NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905, CHAPITRE I : LE BROUILLARD.

Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

Le train de Bretagne reptilait par la Fosse ses anneaux enlacés d’une lourde pelisse de brouillard. Sur les glaces des portières un éventail de buée grise s’était collé. Au travers, la roulerie monotone des roues contre les rails se mêlait au grouillement des travailleurs sur les quais liserés de navires. On ne voyait rien, mais on devinait proche – à cette heure de l’après-midi – tout un monde en activité de débardeurs culbutant les sacs, roulant les barriques, une vie intensive au chant des grues et des poulies cependant que des commandements brefs giclaient comme des coups assourdis d’horloges battant le temps.
Après une halte rapide à la minuscule gare de la Bourse – hangar coquet au centre de la difficile traversée de la Ville – le train reprit à gros souffles sa lente pérégrination. La locomotive sous sa couverture jaune ruisselante crevait du poitrail la muraille brumeuse ; à chaque effort elle lançait un jet d’écume gluante comme une poitrinaire qui râle une vieille agonie. Les interminables bar-rières des passages à niveau battaient à ses côtés des gammes ferraillardes au nez placide des chevaux, aux jurons des cochers qui attendaient la masse noire se glisser derrière un opaque rideau.
La gare d’Orléans – illuminée comme une fée électrique – s’élargit, mettant un point d’or dans l’ensemble terreux. De toute la force de ses poumons la locomotive siffla un hennissement sonore, piaffa son bruyant orgueil sur les voies enchevêtrées, scabreuse et raide sons l’immense hall vitré, puis s’immobilisa les freins cerclés aux jambes.
Parmi l’inextricable brouhaha des employés hurleurs et des voyageurs bousculés René de Lorcin se pressait vers la sortie. Dans la cour il héla un fiacre, fit charger ses malles.
Chez-lui ! rue Saint-Pierre.
Sur les coussins de la voiture il se reposa une main sous le menton, paressant d’un geste familier sa barbe naissante, dans la moiteur de son respir qu’il regardait voluter indifférent.
Quelques minutes à peine la voiture s’arrêta. Le cocher ouvrit la portière à l’entrée d’une vaste maison. Sous le porche se tenait une bonne femme en coiffe.

  • C’est vous, monsieur de Lorcin. Par quel fichu temps, mon Dieu ! Vous allez bien ?
  • Bonjour, madame. Demeux, me chambre est elle prête ?
  • Je vais vous conduire, monsieur. Vous prendrez ensuite une tasse de chocolat bien chaud que je vous ai préparée. Le froid arrive, monsieur, les rhumes avec.
  • Un quart d’heure plus tard René de Lorcin sirotait l’excellente tasse de chocolat chez son aimable propriétaire. Celle-ci assise dans un vieux fauteuil de cuir démodé regardait son hôte avec curiosité.

  • Vous arrivez de Brest, monsieur, demanda-t-elle, attirant son chat sur ses genoux et frappant d’un geste machinal le coin gauche de son tablier pour en chasser une imaginaire poussière.
  • Directement. J’en suis parti ce matin.
  • Soudain le chat ronronna plus fort. Dressé sur queue droite comme une asperge, il tournait au sommet du genou de sa maîtresse. Ses narines gonflées humaient les ondes aériennes saturées du délicieux fumet du chocolat.

  • Vous habitiez Nantes autrefois m’avez-vous dit dans votre lettre ? Avec vos parents sans doute ?
  • J’ai toujours habité Nantes depuis ma naissance avec ma famille. Je n’ai quitté cette ville que momentanément jusqu’à ma majorité après la mort rapide de mes parents pour aller à Brest chez un oncle.
  • René but une gorgée. Cette fois le chat n’y tint plus. Il quitta son poste favori et commença un multitudineux frottage aux jambes de l’inconnu.

