﻿{"id":2165,"date":"2008-03-30T09:22:23","date_gmt":"2008-03-30T07:22:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2165"},"modified":"2008-10-03T13:34:11","modified_gmt":"2008-10-03T11:34:11","slug":"nantes-la-brume-ludovic-garnica-de-la-cruz-paris-1905-chapitre-vii-labyrinthe-urbain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2165","title":{"rendered":"NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905, CHAPITRE VII. LABYRINTHE URBAIN."},"content":{"rendered":"<p>Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Num\u00e9risation Odile Halbert, 2008 &#8211; <strong>Reproduction interdite<\/strong>.<\/p>\n<p>Lolette, l&rsquo;insinuant joujou d&rsquo;amour ! Si la nuit n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 si longue, ils ne dormiraient pas encore quand midi claironna l&rsquo;horloge de la cath\u00e9drale. D\u2019entre la blancheur chaude des draps sortaient \u00e0 peine leurs deux t\u00eates. Lolette se reposait sur la poitrine de son ami, son petit corps frileux doucetement enseveli au creux des bras calins. Soudain la voix de Mme Demeux les tira de leur sommeil.<\/p>\n<li>Etes-vous malade ? Monsieur Ren\u00e9, cria la dame \u00e0 travers la porte.<\/li>\n<li>Non, non, madame Demeux, nous dormions.<\/li>\n<li>Vous dormiez ? s&rsquo;exclama-t-elle stup\u00e9faite de ce pluriel.<\/li>\n<li>Ah ! dit. Ren\u00e9 en riant, j&rsquo;ai de la compagnie. Entrez tout de m\u00eame.<\/li>\n<p>Quand il eut ouvert la porte :<br \/>\n<em>Voyez&#8230; une jolie petite amie.<\/em><br \/>\nIl montrait Lolette, ou plut\u00f4t un nez fluet et deux yeux timides, l&rsquo;ensemble noy\u00e9 dans le grand lit. Sur l&rsquo;oreiller les boucles noires mettaient comme un essaim de mouches.<\/p>\n<li>La jeunesse&#8230; la jeunesse, soupira Mme Demeux. On dirait qu&rsquo;elle a peur de moi votre connaissance. Je n&rsquo;ai pourtant pas un visage terrible malgr\u00e9 mon \u00e2ge.<\/li>\n<li>Elle est intimid\u00e9e&#8230; pour la premi\u00e8re fois, r\u00e9pliqua Ren\u00e9 en enfilant son pantalon.<\/li>\n<li>Je vous laisse, reprit Mme Demeux. Habillez-vous vite&#8230; Je vais mettre un couvert de plus.<\/li>\n<li>Mais, voulut dire Ren\u00e9&#8230;<\/li>\n<li>D\u00e9p\u00eachez-vous, interrompit la vieille dame en s&rsquo;enfuyant&#8230; d\u00e9p\u00eachez-vous, le d\u00e9jeuner sera froid.<\/li>\n<li>Comme elle est aimable ta propri\u00e9taire, je l&rsquo;aime d\u00e9j\u00e0, s&rsquo;\u00e9cria Lolette franchement \u00e9tonn\u00e9e !<\/li>\n<p>Une tr\u00e8s bonne femme d\u00e9vou\u00e9e pour moi.<\/p>\n<li>Vous serez avant peu une paire d&rsquo;amies&#8230; car je te garde&#8230; n&rsquo;est-ce pas ?<\/li>\n<p>Il s&rsquo;\u00e9tait pench\u00e9 sur le lit ; ses mains sous les draps attiraient le corps br\u00fblant de l&rsquo;aim\u00e9e ; leurs bouches se mel\u00e8rent longuement. Ne connaissait-il pas encore suffisamment l&rsquo;\u00e9crin pr\u00e9cieux de sa ma\u00eetresse ? Pas un duvet cependant de sa chair n&rsquo;avait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 ses caresses avides des myst\u00e8res les plus secrets. Se lasserait-il jamais de sucer aux pores du fruit nouveau de son verger de d\u00e9lices la savourance des volupt\u00e9s nouvelles ? Ce baiser inconnu jusqu&rsquo;alors \u00e0 ce contact de l\u00e8vres \u00e0 l\u00e8vres, quelle inoculence de flammes lanc\u00e9olantes au travers des fibres les plus lointaines ! Il pleut une averse de plaisirs aveuglants. Un tourbillon insens\u00e9 passe . . &#8230;&#8230;<br \/>\nQuelle bastonnade \u00e9trange moule ainsi le corps dans ses moindres replis ? Quel travail colossal s&rsquo;est effectu\u00e9 en nous ? Avons-nous mis la main au moteur formidable de la machine des humanit\u00e9s? Peut-\u00eatre ? Avons-nous quitt\u00e9 le monde terrestre pour quelque ciel \u00e9blouissant d&rsquo;ordre divin ? Qui sait !