﻿{"id":37201,"date":"2022-01-03T12:32:09","date_gmt":"2022-01-03T10:32:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=37201"},"modified":"2024-12-14T14:15:34","modified_gmt":"2024-12-14T12:15:34","slug":"journal-daimee-guillot-belle-mere-dedouard-guillouard-1917-1918","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=37201","title":{"rendered":"Journal d&rsquo;Aim\u00e9e Guillot, belle-m\u00e8re d&rsquo;Edouard Guillouard 1917-1918"},"content":{"rendered":"<p class=\"comment-policy mt-4\" style=\"box-sizing: border-box; margin-bottom: 2em; font-weight: 300; color: #333333; line-height: 1.6em; display: block; background-color: #990000; padding: 1em 1.25em; border-radius: 11px; font-family: 'Ideal Sans SSm', Helvetica, Arial, sans-serif; font-style: normal; font-variant-ligatures: normal; font-variant-caps: normal; letter-spacing: normal; orphans: 2; text-indent: 0px; text-transform: none; white-space: normal; widows: 2; word-spacing: 0px; -webkit-text-stroke-width: 0px; margin-top: 1.5rem !important; font-size: 1.2rem !important; text-align: center;\"><span style=\"color: #ff00ff;\"><span style=\"color: #ffff99;\"><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/FG-14.12-Guillouard.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-medium\" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/FG-14.12-Guillouard.JPG\" width=\"1791\" height=\"753\" \/><\/a> <a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=36937\"><em>Vous \u00eates sur le carnet de guerre d\u2019Edouard Guillouard et photos de Fernand Leglaive au 84\u00b0 RIT et il y a beaucoup de pages dont table des mati\u00e8res<\/em><\/a> <em>Edouard Guillouard (carnet de guerre) Fernand Leglaive (appareil photo)<\/em><\/span><\/span><\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">JOURNAL D&rsquo;AIM\u00c9E GUILLOT, BELLE M\u00c8RE D&rsquo;EDOUARD GUILLOUARD<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\">\u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu !<br \/>\nque nos chers disparus nous obtiennent force et r\u00e9signation \u00e0 accepter vaillamment ce qui arrive !<br \/>\n<em>[J&rsquo;ai eu l&rsquo;immense bonheur de pouvoir consulter ce journal chez mon d\u00e9funt cousin Alain Guillouard. Aim\u00e9e Guillot, mon arri\u00e8re grand m\u00e8re occupe son temps en pri\u00e8res, lessive, jardin, raccomodage, pri\u00e8res, etc&#8230; et mauvaises nouvelles&#8230;. Entre crochets et en italique, c&rsquo;est moi, Odile Halbert, qui vous commente le journal de mes grands parents]<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/GrandMere.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright \" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/GrandMere.JPG\" width=\"486\" height=\"723\" \/><\/a><strong>Clisson, 2 octobre 1917<\/strong> Aujourd&rsquo;hui jour anniversaire de mon pauvre Charles voil\u00e0 8 ans ce jour qu&rsquo;il nous a quitt\u00e9 pour toujours. La messe \u00e9tait \u00e0 son intention. Que les Saints anges gardiens dont aujourd&rsquo;hui la f\u00eate, le conduisent aupr\u00e8s du bon Bieu s&rsquo;il n&rsquo;y est d\u00e9j\u00e0 et qu&rsquo;il prie pour nous qui sommes de reste sur cette terre pendant cette terrible guerre qui ne finit pas et peut \u00eatre une r\u00e9volution qui se pr\u00e9pare. <em>[effectivement, c&rsquo;est la r\u00e9volution Russe le 17 octobren donc les journaux Fran\u00e7ais en parlait]<\/em><\/p>\n<p><em>[photo 1917, devant la vitrine de la quincaillerie rue Saint-Jacques \u00e0 Nantes. Les femmes, vout\u00e9es avant l&rsquo;\u00e2ge, portent le deuil, habill\u00e9es de noir, y compris le voile noir. A gauche Aim\u00e9e Guillot, belle-m\u00e8re d&rsquo;Edouard \u00a0Guillouard. Elle a seulement 70 ans ! Elle \u00e9crit alors le cahier que vous lisez. Elles gardent leurs petits enfants. Celui du milieu, Robert, porte casquette militaire et fusil. <span style=\"color: #ff00ff;\"><strong>Cette photo est la plus impressionnante que je poss\u00e8de. Elle impressionnait m\u00eame ma maman, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e \u00e0 83 ans encore jolie femme, surtout pas ratatin\u00e9e et vout\u00e9e et couverte de voiles noirs. Et aujourd&rsquo;hui, en 2022 je vais avoir 84 ans, et je ne ressemble en rien \u00e0 ces vieilles vout\u00e9es, mes 2 arri\u00e8re grand m\u00e8res, m\u00eame si je loin d&rsquo;\u00eatre belle ! NOUS VIEILLISSONS AUJOURD&rsquo;HUI MIEUX QU&rsquo;AUTREFOIS !!!<\/strong><\/span>]<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/1912aimeeenfants.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft \" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/1912aimeeenfants.jpg\" width=\"439\" height=\"626\" \/><\/a>Que la vie est loin d&rsquo;\u00eatre gaie comme en temps de paix o\u00f9 nous \u00e9tions plus tranquilles. Que de disparus h\u00e9las ! La vie est en ce moment un tourment continuel.<\/p>\n<p><em>[portrait chez le photographe Pervez rue Contrescarpe voisin des parents d&rsquo;Aim\u00e9e Audineau l&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;Edouard Guillouard &#8211; Cette photo de 1912 \u00e9tait manifestement sur Edouard Guillouard avec les suivantes durant ses ann\u00e9es au front]<\/em><\/p>\n<p>L&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de nos pauvres soldats, l&rsquo;attente si d\u00e9sir\u00e9e de la victoire.