  • Ah ! vous êtes Nantais !
  • Nantais de naissance, nantais de culture, ma bonne dame. Mes parents avaient une propriété dans les Dervallières. Une gentille maisonnette en briques rouges avec un jardin drapé de larges pelouses vertes où couraient d’innombrables poulets, pigeons, canards, pintades et autres volatiles. Ma mère affectionnait beaucoup ce petit monde. Puis un jour on apporta mon père mort d’un accident de voiture et ma mère ne tarda pas à le suivre. Oh C’est de l’histoire banale !
  • Pauvre monsieur, c’est dur tout de même de perdre son père et sa mère si jeune, en si peu de temps !… Alors vous restez à Nantes définitivement ?
  • Je n’en sais rien encore. Je m’ennuyais profondément à Brest. Tous mes souvenirs étaient ici. J’ai voulu revenir terminer mes études de droit. Là-bas, c’était une tristesse froide et maladive qui me cerclait le coeur. A Nantes, ma tristesse sera peuplée d’accoutumances surannées. Il n’est pas un pavé qui ne me soit un compagnon, un bavard de mon existence journalière.
  • Ah, Monsieur, vous avez bien raison. Nantes n’est pas une jolie ville. C’est boueux et sale pour sûr. Mais quand on est né à Nantes, on aime sa ville comme elle est. Moi, j’ai soixante ans passés de la Mi-Août, eh bien ! je serais malade de penser que je ne mourrais pas ici où est mort mon défunt mari.
  • Oui, d’un côté comme de l’autre, on peut aimer sa ville natale.
  • Et sur cette énigmatique réflexion René achevant sa tasse se leva pour sortir.
    Le chat n’avait cessé de sillonner contre les barreaux de la chaise. L’extrême pointe de sa queue virotait à coups secs.

  • Viendrez-vous dîner ce soir, monsieur René ? Volontiers, madame. A quelle heure ?
  • Comme vous voudrez. Sept heures. Nous causerons. Je suis bavarde, mais prête à vous rendre service, si vous avez besoin d’un coup de main pour défaire vos malles ?
  • Merci Merci ! vous êtes trop bonne.
  • Le coucou sortit sa tête du ciboire antique appelé horloge, hullula cinq fois, alors que sans bruit le minet profitant de l’inattention grimpait sur la table et lappait sournoisement le reste du chocolat.

    On était à l’orée du mois de Novembre. La lumière frileuse des jours — masquée déjà par le blocus du brouillard – avait fui au fond de ses boudoirs inexpugnables.
    René, le col du pardessus relevé, les mains dans les poches, descendit la Grande Rue, se dirigeant machinalement vers le centre de la ville. Crébillonner, suivant l’ancestre coutume des Nantais, c’est-à-dire monter et descendre cinq ou six fois vers cinq heures la plus belle rue semée de lumières comme une courtisane violemment fêtée.
    Les mailles de la brume se resserraient en se rapprochant du sol. On aurait dit traverser de la gelée compacte qui avait des baisers glacials de cadavres. Les globes élebtrics semblaient des figures bouffies d’anges tels qu’on en voit dans les églises aux jours de fêtes resplendis de l’éclat myriadaire des cierges environnant. Encombrées de jouets fantaisistes les devantures des bazars riaient des grimaces burlesques et bariolées, alors que celles des chapeliers et des drapiers pleu-raient des vers luisants dans des fossés de moires. De vaniteux reflets giclaient jusque sur le trottoir du coeur des bijoux et des colliers forçant les papillons humains à s’arrêter dans leur hémistiche tentateur, et les vendeurs de journaux s’égosilaient ; là bouche pleine de vapeurs râclait des fonds de gorges encrassées. Avec leurs veilleuses blanchies en leur puits d’ombre, au petit trot de leurs rosse apeurées, les fiacres craquaient sourdement des déchirures de bois pourri. Les coups de fouet cassaient l’ai comme une mare gluante d’un son épais. Plus puissants les automobiles dévidaient un roulement brutal et rageur d’être maintenus. Le museau – ras du sol – avec leurs gros yeux ronds giclés des orbites ils coupaient la route condensée, secouaient des lambeaux furieux sur leurs flancs d’acier ; leurs beuglements gutturaux tourbillonnaient les poussières qui barraient la voie, affolaient la continuelle descente de ces flots entassés ainsi que d’innombrables et minuscules moutons blêmes.
    Un tohu-bohu de conversations fluctuait. L’habitude : Nantes, au, travers le parcours des époques, lisse ses longs cheveux de brumes du même geste familier. Ses regards enfouis sous des voiles ténus de pluies – la pluie liseuse monotone de ses ennuis, infirmière cantale de ses chevets ! — mirent perpétuellement les pensers les plus simples et les identiques plus enracinés. Elle somnole bercée dans sa chevelure comme en un hamac persévérant de rêves vieillots. Son âme ressemble à ces papiers de soie mouillés. N’y touchez qu’avec des doigts coutumiers ! Son àme ne sait que la chanson des réminiscences qu’elle s’est lentement assimilées. Contez-lui la même histoire, elle vous écoutera. Chantez-lui la même rengaine, elle s’endormira futilement heureuse. Un rythme nouveau la ferait pleurer de douleur ou hurler de frayeur.
    Ah ! la grise paresseuse de l’Ouest. Elle vieillit comme la statue de ses promenades, passive entre le souffle du temps transformant ses bijoux, donnant diverses couleurs à sa robe flottante, sans la migraine des imprévus, sans effort de foi ou de vaillance, de regret ou d’espoir, parce qu’il emploie les siècles à son oeuvre novatrice — insensiblement.

