Contrat de mariage Vernault, Macquin, Rablay (49), 1724

encore un habit de deuil, et cette fois un trousseau détaillé

Ce contrat fait suite à celui paru dans mon billet du 22 mars. Il est encore à Rablay, pays de vin d’Anjou des coteaux du Layon, mais cette fois leur fortune est 3 fois plus importante que celle des précédents. D’ailleurs, et cela va sans doute de pair, ils savent signer.
Jean Vernault, ci-dessous le futur, est tailleur d’habits, et dans le contrat de mariage du 22 mars, il s’agissait d’un métayer. Or, un métayer est fortement imposé dans les rôles de taille, ce qui signifie que cet impôt n’a rien à voir avec les biens propres, mais avec les revenus de la terre. Or, un métayer n’est pas propriétaire de la métairie, du moins en Haut-Anjou, seulement colon à moitié, et il possède peu de biens propres, et vit dans un intérieur chiche.
Le trousseau n’est pas toujours détaillé, en particulier en Haut-Anjou, où je l’ai toujours rencontré mentionné mais non détaillé. Il est toujours payé par les parents de la future, et cela n’était pas rien que de marier une fille, aussi on comprend que les filles suivantes étaient souvent réduites au couvent, moins onéreux pour les parents.
Enfin, j’ai été à la ligne lorsqu’on change de sujet dans l’acte, pour que vous puissiez mieux saisir. Mais, comme vous le savez maintenent, les contrats et autres actes notariés, sont écrits au kilomètre, sans alinéa, sans ponctuation.

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire. Voici la retranscription de l’acte : Le 12 janvier 1724 avant midi, par devant nous Charles Billault Nre royal Angers résidant à Rablay furent présents établis et soubmis honorable homme Louis Macquin Md et Etiennette Lucas sa femme de luy autorisée … et Marie Macquin leur fille, Dt au village de Pierre Lye à St Lambert du Lattay, et honorable homme Jean Vernault Md fils de defunts François Vernault et de Jeanne Bernier, Dt au bourg de Rablay,
entre lesquelles parties a été fait les traités et conventions de mariage qui suivent c’est à savoir que lesdits Jean Vernault et Marie Macquin savoir ledit Vernault du consentement de Julien et François les Vernault ses frères, ladite Marie Macquin du consentement de ces père et mère (je frappe toujours avec l’orthographe originale, ce qui est la règle lorsqu’on retranscrit un texte original. Ainsi, je passe aux yeux de certains lecteurs pour ne pas connaître l’orthographe. Je les laisse à leurs jugements stupides. La retranscription est un acte difficile, dans lequel on utilise souvent la phonétique mentale pour comprendre. Ici ces pour ses, bien entendu,maison doit respecter les textes anciens) se sont mutuellement promis la foy de mariage et iceluy solemniser en face d’église si tôt que l’un en sera par l’autre requis, tout légitime empêchement cessant,
auquel mariage entreront lesdits futurs conjoints avec tous et chacuns leurs droits …
et ledit futur a déclaré avoir d’effets mobiliers tant en meubles argent que marchandise la somme de 1 000 L qu’il a gagné par son commerce, de laquelle somme il entrera en communaulté celle de 100 L et le surplus montant 900 L tiendra nature de propre audit futur de son côté et lignée et à tous effets,
et ledit Louis Macquin et Etienne Lucas sa femme chacun d’eux un seul et pour le tout sans division, ont promis et par ces présentes promettent et s’obligent donner à ladite future leur fille en avancement de droit successif dans le jour de la bénédiction nuptialle un quartier de vigne ou environ situé au lieu appelé les Manières à St Lambert du Lattay, joignant d’un côté la vigne du Sr Dupas d’autre côté la vigne des héritiers Richomme, plus trois quartrons de vigne ou environ situés au lieu appelé les Notilles près le village de Pierrebise joignant d’un côté la vigne d’Etienne Haudet d’autre côté la vigne de Pierre Lucas, plus six boisellées de terre appelée le champ du Chesne et un quartier de pré près le bourg audit lieu, le tout paroisse St Lambert, joignant d’un côté la terre de René Mutault et ledit pré joignant d’un côté le chemin dudit village de Pierre Bize à Rochefort, d’autre côté le pré d’Etienne Godiveau, se réservent lesdits Sr Macquin et femme le bled qui a été ensemencé dans ladite terre, qu’ils recueilleront à la récolte prochaine, plus une tierce de vigne ou environ située paroisse de Faye, joignant d’un côté la vigne de François Challoneau d’autre côté la vigne de la veuve Lecocq, pour par lesdits futurs en user en bon père de famille sans rien …
et jouiront desdites vignes et terres estimées à 300 L,
s’obligent lesdits Macquin et femme donner à ladite future leur fille savoir dans ledit jour de la bénédiction nuptiale un charlit de bois de pommier, un coffre de bois de chêne, 4 draps de toile mélée de 7 aunes le couple, une couette, un traverslit, 6 serviettes, 3 nappes, 4 brebis, le tout valant 65 L, et 2 septiers de bled, savoir un de froment et un de seigle mesure de Brissac dans le jour et fête de l’Angevine prochaine, estimés à 30 L, et la somme de 100 L en argent d’huy en un an prochain. (les animaux et les céréales font partie du trousseau car ils sont des effets mobiliaires ou meubles. En Normandie, je trouve ici : une vache pleine ou le veau après elle)
Desquelles sommes il en entrera en communaulté celle de 100 L qui sera acquise entre lesdites parties dans ledit jour de la bénédiction nuptialle suivant notre coutume et le surplus montant 395 L tiendra de propre à la future de son côté et lignée… ensemble ses linges bagues et joyaux et autres servant à son usage, et les dettes seront pendant ladite communauté acquittées par ledit futur nonobstant que la future y fut obligée …
et les dettes qui seront crées auparavant icelle seront acquittées par celui ou celle qui les auront créées sans qu’elles puissent entrer en ladite communauté,
et au cas qu’il soit vendu ou aliéné des biens propres des futurs, ils en seront récompensés sur les biens de ladite communauté par préférence au cas qu’ils y puissent suffire et à défaut sur les biens propres dudit futur
et les successions tant directes que collatéralles qui échoueront auxdits futurs tiendront nature de propre à celui ou celle à qui elles échoueront sans qu’elles puissent entrer en ladite communauté,
et a ledit futur assigné et assigne par ces présentes douaire coutumier à ladite future sur tous et chacuns ses biens présents et futurs le cas advenant
et aura un habit de deuil selon sa condition survivant ledit futur,
ce qui a été ainsi voulu consenti stipulé et accepté, …
fait et passé au village de Pierrebise demeure dudit Macquin à St Lambert du Lattay, en présence de Jean Lucas, Md , Dt à St Aubin de Luigné, oncle de ladite future, Louis et Pierre Macquin ses frères, René Lucas vigneron Dt à St Lambert, aussi oncle de la future, Me Pierre Macquin prêtre vicaire de Rablay y demeurant, et Pascal Macquin praticien Dt à Angers ses cousins. Signé J. Vernault, L. Macquin, Vernault, Louis Macquin, Pierre Macquin, F. Vernault, Lucas, Lucas, Macquin, Marie Macquin, Marie Tiennette Lucas, Macquin prêtre, Billault Nre
Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714 (1684 début)

