Heureusement que nos ancêtres buvaient du vin, du cidre, et mangeaient de la soupe

Heureusement que nos ancêtres buvaient du vin et mangeaient de la soupe.

Les registres paroissiaux sont la plupart du temps bien tenus, sauf en temps de guerre et d’épidémies. Mais ils montrent parfois un désordre inexpliquable. Tel est le cas de ceux d’Armaillé en Maine-et-Loire.
Aucune méthode n’étant de nos jours satisfaisante pour s’y reconnaître face à un tel désordre, même la très lourde indexation en ligne des registres comme le font certains départements, il m’est apparu nécessaire de conserver l’ordre matériel en retranscrivant totalement chaque acte, suivi du numéro de la vue numérisée et même du folio écrit manuellement autrefois.
Cette méthode me paraissait apte à aider au mieux le chercheur par la suite, dans cet immense fouilli laissé par les prêtres successifs. Ce fut un travail important et qui m’a pris beaucoup de temps.

Et puisque vous me connaissez, j’ai annoncé ce désordre inexpliquable en tête de mes relevés, en émettant des hypothèses :

    La collection communale donne deux registres paroissiaux contemporains mais ne se recoupant pas. Leur particularité est le désordre total, que rien ne permet d’expliquer si ce n’est sans doute le laisser-aller voire le vin de pays…. probablement confondu avec le vin de messe par les prêtres….A moins qu’ils n’aient utilisé des feuilles volantes, qui auraient été par la suite reliées pêle mêle ? A ce désordre, il convient d’ajouter la mauvaise tenue des actes, riches en blanc, voire totalement laissés en blanc…. Pire, les souris s’en sont mêlées…. et des passages entiers sont inexploitables car trop mangés.

Ceci n’est pas du goût de tout le monde, et je reçois le courriel suivant :

je suis un peu déçue de ce que j’ai pu lire sur (le mauvais état des registres de la commune d’Armaillé (49) ). En effet leur mauvais état n’est peut-être pas dû au vin de messe absorbé. Personne n’en connaît la vraie raison. Ne peut-on pas faire simplement de la recherche sans porter de jugement. Ne serait-ce que pour la descendance… J’aurais souhaité, que ce qui a été écrit sur les prêtres de cette époque soit retiré du site.

Je suis d’accord, personne ne connaît la vraie raison de ce désordre, cependant le fait de constater ce désordre n’est pas un jugement, et, ayant fait autant de dépouillements exhaustifs que j’ai fait, je suis en droit de constater ce désordre inexpliquable.
OK, je n’ai pas le droit ensuite de porter de jugement. Pourtant, autrefois, il valait mieux boire du vin que de l’eau, cette dernière étant rarement potable, donc bien plus dangereuse que le vin. En outre, l’alcool est une maladie de dépendance, donc le vin est une excuse bien plus jolie que l’incapacité à tenir correctement les registres.
Je plains cette correspondante qui ne s’est jamais posé cette question de la dangerosité de l’eau, et qui ne sait pas rire de ses ancêtres, même lorsque leur tenue ne fut pas comme on le souhaiterait de nos jours ! Ils vivaient une autre époque, plus rude… et l’essentiel est de se représenter les difficultés de cette époque, dont le manque d’eau potable.
Je suis moi-même catholique pratiquante, et je n’ai aucun problème à dire qu’autrefois boire du vin n’était pas une déchéance, c’était même une question de survie, même chez les prêtres. Partant il est aussi arrivé qu’il créé une dépendance, même dans leurs rangs, et il ne faut aucunement en avoir honte.

(longuement bouillie dans le chaudron, donc désinfectée).

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Une fouace le jour et fête des Rois : dans le bail

    « Une fouace de la fleur d’un boisseau de froment. »

En Anjou (et souvent ailleurs) les closiers et métayers (les paysans) ne possédaient pas leurs terres, mais la prenait à bail à moitié dit aussi bail à métayage dans cette province.
Dans ce bail, la moitié des fruits de la terre, c’est-à-dire des produits issus de son exploitation, revenaient au propriétaire, qui recevait aux 4 grandes fêtes, à son domicile, beurre, poulets, etc… soigneusement définis au bail. Nous y reviendrons.