    le train à Nantes
    le train à Nantes

    Collections privées – Reproduction interdite, y compris sur autre lieu d’Internet comme blog ou site
    Cliquez sur l’image pour l’agrandir :

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    François Williamson, écossais, seigneur de Lonlay-le-Tesson (Orne) par alliance en 1532 avec Jeanne de Saint-Germain

    Son père, Thomas Williamson, écossais allié aux Stuarts, était venu s’établir en France en 1495, sous le règne de Charles VIII. Il était l’un des 24 archers de la garde écossaise du maréchal d’Aubigny, son allié, et avait épousé Marguerite Rault, qui lui avait apporté les terres de Cahan et du Ménil-Hermé, puis avait acquis d’autres terres.
    Je viens de commencer la numérisation de l’ouvrage sur Lonlay-le-Tesson, dont j’avais aussi mis en ligne récemment des retranscriptions totales de BMS. J’ai mis en ligne ce jour l’histoire féodale de Lonlay-le-Tesson, et le reste de l’ouvrage suivra.
    Je cherche un (des) volontaires relecteur (s) correcteur (s) pour ce travail. Il suffit seulement de me signaler les fautes de frappe.

    Livres d’histoire locale : l’Orne, Normandie

    Ce billet répond à la demande « Je souhaite que vous puissiez me conseiller en ouvrages à consulter afin de mieux connaitre la vie dans cette région de l’Orne au 18e s »

    Même en disposant d’un solide budget il n’est pas possible d’acquérir d’un coup de baguette magique, même sur Internet, une bibliothèque d’histoire locale. Tappez « livre Orne » dans n’importe quel moteur de recherche sur Internet et vous voyez la pauvreté car la majorité des ouvrages sont épuisés.
    Les éditions Bonneton ont publié l’Orne, incontestablement le meilleur ouvrage pour comprendre l’histoire d’un département : cadre naturel, histoire, art, littérature, langue, économie, traditions populaires. Hélas épuisé… et je viens de voir que la Mayenne aussi est épuisée… donc ces ouvrages partent vite. Ils font généralement appel aux meilleurs connaisseurs, aux Archives Départementales, et sont bien faits.
    Puisque votre question concerne la période historique, voyez ensuite, toujours sur Internet le site d’histo.com qui reproduit et vend les ouvrages dont les droits sont tombés dans le domaine public, et voyez.

    Une autre possibilité concerne les publications des services de l’Inventaire. En l’occurrence Direction régionale des Affaires Culturelles de Basse Normandie, service régional de l’Inventaire général. Une partie est parfois en ligne, l’autre partie est acquérir comme tout ouvrage en librairie, mais leur site Internet vous en donne la liste.

    La meilleure solution consiste à se déplacer dans une bibliothèque d’histoire locale. Les meilleures sont sans conteste les bibliothèques des DRAC (service culturel dont j’ai parlé au § précédent) situées dans la ville qui dirige la région, région par région. Elles sont ouvertes au public et riches.

    Puis celles des grandes villes du département, mais préférer les bibliothèques municipales aux départementales dont cela n’est pas la vocation première. Donc allez à la bibliothèque municipale d’Alençon, et puisque l’Orne est un aigle à deux têtes, allez à Flers (ceci est une particularité de l’Orne, qui a officieusement deux têtes). Vous y aurez accès aussi bien aux livres qu’aux périodiques.

    Enfin, sur Gallica, ce n’est pas terrible pour répondre à votre question. Je viens d’aller revoir.
    Et avec les bouquinistes, il faut euros et temps, mais cela fonctionne bien sur Internet.