1684 : janvier, février, mars, avril, mai

Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 6e (janvier 1684) on fit des feux de joie pour la naissance de Monseigneur le duc d’Anjou. Le Te Deum fut chanté en musique à la cathédrale, toutes les compagnies assemblées, le canon tira en la manière ordinaire. Il y eut des illuminations à toutes les fenêtres, des feux d’artifices sur les 8 heures du soir, on fit couler trois busses de vin, tous les habitants se mirent sour les armes. Monsieur de Neufville Poisson, cy-devant maire de cette ville marchait à la teste de toutes les compagnies.
  • J’ay oublié de remarquer qu’il a esté arresté par une conclution que les maires logeraient à l’avenir à l’hostel de ville pendant leur mairat. Monsieur Charlot, à présent maire, a commencé à la St Jean dernière.
  • Le 20 (janvier 1684) mourut madame Allard, femme de monsieur Allard, droguiste, fils de feu Mr Allard Auny, marchand droguiste et de Françoise Phelipeau ; elle s’apellait Richard ; elle s’était frappée à la teste ; elle fut trépanée ; huit jours après elle mourut.
  • Le 3 février (1684) mourut mademoiselle de la Ferranderie Panetier, veuve de feu Mr Panetier, vivant advocat, âgée de 70 ans ; elle s’appellait Lézine Barillier. Elle a laissé quatre enfants, un chanoine à St Maurille, un autre qui est greffier en chef du présidial marié à Mlle Neveu fille de monsieur Neveu docteur en médecine, une fille religieuse à Fontevrault, une autre mariée et veuve de Mr Galard conseiller à la prévosté, et un autre garçon, décédé à Paris.
  • Le 5 (février 1684) mourut monsieur Boylesve docteur de Sorbonne, religieux bénédictin non réformé et aumonier de St Aubin, âgé de 72 ans ; c’était un personnage d’un grand génie. Il était frère de feu Mr Boylesve de Goismard ; il a laissé plusieurs autres frères.
  • Le 8 (février 1684) monsieur de Chenédé de la Plenne fut receu dans la charge de premier valet de chambre de madame la Dauphine. Il est fils de monsieur de Chenédé conseiller honoraire au présidial et à présent procureur et avocat du Roy de l’élection de Paris, et de dame Louise Aveline. C’est un de mes meilleurs amis.
  • Ce même jour (8 février 1684) mourut Mr Guilbault de la Bogatrie mary de damoisselle Chauvin. Il est mort après avoir dissipé tout son bien.
  • Le 15 (février 1684) mourut monsieur Robert sieur de Rouzée, avocat au siège présidial et commissaire des saisies réelles. Il est mort des gouttes. Il avait épousé mademoiselle Bellière de la Roche, fille de monsieur Bellière de la Roche bourgeois. Il était âgé de 45 ans.
  • Le mesme jour (15 février 1684) Mr des Grois Cossé, fils de feu Mr des Grois Cossé, bourgeois, épousa Melle la Garanne.
  • Le mesme jour (15 février 1684) monsieur Dupart, gentilhomme de Gascogne, épousé Mlle de Villemorge de Millière, fille de feu Mr de Villemorge et de …
  • Le mesme jour (15 février 1684) mourut mademoiselle de Chantdepie Leroyer, veuve de monsieur de Chandepie Leroyer, lieutenant en l’élection de cette ville. Elle s’apellait mademoiselle du Mons ; elle était âgée de 72 ans.
  • Le 16 (février 1684) mourut monsieur Romain prestre curé de Veaux, âgé de 38 ans, fils de deffunt monsieur Romain avocat au siège présidial de cette ville et de Mlle Marguerite Joubert de la Vacherie. Il a été enterré à St Mainboeuf.
  • L’hyver a été extrêmement rude cette année ; le froid a duré pendant sept semaines avec la dernière violence jusques là que les gens fort avancés en âge ont avoué que depuis 1607 il ne s’en était pas ressenti un plus pressant ; les rivières et les estangs ont glacé d’une épaisseur extraordinaire, ce qui a obligé monsieur l’évesque d’Angers, à cause de la disette du poisson et des légumes, de permettre de manger des oeufs pendant le caresme jusques au jour des Rameaux exclusivement.
  • Le 18 (février 1684) quatre arches des Ponts de Cé tombèrent par la grande quantité des glaces.
  • En 1683, le chœur et la nef de l’église des Cordeliers a été boisée de la manière qu’elle se voit.
  • Le 21 (février 1684) mourut madame Pousse, femme de Mr Pousse Me chirurgien âgée de 40 ans ; elle était fille de Mr la Barre, Me chirurgien. Elle a laissé plusieurs petits enfants ; sa mère s’apellait Mlle Lecourt.
  • Le 22 (février 1684) les glaces jointes à la grosseur des eaux emportèrent une longueur des Ponts de Cé, avec deux moulins.
  • Le 22 (février 1684) Il y a quelques mois que monsieur de Varennes Gode, capitaine aux gardes, se promenant dans les jardins de l’Arsenal de Paris, entendit les cris d’une damoiselle apellée de Bragelonne, qu’un nommé monsieur Potel, fils de monsieur Potel Me des requestes, insultait de paroles, et voulait faire sottises, fut à son secours, entra obligeament dans ses intérests et repris avec hauteur ce jeune homme, lequel se sentant sensiblement touché du procédé du sieur de Varennes Gode, et se voyant traversé dans ses desseins, le prit d’une main à la cravatte et de l’autre, armé de son épée, en voulut tirer raison sur le champ. Le sieur de Varennes se mit en défenses, perça son ennemy et le renversa par terre mort. Il obtint des lettres de rémission du prince, pour l’enterrinement desquelles il se mit prisonnier. Il a été longtemps retenu par l’authorité de ses adverses parties et leur fortune, enfin le Roy fit un jour en soupirant, si l’affaire de Varennes ne finirait pas bientôt qu’on devait penser qu’il en avait affaire ; cela avança le jugement. Il a été condamné à 3 000 livres de réparation, à 3 000 livres d’aumone et à tous les dépens du procès solidairement avec la damoiselle de Bragelonne. On prétend que cette demoiselle avait tendu ce piège au sieur de Varennes et qu’elle le voulait sacrifier. Le Roy, en faveur de cette affaire, fit un édit avant qu’elle fut finie, par lequel il est porté que les juges entérineront les lettres de rémission sans examiner si les informations y sont conformes. Cet arrest a été rendu le 22 de ce mois. Il a épousé mademoiselle Le Clerc de Sautray, fille de monsieur Le Clerc de Sautray et de …
  • Le 28 (février 1684) mourut monsieur Daumouche huissier audiencier au présidial de cette ville.
  • Le premier jour de mars (1684) mourut madame de Royé religieuse de la Fidélité, fille de feu Mr Deroyé et de …
  • Le 2 (mars 1684) mourut madame Horeau, femme de Mr Horeau marchand de dantelles, âgée de 60 ans. Elle s’apellait…
  • Le 4 (mars 1684) mourut mademoiselle Courault de Pretiat femme de feu Mr Courault de Pretiat, fermier de campagne. Elle s’appellait Lefebvre, âgée de 80 ans ; elle a un fils chanoine à St Maurice, un autre marié à mademoiselle Reimbault de la Foucherie et une fille mariée à feu Mr Dartois dont il y a un fils prestre et une fille.
  • Le 10 (mars 1684) mourut Mr Caternault notaire royal en cette ville. Il avait épousé feue madame Perrouin. Il a laissé quatre garçons et une fille ; l’aisné a été Père de l’Oratoire, ensuite curé d’Escouflant puis curé de Cheviré le Rouge et est à présent curé du Lyon d’Angers ; sa fille a épousé depuis deux ans monsieur Nicolon Sr de Chanzé, cy-devant veuf de mademoiselle … duquel mariage il y a des enfants.
