la Beaumontrie des Vaslin à Saint-Quentin-les-Anges, 1647

Je descends des Vaslin du Bourgneuf en Saint-Quentin-les-Anges, qui furent sergent royal, chirurgien, avant de donner mon maréchal en oeuvres blanches…

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Pour les étudier j’ai tenté de les reconstituer en relisant le registre paroissial plusieurs fois, y compris la totalité des actes pour tenter de trouver de qui ils auraient pu être parrain ou marraine. En effet, dans un baptême, le prêtre donne souvent plus de renseignement sur la qualité des parrain et marraine que sur les parents, et dans tous les cas, ce sont les parrain et marraine qui signent pas les parents, dont pour avoir leur signature il faut impérativement les trouver en tant que parrain et marraine.

Donc, relisant encore avec patience, c’est le cas de le dire car la mère se prénome Patience, je trouve enfin un élément supplémentaire concernant mon Jean Vaslin

    il est chirurgien (cela n’est pas une découverte car cette mention figure sur tous les baptêmes de ses enfants)
    il est « sieur de la Beumontrie » (c’est la seule et unique mention de ce type sur tout le registre)


Cliquez pour agrandir. Cette image est la propriété des Archives Départementales de la Mayenne

Je me réjouis de ma trouvaille. Puis je tente d’identifier le lieu de la Beaumontrie, avec ou sans e comme Beaumonterie, et avec ou sans tronquature :

    Dict. de la Mayenne, Abbé Angot : néant
    Dict. du Maine et Loire, C. Port : néant
    Base des toponymes de la Mayenne en 1901 (site des AD) : néant
    logiciel des toponymes de France, CD de l’IGN : néant

Soit le nom a disparu, soit c’est le nom de la maison et non un nom de terre.
Or, l’abbé Angot, à l’article du Bourgneuf (tome 1er), indique :

Une grande belle maison du 15e siècle est à l’entrée du village

Le village du Bourgneuf était autrefois situé sur les voies de communication, et il fut même paroisse. Il ne restait plus qu’une chapelle au 16e siècle et début du 17e dans laquelle Catherine Vaslin est inhumée au début de l’épidémie de 1639.
Ce village, situé non loin du bourg, a la particularité

    d’être plus important que le bourg,

    d’être à cheval sur Châtelais et Saint-Quentin-les-Angers, c’est à dire à cheval sur le Maine-et-Loire et la Mayenne.


Cliquez le Cadastre Napoléonien pour l’agrandir – Propriété des Archives Départementales de la Mayenne


Cliquez le Cadastre Napoléonien pour l’agrandir – Propriété des Archives Départementales du Maine-et-Loire.

Je suppose que cette grande maison dont parle l’abbé Angot fut la demeure des Vaslin au sens de la famille élargie, comme on le faisait souvent autrefois. Et si je suppose que c’est la leur, c’est qu’ils ont le rang social le plus à l’aise de tout le village.

Maintenant, cette maison ne figure pas dans la base de données de M. H. et j’ignore donc si elle existe envore plus d’un siècle après la note de l’abbé Angot. Mais elle s’appelait très probablement la Beaumontrie, et fut sans doute construite par un certain Beaumont.

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Coût de construction d’une maison de métayer, Chazé-Henry, 1680

Nous avons déjà vu la construction d’une charpente neuve sur un logement d’exploitant agricole, et voici la construction d’un logement d’habitation d’exploitant agricole :

La Crechère est située à 2,5 km N.E. du bourg de Chazé-Henry

Cette image est la propriété des Archives Départementales du Maine-et-Loire, plan cadastral dit Napoléonien. Je la mets ici pour l’identification des bâtiments.