    Voici les ouvrages que j’ai acquis en tant d’années de recherches (ce n’est pas terrible).

  • Orne, Editions Bonneton, 1995, épuisé
  • La forge de Varenne à Champsecret, DRAC de Basse Normandie, service de l’Inventaire général, 2003
  • La Métallurgie du Maine, de l’âge de fer au milieu du 20e siècle, Cathiers du Patrimoine, Inventaire général, 2003
  • Gérard de Contades, Notice sur la commune de La Sauvagère, 1881 (réédition)
  • Gérard de Contades, Notice sur la commune de St Maurice du Désert, 1881 (réédition)
  • Gérard de Contades, Notice sur la commune de Lonlay-le-Tesson, 1881 (réédition)
  • Je n’ai jamais acquis les ouvrages réédités de Dumaine, qui sont pourtant importants à mes yeux. Il faut savoir se limiter, mais si quelqu’un les a acquis merci de faire signe… Il est dans le domaine public.
    C’est volontairement que les liens vers les sites commerciaux ne figurent pas, ils sont facile à trouver.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

    Confirmation en 1701 à Lonlay-le-Tesson

    En 1701, le registre paroissial de Lonlay-le-Tesson conserve la liste des confirmés,

    La confirmation est l’un des 7 sacrements de l’église Catholique, le quatrième en ordre. L’évêque, et lui seul, forme le signe de la croix sur le front de l’homme baptisé pour l’affermir et le fortifier dans la grâce reçue au baptême. Pour être confirmé il faut être en âge de comprendre les fondements de la religion catholique, ce qui donne environ 12 à 13 ans.
    En 1701, le registre paroissial de Lonlay-le-Tesson conserve la liste des confirmés, et dans sa grande bonté le prêtre donne pour chacun le nom des parents et l’âge.
    Compte tenu de la pauvreté du registre auparavant, c’est donc une source d’informations non négligeables.
    Les confirmants confirmés sont fort nombreux, bien trop pour une petite paroisse, et à la lecture on découvre que l’évêque avait négligé Lonlay-le-Tesson depuis longtemps !
    En effet, des garçons de 33 ans, 42 ans et même un de 62 ans sont confirmés. Les filles adultes sont moins nombreuses que les garçons, mais on note l’une de 30 ans, 40 ans, et même une de 72 ans.
    A la lecture des garçons, on pourrait penser qu’ils sont tous célibataires car nommés par leur parents, ce qui signifie par ailleurs généralement qu’ils ne sont pas mariés, sinon ils serait nommés par le nom de leur épouse.
    Pourtant, chez les filles, je lis bien VEUVE pour l’une d’entre elles.
    Je suis intriguée, alors si vous avez des éléments d’histoire de la confirmation qui puisse indiquer comment les confirmants étaient recrutés, merci de me faire signe dans les commentaires ci-dessous.
    Etait-ce seulement sur le fait de ne jamais avoir encore reçu ce sacrement ? J’ajoute que j’ai consulté le rituel de Nantes de 1776, mais en vain. Il ne traîte pas de la confirmation qui n’est pas une attribution du prêtre, et n’indique pas quels confirmants présenter à l’évêque.
    Bien entendu, je l’ai relevé et mis en ligne avec les BMS de ces années là.
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Lonlay-le-Tesson, Orne

    Merci infiniement à Mr Foucher, directeur des Archives Départementales de l’Orne, pour ses efforts dans la mise en ligne de ses archives. Grâce à son site, j’ai pu du haut de la tour où je demeure dans l’ensemble de la banlieue sud de Nantes, si loin de l’Orne chère à mon coeur, retranscrire en ce mois de novembre, le début des ruines du registre de Lonlay-le-Tesson, où se perdent mes LECOURT.

    Je fais des retranscriptions parce qu’elles sont bien plus que des tables : les retranscriptions sont à la fois TRI lissé des patronymes, et, entre crochets retranscription de l’acte, ce qui facilitera aux non paléogaphes leur lecture.

    Cette retranscription faite, il s’avère que Lonlay-le-Tesson est vraiement ruinée (registre trop abimé), lacunaire, et peu bavarde… les femmes n’y apparaissent souvent que sous le nom de leur époux… hélas !

    Voir ma page sur Lonlay-le-Tesson

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.