Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714 (fin 1685)

1685 : juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre

Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 3 juillet (1685) monsieur Bernard fils de monsieur Bernard conseiller honoraire au siège présidial de cette ville et de la dame Audouin se fit installer en la charge de conseiller audit siège possédée cy-devant par Mr de la Blanchardière Audouin qui l’a vendue à cause de sa surdité.
  • Le 7 (juillet 1685) mourut monsieur Martineau sieur de Princé mari de la dame de la Lande, fille de feu monsieur La Lande prévost d’Anjou. Il a laissé plusieurs enfants ; Mr Martineau archidiacre, un autre chanoine en l’église d’Angers et Mr Martineau maître des comptes en Bretagne.
  • Le 8 (juillet 1685) mourut monsieur Milon, fils de feu monsieur Milon assesseur au présidial de Tours, contrôleur à la Pointe ; sa commission lui valait plus de 2 000 livres de rente. Il avait épousé en premier mariage la fille de la dame Gillot d’une condition fort médiocre dont il a un garçon et une fille et en secondes noces la demoiselle Briand veuve du sieur Marest du pays de Laval, dont il n’y a point d’enfants ; il était âgé de 45 ans. (la Pointe est le poste de gabelles de Bouchemaine, le plus important d’Anjou, sur la Loire où les bateaux chargés de sel remontaient depuis les salorges de Nantes)
  • Le 11 (juillet 1685) sur les 4 heures du matin, un homme fut assassiné dans le bois du Fouilloux sur le chemin de cette ville à Serrant.
  • Le 13 (juillet 1685) mourut monsieur de Chevreue gentilhomme âgé de 70 ans. Il a laissé plusieurs enfants, un prieur curé de Tiercé, un autre curé de Corzé, un autre cy-devant capitaine au régiement de … a épousé la fille de Mr Bodin sieur de Logerie, qui avait esté longtemps capitaine et gouverneur du Château Trompette à Bordeaux, et de la dame Toublanc. Sa femme s’appelait Sicault.
  • Le 20 (juillet 1685) monsieur Grimaudet épousa mademoiselle de la Chausseraye Bérault. Il est frère de monsieur Grimaudet et de la dame veuve Mr Chauvel sieur de la Boulaye, procureur du Roy au présidial de cette ville. Il était bénéficier avant ce mariage.
  • Le 30 (juillet 1685) le sieur Pottier, cy-devant praticien au palais, se fit recevoir à la charge de huissier audiencier au siège présidial que possédait cy-devant le Sr Richard.
  • Le mesme jour (juillet 1685) mourut la femme de monsieur Méguion ; elle était d’une taille prodigieusement grosse ; elle a laissé plusieurs enfants ; une fille a épousé feu monsieur de Crespy Sr de Chauvigné dont elle a des enfants ; il se blessa à la chasse d’un coup de fusil dont il mourut quelques jours après. Elle s’appelait …
  • Le 9 août (1685) mourut monsieur Poisson âgé de 73 ans, doyen de notre compagnie. Il y avait 47 ans qu’il était avocat. Il a laissé plusieurs enfants, monsieur Poisson avocat au Conseil, Mr Poisson chanoine régulier, prieur curé de Trélazé, une fille qui a épousé monsieur Jamet aussy avocat, et une autre Mr Lejeune de la Grandmaison. Il fut enterré le lendemain à St Maurice.
  • Dans ce temps, Mr Boylesve, fils de Mr Boylesve lieutenant général et de la dame Lechat prit possession de la chanoinie de St Maurice que lui résigna son frère aîné.
  • Le 13 (août 1685) mourut monsieur Jolly
  • Le 27 (août 1685) mourut monsieur l’abbé de la Grue Gilles, fils de défunt monsieur Gilles de la Grue et de la dame Chotard.
  • Le 30 (août 1685) monsieur Louët sieur des Longschamps conseiller au siège présidial de cette ville, fils de monsieur Louët cy-devant lieutenant particulier audit siège et de la défunte dame Serezin, épousa la fille du sieur des Varannes Blouin.
  • Le 31 (août 1685) monsieur Boylesve Goismard fut installé en la charge de conseiller au siège présidial de cette ville possédée cy-devant par monsieur Artaud prêtre archidiacre de l’Eglise.
  • Les 5, 6 et 7 septembre (1685) on démolit le temple de Sorge, qui servait depuis longtemps à l’exercixe de la religion des huguenots prétendue réformée, ce qui fut ordonné par arrest du parlement confirmatif de la sentence de ce présidial.
  • Le 9 (septembre 1685) mourut le sieur Oger praticien au siège présidial de cette ville.
  • Le 10 (septembre 1685) mourut mademoiselle Paulmier veuve de feu Paulmier avocat ; elle s’appelait Verdier.
  • Le 6 (octobre 1685) mourut la femme de monsieur Artaud bourgeois ; elle s’appelait Magdelaine de La Lande ; elle était de la ville de La Flèche.
  • Le 8 (octobre 1685) le sieur de la Lucière Simon, frère de Mr de la Benardaie Simon seigneur d’un fief dépendant de sa maison de campagne proche Candé, était allé à la chasse avec son valet, et ayant rencontré le fils de Mr François Leroyer, avocat, avec son frère âgé de 19 ans, aussi seigneur d’un fief joignant celui de Mr de la Lucière, les uns et les autres fort jaloux de la chasse se demandèrent l’arme en s’approchant leurs fusils bandés. Le cadet Leroyer tira son coup sur le Sr de la Lucière qu’il tua ; son valet pour venger sur le champ la mort de son maître tira aussy son coup sur ledit cadet Leroyer et le tua. Le Sr de la Lucière a épousé la Delle Testard qu’il a laissé chargée de cinq enfants. (cet épisode est hyper connu et déjà plusieurs fois sur mon site)
  • Le 11 (octobre 1685) monsieur Lemestre de Monsabert cy-devant conseiller an parlement mourut en sa terre de Monsabert âgé de 60 ans. Il avait la dame Sérézin fille du feu Sérézin notaire en cette ville, laquelle a pour frère Mr Serezin cy-devant président en l’élection de cette ville, et pour sœur la dame de la Cochetière Deniau, dont le mari est conseiller au Parlement de Bretagne. Leur père leur donna en mariage à chacun cinquante mil escus. Ledit Sr de Monsabert a marié sa fille à Mr … aussy conseiller au Parlement de Paris.
  • Le 15 (octobre 1685) mourut monsieur de la Fourrerie Ganches bourgeois et fut enterré dans l’église de Villevesque, âgé de 58 ans.
  • Le mesme jour (15 obobre 1685) mourut monsieur Herbereau des Cheminaux Sr de St Léonard. Il avait épousé en premières noces mademoiselle Augeard dont il y a des enfants, et en secondes noces Melle …
  • Le 22 (octobre 1685) mourut la fille de Mr Touchaleaume et de la défunte dame … Elle a épousé monsieur Provost strong>bourgeois, dont elle a laissé des enfants ; elle est morte de langueur ; elle était malade il y a onze ans.
  • Le 23 (octobre 1685) mourut la femme de monsieur de Villenières Bault ; elle était fille de défunt Mr Angot orfèvre en cette ville ; elle a laissé neuf enfants.
  • Le 25 (octobre 1685) mourut monsieur Aubert marchand de draps de soye. Il avait épousé en premières noces la dame Cordon, dont il n’y a point d’enfants et en secondes noces la fille de Mr Fortin aussy marchand.
  • Le 3 novembre (1685) mourut le sieur Mauriveau, âgé de 68 ans.
  • Le 10 (novembre 1685) mourut le sieur Gilbert de Pontchâteau commis juré au greffe du siège présidial de cette ville. Il était âgé de 60 ans.
  • Le 18 (novembre 1685) mourut la veuve du feu sieur Coutard, commis juré au greffe du siège présidial de cette ville, âgée de 83 ans ; elle s’appelait Augeard ; elle a laissé deux enfants, Mr Coutard sieur de Bourné avocat, et une fille mariée au sieur Beguier dont il y a trois enfants. Ledit Sr Beguyer remarié à la demoiselle Chenouvrier.
  • Le 20 (novembre 1685) mourut monsieur Elye sieur des Roches, conseiller honoraire au siège de la prévosté, conseiller et échevin perpétuel de l’hôtel de cette ville, mari de feu demoiselle Brouard du Marais sa 1ere épouse. Il était fort puissant de taille. Il a laissé plusieurs enfants. L’aîné a épouse Melle des Mazières, un autre la feue Delle Millecent. Il est mort d’apoplexie et de létargie. Il a été enterré à St Maurille.
  • Le 25, 27 et 30, il arriva en cette ville seize hommes du régiment d’Alsace pour y passer leur quartier d’hyver. Ils sont allemands et presque tous Lutériens. Ils ne sont point à la charge de la ville ; le bourgeois leur fournit seulement les ustencilles ; le Roy leur donne six soux par jour, mais comme ils sont ivrognes et que dans cet état ils sont extrêmement incommodes et que sur leurs six sous leur capitaine prend un sou six deniers, on aime mieux prendre leur peu d’argent et les nourrir, cela les engage de vivre avec plus d’honneur. La plupart des bourgeois en agissent de cette manière ; ce sont de ces soldats qui travaillent à ce canal depuis Chartres jusques à Versailles. Comme ce grand ouvrage ne finira pas si tost, il y a apparence que nous les verrons pendants plusieurs années. Les veuves et filles servent d’aydes aux pauvres gens ; elles ont de 2, 4 et 5 sous.
  • Le 25 (novembre 1685) Mr Joulain, prêtre, frère d’un curé près de Saumur, fut tiré d’une perrière proche cette ville où apparemment il était tombé par malheur depuis plusieurs jours ; il n’y avait aucune marque qu’on lui eut fait de violence.
  • Le 7 décembre (1685) le fils de Mr Leroyer avocat, mari de la fille de Mr de la Grange Gault, aussy avocat, fut pendu par effigie et exposé au pilori le mesme jour pour avoir tué le sieur Simon de la Lucière dans cet assassinat arrivé le 8 du mois d’octobre dernier.
  • Le 14 (décembre 1685) mourut la veuve de feu monsieur Bodin Sr de Logerie qui avait été longtemps capitaine et gouverneur du château trompette à Bordeaux. Elle s’appelait Toublanc, âgée de 57 ans ; elle a laissé deux filles dont la cadette a épousé Mr de Chevreux gentilhomme.
  • Le 12 (décembre 1685) mourut la fille de feu Me Phelipeau avocat et de la Delle Blouin. Cette fille avait du mérite extrêmement ; elle était religieuse hospitalière, âgée de 28 ans ; elle est morte pulmonique.
  • Le 13 (décembre 1685) mourut monsieur Maugin prêtre âgé de 49 ans ; on l’appelait le Doyen des vicaires ; il chantait fort bien et était d’une humeur agréable et enjouée.
  • Le 20 (décembre 1685) mourut la femme de feu monsieur du Temple Erreau, docteur régent en droit et conseiller au siège de la prévôté ; elle s’appelait Verdier sœur de Mr Verdier conseiller honoraire au siège présidial de cette ville, docteur régent du droit français ; elle était âgée de 68 ans. Elle a laissé 7 garçons, l’aîné est avocat général en la chambre des Comptes de Bretagne, et est veuf de la dame de Vignieux qui luy a laissé 4 enfants ; il s’appelle Mr de Bertignole Erreau ; Le 2e est Mr de la Simonière Erreau conseiller au siège présidial de cette ville et a épousé la dame Garsenlan ; le 3e est Mr de Chanzeaux Erreau aussy conseiller audit siège et a épousé la dame de la Lande Bridon, dont la sœur a épousé Mr Paytrineau cy-devant présidant au siège de la prévôté de cette ville ; le 4e encore garçon.
  • Le 21 (décembre 1685) le sieur Malville, un des greffiers en chef au siège présidial de cette ville épousa une des filles de feu Mr Romain avocat et de feue demoiselle Joubert de la Vacherie ; ce mariage a été désapprouvé de toute la famille de la fille pour des raisons d’intérêt.
  • Dans ce temps, le Roy envoya un ordre pour obliger les Huguenots de cette ville de faire abjuration comme dans les autres villes de ce royaume. On envoya dans leurs maisons un grand nombre de soldats du régiment d’Alsace pour y vivre à discrétion ; leur grande dépense les força tous d’embrasser notre religion dans ce moment. Dieu veuille que ce soit pour la gloire.
  • Il y eut en même temps dans la paroisse de Chatelaye vers la ville de Château-Gontier, un loup enragé qui dévora dix personnes et en mordit plus de trente.
  • Dans ce mesme temps, les affaires du sieur Coignard éclatèrent ; il disparut aussitôt. On dit qu’il a fait banqueroute de plus de 60 000 livres ; il a fort trompé, on le croyait riche et accomodé. Il avait été cy-devant hôte de la maison où pend pour enseigne un Griphon rue de la Poissonnerie.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Contrat d’apprentissage de couvreur d’ardoise à St Mars la Jaille (44), 1693