  • Le 22 (mars 1684) s’est fait l’ouverture du jubilé accordé par la pape Innocent XI en action de grâce de l’heureux succès des armes de l’Empereur contre le Turc. Le Roy de Pologne vint à son secours qui déffit cette armée infidèle composée de cent mil hommes et les obligea de lever le siège devant Vienne capitale de l’Empire. Monsieur l’évesque d’Angers célébra pontificallement la messe en l’église de St Aubin. Toutes les communautés y marchèrent.
  • Le 25 (mars 1684) monsieur Paul Toysonnier sieur de Villeneuve, mon frère, célébra sa première messe en l’église de St Michel du Tertre. Il avait été ordonné prestre le 18 du mesme mois par monsieur Arnaud évesque d’Angers.
  • Le 28 mourut le sieur Defaye procureur au palais des marchands, âgé de 38 ans, fils du Sr Defaye, huissier audiencier au siège présidial de cette ville. Il a laissé plusieurs petits enfants.
  • Le 1er avril (1684) mourut madame Peignier boullangère, veuve de Mr Peignier boullanger, âgée de 58 ans. Elle s’apellait Chauvin ; elle a laissé deux enfants. Elle fut enterrée le lendemain en le cimetière de St Michel du Tertre.
  • Le 4 (avril 1684) mourut madame Brehier femme du sieur Brehier commis au greffe du présidial de cette ville. Elle mourut demie heure après estre accouchée, âgée de 28 ans ; elle a laissé deux petits enfants. Elle s’apellait Marie Rontard fille de feu Me Rontard Me apothicaire en cette ville.
  • Le 15 (avril 1684) mourut mademoiselle Chevais, femme de Mr Chevais de la Benaudière, bourgeois de cette ville. Elle s’apellait Melle Bienvenu de la Béchalière, fille de feu Mr Bienvenu de la Béchalière et de dlle … Elle est morte en couches ; elle a laissé 3 petits enfants. Elle était âgée de 36 ans.
  • Le mesme jour (15 avril 1684) monsieur de Villeneuve du Caseau gentilhomme, fils de monsieur de Villeneuve du Caseau et de mademoiselle de l’Estoile, épousa mademoiselle Carron.
  • Le 20 (avril 1684), le nommé Bompas Me cordonnier de cette ville se pendit en sa maison de désespoir. Il fut condamné le lendemain par sentence du juge de la prévost à estre traisné sur la claye par les rues de la ville et d’estre pendu par les pieds. Il y a eu appel de cette sentence à la requeste de monsieur le procureur du Roy de la prévosté.
  • Le 22 (avril 1684) monsieur Margaritteau de la Morinière, fils de monsieur Margaritteau de la Morinière, marchand de soye et de Delle Avril, fut installé au siège de l’élection en la charge d’assesseur de l’élection qu’occupait cy-devant Mr du Planty Frein.
  • Le 23 (avril 1684) mourut monsieur Chatelain, droguiste. Il a laissé plusieurs enfants ; une fille a épousé Mr Gandon cy-devant lieutenant aux eaux et forests.
  • Le mesme jour (23 avril 1684) mourut madame de Linière femme de monsieur de Linière cy-devant marchand de draps de laines dont le commerce a cessé depuis quelques années par suite de sa mauvaise conduite. Elle s’appelait Allard ; c’était une femme d’une vertueuse patience.
  • Le 26 (avril 1684) monsieur Poilpré, fils de défunt monsieur Poilpré et de Delle Bachelot épouse Melle Musard, fille de monsieur Musard secrétaire de monsieur l’évesque d’Angers et de madame la Porte.
  • Le mesme jour (26 avril 1684) mourut madame Trouillet âgée de 63 ans, femme de monsieur Trouillet conseiller honoraire au siège présidial de cette ville ; c’était une femme d’une vertu consommée ; elle était d’une grande taille et du bon air ; elle s’appellait Héard, fille de défunt monsieur Héard.
  • Le 27 (avril 1684) mourut monsieur de Lizières Margariteau, avocat au présidial de cette ville, d’apoplexie. On remarque que ses père et grand-père en sont morts. Le lendemain, il fut enterré dans l’église de St Pierre ; il était âgé de 53 ans. Il était de la ville de Montfaucon ; il a laissé 13 enfants et de grands biens ; sa femme est du Poitou, elle s’appelle Garciau.
  • Le mesme jour (27 avril 1684), monsieur Binet fils du sieur Binet marchand cirier, épousa la fille du sieur Lemaître marchand en gros et de Mademoiselle Baillif.
  • Le 4e jour de may (1684), messieurs de la Pinardière Bouteiller, fils de défunts monsieur de la Pinardière Bouteiller bourgeois et de Delle Doublard, et Berthelot marchand en détail et en magazin, furent esleus eschevins.
  • Le 4e (mai 1684) mourut monsieur Jean Toysonnier greffier à la prévosté de cette ville. Il est mort d’une maladie de langueur, âgé de 58 ans ; il n’a point laissé d’enfants. Il avait épousé Marie de Fontenelles Goupil. Il était frère de feu mon père.
  • Le 6 (mai 1684) fut lu et enregistré à l’audience du présidial l’édit du Roy portant que les officiers ne seront plus en robe boutonnée et ne seront couverts que d’habits modestes et ne porterons que des collets.
  • Le 8 (mai 1684) mourut madame Quin teinturière femme de monsieur Quin. Elle a laissé deux enfants ; elle est morte en couches, âgée de 28 ans ; elle s’appelait Cottereau.
  • Dans le mois d’avril passé (1684), monsieur du Bois de Maquilly gentilhomme épousa mademoiselle Sybille de la Buronière.
  • Dans le mesme temps (avril 1684) monsieur Gaudelière gentilhomme épousa mademoiselle La Musse.
  • Le 8 (mai 1684) mourut madame Caternault femme de monsieur Houssin. Elle était âgée de 32 ans ; elle est morte en couches.
  • Le 10 (mai 1684) mourut monsieur Subleau secrétaire du Roy, à sa terre de la Mauvoisinière, fils de feu Mr Subleau sergent proclamateur. Il a laissé à un seul enfant quarante mil livres de rente ; il avait fait cette grande fortune dans la charge de trésorier de la marine. Il est mort secrétaire du Roy ; il avait épousé Melle Séjourné. (nota en marge : Il n’est mort que le 4 juillet)
  • Le 17 (mai 1684) mourut monsieur Misaudeau secrétaire de Mr Louis Boyslesve lieutenant général.
  • Le 18 (mai 1684) mourut le sieur Girard bedault de Saint Maurice. Il a laissé un enfant et sa femme grosse, qui s’appelle Anne Belot fille du feu Sr Belot marchand de soye et de Marguerite Barbier.
  • Le 22 (mai 1684) mourut la femme du Sr Chouteau praticien secrétaire de monsieur de Crespy, procureur du Roy au présidial, âgée de 29 ans ; elle était grosse de quatre mois, on l’ouvrit, l’enfant était mort. On dit qu’elle était tombée de cheval depuis six semaines. Elle a laissé quatre petits enfants ; elle s’appelait Constance Rigault, fille du Sr Rigault hoste à Azé/Cré sur le chemin de Château-Gontier.
  • Le 23 (mai 1684) mourut la femme de feu Mr Thomas de Jonchère avocat au présidial procureur de l’hôtel de ville. Elle s’appelait Melle Hunault de Marsillé.
  • Le 24 (mai 1684) mourut monsieur de Marsillé Hunault cy-devant conseiller au présidial âgé de 63 ans. Il était fort gouteux ; voulant s’efforcer de marcher, il tomba dans un puits. Sa femme s’appelle Melle Bilard du Lyon d’Angers ; il a laissé trois enfants ; il était frère de Melle du Jonchère Thomas.
  • Le 25 (mai 1684) mourut subitement madame Chartier hôtesse du Pigeon.
  • Le 26 (mai 1684) mourut le sieur Perron tanneur. Il avait épousé la fille du feu Sr Dupré hoste de St Jean, faubourg St Michel.
  • Le 29 (mai 1684) monsieur Brouard plaida sa première cause
  • Le 30 (mai 1684) mourut la femme de defunt Mr Valtère, avocat au siège présidial de cette ville ; elle s’appelait Cécile Ménard
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
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    Contrat d’apprentissage de sabotier à Rablay (49), 1753

