﻿{"id":3213,"date":"2008-03-03T06:03:27","date_gmt":"2008-03-03T04:03:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=3213"},"modified":"2015-11-23T19:27:11","modified_gmt":"2015-11-23T17:27:11","slug":"contrat-de-mariage-de-charles-goddes-et-vincente-lefebvre-1592","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=3213","title":{"rendered":"Contrat de mariage de Charles Goddes et Vincente Lefebvre, 1592"},"content":{"rendered":"<p>commentaires du billet du 1er mars<\/p>\n<p>Avant-hier, ce billet vous donnait un contrat de mariage, et j&rsquo;attendais que vous d\u00e9tectiez deux points marquants, l&rsquo;un ayant trait \u00e0 la forme, l&rsquo;autre \u00e0 une clause particuli\u00e8re. Cela vous a sembl\u00e9 difficile, sans doute manque d&rsquo;entra\u00eenement.<br \/>\nJe suis si entra\u00een\u00e9e que lorsque je lis un contrat de mariage, je le per\u00e7ois comme un morceau de musique : il a en effet un rythme propre. M\u00eame s&rsquo;il varie d&rsquo;une province \u00e0 l&rsquo;autre, en fonction du droit coutumier, on retrouve toujours ce ryhtme.<\/p>\n<p>L&rsquo;ouverture ou pr\u00e9lude, est r\u00e9serv\u00e9 aux promesses de mariage, car ce contrat est un engagement au mariage, au m\u00eame titre que les fian\u00e7ailles. Or, avant la R\u00e9volution, c&rsquo;est devant Dieu qu&rsquo;est le mariage, donc le contrat de mariage commence toujours par cette promesse de mariage en face de la sainte \u00e9glise catholique&#8230; <\/p>\n<ol>\nDans le contrat pr\u00e9sent, <strong>ce n&rsquo;est que page 4, ligne 6, qu&rsquo;apr\u00e8s avoir bien \u00e9voqu\u00e9 les gros sous, on s&rsquo;est aper\u00e7u qu&rsquo;on avait un peu oubli\u00e9 Dieu dans tout cela,<\/strong> et qu&rsquo;on l&rsquo;a rapidement rajout\u00e9 ! Ainsi, ce contrat brise le rythme habituel, et refl\u00e8te \u00e0 mon avis la pr\u00e9cipitation de tous \u00e0 parler affaires. D&rsquo;ailleurs, il refl\u00e8te, pouss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit qui r\u00e9gnait dans ces contrats : dans le cas pr\u00e9sent ils sont all\u00e9s jusqu&rsquo;au bout, et je peux attest\u00e9 que Grud\u00e9, le notaire en question n&rsquo;est pas le premier venu, mais un grand notaire, habitu\u00e9 des mariages mondains affairistes.<\/ol>\n<p>La sc\u00e8ne se passe le plus souvent dans la salle de la maison de famille de la jeune fille. Ici, le p\u00e8re \u00e9tant d\u00e9c\u00e9d\u00e9, on est chez un oncle maternel, Guillaume Bonvoisin, juge de la pr\u00e9v\u00f4t\u00e9.<br \/>\nOn a align\u00e9 les ch\u00e8res (<em>chaises en 1592<\/em>), car tout le clan familial est r\u00e9uni, pour la demi-journ\u00e9e. Autrefois, on prenait son temps, et un acte notari\u00e9 prenait plusieurs heures.<br \/>\nEnfin, quand je dis le clan de famille, comprenez les hommes de la famille, car les femmes ne traitent pas affaires, du moins tant que leur mari vit.<br \/>\n<strong>Ce qui signifie que la future \u00e9pouse est l\u00e0 au milieu d&rsquo;un tas de messieurs discutant \u00e2prement gros sous pour elle&#8230; J&rsquo;ai des cas extr\u00eames, dont je vous entretiendrai : une toute jeune fille, transplant\u00e9e brutalement devant un veuf et une trentaine de messieurs discutant gros sous, le tout sans maman&#8230;<\/strong><\/p>\n<p>Les signatures de ces contrats sont toujours int\u00e9ressantes. Elles ont elles aussi un rythme immuable : futur, future, p\u00e8res, oncles, et ainsi de suite de proche en proche, pouvant aller assez loin dans les degr\u00e9s de parent\u00e9&#8230; Ces signatures peuvent parfois servir d&rsquo;identification d&rsquo;untel&#8230;<br \/>\nA ce sujet, dans les mariages religieux de nos registres paroissiaux, tr\u00e8s rares sont les cur\u00e9s \u00e0 avoir donn\u00e9 pour t\u00e9moin une femme, l\u00e0 encore, c&rsquo;\u00e9tait une affaire d&rsquo;hommes.