﻿{"id":34283,"date":"2019-09-29T07:56:52","date_gmt":"2019-09-29T05:56:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=34283"},"modified":"2023-03-10T09:41:20","modified_gmt":"2023-03-10T07:41:20","slug":"henri-barbot-auteur-oublie-ses-relations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=34283","title":{"rendered":"Henri Barbot, auteur oubli\u00e9 : ses relations"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;ouvrage \u00ab\u00a0Nantes en fl\u00e2nant\u00a0\u00bb, d&rsquo;Henri Barbot, ne re\u00e7ut gu\u00e8re de publicit\u00e9, pourtant en voici une tr\u00e8s belle, parue cette fois dans un grand quotidien Nantais :<\/p>\n<p>Le Phare de la Loire, 19 septembre 1930<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Il y a beaucoup de livres sur Nantes. En voici un de Henri Barbot, qui restera. Nous n\u2019en voyons pas de plus joliment \u00e9crit, d\u2019une plume plus l\u00e9g\u00e8re, de ton plus exact, sous un v\u00eatement d\u2019humour qui ne court pas les rues. Il est fait de sc\u00e8nes et de croquis descriptifs de la vie nantaise, et vus, dis je vus, ce qu\u2019on appelle vus, comme dirait Moli\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">On ne fl\u00e2ne plus gu\u00e8re. Comment le pourrait-on\u00a0? La ville d\u2019aujourd\u2019hui est livr\u00e9e aux autos. Elle ne ressemble d\u00e9j\u00e0 plus \u00e0 la ville d\u2019hier. Elle a m\u00eame perdu son fleuve, sa Loire, qui l\u2019avait fait surnommer la Venise de l\u2019Ouest. Plus de fleuve\u00a0! et apr\u00e8s-demain plus de canal\u00a0!<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Qui donc prendra la d\u00e9fense de cette utile et pittoresque rivi\u00e8re qu\u2019est l\u2019Erdre, se demande Henri Barbot, sur laquelle s\u2019acharnent les entrepreneurs de bouleversements ,<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Il a raison. Nous n\u2019avons pas l\u2019air de prendre garde que combler des bras qui faisaient de Nantes un port si vivant, c\u2019est supprimer \u00ab la principale raison d\u2019\u00eatre de toutes ces maisons commer\u00e7antes, trafiquantes et industrielles qui les bordent \u00bb. Avant peu, les quais grouillants du port de Nantes seront \u00e0 Saint-S\u00e9bastien, \u00e0 Tretemoult et \u00e0 la Grenouill\u00e8re. Des boulevards modernes d\u00eement ratiss\u00e9s recouvriront les bras d\u00e9funts, comme font les tertres sur les tombes, et entour\u00e9s de grilles.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Mais l\u2019auteur ne s\u2019attarde pas en lamentations inutiles. Le fl\u00e2neur est un philosophe errant. Il erre, en souriant, s\u2019apitoie au besoin dans les coins o\u00f9 la cit\u00e9 rejette ses mis\u00e8res, mais passe. Henri Barbot a des tableautins achev\u00e9s de certains lieux que le chauffeur ignore\u00a0: en Chantenay, les Baronnies, le Bois-Hardy, le chemin du Buzard, le Gu\u00e9-Moreau. Ces croquis sont saisissants d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 qui porte en elle son enseignement. C\u2019est de l\u2019art v\u00e9ritable.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Il conna\u00eet aussi notre int\u00e9rieur \u00e0 fond. Il brosse des tableaux de ma\u00eetre sur cette horreur que sont certains march\u00e9s que nous n\u2019osons nommer. Il note m\u00eame le vocabulaire qui caract\u00e9rise\u00a0: \u00ab\u00a0 Allons la p\u2019tite m\u00e8re, d\u00eetes rien, c\u2019est dans la noix&#8230; Comment\u00a0? y a pas le poids fort\u00a0?