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de la Mayenne, série 3E1-501 – Voici la retranscription de l’acte : Le dernier jour de mai 1680 avant midy par devant nous Guillaume Leseure notaire de Craon y demeurant furent présents en leurs personnes establis et duement soumis chacuns de noble homme Daniel Allain sieur de la Noüe demeurant à présent aux forges de Paimpont province de Bretagne estant de présent en cette ville qui a volontairement prorogé etc renonçant etc d’une part, et honneste homme Jean Boynaud maître maçon demeurant en cette ville de Craon d’autre part, entre lesquelles parties a esté fait l’acte de convention qui ensuit, qui est que ledit Boynaud a promis et s’est obligé faire à ses despends les murailles d’un logis au lieu et métairie de la Cochère paroisse de Chazé-Henry appartenant audit sieur de la Noüe de 50 pieds de longueur dehors en dehors et de 22 de largeur, laquelle muraille aura 2 pieds d’épaisseur, les longères de 8 pieds de haulteur hors la terre, les fondements posés sur le solide sera pour séparer les combles dudit logis dans la chambre une petite muraille de reffente (refend, le mur de refend est un mur porteur qui divise l’espace intérieur) à hauteur de poultre et qui en servira, ladite muraille d’un pied et demy d’épaisseur, auquel logis fera iceluy Boynaud 3 ouvertures de porte savoir une pour le principal comble, l’autre pour une chambre et l’autre pour l’estable à bestieux de hauteur et largeur ordinaires, comme aussy fera iceluy Boynaud une autre muraille faite pareille à celle cy-dessus pour séparer la chambre dans l’étable aux bestiaux, 2 gemées ? à chaque costé des estable, au nord et au midy, 2 ouvertures de 2 pieds de largeur et 2,5 de haulteur, auxquelles portes et fenêtres aposera et engravera des gonds et grilles qui luy seront fournies parledit sieur de la Noue, auquel corps de lotis fera ledit Boynaud une cheminée au pignon proche la pièce, de 6 pieds de largeur, et un four avec thuile et bloc pour lequel four faire fournira ledit Boynaud de tuile et bloc au surplus de ce qui se trouvera au vieil four l’ouverture duquel sera dans ladite cheminée, lequel sera de grandeur de tenir 6 boisseaux de bled boulanger mesure de cette cour sur pareille pique que dessus sans cheminée à l’autre bout et pignon dudit corps de logis,
pour lesquelles murailles ledit Boynaud fera transporter la pierre du vieil logis à l’aplassement qui luy a esté marqué par ledit sieur de la Noue, lequel Boynaud fera livrer la pierre qui sera nécessaire pour la construction dudit logis cirdonstances et dépendances d’iceluy qui luy sera fait rendre à place par ledit sieur de la Noue
seront lesdites murailles cy-dessus faites à pierre et terre
sera fourny par ledit sieur de la Noue audit Boynaud 3 boisseaux de chaux pour mettre à la cuve ? de la cheminée
et a ledit Boynaud promis et s’est obligé rendre les murailles cy-dessus desnommées bien et dument faites prestes à recepvoir la charpente dans le quinziesme jour d’août prochain
et est faite la présente convention moyennant la somme de 204 livres 10 sols que ledit sieur de la Noue promet et s’oblige payer audit Boynaud dans le dit jour 15 août prochain en laquelle somme cy-dessus est compris le prix desdites terre boisseaux de chaux cy-dessus,
et délivrera ledit sieur de la Noue copie des présentes audit Boynaud dans huitaine
tout ce que dessus a esté ainsy stipullé et accepté par lesdites parties lesquelles à ce tenir etc s’obligent etc tous leurs biens à prendre vendre par défaut etc dont etc
fait et passé audit Craon à nostre tablier présents Tugal Delaunay sergent et René Meaulain praticien demeurant audit Craon tesmoins à ce requis et appelés
lequel Boynaud fera pareillement tirer la terre

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Construction d’une maison neuve à Chazé-sur-Argos (49), 1575

Construction d’une maison de closier, à 2 chambres basses dont une seule aura cheminée

