﻿{"id":3536,"date":"2008-10-07T05:58:30","date_gmt":"2008-10-07T03:58:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=3536"},"modified":"2010-07-03T15:07:59","modified_gmt":"2010-07-03T13:07:59","slug":"memoire-davent-loeuvre-clandestine-dun-angevin-a-saint-julien-de-concelles-1794-1802-rene-lemesle-chapitre-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=3536","title":{"rendered":"M\u00e9moire d&rsquo;Avent, l&rsquo;oeuvre clandestine d&rsquo;un Angevin \u00e0 Saint-Julien-de-Concelles 1794-1802 :  Ren\u00e9 Lemesle &#8211; chapitre 5"},"content":{"rendered":"<p>Ouvrage paru en 1990<br \/>\n(C) Editions Odile HALBERT<br \/>\nISBN 2-9504443-1-8<\/p>\n<p><strong>Chapitre V<\/strong><\/p>\n<li><strong>LA F\u00caTE <\/strong><\/li>\n<li><strong>La f\u00eate pr\u00e9r\u00e9volutionnaire<\/strong><\/li>\n<p>   Les noces traditionnelles villageoises ont lieu le mardi dans la France rurale avant 1789. Pour la p\u00e9riode de 1753 \u00e0 1789 \u00e0 Saint-Julien-de-Concelles, 86,8 % des couples se marient le mardi, et 11,4 % le lundi, \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 comme jour traditionnel. Ces deux jours totalisent 98,2% des mariages (voir graphique p.43).<br \/>\n   Au Loroux-Bottereau pour la p\u00e9riode de 1740 \u00e0 1789, ces chiffres sont respectivement de 84% pour le mardi et 10 % pour le lundi, soit 94 % pour ces deux jours (24).<br \/>\n   La pr\u00e9f\u00e9rence du mardi s&rsquo;explique : on pr\u00e9pare le festin le lundi en tuant le cochon, en confectionnant terrines,  plats de volailles. Le mardi on fait ripailles, le mercredi on prolonge. Toute la famille et tous les voisins et amis sont r\u00e9unis, en outre plusieurs couples sont souvent unis le m\u00eame jour ; ainsi, le record dans la r\u00e9gion est de 22 couples le mardi 22.02.1779 au Loroux-Bottereau.<br \/>\n   Les variations saisonni\u00e8res sont rythm\u00e9es par l&rsquo;\u00e9glise et les travaux agricoles. L&rsquo;\u00e9glise tient pour interdits le Car\u00eame et l&rsquo;Avent. Ces interdits, aussi appel\u00e9s \u00ab\u00a0temps clos\u00a0\u00bb, sont respect\u00e9s. Le Car\u00eame commence plus ou moins t\u00f4t selon les ann\u00e9es, au plus t\u00f4t le 4 f\u00e9vrier, et se termine au plus tard le 25 avril, d&rsquo;o\u00f9 un creux \u00e9tal\u00e9 sur deux mois. En outre, on se marie moins quand le travail agricole est intense ; \u00e0 Saint-Julien ce sont les mois du chanvre, de l&rsquo;osier et de la vigne, c&rsquo;est \u00e0 dire septembre et octobre. De m\u00eame au Loroux on ne se marie gu\u00e8re en septembre et octobre, alors que 27% des mariages y sont c\u00e9l\u00e9br\u00e9s en f\u00e9vrier.    <\/p>\n<li><strong>La f\u00eate clandestine<\/strong><\/li>\n<p>   La f\u00eate clandestine est-elle traditionnelle ? Des r\u00e9cits de mariages clandestins et festifs ont \u00e9t\u00e9 racont\u00e9s. En voici deux exemples, extraits de m\u00e9moires : <\/p>\n<blockquote><p>Mon mariage fut arr\u00eat\u00e9 pour le 18 janvier 1796. Il eut lieu en effet ce jour, mais ce fut au milieu des batailles, car \u00e0 2 heures de l&rsquo;apr\u00e8s midi, au moment de se mettre \u00e0 table, une vive fusillade se fit entendre \u00e0 3 lieues et nous laissa dans l&rsquo;incertitude de prendre le repas ou de rejoindre le bataillon aux prises, command\u00e9 par MM Douarin fr\u00e8res, officiers tr\u00e8s distingu\u00e9s, lesquels, apr\u00e8s une heure de combat, poursuivirent l&rsquo;ennemi jusque sous les murs de la petite ville de Nort d&rsquo;o\u00f9 il \u00e9tait sorti et dont le canon de la fortification nous annon\u00e7a la victoire des Royalistes. Un courrier vint annoncer le succ\u00e8s de MM. DOUARIN et l&rsquo;on se mit \u00e0 