    pour Charles Chauvière de Freigné (49) chez Jean Beuriau

    Je poursuis pour vous l’étude de l’apprentissage, et je fais amicalement remarquer qu’on pourra ainsi mieux appréhender le coût de la formation de beaucoup de métiers manuels.
    Il s’avère que le coût est nul lorsque c’est le père qui montre à son fils, mais que l’apprentissage est utilisé lorsque le père n’est plus là, ou lorsqu’il a trop de fils, ou lorsqu’un jeune n’ayant pas l’atelier d’un père disparu, souhaite envisager un autre métier qu’il a les moyens d’apprendre grâce au petit pécule dont il a hérité.
    Il s’avère également que la somme payée est négociable, mais j’attire votre attention sur ma page APPRENTISSAGE, qui vous donne désormais une idée du coût d’un apprentissage lorsque papa n’est plus là. J’insiste sur cette page, qui vous permettra d’appréhender le coût de la vie à l’époque, car je suis personnellement opposée à la conversion de la monnaie d’époque en euros actuels, puisque la valeur des choses, et les choses nécessaires, et le moyen de se les procurer, ont totalement changé.
    Ainsi, de nos jours l’apprentissage n’a plus le même financement du tout avec notre notion de l’enseigment gratuit. Vous voyez bien qu’on ne peut rien comparer, et qu’on ne doit donc rien comparer en euros.
    Le couvreur d’ardoise est répandu en Anjou et Bas-Maine, pays de mines bleues (ardoise). C’est la couverture utilisée sur toutes les maisons, même les granges et étables, et j’ai plus rarement rencontré un autre toît, et quand cela est, c’est la porcherie ou autre petite dépendance.
    Le couvreur d’ardoise est un artisan indépendant et on découvre dans ce contrat qu’il fait aussi ses petites cultures les jours où il n’a pas de maison à couvrir, ce qui est à la fois autosuffisance et revenu complémentaire.

    Le 29 juin 1693 avant midy, devant nous François Guilbaud notaire de la baronnie de Candé ont esté présents établis soumis et obligés sous ladite cour Jean Beuriau couvreur d’ardoises demeurant aux Basses Places paroisse de Saint Mars la Jaille province de Bretagne, et Charles Chauvière demeurant à la Pugle assisté et autorisé de Suzanne Joubert sa mère demeurant ensemble à la Pucle paroisse de Freigné aussy à ce présente et acceptante établie et soumise et obligée sous ladite cour (l’acte est passé dans la province d’Anjou, et il est important pour le notaire, qui n’est d’ailleurs pas un notaire royal mais un notaire seigneurial de la baronnie de Candé, de faire accepter la cour de la baronnie de Candé par le breton, qui lui, relève d’une autre juridiction)
    entre lesquels a été fait ce qui suit qui est que ledit Beuriau promet et s’oblige montrer et enseigner à son possible le métier de couvreur d’ardoise de maisons audit Chauvière pendant le temps de vingt mois de temps à commencer lundy prochain 6 juillet aussi prochain
    pendant lequel temps ledit Beuriau nourrira ledit Chauvière luy fournira de lit, logera, et fera blanchir son linge
    et pendant ledit temps ledit Chauvière demeure tenu de rester chez ledit Beuriau et luy obéir en ce qui est dudit mestier
    et si ledit Beuriau travaille quelques journées pendant ledit temps à cultiver les terres du lieu où il demeure, ledit Chauviré y travaillera comme luy. (généralement dans ces métiers on loue une petite closerie ou autre maison avec quelques terres, et on se nourrit des fruits de sa propre culture. Par ailleurs, le couvreur d’ardoise ne doit pas avoir tous les jours du travail de couvreur… donc s’occupe autrement)
    Le présent marché fait pour la somme de 24 livres de laquelle ledit Chauviré en payera la moitié en entrant et trente sols pour denier à Dieu et l’autre moitié de la somme au bout de 10 mois moitié dudit temps. (Denier à Dieu : ce qu’on donne pour arrhes d’un marché. (Dictionnaire de L’Académie française, 1st Edition, 1694))
    Ce que les parties ont ainsi voulu consenty stipulé et accepté à ce tenir faire et accomplir à quoy s’y obligent et leurs biens présents et avenir lesdits Chauvière et Joubert solidairement un seul et pour le tout sans division de personnes ni de biens renonçant etc dont etc consenty etc
    passé audit Candé maison d’honorable homme Antoine Goupil marchand présent Me François Guyon greffier demeurant audit Candé et Pierre Binault sergent demeurant au bourg de Freigné, témoins, ont lesdites parties dit ne scavoir signer enquises, et délivreront lesdits Chauvière et Joubert à leurs frais grosse et copie des présentes audit Beuriau dans un mois. Signé Gouin Binault Guilbaud Guyon

  • Le prochain contrat d’apprentissage concernera un tonnelier
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    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714 (début 1685)