<br \/>\nLa France est bien coupable mais elle est bien punie aussi. Prions les \u00e2mes du purgatoire de venir \u00e0 notre secours, que nos chers disparus nous obtiennent force et r\u00e9signation \u00e0 accepter vaillamment ce qui arrive. Qui m&rsquo;aurait dit que je serais venue demeurer ici. J&rsquo;\u00e9tais bien loin de m&rsquo;y attendre. Je vois que le doigt de Dieu est partout.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/1915mamieodetterobert.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright\" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/1915mamieodetterobert.JPG\" width=\"456\" height=\"542\" \/><\/a>Aim\u00e9e est avec moi et ses enfants, nous nous r\u00e9unissons pendant cette triste guerre et marchons \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu. Il n&rsquo;arrivera que ce qu&rsquo;il voudra, je me mets \u00e0 sa sainte volont\u00e9. Odette et Robert ont repris leur classe tr\u00e8s heureux d&rsquo;y aller et petite Th\u00e9r\u00e8se toujours mignonne vient du jardin avec moi et Flavie de ramasser nos poires et nos pommes de Reinette pour cet hiver que nous serons contents d&rsquo;avoir.<br \/>\nLe jardin est une grande occupation avec nos petits lapins. J&rsquo;ai fait planter des artichauts. S&rsquo;ils pouvaient r\u00e9ussir et ne pas geler cette ann\u00e9e ce serait une ressource pour plus tard. Nous avons peu de chose \u00e0 manger en ce moment. Il faut s&rsquo;en contenter du peu qu&rsquo;il y a.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/1917permission.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium\" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/1917permission.JPG\" width=\"395\" height=\"470\" \/><\/a>3 octobre 1917<\/strong> J&rsquo;arrive du jardin, de rammaser l&rsquo;herbe aux lapins et ensuite j&rsquo;ai t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 Alfred qui est absent. Jeanne \u00e9tait l\u00e0, j&rsquo;ai eu de bonnes nouvelles de nos soldats. Petite Jeannette va en classe enchant\u00e9e d&rsquo;y aller. Ils viendront nous voir un de ces dimanches.<\/p>\n<p><em>[en permission, Sur ses genoux, ma maman, n\u00e9e en novembre 1914]<\/em><\/p>\n<p><strong>6 octobre 1917<\/strong> Aujourd&rsquo;hui premier vendredi du mois. J&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 la messe ce matin \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction et ensuite vaqu\u00e9 \u00e0 mes occupatins ordinaires au jardin ramasser les fruits et conduire Robert en classe qui est heureux d&rsquo;y aller chez les Messieurs. Il va bient\u00f4t savoir lire ce qui l&rsquo;amuse beaucoup et surtout le dessin. Odette va chez les demoiselles aussi elle est contente de trouver des petites amies. Le mois d&rsquo;octobre va \u00eatre vite pass\u00e9 et la perspective de l&rsquo;hiver n&rsquo;est gu\u00e8re amusante et redoutable pour les enfants qui sont si fragiles comme sont les n\u00f4tres.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/17Odette-Ro.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium\" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/17Odette-Ro.JPG\" width=\"437\" height=\"696\" \/><\/a><strong>Dimanche 14<\/strong> Je suis all\u00e9e \u00e0 la messe \u00e0 8 heures et \u00e0 la gare chercher Jeanne et petite Jeannette heureuse de venir voir grand&rsquo;m\u00e8re, nous ont donn\u00e9 des nouvelles de Tonton Alfred et de Charles qui est en ce moment dans un gourbi \u00e0 10 m\u00eatres sous terre. Il a 26 marches pour y descendre. Il n&rsquo;a plus le beau soleil qu&rsquo;il a fait la derni\u00e8re quinzaine de septembre.<br \/>\nQuand la fin de cette interminable guerre !<br \/>\nNous sommes all\u00e9es faire notre visite \u00e0 nos chers disparus, s&rsquo;ils \u00e9taient l\u00e0 auraient ils de la peine de tout ce qui se passe et de voir la ruine et la g\u00e8ne partout, que la vie est donc triste ainsi. Quelle lutte de tous les jours pour arriver \u00e0 ce r\u00e9sultat. Les am\u00e9ricains nous arrivent en grand nombre pour nous aider esp\u00e9rons le.<\/p>\n<p><em>[Photo : Odette et Robert, enfants d&rsquo;Edouard, d\u00e9guis\u00e9s en infirmi\u00e8re et soldat]<\/em><\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9crit \u00e0 Charles. Il est toujours content d&rsquo;entendre parler de sa Jeannette qui devient de plus en plus int\u00e9ressante. Odette enchant\u00e9e de jouer avec elle ainsi que Robert et petite Th\u00e9r\u00e8se aussi. La pluie a d\u00e9rang\u00e9 nos projets. Nous avons tous jou\u00e9 une partie de nain jaune qui amuse beaucoup les enfants.<br \/>\nPermission.JPGPhoto : permission \u00e0 Nantes, sa femme, ses 3 enfants<br \/>\n<strong>Lundi 8 octobre 1917<\/strong> J&rsquo;ai r\u00e9pondu \u00e0 mes soldats qui sont heureux d&rsquo;avoir de temps en temps des nouvelles. Ils trouvent le temps si long dans leur gourbi et tranch\u00e9es. Quelle existence pour eux si diff\u00e9rente d&rsquo;autrefois depuis bient\u00f4t 4 ans. Quelle mis\u00e8re. Nous attendons toujours la fin de ce terrible fl\u00e9au.<br \/>\nNous avons eu le visite de Mme Blanchard qui a fait 14 barriques de vin. Il se vend tr\u00e8s cher 200 frs pris \u00e0 l&rsquo;anche. Les vignerons sont contents cette ann\u00e9e. Depuis plusieurs ann\u00e9es qu&rsquo;il n&rsquo;y avait rien.