<br \/>\nIl eut le d\u00e9sir de lui montrer sa ville \u00e0 elle qui ne la connaissait que depuis une dizaine de jours.<\/p>\n<li>Nous irons voir la maison o\u00f9 sont morts mes parents, avait-il dit.<\/li>\n<p>Colette se fit \u00e9l\u00e9gante. Suspendue \u00e0 son bras, ils descendirent la rue de Strasbourg sur le large trottoir. <a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Paroisse\/Loireat\/Nantes-Port-Maillard.htm\">Place du Port-Communeau<\/a>, align\u00e9e d&rsquo;arbres, des voyous jouaient aux palets, d&rsquo;autres dormaient au maigre soleil masqu\u00e9 trop souvent de nuages lourds ; alentour la petite fontaine d&rsquo;approvisionnement des gamins braillaient une partie de saute-mouton dans le sable. Ils s&rsquo;arr\u00eat\u00e8rent une seconde au milieu du <a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Paroisse\/Loireat\/Nantes-Quai.htm\">Pont-Morand <\/a>d\u00f4mant l&rsquo;Erdre silencieuse. \u00c0 droite, Ren\u00e9 montra la rivi\u00e8re descendant entre<a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Paroisse\/Loireat\/Nantes-Prefecture.htm\"> les quais Ceineray <\/a>et de Versailles du quartier populeux de Barbin o\u00f9 g\u00eetaient une quantit\u00e9 consid\u00e9rable d&rsquo;ouvriers, de ling\u00e8res et de laveuses. Toute une flottille en b\u00e9rets gris de bateaux \u00e0 laver agitaient des linges comme des signaux de passeurs ; les battoirs tapaient, grondements de dogues pris de laryngite ou bourdons des bavardes intarissables. Le quai Ceineray, &#8211; sombre du dos de la Pr\u00e9fecture, v\u00e9siqu\u00e9 d&rsquo;affiches multicolores, touffu des accacias jaunis par la fum\u00e9e des fr\u00eales vapeurs qui font les excursions \u00e0 la Jonneli\u00e8re et \u00e0 Suc\u00e9, alors au repos pr\u00e8s les meules de fagots d\u00e9barqu\u00e9s, &#8211; finissait le long du square Saint-Andr\u00e9, le paradis coquet des bambins et des vieilles s&rsquo;attristant de l&rsquo;hiver. Le quai de Versailles, p\u00f4rtefaix des blocs de tuffeaux bl\u00eames comme des visages de pierrots morts, des tas de sable brunissant \u00e0 l&rsquo;ombre des grues pompant pour vomir ce sable des chalands dans les gueules des tombereaux attel\u00e9s ; d&rsquo;autres attendaient le cul \u00e0 terre, les brancards h\u00e9riss\u00e9s de d\u00e9sespoir, et, les chalands s&rsquo;h\u00e9b\u00e9taient au bord de ce dos bossu de quadrilat\u00e8res et de c\u00f4nes, ayant inscrit sur leurs fronts : chaux vive \u00e0 vendre. L\u00e0 bas par dessus les ateliers et les toits les deux tours de St-Donatien coulaient de clairs regards sur l&rsquo;aiguille de la Psalette. A gauche, l&rsquo;Erdre s&rsquo;en allait jeter son eau lourde et noir\u00e2tre dans la Loire par del\u00e0 <a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Paroisse\/Loireat\/Nantes-Mairie.htm\">le pont de l&rsquo;H\u00f4tel de Ville.<\/a> Sur ses quais serpentait un cordeau r\u00e9gulier d&rsquo;arbres ; les visages se crispaient au fond de l&rsquo;eau. L\u00e0, les chalands nageaient cornme de gros canards, pouss\u00e9s par des perches, ou cramponn\u00e9s aux anneaux des rives vidaient leurs ventres enceints \u00e0 tenue de planches ou de barriques. Longeant le quai des Tanneurs, l&rsquo;Usine \u00e0 gaz, le manteau blanc fendu d&rsquo;un nombril transparent laissant voir une exposition de moteurs en grande toilette, ramass\u00e9s sur eux-m\u00eames dans la lourdeur de leurs masses, pr\u00eats \u00e0 rugir au moindre signal. Un grand bras noir \u00e9tait descendu se figer an dessus de la voie \u00e0 la peau du quai, et des tentacules se baissaient, su\u00e7aient au fond des bateaux les tonnes de charbons pour les engouffrer d&rsquo;un va-et-vient bruyant au coeur de l&rsquo;usine vorace de sa nourriture quotidienne.