&#8230; Tiens, ma belle, un beau petit os avec&#8230; et du papier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Un chapitre intitul\u00e9 Gaz et fum\u00e9es en dit long sur notre usine \u00e0 gaz, et de la fa\u00e7on la plus amusante du monde. Mais il triomphe dans la sc\u00e8ne du tram, par exemple, qu\u2019il intitute Plateforme.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00ab\u00a0Quand toutes les dames\u00a0\u00bb vous ont mont\u00e9 sur les pieds, afin de monter avant vous dans le tramway, et que vous \u00eates enfin arriv\u00e9 \u00e0 vous hisser sur la plateforme&#8230; vous avez le loisir d\u2019examiner l\u2019int\u00e9rieur de la voiture, bien \u00e9clair\u00e9, bien abrit\u00e9, et de voir le dos de tous ceux qui se pr\u00e9lassent sur la cannage \u00e9lastique de la compagnie, sans, pour cela, payer plus cher que vous\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Alors on est frapp\u00e9 de la parfaite ressemblance de sa condition avec celle de l\u2019\u00e9lecteur-contribuable, qui paie tr\u00e8s cher pour avoir le plaisir de contempler ses \u00e9lus confortablement install\u00e9s dans le char de l\u2019Etat. Le d\u00e9veloppement exag\u00e8re un peu, mais il est bien dr\u00f4le.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Des pages sur les h\u00e9ro\u00efnes de nos bateaux-lavoirs, sur les ouvri\u00e8res de la \u00ab\u00a0Manu\u00a0\u00bb, sont presque charmantes\u00a0; mais il en a de terribles sur les concierges, sur ceux qui touchent \u00e0 la brocante, depuis l\u2019humble voleur de tuyaux de plomb, jusqu\u2019au patent\u00e9 qui en trafique, sur les laiti\u00e8res qui baptisent notre lait tous les matins.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Ah\u00a0! ces derni\u00e8res ne l\u2019ont pas vol\u00e9\u00a0! Le chapitre est d\u00e9sopilant. Seulement, il ne sera d\u2019aucun effet moral&#8230; D\u2019ailleurs, l\u2019inspecteur des fraudes est charg\u00e9 de poursuivre ces fraudes, non de les supprimer. \u00ab\u00a0\u00c7a fait durer le plaisir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">On s\u2019amusera beaucoup aussi, de ce type qui a entrepris de d\u00e9rober le platice qui orne la paratonnerre du clocher de Saint-Louis, et \u00e0 cette hauteur, fait des r\u00e9flexions qur les postes de police dont il est bien plac\u00e9 pour situer la place, malgr\u00e9 l\u2019incertitude des toitures, lui qui conna\u00eet mieux les dessous des ponts.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Henri Barbot montre aussi qu\u2019il peut faire autre chose que \u00ab\u00a0du Courteline\u00a0\u00bb. Un chapitre final\u00a0:\u00a0Les Deux Foyers le prouve, et dira-t-on, le classe. Des souvenirs historiques lui font \u00e9voquer les luttes que dans l\u2019\u00e9tat de paix nous concevons \u00e0 peine. Des hommes oppos\u00e9s avec une t\u00e9nacit\u00e9 farouche ont pens\u00e9, pourtant, pour un m\u00eame avenir heureux, et lutt\u00e9. \u00ab\u00a0L\u2019Avenir brode sa trame sur la cha\u00eene du pass\u00e9\u00a0\u00bb, dit-il en concluant, mais qui le voit\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Le livre de Henri Barbot, tr\u00e8s r\u00e9ussi \u00e0 tous \u00e9gards, est orn\u00e9 de dessins de Rylem, pseudonyme d\u2019un compatriote, et pr\u00e9sent\u00e9 sous une couverture en couleur symbolique de certaines circonstances qui nous menacent.