    1685 : janvier, février, mars, avril, mai, juin

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 2 janvier 1685, monsieur Grimaudet de la Croiserie, veuf de feüe Melle de La Forest d’Armaillé, duquel mariage il y a une fille, épousa en secondes noces mademoiselle Verdier fille de monsieur Verdier, conseiller honnoraire au siège présidial, docteur régent de droit français, et de dame Dodier. Il est fils de Mr Grimaudet et de feue dame Boylesve sœur de feu Mr Boylesve de la Maurousière.
  • Le 4 (janvier 1685) mourut le sieur Rousseau chirurgien au faubourg de St Michel. Il a laissé 4 petits enfants.
  • Le 6 (janvier 1685) mourut la femme de feu Mr de la Roussardière de Roüillon gentilhomme. Elle était âgée de 78 ans ; elle s’appelait madame d’Héliand.
  • Le 10 (janvier 1685) le fils de Mr Berthelot cy-devant auditeur des Comptes en Bretagne épousa la fille de feu Mr Chotard de la Sablonnière et de demoiselle Chevrollier.
  • Le 16 (janvier 1685) monsieur Cebron Sr de la Vilette, fils de feu Mr de la Vilette Cesbron, et de dame de St Hénys, épousa la fille de feu Mr des Gaudrais Trochon cy-devant marchand de draps de soye et de demoiselle de la Bouillière Besnard.
  • Le 22 (janvier 1685) monsieur de l’Épinay Lemarié, conseiller au siège présidial de cette ville, fils de monsieur Lemarié, cy-devant conseiller audit siège, et à présent sénéchal de Beaufort, épousa madame Trouillet de l’Echasserie, veuve de feu Mr Trouillet de l’Echasserie, duquel mariage il y a une fille ; elle s’appelle Briand, fille d’un pauvre laboureur de campagne ; elle doit sa fortune à monsieur Briand, intendant de la maison des Dames princesses de Carignan, son oncle, qui lui a fait de grands avantages.
  • Le 18 (janvier 1685) mourut monsieur Charlet notaire ; il avait épousé … ; il a laissé plusieurs enfants.
  • Le 23 (janvier 1685) mourut monsieur Neveu Sr de Pouancé ; il avait été cy-devant assesseur au siège présidial de cette ville. Il avait épousé madame Ogeron dont il y a plusieurs enfants, un fils conseiller au Parlement de Bretagne, une fille veuve de monsieur Crespin de la Chabosselaye, gentilhomme, et plusieurs religieuses ; il était âgé de 70 ans.
  • Le 27 (janvier 1685) monsieur Grimaudet cadet, fils de Mr Grimaudet et de défunte dame Boylesve, épousa la fille de Mr Rrouillet conseiller honoraire au siège présidial et prêtre depuis quelques mois, et de feu madame Héard.
  • Le mesme jour (27 janvier 1685) mourut la femme de défunt Mr Rousseau Me apothicaire ; elle s’appelait du Houx.
  • Le 30 (janvier 1685) mourut la femme de feu Mr Bardin âgée de 98 ans ; elle s’appelait Hernault ; elle n’a point laissé d’enfants.
  • Le 1er jour de février (1685) monsieur Gilles chevalier sieur de la Grüe, gentilhomme, fils de feu monsieur Gilles Sr de la Grue et de défunte madame Chotard épousa la fille de feu monsieur Eveillard président de la prévosté et de la dame Avril. (je connais des Gilles de la Rue, qui ne sont pas gentishommes, et je suis perplexe ! J’en descends par les Trochon.)
  • Le mesme jour (1er février 1685) le sieur Aubert cy-devant marchand en soye, veuf de madame Cordon, épousa la fille de monsieur Fortin aussy marchand en soye et de madame …
  • Le 6 février (1685) Mr de la Naüe Maunoir, fils de défunts Mr Maunoir Me perreyeur et de Delle Doublard, épousa la fille de défunts Mr Guesdes clerc de palais et de la Delle Chaussée.
  • Le 10 (février 1685) monsieur de la Bouchetière Aubin, avocat, se fit installer en la charge de substitut de monsieur le procureur du Roy possédée cy-devant par monsieur Hamelin.
  • Le 12 (février 1685) monsieur Lefort avocat au siège présidial de cette ville, fils de feu Mr Lefort greffier en l’élection et de madame … épousa la fille de feu Mr Berthelot marchand de bétail demeurant à Longué et de madame …
  • Le 14 (février 1685) monsieur de Louzil Avril se fit installer en la charge de conseiller au siège présidial possédée par Mr Dupont sieur d’Auville.
  • Ce mesme jour (14 février 1685) Mr Tripier écuyer Sr de Beauverger épousa la fille de feu Mr Doublard bourgeois et de Delle Suzanne Gasté. Mr Lebreton, avocat, a aussy épousé une de ses sœurs, Mlle Doublard.
  • Ce mesme jour (14 février 1685) mourut le Sr Pelletier Sr de Terrière, Me chirurgien. Il avait fait abjuration de la religion prétendue réformée depuis trois ans ; sa femme extrêmement opiniastre fut tellement touchée des circonstantes chrétiennes de sa fin, qu’elle fit aussy abjuration deux jours après sa mort.
  • Le 14 (février 1685) monsieur Trouillet conseiller au siège présidial se fit installer dans la charge de lieutenant particulier possédée par monsieur Louët.
  • Le 20 (février 1685) monsieur Cadotz, avocat, fils du défunt sieur Cadotz surnommé la foudre du palais, épousa la fille de monsieur Hunault médecin et de mademoiselle Jurois.
  • Le mesme jour (20 février 1685) on a commencé à démolir le temple des Huguenots de Saumur.
  • Le 27 (février 1685) monsieur Doublard avocat fils de monsieur Doublard cy-devant marchand droguiste et de la défunte dame Delorme épousa la fille des défunts Sr Ponceau clerc de palais et de la dame …
  • Le 28 (février 1685) le fils de Mr Brondeau de la Gaulerie bourgeois et de la du Brossé Minée, épousa la fille de Mr Gasté avocat et de la Delle Boutin.
  • Le 1er mars (1685) le fils de monsieur de la Brunetière Deroye et de la dame Verdier épousa mademoiselle du Riveau.
  • Le 6 (mars 1685) monsieur Ducerne notaire veuf de madame Lemasson, duquel mariage il y a une fille, épousa la fille du feu Sr Tremblay et de la dame…
  • Le 9 (mars 1685) monsieur Loüet fils de monsieur Loüet cy-devant lieutenant particulier au siège présidial et de défunte madame Serezin fille du feu Sr Serezin notaire, se fit installer en la charge de conseiller au siège possédée cy-devant par Mr Trouillet à présent lieutenant particulier.
  • Le 9 (mars 1685) la déclaration du Roy pour la réduction des officiers en l’élection et de la suppression et incorporation des officiers du grenier à sel à ladite élection fut publiée. L’élection n’est plus composée que d’un président d’un lieutenant d’un procureur du Roy de deux éleus et de deux contrôleurs au grenier à sel incorporés à ladite élection, et tous les éleus avec eux dans la qualité d’éleus grenetiers.
  • Le 4 (mars 1685) monsieur de Bédière de la province de Normandie épousa la fille de Mr Hameau du Marais cy-devant marchand droguiste et de la dame Bault.
  • Dans ce mesme temps (4 mars 1685) Mr Cottereau Sr du Rocher commis de Mr de Boissimon fils du Sr Cottereau sergent épousa la veuve du feu Sr …
  • Le Sr Guilbault commis au greffe de la prévôté fils du feu Sr Guilbault et de la dame Beirie épousa la fille du Sr… de Villevêque.
  • Le 17 (mars 1684) le Sr Ouvrard Me boulanger, mari de …, auparavant veuve de défunt Me Cottin, aussy boulanger, duquel 1er mariage il y a eu deux garçons insensés qui sont morts, et une fille mariée au Sr Gratien clerc de palais, mourut. Il était âgé de 40 ans, fort et vigoureux. Il semblait qu’il devait affronter la mort ; les excès du vin ont fort avancé ses jours. Il n’a point laissé d’enfants.
  • Le 22 (mars 1685) madame de Soucesles et madame … sa mère, de la religion prétendue réformée, firent abjuration entre les mains de Mr l’Evesque d’Angers dans la maison de Soucesles. C’est une femme d’un grand mérite et d’une vertu consommée. Monsieur de Soucesles gentilhomme son mari avait fait abjuration depuis 20 ans.
  • Le 5 avril (1685) Mr Cireul garçon âgé de 34 ans, fils de feu Mr Cireul avocat au siège présidial de cette ville et de demoiselle … mourut regretté de ses amis et particulièrement de Mr de la Hamardière Neveu auquel il a fait un grand don par son testament.
  • Le 15 (avril 1685) mourut mademoiselle Boucicault femme du feu sieur Boucicault lequel avait toute sa vie couru les commissions ; elle a laissé une fille et un garçon ; elle s’appelait Berthelot.
  • Le 14 (avril 1685) mourut la femme du feu sieur de la Combre Garciau vivant avocat au siège présidial ; elle a laissé deux enfants, Mr Garciau … au Parlement de Paris, et une fille qui a épousé Mr Cherot avocat au siège ; elle s’appelait …
  • Le 16 (avril 1685) mourut la femme de monsieur des Briottières Delesrat cy-devant conseiller au siège présidial de cette ville. Elle s’appelait Me Apvril.
  • Le 17 (avril 1685) mourut la femme du sieur de la Gaunoue Legras ; elle a laissé trois petits enfants ; elle s’appelait Hubert.
  • Le 21 (avril 1685) mourut le Sr Rigault huissiesr audiencier au siège de la prévosté de cette ville.
  • Le 1er may (1685) monsieur Renou Sr de la Féauté conseiller au siège présidial de cette ville, fut élu maire de cette ville au lieu et place de monsieur Charlot.
  • Le 4 (mai 1685) la femme de monsieur Decorce, avocat, mourut d’un abcès au téton ; elle a souffert pendant plus d’un an ; elle n’a point laissé d’enfants ; elle s’appelait Gabrielle Gault.
  • Le 7 (mai 1685) mourut monsieur de Louches prêtre Cordelier ou semi-prébendé à St Maurice ; c’était un homme fort agréable. Il était âgé de 48 ans ; il est mort d’une pleurésie.
  • Le 13 (mai 1685) il se fit une procession générale de St Maurice à St Aubin. On y porta le chef de Saint-Loup. Monsieur d’Angers y célébra la messe. C’était pour la disposition du temps et à cause de la grande sécheresse. Il plut abondamment le lendemain, grâces à Dieu.
  • Le mesme jour (13 mai 1685) monsieur Chotard de la Sablonnière conseiller au siège présidial fils de défunt Mr Chotard et de la demoiselle Chevrollier, épousa la fille de Mr Trouillet prêtre cy-devant conseiller au siège présidial et de la défunte dame Héard ; elle était veuve de feu Mr Pecherat aussy conseiller audit siège dont il n’y a point d’enfants ; elle s’appelle Marie Trouillet.
  • Le 15 (mai 1685) monsieur Mabit fils de défunt monsieur Mabit marchand droguiste et de la dame Leconte épousa la fille de Mr Gandon aussy marchand droguiste et de la dame Théard.
  • Le 18 (mai 1685) monsieur Héard de Boissimon prêtre fils de monsieur de Boissimon conseiller honoraire au siège présidial et directeur général des gabelles et de la dame Doublard se fit installer en la charge de conseiller audit siège présidial cy-devant possédée par monsieur de la Marre Bault chanoine en l’église de cette ville.
  • Le 22 (mai 1685) mourut la femme de monsieur Audoüin, sieur de Dane, docteur ès droit ; elle s’appelait Ménage, fille de défunt monsieur Ménage avocat du Roy et de la dame Foussier de la Cassinerie.
  • Le 23 (mai 1685) mourut la femme de monsieur Carré notaire royal en cette ville, âgée de 56 ans. Elle s’appelait Chesneau fille de feu Mr Chesneau aussy notaire en cette ville.
  • Le 2 juin (1685) mourut la femme de Mr Goubault Me chirurgien en cette ville, âgée de 25 ans, d’une grande maladie de langueur. Elle s’appelait Perrine Salais, fille de défunts Salais commis au greffe du présidial de cette ville et de la dame Richard ; elle a laissé quatre enfants en fort bas âge.
  • Le mesme jour (2 juin 1685) mourut monsieur Rouillard marchand. Il avait épousé défunte dame Louis Angoulant ma cousine germaine fille de défunt Julian Angoulant marchand droguiste et de Louise Guillot ma tante. Il n’a laissé qu’une fille.
  • En ce mesme jour (2 juin 1685) mourut monsieur Bidet prêtre curé de Ste James proche les Ponts de Cé, âgé de 58 ans. C’était un très honnête homme et d’un grand mérite.
  • Le 5 (juin 1685) le fils de monsieur Cupif sieur de la Béraudière épousa la fille de défunt Mr Thomas Sr des Jonchères, avocat, et de Delle Hunault.
  • Le 6 (juin 1685) monsieur Moreau cy-devant notaire royal en cette ville. Cet homme avait été dans une grande fortune avancée en peu de temps et pendant cet éclat il a marié son fils, conseiller au siège présidial, avec madame de la Cassinerie Foussier, une fille de monsieur de Loube de l’Ambroise, et une autre avec monsieur Gille seigneur de la Grüe ; il y a trois garçons ecclésiastiques. Il a eu le déplaisir avant sa mort de se voir déchiré par un très grand nombre de créanciers ; sa femme est morte depuis trois ans ; elle devint aveugle sur la fin de ses jours ; elle s’appelait Nouleau.
  • Le 10 (juin 1685) mourut la femme du sieur Dupuy huissier audiencier au siège présidial ; elle sappelait Moreau nièce du Sr Moreau cy-dessus ; elle est morte en couches d’un enfant monstrueux ; il avait les yeux grands comme une assiette.
  • Le 11 (juin 1685) le fils du feu sieur Pierre Sr de la Plante vivant marchand droguiste en cette ville et de la dame … épousa la fille de défunts Mr Ganches sieur du Brossé et de la dame Toublanc.
  • Le 14 (juin 1685) mourut la femme de monsieur de la Cour Lemanceau ; elle a laissé huit enfants ; elle s’appelait de l’Estang. Cette femme était du bon air.
  • Le 22 (juin 1685) mourut monsieur Grimaudet prêtre ancien religieux de l’abbaye de St Aubin.
  • Le 24 (juin 1685) mourut monsieur Legout Me chirurgien de cette ville ; il était âgé de 73 ans.
  • Le mesme jour (24 juin 1685) mourut mademoiselle de la Marvalière ; cette fille était bien faite, belle, du bel air et du beau monde ; elle était âgée de 24 ans.
  • Le mesme jour (24 juin 1685) mourut la femme de défunt monsieur Richard, huissier audiencier au présidial ; elle s’appelait Malbranche ; elle a laissé un garçon et deux filles.
  • Le 26 (juin 1685) mourut monsieur Legoust maître chirurgien, âgé de 70 ans. (il l’a déjà dit plus haut)
  • Le mesme jour (26 juin 1685) le fils du sieur Coignard, cy-devant hôte du Griffon, épousa la fille de la dame veuve Ménager, marchand à la Poissonnerie.
  • Le mesme jour (26 juin 1685) mourut monsieur Maugars sieur de la Gancherie marchand ferron ; il a laissé 8 enfants.
  • Le 28 (juin 1985) mourut la femme de monsieur Ferrand docteur en médecine ; elle s’appelait Renée Chotard ; elle a laissé plusieurs enfants, une fille a épousé Mr Pillegault sieur de Louvrinière et une autre monsieur …
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Jean Blanchard marchand mercier à Vieil Bauge, 1655, Normand de La Ferté-Macé

