Prix des couteaux et des ciseaux, Angers, 1673

objet coûteux et rare (Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E)

J’ai retranscrit de nombreux inventaires après décès, mais les objets familiers y sont peu détaillés, si tant est qu’ils soient variés. On trouve parfois une (pas deux) cuiller de fer avec la marmite. C’était une sorte de louche pour se servir de la nourriture qui y cuisait. J’ai rencontré le détail lorqu’il y a argenterie (rare, réservé aux gentilhommes ou équivalents), mais même dans ce cas, il ne s’agissait que de cuillers et fourchettes bien entendu. Donc, je n’avais jamais rencontré les couteaux avant l’acte ci-dessous, qui est un échange de marchandises entre marchands couteliers.
Le couteau était probablement rare, en tout cas pas individuel, car il est assez onéreux.

D’ailleurs, au sujet des couteaux, je me souviens dans mon jeune âge des couteaux qui n’étaient pas inox, et aussi des manches qui étaient en os, et avaient une fâcheuse tendance à vouloir se désolidariser de la lame… Ceci pour mémoire, car bien entendu les couteaux en 1673 avaient un lame de fer et non d’inox, qui viendra bien plus tard… Les couteaux de 1637 devaient ressembler aux couteaux de mon enfance. Si l’un d’entre vous en possède encore, merci d’envoyer photo.

Voici la retranscription, dans l’orthographe réelle de l’acte : Le 4 juillet 1673 avant midy par devant nous François Crosnier notaire royal à Angers furent présents establiz et deuement soubzmis Jean Baptiste Justeau marchand Me coutellier demeurant en cette ville paroisse de Saint Pierre et Marye Moreau sa femme de luy autorisée quant à ce, lesquelz chacun d’eux sollidairement renonçant au bénéfice de division, d’une part,
et Florent Moreau aussy marchand Me coutellier demeurant en cette dite ville paroisse Saint Maurice d’autre part, (manifestement beau-frère ou beau-père de Justeau. On fait affaire en famille. Le fait que le coutelier soit qualifié de « marchand maître » indique qu’il vend mais aussi fabrique car les maîtres sont généralement membres d’une corporation)

entre lesquelles partyes a esté fait et conveneu ce qui s’ensuit, c’est à savoir que lesdits Justeau et Moreau sollidairement comme dit est ont promis et se sont obligez de fournir et bailler audit Moreau en sa maison en cette ville de la marchandise de couteaux et ciseaux de la façon dudit Justeau (avec cette expression, on est certain que Justeau fabrique des couteaux et ciseaux) scavoir

  • la douzaine de couteaux de table à raison de 9 livres la douzaine,
  • et les ciseaux à usage de femme aussy à raison de 9 livres la douzaine,
  • et les ciseaux de barbe et aux cheveux et les ciseaux à faire le crin à raison de 11 livres la douzaine,
  • laquelle marchandise lesdits Justeau et Moreau sa femme sollidairement comme dit est ont promis et se sont obligez délivrer audit Moreau savoir demye douzaine de couteaux et demye douzaine de ciseaux d’huy en trois mois prochains et ainsy à continuer de trois moys en trois moys, par les demies douzaines de cousteaux et cizeaux à chasque livraison jusques au parfait payement de la somme de 58 livres que ledit Justeau et Moreau sa femme ont recognu et confessé debvoir audit Moreau à cause de prest qu’il leur a faict tant ce jourd’huy qu’avant ce jour. Seul Florent Moreau sait signer.

    Les prix indiqués ne sont pas des prix de vente, mais des prix de revient entre couteliers. Ils sont élevés, et j’en conclue que le couteau et les ciseaux étaient des objets rares et en aucun cas individuel sauf familles aisées. Il est vrai que la nourriture étaient déjà coupée, et mélangée, un peu comme les potées avec des petits lardons… chez tous ceux qui vivaient de la terre… ne consommant que le porc, sinon la viande était consommée par les notables et gentilshommes.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet, seul un lien est autorisé, et il figure en clair ci-dessous

    Couteaux anciens (photos privées) :

    Laguiole

    Nontron

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    Dispense de consanguinité, Brain-sur-les-Marches (53), 1769, par René Martineau, entre Jean Fadier et Marie Galisson

    (Archives Départementales du Maine-et-Loire, série G)

    Bonjour, je suis heureuse que mes relevés de Chamteussé aient été utiles à la Baule… Cela me donne du coeur à l’ouvrage, car je me sens utile.

    Voici la retranscription d’une dispense, dans son orthographe originale : Le 7 novembre 1769, en vertu de la commission à nous adressée par monseigneur l’évêque d’Angers en date du 3 octobre 1769, signée Caqueray vicaire général, et plus bas Boulnoy secrétaire, pour informer de l’empeschement qui se trouve au mariage qu’ont dessein de contracter Jacques Fadier et Marie Galisson tous deux de la paroisse de Brain sur les Marches, des raisons qu’ils ont de de mander dispense dudit empeschement, de l’âge desdites parties, et du bien précisément qu’elles peuvent avoir, ont comparu devant nous commissaire soussigné lesdites parties, scavoir ledit Jacques Fadier, fils de feu Jacques Fadier et de Renée Dolboy absente pour cause de maladie, et consentante, âgé de 30 ans, et ladite Marie Galisson, fille de deffunct Pierre Gallisson et Jeanne Martineau présente et consentante, âgée de 26 ans accompagnez de René Dolboy oncle du garçon, demeurant à Brain, François Pipart, cousin du garçon et de la fille, demeurant à Brain, Jean Curris beau-frère demeurant en la paroisse de Rouge, Jacque Martineau parent du côté du garçon et de la fille demeurant à Brain, François Nepveu beau-frère du garçon, demeurant aussi en Brain sur les Marches, qui ont dit bien connaître lesdites parties, et serment pris séparément des uns et des autres de nous déclarer la vérité sur les faits sont ils seront enquis, sur le rapport qu’ils nous ont fait et les éclaircissements qu’ils nous ont donné nous avons dressé l’arbre généalogique qui suit :