<br \/>\nIls mont\u00e8rent lentement la spacieuse rue de Rennes au thorax vallonn\u00e9 comme les montagnes russes d&rsquo;un champ de foire dont les trams \u00e0 air comprim\u00e9 seraient les tra\u00eeneaux. Sont-ce ses soupirs que les r\u00e2les des charrettes de commissionnaires \u00e9chelonn\u00e9es devant les auberges, la b\u00e2che boursoulli\u00e9e de provisions les plus h\u00e9t\u00e9roclites ? Ren\u00e9 remplissait \u00e0 merveille son r\u00f4le de cicerone ; pas un d\u00e9tail n&rsquo;\u00e9tait \u00e9pargn\u00e9 \u00e0 sa petite amie qui l&rsquo;\u00e9coutait attentivement. Voici coll\u00e9s aux flancs de la rue Jeanne d&rsquo;Arc les deux tron\u00e7ons<a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Paroisse\/Loireat\/Nantes-Marches.htm\"> du march\u00e9 Talensac.<\/a> Le vendredi s&rsquo;y entassent les pauvres animaux que notre cruaut\u00e9 condanme \u00e0 mort apr\u00e8s le jugement du gourmand. On les martyrise \u00e0 l&rsquo;avance \u00e0 coups de pieds et de poings. Des brutes humaines maltraitent les humbles veaux li\u00e9s cinq ou six par le cou ; affol\u00e9s, ils n&rsquo;ont m\u00eame pas la force de pleurer ; ils tombent, se rel\u00e8vent sous un calvaire de claques marquetant leurs faibles \u00e9chines. Nombre de passants s&rsquo;indignent de cette barbarie, qui demain se repa\u00eetront d&rsquo;une c\u00f4telette saignante, sans se soucier qui a pay\u00e9 les bourreaux. Le samedi, les martyrs de nos app\u00e9tits, sont remplac\u00e9s par une foule de marchands et de marchandes. Des bonnes femmes de campagne tendent, pendant deux ou trois heures appuy\u00e9s sur leur ventre des paniers plats complets d&rsquo;oeufs et de beurre frais. Entre les rangs passent les domestiques, les ordonnances \u00e0 qui manque le tablier blanc et que Madame met \u00e0 toutes les sauces, les jeunes demoiselles en mal de ma\u00eetresses de maison. Sous les halles les grosses comm\u00e8res lippues tr\u00f4nent parmi les blocs de margarine surnomm\u00e9s beurre, les p\u00e2t\u00e9s d\u00e9goulinant leur graisse jusqu&rsquo;au sol, les quartiers sanglants de lapins et de volailles \u00e0 moiti\u00e9 plum\u00e9es. D\u2019autres jacassent au centre d&rsquo;un fouillis de carottes et de navets, se mouchent des doigts dans le persil et la por\u00e9e.<br \/>\nPlus loin ce sont les trois gazom\u00e8res : les cylindres blancs pressent le gaz alimentaire d&rsquo;une grande partie de l&rsquo;\u00e9clairage de la ville. Le p\u00e2le dortoir des f\u00e9es Lumi\u00e8res.<br \/>\nAu bout d&rsquo;une \u00e9troite rue sombre Lolette remarqua un portail s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<li>Un h\u00f4pital ? questionna-t-elle.<\/li>\n<li>Presque&#8230;.. un coll\u00e8ge.<\/li>\n<p>Marche inarr\u00eat\u00e9e le long des multitudineuses boutiques d&rsquo;\u00e9piceries, \u2014 devantures peinturlur\u00e9es de vert fonc\u00e9 \u2014 des buvettes, \u2014 devantures badigeonn\u00e9es de vert clair. Les arbres humides d\u00e9charnaient leurs ongles jusqu&rsquo;aux troisi\u00e8mes \u00e9tages, 0 le vasque d\u00e9licieux de boue de l&rsquo;avenue Blanche, ses coquettes maisons, figures fra\u00eeches de nouvelles n\u00e9es, quartier \u00e0 peine \u00e9clos du ventre de prairies et de jardins potagers ! L&rsquo;accoucheur ceint du cordeau, arm\u00e9 de pics est venu, et, ont apparu des toits bleus et des toits rouges. Les treuils battent les heures d&rsquo;un futur demain; les scies nasillardent ; les outils comme des chirurgiens s&rsquo;acharnent \u00e0 transformer la vie du cadavre de la campagne qui se fait lointain, On cr\u00e9e des rues. Les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s auront leurs noms sur de petits carr\u00e9s bleus : Carnot, Casimir P\u00e9rier, Villebois-Mareuil\u2026 On pourra peut-\u00eatre en \u00e9couler un certain nombre sur les urinoirs et les kiosques de n\u00e9cessit\u00e9s.