<br \/>\nJ&rsquo;ai termin\u00e9 le sarreau noir \u00e0 Robert. Au tour \u00e0 Odette \u00e0 pr\u00e9sent et le raccommodage de la semaine.<br \/>\n<strong>11 octobre 1917<\/strong>\u00a0Je suis all\u00e9e \u00e0 deux messes pour les soldats et aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai conduit Robert en classe \u00e0 8 h et ensuite assist\u00e9 \u00e0 la messe de mariage de Melle Rose Dugast avec Mr M\u00e9chineau grand bless\u00e9 de la guerre et r\u00e9form\u00e9. Il l&rsquo;a bien m\u00e9rit\u00e9. Ils ont eu une belle messe et du chant et un beau sermon tr\u00e8s \u00e9difiant par Mr le Cur\u00e9 qui a fait leur \u00e9loge et de leur famille il y avait beaucoup d&rsquo;invit\u00e9s mais malheureusement le temps n&rsquo;\u00e9tait gu\u00e8re favorable. Que des averses toute la journ\u00e9e.<br \/>\nNotre lessive a tout attrapp\u00e9. Elle s\u00e9chera demain.<br \/>\nOdette et Robert ont \u00e9cris une carte \u00e0 Tonton Alfred pour sa f\u00eate. Nous avons eu la visite de Mr et Mme Coudrin et avons \u00e9t\u00e9 faire un tour au jardin et au cimeti\u00e8re par un peu de soleil qui nous r\u00e9chauffe en ce moment. Les enfants se sont amus\u00e9s \u00e0 jouer au cerceau sur la route. Les jours sont si courts qu&rsquo;on profite de sortir apr\u00e8s les classes quant il fait beau.<br \/>\nRe\u00e7u des nouvelles de Marie Mac\u00e9. Son Alfred est toujours \u00e0 la guerre. Quelle \u00e9preuve pour tous en ce moment surtout l&rsquo;hiver qui arrive.<br \/>\n<strong>22 Octobre<\/strong> Je n&rsquo;ai pas eu le temps de continuer mon journal. Je suis all\u00e9e \u00e0 Nantes pour affaires urgentes.<br \/>\nJ&rsquo;ai fait faire ma carte d&rsquo;identit\u00e9 puisqu&rsquo;on ne peut plus voyager sans cela.<br \/>\nPetite Jeannette \u00e9tait malade, la fi\u00e8vre, c&rsquo;est la croissance. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole enchant\u00e9e d&rsquo;y aller comme Odette et Robert. Cela la d\u00e9sennuie.<br \/>\nJ&rsquo;ai vu les quelques amies de Nantes heureuse de les revoir apr\u00e8s cinq mois d&rsquo;absence. Alfred a eu mal \u00e0 un pied. Ses chaussures lui ont occasionn\u00e9 en allant \u00e0 la chasse. Cela va mieux. Heureusement nous avons eu de bonnes nouvelles de Charles. Il est toujours aux environs de Soissons. Je lui ai envoy\u00e9 ses manchettes. Voil\u00e0 le froid qui arrive et il est si frileux.<br \/>\nJ&rsquo;ai vu Melle Denghin et j&rsquo;ai eu de bonnes nouvelles de Mr Ralutx en bonne sant\u00e9 avec ses 83 ans.<br \/>\nJ&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 voir Mr Bioret et Mme Thomas et grand&rsquo;m\u00e8re qui a ses 99 ans toujours le m\u00eame. Sa fille a bien peur de l&rsquo;hiver pour elle. Auguste est toujours dans l&rsquo;active et elles sont en attendant de meilleures nouvelles. Il est toujours bien expos\u00e9.<br \/>\nQuelle triste fl\u00e9au que cette guerre qui attriste tout le monde et \u00e0 quand la fin.<br \/>\n<strong>24 octobre<\/strong> Ren\u00e9 Libeau m&rsquo;a \u00e9crit. Il a fait plusieurs batailles et est au repos pour l&rsquo;instant. Je vais lui r\u00e9pondre un de ces jours.<br \/>\nJ&rsquo;ai re\u00e7u une lettre de Marie Louise qui m&rsquo;annonce la mort d&rsquo;un de ses cousins \u00e0 la guerre et du petit-fils \u00e0 Mme Lasnier de Loizellerie ma cousine. Je prends une vive part \u00e0 son chagrin, moi qui a \u00e9t\u00e9 si heureuse de la voir \u00e0 mon r\u00e9cent voyage en Anjou.<br \/>\nQue de luttes sur cette terre et de peines pour ces pauvre soldats si expos\u00e9s. La liste des morts est longue aussi en ces belles f\u00eates de la Toussaint, nous allons redoubl\u00e9 nos pri\u00e8res pour eux et les familles si \u00e9prouv\u00e9es. Tous les jours on entend parl\u00e9 de disparus !<br \/>\nAlbert Durville est venu en permission et Marie Durville est venue nous voir. Nous avons profit\u00e9 de faire une belle promenade \u00e0 Cugand l&rsquo;apr\u00e8s-midi et sommes revenus au clair de lune. Les enfants \u00e9taient si contents et il faisait tr\u00e8s doux.<br \/>\nVisite de Mme Blanchard. Elle nous a bien amus\u00e9s et nous a fait passer un bon moment avec tous ses r\u00e9cits sur la guerre.<br \/>\nRe\u00e7u nouvelle de Jeanne. Jeannette est mieux. Nous attendions Antonine \u00e0 d\u00e9jeuner.<br \/>\nPersonne n&rsquo;est venu. J&rsquo;attends une lettre demain ou peut-\u00eatre viendra-t-elle dimanche ?<br \/>\nLa visite de Mr et Mme Boussion avec Aim\u00e9e-Marie venue jouer avec les enfants. Odette et Robert l&rsquo;aime beaucoup. Elle est tr\u00e8s douce et tr\u00e8s mignonne.<br \/>\n<strong>1er novembre 1917 <\/strong>Aujourd&rsquo;hui f\u00eate de la Toussaint. Nous avons Alfred et sommes all\u00e9s apr\u00e8s d\u00e9jeuner au cimeti\u00e8re tous en famille dire une pri\u00e8re \u00e0 nos chers disparus. Que de vides autour de nous et demain f\u00eate des morts. J&rsquo;assisterai aux offices pour les \u00e2mes des d\u00e9funts qui sont en purgatoire afin de les d\u00e9livrer et qu&rsquo;elles nous viennent en aide \u00e0 leur tour. La procession au cimeti\u00e8re n&rsquo;a pas pu avoir lieu vu le mauvais temps. Elle est remise \u00e0 Dimanche.<br \/>\nNous partirons pour Nantes samedi. J&rsquo;irai conduire Aim\u00e9e et ses enfants avec Flavie <em>[la domestique].