table aux cris de \u00ab Vive le Roi \u00bb. Nous pass\u00e2mes la journ\u00e9e joyeusement car, il faut en convenir, par un bienfait de la Providence dans un temps si malheureux, la tristesse \u00e9tait bannie de tous les esprits et, doutant de son existence au lendemain, on conservait cependant une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9, une absence de soucis que l&rsquo;on n&rsquo;a pas en temps de paix (25). <\/p><\/blockquote>\n<p>   C&rsquo;est Pierre-Michel Gourlet, g\u00e9n\u00e9ral de cavalerie \u00e0 l&rsquo;Arm\u00e9e de Sc\u00e9peaux qui commande la r\u00e9gion de Nort-sur-Erdre, qui relate ainsi son mariage clandestin dans ses m\u00e9moires. L&rsquo;union est b\u00e9nie par M. Royer, vice-g\u00e9rant de Saint-Mars-la-Jaille, apr\u00e8s publication d&rsquo;un ban \u00e0 Pannec\u00e9. Le registre clandestin est de nos jours \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat civil de Saint-Mars-la-Jaille.<\/p>\n<p>   La Marquise de la Rochejacquelein raconte le mariage de Charles Goguet de la Salmoni\u00e8re pendant la vir\u00e9e de Galerne : <\/p>\n<blockquote><p>Il arriva \u00e0 Foug\u00e8res une histoire fort comique; la soeur de M. de Bonchamps suivait l&rsquo;arm\u00e9e; comme elle \u00e9tait  brouill\u00e9e avec la veuve de ce g\u00e9n\u00e9ral, elle restait \u00e0 peu pr\u00e8s seule, ou du moins avec des personnes indiff\u00e9rentes.  Elle entra, pour une affaire, avec d&rsquo;autres dames, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-major ; tout en causant, ces dames dirent combien les femmes qui n&rsquo;avaient point d&rsquo;officiers pour parents, \u00e9taient \u00e0 plaindre, abandonn\u00e9es pour les logements et le reste ; on observa en badinant qu&rsquo;il leur \u00e9tait ais\u00e9 d&rsquo;en avoir, qu&rsquo;elles pouvaient se marier, qu&rsquo;il ne manquait pas de jeunes gens. Melle de Bonchamps r\u00e9pliqua en riant que le conseil \u00e9tait excellent, mais que les femmes ne devaient faire d&rsquo;avances et que c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 ces messieurs \u00e0 se proposer. Alors, M. de la Salmoni\u00e8re, officier du corps de Bonchamps, lui demanda si elle parlait s\u00e9rieusement et si elle accepterait une proposition. Cela d\u00e9pendrait, r\u00e9pondit-elle, de celui qui la ferait. M. de la Salmoni\u00e8re lui dit : \u00ab Eh bien, mademoiselle, me voil\u00e0, je me propose et serai fort heureux si vous voulez de moi \u00bb. Melle de Bonchamps \u00e9tait jeune et, comme je l&rsquo;ai dit, se  trouvait isol\u00e9e, elle accepta sur-le-champ; ils se mari\u00e8rent le lendemain ; M. de Talmond, toujours pr\u00eat \u00e0 s&rsquo;amuser, leur donna des f\u00eates. (8) <\/p><\/blockquote>\n<p>   Le mariage religieux fut probablement \u00e9crit sur une feuille volante et ne nous est pas parvenu, si ce n&rsquo;est par le r\u00e9cit de la marquise de la Rochejaquelein, qui a tout lieu d&rsquo;\u00eatre v\u00e9ridique, m\u00eame si la marquise n&rsquo;est pas toujours fiable.<br \/>\nRen\u00e9 Lemesle assista probablement \u00e0 ce mariage festif en plein coeur de la Vir\u00e9e de Galerne, \u00e0 Foug\u00e8res. En tous cas, la marquise ne cite pas le nom du pr\u00eatre qui a b\u00e9ni cette union, donc il ne devait pas \u00eatre connu.<br \/>\n   Comme dans les contes, les \u00e9poux furent heureux et eurent des enfants \u00e0 Saint-Julien-de-Concelles. Il y font baptiser le 24.08.1801 leur fils Charles, n\u00e9 le 02.08.1801. Le parrain est l&rsquo;a\u00een\u00e9 des enfants, Auguste Charles. La c\u00e9r\u00e9monie r\u00e9unit trois pr\u00eatres : Veillard, Fremont, et Ren\u00e9 Lemesle.