﻿{"id":4125,"date":"2008-10-19T05:46:11","date_gmt":"2008-10-19T03:46:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=4125"},"modified":"2008-10-16T15:34:54","modified_gmt":"2008-10-16T13:34:54","slug":"nantes-la-brume-ludovic-garnica-de-la-cruz-chapitre-xiii-cueillettes-davril","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=4125","title":{"rendered":"NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA de la Cruz, chapitre XIII Cueillettes d&rsquo;avril"},"content":{"rendered":"<p>Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Num\u00e9risation Odile Halbert, 2008 &#8211; <strong>Reproduction interdite<\/strong>.<\/p>\n<p>Quelques jours plus tard, Ren\u00e9 rencontra Melle Lonneril dans le passage Pommeraye. Elle \u00e9tait arr\u00eat\u00e9e \u00e0 la devanture d&rsquo;un magasin, admirant, sans doute les vases magnifiques panach\u00e9s d&rsquo;\u00e9ventails en un m\u00e9li-m\u00e9lo de luxures \u00e9clatantes d&rsquo;un go\u00fbt raffin\u00e9. Le jeune homme fut ravi de la trouver s\u00e9duisante en sa robe de tissu \u00e9cossais aux tons brouill\u00e9s o\u00f9 dominaient le vert et le bleu. Un bol\u00e9ro d\u00e9coup\u00e9 sur une chemisette en soie d\u00e9veloppait sa poitrine sur laquelle s&rsquo;\u00e9talait une cravate de mousseline neige. A la ceinture ses hanches se dessinaient fermes, inconsciemment provocantes par le dessin des contours inachev\u00e9s sous les plis chevauch\u00e9s de la jupe. Ses cheveux blonds illuminaient davantage son visage \u00e0 l&rsquo;ombre d&rsquo;une capeline de m\u00eames couleurs que la robe, \u00e9clair\u00e9e d&rsquo;une boucle de strass au milieu d&rsquo;un noeud drap\u00e9 de liberty.<\/p>\n<li>Tiens, dit-elle en se d\u00e9tournant, c&rsquo;est vous monsieur de Lorcin !<\/li>\n<li>Vous \u00eates d\u00e9licieuse, murmura le jeune homme.<\/li>\n<li>Ne me flattez pas, je croirais que vous vous moquez.<\/li>\n<li>Vous vous tromperiez, mademoiselle. A quel bienheureux hasard dois-je de vous rencontrer ici ?<\/li>\n<li>Je viens de chez une de mes amies. En rentrant je fl\u00e2ne.<\/li>\n<li>Si vous voulez, nous fl\u00e2nerons un bout de chemin. Il me semble vous avoir vu depuis un si\u00e8cle.<\/li>\n<p>Elle sourit enle regardant. Ils descendirent les marches du grand escalier orn\u00e9 de statues d&rsquo;enfants, d&rsquo;\u00e9talages de souvenirs nantais et de broderies bretonnes comme des mouches d&rsquo;or aux ailes bleues, de bazars d\u00e9bordants de jouets et de fantaisies amusantes. Au dessus d&rsquo;eux le jour se promenait su rles vitres rogeoyant \u00e0 la mort du soleil qui s&rsquo;ensevelit \u00e0 l&rsquo;angle du ciel.<br \/>\nIls babill\u00e8rent heureux de se trouver seuls pour la premi\u00e8re fois. Ils ne se dirent pas leur joie d&rsquo;\u00eatre l&rsquo;un pr\u00e8s de l&rsquo;autre, mais lls la laiss\u00e8rent percer \u00e0 chaque phrase.<br \/>\nRue de l&rsquo;Arche-S\u00e8che, il lui prit le bas, elle le serra contre elle. L&rsquo;intimit\u00e9 se fit plus profonde.<\/p>\n<li>Vous sortez souvent, mademoiselle ?<\/li>\n<li>Rarement ; il me faut des occasions.<\/li>\n<li>Le pourrez-vous demain ?<\/li>\n<li>Je ne sais pas.