<\/em> Nous y resterons une huitaine et reviendrons ici pour faire notre lessive.<br \/>\nLes enfants sont heureux de retourner \u00e0 Nantes. Ils aiment tant le changement et surtout les voyages. Cela les amuse beaucoup.<br \/>\n<strong>4 novembre 1917<\/strong> Nous voil\u00e0 de retour rue St Jacques 60. Que va-t-il nous arriver dans notre huitaine ? Ce qui le bon Dieu voudra.<br \/>\n<strong>6 novembre 1917<\/strong> Aim\u00e9e a re\u00e7u une lettre de Valentine qui doit revenir de Lorient avec ses petits neveux et doit aller consulter un occuliste \u00e0 Nantes pour eux. Aim\u00e9e doit aller \u00e0 sa rencontre \u00e0 la gare demain \u00e0 midi.<br \/>\n<strong>7 novembre 1917<\/strong> J&rsquo;ai re\u00e7u un coup de t\u00e9l\u00e9phone de Jeanne me disant que Madame Guillet de la rue de Rennes \u00e9tait tr\u00e8s malade et d&rsquo;aller la voir. Je n&rsquo;ai pu y aller le matin \u00e0 cause de l&rsquo;arriv\u00e9e de Valentine. J&rsquo;y suis all\u00e9e l&rsquo;apr\u00e8s midi vers deux heures et en arrivant Jeanne me dit qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;agonie. Jugez de ma surprise, elle avait re\u00e7u l&rsquo;extr\u00eame-onction le matin. J&rsquo;ai pu la voir et lui ai r\u00e9cit\u00e9 les litanies des agonisants. Elle ne quittait pas ses yeux du sacr\u00e9-coeur et de soeur Th\u00e9r\u00e8se. Elle avait une si grande confiance en eux ! Elle est morte comme je disais que les Anges viennent \u00e0 sa rencontre et que le Seigneur la re\u00e7oive (Quelle belle mort). Je la regrette beaucoup. C&rsquo;est une bonne amie de moins pour moi. Elle \u00e9tait si pieuse et bonne. Le bon Dieu a ses dessins sur la terre.<br \/>\n<strong>8 novembre 1917<\/strong> Valentine a \u00e9t\u00e9 consult\u00e9 l&rsquo;occuliste qui a donn\u00e9 un traitement pour Jean. Elle part aujourd&rsquo;hui. Aim\u00e9e va les conduire au train de midi.<br \/>\nJe vais retourner aupr\u00e8s de mon amie la garder et prier pour elle.<br \/>\nJ&rsquo;arrive de l&rsquo;enterrement avec Jeanne et Alfred. Il y avait grande affluence de monde. Cela fait bien plaisir de voir de la sympathie. Pauvre p\u00e8re Guillet. Il est inconsolable ainsi que son fils Joseph. Ils se trouvent d\u00e9sempar\u00e9s tous les deux. Ils \u00e9taient si bien soign\u00e9s par une si bonne m\u00e8re. Le doigt de Dieu est l\u00e0. Il faut s&rsquo;y conformer et tout accepter.<br \/>\n<strong>Dimanche<\/strong> Nous venons d&rsquo;arriver \u00e0 Clisson, Flavie et moi, pour faire notre lessive. Nous aurons la femme demain. Esp\u00e9rons que nous aurons beau temps.<br \/>\nMardi Notre lessive est lav\u00e9e et nous l&rsquo;avons toute \u00e9tendue <em>(la machine n&rsquo;exite pas encore)<\/em>. J&rsquo;arrive du jardin de faire les provisions de l\u00e9gumes. Mes draps sont bient\u00f4t secs. Quel embarras que cette lessive. Je vais la raccommoder et Flavie va repasser et j&rsquo;esp\u00e8re que dans la huitaine tout sera dans l&rsquo;armoire. Nous avons \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9es par un beau temps.<br \/>\nJeudi Je viens de faire une grande promenade en compagnie de la famille Boussion-Veillet. Nous arrivons de la campagne de go\u00fbter du cidre qui est tr\u00e8s cher cette ann\u00e9e 65 frs la barrique et tout est hors prix<br \/>\n<strong>Samedi<\/strong> J&rsquo;ai eu la visite de Melle L\u00e9onide. Elle est bien mieux. J&rsquo;irai leur faire mes adieux demain avant notre d\u00e9part pour Nantes. Aim\u00e9e nous attend et les enfants avec grande impatience.<br \/>\n<strong>Dimanche<\/strong> Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai pu aller \u00e0 la grand&rsquo;messe et aux v\u00eapres et faire notre visite au cimeti\u00e8re (occupation de tous les dimanches apr\u00e8s-midi) avant notre d\u00e9part. Quelle triste perspective que l&rsquo;hiver. Nous le passerons en famille \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu.<br \/>\n<strong>Lundi<\/strong> A notre arriv\u00e9e, j&rsquo;ai trouv\u00e9 bonne mine aux enfants surtout Th\u00e9r\u00e8se qui devient si int\u00e9ressante. Odette et Robert continuent leur \u00e9cole. Ils ont la croix tous les deux, aussi les sous se mettent dans la tirelire.<br \/>\nDepuis le 5 novembre, que nous sommes arriv\u00e9es \u00e0 Nantes, cela ne va pas fort. Je commence un gros rhume. Voil\u00e0 la vilaine saison. Nous ne sortirons gu\u00e8re. Je vais promener Th\u00e9r\u00e8se une heure l&rsquo;apr\u00e8s-midi quand il fait beau.Les jours courts passent bien monotones. Nous attendons bient\u00f4t nos soldats. Aim\u00e9 doit aller au devant de son mari \u00e0 Paris. Cela lui fera une distraction. Il fait d\u00e9j\u00e0 si froid que je m&rsquo;en inqui\u00e8te pour elle. Ils seraient heureux de se retrouver ensemble tous les deux.<br \/>\nFlavie a \u00e9t\u00e9 bien enrhum\u00e9e. J&rsquo;ai bien eu peur pour elle \u00e0 une bronchite, mais cela va mieux. Le temps est si dur d\u00e9j\u00e0, c&rsquo;est \u00e0 s&rsquo;en inqui\u00e9ter pour passer l&rsquo;hiver qui commence tr\u00e8s froid.<br \/>\n<strong>d\u00e9cembre 1917<\/strong> Nous voil\u00e0 en d\u00e9cembre. J&rsquo;ai toujours \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e et n&rsquo;ai pas eu le temps d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 la famille. Nous attendond Edouard <em>[Guillouard, son gendre]<\/em> et Charles [Audineau, un de ses 2 fils, et fr\u00e8re d&rsquo;Aim\u00e9e]. Les enfants sont enrhum\u00e9s. Nous gardons la maison. Il g\u00e8le tous les jours.