<br \/>\nLa Route de Vannes, t\u00e9ton par o\u00f9 arrive une source pr\u00e9cieuse de lait. La Rue de la Pelleterie. Quelles florales \u00e9manations des parcs d&rsquo;horticulteurs ! \u00c7a embaume la taciturne utilit\u00e9 d&rsquo;un asile de nuit et la chambre du silence et des muettes d\u00e9sesp\u00e9rances ; le cimeti\u00e8re de Mis\u00e9ricorde. Le calme croasse. Rares les passants, rares les bavards. Les maisons closent leurs volets. La mort peut-elle les effrayer ? Allons, amoureux, hardi la vol\u00e9e de baisers exquise comme des primeurs ! Les voil\u00e0 place Charles Monselet. Une place Charles Monselet sans buste. Il l&rsquo;aurait sauf l&rsquo;esprit bric administrateurs. Le po\u00e8te des gourmets a sans doute une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 qui ne craint pas quelque saut dans l&rsquo;oubli. Il est mille fois pr\u00e9f\u00e9rable de consolider la gloire moins certaine d\u2019illustres inconnus ou de soldats. Des si\u00e8cles pour honorer le g\u00e9nie d&rsquo;un po\u00e8te, quelques jours pour ramasser la monnaie des bourgeois n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9rection d&rsquo;une statue, avec un drapeau, sur le tablier de la Bourse. Oh ! <a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Paroisse\/Loireat\/Nantes-Bourse.htm\">la Bourse<\/a>, le volontaire ch\u00e9rubin de Mme la renomm\u00e9e !<br \/>\nOubliant l&rsquo;aimable ami du \u00ab cher ange cochon, \u00bb ils se trouv\u00e8rent enfin dans les Dervalli\u00e8res apr\u00e8s avoir fr\u00f4l\u00e9 l&rsquo;\u00e9glise de N.-D. de Toutes-Joies, fra\u00eeche comme un pavillon virginal de procession. Ren\u00e9 d\u00e9signa de la main la maison de son enfance habit\u00e9e par de nouveaux ma\u00eetres. Flots d&rsquo;objets regrett\u00e9s qui l\u2019ont vu grandir, nombre souvenirs de fr\u00eale jeunesse, capricieux r\u00e9cital d&rsquo;heures v\u00e9cues aux temps fol\u00e2tres des culottes courtes et des sarreaux \u00e0 carreaux rouges ! Douces, les confidences \u00e0 l&rsquo;aube d&rsquo;un amour ! Pas d&rsquo;oreilles plus attentives aux banalit\u00e9s que celles de l&rsquo;aim\u00e9e. Elle aussi conta sa vie de mis\u00e8re \u00e0 Bordeaux. La vie p\u00e9nible d&rsquo;une famille nombreuse sans le p\u00e8re. Le travail douloureux, mal pay\u00e9 ; la souffrance des jalousies et des haines rivales. Ils apprenaient mutuellement des lambeaux inconnus de pass\u00e9s diff\u00e9rents. Avaient-ils le temps de songer au chemin ? Ren\u00e9 fut stup\u00e9fait de se trouver sur la place Canclaux au talon du glacial couvent des R\u00e9collets. Un tram descendait serrant les genoux sur la pente \u00e0 pic de la rue de Gigant. Lolette demanda : les b\u00e2timents sinistres que l&rsquo;on voit derri\u00e8re ?<\/p>\n<li>Les Dames Blanches, une maison de refuge, un p\u00e9nitencier \u00e0 l&rsquo;usage des filles amoureuses trop jeunes d&rsquo;apr\u00e8s le code, dont les garde-chiourme portent cornettes et ont des crucifix pour matraques.<\/li>\n<p>En ascensionnant le splendide boulevard Saint-Pern ils sentirent leurs jambes piccoter de lassitude.<\/p>\n<li>Si l&rsquo;on s&rsquo;asseyait ?<\/li>\n<li>Avec plaisir m\u00eame&#8230; <\/li>\n<p>Il y a des bancs sur la place Mellinet. Ronde. Un soleil de sable fusant les rayons de ses quatre grands boulevards s\u00e9par\u00e9s par d&rsquo;autres rues plus simplices, rayons moins orgueilleux du ventre central o\u00f9 surgit la statue du g\u00e9n\u00e9ral Mellinet, le geste brutal. L\u2019alentour de ses huit h\u00f4tels identiques comme les coulisses d&rsquo;un d\u00e9cor de th\u00e9\u00e2tre.