<\/li>\n<li>Essayez. Je vous attendrai \u00e0 cinq heures et demie au square St-Andr\u00e9. Nous serons si bien cach\u00e9s au centre de la verdure tranquille.<\/li>\n<li>Et s&rsquo;il pleut ? railla-t-elle gentiment.<\/li>\n<li>Nous serons plus en secret encore sous le m\u00eame parapluie&#8230; Vous viendez ?<\/li>\n<li>Je ferai mon possible&#8230; Je vous le promets.<\/li>\n<li>A demain&#8230; bonsoir, mademoiselle.<\/li>\n<p>Alle retroussa sa robe, montrant sa jupe de moire rose, et disparut plus l\u00e9g\u00e8re &#8211; le coeur a peut-\u00eatre parfois des ailes.<br \/>\nA cinq heures, il s&rsquo;impatientait d\u00e9j\u00e0 en parcourant les all\u00e9es vides du petit square. Les vieilles comm\u00e8res qui marmottent de douces m\u00e9disances, enfantent enleur st\u00e9rilit\u00e9 de persistantes calomnies sont parties au foyer et le gardien travaille seul, les \u00e9paules basses. L&rsquo;Erdre r\u00e9sonnait du bruit des lavoirs ; les camions filaient au del\u00e0 des grilles assourdissant le jardin en triangle. Plus loin la passerelle de Barbin vo\u00fbtait sur l&rsquo;eau moire son dos ajour\u00e9 comme un bas de mari\u00e9e. Pour la vingti\u00e8me fois, Ren\u00e9 Regarde les marches qui descendent du cours Saint-Andr\u00e9 entre les placides caricatures d\u00e9barbouill\u00e9es de Du Guesclin et d&rsquo;Olivier de Clisson. Il scrute du regard le quai Ceineray, ombrell\u00e9 de ses arbres, la rue Tournefort, la rue Sully. Le cadran du coll\u00e8ge Saint-Stanislas, gros comme une montre dans le lointain sonne la demie.<br \/>\nSoudain, derri\u00e8re lui, le sable craque dans un frou-frou. Il se d\u00e9tourna devinant l&rsquo;arriv\u00e9e.<\/p>\n<li>Bonsoir, mademoiselle. Je ne comptais d\u00e9j\u00e0 plus vous voir.<\/li>\n<li>Oh ! Je suis d&rsquo;une exactitude militaire.<\/li>\n<li>Ce n&rsquo;est pas un reproche ; je m&rsquo;en voudrais de vous en faire. Venez vous asseoir quelques instants.<\/li>\n<p>Elle le suivit coquettement en sa ravissante toilette. Elle avait jug\u00e9 ce rendez-vous important et s&rsquo;\u00e9tait faire aussi s\u00e9duisante que possible. Un paletot mastic aux manches bouffantes orn\u00e9es de galons japonais. Au col, des flors de rubans p\u00e9kin\u00e9s par des com\u00e8tes de velours noir, les bouts flottants serr\u00e9s par des glands de soie. Son large chapeau de paille verte \u00e9tait fleuri de roses. Cette abondance d&rsquo;\u00e9toffes rythmait une chanson de fra\u00eecheur captivante, jouant sur le cerveau de Ren\u00e9 l&rsquo;or d&rsquo;une coupe de champagne. Des parfums montaient d&rsquo;elle, l&rsquo;enveloppaient, enveloppaient Ren\u00e9, m\u00eal\u00e9s \u00e0 son odeur de chair neuve de femme aim\u00e9e.<br \/>\nAssis, il prit sa petite main gant\u00e9e.<\/p>\n<li>Comme c&rsquo;est gentil d&rsquo;\u00eatre venue ! J&rsquo;aurais eu vraiment de la peine si vous aviez manqu\u00e9 votre promesse.<\/li>\n<li>Ce n&rsquo;aurait cependant pas \u00e9t\u00e9 ma faure. Je sors si rarement, si difficilement. Maman ne veut pas toujours.<\/li>\n<li>Les femmes peuvent l&rsquo;impossible quand elles le veulent.<\/li>\n<li>Les hommes eux sont trop \u00e9go\u00efstes.<\/li>\n<li>Avez-vous pu vous en apercevoir ?<\/li>\n<li>Peut-\u00eatre. Avant tout leur plaisir ; le reste, s&rsquo;ils ont du temps.