<br \/>\n   Le couple fait enregistrer le mariage civilement le 19.07.1800 \u00e0 Saint-Julien-de-Concelles : il r\u00e9side \u00e0 la Salmoni\u00e8re. Ce mariage civil aurait pu \u00eatre qualifi\u00e9 de \u00ab\u00a0r\u00e9publicain\u00a0\u00bb car sans son \u00e9quivalent religieux. Il est donc vain de comparer les mariages civils aux mariages religieux dans le but d&rsquo;en conclure que les mariages uniquement civils sont le fait de bons r\u00e9publicains.  <\/p>\n<p><strong>Rythme hebdomadaire des mariages clandestins  <\/strong>\t<\/p>\n<li>\n<p>   On compare ci-contre la p\u00e9riode de 1753 \u00e0 1789 \u00e0 Saint-Julien, \u00e0 la p\u00e9riode clandestine.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/StJulien.17.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/StJulien.17.jpg\" class=\"alignnone\" width=\"568\" height=\"270\" \/><\/a><br \/>\n   Les mariages clandestins ont maintenu la tradition du mardi et du lundi. L&rsquo;\u00e9rosion du mardi est en partie report\u00e9e sur le lundi. Ces deux jours repr\u00e9sentent 88,3 % des mariages clandestins.<br \/>\n   L&rsquo;\u00e9rosion de ces deux jours est plus importante quand la pers\u00e9cution s&rsquo;accentue. Ceci est surtout sensible pour les non-Concellois. <\/p>\n<p>   L&rsquo;ann\u00e9e 1795 est une ann\u00e9e sans difficult\u00e9s : le profil hebdomadaire est identique au profil pr\u00e9r\u00e9volutionnaire pour les Concellois, mais deux S\u00e9bastiennais se marient le jeudi.<br \/>\n   Beaucoup de couples sont parfois unis ensemble un autre jour que le mardi ou le lundi. Ainsi, on observe cinq mariages clandestins le mercredi 13.09.1797, trois le jeudi 28.09.1797, deux le dimanche 12.11.1797 et deux le jeudi 26.04.1798. Pour la plupart de ces mariages collectifs, Ren\u00e9 Lemesle \u00e9tait manifestement situ\u00e9 dans un village proche du Loroux et de La Chapelle-Basse-Mer. On ne peut pas conclure qu&rsquo;il s&rsquo;est rendu au Loroux car il y toujours des couples concellois le m\u00eame jour.<br \/>\n   Par contre, il s&rsquo;est rendu \u00e0 Basse-Goulaine le 27.01.1795 pour marier dans l&rsquo;\u00e9glise deux couples de Saint-S\u00e9bastien.<br \/>\n   Il est aussi \u00e0 la Gagnerie en Saint-S\u00e9bastien ou quelques S\u00e9bastiennais festoient le lundi 23.11.1795 : cinq couples de S\u00e9bastiennais et de Concellois se pressent dans la Chapelle de la Gagnerie \u00ab pour \u00e9viter les poursuites des r\u00e9volutionnaires ennemis qui nous environnent \u00bb. Les personnes pr\u00e9sentes sont au minimum 27, en ne citant que les \u00e9poux et les t\u00e9moins, auxquelles il faut ajouter le pr\u00eatre et les \u00e9pouses des hommes pr\u00e9sents comme t\u00e9moins. Car, si ce sont les hommes qui sont t\u00e9moins et laissent leur nom dans le registre, on doit admettre<br \/>\nque leurs \u00e9pouses n&rsquo;\u00e9taient pas rest\u00e9es \u00e0 la maison, d&rsquo;ailleurs dans toutes les \u00e9tudes de la pratique religieuse en p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire, elles sont donn\u00e9s g\u00e9n\u00e9ralement comme majoritairement pr\u00e9sentes aux messes clandestines (18,19).<br \/>\n   Le lundi est jour de mariage festif avant la R\u00e9volution, m\u00eame si cela est de fa\u2021on secondaire. Il le reste pendant la guerre civile et l&rsquo;analyse des mariages b\u00e9nis ce jour-l\u00e0 par R. Lemesle est significative : ce sont tr\u00e8s souvent des mariages collectifs : cinq les 14.09.1795, 23.11.1795, 23.01.1798 et 12.11.1798, quatre les 16.02.1795 et 23.05.1796, trois les 18.01.1796 et 08.02.1796, deux les 26.06.1796, 13.11.1797 et 22.10.1798. <\/p>\n<\/li>\n<li><strong>Saisonnalit\u00e9 des mariages clandestins<\/strong><\/li>\n<p>   Les mariages clandestins \u00e0 Saint-Julien-de-Concelles respectent les temps clos. Le graphique de saisonnalit\u00e9 (voir p.28) montre nettement le creux des mois du mois de mars et celui du mois de d\u00e9cembre. La saisonnalit\u00e9 est identique chez M. Robin \u00e0 la Chapelle-Basse-Mer, avec cependant une l\u00e9g\u00e8re diff\u00e9rence : Ren\u00e9<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/StJulien.18.