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">Autour du clocher de Saint-Nicolas, nous voyons, en effet le pont bien nomm\u00e9 de l\u2019Arche-S\u00e8che, sous lequel il ne passe plus d\u2019eau depuis l\u2019\u00e9v\u00eaque F\u00e9lix, il y a des si\u00e8cles, un autre sous lequel il n\u2019en passera plus l\u2019ann\u00e9e prochaine, une gabarre enfin, qui s\u2019en ira naviguer aux environs des marais de Basse-Goulaine&#8230; Ed. L.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ainsi Henri Barbot fr\u00e9quentait entre autres, celui qui a d\u00e9dicac\u00e9 son livre Paul Lamiraud, mais aussi un dessinateur qui se dissimulait sous un pseudonyme, que le Phare de la Loire dit \u00ab\u00a0un compatriote\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un Nantais, amoureux de Nantes, sachant dessiner, ayant manifestement fl\u00e2n\u00e9 dans Nantes avec Henri Barbot, une relation connue sans doute du temps o\u00f9 il vivait \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>Or, un dessinateur, connu comme caricaturiste au Phare de la Loire, ayant v\u00e9cu \u00e0 Paris, et revenu \u00e0 Nantes en 1930 c&rsquo;est Jules Grandjouan. Certes, je n&rsquo;ai aucune preuve que c&rsquo;est lui qui se dissimule sous un pseudonyme, sans doute pour cacher ses liens avec Henri Barbot. Mais j&rsquo;offre cette hypoth\u00e8se, car elle me semble cr\u00e9dible. D&rsquo;autant qu&rsquo;Henri Barbot, en venant de Paris \u00e0 Nantes, semble avoir fui un pass\u00e9 probablement mal v\u00e9cu. Lui aurait-on fait sentir que sa proph\u00e9tie \u00ab\u00a0Paris br\u00fble-t-il?\u00a0\u00bb publi\u00e9e en 1914, \u00e9tait un point sensible du fait des \u00e9vennements qui suivirent ? Il serait possible \u00e0 un \u00e9tudiant en histoire de faire un travail dans les archives Lamiraud et Jules Grandjouan, et \u00e0 un connaisseur en dessin de comparer le trait de Jules Grandjouan \u00e0 Rylem. Car si Rylem souhaitait se cacher c&rsquo;est qu&rsquo;il \u00e9tait connu par ailleurs.<\/p>\n<p>Pour m\u00e9moire voici bri\u00e8vement Jules Grandjouan :<\/p>\n<p>Grandjouan<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a> (Jules)<\/p>\n<p>Nantes, 1875 \u2013 1968.<\/p>\n<p>Originaire d\u2019une famille de notables nantais, il fait des \u00e9udes de droit \u00e0 Paris, tout en dessinant parall\u00e8lement dans des feuilles satiriques ou litt\u00e9raires nantaises : Nantes amusant, L\u2019Ouest r\u00e9publicain, Le Clou&#8230; En 1897, il abandonne compl\u00e8tement le droit pour ne plus se consacrer qu\u2019au dessin satirique. Il devient alors le directeur artistique de la Revue nantaise, puis dessinateur-caricaturiste au quotidien Le Phare de la Loire. En 1899, il publie un album de 50 lithographies, sous le titre Nantes la Grise&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Petit dictionnaire des caricaturistes cit\u00e9s&#8230; p. 142-155 extrait de l\u2019ouvage La R\u00e9publicature, La caricature politique en France, 1870-1914, Bertrand Tillier<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ouvrage \u00ab\u00a0Nantes en fl\u00e2nant\u00a0\u00bb, d&rsquo;Henri Barbot, ne re\u00e7ut gu\u00e8re de publicit\u00e9, pourtant en voici une tr\u00e8s belle, parue cette fois dans un grand quotidien Nantais : Le Phare de la Loire, 19 septembre 1930 \u00ab\u00a0Il y a beaucoup de livres sur Nantes. En voici un de Henri Barbot, qui restera. 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