    Souche commune : René Martineau, duquel sont issus :

  • Michelle Martineau mariée à Fiacre Fadier père de – 1er degré – René Martineau père de
  • Jacques Fadier, père de – 2e degré – René Martineau père de
  • Jacques Fadier, père de – 3e degré – Jeanne Martineau mariée à Pierre Galisson, mère de
  • Jacques Fadier, qui veut épouser Marie Galisson – 4e degré – Marie Galisson du mariage de laquelle il s’agit
  • ainsi nous avons trouvé qu’il y a un esmpeschement de consanguinité du quatrième au quatrième degré entre ledit Jacques Fadier et ladite Marie Galisson

    à l’égard des causes ou raisons qu’ils ont pour demander la dispense dudit empeschement, ils nous ont déclaré que ladite Marie Galisson est fille, âgée de plus de 25 ans, sans avoir trouvé d’autre parti qui lui convient,

    que ledit Fadier et ladite Galisson sont nez en la paroisse de Brain si petite que les habitans sont presque tous parents, ou alliez,
    que depuis longtemps ils se sont recherché pour le mariage à cause de la grande amitié qu’ils se portent l’un à l’autre

    quant aux biens que possèdent lesdits Jacques Fadier et Marie Galisson, nous avons vérifié par les déclarations qu’ils nous ont faites, et celles des parents ici présents et cy-dessus dénommez

    que ledit Jacques Fadier ne possède aucun bien fond tant du côté paternel que maternel, qu’il peut seulement avoir tant en meubles qu’en argent la somme de 400 ou 500 livres gagnez par son travail et industrie.
    que ladite Marie Galisson n’a aucun bien meuble outre les hardes à son usage, ayant jusqu’à présent travaillé uniquement au profit de la communauté de sa mère, frère et soeurs, qu’il peut y avoir dans la communauté envirion 500 à 600 francs de biens meubles, et environ 100 livres de rente en biens fonds et acquets, dont la moitié appartient à la mère actuellement vivante, outre ses droits matrimoniaux, douaire de l’autre moitié, et restant partageable entre ledite Marie Galisson et 6 autres frère et soeurs

    Ainsi, ils se trouvent hors d’état d’envoyer en cour de Rome pour obtenir la dispense dudit empeschement, ce qui nous a été certifié par lesdits témoins cy-dessus dénommez, et qui nous ont déclaré ne scavoir signer, de ce enquis, fors les soussignez avec nous, fait à Fontaine-Couverte les susdits jour et an que dessus. Signé : F. Pipard, Jacque Martineau, Jean Curie, Marie Gallisson, Julien Marie Legault prieur curé de Fontaine-Couverte

    Pour obtenir les dispenses, vous prenez ci-contre, colonne de droite, la catégorie MARIAGE, ou bien vous tappez DISPENSE dans la fenêtre de recherche. D’ailleurs vous pouvez tapper n’importe quel mot ou patronyme dans cette fenêtre, et si ce blog en parle vous avez la réponse.

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    Sucre de Rouen, arrivé en mauvais état à Laval, 1639, procès verbal de réception

    Je suis Nantaise, et à ce titre j’ai baigné dans l’histoire du sucre liée à celle des ports. Nous avions vu sur mon billet du 21 décembre, la confiserie de Noël en 1633 à Angers, véritable nouveauté, puisque ce n’est qu’en 1632 que le sucre n’est plus le monopole des apothicaires.
    Avec ce billet, nous revenons à cette période du début du 17e siècle, mais cette fois, pour suivre le sucre d’un port, en l’occurence Rouen, à l’intérieur des terres, Laval. Je suis personnellement très attachée au contrôle du poids, ayant travaillé dans un service Qualité. A ce titre, j’ai plus qu’un Français moyen, la notion de contrôle du poids, tel que celui qui figure sur tous nos emballages actuels, contôle dont vous ne vous doutez certainement pas, mais qui sont plus que rigoureux et strictement règlementés de nos jours.

    L’acte qui suit est extrait des Archives départementales de la Mayenne, série 3E – Voici la retranscription exacte de l’acte, orthographe comprise : Le 7 février 1639 avant midy nous Jean Barais notaire de la cour de Laval et y demeurant sommes en présence et assistance et ce requérant Berthélémy Lehirbec marchant demeurant en cette ville transportez en la maison de François Carré tenant à ferme le grand poids de cette ville sous les grandes halles, pour voir peser certaine basle pleine de marchandises de pains de sucre qui luy ont esté envoyez par Marie de Caulx veuve de Jacques Suny marchand de la ville de Rouen par sa lettre escritte du 29 janvier dernier par l’ordre de François Goutier messager (ce François Carré occupe à Laval un poste important, puisqu’il pèse officiellement les marchandises, qui sont le plus souvent des balles de toile en partance.)