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/StJulien.18.jpg\" class=\"alignnone\" width=\"568\" height=\"270\" \/><\/a><br \/>\nLemesle b\u00e9nit plus d&rsquo;unions que M. Robin pendant les mois de travail agricole. Pour voir si la saisonnalit\u00e9 de Ren\u00e9 Lemesle diff\u00e8re vraiement d&rsquo;une saisonnalit\u00e9 connue, on compare ci-contre  \u00e0 celle du Loroux pr\u00e9r\u00e9volutionnaire.  On constate \u00e0 nouveau que R. Lemesle b\u00e9nit un peu plus que d&rsquo;autres pendant le travail agricole ? Or, ce travail est collectif, lors de rassemblements importants autant que festifs. Ren\u00e9 Lemesle, qui avait 28 ans en 1794, est capable de se d\u00e9guiser en ouvrier agricole. <\/p>\n<p>   Il a donc pu b\u00e9nir des couples au milieu du travail. Le p\u00e8re Petard raconte que cela se produisait quelquefois au milieu des champs (9 p.247). Les champs sont le meilleur espace discret, puisque le rassemblement est justifi\u00e9 par le travail. Ren\u00e9 Lemesle ne m\u00e9nage pas pour autant le c\u00e9r\u00e9monial. Il aime une certaine solennit\u00e9 qu&rsquo;il sait, avec bonheur, concilier avec la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. S&rsquo;il se transforme facilement en ouvrier agricole, son voisin, C. Massonnet, refuse de \u00ab\u00a0se d\u00e9guiser\u00a0\u00bb en otant sa soutane. R. Lemesle montre ainsi que tr\u00e8s t\u201ct il a su retirer sa soutane, sans doute d\u00e8s 1791, pour se fondre dans le paysage agricole ou artisanale. Cette aptitude \u00e0 se glisser parmi la population t\u00e9moigne d&rsquo;une certaine facult\u00e9 d&rsquo;adaptation pour ce fils du forgeron issu d&rsquo;une lign\u00e9e de marchands de fil.<br \/>\n   En p\u00e9riode de pers\u00e9cution, la population reste donc attach\u00e9e \u00e0 la forme traditionnelle des noces, et fait la f\u00eate \u00e0 ses risques et p\u00e9rils. En effet, les 411 couples unis en 8 ans repr\u00e9sentent un d\u00e9placement consid\u00e9rable de population.<br \/>\nOn peut donc se poser la question des all\u00e9es et venues de toutes ces familles sans se faire remarquer, d&rsquo;autant plus que les mariages le m\u00eame jour sont nombreux, jusqu&rsquo;\u00e0 cinq ou sept, comme avant la R\u00e9volution. <\/p>\n<li><strong>Rythme annuel des mariages clandestins<\/strong><\/li>\n<p>   Le registre de Ren\u00e9 Lemesle contient 411 mariages, et sa moyenne annuelle est tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne pr\u00e9volutionnaire avec 50 contre 31. Mais il y a des variations. On observe une pointe tr\u00e9s \u00e9lev\u00e9e pour 1795 et 1796, puis un retour progressif aux chiffres pr\u00e9volutionnaires, avec cependant une chute en 1799, non significative : avant 1789 les variations annuelles sont sup\u00e9rieures. Elle traduit cependant la difficult\u00e9 \u00e0 trouver le pr\u00eatre durant 1799.<br \/>\n<a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/StJulien.19.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/StJulien.19.jpg\" class=\"alignnone\" width=\"568\" height=\"270\" \/><\/a><br \/>\n   En 1795 et 1796, Ren\u00e9 Lemesle b\u00e9nit trois fois plus de couples que la moyenne pr\u00e9volutionnaire.