<br \/>\nJ&rsquo;ai eu de bonnes nouvelles de Gen\u00e9 et des amis. Madame Bellanger m&rsquo;a \u00e9crit aussi je suis bien en retard avec. Je n&rsquo;ai gu\u00e8re de temps avec mon entretien du linge de la maison et raccommodage.<br \/>\nJ&rsquo;ai eu plusieurs visites de Mme B\u00e9gu\u00e9 soeur de Madame Guillet, ce qui m&rsquo;a bien fait plaisir. Nous avons parl\u00e9 longuement de la pauvre absente. Elle en a tant de chagrin.<br \/>\nJoseph est venu me voir avec Alfred (son fils, handicap\u00e9) et un de ses amis. Cela passe le temps plus agr\u00e9ablement.<br \/>\nJ&rsquo;ai eu aussi la visite de M Babitxa toujours alerte pour ses 86 ans, ainsi que de Mme Denghin qui en a 73, mais sa maladie de coeur la tient souvent \u00e0 la chambre. Elle profite de sortir quand il fait plus doux. Je ne sais quand je pourrai en faire autant. Je suis toujours enrhum\u00e9e, c&rsquo;est la saison.<br \/>\nNous voil\u00e0 23 d\u00e9cembre 1917 Aim\u00e9e vient de recevoir une d\u00e9p\u00eache pour partir \u00e0 Paris. J&rsquo;arrive de la conduire \u00e0 la gare. A mon arriv\u00e9e une autre d\u00e9p\u00eache d&rsquo;Edouard qui n&rsquo;arrivera \u00e0 Paris que Samedi matin. Elle va \u00eatre bien ennuy\u00e9e seule \u00e0 Paris. Je lui renvoie la d\u00e9p\u00eache. Elle ne la recevra que demain. Elle va \u00eatre bien inqui\u00e8te.<br \/>\n<strong>24 d\u00e9cembre 1917<\/strong> J&rsquo;ai re\u00e7u une lettre d&rsquo;Aim\u00e9e <em>[donc \u00e0 chaque permission, ma grand-m\u00e8re partait en train \u00e0 Paris au devant de son mari en permission annonc\u00e9e]<\/em>. Elle a fait bon voyage. En attendant Edouard, elle a \u00e9t\u00e9 pour voir Mme Tiger pas l\u00e0 que ses enfants. Apr\u00e8s voir le cousin Luzeau absent. Quel voyage plein de p\u00e9rip\u00e9ties. Enfin ils sont donc revenus par un froid terrible ce matin \u00e0 5 heures. Tout s&rsquo;est bien pass\u00e9 pendant leur voyage. Je suis bien enrou\u00e9e et vais \u00eatre oblig\u00e9e de ma coucher.<br \/>\n<strong>janvier 1918<\/strong> Edouard est l\u00e0 en permission et je suis au lit pas de veine, prise de bronchite. Cela ne m&rsquo;arrange pas de garder la chambre. Il faut bien que j&rsquo;en passe par l\u00e0.<br \/>\nCharles est venu me voir aussi en permission. Quelle guigne d&rsquo;\u00eatre ainsi renferm\u00e9e et ne pouvoir vaquer \u00e0 ses petites occupations ordinaires. L&rsquo;hiver me cloue toujours \u00e0 la maison.<br \/>\nRobert n&rsquo;est pas bien en ce moment ci. Il a sa bronchite aig\u00fce qu&rsquo;il a attrap\u00e9 pendant la permission d&rsquo;Edouard ayant sorti par le grand froid. Il est si d\u00e9licat. Odette et Th\u00e9r\u00e8se sont bien. Flavie est \u00e0 sont tour bien enrhum\u00e9e. Nous y avons tous pass\u00e9s avec cette mauvaise grippe et pourtant elle voudrait bien aller \u00e0 Clisson nous chercher des provisions de l\u00e9gumes et haricots que nous avons conserv\u00e9.<br \/>\nFlavie a pu faire son voyage et nous apporter des pommes qui nous font bien plaisir et confitures aussi.<br \/>\n<strong>f\u00e9vrier 1918<\/strong> J&rsquo;ai repris mon petit train de vie avec mon raccommodage. Nous avons quelques visites de l&rsquo;an et n&rsquo;en avons pas fait. Il fait si mauvais et le froid trop rigoureux cette ann\u00e9e.<br \/>\nNous voyons Jeanne et Jeannette souvent toutes les semaines. Jeannette vient par tous les temps. Elle est tr\u00e8s forte et supporte toutes les temp\u00e9ratures, ce qu&rsquo;on ne peut pas dire des n\u00f4tres qui attrappent toutes les maladies. Quel ennui d&rsquo;avoir des enfants si peu fort.<br \/>\nNous voil\u00e0 en Mars le temps parait plus doux que nous arrivera-t-il ce mois-ci ?<br \/>\n<strong>10 mars 1918<\/strong> Je viens de recevoir une d\u00e9p\u00eache m&rsquo;annon\u00e7ant la mort d&rsquo;Henri Michel. Je t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Alfred pour partir demain. Je m&rsquo;en inqui\u00e8te. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;un train. Nous serons oblig\u00e9s de coucher \u00e0 Chaz\u00e9.<br \/>\n<strong>11 mars 1918<\/strong> Nous voil\u00e0 arriv\u00e9s \u00e0 Chaz\u00e9 <em>(Chaz\u00e9-sur-Argos, par le train du Petit-Anjou, depuis Nantes)<\/em>. Personne \u00e0 nous attendre \u00e0 la gare. Je viens de demander \u00e0 Julie de la Bridelais de nous conduire demain \u00e0 Gen\u00e9 ce qu&rsquo;elle va faire avec grand plaisir.<br \/>\nJules nous nous a conduit ce matin pour 9 h 1\/2 pour la triste c\u00e9r\u00e9monie. Pauvre p\u00e8re Michel. Nous le regrettons bien. Il \u00e9tait si bon pour nous quand nous y passions nos vacances. Marie-Louise est inconsolable et la m\u00e8re Michel aussi. Il a \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9 apr\u00e8s 3 jours de maladie d&rsquo;une congestion. C&rsquo;est peu de chose que nous. Je vais rester jusqu&rsquo;au service et retourner par Angers avec Eug\u00e8ne dont la permission finie. ll est au d\u00e9p\u00f4t \u00e0 Angers avec sa phl\u00e9bite depuis 3 ans. Sa jambe est bien malade. On ne veut ppoint le r\u00e9former. Il serait bien plus utile chez lui. Que vont devenir les deux pauvres femmes toutes seules. Je m&rsquo;en inqui\u00e8te bien pour elles avec deux petits enfants de 7 et de 5 ans. Enfin le bon Dieu y pourvoira.