    La ROUTE DU CLOU (c’est ainsi que j’ai intitulé depuis des années la page des Normands que j’ai rencontrés en Anjou et Bretagne) continue, merci à vous si vous en rencontrez de l’alimenter avec moi.
    Guillaume Blanchard est né à La Ferté-Macé (Orne, 61) le 14 février 1623, fils de Jean, et de mère omise, parrain Jean Drouin, marraine Marie Patrice, femme de Guillaume Penlou. Il quitte la Normandie avant 1645 date à laquelle il vend un héritage (cf ci-dessous), vente qui signifie dans ce cas qu’il quitte ou a quitté la Normandie pour s’intaller ailleurs.
    On le retrouve en 1655, venu vendre un autre héritage à la Ferté-Macé. Il est marié à Marie Testu, et marchand mercier à Vieil Baugé, situé à quelques km S.O. de Baugé en Maine et Loire, soit à 155 km de La Ferté-Macé.
    Il entreprend en 1655 un voyage du Vieil Baugé à La Ferté Macé pour vendre un héritage collatétal. Or, à cette époque c’est soit le cheval soit les pieds. Le cheval ne faisait que 40 km par jour, les pieds 20 à 25 km, donc c’est un voyage de plusieurs jours, avec hébergement aussi au moins une nuit à l’hôtellerie à La Ferté-Macé, souvent il fallait même 3 nuits, le temps de nouer les contacts nécessaires (j’y reviendrai, j’ai des éléments).
    Devant un tel voyage, il a pris la précaution de se munir chez le notaire de Baugé d’une procuration de son épouse, pour le cas où. Mai, à mon avis cette procuration était vraiement pour le cas où, car l’acte de vente, qui suit, précise bien que c’est lui qui hérite de sa cousine Barbe Clérice, fille de Thomas et Françoise Barberet. S’il est écrit dans la procuration qu’il autorise sa femme, c’est que cette ritournelle juridique est toujours répétée pour les femmes mariées, qui n’ont pas le droit de d’exprimer devant le notaire sans l’autorisation de leur époux.
    Quant à Marie Testu, nul ne peut dire à ce jour si elle est normande ou angevine, car actuellement il y a autant de TESTU dans l’Orne que dans le Maine et Loire, et il semble donc qu’un TESTU ait migré dans un sens ou dans l’autre avant 1655. Le registre de Vieil-Baugé commence en 1618 et sera prochainement en ligne, on pourra y chercher leur trace, à moins que vous ne la connaissiez déjà ?
    Vous allez retrouver au passage les BOBOT dont je me tue à dire depuis des années que les angevins qui portent ce nom sont venus par la ROUTE DU CLOU de Normandie, comme bien d’autres. A mon avis, il y avait surement une route vers Baugé, car lorsqu’un Normand était là, il attirait les autres, ne serait ce que pour le commerce. Jusqu’à présent j’avais surtout étudié Château-Gontier, Segré, et Châteaubriant.

