﻿{"id":2408,"date":"2008-06-02T05:44:03","date_gmt":"2008-06-02T03:44:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2408"},"modified":"2009-03-11T11:20:33","modified_gmt":"2009-03-11T09:20:33","slug":"baudreur-baudreur-de-balliene-un-metier-dans-le-matelas-de-filasse-mais-nest-pas-brodeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2408","title":{"rendered":"Baudreur, baudreur de balline : un m\u00e9tier dans le matelas de filasse, mais n&rsquo;est pas brodeur"},"content":{"rendered":"<p>(baudre, filasse de racines de plantes) et la balle d&rsquo;avoine, en Anjou. L&rsquo;Anjou, comme les autres provinces de France, avait souvent un vocabulaire local. En particulier, <\/p>\n<blockquote><p><strong>la baudre<\/strong> d\u00e9signait la filasse grossi\u00e8re fournie par la racine des plantes. Je tiens ce terme du Glossaire \u00e9tymologique et historique des patois et des parlers de l&rsquo;Anjou, de Verrier et Onillon, 1908, qui a \u00e9t\u00e9 repris par Lachiver dans son Dictionnaire du monde rural, Fayard, 1997.<\/p><\/blockquote>\n<p>Je note au passage qu&rsquo;on utilisait la racine des plantes pour faire de la filasse, mais j&rsquo;ignore quelles plantes. Je suis venue \u00e0 ce terme parce que j&rsquo;ai aper\u00e7u un m\u00e9tier curieux, que j&rsquo;ai tent\u00e9 de comprendre. Voici donc d&rsquo;abord deux actes dans lesquels figure ce m\u00e9tier :<\/p>\n<p><em>Voici le 1er acte<\/em> : Le 17 janvier 1628 Dvt Jacques Jucqueau Nre royal de la court de St Laurents des Mortiers (<em>Archives D\u00e9partementales du Maine et Loire, s\u00e9rie 5E<\/em>) Dt \u00e0 Mir\u00e9, <strong>Fran\u00e7ois Amiar marchand baudreur de balliene <\/strong>d\u2019une part et Ren\u00e9e Moreau preneure d\u2019autre part demeurant au bourg dudit Mir\u00e9,<br \/>\nlesquels ont fait ensemble<strong> le bail \u00e0 titre de soubzferme<\/strong> convansions et obligasions qui en suive, savoir est que ledit Amiard a baill\u00e9 audit tiltre pour le tens de toys ans continuels qui ont commans\u00e9 au jour et feste de Toussaint derni\u00e8re et \u00e0 finir \u00e0 parrail jour \u00e0 ladite Moreau prenante et acceptante pour elle scavoir est<br \/>\n<strong>ung apentis de maison dans lequel y a chemin\u00e9e <\/strong>estant adjasent la maison que ledit Amiard tient \u00e0 tiltre de ferme de Me Jean Davy, lequel apantis en d\u00e9pans<br \/>\n\u00e0 la charge de ladite Moreau d\u2019an poyer par chacun an audit Amiard <strong>la somme de 30 sols<\/strong> le premier poyement commansant \u00e0 la Toussaint prochene et \u00e0 continuer et a donn\u00e9 ledit Amiard \u00e0 ladite Moreau coure di prandre pandant ledit tans des herbes dans ces jardins pour l\u2019usaige de ladite Moreau seulement, et ou ledit bail seroit rompu ce pr\u00e9sent n\u2019aura lieu entres lesdites seules parties sans aulcun dommayges ne interestz. Sign\u00e9 Amiard. (\u00a0\u00bb<em><a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2417\">Nous avons vu la balline le mois dernier<\/a><\/em>\u00a0\u00bb).<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/baudreur.1.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/baudreur.1.JPG\" class=\"alignnone\" width=\"568\" height=\"120\" \/><\/a><\/p>\n<p><em>Voici le 2e acte<\/em> : Le 17 janvier 1628 Dvt Jacques Jucqueau Nre royal de la court de St Laurents des Mortiers (<em>Archives D\u00e9partementales du Maine et Loire, s\u00e9rie 5E<\/em>) Dt \u00e0 Mir\u00e9, Ren\u00e9e Moreau assist\u00e9e de Fran\u00e7ois Amiar marchand baudereur son procquereur et amy \u00e0 ce pr\u00e9sant demeurant audit Mir\u00e9, laquelle a recogneu avoir est\u00e9 log\u00e9 cy-davant par l\u2019espace de trois ans en la maison des enfans de Jean Titau au bourc dudit mir\u00e9 et qu\u2019elle a est\u00e9 trait\u00e9e chauff\u00e9e log\u00e9e saine et mallade et assist\u00e9e par ledit Jean Tiraut lors qu\u2019elle estoit mallade, pour lequel traitement et logement et antretien ladite Moreau a desduit et rabattu audit Jean Tiraut et sesdits enfants la somme de 64 livres qui luy restent \u00e0 payer sur une obligation en forme de transaction receu devant Me Jean Davy notaire montant 100 livres<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/baudreur.2.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/baudreur.2.JPG\" class=\"alignnone\" width=\"568\" height=\"120\" \/><\/a><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois Amiard signe fort bien, et je le mettrai par habitude de ce type de signature au niveau de certains marchands de fil. Le premier acte est tr\u00e8s int\u00e9ressant car il est pr\u00e9cis\u00e9 \u00ab baudreur de balliene \u00bb. Or, <a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2417\">la balline n&rsquo;est autre que le matelas rempli de balle<\/a>, enfin, l\u00e0 encore, le terme est purement angevin. Donc manifestement notre marchand est bien dans la filasse et ses produits d\u00e9riv\u00e9s, il n&rsquo;y a aucun doute \u00e0 avoir. Bien entendu le m\u00e9tier de \u00ab baudreur \u00bb ne figure nulle part, mais manifestement dans ce petit coin d&rsquo;Anjou, on a \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 coller \u00e0 la baudre son m\u00e9tier. Or, ce coin d&rsquo;Anjou, c&rsquo;est \u00e0 dire l&rsquo;E.N.E., est celui o\u00f9 j&rsquo;avais trouv\u00e9 un brodeur mettant son fils en apprentissage chez un tailleur d&rsquo;habits. J&rsquo;ai donc relu ce contrat d&rsquo;apprentissage, que voici :<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/baudreur.3.