  • Le donneur d’ordre est le fermier de la terre, c’est à dire qu’il agit en tant que gestionnaire au nom du propriétaire.
  • Les caractérisques de la maison sont de 11,7 x 5,2 m de superficie intérieure, pour un mur de 0,65 m et une hauteur de 2,6 m, ce qui me fait dire que cette maison sans étage et avec une seule cheminée est une maison de closier.
  • Le montant est peu élevé, soit 140 livres, mais le maçon devra fournir les matériaux pour le prix, sauf ceux qu’il pourra récupérer à Angrie sur une autre maison.
  • L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E7.
  • Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 3 juin 1575, devant Grudé notaire royal Angers, furent personnellement establyz honnestes personnes sire Pierre Besnard marchant fermier de la terre et seigneurie du Bignon paroisse de Vern d’une part, et Pierre Hamelin marchant demeurant au lieu de la Paillardière paroisse de Chazé-sur-Argos d’autre part, soubzmettant lesdites parties respectivement confessent avoir fait et par ces présentes font les accords et conventions qui s’ensuyvent
    c’est assavoyr que ledit Hamelin a promys et promet et demeure tenu faire et parfaire bien et deument de toutes choses nécessaires une maison de longueur de 36 piedz de long et de largeur de 16 pieds le tout de dedans en dedans, et faire les murailles de ladite maison à pierre et à mortier, ladite muraille de 2 pieds d’épaisseur et de haulteur de 6 pieds hors terre sans y comprendre les fondements et oultre faire les pignons à muraille l’un desquels (le pied est une mesure de longueur, qui varie, et j’ignore sa valeur en 1574 à Chazé. Comme la variation est inférieure à 50 %, voici le calcul dans l’unité la plus répandue, le pied de roi, qui fait 31,483 cm, donc la maison fera 11,7 m de long et 5,2 m de largeur utiles, pour un mur de 0,65 d’épaisseur, sur une hauteur de 2,6 m, soit une petite maison basse)
    y sera tenu faire une chemynée à chaux et sable avecques ung manteau de boys
    et de faire en ladite maison ung entredeulx à coulombaige à murs à barreau et terrasse (le colombage est la cloison faite à colombage, et la terrasse le plafond avec le grenier, aussi gaîte de la même manière (voir les maisons à pans de bois). Il y a donc 2 pièces en bas, mais une seule à cheminée, l’autre est ce qu’on appelle une chambre froide)
    et le plus convenablement en la meilleure sorte et manière que faire se pourra et oultre de fournir et bailler par ledit Hamelin de toutte charpente bonne et marchande nécessaire à faire et construyre ladite maison et de faire couvrir ladite maison bien et deument de ardoyse le tout faict et parfait dedans le jour et feste de Nouel prochainement venant,
    et pour parfaire partye de ladite maison ledit Hamelin pourra prendre et accomoder en ce qui sera trouvé estre bon et convenable des vieulx merrains tant de charpente pierre et ardoyse qui proviendra de la vieille maison de la Boystardière paroisse d’Angrye (cette pratique de la récupération des matériaux était générale, à tel point que c’est ainsi que même nombre de châteaux ont disparu, servant de carrière)
    et pour tout ce que dessus faire et parfaire bien et deument par ledit Hamelin dedans ledit temps ledit Besnard a quicte et quicté ledit Hamelin déduit et rabattu audit Hamelin stipullant et acceptant la somme de sept vingt livres tournois en laquelle somme ledit Hamelin estoyt tenu et redevable vers ledit Besnard pour les causes portées et contenues par obligation faite et passée en la cour royale d’Angers par M. Grudé notaire le 23 aoust 1574 portant la somme de 500 livres tournois
    sur laquelle somme de 500 livres ledit Besnard a confessé par davant nous avoyr par cy davant eu et receu dudit Hamelin la somme de 360 livres tournois dont il s’en est tenu à contant et en a quicté et quicte ledit Hamelin tellement que ne resteroyt que ladite somme de sept vingt livres (140 livres) sur ladite somme de 500 livres,
    de toute laquelle ledit Hamelin moyennant ces présentes est demeuré et demeure quicte vers ledit Besnard lequel l’en a quicté et quicte pareillement desquelles choses dessus lesdites parties sont demeurées à ung et d’accord et à tout ce que dessus est dict tenir etc
    fait et passé audit Angers ès présence de honorable homme Me Jehan Huot Sr de la Binetterye et Guy Planchenault praticien en cour laye demeurant Angers tesmoins, ledit Huot a dit ne pouvoyr signer par son indisposition

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    La balle d’avoine, pour dormir dessus, et la catalogne pour se couvrir au lit

    Nous avions vu à 2 reprises des éléments concernant le lit : le fabricant de matelas, et le prix du lit selon les classes sociales. Mais la plupart du temps en Anjou, le lit est estimé garni et non au détail de chaque élément. Grâce à nos voisins du Maine, qui ont souvent le détail des prix, on sait que les éléments de la garniture sont en fait plus onéreux que le bois de lit lui-même.

    Voici un exemple, qui nous est communiqué par Elisabeth Vaillen, de Laval : Inventaire Pivert, 1700 (Archives de la Mayenne, série 3E)
    Attention, vous passez dans la retranscription de l’acte, donc en orthographe telle que dans l’acte.

  • Une catolene de sarges sufil blanche estimée 6 L
  • Une couette de lit aveq 2 petis oriliers et un traverslit le tout garnis de plume couvert de couesty fors un des oriliers qui n’est couvert que de toile pezant ensemble 40 livres pois de laize once estimé la livre à 15 s qui fait 35 L
  • Une couette de balle aveq un orillier ausy de balle 1 L
  • Une petite couette de balle et un orillier estimés ensemble à 1 L 10 s
  • Je passe à mes commentaires, dans mon orthographe actuelle. Si je précise ce point, c’est que je ne compte pas les emails quotidiens pour me dire d’un ton péremptoire : Madame sachez que tel lieu, tel patronyme, tel terme s’écrit ainsi. Mon site est entièrement fait de retranscriptions qui sont au contraire pures racines des termes.