    Les actes qui suivent sont extraits du Notariat de La Ferté-Macé, Archives Départementales de l’Orne. On a d’abord la procuration angevine, puis la vente. Voici la retranscription exacte : Le lundi 5 avril 1655, par devant nous Charles Salmon (s), notaire royal à Baugé y résidant, fut présente personne établie et dûment soumise Marie Testu, femme de Jean Blanchard, marchand mercier demeurant en la paroisse du Viel Baugé au quartier Saint-Nicolas, ledit Blanchard présent en personne et qui a autorisé la dite Testu sa femme par devant nous pour l’effet des ventes, laquelle Testu a nommé et constitué ledit Blanchard son mari, son procureur général et spécial, auquel ladite Testu a donné et par ces présentes donne charge et pouvoir de vendre et aliéner par ledit Blanchard la moitié par indivis de certains héritages qui appartiennent audit Blanchard de la succession de défunte Barbe Barberet sa cousine sise et située au bourg de la Ferté-Macé et aux environs province de Normandie dont l’autre moitié d’icelui héritage a été vendu par ledit Blanchard à Jacques Du Fay, écuyer, sieur des Nöes, demeurant paroisse de la Sauvagère par contrat passé par Perier et Chalmel tabellions en Normandie, de la cour et vicomté de Falaise au siège de la Ferté-Macé, le 13 septembre 1645, montant en principal de 200 L et pour tel prix qu’il verra bon estre au garantie desdites choses y obliger ledit Blanchard ladite Testu sa femme solidairement chacun d’eux seul et pour le tout renonczant au bénéfice de division ordre de discussion priotié et postériorité, et recepvoir par ledit Blanchard le prix dudit contrat

    Du jour et an que dessus (12 avril 1655) fut présent Jean Blanchard (m), fils de feu Guillaume, natif de la paroisse de la Ferté-Macé à présent demeurant en la paroisse et ville de Baugé (c’est une erreur de lecture par le notaire de La Ferté Macé, il est écrit « Vieil Baugé » sur la procuration, et non ville de Baugé), pays d’Anjou étant de présent en ce lieu lequel tant pour lui que au nom et comme procureur général fondé de sa femme Marie Testu, vestu de procuration générale passée devant Charles Salmon notaire royal à Baugé et y résidant en date du lundy 5 avril de ce présent mois et an, duement vers nous pour y avoir recours quand besoin sera, lequel de sa bonne volonté et sans contrainte pour lui et audit nom ses hoirs et ayant cause a vendu à Bonaventure Bobot (m) fils de feu Charles Bobot de la paroisse de la Ferté présent et acceptant pour luy ses hoirs ou ayant cause, c’est à savoir tout ce qui peut compéter et appartenir audit Blanchard de la succession à lui venue parvenue par la mort et trépas de défunte Barbe Clérisse sa cousine, fille et héritière de Françoise Barbrel, sa mère, femme de Thomas Clérisse, tant en maisons, jardins d’arbres, jardins à porée, prés, pastures, terre labourable et non labourable, communs, franche quitte et libérée en toutes choses généralement quelconques sans réservation, ladite vente de la dite succession assise et située au bourg et bourgeoisie de la Ferté, proche le pont Micheline, en la baronnie dudit lieu, … ladite vente faite pour le prix et somme de 120 L (six vingt) (ce prix de la 2e moitié est bien inférieur au prix de la vente de la 1ère moitié qui était de 200 L, et il faut sans doute y voir l’influence de l’usufruit qui oblitère considérablement la jouissance de l’acquéreur) tournois en principal achapt de deniers francs allans de mains dudit vendeur pour et audit nom de laquelle somme ledit vendeur s’en est tenu à comptens et bien payé moyennant le payement que ledit acquéreur luy en a fait tant présentement qu’auparavant le tout en or et monnoye d’écus ayant cours à l’édit et ordonnance du roy ainsi qu’il a confessé par devant nous tellement qu’il s’en tient à comptens et bien payé, par devant lesdits tabellions,
    et au vin de marché 10 L (c’est une commission exhorbitante !) dont à pareil ledit vendeur s’est comptenté comme dessus et d’aultant que ledit Thommas Clerisse a la jouissance de ladite vente par usufruit sa vie durant, en ce cas est accordé que ledit acquéreur le laissera (écrit lessera) jouir suivant la coustume dont ils sont demeurés à ung et d’accord par devant lesdits tabellions, et quand à l’entretien et obligation …
    présents vénérable et discrete personne Me François Penlou (s), prêtre, curé de la paroisse de la Motte Fouquet et Hebert Drouin de la Ferté (s)

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    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905, CHAPITRE VII. LABYRINTHE URBAIN suite

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Suite et fin du chapitre commencé hier

    Un jour qu’il faisait clair — par hasard — Lolette voulut voir ce qu’on appelait les Ponts.

  • Les Ponts, lui expliqua d’abord René, c’est un immense quartier formé d’îles sur la Loire. habité presque exclusivement par des ouvriers, des viveurs de curieuses industries. Quartier croquemi¬taine des gens peureux. Passé minuit les détrousseurs de goussets sont les rois absolus du passage. Ils font payer les droits à la barbe des agents solidement armés de prudence.
  • Nouveau pèlerinage. Ils prirent par le pont de la Rotonde sur le canal St-Félix ondoyant du reflet de la gare d’Orléans. L’usine de la biscuiterie Lefèvre-Utile croupissait un bouddha gourmand — manteau bleu et rouge — endiadémé d’un Petit Beurre Lu. Le Champ de Mars. Cadavre nu, crevassé de fentes, suppurant de vieux déchets, percé de kystes : chroniques cadeaux des expositions et des attractions extraordinaires. De pauvres diables y fumaient leur soupe, d’autres battaient une manille crasseuse. Au delà, les ponts de la Vendée barraient l’horizon. Des senteurs frigides soufflaient des réservoirs des maisons de fruits et primeurs. Après l’ellipse des rues Baron et avoisinantes déchiquetées de biscornements, une série interminable de quais, de dentelures, de prairies soudées les unes aux autres par les ponts.
    Le quai Magellan écrasé de troncs d’arbres abattus comme des moignons géants. En face, la prairie de Biesse étale ses vertes gencives où se crispent des tétards errants, des chaudronneries bâtardes. Le phtisique pont de la Madeleine les sépare des quais Moncousu et André Rhuys. La cale aux foins, vide, chevelue d’herbe en paix qu’oppressent des tiges de fer roussi ou des blocs de bois écorché, semblant des cuissards saignants de moutons. Une dizaine d’hommes halent un train de planches aux crocs d’une longue corde. La tristesse décemnale modulé l’aile terne de l’hôpital planant sur l’angle sournois de la morgue. De l’autre côté l’église de la Madeleine pointe par dessus les toits jaunâsses sur les pierres la silhouette effilochée de son clocher. Plus loin le pont vieillot des Récollets enseveli de bure : extase solitaire parmi la boue et le cloaque morbide des bavures gluantes de ses rives. Aux claques des battoirs on débarbouillait les linges dans un courant chiche sur le seuil du pré du Bois-joli inquiet cependant d’être négligé de la main défonceuse des hommes. Serpent lamentable de masures enfumées, de boutiques étroites où le jour est mal à l’aise. Il est monté de l’eau ceinturant la rue de Vertais une gâteuse torpeur charpissant des guenilles de pestilences malheureuses.
    Subitement une lumière éclaircie s’affole ! Le Pont de Pirmil ! Huit arches, huit pieds formidables d’éléphants immobilisés au coeur de la Loire majestueuse d’insolence. Ciel immense ! Regards d’acier ! Elle se ballade entre la prairie d’Amont bordée de chalets enrubannés et d’usines et la côte de Saint-Sébastien inaugurée par l’hôpital Saint-Jacques, puis se meurt au lointain du brouillard dans des estampes de rives artistiques. Une phalange de bateaux plats se tassent sous les arches. On dirait, avec leurs bras noirs en équerre enlacés de filets, les cadavres enfumés d’un incendie des au-delà séchant les suaires transparents des pêcheurs d’alose. Lolette, que le vent fou d’espace glace et enrage, s’enthousiasmait :

  • L’été, qu’il doit faire bon ici !
  • Nous viendrons, mignonne, répondait René.
  • Il évoquait des souvenirs futurs d’idylles printanières, des beurre-blanc et des plats de grenouilles.
    L’hiver est long ! L’hiver est cruel ! Prenez garde ! Il gèle les mailles humides de baisers de nos rêves d’amour Elles cassent comme le verre à la moindre pesée !
    Ils s’en revinrent par le boulevard Victor-Hugo, au travers le pré des Récollets et la Prairie-au-Duc. Les moustiquailles des chemins de fer des gares de Lege et de l’Etat agacent le repos, la tête sur les marches de l’Institut Pasteur, une de ces oeuvres utilitaires chères à l’auteur de l’Homme qui rit, et qui ricanerait de la maigreur ridicule de la place de la République.
    René s’arrêta à l’orée du Pont Haudaudine et descendit sur le quai André Rhuys avec son amie. Des manœuvres transportaient des planches sur leurs épaules à la queue leu leu. Fourmilière en chaînons s’engouffrant sous des toits volcaniques en poussières pailletées.