<br \/>\n   Le nombre \u00e9lev\u00e9 de mariages en 1795 traduit \u00e0 la fois la pacification et le fait que les couples ont attendu longtemps : les mariages sont d&rsquo;autant plus nombreux qu&rsquo;auparavant on en \u00e9tait priv\u00e9. La reprise d&rsquo;armes par Charette en juin 1795 et par Stofflet en f\u00e9vrier 1796 ne contribut pas \u00e0 faire chuter le nombre des mariages de l&rsquo;ann\u00e9e 1796. On peut tenter d&rsquo;en conclure que les Concellois n&rsquo;ont sans doute pas beaucoup suivi cette reprise.<br \/>\n   Les ann\u00e9es 1795 et 1796 traduisent \u00e9galement l&rsquo;affluence des non-Concellois.<br \/>\nCes derniers ne viennent plus faire b\u00e9nir leur union \u00e0 partir de 1800, donc les ann\u00e9es 1800 \u00e0 1802 restent \u00e9lev\u00e9es pour des mariages de Concellois seulement.<br \/>\n   Les mariages de Concellois, de 1795 \u00e0 1802, n&rsquo;auraient pu \u00eatre aussi nombreux si la moiti\u00e9 de la population avait disparue en 1794, comme cela a \u00e9t\u00e9 racont\u00e9 au P\u00e8re P\u00e9tard (9). La majorit\u00e9 des Concellois a effectivement surv\u00e9cu et le taux annuel de mariages vient renforcer l&rsquo;hypothse \u00e9mise \u00e0 partir des bapt\u00eames, pour estimer le nombre de survivants \u00e0 environ 2952 (voir p.36).<br \/>\n   Le d\u00e9compte exact des mariages concellois est d\u00e9licat, car les couples de Concellois avec non-Concellois sont fr\u00e9quents avant 1789, comme pendant la guerre civile. Or, un couple de de Concellois avec non-Concellois peut aussi bien concerner une paroisse voisine, dans laquelle le nouveau couple cr\u00e9\u00e9 s&rsquo;installe. <\/p>\n<li><strong>P\u00e2ques avant les Rameaux<\/strong><\/li>\n<p>   Avant la R\u00e9volution, le premier enfant nait g\u00e9n\u00e9ralement environ 12 \u00e0 16 mois apr\u00e8s le mariage religieux (26,27). Cette moyenne est loin de refl\u00e9ter la situation individuelle car les \u00e9carts sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s : quelques couples ont un enfant moins de 9 mois apr\u00e8s le mariage, d&rsquo;autres 2 ans et plus apr\u00e8s le mariage. Le laboratoire de d\u00e9mographie historique consid\u00e8re comme \u00ab\u00a0normale\u00a0\u00bb la p\u00e9riode 9 \u00e0 30 mois. Pass\u00e9 les 30 mois, c&rsquo;est qu&rsquo;une naissance entre temps a pu \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;attention.<br \/>\n   En l&rsquo;absence de pr\u00eatre inserment\u00e9 entre 1791 et 1794, les couples en ont cherch\u00e9, parfois vainement, un pour faire b\u00e9nir leur union. La premi\u00e8re naissance du couple est donc un param\u00e8tre qui pourrait montrer l&rsquo;impatience \u00e0 trouver le pr\u00eatre. Elle peut \u00eatre rapproch\u00e9e de la date d&rsquo;union religieuse ou bien de la date d&rsquo;union civile, lorsque celle-ci a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&rsquo;union religieuse.<br \/>\nCitons : Michel Bergalome, mari\u00e9 le 26.09.1796 \u00e0 Louise Amiot, qui ont un enfant le 06.02.1797 etc&#8230;<br \/>\nLe d\u00e9lai de premi\u00e8re naissance n&rsquo;a pu \u00eatre \u00e9tabli que pour un nombre assez limit\u00e9 de couples : une bonne partie des enfants ne sont pas des premiers n\u00e9s.<br \/>\n   L&rsquo;intervalle entre naissances a pu \u00eatre \u00e9valu\u00e9 dans les bapt\u00eames clandestins pour quelques couples qui ont trois ou quatre enfants pendant cette p\u00e9riode. Il se rapproche de la normale pr\u00e9r\u00e9volutionnaire. <\/p>\n<p>En conclusion, en p\u00e9riode de privation de pr\u00eatres, une partie non n\u00e9gligeable des couples a d\u00fb faire P\u00e2ques avant les Rameaux.