<\/li>\n<li>Je ne discute pas. Je sais que le plaisir m&rsquo;est ici et que le temps qui me restera apr\u00e8s votre d\u00e9part sera vide.<\/li>\n<li>Est-ce bien s\u00fbr ? N&rsquo;\u00eates-vous pas fort occup\u00e9 ?<\/li>\n<li>Et par quoi ? Mon droit ne &#8230;<\/li>\n<p>Elle haussa les \u00e9paules.<\/p>\n<li>Ne mentez pas ? D&rsquo;anciennes connaissances.<\/li>\n<li>Je n&rsquo;en ai plus.<\/li>\n<li>C&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 mai d&rsquo;en avoir eu.<\/li>\n<li>Seriez-vous jalouse ? On n&rsquo;est jaloux que de ceux qu&rsquo;on aime.<\/li>\n<li>Oui, Ren\u00e9, je l&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 depuis le mois de novembre&#8230; et je le suis encore.<\/li>\n<li>Mais ne savez-vous pas que mon idylle d&rsquo;hiver est termin\u00e9e depuis longtemps.<\/li>\n<li>Je le sais&#8230; mais les autres ?<\/li>\n<li>Ah ! les autres, des passag\u00e8res inconnues dont le visage est oubli\u00e9 \u00e0 mes yeux pleins du v\u00f4tre, des amies quelconques d&rsquo;un soir, que votre parfum a fait dissiper comme une vapeur malsaine, des vices que l&rsquo;on m\u00e9prise par ce qu&rsquo;on les voir plus nus. Cela, c&rsquo;est du pass\u00e9 mort, au creux d&rsquo;un s\u00e9pulcre scell\u00e9 herm\u00e9tiquement, queles pages sombres de la vie. Dites, Jeanne, Voulez-vous, apr\u00e8s cette noire pr\u00e9face, composer le livre ensemble ? Le dieu d&rsquo;amour en fera un travail de P\u00e9n\u00e9lope que l&rsquo;on recommence \u00e0 chaque chapitre sans jamais en signer l&rsquo;\u00e9pilogue.<\/li>\n<p>Il pressait dans les siennes sa main br\u00fblante \u00e0 travers la peau du gant.<\/p>\n<li>Je suis franc, Jeanne, ne le voyez-vous pas ? J&rsquo;ai souffert d&rsquo;un caprice brutalement arrach\u00e9 parce que je l&rsquo;ai jug\u00e9 injuste. J&rsquo;ai souffert ensuite de ma vengeance. Mon \u00e2me est encore malade, non de la r\u00e9putation imb\u00e9cile que le peuple nantais peut m&rsquo;avoir faite de son insipide potinage, mais des \u00e9claboussures du mal dont j&rsquo;ai heurt\u00e9 des flaques. Par mes efforts je me suis \u00e9loign\u00e9 du marais infect qui grouille par toute la ville. Au convalescent, il faut un sourire de soleil \u00e0 travers les vitres ; \u00e0 ma convalescence il me faut un amour exquis. Aimer : le doux rem\u00e8de de tout mal, de toute chute, le calmant myst\u00e9rieux de toutes les blessures, le salut divin de l&rsquo;\u00e9gar\u00e9 qui t\u00e2tonne son chemin. Jeanne, vous m&rsquo;aimez, je le sais, dites-le moi vous m\u00eame, non de vos gestes, non de vos regards, mais de vos l\u00e8vres ?<\/li>\n<p>Il courba la taille flexible de la jeune fille vers sa poitrine, attendant une r\u00e9ponse. Elle baissa la t\u00eate sans parler.<\/p>\n<li>Dites, Jeanne ? supplia-t-il? Vous m&rsquo;avez laiss\u00e9 deviner votre amour. Il n&rsquo;y manque plus que votre aveu. Parlez si bas que vous voudrez&#8230;<\/li>\n<p>Elle se leva brusquement.<\/p>\n<li>L&rsquo;heure passe, monsieur, je me sauve. <\/li>\n<p>Rest\u00e9 sur le banc il la contempla triste. Elle lui prit la main et rapide :<\/p>\n<li>Oui, Ren\u00e9, je vous aime.