  • Regarde, chérie, le déroulement splendide de ce pont. Quelle structure Et des nantais restent indifférents devant ce lumineux soleil des eaux, réservant leur admiration pour des cochonneries patriotardes. Ne semble-t-il pas un étalon-chimère qui se cabre sur l’arène miroitant de la Loire ? Pégase fabuleux aux flancs minces l’écrasant de sa beauté, qui grince d’avoir le licou rivé aux quais. Des enjolivures d’images comme des couronnes de triomphe l’enlacent de féeries : ces remorqueurs à roues et à hélices brillants comme des carosses de princes, ces grues comme des clowns les pattes en l’air, ces doubles dragues grattant de leurs ongles creux le lit du fleuve rapetissé par la folie éclatante du Pont.
  • Des hommes jurèrent de les sentir sur leur passage. Un train raillonnait sur le quai, faillit les écraser. Ils s’en allèrent.
    Maintenant on apercevait distinctement le premier pylône du Pont transbordeur qui devait relier la Fosse à la gare de l’Etat. Il était à l’ordre du jour ; on supputait la hauteur ; 76 mètres et la grue là-haut piquait le ciel. Il serait terminé l’an prochain. René dans ses explications en oublia le pont Maudit, appelé ainsi la suite de nombreux crimes, et le Pont de la Belle-Croix qui se dessinait au bout du quai Turenne, derrière un gigantesque lavoir on séchait du linge. Le marché couvert de la Petite Hollande, comme une verrue enflée en sa presqu’île, avec des vitraux minces enchâssés par les serpentins de plomb. La lumière indécise des tons et des demi-tons l’épanouissait ainsi que l’éventail caudal d’un paon. Les maisons aïeules de l’île Feydeau se penchaient vers le centre — la rue Kervégan. Elles approchaient leurs fronts pour un baiser chaste de nonnes, tirées en avant par leurs gorges énormes de balcons ouvragés d’art ancien.
    Le Pont de la Bourse franchi et ses embarras de voitures au passage à niveau esquivés, ils furent repris par le brouhaha crépusculaire de la ville. Les becs de gaz s’allumaient auprès des électricités mâles. La foule devenait compacte, bavarde, enlizée de flâneries au long des devantures épanouies. Ils glissaient, le rêve égaré dans le houleux tic tac du déversoir des futilités !
    Un soir René rentra de leurs excursions de fort méchante humeur. Il s’était aperçu des sourires malveillants qui soulignaient leur passage. D’aucuns s’étaient détournés avec des rictus de haine. La racaille des préjugés s’agitait dans l’ombre ; les langues venimeuses se délectaient, parmi le suc de leurs calomnies. La nouvelle grossie, contournée, estropiée bassement, se répandait comme une fumée intarissable. Quelle impudence ! Promener son amour avec sérénité au centre de nos moeurs hypocrites ! Quelle audace ! Avouer à nos yeux honnêtes un bonheur inavouable ! A-t-on le droit d’être heureux lorsque l’on se baigne ainsi ouvertement dans le vice ? Mêlant le besoigneux du bas ventre qui cherche une satisfaction charnelle, avec celui qui aime, ils auraient voulu, ces pharisiens de la Basilerie, qu’ils rasent les murs, qu’ils se terrent comme des criminels proscrits. Allons donc ! Pourquoi rougir du plus noble des sentiments ? Rougir et devant qui ? Les prostituées du bouge, du mariage et du qu’en-dira-t-on. Les femmes du plaisir grossier, du mensonge et de l’hypocrisie.
    Maintenant qu’ils sortaient encore ensemble, René entendait gronder l’ennemi lâche et insaisissable dans l’ambiance, la sourde hostilité des jaloux et des imbéciles. La bande jacassait par le vaste champ de foire de la ville, un vaste champ de foire à potins. Une meute de choix, de derrière les fagots, aiguisait ses crocs de roquets empoisonneurs.
    II était surtout une marchande de meubles anciens et modernes qui les couvait de sa rage baveuse. Quand elle les voyait, elle sortait au pas de sa boutiques et les regardait sournoisement ; hideux masque bouffi. Elle appelait parfois une commère pour montrer du doigt et croquer de bon coeur un morceau d’insanes malédictions. Ce droit de critique lui venait, disait-elle, de ce qu’elle avait connu M. de Lorcin. « Songez donc, son fils, de si bonne famille, mener avec une pareille saleté. (Elle ne l’avait tant vue.) Je ne comprends pas que l’on tolère pareil scandale ! Que fait sa famille ? » Une fois, René voulut aller cracher à la figure de la grosse femme, Lolette l’en empêcha. Ces gens-là, on les méprise simplement. S’arrête-t-on parce qu’une ordure barre le caniveau de sa mauvaise odeur ? C’était la race bâtarde de jalousie qui déversait son coeur furieux contre les indépendants en dehors de leurs mesquineries grotesques. C’était la synthèse du troupeau des envieux, ayant un moyen de tenter l’avilissement de leurs dominateurs et par le sang et par l’esprit. Le ruisseau bourbeux voulant salir le grand fleuve clair.
    René s’emporta contre cette Mme Derrin, marchande de meubles. Celle-là vit de la misère de son prochain, de sa ruine, elle aide à détrousser les faibles de la rue. Si l’on prenait un par un le bric à brac de ses marchandises, combien gardent les traces de l’amour, de ces pauvres individus assez fous pour se ruiner ? Elle et ses pareilles en profitent, elles en vivent, elles s’engraissent du mal qu’elles critiquent. Un jolimétier de bandit honnête, qui consiste à s’en¬richir des derniers restes du malheureux. Peut-être même mendie-t-il un sou à la vitrine où brille un souvenir cher sacrifié à la faim, un sou que les mégères lui refusent ? Peut-être sent-il la cervelle pourrie d’un désespéré, ce piano dont le son éclate à leurs yeux avares comme des tintements, joyeux d’écus ? Et celui-là, pourquoi pleure-t-il en voyant des doigts impies palper le collier d’or blond et ce cachet finement armorié ? Leurs breloques, leurs montres, leurs meubles où se prélasse un luxe singé, où les ont-ils achetés ? Sots vaniteux parés des plu¬mes du paon recueillis chez les entremetteurs de déchéances.
    L’âme de René s’entichait. Il brava la censure muette de ses concitoyens. Le sourire tristement narquois aux lèvres, il pavoisa son amour à la plus visible lumière. Il s’aigrissait à ce combat perfide de moqueries dédaigneuses. Il épiait les visages, fixait les faces d’un regard énergique. Il acheta même une cravache et ne sortit jamais sans elle. Il l’agitait d’un coup de main agressif. Oh ! fouailler comme un russe le monceau perfide qui le heurtait à tout moment !
    Au théâtre ils allèrent applaudir « Louise ». Lolette était un peu gauche dans son fauteuil parmi les grandes dames d’alentour. René souffrit des dédains.
    Les doigts crispés il résista jusqu’à la fin à l’envie de fuir, vaincu par la raillerie hautaine qu’il voulait défier. Le poème de Charpentier lui soufflait la vaillance. Dans le rythme divinisant, la révolte naturelle des prisonniers de la coutume et de la famille chantait une corde attardée sur son coeur. Sa lutte aussi à lui qu’on mettait en scène. Les paroles de Julien dénudaient sa soutfrance actuelle ; le père, le préjugé, la mère, la routine. Paris s’illuminait. Par delà le cycle féerique des lumières, il entrevit Nantes se parant de clartés nocturnes, appelant d’une voix plus faible le monde des plaisirs : un monde multitudineux, engoué, tremblotant sa folie comme une veilleuse dans le silence de la chambre tranquille.
    Le lendemain que dimanche sortait ses habits de fête, ils flegmardèrent le long des devantures, entourées de curieux le matin à la sortie des messes paresseuses, le tantôt après la musique du Jardin des Plantes. Plus frondeurs, plus osés. Hardis condottieri d’une vengeance en sourdine. Alors ils purent admirer la place Royale dominée par sa fontaine colossale en granit bleu. Pièce montée d’une table gigantesque de noces. Hérissant des seins durs ou des thorax sombres, les statues de la Sèvre, de l’Erdre, du Cher et du Loir, forment une cour rigide au bronze de la Loire, versant de ses deux bras des urnes pleines, un long voile encadrant son orgueil frontal. L’eau jaillit de toutes parts ; huit petits génies épanouissent leurs jets ténus comme des aiguilles sur les pieds de la statue de la ville de Nantes. Au sommet du disque enchevêtré de fils d’eau, elle appuie sa superbe prestance sur un trident, relevant de sa main gauche les plis de son royal manteau, et sa chevelure s’écrase sous une tour de diadème. Un tourbillon siffle, ondule, rugit ; les jets semblent les vipères du crâne d’une Méduse, une mine ouvragée patiemment au-dessous d’elle. Splendide allégorie de la Ville des brumes à mi-corps dans l’eau, d’où s’élèvent des buées grises de vapeurs qui l’enveloppent, la tête haute, satisfaite de sa puissance indestructible, sublime d’une humide indifférence.
    Le café Continental s’emplissait de bourgeois en famille venant écouter les fantaisies musicales d’un orchestre de Dames Viennoises. C’était le plaisir permis, peu coûteux, où rien ne troublerait la chasteté des vierges humant cinq centimètres de sirop sous l’oeil paternel. Les vastes vitres des portes d’entrée ruisselaient sur le trottoir un feu blafard jusqu’aux fiacres impassibles, jusqu’aux songes des maigres rosses. Du dehors on voyait de longues files de consommateurs fumant près des soucoupes ; les garçons en tabliers blancs papillonnaient de-ci, de-là. Les deux amants regardaient pensivement arrêtés au bord de la fontaine. L’eau chansonnait sa bataille caressante.