<\/p>\n<li><strong>Fille ou fils de \u00ab\u00a0feux\u00a0\u00bb<\/strong><\/li>\n<p>   Les p\u00e8re et m\u00e8re des \u00e9poux sont toujours, qualifi\u00e9s de \u00ab\u00a0feu\u00a0\u00bb s&rsquo;ils sont<br \/>\nd\u00e9c\u00e9d\u00e9s. Cette qualification est assez fiable dans les registres de catholicit\u00e9 du XVIII e  si\u00e8cle. Elle fait partie d&rsquo;une m\u00e9thode d&rsquo;enregistrement des actes soigneusement apprise au s\u00e9minaire : questions pr\u00e9cises \u00e0 tous les t\u00e9moins avant d&rsquo;\u00e9crire.<br \/>\n   Les t\u00e9moins sont moins pr\u00e9cis dans l&rsquo;\u00e9tat civil, \u00e0 moins que ce soit les<br \/>\nofficiers municipaux qui ne savent pas les questionner. Tous les recoupements des fiches de familles des Lorousains r\u00e9v\u00e8lent ces diff\u00e9rences de fiabilit\u00e9, m\u00eame sur un point de d\u00e9tail comme celui-ci.<br \/>\n   On peut donc suivre avec une grande pr\u00e9cision le nombre de parents survivants au moment du mariage de leurs enfants. Pour 411 couples, il y a 1644 parents, dont 1049 sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, soit 63,8%.<\/p>\n<li><strong>Veuf et veuve<\/strong><\/li>\n<p>   Les remariages sont fr\u00e9quents au XVIIIe  si\u00e8cle. Ainsi on observe \u00e0 Saint-Aignan en Loire-Atlantique, 8,6% des hommes et 17,4% des femmes pour la p\u00e9riode 1674-1742,(27). A Avrill\u00e9 dans le Maine-et-Loire, Jacques Thom\u00e9 constate observe une pointe \u00e0 31% chez les hommes et 20% chez les femmes dans le premier quart du XVIII e  (28).<br \/>\n   Dans le registre clandestin de Saint-Julien-de-Concelles les remariages<br \/>\ntouchent 13,8% de veufs et 19% de veuves pour 67,2% de premiers mariages. Le taux de remariages est normal, c&rsquo;est \u00e0 dire qu&rsquo;il ne permet pas de dire qu&rsquo;il y avait plus de veuf ou veuves du fait de massacres. <\/p>\n<li><strong>M\u00e9moire d&rsquo;Avent<\/strong><\/li>\n<p>   Tous les Concellois ont respect\u00e9 les temps clos de l&rsquo;\u00e9glise pendant la guerre civile. Pourtant, ces temps clos faisaient parfois l&rsquo;objet de dispenses avant la R\u00e9volution. Ces dispenses \u00e9taient rares et concernaient surtout les mariages entre veufs. Sur les 6000 actes de mariages du XVIIIe si\u00e8cle que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pouill\u00e9s dans cette r\u00e9gion, quelques veufs ne suivent pas le profil traditionnel. Ils acceptent tr\u00e8s souvent les mariages hors du mardi ou lundi, et pendant les temps clos. Ils ne refaisaient pas la f\u00eate traditionnelle en attirant tout le ban et l&rsquo;arri\u00e8re ban. Ceci se comprend \u00e9tant donn\u00e9 la fr\u00e9quence relativement \u00e9lev\u00e9e des veuvages au XVIIIe.<br \/>\n   Ren\u00e9 Lemesle a accord\u00e9 lui-m\u00eame une dispense du temps de l&rsquo;Avent \u00e0 Jean Gautier, veuf de Marie Clestras, et Anne Bretagne, veuve de Michel Chatelier, tous deux S\u00e9bastiennais, qui se sont mari\u00e9s le lundi 07.12.1795 \u00ab\u00a0apr\u00e8s la publication d&rsquo;un ban canoniquement faite et sans opposition au pr\u201cne de la messe paroissiale de Saint S\u00e9bastien, la dispense des 2 autres bans, du temps de l&rsquo;Avent et d&rsquo;un emp\u00eachement de consanguinit\u00e9 du 4 au 4\u00e8me degr\u00e9 donn\u00e9e par nous en vertu des pouvoirs re\u2021us des sup\u00e9rieurs l\u00e9gitimes&#8230;\u00a0\u00bb. Jean est laboureur \u00e0 la Goulonni\u00e8re en Saint-S\u00e9bastien et ne fera enregistrer civilement ce mariage que le 25.06.1809 \u00e0 Saint-S\u00e9bastien, soit 13 ans et 6 mois apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie religieuse (voir p.49).