<br \/>\nUn mis\u00e9rable boiteux joua de l&rsquo;orgue de barbarie. La manivelle tournait les \u00ab larmes de Martha \u00bb, la \u00ab valse des roses \u00bb. Ils se reposaient ainsi au rythme \u00e9grillard de la bo\u00eete \u00e0 musique, sans mot dire. Leur pens\u00e9e voguait impr\u00e9cise ainsi qu&rsquo;un extraordinaire papillon d&rsquo;automne. Sous les vastes arceaux de l&rsquo;avenue de Launay leur route se reprit, avec la chanson intime de ces riens roses qui sont les ruelles inexplor\u00e9es du bonheur. Le soir glissait ses coudes persistants dans le jour, cassant les vitres de la lumi\u00e8re. Leur \u00e9treinte se resserrait. Ils n&rsquo;avaient plus la force de regarder le march\u00e9 de La Moriciere en tulipe \u00e9vas\u00e9e. Saint Louis avec du taffetas dor\u00e9 entre les sourcils. La Tr\u00e9sorerie g\u00e9n\u00e9rale. Un titre en lettres d&rsquo;or sur ce caveau suant le salp\u00eatre vol\u00e9 au contribuable. Sur le cours de la R\u00e9publique. Des becs de gaz na\u00effs d&rsquo;\u00e9clairage ; de la monotonie songeuse entre les altitudes des maisons en bordure ; <a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Paroisse\/Loireat\/Nantes-Statues.htm\">Cambronne<\/a> crispant le bronze de son drapeau d\u00e9chiquet\u00e9, la gueule furibonde du fameux mot patriote rest\u00e9 depuis dans le g\u00e9nie courant de retro langue ; les amoureux paisibles de ces soirs de novembre qu&rsquo;attristent une fine pluie.<br \/>\nLa pluie, toujours la pluie, l&rsquo;interminable pluie plaquant sa causerie de laque sur l&rsquo;\u00e2me de la ville, la noyant dun r\u00eave cr\u00e9pusculaire, de boue noir\u00e2tre sur ses pav\u00e9s et ses trottoirs. Litanie simplice termin\u00e9e de maladives oraisons.<br \/>\nLes amants sous leur parapluie baiss\u00e9 avaient repris la route de chez eux. La fossoyeuse des soleils creusait de ses bras jaillissants le nid profond et douillet des solitudes pieuses o\u00f9 l&rsquo;on \u00e9gr\u00e8ne le rosaire divin des baisers.<br \/>\nAvec la fin du mois le froid s&rsquo;\u00e2crait. Sa bouche cruelle mordait aux pans des chairs violettes. Lolette paressait au lit. Les apr\u00e8s-midis quand la brume qui ne retirait jamais compl\u00e8tement ses filets n&rsquo;\u00e9tait pas trop hostile ils continuaient leur visite \u00e0 la ville. Souhaiter le bonjour aux surveillants des anciennes fl\u00e2neries et des ballades coutumnales. Aussi une pr\u00e9sentation officielle de sa dame, o\u00f9 l&rsquo;on croquait des bonbons de souvenances, o\u00f9 l&rsquo;on buvait deux doigts de sympathie muette.<br \/>\nLes coriaces maisons <a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Paroisse\/Loireat\/Nantes-Eglises.htm\">du quartier Sainte-Croix <\/a>grima\u00e7aient d&rsquo;affectueux sourires de bienvenue \u00e0 leur passage. Un peu d&rsquo;air pur, leur froufrou, dans l&#8217;empuanteur d&rsquo;un abandon lugubre de mauvais cris, d&rsquo;attouchements canailles. Fantasque p\u00e2t\u00e9 que les voies nouvelles resserrent d&rsquo;un cran \u00e0 chaque tour de lustre. Des gueuleries crapuliennes \u00e9miettent le fouillis des rues Beauregard et du Vieil-H\u00f4pital. La rumeur malsaine des grues de bas \u00e9tage l&rsquo;infecte. O\u00f9 sont les longs bonnets des marchands pensifs de Bretagne, les pages myst\u00e9rieux chuchoteurs des r\u00e9cits d&rsquo;alc\u00f4ve au coin de l\u2019\u00e2tre parmi les re\u00eetres sonnant haut et clair leurs \u00e9perons sur les bancs de bois ? O\u00f9 sont les maritornes aux reins forts raillant l&rsquo;audace des colosses et des routiers, et les vagues r\u00eaveurs en chaussures \u00e0 poulaine ? O\u00f9 sont les neiges d&rsquo;antan, souteneurs en guenilles, marlous puant l&rsquo;alcool et le sang caill\u00e9, fripouille amoncel\u00e9e de voleurs et d&rsquo;assassins en souleries bestiales ? Ce qui reste