Dans certains baux, sans doute ceux dont la terre était en partie cultivée en froment, ce qui était rare en Haut-Anjou, le propriétaire précisait :

    « Au jour et fête des Rois, une fouace de la fleur d’un boisseau de froment. »

Le terme utilisé est toujours fouace, et non fouée comme le donne l’ouvrage paru en 1993 (Inventaire du patrimoine culinaire de la France, Région des Pays de Loire, Albin Michel, 1993).
Ainsi, dans le bail fait en mars 1599 par Guyonne Bonvoisin Dt à Angers à Symphorien Doesnau et Jacquine Denis sa femme, de la métairie de la Salle à St Saturnin (49).

Je le trouve même dès 1504 dans le bail du moulin à eau d’Armaillé. Ce qui fait 5 siècles (au moins) de fouace en Anjou !

La recette ne contenait pas encore de sucre, alors trop récemment découvert pour être connu des paysans, mais seulement sans doute lait, beurre et œufs. En fait une sorte de galette améliorée, que le bail de 1504 définit « une fouace, un gâteau ». C’est une

« sorte de pain fait de fleur de farine en forme de galette, et ordinairement cuit sous la cendre » (selon tous les dictionnaires anciens).
Mais au fait, elle devait contenir un boisseau de froment. Or, le boisseau était une mesure de capacité des grains, qui variait d’une seigneurie à l’autre, parfois de 11,31 à 13,58 litres. Il faisait donc en moyenne environ 20 livres de blé-froment, soit 9,8 kg. Mais cette quantité, élevée, ne s’applique pas à la fleur de farine, mais au froment avant passage au moulin. La phrase en effet dit bien : de la fleur d’un boisseau de froment.

Reste donc à trouver le rendement en fleur de farine d’un boisseau de froment pour avoir la taille de la fouace.

Sachant qu’autrefois un moulin à vent avait un rendement de 30 à 45 % en farine, la fleur de farine ne peut dépasser 10 à 20 %, donc 1 à 2 kg.

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Fleur de farine et pain blanc

Demain, pour la fête des Rois en Anjou (et ailleurs) nous avons besoin de fleur de farine.

La fleur de farine, tirée par le sas et bluteau, c’est aussi celle qui vole par les moulins, et se tient contre les parois, dite fole farine (Nicot, Thresor de la langue française, 1606) – c’est la plus pure, la plus fine farine que les Boulangers mettent en usage (Diderot, Encyclopédie)
C’était la partie la plus noble de la mouture du blé, celle qui n’était pas le pain quotidien de nos ancêtres, aussi avaient-il le proverbe « Ne mange pas tout ton pain blanc le premier ».

Née en 1938, je fais partie des petits Français qui ont découvert le pain blanc après la guerre. Nous étions de retour à Nantes après avoir fui les bombardements. Un jour, notre papa (je suis l’aînée d’une tribu), qui n’était pas fervent de prières quotidiennes, s’est levé de table, puis, solennellement, il nous a demandé d’en faire autant nous disant

    « mes enfants, nous allons mangé ce jour du pain blanc, remerçions Dieu »,

et ce jour-là, effectivement j’ai découvert le pain blanc. C’est ainsi que j’ai dit l’unique Benedicite de mon existence ! c’est dire s’il est resté gravé en ma mémoire !

Ce pain blanc n’avait rien à voir avec nos baguettes fantaisies actuelles, c’était une énorme miche, pesant 4 livres, que nous avons connu longtemps, longtemps encore.

Puis, le pain blanc est devenu tellement notre pain quotidien qu’on a réinventé les fibres et autres pains fantaisies, chers de nos jours aux boulangers et nutrionnistes.

Qui se souvient encore des privations de la guerre, des vertus d’un pain blanc quand on en manque, qui comprend le proverbe ?

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