<br \/>\n   Ce couple est l&rsquo;unique cas de mariage pendant l&rsquo;Avent sur les 411 mariages. Il s&rsquo;agissait de laboureurs s\u00e9bastiennais, qui avaient probablement connu Ren\u00e9 Lemesle dans la division de Lyrot. Ils avaient \u00ab\u00a0galern\u00e9\u00a0\u00bb avec lui et avaient connaissance de sa pr\u00e9sence toute proche.<br \/>\n   Ils assistaient probablement \u00e0 ses messes c\u00e9l\u00e9br\u00e9es en Saint-S\u00e9bastien, et dont il est question dans les pr\u00f4nes des mariages de S\u00e9bastiennais : \u00ab\u00a0apr\u00e8s publication au pr\u00f4ne de la messe paroissiale de Saint-S\u00e9bastien&#8230;\u00a0\u00bb. En effet, R. Lemesle, comme ses confr\u00e8res, cite toujours la paroisse dans laquelle a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 le seul ban qui reste souvent ; lorsque le ban a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par un confr\u00e8re, il cite l&rsquo;autorisation de ce confr\u00e8re et le nomme, ainsi de M. Robin ou D. Guillet.<br \/>\n   Ces messes s\u00e9bastiennaises et basse-goulainaises cessent de 1796 au 7.01.1799, date \u00e0 laquelle il marie encore un couple s\u00e9bastiennais. D&rsquo;autres pr\u00eatres clandestins ont donc tr\u00e8s probablement dit la messe dans ces paroisses pendant cette p\u00e9riode.<br \/>\n   Ren\u00e9 Lemesle est jeune, et comme la plupart de ces contemporains, il est rompu \u00e0 la marche : en 1800 il va m\u00eame baptiser une ni\u00e8ce \u00e0 Vern, \u00e0 50 km de Saint-Julien. Pour desservir Saint-S\u00e9bastien ou Basse-Goulaine, il r\u00e9sidait parfois \u00e0 la Vrill\u00e8re qui est aux confins de ses deux paroisses, \u00e0 l&rsquo;Ouest de Saint-Julien. Le p\u00e8re P\u00e9tard cite la Vrill\u00e8re, dans son ouvrage, comme ayant \u00e9t\u00e9 l&rsquo;un des lieux o\u00f9 R. Lemesle s&rsquo;est cach\u00e9.         <\/p>\n<p> Ouvrage paru en 1990<br \/>\n(C) Editions Odile HALBERT<br \/>\nISBN 2-9504443-1-8<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileO.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileH.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> Odile Halbert &#8211; <strong>Reproduction interdite sur autre endroit d&rsquo;Internet <\/strong> seule une citation ou un lien sont autoris\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ouvrage paru en 1990 (C) Editions Odile HALBERT ISBN 2-9504443-1-8 Chapitre V LA F\u00caTE La f\u00eate pr\u00e9r\u00e9volutionnaire Les noces traditionnelles villageoises ont lieu le mardi dans la France rurale avant 1789. Pour la p\u00e9riode de 1753 \u00e0 1789 \u00e0 Saint-Julien-de-Concelles, 86,8 % des couples se marient le mardi, et 11,4 % le lundi, \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=3536\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;M\u00e9moire d&rsquo;Avent, l&rsquo;oeuvre clandestine d&rsquo;un Angevin \u00e0 Saint-Julien-de-Concelles 1794-1802 :  Ren\u00e9 Lemesle &#8211; chapitre 5&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2756,2284,1589],"tags":[557,527,558,530],"class_list":["post-3536","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-culte-catholique-religioncroyances","category-releves-de-bms-recherches","category-guerres-de-vendee","tag-culte-catholique","tag-pretre-clandestin","tag-revolution","tag-saint-julien-de-concelles"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3536","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=3536"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3536\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":19171,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/3536\/revisions\/19171"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=3536"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=3536"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=3536"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}