    pour René Chupin chez Jacques Nouteau.

    Nous poursuivons l’étude des contrats d’apprentissage. Je suis allée à la ligne lors des changements de sujet, alors que vous savez maintenant que les actes notariés ne vont jamais à la ligne et n’ont pas de ponctuation. J’ai voulu vous aider à mieux comprendre, aussi en ajoutant en italique mes commentaires.

    Archives Départementales du Maine et Loire, serie 5E. Voici la retranscription de l’acte : Le 18 janvier 1753 après midy par devant nous Charles Billault notaire royal à Angers résidant à Rablay, furent présents établis et soumis Jacques Nouteau sabotier demeurant au bourg de Rablay d’une part,
    et René Chupin garçon âgé de 19 ans ou environ demeurant à l’Ungillière? paroisse de Thouarcé d’autre part, (il est orphelin, et a un curateur qui apparaît ci-dessous. Il n’a donc n’a plus de père pour lui montrer son métier, comme nous le constatons dans la majorité de ces contrats. Par ailleurs cet acte précise l’âge de l’apprenti, ce qui est intéressant car peu souvent noté, mais plus on aura de telles mentions mieux on pourra se faire une idée réelle de l’apprentissage)
    lesquels dit Jacques Nouteau et René Chupin sont convenus du brevet d’apprentissage sous les clauses conditions et obligations suivantes, c’est à savoir que (le contrat d’apprentissage est ici appelé brevet, terme que je retrouve bien dans les dictionnaires anciens : On appelle Brevet d’apprentissage, Un Acte passé pardevant Notaire, par lequel un Apprenti & un Maître s’engagent réciproquement; l’Apprenti à apprendre un art ou un métier; & le Maître à le lui montrer pendant un certain temps, & à certaines conditions (Dictionnaire de L’Académie française, 4th Edition, 1762)
    ledit René Chupin est resté et demeuré en la maison dudit Nouteau en qualité de son apprentif (eh oui, autrefois il y avait un f final) en le métier de sabotier pour le temps et espace d’un an entier qui a commencé le 17 de ce mois et an et finira à pareil jour de l’année 1754 (cela n’est pas une longue durée, mais j’ai déjà mis un contrat de sabotier qui apprenait seulement 6 mois, c’est donc un métier vite appris)
    et ce par l’avis et consentement de François Hargoulon son curateur à personne et biens demeurant paroisse dudit Rablay à ce présent et acceptant pour ledit Chupin (voici la preuve que l’apprenti n’a plus ses parents)
    pendant lequel temps d’un an à compter dudit jour 17 de ce mois et an ledit Jacques Nouteau a promis et s’est obligé de loger ledit René Chupin apprentif fournir de lit nourrir à sa table le reblanchir, luy fournir de sabots pendant ledit temps d’un an, (en l’espace d’un an, j’ignore combien de paires de sabots on use, mais je gage qu’il s’agit là d’une unique paire de sabots)
    et luy donnera bon traitement et luy montrera sondit métier de sabotier en ce qui se poursuit et comporte savoir creuser bucher et parer et généralement tout ce qui est et dépend de sondit métier de sabotier en ce qu’il se poursuit et comporte,
    et est fait le présent brevet d’apprentissage pour et moyennant le prix et somme de 68 livres à deux termes égaux de chacun 34 livres dont le premier teme et payement de ladite somme de 34 livres commence audit jour 17 de ce mois et an que ledit Chupin s’est obligé sous l’autorité dudit Hargoulon son curateur à personne et biens, et de son consentement, donner audit Nouteau et le surplus montant à pareille somme de 34 livres ledit Hargoulon a promis et s’est obligé en son privé nom donner audit Nouteau dans le jour et fête de Magdeleine prochaine le tout à peine de toute perte dépens dommages et intérêts, (c’est une somme élevée pour un temps aussi court, preuve que la somme était toujours variable ou négociable. La sainte Madeleine est le 22 juillet, et ce terme de paiement n’est pas utilisé dans le Haut-Anjou, alors que je le rencontre dans le vignoble au sud d’Angers. Les termes sont toujours exprimés en fêtes religieuses, mais avec des variantes locales.)
    ce qui a été ainsi voulu consenty stipulé et accepté…
    fait et passé à Rablay en notre étude en présence et du consentement de René Lizée et Jacques Chupin ses cousins demeurant paroisse de Thouarcé et de François Liger maréchal et Jean Réthoré tisserand demeurant dite paroisse de Rablay témoins à ce requis et appelés, (on apprend une parenté au passage)
    toutes lesdites parties ont déclaré ne savoir signer de ce enquis. (ce qui atteste un milieu modeste)

    Je vous donne rendez-vous bientôt pour un autre contrat d’apprentissage… et si vous en avez, merci d’avoir la bonté de participer à l’enrichissement de cette base de données, afin que cette phase essentielle de la formation soit mieux connue car tous les ouvrages traitant d’enseignement autrefois laissent de côté ce contrat qui me semble important, et d’autant plus important qu’il semble avoir été le relais paternel pour les jeunes ayant perdu leur père, ce qui était autrefois fréquent.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    dispense matrimoniale par Gervais Saulou et Jeanne Aurillault, Bazouges (53)

    entre Pierre Saulou meunier de Bazouges et Jacquine Rabeau de Loigné (AD-49-G)

    Je continue les dispenses, même si elles ne passionnent pas tout le monde, car elles ne sont pas toutes pimentées, mais elle constitueront une importante base de données. Je les ai regroupées dans la catégorie MARIAGE, qu’il suffit de cliquer dans la colonne de droite de ce blog, pour avoir les billets pertinents, ou même si vous cherchez un nom ou un lieu de le tapper dans la fenêtre de recherche aussi à droite de ce billet.

    L’acte qui suit est extrait des Archives du Maine-et-Loire, série G. Voici la retranscription de l’acte : Le 28 novembre 1733, en vertu de la commission à nous adressée par monsieur l’abbé Boucault vicaire général de monseigneur l’évêque d’Angers en date du 25 du présent mois, signé J. J. Boucault et plus bas contresigné par le Sr Péan secrétaire, pour informer de l’empêchement qui se trouve au mariage que Pierre Saulou meunier de la paroisse de Bazouges et Jacquine Rabeau de la paroisse de Loigné (Laigné) veulent contracter, des raisons qu’ils ont de demander dispense de cet empêchement et du bien qu’ils peuvent avoir.
    Ont comparu devant nous Charles André d’Espinay commissaire soussigné, les parties, savoir
    ledit Pierre Saulou âgé de 24 ans accompagné de Renée Guillou sa mère, Marie Saulou sa tante de la paroisse de Bazouges, et Gervais Saulou de cette paroisse d’Azé,
    et ladite Jacquine Rabeau accompagnée de Pierre Rabeau son père de la paroisse de Loigné, de René Guyart son oncle de la paroisse de Bazouges, de Guillaume Rabeau son cousin de la paroisse de St Rhémy de cette ville, desquels serment pris de nous dire la vérité sur les faits dont ils seront enquis sur le rapport qu’ils nous ont fait et sur les éclaircissements qu’ils nous ont donnés, nous avons dressé leur généalogie comme il s’ensuit :

    de Gervais Saulou, souche, dont issus :

  • Gervais Saulou qui épousa Jeanne Rabeau – 1er degré – Renée Rabeau mariée à Jean Rabeau
  • Pierre Saulou marié à Renée Guilleu – 2e degré – Pierre Rabeau marié à Jacquine Malvert
  • Pierre Saulou qui veut épouser Jacquine Rabeau – 3e degré – Pierre Rabeau marié à Jacquine Gigon
  • – 4e degré – Jacquine Rabeau
  • Ainsi nous avons trouvé qu’il y a empêchement du 3e au 4e degré de consanguinité entre ledit Pierre Saulou et Jacquine Rabeau.
    A l’égard des raisons qu’ils sont pour demander dispense de cet empêchement, ils nous ont assuré s’être recherchés de bonne foi depuis longtemps et s’être mis par accord du consentement de leurs parents sans croire être parents au degré prohibé.
    Et comme les biens de Pierre Saulou n’exèdent pas la valeur de 50 livres et ceux de ladite Jacquine Rabeau celle de 300 livres, ils se trouvent hors d’état d’envoyer en cour de Rome pour obtenir dispense dudit empêchement.
    Ce qui nous a été affirmé par les parents cy dessus dénommés qui ne savent signer excepté Guillaume Rabeau soussigné. Fait et arrêté au presbytère d’Azé. Signé Guillaume Rabeau, d’Espinay curé d’Azé.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905 CHAPITRE VI RUE PRÉMION

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

  • Zut ! J’en ai assez… Charles, donne-moi une cigarette ?
  • Berthe s’allongea sur un canapé.
    L’atelier de Charles Delange avait subi une complète transformation. Les meubles en ordre, les tapis bien tendus, les plâtres époussetés, les vitres des fenêtres remplacés par de superbes vitraux allégoriques, les chevalets alignés, les tentures soigneusement installées, le perroquet gorgé des poussières du balayage, coi sur son perchoir fraîchement reverni. Charles, drapé dans une ample robe de chambre grenat, un bonnet turc sur ses cheveux, visitait pour la centième fois son temple d’artiste ; il rangeait de nouveau les pipes du ratelier, regardait encore si le pot à tabac avait le ventre bondé et si le petit crocodile en bronze bâillait pleinement ses allumettes. Berthe roula sa cigarette avec une dextérité remarquable et l’alluma aux tisons du foyer.

  • Malgré ton génie tu n’aurais jamais pu rendre ton atelier si coquet.
  • Le peintre joyeux vint s’asseoir près d’elle.