    ou estant avons trouvé ledit Goutier lequel nous a présenté une basle pleine desdits pains de sucre pour estre pesée audit poids, lesquelles ont sommé et interpellé ledit Carré de la peser, lequel après l’avoir pesée en présence desdits Lehirebec et Goutier s’est trouvée que toute ladite balle pesoit avec ladite marchandise 81 livres, (il n’y a qu’une balle, et j’ignore si le cheval avait une autre balle de l’autre côté, comme lorsqu’on voit les iconographies de charroi de marchandises)

    laquelle basle a esté despliée en notre présence et des tesmoins cy après et se sont trouvés en icelle 20 pains de sucre couvertz de papier bleu lesquelz ont esté trouvez la pluspart en cassonnade et l’autre partie ne pouvoit servir qu’à cassonnade estant tous rompus et desfectueux et ne sont marchands (on voit l’utilité des témoins lors des échanges commerciaux, et du notaire pour dresser le procès verbal officiel de l’état de la marchandise)

    lequel Goutier nous a dit lesdits pains de sucre luy avoir esté apportez dans son hostellerye de la Pomme de Pin en la ville de Rouen par ladite de Caulx pour estre apportez en cette ville audit le Hirebec, et estoient enballez lors qu’ilz luy furent apportez et envoyez par ladite de Caulx sans qu’il les ayt veus enballez et a juré et affirmé lesdites marchandises n’avoir souffert aucune incommodité par les chemins son cheval n’estant tombé en façon quelconque ny n’ont esté mouillez par lesdits chemins sy ce n’a esté par cas fortuis de lesgout (égoût) des hayes (les messagers sont souvent liés de famille aux hôteliers, dont le métier est aussi lié aux voyageurs. Ici, on voit que leur responsabilité peut être mise en question si le transport s’est mal passé, or, le sucre craint l’humidité, et nous sommes le 7 février, saison d’hiver. Il y a 240 km de Rouen à Laval, sachant qu’un cheval fait 40 km par jour, la marchandise a voyagé plusieurs jours sur le cheval, environ une semaine. Le messager a donc quitté Rouen au plus tard le 1er février. C’est un transport écologique certes, et à l’abri du prix du pétrole…)

    et après lesdits pains de sucre avoir esté ostez de ladite basle icelle auroit esté pesée avec ses cordages et pailles par ledit Carré, lequel auroit trouvé qu’icelle cordaiges est pailles et serpillière pèsent neuf livres, (le poids net du sucre est donc de 81 – 9 = 72 livres)

    desquelles dires et de la vacation avons décerné acte auxdites partyes pour leur valloir et servir ce que de raison en présence de Michel Robeveille marchand espicier et Michel Garnier marchand espicier expertz lesquelz pareillement le serment d’eux pris nous ont dict que ledit sucre n’est loyal ny marchand estant nul et en poussière comme cassonnade et ne peut valloir et estre vendu que pour prix de cassonnade et recogneu que ce n’a esté par déni ny manque du voicturier, dont avons aussy décerné acte audit Lehirebec ce requérant, fait et passé audit Laval en présence de François Salmon marchand et honorable Jean Garnier Sr du Pin demeurant en cette ville tesmoings à ce requis et appellés et ont lesdits Goutier Carré et Garnier dict ne signer. (l’épicier est celui qui vient de prendre à l’apothicaire le commerce du sucre, voyez le début de ce billet et le billet de décembre. Les procès verbaux dressés par notaire sont toujours très complets, et font toujours appel à des témoins experts, ce sont des actes très modernes en ce sens)

    cassonade. s. f. Sucre qui n’est point encore affiné. Ces confitures ne sont faites qu’avec de la cassonade. (Dictionnaire de L’Académie française, 1st Edition, 1694)

    Pain, se dit aussi de certaines choses mises en masse, comme, Pain de sucre. pain de cire. pain de savon. pain de bougie. (même dictionnaire)

    Avec ce billet, je viens de créer une nouvelle catégorie ALIMENTATION, et je vais tenter d’y remettre les anciens billet en relevant… Certes, ce billet concerne aussi bien le TRANSPORT, mais comme je pense que comprendre le peu de sucre autrefois sur la table de nos ancêtres, voire l’abscence totale, c’est important…

    La famille Le Hirbec, à laquelle appartient Barthélémy, est une ancienne famille lavalloise dont les aînés se qualifièrent de sieurs de la Brosse (Argentré). – Daniel, petit-fils de Barthélémy Le Hirbec, apothicaire, et de Marie Fréard, e fils de Daniel Le H. et de Renée Corneau, serait né en 1621 ; il est connu par ses voyages aux Antilles, dans les Pays-Bas et en Italie, dont il a laissé le récit en deux petits cahiers autographes que possède Mr de la Bauluère à qui je les signalai et qu’a publiés Mr Moreau. Parti de Laval le 3 mars 1642, le voyageur, après diverses péripéties qui n’ont rien de dramatique, arrivait aux Antilles le 3 juin au soir et séjournait à la Martinique jusqu’au 22 août « pour y traicter de marchandises ; » il longea ensuite « la Dominique, » la Guadeloupe, tout l’archipel, se rembarqua le 31 décembre 1642 avec le « fribuste » anglais Denis, qui venait « de couvrir le Pérou » et, en vue de Belle-Isle, continua vers la Hollande qu’il visita, pour rentrer à Laval par Saint-Malo le 31 mai suivant. Deux mois plus tard, le 9 aoput, il repartait pour l’Italie, sans idée mercantile, semble-t-il, en touriste qui possède des connaissances historiques, qui sait voir, qui raconte sobrement, sans admiration outrée. A son retour, Daniel Le Hirbec, sieur de Chambray, se maria avec Françoise Pinart, dont il n’au pas d’enfants, et mourut en 1647. – Barthélémy, frère aîné du précédent, né en 1615, eut de Françoise Chasteigner Daniel Le Hirbec, apothicaire, mari de Françoise Beudin, 1665, qui, veuve avant 1712, mourut le 23 janvier 1742, âgée de 100 ans moins treize jours. – Jean, sieur du Murger, fils du précédent, mari de Françoise Joly, fut élu à Laval. – Daniel-Charles, époux de Marie Heulin, se fixa comme médecin à Evron. (Abbé Angot, Dict. de la Mayenne)