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/baudreur.3.JPG\" class=\"alignnone\" width=\"568\" height=\"100\" \/><\/a><\/p>\n<p>et cette fois, je suis prise d&rsquo;un doute, et j&rsquo;ai l&rsquo;impression qu&rsquo;il pourrait s&rsquo;agir ici d&rsquo;une forme orthographique du <em>baudreur<\/em> ? Ainsi, je m&rsquo;expliquerai mieux ce p\u00e8re baudreur mettant son fils en apprentissage chez un tailleur d&rsquo;habits, car un tailleur d&rsquo;habits rural ne fait rien \u00e0 la mode. La mode se fait \u00e0 Paris, puis descend dans les grandes villes de province, et je peux vous affirmer que les dames fortun\u00e9s susceptibles de s&rsquo;habiller de robes brod\u00e9es, visaient tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment la mode de Paris, au pire d&rsquo;Angers ou Nantes. D&rsquo;Anjou elles allaient \u00e0 Angers passer leur commandes pour s&rsquo;habiller, pas \u00e0 la campagne, et m\u00eame j&rsquo;ai trouv\u00e9 un acte par lequel une angevine demandait qu&rsquo;on lui ram\u00e8ne une robe de Paris. Donc le brodeur de campagne est impossible&#8230;<br \/>\nD&rsquo;ailleurs, il n&rsquo;y a pas si longtemps que cela la mode \u00e9tait encore Paris, elle arrivait quelques mois plus tard \u00e0 Nantes, mais dans la campagne ce n&rsquo;\u00e9tait pas terrible dans les boutiques, et cela a beaucoup \u00e9volu\u00e9 depuis peu&#8230; Ma g\u00e9n\u00e9ration aura vu cette r\u00e9volution dans la mode&#8230;<\/p>\n<p>Et au passage, le second acte est fort int\u00e9ressant, car cette femme a \u00e9t\u00e9 h\u00e9berg\u00e9e pour 64 livres pendant un an, mais ne peut sans doute continuer de tels frais, alors elle a trouv\u00e9 \u00e0 louer un appentis \u00e0 Fran\u00e7ois Amyard qui lui coutera moins cher&#8230;<\/p>\n<p>Autre remarque, amusante. Si vous tappez \u00ab <em>balle d&rsquo;avoine<\/em> \u00bb en mettant bien ainsi les crochets, dans n&rsquo;importe quel moteur de recherche sur le Web, vous allez voir appara\u00eetre des sites qui pr\u00e9conisent pour la sant\u00e9 le matelas de balle d&rsquo;avoine. Ils sont surtout Canadiens, preuve qu&rsquo;eux au moins n&rsquo;ont pas oubli\u00e9 les bonnes pratiques de nos anc\u00eatres, car il para\u00eet qu&rsquo;on y dort mieux&#8230; Donc me voici rassur\u00e9e, nos anc\u00eatres ne dormaient pas dans l&rsquo;inconfort&#8230;<\/p>\n<p>Voyez aussi le <a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2909\"><strong>contrat d&rsquo;apprentissage d&rsquo;un fils de baudreur<\/strong> comme tailleur d&rsquo;habits<\/a> <\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileO.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileH.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> Odile Halbert &#8211; <strong>Reproduction interdite sur autre endroit d&rsquo;Internet <\/strong> seule une citation ou un lien sont autoris\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(baudre, filasse de racines de plantes) et la balle d&rsquo;avoine, en Anjou. L&rsquo;Anjou, comme les autres provinces de France, avait souvent un vocabulaire local. En particulier, la baudre d\u00e9signait la filasse grossi\u00e8re fournie par la racine des plantes. Je tiens ce terme du Glossaire \u00e9tymologique et historique des patois et des parlers de l&rsquo;Anjou, de &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=2408\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Baudreur, baudreur de balline : un m\u00e9tier dans le matelas de filasse, mais n&rsquo;est pas brodeur&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1206],"tags":[5297,344,343,345],"class_list":["post-2408","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-fillainetissus","tag-metier","tag-balline","tag-baudreur","tag-filasse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2408","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2408"}],"version-history":[{"count":14,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2408\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8731,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2408\/revisions\/8731"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2408"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2408"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2408"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}