<br \/>\nJ&rsquo;ai revu mes amies en peu de temps. Cela a \u00e9t\u00e9 une vraie joie pour moi.<br \/>\n<strong>20 mars 1918<\/strong> J&rsquo;ai vu \u00e0 Angers ma famille et mon amie Mme Buron chez laquelle je suis descendue pour y coucher. Je la regarde comme ma soeur, elle est si bonne pour moi. J&rsquo;ai pass\u00e9 deux jours heureux parmi eux. Mad toujours aussi aimable et venue me voir. Madame Jallot et Marie Poupart o\u00f9 j&rsquo;ai d\u00e9jeun\u00e9 et diner, Mr Paiveri (?) avec ses 76 ans a une congestion pulmonaire, on craint bien \u00e0 son \u00e2ge.<br \/>\nJ&rsquo;ai vu Marguerite avec ses enfants, toujours la m\u00eame, bien affectueuse et ai vu Melle Marie De Bossoreille. Son p\u00e8re a 83 ans, bien conserv\u00e9 pour son \u00e2ge toujours aussi gai. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 heureuse de voir tout mon monde ainsi que nos cousins Bonnet et Bex. Marie Bex 83 ans a la jaunisse et Mme BEX 86 bien conserv\u00e9 et ne perdant pas la carte. Elle est en train de faire la g\u00e9n\u00e9alogie de notre famille Guillot de la Chouani\u00e8re <span style=\"color: #ff00ff;\"><em><strong>(dont rien ne nous est parvenu !)<\/strong><\/em><\/span> . J&rsquo;ai vu aussi Mme Roux et son mari qui ont perdu leur fils Henri \u00e0 la guerre et Aim\u00e9e Nourry \u00e9tait l\u00e0 aussi. Nous nous sommes retrouv\u00e9es apr\u00e8s tant d&rsquo;absence. Cela fait plaisir.<br \/>\nJ&rsquo;ai fait un bon voyage en revenant par Champtoceaux o\u00f9 je me suis arr\u00eat\u00e9e chez notre cousin Mr l&rsquo;abb\u00e9 Grenouilleau, ne l&rsquo;ayant pas vue depuis 12 ans. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 bien heureuse de le retrouver en bonne sant\u00e9 ainsi que sa m\u00e8re Mme Henriette qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s aimable pour moi et m&rsquo;ont si bien re\u00e7u.<br \/>\nJ&rsquo;ai eu un temps superbe \u00e0 mon voyage. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9e visiblement.<br \/>\n<strong>24<\/strong> Me voil\u00e0 de retour \u00e0 Nantes et reprendre mes occupations. Nous irons \u00e0 Clisson le lundi de P\u00e2ques un huitaine seulement. Pour Robert le temps n&rsquo;est pas encore assez chaud pour y rester compl\u00e8tement. Les enfants sont contents de la perspective et en attendant le d\u00e9part il en sont ravis.<br \/>\nNous voil\u00e0 arriv\u00e9es \u00e0 Clisson lundi de P\u00e2ques pour y passer une huitaine. Nous avons trouv\u00e9 la famille Boussion-Veillet en bonne sant\u00e9 et avons pass\u00e9 une bonne apr\u00e8s-midi avec eux et Mademoiselle Jacques venue chez Madame Gu\u00e9rin pour 3 jours seulement. Nous avons un temps d\u00e9plorable, toujours de la pluie, et l&rsquo;humidit\u00e9 ne convient gu\u00e8re aux enfants, ce qui les emp\u00eachent de sortir. Nous sommes all\u00e9s au cimeti\u00e8re et \u00e0 Toute Joie, nos promenades habituelles, et au march\u00e9 acheter nos provisions.<br \/>\nNous attendons Alfred<em> [Audineau, son 2\u00e8me fils]<\/em> et Jeanne <em>[Bichon, sa belle fille, \u00e9pouse de Charles]<\/em> et Jeannette <em>[fille unique des pr\u00e9c\u00e9dents]<\/em> dimanche et Flavie attend sa soeur et ses ni\u00e8ces.<br \/>\nAujourd&rsquo;hui dimanche, Alfred est venu nous annoncer une grande nouvelle qu&rsquo;il prend la suite d&rsquo;affaires de Charles avec un associ\u00e9. Cela va faire sa situation enfin \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu. Il m&rsquo;attend demain \u00e0 9 heures \u00e0 son bureau. Je m&rsquo;en inqui\u00e8te un peu, je ne demande pas mieux que de lui rendre service jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il se marie.<br \/>\nFlavie a vu sa soeur et ses ni\u00e8ces, son neveu part \u00e0 la guerre dans quinze jours \u00e0 19 ans. Quel malheur pour sa m\u00e8re : il \u00e9tait le gagne-pain de la famille, il faut en passer par l\u00e0 et tout accepter. C&rsquo;est une rude \u00e9preuve.<br \/>\nCharles est du c\u00f4t\u00e9 du Mont Didier, il y a plusieurs jours qu&rsquo;il ne s&rsquo;est d\u00e9barbouill\u00e9 ni deshabill\u00e9, c&rsquo;est souvent son tour. Quelle triste offensive qui met tout \u00e0 feu et \u00e0 sang. Le pauvre jeune homme Gaboriau a un bras de moins et c&rsquo;est le droit. Quelle g\u00e9nance il aura pour sa menuiserie plus tard et il faut tout endurer, ses parents sont navr\u00e9s, il y a o\u00f9.<br \/>\nEdouard est en ce moment \u00e0 la recherche de son r\u00e9giment ayant suivi les cours, il \u00e9tait en retard avec ses amis. Les lettres ont aussi du retard de 4 jours, Aim\u00e9e s&rsquo;inqui\u00e8te et a toujours peur de mauvaises nouvelles, enfin esp\u00e9rons quand m\u00eame ; il faut s&rsquo;en remettre \u00e0 la volont\u00e9 du bon Dieu pour tout.