    Sur les bords de la Loire (on voit le quai au premier plan) l’une des dernières raffineries de sucre en France, celle de Beghin Say, prise en 1998, à Nantes (photo Grelier). Ce sont bien des nuages (cela arrive à Nantes !) et non de la fumée, qui obscurcissent l’horizon.

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    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714

    1695 : janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 3 janvier 1695 Mr Poulain de Grée conseiller au présidial, veuf de la demoiselle Beritault de la Chenays, dont il n’a point eu d’enfant, épousa la fille de feu Me Herreau de la Simonnière conseiller audit siège et de la dame Garsenlan, âgée de 14 ans.
  • Le 4 (janvier 1695) mourut Mr Elye Pauvert prêtre, chanoine en l’église de St Lo.
  • Le 10 (janvier 1695) mourut le sieur Bruzeau, Me chirurgien
    Dans ce même temps mourut la femme du Sr Baillif bourgeois ; elle s’apellait Cireul ; elle n’a point laissé d’enfant.
  • Dans ce même temps mourut le sieur Pierre Hameau du Marais bourgeois. Il avait épousé la défunte demoiselle Gremont dont il a eu un fils prêtre, Mr Hameau du Marais conseiller au présidial, veuf de la dame d’Héliand de la Gravelle, et deux filles décédées depuis quelque temps.
  • Le 16 (janvier 1695) mourut le Sr Avril de la Durbelière, marchand. De son mariage avec la dame … sont issus le Sr Avril de la Durbelière marchand, le Sr Avril assesseur de l’Hôtel de ville, une fille qui a épousé le Sr Filloche, et une autre fille qui a épousé le Sr Buret expert prud’homme.
  • Le 18 (janvier 1695) mourut Mr Pottier, docteur en médecine ; de son mariage avec la défunte demoiselle Raimbault sont issus quatre enfants.
  • Le 25 (janvier 1695) Mr Lezineau, docteur-régent ès droits en l’Université de cette ville, conseiller et échevin perpétuel de l’Hôtel commun, veuf de la dame Renée Bouard, duquel mariage il y a trois enfants, épousa Melle Marguerite Harangot, fille de défunt Mr Harangot conseiller du roy, receveur des décimes du diocèse de Poitiers et de la Delle Pyron.
  • Le même jour (25 janvier 1695) mourut la femme de Mr Boylesve de Goismard, conseiller au siège présidial de cette ville, auparavant veuf de la Delle Gaultier de Chanzé, duquel mariage il y a un enfant ; elle s’apellait de Méguyon, elle a laissé deux enfants.
  • Le 31 (janvier 1695) Mr Jourdan, sieur de Flains, conseiller au siège présidial, fils du défunt Sr Jourdan bourgeois et de la demoiselle Bellet, épousé la fille de feu Mr de Roye aussi conseiller et de la dame Talour.
  • Le 8 février (1695) la fille du feu Sr Lemaçon du bourg de Saint Laurent des Mortiers, et de la dame Paré, épousa Mr Desmazières, avocat, fils du feu Sr Desmazières, Me apothicaire en cette ville et de dame Drouineau.
  • Le même jour, le sieur Marchand marchand de soie, fils du défunt Sr Marchand messager de cette ville à Paris et de la dame… épousa la fille du Sr Aubert aussi marchand de soie et de la défunte dame Lemaçon.
  • Le 10 (février 1695) mourut mademoiselle Toysonnier, ma fille, âgée de dix mois treize jours.
  • Le 15 (février 1695) le Sr Guyonneau, fils de défunts sieur Guyonneau lieutenant au duché de Brissac et de la dame Bienvenu, veuf de la Delle Alaneau, duquel mariage il n’y a point eu d’enfant, épousa la fille de Mr Fleuriot avocat et de la défunte Delle Paloiye.
  • Le 13 (février 1695) Mr d’Andigné, brigadier d’armée, lieutenant de l’artillerie et lieutenant du Roy du pays saumurois, épousa mademoiselle d’Andigné, fille de Mr d’Andigné chevalier seigneur marquis de Vezins et de la dame de Varenne Gode.
  • Le 15 (février 1695) mourut Mr Herreau Duperron, chanoine en l’église d’Angers. Il était une des créatures de monsieur l’évêque d’Angers. Mr Dupont official a sa prébende.
  • Le 23 (février 1695) mourut la femme de Mr Robin de Sazilly, capitaine de carabiniers ; elle tomba de cheval et se tua. Elle s’appelait Grandet ; elle n’a point laissé d’enfant.
  • Le 28 (février 1695) mourut le Sr Renard commis greffier au siège présidial ; il avait épousé la dame Hernault dont il n’a point eu d’enfant.
  • Dans ce même temps mourut le sieur Margariteau de la Morinnière, fille du feu Sr Margariteau blanchisseur de cire, dans lequel commerce il avait acquis beaucoup de biens et de la feue dame Avril. Il avait épousé la demoiselle Lamenage de la ville de Saumur, dont il a laissé trois enfants.
  • Le 1er mars (1695) mourut monsieur Guynoiseau de la Sauvagère, conseiller honoraire au siège présidial et un des 30 Académiciens ; il avait un vrai mérite.
  • Le 6 (mars 1695) mourut subitement en cette ville monsieur Trochon de Champagné premier président au siège présidial de Château-Gontier.
  • Le 7 (mars 1695) le sieur François Tessé Me chirurgien en cette ville, fils du feu Sr Tessé aussy chirurgien et de la défunte dame Daigrement Suardière. Il était très habile dans son art et très honnête homme. Il a été pleuré de toute la ville. (Note de Marc Saché : François Tessé, maître chirurgien comme son père, avait épousé, le 20 septembre 1682, Anne Gueniveau. Il fut inhumé en l’église des Cordeliers. Il était fils de François Tessé, décédé le 4 novembre 1678, et de Marguerite d’Aigrement (voir état-civil de Saint Maurille). On retrouve plusieurs fois leurs noms dans les comptes de l’Hôtel-Dieu, auquel ils étaient attachés.) – (Note d’Odile : un chirurgien habile, regretté de tous)
  • Le même jour (7 mars 1695) Mr Trochon Sr de la Chapelle, fils de Mr Trochon président et juge et garde de la prévôté d’Angers, et de la dame Martineau, fut installé dans lesdites deux charges. Il n’a pris séance qu’après le Doyen, attendu qu’il ne doit les exercer que dans cinq ans.
  • Le 10 (mars 1695) mourut la femme de Mr François Le Royer avocat ; elle s’appelait …
  • Le 11 (mars 1695) mourut la femme du feu sieur Courault de Pretiat bourgeois ; elle a laissé un garçon qui est banquier à Rome, une fille qui a épousé Mr Reimbault de la Foucherie, maire perpétuel de cette ville, son frère ; elle s’appelait Reimbault.