  • Oui, ma petite chatte d’or, tu es la fée de mon domaine. Tu auras un ticket d’honneur pour entrer au paradis des artistes.
  • Il passa sa main droite dans les cheveux dénoués de son amie baisant son front, ses sourcils.
    Elle était vêtue d’une longue robe blanche avec une ceinture en cuir de même couleur. Sa chevelure traînait comme un liquide d’or renversé le long du bras du canapé.
    Il la chatouillait de caresses dans la nuque, derrière l’oreille, sur la gorge à travers l’étoffe. Des désirs la picotaient ; elle s’agitait au cou du peintre.
    Le bonnet turc tomba sur le sol… et l’on sait ce qui serait arrivé sur le canapé moelleux aux fleurs roses quand deux coups de poings ébranlèrent violemment la porte.
    Ils se levèrent en sursaut.

  • Imbécile, s’écria Charles, je savais bien que j’avais oublié quelque chose… la sonnette, parbleu !
  • C’étaient Lolette et René.

  • Comment, ensemble… déjà ! s’exclama Berthe.
  • Nous nous sommes rencontrés par hasard dans l’escalier, expliqua Lolette.
  • René la regarda interloqué. Elle rougit.
    On arrangea les sièges. Le défilé commençait.
    Charmel, complet gris, serrant les mains à les briser ; Ormanne, maigre, deux méridionaux bavards. Belle et son inséparable Line, les deux gamines, habillées pareilles et qui riaient pour ne pas être sérieuses. Claire Vernant et Joséphine Bournier, une institutrice et une du téléphone. De Remirmont, tiré à quatre épingles, frais rasé, célèbre par ses saluts parabolants. Verneuil, roux, les cheveux baignés d’huile brillantine, l’air un peu stupide avec son monocle de difficile équilibre. Deux couples bras dessus bras dessous. Mussaud le sculpteur, gras gueulard et Marthe la Rouquine, sa maîtresse, grande fille qui grimaçait des réponses en signes compliqués des yeux et de la bouche ; Frayssère, étudiant en médecine, une grosse tête bonasse touffue de cheveu noirs frisés et hirsutes, avec son amie la blonde Mme Boucran en fuite du domicile conjugal, ayant semé ici et là deux ou trois enfants de pères inconnus, et pour le moment courbant sous son despotisme le faible et nouvel amant qu’elle suce de tout son coeur. Il la croyait fidèle ; elle l’était souvent.
    Trois autres à la queue leu-leu. En tête, un petit joufflu, sombre comme un pasteur protestant, sournois comme un rat d’égout que la lumière ébloui, frisant d’un geste sec sa frêle moustache noire : M. Gustave Monnès, auteur dramatique embryonnaire. Personne n’ignorait ses premiers essais en un acte, délayages d’idées auxquelles s’attachent les novices en quête d’originalité. Ils dormaient au fond d’un tiroir dans l’attente du sauveteur promis, le Moïse provincial désireux d’une renommée décentralisatrice dont le geste théatral imposera une miette de gloire au front du débutant prosterné humblement aux pieds de ce grand César tragédien, professeur d’un conservatoire succursale de Paris ! On le jouerait, chaque acteur aurait sa petite tirade à effet ; l’auteur viendrait sur la scène payer d’une risette sa claque d’un soir de chaleur communicative. Triomphe éphémère qu’une presse infidèle douchera d’un compte rendu passe-partout. Le dernier produit inconnu de Monnès était, disait-il, un fameux drame en cinq actes casé à l’Odéon. Papa Sardou, enfoncé ? Quant à Rostand, heu ! Il avouait un regret : « Sarah Bernhard seule est capable de rendre le véritable caractère de mon héroïne. » On gardait son sérieux, mais l’on songeait à la rêveuse Perrette de Lafontaine.
    Derrière lui venait Trémat, un gigantesque maigriot barbu, aux yeux gris malades se reposant à l’ombre de l’étoile en gestation de Monnès, étoile qui devait en son âme de croyant briller un jour au fronton du théâtre des triomphes. Puis Mondin, toujours élégant, toujours pressé, ardent directeur d’une revue bretonne, subventionnée de ducs et de marquis, devant conduire la Bretagne à son ère d’intelligence et d’indépendance nationales. Une revue parsemant aussi ses ailes naïves et coquettes sur toutes les tables de famille avec des concours de broderies et de poésies dont le jury bénin distribue aux lauréats timides des petites tapes d’encouragement et des sucreries roses aux vainqueurs. Une de ces petites revues de province qui vivote doucement dans un parfum spécial de tranquillité, de blancheur anodine, conservant loin du tam tam des « littéraire, artistique, théâtral » chers aux jeunes pourfendeurs de bourgeois la tradition d’art susceptible de réveiller parfois l’esthétique que n’a pas encore tuée tout à fait le « cochon qui sommeille. »
    Bruit de voix. Geray, laid, avec un tic qui lui tirait le cou. Léris de Montdieux, traînant deux défauts superficiels, une manière excentrique et baroque de s’habiller, l’autre de ne pas giffler les sots qui se moquaient de lui, et… une petite femme brune comme une chauve-souris, enguirlandée de fourrures.

  • Mes amis, dit Léris, je vous amène une étoile du ballet, Mlle Secacio, à qui j’apprends la langue française depuis quelques nuits sans succès.
  • La danseuse montra ses dents blanches et babilla une flottille de sons que personne ne comprit.
    Soigneusement son compagnon l’enfouit au fond d’une bergère.

  • Sommes-nous au complet ? demanda Delange.
  • Marguerite Renaud m’a promis de venir sitôt débarassée de son vieux, dit Claire Vernant.
  • Oh ! alors… les vieux sont pires que les chiens, maugré Charles.
  • Crampons et salauds, dirent ensemble du fond du cœur Belle et Line.
  • A cet aveu tous éclatèrent de rire, et les gamines sans se désappointer firent chorus.
    La danseuse étonnée interrogea Leris. Il dit oui de la tête sans comprendre. Elle pouffa se tortillant comme une anguille.

  • Ah ! mince, clama Belle, regardez donc la Bonifacio !
  • Quand le calme fut rétablit Charles commença :

  • Mesdames, Messieurs, nous sommes réunis en ce sanctuaire, non pour planter la crémaillère…
  • Ça fait des vers, remarqua Line.
  • Esprit et paix, les gosses, ou je vous flanque une fessée.
  • Oh ! faudrait voir, malin !… on se tait.
  • Non pour planter la crémaillère, il n’y en pas, non pour causer politique, car la politique est essentiellement le dépotoir réservé aux bourgeois afin qu’il puissent s’agiter à l’aise dans l’égout collecteur de leurs ambitions, non pour assister à quelque messe noire ou saturnale folichonne, au dire des vieilles filles radoteuses à la veillée quand le chat fait ronron, mais pour inaugurer de votre présence mon atelier si bien ordonné par Mlle Berthe, ma favorite.
  • Oh ! ce pacha !
  • Silence. Laissez-moi terminer mon laïus, vous baverez après à votre fantaisie.
  • Le peintre étendit les bras au-dessus de ses invités et s’écria d’un air inspiré : Invocation.

    O liberté, princesse inconnue des bourgeois, descends de ton refuge inaccessible, viens te reposer parmi nous, viens présider en mon cénacle dont murs ne sont pas souillés de la devise nationale, comme une insulte à ta beauté…

