intérieur.
    Manifestement, son activité eau-de-vie est plus importante que son activité vinaigre.
    Vin et cidre, abîmés, utilisés pour ces 2 activités, ne viennent pas de loin car la vigne remonte encore très haut en 1710. Enfin le cidre tient une place importante, et ici c’est parfaitement illustré.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Inventaire après décès d’un marchand vinaigrier à Laval, 1710

    Nous poursuivons l’approche du métier de vinaigrier par les actes notariés, par ce 3e billet (voir hier et avant-hier) et demain il y aura un 4e billet, car c’est copieux.

    Un inventaire n’est pas toujours dressé devant notaire après un décès. Il existe des départements où ils étaient le plus souvent réalisés sous seing privé et ce type d’actes n’existent donc pas souvent dans leurs archives notariales.
    Lorsqu’on trouve un inventaire après décès, c’est assez fréquemment parce que l’un des conjoints, veuf (veuve), se remarie, et ayant des enfants mineurs doit préserver leurs droits sur les biens du défunt. Cet aspect des choses, fort juste autrefois, a sans doute disparu de nos jours. Il paraît donc utile de le souligner.
    Par ailleurs, je sais que ces actes ne vous concernent pas nominativement, moi non plus d’ailleurs : ceux qui cherchent juste leurs actes persos sont dans l’errance, car n’importe quel acte similaire leur permet tout aussi bien de visionner le mode de vie, à métier et période équivalents. C’est ainsi que j’entends l’histoire des modes vie, la vraie vie quotidienne de nos ancêtres, et tout acte peut l’illustrer qu’il vous concerne nomitavement ou non.

    Le vinaigrier qui suit, décédé à Laval, était fils et neveu de vinaigriers d’Angers. C’est donc un métier de famille, comme on pouvait s’en douter : une grande partie des métiers sont ainsi, avec des liens de famille. Le grand père des mineurs (donc demeurant à Angers) ne peut se déplacer et donne d’abord procuration à son frère, l’oncle vinaigrier à Angers, pour se rendre à Laval et faire dresser un inventaire. Voici cette procuration qui permet d’exposer les circonstances :

    L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de la Mayenne 3E30-44. Voici la retranscription de l’acte : Le 12 juin 1710 avant midy, par devant les notaires royaux à Angers soussignés fut présent le sieur Jean Lablée marchand maître vinaigrier en cette ville, y demeurant paroisse de Saint Pierre, lequel sur ce qu’il a appris que Jeanne Courvaizier veuve de Estienne Lablée son filz demeurant en la ville de Laval veut convoler en secondes noces avec le sieur Ambrois Lebreton sans avoir fait d’inventaire de la communauté d’entre elle et ledit défunt Lablée son premier mari, desquels sont issus 4 enfants mineurs pour la conservation des intérêts desquels il est à propos de faire faire inventaire de ladite communauté, et que ne pouvant se transporter sur les lieux à cause de son indisposition, il a par ces présentes fait nommé et constitué pour son procureur général et spécial le sieur Ollivier Lablée marchand maître vinaigrier en cette ville son frère, oncle paternel desdits mineurs, demeurant audit Angers paroisse de la Trinité, à ce présent, acceptant un pouvoir qu’il lui donne en qualité de curateur des mineurs, pour la confection duquel inventaire des meubles, titres, effets et marchandises dépendant de la communauté qui était entre ledit feu sieur Estienne Lablée et ladite Courvaizier sa veuve, et ce par devant notaire ou tesmoings, en la forme et manière ordinaire et au surplus faire par ledit procureur tout ce qui serait nécessaire pour le bien et avantage desdits mineurs …
    fait en présence du sieur Jacques Maillet et d’Ambroise Lablée oncle et tante desdits mineurs … Signé Olivier Lablée, Jacques Maillet, Ambroise Lablée, Charlet, Garnier notaire.