<\/p>\n<li><strong>Passons \u00e0 la clause particuli\u00e8re m\u00e9ritant qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate.<\/strong><\/li>\n<p>Un contrat de mariage comporte des clauses immuables sur lesquelles nous reviendrons. L&rsquo;une de ces clauses pr\u00e9cise toujours quelle part des avancements de droit successif (<em>aussi appel\u00e9s la dot<\/em>) entrera dans la communaut\u00e9. Le reste, soit g\u00e9n\u00e9ralement 90 % du montant de la dot, reste bien propre de la femme. Si son mari vend l&rsquo;un des biens propres de sa femme, il est tenu par le droit de le remplacer en un autre bien r\u00e9put\u00e9 aussi du propre de sa femme. <\/p>\n<ol>\n<strong>Si Madame poss\u00e8de en bien propre la closerie de la Terre-a-Papa-Maman \u00e0 ZZ, Monsieur est tenu de r\u00e9investir la m\u00eame somme dans la closerie de la Terre-a-Maman-Papa \u00e0 YY, qui sera toujours un bien propre de Madame. Ainsi, sans en avoir l&rsquo;air, Madame est prot\u00e9g\u00e9e.<\/strong><\/ol>\n<p><strong>Seulement, tout irait bien si la France \u00e9tait unifi\u00e9e. H\u00e9las, elle est d\u00e9coup\u00e9e en provinces, au droit coutumier \u00e9minement variable<\/strong>. Pire, le futur est un horsain, un survenu, dont le p\u00e8re est arriv\u00e9 de Normandie dans la suite des de Coss\u00e9-Brissac, pour lesquels ils officient au ch\u00e2teau de Brissac. D&rsquo;ailleurs, vous remarquez dans le contrat de mariage que ce futur est rigoureusement seul et sans aucune mention de filiation, dans le contrat de mariage.<\/p>\n<ol>\nAlors, le clan Lefebvre-Bonvoisin, pris d&rsquo;une soudaine m\u00e9fiance envers ce Normand et toute la Normandie, <strong>ajoute une clause particuli\u00e8re, peu aimable pour les Normands. En fait, ils expriment leur crainte de voir ce survenu repartir s&rsquo;installer en Normandie,<\/strong> auquel cas il pourrait fort bien vendre les biens angevins et investir en Normandie. Horreur pour les Angevins !<\/ol>\n<p>Ce n&rsquo;est par formul\u00e9 de la sorte, mais c&rsquo;est ce qu&rsquo;exprime clairement la phrase que j&rsquo;ai surgraiss\u00e9e dans le contrat de mariage (<em>voir le billet du 1er mars<\/em>) : si le futur veut remplacer les biens angevins de Madame pour des biens Normands, il est pr\u00e9venu qu&rsquo;il doit respecter le droit angevin, plus favorable.<\/p>\n<p><em>Salut, Normands de mon coeur, je vous aime !<\/em><\/p>\n<p><em>Roberde Bonvoisin, la m\u00e8re de Vincente, encore vivante, et qui a d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9 13 enfants, est pr\u00e9sente \u00e0 ce contrat. La m\u00e8re de la jeune fille, lorsqu&rsquo;elle vit encore, a le droit d&rsquo;assister \u00e0 cette r\u00e9union entre hommes du clan familial. Ouf ! la future \u00e9tait un peu accompagn\u00e9e&#8230; ce n&rsquo;\u00e9tait pas toujours le cas&#8230; j&rsquo;ai un cas parmi d&rsquo;autres, o\u00f9 elle a 18 ans, sans sa m\u00e8re, et seule face \u00e0 une kyrielle de messieurs..<\/em><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileO.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileH.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> Odile Halbert &#8211; <strong>Reproduction interdite sur autre endroit d&rsquo;Internet <\/strong> seule une citation ou un lien sont autoris\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>commentaires du billet du 1er mars Avant-hier, ce billet vous donnait un contrat de mariage, et j&rsquo;attendais que vous d\u00e9tectiez deux points marquants, l&rsquo;un ayant trait \u00e0 la forme, l&rsquo;autre \u00e0 une clause particuli\u00e8re. 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