  • Le 12 (mars 1695) mourut le sieur Bouyneau greffier du consulat de cette ville.
  • Le 15 (mars 1695) mourut le sieur Yvard cy-devant notaire royal en cette ville. Il avait épousé deux femmes ; de la première, appelée Faucheux, sont issus un garçon marié avec la fille du Sr Delmur marchand de soie et banquier et de la dame Le Bannier, et une fille mariée avec le sieur Prégent marchand de soie ; et de la seconde sont issus un garçon et une fille mariée avec Mr Prégent, lieutenant de la maîtrise particulière des eaux et forests d’Angers ; elle s’appelait Crosnier.
  • Le 21 (mars 1695) mourut Mr de Chevreue prêtre curé de Corzé. Mr Macé docteur en théologie a été pourvu de la cure.
  • Le 7 avril (1695) mourut monsieur Foussier avocat au siège présidial de cette ville, fils de feu Mr Foussier aussy avocat et de la défunte Delle Maucourt. Il était veuf de la Delle Avril duquel mariage est issu un garçon pourvu de la charge de procureur du roy au siège présidial de Château-Gontier.
  • Le 11 (avril 1695) le nommé Quatrebeufs, fils de Quatrebeufs fermier à Brissac, ayant volé la nuit chez le nommé Thibaudière marchand de cette fille, par le moyen de fausses clefs, de limes et de crochets de fer, et ayant été surpris vendant les machandises à la foire du Marilais, son procès luy fut fait, en conséquance condamné d’être pendu devant la porte dudit Sr Thibaudière située à la place Neuve ; ce qui fut exécuté ledit jour. (je croyais qu’on pendait au gibet sur la place du gibet ! mais ici c’est devant la porte du cambriolé !!! je suis interloquée…)
  • Le 20 (avril 1695) mourut la femme du feu Sr Bertereau bourgeois ; elle a laissé deux filles, la première décédée femme du sieur Soreau de l’Epiné, cy-devant avocat, et l’autre aussy décédée, femme du sieur Dupuy Baron ; elle s’appelait Chevaye.
  • Le 24 (avril 1695) mourut la femme de Mr Babin, avocat ; elle s’appelait Vincent.
  • Le 26 (avril 1695) Mr Huron élu en l’élection de cette ville, fils du feu sieur Hyron et de la Delle Jamet épousa la fille du feu Sr du Clos Verdier et de la dame Martinet.
  • Le 1er mai (1695) Mrs Margariteau de la Morinnière assesseur de l’hôtel de ville, et Georges Daburon avocat furent élus échevins.
  • Le 3 (mai 1695) Mr Pasqueraye, file de feu Mr Pasqueraye, contrôleur au grenier à sel de cette ville, et de la Delle Maugin, épousa mademoiselle Cherbonneau.
  • Le 4 (mai 1695) mourut la femme de feu Mr Gontard avocat ; elle s’appelait Primaut, fille de feu Mr Primaut, aussy avocat, et de la Delle de la Haye Le Roy ; elle a laissé deux filles.
  • Le 7 (mai 1695) mourut le sieur Crosnier notaire. Il avait épousé deux femmes ; de la première sont issus trois enfants, un fils prêtre, une fille mariée avec Mr Bouschard avocat et … Sa première femme s’appelait Boumier, fille du feu sieur Boumier notaire, et de la Delle Guespin, dont il n’a point eu d’enfant.
  • Le 9 (mai 1695) le sieur Solimon du Margat, dont on dit que le père était marchand poislier, épousa une des fille de Mr Le Royer de la Baronnière, avocat et de la Delle Leveau.
  • Le 18 avril précédent (1695) Mr Janneaux, fils de Mr Charles Janneaux avocat et de la Delle Andrault et Mr Cupif, fils de feu Mr Cupif avocat et de la Delle Dootel, plaidèrent leur première cause.
  • Dans ce même temps, mourut la femme du feu sieur Pinard bourgeois ; elle s’appelait Coueffé ; elle a laissé deux filles, l’une mariée au feu Sr Cousin de la Brideraye et l’autre au sieur …
  • Le 14 (mai 1695) mourut le sieur Bobêche de la Houssaye bourgeois. Il avait épousé une des filles de feu Mr Ferrand docteur en médecine. Il a laissé trois enfants.
  • Le 22 (mai 1695) mourut le sieur Poilpré notaire apostolique. Il laisse de sa femme, fille du feu Sr Musard secrétaire de feu Messire Henry Arnauld, évêque d’Angers, et abbé de St Nicolas, et de la Delle Lemaçon, sept enfants et sa femme grosse.
  • Le 29 (mai 1695) mourut la femme de feu Me François Paulmier avocat ; elle s’appelait Ménard ; elle n’ai laissé qu’une fille qui a épousé Mr Baudry conseiller au présidial.
  • Dans ce même temps mourut Mr Théard conseiller au présidial de Château-Gontier ; il avait épousé Melle Trochon.
  • Le 30 (mai 1695) mourut la femme du sieur Voisin du Sauzay bourgeois ; elle était fille du feu sieur Boizourdy bourgeois et de la Delle … ; elle avait épousé en premières noces le Sr Sourdrille de la Bachelotière de la ville de Château-Gontier. Il a a des enfants des deux mariages.
  • Le 13 juin (1695) le sieur Baillif bourgeois, fils de Mr Baillif docteur en médecine, veuf de la Delle Cireul, morte au mois de janvier dernier sans enfants, épousa la Delle …
  • Le 14 (juin 1695) le sieur Delisle aporhicaire, fils du Sr Delisle aussy Me apothicaire et de la dame … épousa la fille du Sr Bessonneau et de la dame Baillif.
  • Le même jour le sieur Courant marchand droguiste fils du défunt Sr Courant marchand et de la dame … épousa la fille du sieur Bessonneau marchand droguiste et de la dame Baillif.
  • Dans ce même temps, le sieur Maillard lieutenant criminel de l’élection de Baugé épousa la fille du sieur Grézil des Ambillons, bourgeois, et de la défunte Delle Lagouz.
  • Le 16 (juin 1695) mourut la femme de Mr Denyau assesseur au siège de la prévôté de cette ville, agée de 38 ans : elle a laissé un enfant ; elle s’appelait Curieux de la ville de Beaufort.
  • Le 21 (juin 1695) le sieur Chauvin marchand de soie en cette ville, natif du bourg de Coron en Poitou, fils du feu Sr Chauvin et de la dame de la Mothe, épousa la fille du Sr Jollivet marchand grossier et de la dame Jarry.
  • Le 27 (juin 1695) Mr de Champagné de Moire, gentilhomme, fils de feu Mr de Champagné de Moiré et de la dame … épousa la fille de feu Mr Loüet escuyer seigneur de la Mothe Dorveaux et de la dame Grimaudet
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