<br \/>\n<strong>4 avril 1918<\/strong> J&rsquo;ai eu des nouvelles de Fernand et de Madame Planche. Ils sont souvent oblig\u00e9s de descendre dans leur cave \u00e0 cause des obus et avions qui jettent la panique partout. Quelle triste vie que la vie de Paris. Il vaut encore mieux la Province et qu&rsquo;est ce qu&rsquo;on deviendrait si ils arrivaient jusqu&rsquo;\u00e0 Nantes ? &#8230;<br \/>\nJ&rsquo;ai lou\u00e9 ma maison de Clisson pour 6 semaines \u00e0 des Parisiens r\u00e9fugi\u00e9s. Nous voil\u00e0 de retour ici n&rsquo;ayant pu trouver de pain en arivant, oblig\u00e9 d&rsquo;en emprunter. Nos petits enfants ont fait bon voyage. Si le temps pouvait seulement \u00eatre plus beau pour qu&rsquo;ils fassent de bonnes promenades pour la sant\u00e9 de Robert qui est si d\u00e9licat. Nous esp\u00e9rons bient\u00f4t la fin de la guerre d&rsquo;apr\u00e8s les proph\u00e9ties. Si c&rsquo;\u00e9tait vrai. Il faut que cela aille plus mal encore pour aller mieux apr\u00e8s, enfin esp\u00e9rons toujours dans le Sacr\u00e9 Coeur.<br \/>\nJ&rsquo;ai recu une lettre de Madame Bellanger qui se confine dans ses Tourelles, ayant pourtant l&rsquo;espoir de venir nous voir \u00e0 son voyage \u00e0 Nantes apr\u00e8s P\u00e2ques me disait-elle.<br \/>\nJ&rsquo;ai su la mort de Mr Fourr\u00e9 par Louise Chatelier qui est \u00e0 passer ses vacances \u00e0 Saumur. Victorine m&rsquo;a \u00e9crit aussi. Elle est bien. Voil\u00e0 le printemps qui devrait tous nous remettre du si dur hiver que nous venons de passer.<br \/>\n<strong>8 avril 1918<\/strong> Aujourd&rsquo;hui je suis all\u00e9e route de Rennes. Alfred a pris la suite de son fr\u00e8re. Jeanne ne voulant pas continuer son commerce. Alfred prend un associ\u00e9, je d\u00e9nie bien que cela marche pour eux. Il va probablement falloir que j&rsquo;aille demeurer avec lui d&rsquo;ici nouvel ordre nous cherchons une maison ne pouvant avoir celle de Jeanne. Quel ennui que tous ces d\u00e9m\u00e9nagements qu&rsquo;il va falloir faire, enfin \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu qui conduit tout, je ne demande que la r\u00e9ussite de leur entreprise qui va \u00eatre un peu lourde pour commencer. Il y a tant de frais g\u00e9n\u00e9raux.<br \/>\nJ&rsquo;attends une lettre de Charles toujours \u00e0 la guerre, bien ennuy\u00e9 de cette offensive et quand reviendra-t-il. Les permissions \u00e9tant supprim\u00e9es. Quel tourment que tout cela.<br \/>\nJ&rsquo;arrive de chez Alfred, j&rsquo;ai vu son associ\u00e9. Ils vont s&rsquo;entendre ensemble pour le commerce et t\u00e2cher de r\u00e9ussir avec ordre et \u00e9conomie. Il y arriveront, je l&rsquo;esp\u00e8re.<br \/>\nJe n&rsquo;ai pas trouv\u00e9 de maison, tout est lou\u00e9 partout et avec des prix d\u00e9risoires. Les loyers augmentent comme le reste, tout est hors de prix avec la surtaxe ; que c&rsquo;est donc ennuyeux tout cela.<br \/>\n<strong>9 avril 1918<\/strong> Jour de service anniversaire de Mme Jeanne Guillouard. J&rsquo;y suis all\u00e9e avec Aim\u00e9e et sommes all\u00e9es au cimeti\u00e8re apr\u00e8s, avec la famille Beauthamie <em>(femme de Joseph, fr\u00e8re d&rsquo;Edouard Mort pour la France)<\/em>. Son oncle Mr Beauthami a bien remerci\u00e9 ses belles-soeurs d&rsquo;avoir assist\u00e9 au service et nous sommes revenus ensemble jusqu&rsquo;\u00e0 la maison.<br \/>\nJ&rsquo;attends des nouvelles de Charles <em>(son fils)<\/em> toujours sans nouvelles. Les lettres ont beaucoup de retard pendant cette offensive qui ne finit pas. Quel cauchemar que cette guerre atroce.<br \/>\nNous avons au la visite de Mr l&rsquo;abb\u00e9 Loiret soldat venu \u00e0 la Persagoti\u00e8re. L\u00e0 il est plus tranquille qu&rsquo;\u00e0 Saint Anne d&rsquo;Auray o\u00f9 il \u00e9tait \u00e0 un poste d&rsquo;observation et ensuite infirmier dans la salle des tuberculeux. Quel changement.<br \/>\nJe suis all\u00e9e chez Alfred. Nous cherchons une maison, ce qui n&rsquo;est pas facile \u00e0 trouver aupr\u00e8s de son bureau, ce qui est tr\u00e8s ennuyeux et nous voudrions \u00eatre fix\u00e9 pour la St Jean, il faut de la patience.<br \/>\nMadame Pervez <em>(femme du photographe de la rue Contrescarpe, ex-voisine)<\/em> est venue nous voir aujourd&rsquo;hui, il y avait si longtemps qu&rsquo;elle n&rsquo;\u00e9tait venue et m&rsquo;a apport\u00e9 un bouquet de muguet pour ma f\u00eate et celle d&rsquo;Aim\u00e9e. Elle ne nous oublie pas. Le mariage de Jeanne Fonteneau a \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 St Nicolas o\u00f9 il y avait foule \u00e0 la messe et elle s&rsquo;en va \u00e0 Lourdes comme voyage de noce ne pouvant aller \u00e0 Paris \u00e0 cause des bombardements; Quel ravage ils font dans ce Paris, le cousin Luzeau est est bien effray\u00e9. Il y a o\u00f9. Je ne sais ce que nous allons devenir \u00e0 la fin.<br \/>\nPas de nouvelles de Charles (son fils) et les permissions sont suspendues pendant cette triste offensive. Esp\u00e9rons toujours \u00e0 des jours meilleurs et aussi remettons nous \u00e0 la divine Providence qui n&rsquo;abandonne personne.<br \/>\nmai Je reprends mon journal depuis si longtemps interrompu. Que d&rsquo;ennuis dans la vie. Toujours le tour au m\u00eame. Je vais trois fois la semaine chez Alfred garder son bureau, cela me fait une distraction.<br \/>\nNous attendons Charles et toujours rien, ainsi que Edouard. Nous devions aller \u00e0 la campagne. Notre voyage recul\u00e9 en les attendant et quand ? Cette offensive retarde tout.<br \/>\nJ&rsquo;ai rencontr\u00e9 Mme de la Pierre toujours la m\u00eame bien alerte et vigoureuse pour ses 75 ans. Elle m&rsquo;a grond\u00e9e de ne pas aller la voir, je n&rsquo;ai pas le temps.