    La catolene se comprend mieux phonétiquement, car autrefois les accents régionaux altéraient beaucoup les termes, donnant lieu à de très jolies et très diverses variantes. Ainsi les syllabes a e et o étaient souvent mélangées.
    Si on regarde bien la phrase, on sait qu’elle est en serge, et vous savez maintenant que le  »sarger » aliàs  »sargier » travaille la laine. Maintenant, si vous étudiez phonétiquement catolene, vous obtenez la catelogne ou

    catalogne : couverture de laine, sans doute appelée ainsi à cause de son origine. On écrit aussi chatalongue, castellongne, et à Avranches au 18e siècle on trouve castalloine (M. Lachiver, Dict. du monde rural, 1997).

    Je ne compte plus les variantes orthographiques que j’ai rencontrées, toujours est-il qu’elle est le plus souvent présente.
    Donc, notre catolene est la couverture de laine sur fil. Je crois savoir que de nos jours nous avons la couverture toute laine (ou alpaga, ou cachemir ou autre), de coton, et enfin plus récemment de polaire. On peut regarder la catolene comme leur ancêtre, si je peux m’exprimer ainsi.

    Les lignes suivantes sont fort intéressantes, car on a dans les trois cas le terme couette mais l’une garnie de plume les deux autres de balle. Celle de plume est l’élément le plus coûteux. Et, comme la plume est légère, gageons qu’elle est dessus, et sert donc de couverture. C’est d’ailleurs ce que va nous démontrer la présence des autres couettes.

    Les deux dernières couettes sont dites de balle. Le terme balle a tant de sens, que celui qui nous concerne disparaît dans une multitude d’explications. Je connais son sens, entre autre parce que j’ai travaillé durant 2 ans dans l’un des plus grands moulins d’Europe sur le Rhin à Cologne. Cet immense moulin, sur 12 niveaux, est un souvenir merveilleux pour moi, car comme souvent en Allemagne on se déplaçait par Pater Noster, c’est à dire espèce d’ascenceur sans porte et qui ne s’arrête pas. Mais celui du moulin était aussi sans cloisons, et en demi-cercle. Fabuleux, tout bonnement fabuleux… Enfin, pas la première fois, car j’ai eu tout bonnement la trouille : pour une Française le Pater noster est toujours une découverte, mais celui-ci était une très impressionnante découverte, on voyait le vide des 12 étages en regardant par terre. En tant qu’employée chimiste au labo, au 12e étage, vue imprenable sur le Rhin et Cologne, je devais faire mes prélèvements quotidiens moi-même, avec le Pater Noster.

    Donc la balle est un sous-produit des moulins, c’est l’enveloppe du grain. La couette de balle est une sorte de poche de toile remplie de balle. La balle donne son nom aux couettes remplies de balle, aussi voici en Anjou ce que donnent les dictionnaires :

    Ballière : couette de balle d’avoine (Charles Ménière, Glossaire angevin, 1880)
    Baline, balline : large poche remplie de balles d’avoine pour le lit (Henri Boré, Glossaire du patois angevin, 1988)
    Ballin : petite paillasse bourrée de balle d’avoine et de guinche pour un berceau cf. ballo, pissou (Cerle J. Ferry, Laval, Lexique du patois vivant, 2001).
    Ballée : en Anjou, matelas rembourré avec des balles d’avoine. On dit aussi balline, ballière (M. Lachiver, Dict. du monde rural, 1997)

    Vous avez vu au passage le pissou, terme parlant. En effet, pour les enfants, on remplaçait aussitôt la balle d’avoine.
    La couette de balle est donc ce qui est dessous, et qui sera progressivement remplacée par le matelas de laine, puis de mousse, de ressorts…. Et bien entendu il s’agit le plus souvent de balle d’avoine, d’où le titre de mon billet. Elle a disparu avec la disparition du monde rural et l’urbanisation, et l’invention de la mousse de synthèse etc…, mais beaucoup s’en souviennent encore…, l’utilisent encore…
    Pour les autres termes, vous êtes grands, et au cas où vous souhaiteriez des définitions, voyez mon lexique des inventaires en Haut-Anjou.

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    Le lit à travers les classes sociales

    Toujours collectif, il est estimé garni, et coûte de 200 à 10 L en 1700, de la classe aisée au domestique ou paysan peu aisé, mais c’est le meuble indispensable et la pièce maîtresse du mobilier.