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    Drapier, serger, tissier : métiers différents, car tissus différents : drap, serge, toile

    J’ai oublié dans le billet d’avant-hier, de préciser ce qu’était le drap.
    Le billet dit « d’avant hier » se trouve reporté en date du 11 août 2009

    Voici 2 proverbes qui illustrent à merveille les qualités du drap : chaud et solide,

      La soye d’esté, le drap d’hyver (il est chaud)

      Quiconque se vest de drap meschant, deux fois pour le moins se vest l’an (il est solide)

    Le drap est

    « une étoffe de laine qui participe des qualités de la toile par son tissu, et de celles du feutre, par l’opération du foulage qu’on lui fait subir. »

    C’est la meilleure définition du terme drap que je connaisse. Elle se trouve dans l’ouvrage d’Auguste Vinçart, l’Art du teinturier-coloriste sur laine, soie, fil et coton, Paris, 1820.

    Voici la liste des planches de l’Encyclopédie Diderot, qui situe parfaitement le métier dans la laine et le foulon

    Voici une autre définition du drap :

    « Espece d’estoffe de laine. Bon drap. drap fin. gros drap. drap de Hollande, de Berry, d’Espagne. une aulne de drap. acheter, vendre du drap. faire du drap. habit de drap. tailler en plein drap. On dit aussi, Drap d’or. drap de soye, mais quand le mot de drap est mis seul, on entend tousjours qu’il est de laine. » (Dictionnaire de L’Académie française, 1st Edition, 1694).

    Mais je préfère sincèrement la première définition, car elle inclut les 2 principales caractéristiques du drap : solidité et chaleur.