  • Allons les voir de plus près, dit René.
  • A leur apparition un silence brusque de conversation s’unifia. Seul l’orchestre dégringolait une mélodie plaintive. D’un ton fier René réclama un coin de table et deux sièges. Le garçon s’empressa, dégagea une famille. Ça grogna. René conservait son sourire insolent, courbant sa cravache en ses deux mains. Il promena son regard de défi moqueur sur l’hostilité ambiante des moeurs apprivoisées, posa lentement la cravache sur la table pour enlever ses gants.

  • Deux byrrhs !
  • Lolette pouffa de rire au nez des voisins interdits et retrouvant son jargon de gamine d’autrefois :

  • Ça, ça leur coupe la chique !
  • Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905, CHAPITRE VII. LABYRINTHE URBAIN.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Lolette, l’insinuant joujou d’amour ! Si la nuit n’avait pas été si longue, ils ne dormiraient pas encore quand midi claironna l’horloge de la cathédrale. D’entre la blancheur chaude des draps sortaient à peine leurs deux têtes. Lolette se reposait sur la poitrine de son ami, son petit corps frileux doucetement enseveli au creux des bras calins. Soudain la voix de Mme Demeux les tira de leur sommeil.

  • Etes-vous malade ? Monsieur René, cria la dame à travers la porte.
  • Non, non, madame Demeux, nous dormions.
  • Vous dormiez ? s’exclama-t-elle stupéfaite de ce pluriel.
  • Ah ! dit. René en riant, j’ai de la compagnie. Entrez tout de même.
  • Quand il eut ouvert la porte :
    Voyez… une jolie petite amie.
    Il montrait Lolette, ou plutôt un nez fluet et deux yeux timides, l’ensemble noyé dans le grand lit. Sur l’oreiller les boucles noires mettaient comme un essaim de mouches.

  • La jeunesse… la jeunesse, soupira Mme Demeux. On dirait qu’elle a peur de moi votre connaissance. Je n’ai pourtant pas un visage terrible malgré mon âge.
  • Elle est intimidée… pour la première fois, répliqua René en enfilant son pantalon.
  • Je vous laisse, reprit Mme Demeux. Habillez-vous vite… Je vais mettre un couvert de plus.
  • Mais, voulut dire René…
  • Dépêchez-vous, interrompit la vieille dame en s’enfuyant… dépêchez-vous, le déjeuner sera froid.
  • Comme elle est aimable ta propriétaire, je l’aime déjà, s’écria Lolette franchement étonnée !
  • Une très bonne femme dévouée pour moi.

  • Vous serez avant peu une paire d’amies… car je te garde… n’est-ce pas ?
  • Il s’était penché sur le lit ; ses mains sous les draps attiraient le corps brûlant de l’aimée ; leurs bouches se melèrent longuement. Ne connaissait-il pas encore suffisamment l’écrin précieux de sa maîtresse ? Pas un duvet cependant de sa chair n’avait échappé à ses caresses avides des mystères les plus secrets. Se lasserait-il jamais de sucer aux pores du fruit nouveau de son verger de délices la savourance des voluptés nouvelles ? Ce baiser inconnu jusqu’alors à ce contact de lèvres à lèvres, quelle inoculence de flammes lancéolantes au travers des fibres les plus lointaines ! Il pleut une averse de plaisirs aveuglants. Un tourbillon insensé passe . . ……
    Quelle bastonnade étrange moule ainsi le corps dans ses moindres replis ? Quel travail colossal s’est effectué en nous ? Avons-nous mis la main au moteur formidable de la machine des humanités? Peut-être ? Avons-nous quitté le monde terrestre pour quelque ciel éblouissant d’ordre divin ? Qui sait !
    Il eut le désir de lui montrer sa ville à elle qui ne la connaissait que depuis une dizaine de jours.

  • Nous irons voir la maison où sont morts mes parents, avait-il dit.
  • Colette se fit élégante. Suspendue à son bras, ils descendirent la rue de Strasbourg sur le large trottoir. Place du Port-Communeau, alignée d’arbres, des voyous jouaient aux palets, d’autres dormaient au maigre soleil masqué trop souvent de nuages lourds ; alentour la petite fontaine d’approvisionnement des gamins braillaient une partie de saute-mouton dans le sable. Ils s’arrêtèrent une seconde au milieu du Pont-Morand dômant l’Erdre silencieuse. À droite, René montra la rivière descendant entre les quais Ceineray et de Versailles du quartier populeux de Barbin où gîtaient une quantité considérable d’ouvriers, de lingères et de laveuses. Toute une flottille en bérets gris de bateaux à laver agitaient des linges comme des signaux de passeurs ; les battoirs tapaient, grondements de dogues pris de laryngite ou bourdons des bavardes intarissables. Le quai Ceineray, – sombre du dos de la Préfecture, vésiqué d’affiches multicolores, touffu des accacias jaunis par la fumée des frêles vapeurs qui font les excursions à la Jonnelière et à Sucé, alors au repos près les meules de fagots débarqués, – finissait le long du square Saint-André, le paradis coquet des bambins et des vieilles s’attristant de l’hiver. Le quai de Versailles, pôrtefaix des blocs de tuffeaux blêmes comme des visages de pierrots morts, des tas de sable brunissant à l’ombre des grues pompant pour vomir ce sable des chalands dans les gueules des tombereaux attelés ; d’autres attendaient le cul à terre, les brancards hérissés de désespoir, et, les chalands s’hébétaient au bord de ce dos bossu de quadrilatères et de cônes, ayant inscrit sur leurs fronts : chaux vive à vendre. Là bas par dessus les ateliers et les toits les deux tours de St-Donatien coulaient de clairs regards sur l’aiguille de la Psalette. A gauche, l’Erdre s’en allait jeter son eau lourde et noirâtre dans la Loire par delà le pont de l’Hôtel de Ville. Sur ses quais serpentait un cordeau régulier d’arbres ; les visages se crispaient au fond de l’eau. Là, les chalands nageaient cornme de gros canards, poussés par des perches, ou cramponnés aux anneaux des rives vidaient leurs ventres enceints à tenue de planches ou de barriques. Longeant le quai des Tanneurs, l’Usine à gaz, le manteau blanc fendu d’un nombril transparent laissant voir une exposition de moteurs en grande toilette, ramassés sur eux-mêmes dans la lourdeur de leurs masses, prêts à rugir au moindre signal. Un grand bras noir était descendu se figer an dessus de la voie à la peau du quai, et des tentacules se baissaient, suçaient au fond des bateaux les tonnes de charbons pour les engouffrer d’un va-et-vient bruyant au coeur de l’usine vorace de sa nourriture quotidienne.
    Ils montèrent lentement la spacieuse rue de Rennes au thorax vallonné comme les montagnes russes d’un champ de foire dont les trams à air comprimé seraient les traîneaux. Sont-ce ses soupirs que les râles des charrettes de commissionnaires échelonnées devant les auberges, la bâche boursoulliée de provisions les plus hétéroclites ? René remplissait à merveille son rôle de cicerone ; pas un détail n’était épargné à sa petite amie qui l’écoutait attentivement. Voici collés aux flancs de la rue Jeanne d’Arc les deux tronçons du marché Talensac. Le vendredi s’y entassent les pauvres animaux que notre cruauté condanme à mort après le jugement du gourmand. On les martyrise à l’avance à coups de pieds et de poings. Des brutes humaines maltraitent les humbles veaux liés cinq ou six par le cou ; affolés, ils n’ont même pas la force de pleurer ; ils tombent, se relèvent sous un calvaire de claques marquetant leurs faibles échines. Nombre de passants s’indignent de cette barbarie, qui demain se repaîtront d’une côtelette saignante, sans se soucier qui a payé les bourreaux. Le samedi, les martyrs de nos appétits, sont remplacés par une foule de marchands et de marchandes. Des bonnes femmes de campagne tendent, pendant deux ou trois heures appuyés sur leur ventre des paniers plats complets d’oeufs et de beurre frais. Entre les rangs passent les domestiques, les ordonnances à qui manque le tablier blanc et que Madame met à toutes les sauces, les jeunes demoiselles en mal de maîtresses de maison. Sous les halles les grosses commères lippues trônent parmi les blocs de margarine surnommés beurre, les pâtés dégoulinant leur graisse jusqu’au sol, les quartiers sanglants de lapins et de volailles à moitié plumées. D’autres jacassent au centre d’un fouillis de carottes et de navets, se mouchent des doigts dans le persil et la porée.
    Plus loin ce sont les trois gazomères : les cylindres blancs pressent le gaz alimentaire d’une grande partie de l’éclairage de la ville. Le pâle dortoir des fées Lumières.
    Au bout d’une étroite rue sombre Lolette remarqua un portail sévère.