    Dans cette catégorie NIVEAU de VIE, vous allez découvrir, au fil de ces billets, les éléments du coût de la vie, et de véritables indicateurs économiques. Nous avons vu que le logement était considérablement moins onéreux que de nos jours (sans eau, électricité, gaz, chauffage central), qu’il avait cheminée pour faire cuire les aliments et accessoirment se chauffer, mais pas de vitres au fenêtres de la grande majorité des Français.
    Je vous invite à découvrir quelques meubles et je commence par le lit. Sa principale caractérisque est d’être collectif, et surtout pas individuel : même à l’hostellerie, on y dort à plusieurs.
    J’ai dépouillé beaucoup d’inventaires, et les lits ci-dessous sont uniquement pour vous habituer à différencier les classes sociales. D’ailleurs, dans les 3 premiers cas, le lit est dans la chambre haute, ce qui signifie un minimum d’intimité, laquelle n’existe pas à partir du métayer, René Bouvet qui suit.
    Les lits sont décrits garnis, et les éléments qui composent la garniture sont amplement énumérés dans mon LEXIQUE DES INVENTAIRES, mais je vous en ferai un billet spécial si les couvertures et rideaux vous branchent… Mais au fait, les rideaux sont là pour clore le lit et être à l’abri des courants d’air puisque les volets de bois n’assurent pas l’isolation. D’ailleurs on porte même un bonnet de nuit aussi…

    Voici quelques exemples, de la classe très aisée, à la plus pauvre, le lit principal (il y en a toujours tout plein d’autres) :

  • Jacquette Lefebvre, décédée en 1575, femme de Jacques Ernault Sr de la Daumerye, conseiller et juge magistrat au siège présidial d’Angers, et fille de François Lefebvre de Laubrière et Roberde Bonvoisin, Angers, 1575 : un grand charlit (celui-ci est dans la chambre haute, mais il y en a un assez indentique dans la salle basse, et pour les amateurs de petite histoire, Mr le conseiller Ernault possède une hallebarde, mais elle est près du lit de la chambre haute. Aurait-il à craindre des malfrats ?) de bois de noyer (bois noble) fait à grosses quenouilles tournées et cannelées et les costés et pieds à voyses et godronnées (Voyez ci-dessous les commentaires qui expliquent les godrons) enrichy et garny d’une corniche par le hault aussi enrichye de toile et garni de sa carrye et à corde sur lequel charlit y a une couette de grand lict garnye de son traverlit et vestue de chacun une souille de lin le tout garny de bonne plume avecque deux mantes l’une blanche et l’autre verte (la couleur verte est souvent présente lorqu’il y couleur dans le lit, je ferai un billet sur les couleurs) presque neuve avecque 4 pantes de ciel d’estame verd garny de sa frange et frangette de lin vert ensemble 3 grands rideaux et ung petit de serge verte le tout presque neuf 88 L (attention, ceci est en 1575, et compte tenu de la déflation sur un siècle suivant, vous pouvez multiplier par deux pour comparer les prix ci-dessous)
  • René Richard, ancien conseiller du roi au grenier à sel de Pouancé, décédé en 1730 veuf d’Elisabeth Hiret, décédée en 1725 à 76 ans : charlit de bois de noyer (c’est le bois noble) garni de son fond foncaille paillase et vergettes, une couette de plume d’oye ensouillée de coutty, un travers-lit et oreiller pareil, un matelas fourré de laine et crin, une mante de catalogne blanche, une courtepointe de toile peinte picquée, un tour de lit de serge couleur brune bordé d’un ruban couleur aurore 100 L
  • Antoine Pillegault Sr de l’Ouvrinière, Dt à Angers possède aussi une maison de campagne à la Maboullière au Bourg-d’Iré, 1704 : 1 bois de lit ancien et ses vergettes, garni d’une paillase, couette, traverses de lit, le tout ensouillé de toile, matelas (rare, et pourtant il ne s’agit que de sa résidence secondaire), courtepointe d’Indienne picquée, rideaux et pants d’étamine rouge rayée de noir (tout le mobilier d’Antoine Pillegault est raffiné et suit les nouveautés, ici on remarque l’Indienne et les rayures rouge et noire, et le tout était surement du plus bel effet) 78 L
  • René Bouvet métayer à la Gerbaudière paroisse de Montreuil sur Maine, 1690 : un charlit de chêne (c’est le bois solide, qui fait plusieurs générations) à quenouille carrée (écrit « quarée », et cela n’est rien à côté de tout ce qu’il m’a fallu déchiffrer dans tous les inventaires qui sont en ligne.), une couette (écroit coitte) de plume ensouillée de coutil (écrit coittis), 2 traverslits aussi en plume ensouillés de toile, 2 draps de toile de réparon mesurés de 6 aulnes le couple, une mante de beslinge gris presque neufve, un demi tour de toile de brin plus que mi usé avec son chef de fil, un vieil linceul servant de font 30 L, mais il y a 3 autres lits dont 2 de cormier et poirier, et un de chêne, soit 4 lits dans la chambre (il faut vous y faire, c’est le terme pour ce que nous appelons « pièce »), et pour un total de 106 L.
  • Maurice Debediers, métayer Saint-Julien-de-Vouvantes, 1766 : Un lit à 4 quenouilles garni d’une couette, 1 traversier, 2 draps, 1 vieille couverture de beslinge, avec des rideaux de toile teinte (écrit tainte) 27 L (Le métayer est la classe paysanne aisée, passons à un paysan moins aisé.).
  • François Gohier laboureur à la Maisonneuve à Pouancé 1737 : Un bois de lit de bois de cerisier garni de 2 couettes, 3 traverslits, 1 oreiller ensouillé de toille, 1 lodier gani de filasses , 1 mauvaise couverture de meslinge avec ses rideaux de serge de Can ( pour Caen) verte 15 L (La Maisonneuve est une maison manable, à deux chambres hautes à cheminée renaissance chacune, construite vers 1575 par la famille Hiret que j’ai tant étudiée, et peu après baillée à ferme à moitié à un closier qui vit en bas, et a transformé durant des siècles les 2 chambres hautes en grenier à récolte.)