    Métier du drapier avec ses détails. Navette anglaise et ses détails. (Encyclopédie Diderot)

    Il n’existe plus, enfin je ne trouve plus depuis longtemps de vêtements de qualité fait avec un tel tissu. Nous avons été, au fil de mon existence (70 ans) envahis par la petite qualité vestimentaire et les synthétiques, etc… voir même la guenille jettable. Quand je dis jettable, je fais allusion à une émission de télé sur les vêtements récupérés : les centres de tri croulaient sur des tonnes de vêtements à jetter car non réutilisables du fait de leur manque total de qualité, et leur problème étaient de faire face à ces déchets…
    Nos ancêtres, qui vivaient le plus souvent sans vitre aux fenêtres, avec tout au plus une cheminée dans la pièce, avaient tout de même la chance de connaître le drap, fait pour vêtements d’hiver inusables à tel point qu’au début de ce blog, nous chantions sa solidité dans une contine. Cette contine m’a beaucoup aidée pour comprendre l’importance du foulon et du drap : je suis heureuse d’avoir eu la chance de l’entendre dans mon enfance, allez l’entendre sur mon site, sur l’un des liens ci-dessus.


    épinçage des draps fins après le dégrais, et outils. (Encyclopédie Diderot)

    Mieux, le drapier faisait aussi de la ratine (le plus cher et le plus côté des draps de laine) : le mot viendrait du terme hollandais « gaufre », gaufrer, ou bien de « raster », racler. AU 13e siècle, « rastin » est une étoffe à poil tiré et frisé. Etoffe de laine, réputée très chaude, ancienne et répandue au point que le verbe « ratiner » désigne le procédé utilisé : frotter les draps pour lier le poil en petites mèches terminées par un bourrelet, en général à l’endroit du tissu.(Hardouin-Fugier E. & Coll. Les étoffes : dictionnaire historique, 1994)
    Ce même dictionnaire, donne, entre autres, car il y en a beaucoup :

    Drap : Du bas latin « drappus », terme lui-même qui proviendrait du celtique. Mot générique désignant tout un ensemble de tissus divers, un peu comme le mot « étoffe ». Sa fabrication est liée au très ancien élevate du mouton. On ne peut donc ici qu’indiquer les procédés les plus courants de sa fabrication.- La qualité de la laine est déterminante pour le produit fini. La chaîne est composée de fils à forte torsion, la trame de floches. Sa torsion est contraire à celle des fils des chaînes, condition qui détermine le bon déroulement du foulage. Le drap est tissé en écru, puis teint en pièce. – L’achèvement consiste à fouler, laver, lainer, teindre, sécher, ramer, raser et apprêter à chaud. Inutile de souligner les multiples usages du drap depuis des temps immémoriaux et les faits économiques liés au drap, depuis l’élevage des ovins jusqu’à la vente, foire, transport, concurrence, groupements sociaux, en passant évidemment, par sa fabrication et sa mécanisation. Des régions entières ont eu, pendant des millénaires, leur civilisation marquée par la fabrication des draps, en particulier le nord de la France. – Le succès du drap dans la mode est éternel ; Mallarmé l’évoque pour l’année 1874 : « Un paletot-blouse en drap blanc avec col marin en pareil »
    Drap d’Alep : chaîne en soie, trame en laine.
    Drap l’Alma : sergé à côtes en laine ou laine et soie.
    Drap d’argent, drap d’or : terme générique désignant des étoffes somptueuses
    Drap de Baye : lourde tenue de deuil
    Drap de Beaucamp : sergé lourd, grossier, à chapîne en lin et à trame en laines colorées.
    Drap de chasse : uni, à chaîne en soie fine et trame en coton lourd à côtes horizontales
    Drap de Damas : fabriqué à Damas au 14e et 15e siècles, qui se distingue du Damas. Il est précieux, brodé d’or et d’argent.
    Drap de dame : très léger et doux, comparable à la flanelle, légèrement foulé, tiré à poil.
    Drap de France : fabriqué en Angleterre dans la dernière moitié du 19e siècle
    Drap de gros bureau : drap français grossier, blanc ou teint en noir ou gris.
    Drap de Lyon : riche soierie
    Drap de Paris : fin sergé à effet granité, fabriqué à la fin du 19e siècle.
    Drap de pauvre : serge grossière, non teinte, brune mais jamais noire, utilisée au début du 19e par les ouvriers
    Drap de soie : étoffe de soie très fournie en chaîne, tissée à tension rétrograde.
    Drap de velours : étoffe épaisse avec un poil doux, fabriquée en Angleterre dans la dernière partie du 19e siècle pour confection féminine.
    Drap militaire : les règlements du 18e siècle interdisent de le tirer ou aramer en large ou en longueur ; on doit au contraire le laisser sécher sans aucune extension. Teint en laine en bleu céleste, beu de roi, vert, marron ou bien teint en pièce et foulé avant la teinture, c’est le cas pour l’écarlate, le cramoisi, le rose, l’aurore, le jonquille, le noir et le drap garance, qui a été le plus employé dans les régiments d’infanterie et de cavalerie pendant la Première guerre mondiale.
    Drap mortuaire : étoffe de velours noir étendue sur la bière d’un mort pendant les obsèques (Hardouin-Fugier E. & Coll. Les étoffes : dictionnaire historique, 1994)

    Et la serge dans tout cela ? Le serger fabriquait une étoffe de laine, la serge, qui était plus ordinaire que le drap, moins cher, moins chaude, moins solide, mais très répandue. Avec le drap on fait les vestes, les manteaux, les culottes d’homme, le tout d’hiver, et avec la serge les jupes de femme, les vestes légères…, là encore tout de même pour l’hiver, le reste du temps tout est en lin et chanvre et relève du tissier.