  • Un hôpital ? questionna-t-elle.
  • Presque….. un collège.
  • Marche inarrêtée le long des multitudineuses boutiques d’épiceries, — devantures peinturlurées de vert foncé — des buvettes, — devantures badigeonnées de vert clair. Les arbres humides décharnaient leurs ongles jusqu’aux troisièmes étages, 0 le vasque délicieux de boue de l’avenue Blanche, ses coquettes maisons, figures fraîches de nouvelles nées, quartier à peine éclos du ventre de prairies et de jardins potagers ! L’accoucheur ceint du cordeau, armé de pics est venu, et, ont apparu des toits bleus et des toits rouges. Les treuils battent les heures d’un futur demain; les scies nasillardent ; les outils comme des chirurgiens s’acharnent à transformer la vie du cadavre de la campagne qui se fait lointain, On crée des rues. Les célébrités auront leurs noms sur de petits carrés bleus : Carnot, Casimir Périer, Villebois-Mareuil… On pourra peut-être en écouler un certain nombre sur les urinoirs et les kiosques de nécessités.
    La Route de Vannes, téton par où arrive une source précieuse de lait. La Rue de la Pelleterie. Quelles florales émanations des parcs d’horticulteurs ! Ça embaume la taciturne utilité d’un asile de nuit et la chambre du silence et des muettes désespérances ; le cimetière de Miséricorde. Le calme croasse. Rares les passants, rares les bavards. Les maisons closent leurs volets. La mort peut-elle les effrayer ? Allons, amoureux, hardi la volée de baisers exquise comme des primeurs ! Les voilà place Charles Monselet. Une place Charles Monselet sans buste. Il l’aurait sauf l’esprit bric administrateurs. Le poète des gourmets a sans doute une célébrité qui ne craint pas quelque saut dans l’oubli. Il est mille fois préférable de consolider la gloire moins certaine d’illustres inconnus ou de soldats. Des siècles pour honorer le génie d’un poète, quelques jours pour ramasser la monnaie des bourgeois nécessaire à l’érection d’une statue, avec un drapeau, sur le tablier de la Bourse. Oh ! la Bourse, le volontaire chérubin de Mme la renommée !
    Oubliant l’aimable ami du « cher ange cochon, » ils se trouvèrent enfin dans les Dervallières après avoir frôlé l’église de N.-D. de Toutes-Joies, fraîche comme un pavillon virginal de procession. René désigna de la main la maison de son enfance habitée par de nouveaux maîtres. Flots d’objets regrettés qui l’ont vu grandir, nombre souvenirs de frêle jeunesse, capricieux récital d’heures vécues aux temps folâtres des culottes courtes et des sarreaux à carreaux rouges ! Douces, les confidences à l’aube d’un amour ! Pas d’oreilles plus attentives aux banalités que celles de l’aimée. Elle aussi conta sa vie de misère à Bordeaux. La vie pénible d’une famille nombreuse sans le père. Le travail douloureux, mal payé ; la souffrance des jalousies et des haines rivales. Ils apprenaient mutuellement des lambeaux inconnus de passés différents. Avaient-ils le temps de songer au chemin ? René fut stupéfait de se trouver sur la place Canclaux au talon du glacial couvent des Récollets. Un tram descendait serrant les genoux sur la pente à pic de la rue de Gigant. Lolette demanda : les bâtiments sinistres que l’on voit derrière ?

  • Les Dames Blanches, une maison de refuge, un pénitencier à l’usage des filles amoureuses trop jeunes d’après le code, dont les garde-chiourme portent cornettes et ont des crucifix pour matraques.
  • En ascensionnant le splendide boulevard Saint-Pern ils sentirent leurs jambes piccoter de lassitude.

  • Si l’on s’asseyait ?
  • Avec plaisir même…
  • Il y a des bancs sur la place Mellinet. Ronde. Un soleil de sable fusant les rayons de ses quatre grands boulevards séparés par d’autres rues plus simplices, rayons moins orgueilleux du ventre central où surgit la statue du général Mellinet, le geste brutal. L’alentour de ses huit hôtels identiques comme les coulisses d’un décor de théâtre.
    Un misérable boiteux joua de l’orgue de barbarie. La manivelle tournait les « larmes de Martha », la « valse des roses ». Ils se reposaient ainsi au rythme égrillard de la boîte à musique, sans mot dire. Leur pensée voguait imprécise ainsi qu’un extraordinaire papillon d’automne. Sous les vastes arceaux de l’avenue de Launay leur route se reprit, avec la chanson intime de ces riens roses qui sont les ruelles inexplorées du bonheur. Le soir glissait ses coudes persistants dans le jour, cassant les vitres de la lumière. Leur étreinte se resserrait. Ils n’avaient plus la force de regarder le marché de La Moriciere en tulipe évasée. Saint Louis avec du taffetas doré entre les sourcils. La Trésorerie générale. Un titre en lettres d’or sur ce caveau suant le salpêtre volé au contribuable. Sur le cours de la République. Des becs de gaz naïfs d’éclairage ; de la monotonie songeuse entre les altitudes des maisons en bordure ; Cambronne crispant le bronze de son drapeau déchiqueté, la gueule furibonde du fameux mot patriote resté depuis dans le génie courant de retro langue ; les amoureux paisibles de ces soirs de novembre qu’attristent une fine pluie.
    La pluie, toujours la pluie, l’interminable pluie plaquant sa causerie de laque sur l’âme de la ville, la noyant dun rêve crépusculaire, de boue noirâtre sur ses pavés et ses trottoirs. Litanie simplice terminée de maladives oraisons.
    Les amants sous leur parapluie baissé avaient repris la route de chez eux. La fossoyeuse des soleils creusait de ses bras jaillissants le nid profond et douillet des solitudes pieuses où l’on égrène le rosaire divin des baisers.
    Avec la fin du mois le froid s’âcrait. Sa bouche cruelle mordait aux pans des chairs violettes. Lolette paressait au lit. Les après-midis quand la brume qui ne retirait jamais complètement ses filets n’était pas trop hostile ils continuaient leur visite à la ville. Souhaiter le bonjour aux surveillants des anciennes flâneries et des ballades coutumnales. Aussi une présentation officielle de sa dame, où l’on croquait des bonbons de souvenances, où l’on buvait deux doigts de sympathie muette.
    Les coriaces maisons du quartier Sainte-Croix grimaçaient d’affectueux sourires de bienvenue à leur passage. Un peu d’air pur, leur froufrou, dans l’empuanteur d’un abandon lugubre de mauvais cris, d’attouchements canailles. Fantasque pâté que les voies nouvelles resserrent d’un cran à chaque tour de lustre. Des gueuleries crapuliennes émiettent le fouillis des rues Beauregard et du Vieil-Hôpital. La rumeur malsaine des grues de bas étage l’infecte. Où sont les longs bonnets des marchands pensifs de Bretagne, les pages mystérieux chuchoteurs des récits d’alcôve au coin de l’âtre parmi les reîtres sonnant haut et clair leurs éperons sur les bancs de bois ? Où sont les maritornes aux reins forts raillant l’audace des colosses et des routiers, et les vagues rêveurs en chaussures à poulaine ? Où sont les neiges d’antan, souteneurs en guenilles, marlous puant l’alcool et le sang caillé, fripouille amoncelée de voleurs et d’assassins en souleries bestiales ? Ce qui reste du vieux Nantes, fourmilière abandonnée des manants de la bonne duchesse vidant, les brocs et caressant le menton des pucelles, n’est plus qu’un séjour de misère ignoble, taudis glacial de pourritures spirituelles et corporelles. Les gouttières de tôle sacrent le long des façades en bois des portes au vantail parfois finement sculpté. Ici une vieille légende s’est Conservée, et Port prie une madone : Notre Dame de la Délivrance en sa niche de plâtre. Là, une tourelle, rue Fénelon, où Gabrielle d’Estrées, dit-on, recevait son royal amant. Et dans ces murs où le roi de France buvait avec raffinement, les bras de sa maîtresse, genoux en terre comme un simple vilain aux pieds de l’idole d’amour, un être vulgaire a probablement construit ses latrines tapissées des caricatures du Petit Journal.
    Cependant il reste plaqué le cachet original d’une époque oubliée. Des étages semblent sculptés dans des parois de murailles ainsi que les forteresses de boîtes à soldats. D’inextricables escaliers effeuillent des fenêtres et des toits d’avant-scène, bizarreries curieuses que René savait faire entrevoir rue de l’Arche-Sèche à Lolette, émerveillée de ses récits enluminés. Cependant qu’elle n’était pas brave en parcourant les dédales étroits de ces rues. Les passants avaient des mines souvent douteuses, les gamins en robe juraient comme des charretiers, les jeunes filles découvraient des l’ateliers noircis de vice et des yeux pourris d’alcool. Elle étouffait mal à l’aise de ces détours compliqués ; ses poumons s’écrabouillaient dans la lourde atmosphère.

    suite de ce chapitre, fort long, demain

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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