  • Fenêtres des chambres hautes de la Maisonneuve, en 1997 : à gauche dimensions conservées, avec sa grille, et à droite, la seconde fenêtre, qui avait été transformée en porte d’accès extérieur aux chambres devenues grenier à récolte.

  • Et les domestiques ? ?
  • Les domestiques ont bien entendu une catégorie en dessous, donc mettez 10 L pour leur lit. Et, lorsqu’il s’agit d’une maison manable, c’est à dire dans laquelle les maîtres dorment en haut dans la chambre haute, la ou les domestique(s) dorment dans la salle basse, et si celle-ci est divisée en salle basse et cuisine, ils dorment dans la cuisine. Les vagabonds, et autres routiers dorment sur la paille de la grange.

  • Et les enfants ?.
  • Attention, vous allez revecoir un choc.
    Moi-même, après le choc que j’avais reçu (je n’étais pas la seule) lors de la visite de la Bintinaye (pourtant l’odeur en moins, et il faudrait leur suggérer de l’ajouter), qui donne une idée impressionnante de la salle collective d’alors, j’ai eu un second choc lorsque j’ai lu l’ouvrage de François Lebrun Les hommes et la mort en Anjou aux 17e et 18e siècles, Flammarion, 1675.
    François Lebrun y traite de la fréquence des décès d’enfants en ces termes :

    « Comment voir disparaître autant d’enfants au berceau – un sur quatre en moyenne avant l’âge d’un an – sans considérer le fait non comme un scandale, mais comme un événement aussi inéluctable que le retour des saisons ? Cela est si vrai que l’on n’essaie même pas de prendre pour les nouveau-nés ce minimum de précautions qui aurait évité peut-être certaines morts prématurées. Les statuts synodaux du diocèse doivent interdire de faire coucher les enfants de moins d’un an avec les grandes personnes et classent, parmi les cas réservés, la suffocation d’enfant arrivée fortuitement dans ces conditions ; le renouvellement d’une telle interdiction aux 17e et 18e siècles prouve que des accidents de ce genre continuent à se produire.» Ainsi, nous seulement on les emmène à l’église le jour de leur naissance, ce qui en élimine déjà quelques uns… mais on continue donc en les étouffant dans le lit collectif.

    Vous aussi, vous en avez le souffle coupé ! Alors relisez ce qui précède, car vous avez bien lu, les nouveaux nés étaient mis dans le grand lit collectif. Et je confirme qu’au cours des nombreux inventaires après décès que j’ai dépouillés, je n’ai vu qu’une seule fois une bercouère. Ce qui signifie qu’il n’y en avait pas et qu’on pratiquait pour les nouveaux-nés le lit collectif.
    Les autres enfants jusqu’à leur majorité, étaient réunis dans un grand lit, voire 2 grands lits lorsqu’ils sont très nombreux, mais il n’existe pas de lits pour enfants.