<br \/>\nMadame Guilbaud a vendu son commerce pour venir se reposer rue de Rennes. Nous nous verrons n&rsquo;\u00e9tant pas loin les uns des autres quand je suis chez Alfred.<br \/>\nMme Pervez s&rsquo;en va \u00e0 un mariage de son neveu. C&rsquo;est un beau voyage \u00e0 Lannion avec Yves qui l&rsquo;accompagne. Je viens de d\u00e9jeuner avec eux, toujours si aimable pour moi.<br \/>\nJe suis all\u00e9e d\u00e9jeuner chez Antonine. Notre voyage de Champtoc\u00e9 est remis \u00e0 plus tard. Notre cousin \u00e0 une bronchite.<br \/>\nA Saint Jacques, nous avons assist\u00e9 \u00e0 la confirmation avec les enfants qui ont eu la b\u00e9n\u00e9diction de Mgr. Tr\u00e8s heureux, il y a si peu de belle f\u00eates ici.<br \/>\nNous sommes all\u00e9s un dimanche voir la soeur de Madame Cah\u00e9ri Sup\u00e9rieure \u00e0 la clinique Jeanne d&rsquo;Arc. Il y avait si longtemps que je ne l&rsquo;avais vu.<br \/>\nNous devons aller voir Marie Joseph un de ces jeudis et Madame Cah\u00e9ri depuis le temps que je n&rsquo;ai pas eu de nouvelles. Que devient-elle ? sa cousine la soeur clarisse est revenue \u00e0 Nantes \u00e0 leur maison. Il est tr\u00e8s difficile de la voir \u00e9tant cloitr\u00e9e. Mr Rabitxa habite dans leur maison et cherche un logement qu&rsquo;il ne trouve nulle part comme nous rue de Rennes. Que c&rsquo;est donc ennuyeux et la St Jean approche enfin esp\u00e9rons en la Providence de Dieu qui veille sur nous.<br \/>\nMelle Denghin est mieux et bien faible avec ses 73 ans et a le coeur bien malade.<br \/>\nJ&rsquo;ai d\u00e9jeun\u00e9 chez Mr et Mme Bradanne depuis si longtemps partie remise. Ils sont toujours bien aimables pour moi. J&rsquo;ai revu la soeur de Mme Bradanne avec le petit Joseph qui est toujours tr\u00e8s gentil.<br \/>\nRoger Pervez est venu en permission. Je n&rsquo;ai pu le voir cette fois ci \u00e9tant toujours pris par ses amis et 7 jours c&rsquo;est si vite pass\u00e9.<br \/>\nCharles ne sait pas encore quand il viendra. Que c&rsquo;est long cette attente.<br \/>\nJ&rsquo;ai eu la visite chez Alfred de Mr Bacqua qui aime beaucoup Charles et est venu en savoir des nouvelles.<br \/>\nNotre cousin Poupart est commandant. J&rsquo;en ai fait tous mes compliments \u00e0 son p\u00e8re et \u00e0 sa m\u00e8re. Marie Jallot sa femme est malade d&rsquo;une sale grippe (la grippe espagnole). Je vais en savoir des nouvelles par Mr Jallot de qui j&rsquo;attends une lettre.<br \/>\nJoseph Gardais m&rsquo;\u00e9crit qu&rsquo;il est en ce moment dans le nord tr\u00e8s malheureux \u00e0 faire de grands travaux et il tombe souvent des obus. A quand la fin de tout cela. Marie-Louise m&rsquo;\u00e9crit aussi que son mari est toujours \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital depuis 4 ans bient\u00f4t. Il serait mieux r\u00e9form\u00e9 car \u00e0 quoi leur sert-il, \u00e0 rien, et serait bien mieux chez lui \u00e0 commander, et il souffre beaucoup des jambes et ne pourra gu\u00e8re marcher. Je viens de recevoir une lettre d&rsquo;Henriette qui nous dit d&rsquo;aller le 1er juin. Son oncle est gu\u00e9ri et a repris ses fonctions. Je vais le dire \u00e0 Antonine et nous irons si cela se peut.<br \/>\nJe suis all\u00e9e au service de Gabriel Houis tomb\u00e9 au champ d&rsquo;honneur. Pauvres parents, ils ont bien du chagrin de leur cher enfant qui a bien voulu donner sa vie pour la France, pauvre petit \u00e0 19 ans. Il est plus heureux que ceux qui le pleure.<br \/>\nLes permissions des soldats sont supprim\u00e9es, quel ennui et quand les reverront nous. Dieu seul le sait, attendons.<\/p>\n<p><span style=\"color: #ff00ff;\"><strong><em>Les nouvelles (mauvaises) circulent beaucoup gr\u00e2ce au t\u00e9l\u00e9phone, aux nombreuses lettres, et aux d\u00e9p\u00eaches. Le rythme est soutenu&#8230;<\/em><\/strong><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #ff00ff;\"><strong><em>La vie est ch\u00e8re, sans chauffage, les \u00e9glises pleines, les cimeti\u00e8res tr\u00e8s visit\u00e9s.<\/em><\/strong><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous \u00eates sur le carnet de guerre d\u2019Edouard Guillouard et photos de Fernand Leglaive au 84\u00b0 RIT et il y a beaucoup de pages dont table des mati\u00e8res Edouard Guillouard (carnet de guerre) Fernand Leglaive (appareil photo) JOURNAL D&rsquo;AIM\u00c9E GUILLOT, BELLE M\u00c8RE D&rsquo;EDOUARD GUILLOUARD \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu ! que nos chers disparus nous &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=37201\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;Journal d&rsquo;Aim\u00e9e Guillot, belle-m\u00e8re d&rsquo;Edouard Guillouard 1917-1918&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1590],"tags":[],"class_list":["post-37201","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-guerre-14-18-guerres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/37201","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=37201"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/37201\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":40598,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/37201\/revisions\/40598"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=37201"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=37201"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=37201"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}