  • Amen, dit Marguerite qui entrait sans frapper. Pardon la compagnie… j’arrive en courant… mon vieux est parti… je suis toute essoufflée…
  • Pauvre chou I… viens te chauffer, dit Berthe.
  • Il pleut … il ne voulait pas s’en aller.
  • Quel est donc cet antique amoureux ? questionna Verneuil.
  • Lestique, le fabricant de chaussures de la rue des Arts.
  • Un divorcé, s’exclama René, un noir pas commode. Il habitait autrefois près de mes parents. On le connaissait, fort dans les Dervallières ; il battait sa femme, la traînait dans les massifs de rosiers où elle s’écorchait les mains et la figure… Il a trois ou quatre enfants… A son procès de divorce presque toutes les filles de son atelier déclarèrent avoir couché avec lui.
  • Il n’est pas méchant pourtant, plutôt hypocrite et pas gourmand sur l’amour… N’est-ce pas Claire ?
  • C’est vrai ! Nous logions ensemble. Quand il venait le lit n’était pas souvent défait.
  • Il se mettait à genoux et me prenait les mains. Il roucoulait :
  • Ma Marguerite chérie… ma mignonne… aimes tu ton petit Tatave — il s’appelle Gustave — veux tu l’aimer toujours tout seul….. tu seras heureuse avec moi… à mon âge on meurt en s’attachant… et patati… et patata.,
  • Elle mimait très drômatique, les scènes d’amour de son « michet ».
    Il m’a fait la cour pendant longtemps sans même avoir cà…— elle claqua son ongle sur ses dents – Il a casqué des bijoux, des robes, de l’argent. Quand il insistait je lui jetais ses bouquets par la tête. Il payait mes trois chambres… oui, trois, une pour mes amis, une pour mon amant, la dernière pour lui.
  • Maintenant tu habites chez lui.
  • Ç’à me plaisait d’avoir la même place que sa femme… il me promet le mariage.
  • Le même truc qu’avec Marie Le Jean, dit Belle. Elle travaillait dans ses bureaux nuit et jour pour lui éviter la faillite dans un moment de crise… Une honnête fille qui s’était laissé prendre à ses messes. Elle l’acceptait parce qu’elle avait une mère à soutenir… La fatigue l’a rendue malade et pendant ce temps-là il courait avec d’autres… Puis il l’a laissée dehors mourir de chagrin et de misère… Lui est toujours fier et riche. C’est lui qu’on salue bas dans la rue, elle, qu’on insulte, qu’on méprise… il a des voitures, des chevaux, elle est crevée comme un chien sans un sou… mais ce qu’il a, c’est une femme qui le lui a gagné, c’est un maquereau. S’il y avait de la Justice, on devrait le fiche à l’eau avec une pierre au cou.
  • Bien parlé, petite, dit René. Il manque à notre organisation sociale un tribunal devant lequel comparaîtraient les criminels que les lois égoïstes du tien et du mien ne peuvent atteindre. Il n’est pas moral que les voleurs d’âmes vivent impunément du produit de leur crapulerie. Ouvrez le code. Les juges punissent l’assassinat, le vol, le viol, l’empoisonnement, l’attentat à la pudeur, le faux, l’infanticide, les coups et blessures volontaires, les détournements de mineurs, les abus de confiance, que sais-je encore ? Et l’homme qui les commet tous à la fois peut cependant échapper à la censure nécessaire surtout en pareil cas. Voici la preuve. Lestique demande à la mère de Marie de prendre fille pour travailler à ses bureaux : abus de confiance… Par ses mensonges, il empoisonne son innocence, viole ses espérances les plus naturelles, et vole son honneur ; mensonges, faux en paroles, meurtre prémédité d’une virginité confiante. Il vit d’elle, vagabondage spécial, la jette ensuite à la voirie des prostituées. C’est l’étranglement final d’une existence humaine dont il s’est rassasié. Et je ne compte pas le honteux exemple que donne ce misérable affichant dans sa pelisse chaude la sérénité et la paix d’une conscience tranquille. C’est un monsieur riche ! L’or fait taire les indignés ; pas un de ses ouvriers n’ose lui cracher à la face son mépris ! A quoi bon d’ailleurs ? Ne sont-ils pas, ces infâmes, à l’abri des attaques derrière le paravent d’un rang social qui commande ! Les bourgeois savent se défendre. N’est pas construit encore que nous réserverions à la punition de leurs crimes silenciés : — une potence de Montfaucon.
  • Cette tirade mi-railleuse, mi-haineuse éploya du silence dans l’atelier. Les yeux se fixaient pensifs vers le foyer. Charles rompit le pénible froid.

  • Assez parlé de votre hibou en chaussures. Léris a bien quelque monologue gai dans son vieux sac d’élève du conservatoire.
  • Leris ne se faisait jamais prier. Il s’exécuta de bonne grâce ; la gaieté reprit son grésillet tintamarre.
    Berthe préparait avec l’aide de Belle et de Line la table surchargée de friandises et de liqueurs. La danseuse claqua de la langue.

  • Madame est gourmande sans doute, dit Line en faisant la courbette.
  • L’italienne courut l’embrasser. Geray chanta une mélodie. Musicien convaincu, il versait à flots une âme cristallisée dans la douceur harmonieuse de son rythme. Il pouvait devenir un artiste de génie s’il voulait, mais peureux de l’incertain, il traînait une simple existence de commis-voyageur, mêlant à sa vie banale quelques gouttes d’un élixir divin digne de Berlioz ou de Saint-Saens. Un concert s’organisa très vite. Charmel raconta une blague en patois provençal. Ormanne entonna une chansonnette du midi. Mussaud brailla une grivoiserie brutale. Chacune leur tour, ensemble, Claire, Marguerite et les autres dévidèrent leur répertoire folichon.
    Soudain le perroquet, tranquille jusqu’alors, se mit à hurler :

    Il est né le divin enfant,
    Chantez hautbois, résonnez musettes.

    On regarda. Line et Belle sortaient de la chambre du fond costumées en Amours, disaient-elles. A chaque épaule une aile d’oiseau volée à quelque malheureux modèle empaillé ; sur la tête une couronne de fleurs artificielles ; autour de leurs hanches un morceau de toile. Perclus parmi leurs cheveux flottants deux petits seins blancs émergeaient un bout de nez rose. On aurait dit des bébés de neige, le ventre insignifiant, les membres bien proportionnés. Elles étaient arrêtées devant Bigot un doigt dans la bouche, stupéfaites de leur audace, se regardant en côté une forte envie de rire.

  • Oh ! les folles, s’écrièrent les dames.
  • La danseuse battit un entrechat sur son fauteuil. Léris eut beaucoup de peine à l’empêcher d’en faire autant.

  • Des Amours délicieux, déclara René.
  • Quel toupet ! murmura Lolette en le regardant,
  • Et toi Charles, que penses-tu de l’idée ? cria Touffe d’or.
  • Originale… mais pas complète. Donne-leur l’aiguillère et l’amphore. Elles nous verseront le champagne. Cupidon et son frère servant le nectare à I’Olympe.
  • Le chahut s’accéléra. Les assiettes de gâteaux se vidaient comme des trous d’eau dans le sable des plages. Geray arpégeait sur le piano. Mussaud hurlait un refrain de café-concert. D’aucuns s’embrassaient. De Bemirmont chatouillait Claire qui se trémoussait, d’aise. Verneuil voulait cueillir les miettes qui pendaient aux lèvres de Joséphine. Monnès projetait des regards fascinateurs sur la danseuse de Léris. Une danseuse du théâtre, çà le tentait. N’aurait-ce été que la fille du concierge, c’était une entrée ? Il exultait. A un Moment d’accalmie il invita à la lecture du fameux drame en cinq actes reçu à l’Odéon. Trémat guérissait sa neurasthénie en regardant Frayssère bécoter sa maîtresse et l’appeler ma cotte cotte. Lolette et René formaient un couple plus calme à l’angle de la cheminée. Ils devisaient une joyeuse intimité. Elle croquait du bout des dents les bonbons que René lui tendait.
    Les bouchons de champagne sautèrent. Delange amena Line et Belle, l’une avec son amphore, l’autre avec son aiguillère. Elles doraient les coupes du flot mousseux. Pèlerinage difficile. On les chatouillait ; elles riaient trop. On les embrassait ; elles arrosaient les vêtements, les tapis. Quand ce fut fini, elles coururent se blottir sur les genoux de Charmel et d’Ormanne. « Tu sais, confiè¬rent-elles, si tu n’es pas sage, je m’en irai. »
    Charles porta le premier toast.

  • Peintres, sculpteurs, poëtes, musiciens, littérateurs, amoureuses et autres, cessez vos caresses indiscrètes ! Tendez vers moi une oreille attentive. Dans cinq minutes il serait trop tard ; vos yeux se bercent déjà de lueurs d’ivresses. Je ne blâme pas. L’ivresse est la poussière d’or qui enfante les molécules de l’art. Le beau n’est pas le vrai ; ce serait plutôt l’idéalisation d’une vision enfourchant le rêve au harnais compliqué des formes de la nature synthétique. Ainsi comprise la nature trouvera toujours place en mon atelier. Qu’il soit pour nous le phare de ralliement ou l’antre sibyllin circonscrit d’un Styx que nul bourgeois ne franchira jamais, où on causera silencieusement des maîtres et du génie, où l’on aiguisera les glaives du combat contre les Mécènes vaniteux de province. A notre persévérante amitié ! A notre triomphe ! A nos passions, veilleuses de la nuit près desquelles les doigts de nos cerveaux vont réchauffer leurs onglées ! A nos vices juvéniles, escalier unique du talent ! Malheur au vertueux, de cette vertu idiote préconisée par notre siècle enchristianisé, il n’est plus génial qu’en peignant les devantures des bouquinistes ou les grilles des tombeaux ! Dans le coeur du mal se recrute la foi qui illumine les vrais artistes. Ouvre la fenêtre, René, regarde s’il ne passe pas quelque pâle voyou, miséreux, apache, déserteur, appelle-les tous. Leur compagnie nous sera plus salutaire que l’ambiance des préjugés.
  • René avait ouvert la fenêtre. Un froid humide satura l’air chaud de la salle. Il pleuvait douillettement au dehors comme des caresses lasses de la sur la ville.