    La garniture viendra une autre fois, car le coffre va suivre. Au fait, à quoi sert-il le plus souvent ?

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    Prix de construction d’une charpente neuve, Mozé, 1683

    Ma grand’mère, née en 1886, disait qu’elle avait traversé une époque remarquable :

    elle avait connu l’arrivée de l’eau courante et potable, l’électricité, le train et l’automobile.

    Dans les années 70, lors de mes longues traversées nantaises en autobus, il m’est arrivé de saisir au vol des conversations, dont celle de ces 2 femmes, parlant des jeunes. Elles avaient l’âge de ma mère, c’est à dire nées dans les années 1910. Elles devisaient sur tout ce qui avait tellement changé que les jeunes (des années 70) avaient la vie facile et en particulier tout oublié du mode de vie qu’elles avaient connu :

    elles citaient leur jeunesse sans eau, sans toilettes autres que dans le jardin etc…

    J’ai personnellement vécu 1 an sans chauffage, ni eau courante : étudiante je louais une chambre haute dans un manoir du 15e siècle, et je montais tous les soirs mon broc plein et mon seau hygiénique vide, puis j’ai vécu encore 3 ans sans chauffage à l’époque où je travaillais. C’était dans les années 50 et 60.

    Nos logements ont en effet connu une telle évolution au 20e siècle que beaucoup aujourd’hui n’ont plus aucune idée de ce qu’il fut autrefois. Mais moins de confort, c’était aussi beaucoup moins cher. Nous payons aujourd’hui le confort !

    Lors de mes recherches dans les archives notariales, j’ai toujours été frappée par le coût peu élevé des travaux de construction et rénovation, et des prix de vente des maisons. Non seulement nous ne construisons plus sans tout un tas de règles de confort, mais pire, notre époque est marquée par la spéculation délirante. Le but de ce billet est de vous rappeler que nos ancêtres ont connu un tout autre logement.
    Pourtant, autrefois les constructions étaient faites pour durer des siècles, alors que nous construisons de nos jours l’éphémère.
    Ceux qui voudraient convertir les livres d’antant en euros actuels pour comprendre un budget logement, tenteraient de comparer des choses incomparables. Pour la construction d’une maison sans chambre haute : cas du logement des métayers et closiers :

      1-Enlever les frais d’architecte, inutile autrefois pour les maisons d’agriculteurs, que le maçon et le terrasseur savaient faire eux-mêmes.
      2-Enlever le prix du terrain, car aujourd’hui il est spéculatif et hallucinant, ce qui n’existait pas autrefois.
      3-Enlever l’électricité
      4-Enlever toute la plomberie : pas d’eau courante pas de gaz, pas de salle de bains, pas de latrines, pas de cuisine, pas de chauffage (cuisine et chauffage sont assurés uniquement la cheminée).
      5-Enlever les vitres aux fenêtres.
      6-Enlever le carrelage au sol : le plus souvent terre battue.
      7-Enlever les cloisons : tout le monde ensemble dans la grande salle basse, qui est salle à tout faire. Et dans la foulée, enlever les papiers peints, etc…
      8-Prendre tous les matériaux sur place : en Haut-Anjou, pays de schiste ardoisier et de grès roussard, pas de problème.
      9-Tout est recyclé : la pierre des châteaux (demandez à ceux de Noyant-la-Gravoyère et de l’Isle-Baraton toute proche !), et celle des maisons en ruines (j’ai trouvé des contrats qui le précisent), mais aussi les charpentes comme dans le contrat ci-dessous.
      10-Enlever les charges sociales (pas d’assurance maladie, pas de retraite etc…)
      11-Par contre construire une grande cheminée dans la salle basse, laquelle recevra l’air nécessaire à sa ventilation par la fenêtre, laquelle fenêtre sera donc située de manière à favoriser le feu.
      12-Pour séparer le grenier de la salle basse, seulement des poutres et ce qu’on appelle une terrasse.
      13-Les réparations de la terrasse et de la couverture sont aux frais du preneur du bail (nous les verrons prochainement) et représentent généralement quelques journées de travail par an.
      14-Pour une ou deux chambres hautes, dans une maison manable (manoir, gentilhommière…), ajouter un escalier et les cheminées des chambres hautes. Au fait, les pièces se nomment chambre basse et chambre haute, le mot chambre étant équivalent à notre pièce, à ceci près que son usage n’est pas différencié, et qu’on fait tout en milieu rural dans la chambre basse : dormir, cuisine, manger, vivre etc…