    En conclusion, laissez-moi vous compter que lorsque j’ai débuté en généalogie, il y a fort longtemps, j’ai bien entendu rencontré les marchands de draps de soie. J’imaginais alors que certains dormaient dans des draps de soie. Il n’en était rien, et ce n’est que bien plus tard que j’ai compris qu’il s’agissait de marchands de tissus de soie, dont les dames nobles et notables raffolaient, lorsqu’elles avaient les moyens de se le permettre, pour quelques vêtements plus beaux que ceux du quotidien.

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    Bail à ferme d’une pièce de terre par Pierre Poyet, Segré, 1659

    à Courtpivert à Saint-Aubin-du-Pavoil (Archives départementales du Maine-et-Loire, série 5E)

    Trouver un acte notarié ne relève d’aucune méthode encore moins de chance, uniquement de longue, très longue patience et persévérance. En effet, nos ancêtres ne fréquentairent pas les notaires selon la même logique que la nôtre actuelle.

    Ainsi, un bail est toujours chez un notaire du lieu de résidence du propriétaire. D’ailleurs, le paiement que ce soit en nature ou en argent, est lui aussi toujours au lieu de résidence du propriétaire.

    Pierre Poyet est mon ancêtre. Il est arquebusier à Segré, et propriétaire de sa maison, ce que je sais par des successions bien plus tardives, puisque les notaires de Segrés sont tardifs. Ce bail, découvert par hasard à Angers, est un plus pour ses revenus.
    Pierre Poyet m’est cher, car c’est l’un de mes premiers travaux de recherches généalogiques autrefois, il y a très longtemps, du temps du papier crayon, du registre original et de la voie postale, bien longtemps avant les microfilms et internet. Or, en ce temps là, un autre généalogiste descendait d’un Pierre Poyet à Segré, et je l’avais contacté par postal. Dans ma lettre j’avais mis tout ce que je savais jusqu’à Pierre Poyet, mais j’avais omis de mettre le métier. Et ce généalogiste m’avait répondu « Madame, sachez que nous ne cousinons certainement pas car moi je descends d’un arquebusier, qui n’est pas n’importe qui ». A cette époque il est vrai, la généalogie était encore quasiement l’exclusivité des familles très en vue, et les autres, moins en vue, en étaient à leurs débuts ! Mais ce jour là, j’ai compris que la loupe mondaine sévissait beaucoup en généalogie.

    Voici la retranscription de l’acte : Le 17 février 1659 après midy, par devant nous Françoys Crosnier notaire royal Angers furent présents establiz et duement soubzmis noble homme François Renoul sieur de la Ripvière juge des traites et impositions foraines d’Anjou duché de Beaumont demeurant en cette ville paroisse St Pierre d’une part,
    et Pierre Poyet arquebuzier demeurant en la paroisse de la Magdelaine de Segré d’autre part
    lesquelz ont fait entreux le bail à ferme qui suit c’est à scavoir que ledit Sr de la Ripvière a baillé et par ces présentes baille audit Poyet ce acceptant audit tiltre pour le temps et espace de 5 années et 5 cueillettes entières et consécutives qui ont commencé dès la Toussaint dernière et finiront à pareil jour scavoir est un morceau de terre appelé le Chastellet vallée de Courpivert, audit Sr de la Ripvière appartenant, sittué en la paroisse St Aubin du Pavoil ainsy qu’il se poursuit et comporte avec ses apartenances et dépendances sans en rien réserver que ledit preneur a dit bien scavoir et cognoistre
    à la charge par luy d’en jouir et user durant ledit temps comme un bon père de famille sans y rien malverser, de le tenir en bonne et suffisante réparation de clostures ordinaires, desquelle il est contourné,
    ledit bail fait et convenu pour en payer et bailler de ferme par medit preneur audit sieur bailleur en cette ville la somme de 15 livres (cette somme laisse à penser que la pièce de terre est presque l’équivalent d’une moitié de closerie, d’ailleurs ce qui suit et que j’ai graissé confirme cette hypothèse, et cette terre était sans doute en grande partie en châtaigneraie) au terme de Toussaint premier payement commençant à la Toussaint prochaine et à continuer et un bouesseau de chastaignes et deux perdrix aussy par chacun an
    ne pourra ledit preneur couper ny esmonder aucun arbre fruitaux marmentaux ne autres par pied branches ne autrement fors les esmondables en temps et saison convenables une fois seulement pendant le présent bail, cédder tout ou portion du présent bail sans le consentement dudit Sr bailleur auquel il fournira a ses frais copie des présentes dans 8 jours prochains …
    fait et passé audit Angers en nostre estude présents Me René Moreau et Godier praticiens demeurant audit Angers tesmoings ledit preneur a dit ne scavoir signer

    Ce bail est très intéressant, car il illustre le louage (c’est ainsi qu’on appelait le bail à prix ferme) d’une pièce de terre, assez importante surement en superficie, qui n’est pas faite pour être le revenu principal du preneur, seulement un supplément de revenus. Le plus intéressant est qu’il combine le prix ferme (loyer de 15 livres) avec un don en nature (un boisseau de châtaignes et 2 perdrix). Ce qui signifie que Pierre Poyet avait le droit de chasser la perdrix sur cette terre. Certes, fabriquant d’armes, il était bien placé pour en avoir, mais autrefois le droit de chasse était règlementé et réservé au seigneur (j’y reviendra longuement)

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