  • On ne peut rien voir, dit René.
  • Belle et Line claquaient des dents. On referma la fenêtre.

  • Tant pis, reprit Delange, portons un toast à tout le rancart de l’humanité qui gît au delà des barrières où se parquent les honnêtes gens. A la souffrance du maudit ! Aux souffreteux de l’inégalité ! Au tas gangreneux des marais infectés d’égoïsme au bord desquels se promène le groin glacial et repu des accapareurs de la liberté. A la résurrection future d’un soleil de fraternité écrasant de sa lumière les hibous serviles des innombrables religions ! A l’ère nouvelle ! l’artiste respecté, pouvant enseigner à la table du pauvre, débarrassé du sifflement jaloux des parvenus, l’alphabet du symbole de bonheur dont chaque lettre est une maille au filet invisible qui encercle l’homme à Dieu ! L’art ne doit plus être une fantaisie, mais un bélier agressif à l’assaut des vieux murs d’une époque émasculée. Jeunes.., ayant un cénacle… une ville à surprendre… débordants d’audaces irréfléchies… jetons notre caillou auprès de ceux de nos aînés. A notre tournoi, chevaliers assoiffés de chimères, contre les masses imbéciles,… en champ clos dans les artères brumeuses de Nantes !
  • La coupe de champagne en la main droite, Charles semblait le prophète transfiguré d’un avenir nouveau. Il avait croyance exagérée en l’accomplissement prochain de ses utopies. Il ne s’apercevait pas de l’obstacle formidable où butaient ses pas. Le pavé qui barre le chemin, ses faibles bras ne le rejetteront jamais dans le fossé. La lumière qui l’éblouit de l’autre côté de la haie ne brûlera pas ses cils inspirés. L’ange de David ne vient plus sur terre aider les nains à maîtriser les géants ; la fronde est distendue, les pierres sont de laine sur les cuirasses de l’ennemi.

  • A Nantes ! s’écria René avec élan. A notre ville au sol boueux ! A Nantes, qui se parchemine du râle de ses poitrinaires ! A Nantes dont le front est soucieux d’une angoisse terrible, peut-être le regret de sentir ses viscères se déchiqueter entre les mains des scoriques descendants d’un autrefois incompris ? A celle qui se voudrait vidée jusqu’à la moelle des vers qui la rongent et qui n’ont pas le cerveau assez large pour songer un peu de son histoire séculaire ! A Nantes la Brume multipliant le tourbillon mou de ses draperies tissées en gaze de pluies, en fils de nuages danseuse nonchalante des ombres et des silences aux frôlements lascifs sur les toitures lymphatiques, les murs goutteux, les rues tortueuses, les quais endeuillés des vapeurs du grand fleuve, l’hirsute abracadabrant de ses conservations et le multicolore de ses blanches nouveautés près des vieux rateliers où les archéologues mangent le foin de leur science piteuse et frigorifique ! Faire revivre ses membres ridés de notre audace ! A nous le souffle ardent de l’inspiration formida-ble qui consume la masse paresseuse des brouillards ! La faire jaillir vaporeuse comme une amante qu’on divinise ! Lui presser le coeur, en extraire les beautés incomprises, ployer les genoux devant le fougueux orchestre de ses missions secrètes ignorées des futiles ! Reine, on ne lui déniera pas son pouvoir de hantise égoïste… ; On s’enivrera de son empire ondoyeux. Se plonger dans la lutte ; son haleine glacer le feu de nos nerfs enthousiastes,.. et s’il faut succomber que ce soit à ses pieds avec la suprême oraison de fidélité et d’adulation !
  • Tour à tour chacun porta son toast. On eut dit qu’un pastiche du Bernard des Croisés avait surgi au-dessus d’eux, leur insufflant le pèlerinage sublime de la délivrance de leur ville hors la captivité des bourgeois. Les femmes mêlèrent leurs folies absurdes Le champagne troublait les têtes. La danseuse sauta sur la table, renversa les coupes, les bouteilles, et elle dansa, s’accompagnant d’une chanson gutturale espagnole ou italienne. A chaque mesure claquan des doigts, enlevant un morceau de ses habits. Bientôt elle fut nue ; sa danse devint effrénée ; elle gesticulait son ventre proéminent d’une façon ignoble ; ses seins ballonnaient. Non qu’elle fut laide ; elle avait même un charme brutal, celui de la chair où l’on devine des voluptés savantes.
    Monnès regardait de tous ses yeux.

  • Si l’on mettait le feu aux vêlements qui gisent à ses pieds, quel merveilleux tableau : La bacchante aux flammes, murmura Charles.
  • Mondin fila à l’anglaise et bientôt Marguerite. Line et Belle bâillaient.
    Monnès s’approcha de Léris.

  • Voulez-vous me la céder ce soir votre,.. amie ? Je crois que je suis pris.
  • Le coup de foudre.
  • J’en doutais jusqu’à aujourd’hui
  • Faites, cher ami. Je vous comprends.
  • Il Ia cueillit comme un papillon, fatiguée, tout en sueur. Elle s’habilla et ils partirent ensemble suivis du fidèle Trémat.
    Quand ils eurent disparu Léris ricana :

  • Il est amoureux d’une bohémienne. Ce pauvre Monnès se croit l’amant d’une actrice. C’est une de ces femmes qui font la danse du ventre sur la place Bretagne que j’ai raccrochée au passage. Il m’a demandé l’autorisation de l’emporter I Ce que je m’en moque !… Il s’en souviendra peut-être un peu trop du ballet !
  • Léris se frottait les mains heureux du tour joué à ce fat prétentieux.. Mussaud devenait tendre. Il pressait Frayssère sur son coeur l’appelant son frère son bien aimé. « Je te sculpterai nu demain acec des nichons gros comme le poing ». Frayssère bagayit : « Viens que je t’embrasse, mon vieux zozo ! »
    Leurs maîtresses les emmenèrent. Charmel et Ormanne prirent à califourchon sur leurs épaules les petites Line et Belle qui se mirent à brailler !

  • On joue au cheval… hue… hue… cocotte.
  • Remirmont avec Claire, Verneuil avec Joséphine, René avec Lolette suivaient, Léris et Geray fermaient la marche.
    Quelle tempête dans l’escalier ! Les voisins s’en plaignirent pendant un mois. D’aucuns se levèrent en chemise croyant à un incendie. Des têtes bonnet de coton apparaissaient aux portes et s’éclipsaient vite accablées d’injures terribles, de cris de guerre, de cris de mort. Ils hurlaient, réclamaient l’électricité, chantaient un de profundis. Les gamines donnaient des coups de poings dans les portes. Devant la loge du concierge ils entonnèrent en choeur un couplet farouche. Le pipelet ouvrit, mais devant la troupe menaçante n’eut pas le courage de ronchonner.
    La pluie qui glissait dense calma leur effervescence, les dipersa. Pas un seul n’avait le brave pépin si nécessaire à Nantes. Courbant le dos, serrés les uns contre les autres, ils s’enfuirent se protégeant de leur mieux.
    On entendait les voix de Line et de Belle criant sur les épaules de leurs cavaliers :

  • Ho… ha… cocotte… au trot … au galop.. hua… hue…!
  • René avait passé sa main autour de la taille de Lolette. Elle se laissait blottir contre lui et ils se couvraient ensemble de sa pèlerine. En montant la rue Mathelin Rodier, il lui dit à voix basse, très doucement :

  • Tu viens chez moi?
  • Sans lever les yeux, elle répondit simplement :

  • Oui.
  • La pluie dévidait toujours sa légende incompréhensible d’une voix de grand’mère qui n’a plus de dents pour les récits des pavanes du temps jadis.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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    Contrat de mariage Merit Bernier, Rablay (49), 1729

    avec habit de deuil prévu pour l’épouse si elle survit à son époux

    Tous les contrats sont écrits au kilomètre, sans alinéa, et sans ponctuation, c’est leur difficulté première. Alors, je vous présente un contrat de mariage en allant à la ligne à chaque fois que l’on change de sujet, et en vous mettant en italique et entre parenthèses, mon commentaire. Si vous avez d’autres questions, posez là dans les grilles de commentaires qui vous sont accessibles en ligne, ci-dessous.
    Les contrats ont presque toujours un rythme, immuable selon les provinces et droits coutumiers.
    Le contrat ci-après concerne une famille modeste, voire très modeste. En particulier la fille et sa mère ne possèdent que le strict minimum pour survivre, et il ressort de ce contrat que la mère aura du mal à aligner le peu qu’elle doit donner à sa fille en faveur de ce mariage.