    Voici un marché de charpente, qui vous donnera une idée du prix de la construction, fort peu élevé. Attention, il concerne 3 chantiers de réparations différents :
    Le 25 août 1683 avant midy, par devant nous René Rontard notaire de la baronnie de Blaizon, résidant à Mozé, furent présents en leurs personnes establis et soumis sous ladite cour chacun d’honorable homme André Aubert marchand bourgeois de la ville d’Angers, et y demeurant, paroisse de St Pierre, d’une part, et Jean Bernier charpentier demeurant au village de la Roche paroisse dudit Mozé d’autre part, entre lesquels a été fait le marché qui ensuit, c’est à savoir que ledit Bernier s’est obligé faire pour ledit Sr Aubert, toute la charpente d’un corps de logis appelé la Hairarye en cette paroisse où demeure François Benoist, de longueur de 44 pieds (soit 14,30 m) ou environ qui est d’y mettre à neuf 33 chevrons, 2 sabliers, 2 filières, un tirant et un poinçon avec ses liens et branchettes, et le faîtage et au surplus se servira de la vieille charpente en ce qui s’en trouvera qui pourra servir, qu’icelui Bernier reliera avec le neuf et la posera en sorte qu’il y ait 4 chevrons sous latte, et audit lieu, il étaiera le plancher de la principale chambre pour le soutenir pendant que l’on maçonnera et refera le pignon où est la cheminée en sorte qu’il ne tombe, et encore de faire et retailler pour ledit Sr Aubert la charpente sur une chambre de maison sise à Bourneuf paroisse de Mûrs de longueur de 25 pieds en laquelle charpente s’oblige y mettre à neuf le nombre de 15 chevrons, 2 filières, de longueur dudit bâtiment et un chevron vieil sur l’étable dudit lieu, même un étaie sous la poutre de ladite étable, et au surplus de ladite charpente, se servira de la vieille charpente et fera en sorte qu’il y aura 4 chevrons sous latte, pour tout quoi faire se fournira de tout bois pour ce faire pour ce qui regarde le neuf et comme aussi de faire à neuf un écrou et une vis et un futeau qu’il posera et mettra au pressoir du lieu de la Farferye après qu’icelui Sr Aubert l’aura rendu à place cela étant fait ledit Bernier s’oblige de mettre et poser lesdits écrou, vis et fusteau dans 15 jours prochainement venants, et quant à l’esgard des autres charpentes cy-dessus promet et s’oblige les rendre faites et parfaites bien et duement comme il appartient dans le 15e jour de novembre prochain, et pour lesquels besogne et charpente iceluy Sr Aubert promet et s’oblige payer et bailler audit Bernier scavoir pour le lieu de la Hairearye la somme de 105 livres, pour le lieu de Bourneuf 47 livres et pour la Farferye 18 livres, sur laquelle somme iceluy Sr Aubert en a payé audit Bernier la somme de 36 livres 10 sols et le surplus de ladite somme icelui Sr Aubert promet et s’oblige la payer audit Bernier en travaillant payant fin de besogne fin de payement, ce qui a été ainsi voulu consenti, stipulé et accepté, et à ce tenir etc obligent etc renonçant etc dont etc fait et passé au bourg dudit Mozé maison dudit Sr Aubert en présence d’honorable homme Claude Rondeau Me chirurgien et Jacques Benoist marchand serger demeurant à Mozé témoins à ce requis et appelés, ledit Sr Bernier a dit ne savoir signer. Constat, accordé en faveur dudit marché qu’icelui Bernier passera un pan de bois qui y est présentement pour faire séparation du grenier audit lieu de la Harearye en l’endroit où il y sera marqué aussi pour faire séparation dudit grenier afin d’en faire deux en lequel pan de bois icelui Bernier y laissera la place d’une porte de largeur de 2 pieds 8 pouces. Signé Aubert, Benoist, Rondeau, Rontard

    Plus nous avons de confort et de spéculation sur les terrains, plus nos logements coûtent cher… et plus nous laissons d’exclus… Voyez tout le mal que se sont donnés Mr Borloo et Mme Boutin… Et, dans tous les cas, il serait vain de convertir des livres de 1623 en euros pour comprendre le prix d’une maison de nos ancêtes. Pour comparer, faut-il encore que les choses soient comparables…

    Vous pouvez visiter sur mon site de nombreuses montrées de l’habitat, lors de baux à ferme, en particulier le bail des terres dépendant de Mortiercrolles, situé autrefois en Haut-Anjou, aujourd’hui en Mayenne.