du vieux Nantes, fourmili\u00e8re abandonn\u00e9e des manants de la bonne duchesse vidant, les brocs et caressant le menton des pucelles, n&rsquo;est plus qu&rsquo;un s\u00e9jour de mis\u00e8re ignoble, taudis glacial de pourritures spirituelles et corporelles. Les goutti\u00e8res de t\u00f4le sacrent le long des fa\u00e7ades en bois des portes au vantail parfois finement sculpt\u00e9. Ici une vieille l\u00e9gende s&rsquo;est Conserv\u00e9e, et Port prie une madone : Notre Dame de la D\u00e9livrance en sa niche de pl\u00e2tre. L\u00e0, une tourelle, rue F\u00e9nelon, o\u00f9 Gabrielle d&rsquo;Estr\u00e9es, dit-on, recevait son royal amant. Et dans ces murs o\u00f9 le roi de France buvait avec raffinement, les bras de sa ma\u00eetresse, genoux en terre comme un simple vilain aux pieds de l&rsquo;idole d&rsquo;amour, un \u00eatre vulgaire a probablement construit ses latrines tapiss\u00e9es des caricatures du Petit Journal.<br \/>\nCependant il reste plaqu\u00e9 le cachet original d&rsquo;une \u00e9poque oubli\u00e9e. Des \u00e9tages semblent sculpt\u00e9s dans des parois de murailles ainsi que les forteresses de bo\u00eetes \u00e0 soldats. D&rsquo;inextricables escaliers effeuillent des fen\u00eatres et des toits d&rsquo;avant-sc\u00e8ne, bizarreries curieuses que Ren\u00e9 savait faire entrevoir rue de l&rsquo;Arche-S\u00e8che \u00e0 Lolette, \u00e9merveill\u00e9e de ses r\u00e9cits enlumin\u00e9s. Cependant qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait pas brave en parcourant les d\u00e9dales \u00e9troits de ces rues. Les passants avaient des mines souvent douteuses, les gamins en robe juraient comme des charretiers, les jeunes filles d\u00e9couvraient des l&rsquo;ateliers noircis de vice et des yeux pourris d&rsquo;alcool. Elle \u00e9touffait mal \u00e0 l&rsquo;aise de ces d\u00e9tours compliqu\u00e9s ; ses poumons s&rsquo;\u00e9crabouillaient dans la lourde atmosph\u00e8re.<\/p>\n<p><em>suite de ce chapitre, fort long, demain<\/em><\/p>\n<p>Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Num\u00e9risation Odile Halbert, 2008 &#8211; <strong>Reproduction interdite<\/strong>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileO.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileH.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> Odile Halbert &#8211; <strong>Reproduction interdite sur autre endroit d&rsquo;Internet <\/strong> seule une citation ou un lien sont autoris\u00e9s.<strong><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Num\u00e9risation Odile Halbert, 2008 &#8211; Reproduction interdite. Lolette, l&rsquo;insinuant joujou d&rsquo;amour ! Si la nuit n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 si longue, ils ne dormiraient pas encore quand midi claironna l&rsquo;horloge de la cath\u00e9drale. D\u2019entre la blancheur chaude des draps sortaient \u00e0 peine leurs deux t\u00eates. Lolette se &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2165\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905, CHAPITRE VII. LABYRINTHE URBAIN.&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[78],"tags":[298,246],"class_list":["post-2165","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nantes","tag-garnical-de-la-cruz","tag-nantes-la-brume"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2165","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2165"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2165\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3476,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2165\/revisions\/3476"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2165"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2165"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2165"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}