    Voici la retranscription de l’acte : Le 10 février 1729 après midy, par devant nous Charles Billault Nre royal Angers résidant à Rablay, furent présents établis et soubmis Pierre Mérit métayer veuf de Jeanne Renou, Perrine Beguier veuve de Jacques Bernier et Catherine Bernier sa fille, Dt paroisse de Rablay, entre lesquelles dits Pierre Merit et Catherine Bernier a esté fait les traités et conventions de mariage qui suivent (introduction avec filiations, pas toujours données mais le plus souvent)
    c’est à savoir que lesdits Merit et Catherine Bernier du consentenent savoir ledit Merit de François Merit son frère, de Marie Lorine sa belle mère, et ladite Bernier du consentement de sa dite mère, de François Burgevin et Jean Morin ses beaux-frères, se sont mutuellement promis la foy de mariage et iceluy solemniser en face d’églize si tôt que l’un en sera pas l’autre requis, tout légitime empeschement cessant, (après cet engagement il est quasiement impossible de revenir en arrière, seuls de rares cas y sont parvenus. Ce point comporte souvent des collatéraux, toujours bons à prendre)
    auquel mariage entreront lesdits futurs conjoints avec tous et chacuns leurs droitz, (on attaque ici les clauses financières et les droits de chacun)
    ledit futur a déclaré avoir d’effets mobiliaires en meubles bestiaux et ensemancé pour sa part et portion, faisant moitié de sa communauté acquise entre luy et ladite Jeanne Renou, la somme de 300 L de laquelle somme il entrera en communauté celle de 100 L et le surplus montant 200 L tiendra nature de propre audit futur, en ces estocq et lignée, et à tous effets, (on ne donne pas toujours un chiffre pour les biens du futur, mais pour contre toujours un chiffre pour ce qui en entrera dans la communauté. Tous les contrats de mariage donnent ce dernier chiffre, qui est très important en droit. Ce chiffre ne semble pas un pourcentage des biens propres, et me semble plus un plancher. Enfin l’estoc ne doit pas vous faire peur, c’est la même chose que la lignée)
    et ladite Perrine Beguier veuve Bernier a promis et par ces présentes promet et s’oblige donner à ladite future sa sille en avancement de droit successif la somme de 100 L à 2 termes savoir 50 L à Noël prochain, et 50 L en un an, de laquelle somme il en entrera en communaulté, qui sera acquise entre lesdites parties dans le jour de la bénédiction nuptiale, celle de 50 L et le surplus, montant pareille somme tiendra nature de propre à ladite future de son côté et lignée à tous effets,
    à laquelle communaulté pourront ladite future elle ses hoirs renoncer toutte foy et quante à ce faisant reprendront franchement et quittement ce qu’ils justifieront qu’elle y aura aporter préférablement à tous créanciers, ensemble ses habits linge bague et joyaux, et autres hardes servant à son usage, (en fait de joyaux, c’est une phrase systématique, écrite même s’il n’y en a pas, comme c’est surement le cas présent… Mais, on ne sait jamais, ils pourraient faire fortune...)
    les debtes qui seront créées pendant ladite communaulté seront acquittées par ledit futur nonobstant que ladite future y fut obligée,
    et celles qui seront créées auparavant icelle seront acquitté par celui ou celle qui les aura créées, sans qu’elles puissent entrer en ladite communauté,
    et pour cas qu’il soit vendu ou aliéné des biens propres desdits futurs, ils en seront récompensés sur les biens de ladite communaulté, ladite future par préférence aura défault sur les biens dudit futur, (si un bien propre de Mr ou de Mme est vendu, l’argent n’en rentre pas dans la communauté, mais dans un autre bien propre)
    les successions tant directes que collatérales qui échoieront auxdits futurs tiendront nature de propre à celuy ou celle à qui elles échoiront, sans qu’elles puissent entrer en ladite communaulté, (ce dont ils hériteront de leurs proches reste bien propre et n’entre jamais dans la communauté. D’ailleurs s’ils meurent sans enfants ces biens reviennent aux collatéraux, avec la moitié des biens de la communauté)
    et a ledit futur assigné et assigne par ces présentes douaire coutumier à ladite future, sur tous et chacuns ses biens le cas avenant, (le douaire, aliàs dotation de la veuve, est souvent coutumier et la coutume variable d’une province à l’autre, mais il arrive que le douaire soit particulier et déroge à la coutume, car la future a obtenu encore plus lors de ce contrat)
    et aura ladite future un habit de deuil selon sa condition survivant ledit futur, (clause que je rencontre pour la première fois, car elle est inexistante en Haut-Anjou. Elle nous apprend, ce que j’ai vu quand j’était enfant, qu’on portait autrefois plus le dueil que de nos jours)
    et à l’égard de l’autre moitié des meubles et effets de la communaulté dudit Merit et de ladite Jeanne Renou, montant pareille somme de 300 L qui appartient à Jeanne Merit sa fille et de ladite déffunte, âgée de 2 ans environ, l’estimation qui en a esté fait faire par Louis Renou métayer grand père de ladite mineure Dt à Rablay, et François Renou vigneron oncle de la mère de ladite mineure Dt paroisse de Chanzeaux, à ce présents établis et soubmis par personne… ledit Pierre Merit déduction faire des debtes de ladite communaulté si bien qu’il revient à Jeanne Merit mineure pour la moitié des effets mobiliaires de la communauté de ladite Jeanne Merit (sic, mais surement une erreur) sa mère la somme de 300 L que ledit Pierre Merit promet et s’oblige payer et bailler à ladite Jeanne Merit sa fille quante elle aura atteint l’âge de majorité de la bien traiter entretenir nourrir et gouverner jusqu’à l’âge de 14 ans pour l’intérest de ladite somme et après ledit âge de 14 ans accomplis ledit Pierre Merit s’oblige payer l’intérest de ladite somme de 300 L à ladite Jeanne Merit sa fille au denier 20 jusque à parfait payement d’icelle (l’enfant ne sera nourri que jusqu’à ses 14 ans, puis manifestement sera placée domestique ailleurs, par contre sa part, toujours préservée, comme cela est redit dans ce contrat, ne lui sera accessible qu’à ses 25 ans, âge de sa majorité, à moins qu’elle ne se marie avant, auquel cas elle pouvait généralement la toucher.)
    ce qui a esté ainsy voulu consenty stipulé et accepté, s’obligent lesdites parties leurs hoirs … (ritournelle dans tous les contrats, avec des variantes, pour dire que tout le monde est d’accord)
    fait et passé au village de la Roche paroisse dudit Rablay demeure dudit Jean Morin présents Etienne Coeurderoy, vigneron, cousin de ladite future et Me Anthoine Debrye chevalier seigneur de Doué Dt paroisse de Rablay témoins,
    lesdits futurs, Louis et François les Renou, Jean Morin, François Merit et Marie Lorine ont déclaré ne savoir signer de ce enquis. Signé : de Brie, E. Coeurderoy, Billault (toujours intéressant de découvrir le niveau d’alphabétisation, ici peu élevé. Les signatures, quand elles existent permettent aussi des identifications par recoupement ultérieurs avec d’autres actes, car ils signent toujours en ordre, futur, future, parents, oncles, tantes, cousins etc…)

    Si vous avez des questions concernant le vocabulaire ou le droit, posez-les et je ferai un prochain contrat avec les réponses.

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