      Au passage, on note que les vinaigriers sont installés en pleine ville, ce qui est toujours le cas actuellement à Orléans pour une célèbre maisonn car ils ne sont pas polluant. Autrefois, même les activités polluantes (teinturiers, tanneurs, etc.) étaient en pleine ville. Nous y reviendrons, je suis chimiste et passionnée de ces activités…

    Le 16 juin 1710, inventaire des biens meubles marchandises et effets dépendants de la communauté de défunt Estienne Lablée vivant marchand vinaigrier en cette ville de Laval et de Jeanne Le Corvaisier sa femme…
    Ce qui suit est un extrait de l’inventaire, illustrant la vinaigrerie et son fonctionnement. La totalité de l’inventaire est sur une page HTML sur mon site. Voici donc les marchandises et le matériel de la vinaigrerie : (en italique mes commentaires, et L est la livre tournois, monnaie d’alors)

  • vinaigre (2 pipes et busses de vinaigre) à 60 L la pippe : 330 L (soit 5,5 pipes, et la pipe en Anjou fait 475,6 litres soit 2 busses : donc on a 2 615,8 litres – Si on prend la pipe Angevine à 446,4 litres comme le fait Michel Leméné dans Les Campagnes Angevines à la fin du Moyen-âge, on a 2 455 litres)
  • eau de vie (une barrique contenant 30 velte) 200 L (soit 30 x 7,5 litres qui est la valeur moyenne d’une velte en France, donc on a 225 litres)
  • eau de vie de vin (80 pots à 28 s le pot) 112 L (si on prend le pot à 1,86 litres, on a 148,8 litres)
  • eau de vie commune (40 pots à 18 s le pot) 36 L (soit 74,4 litres – ce qui fait un total de 448,2 litres d’eau de vie, répartie en 3 classes, la première citée étant sans doute l’eau de vie de cidre, puis l’eau de vie de vin, et la dernière manifestement commune et moins chère, sans doute moins goûtée)
  • cidre (4 pipes à 20 francs la pipe) 80 L (donc on a 1 902 litres)
  • tonneaux vides (50 à 20 s pièce) 50 L
  • outils (tous les outils dudit défunt à tonnelerie) 4 L (pour réparer lui-même ses tonneaux, cela paraît normal vue la quantité dont il dispose pour travailler)
  • barils (28) vides de 5 pots jusques à 30, à 10 s pièce 14 L
  • barils (50) vides 23 L
  • chaudière (une) avec son chapeau et alambic à l’eau de vie 70 L
  • chaudières d’airain (2) 100 L
  • chantepleure et entonnoir (ce qu’il y a de vieilles) de fer blanc 3 L 10 s
  • marmite (une) de cuivre rouge 5 L
  • réchaud (2 vieux) 1 L 5 s
  • Je dois remettre à demain la suite et fin de cette vie de vinaigrier, avec l’analyse des dettes actives et passives de cet inventaire. En effet, un inventaire, surtout dans une activité commerciale ou artisanale, dresse après les meubles meublants, la liste de ce qui est dû au défunt, et la liste de qu’il devait. Or, dans le cas d’une telle actitivé (commerciale ou artisanale) ces deux listes sont parlantes : elles disent ou va la marchandise et d’où venaient les matières premières.

    Alors, à votre avis, d’où venaient les matières premières (vin, cidre…), car ici nous ne sommes pas à Orléans, ville célèbre pour avoir de longtemps utilisé les vins descendant la Loire, et déjà abimés au passage d’Orléans (autrefois le vin voyageait en tonneaux de bois uniquement, pas de bouteilles de verre par millions (ou milliards) pour sa conservation optimale.
    Je suis certaine que vous avez deviné, car vous êtes calés (ées)…

    Et puis, vous pouvez vérifier mes calculs… car j’ai pu me tromper. Pour les mesures, on peut dire tout et son contraire, la preuve en est que Diderot lui-même avait rénoncé à en parler tant c’était inextriquable. Ce qui importe ici c’est seulement l’ordre de grandeur pour mieux visualiser, d’autant que je suis lue au loin (très loin partout sur la planète) et que l’Anjou et le Maine y pourraient sembler de tous petits coins…

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.