<\/li>\n<p>Le gardien arm\u00e9 d&rsquo;une pique inspectait les all\u00e9es, emprisonnant et enterrant d&rsquo;un coup sec les morceaux de papier. Il passa pr\u00e8s d&rsquo;eux d&rsquo;un air indiff\u00e9rent. Les squares, n&rsquo;est-ce pas fait pour les amoureux ?<br \/>\nSur la place Saint-Pierre, ils se quitt\u00e8rent. A demain. R\u00e9guli\u00e8rement ils devaient se voir pami les arbustes confidents du premier rendez-vous.<br \/>\nIls fleurirent de leur bonheur les voisinages d\u00e9serts qu&rsquo;ils choisissaient de pr\u00e9f\u00e9rence, loin des railleries mesquines des badauds. Rire dela beaut\u00e9 est le propre de la majorit\u00e9 des \u00eatres \u00e0 face humaine, de ce rire absurde qui fait aimer le chien, m\u00e9priser le ma\u00eetre. Solitairement, ils s&rsquo;exilaient entre le silence de la rue des Orphelins, jusque l\u00e0-bas derri\u00e8re la caserne des dragons. Ils descendaient le boulevard ext\u00e9rieur \u00e0 la paisible tranquilit\u00e9 des arbres. Ils allaient s&rsquo;asseoir quelques minutes &#8211; lorsqu&rsquo;elle avait une heure de plus &#8211; sur la prairie de Mauves qui se m\u00fbrissait comme une amante nouvelle sous la f\u00e9condation du soleil. La planturesque nonchalance de la prairie r\u00eaveuse et grave au bord de la Loire les envahissait de tendresse. Leurs l\u00e8vres se cherchaient, se collaient longuement. Ils buvaient \u00e0 m\u00eame une coupe de l\u00e8vres o\u00f9 moussaient leurs langues inassouvies. Tout \u00e9tait silence alentour. Le frottement des baisers chantaient l&rsquo;hymne de l&rsquo;au-del\u00e0 des volupt\u00e9s inqui\u00e8tes. Le d\u00e9sir de feu mordait \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 dans les chairs, mais la voix du retour ricanait le long des foss\u00e9s.<\/p>\n<p>Un matin, Ren\u00e9 re\u00e7ut une dep\u00eache de Brest. Son oncle \u00e9tait mort l&rsquo;instituant son l\u00e9gataire universel. Il partit aussit\u00f4t et resta cinq jours absent, sans pouvoir pr\u00e9venir sa ch\u00e8re Jeanne. Celle-ci tr\u00e8s attrist\u00e9e l&rsquo;attendait chaque soir au petit jardin habituel. Puis elle ne vint plus, persuad\u00e9e de la fuite du jeune homme vers quelque aventure du temps pass\u00e9. Et elle pleura.<br \/>\nA son retour de Brest, Ren\u00e9 ne sachant comment la rencontrer, prit le parti de l&rsquo;attendre \u00e0 la grande poste o\u00f9 elle venait de temps en temps. Au centre de la vasre salle encombr\u00e9e d&rsquo;un \u00e9norme po\u00eble, garnie de quelques bancs minuscules, il esp\u00e9rait la voir venir. Derri\u00e8re les cages, les employ\u00e9s grin\u00e7aient de plumes, tambourinaient de leurs tampons. Comme une mar\u00e9e les timbres, les r\u00e9c\u00e9piss\u00e9s, les monnaires fluaient et refluaient sur les tablettes de cuivres. Au fond, la poste-restante s&rsquo;encombrait de voyageurs et d&rsquo;inconnues hautaines ou timides. Au guichet, les noms bondissaient, l&rsquo;alphabet sautillait, d&rsquo;aucuns comptaient. Le commis indiff\u00e9rent, brutal, froissait les \u00e9pitres \u00e0 en-t\u00eates commerciales et les discr\u00e8tes missives parfum\u00e9es. Monnaie couratnte pour son m\u00e9tier, ces petits chiffons d\u00e9licats dans lesquels se jourent parfois la destin\u00e9e terrible d&rsquo;une vie enti\u00e8re, le bonheur ou la mort douloureuse et infamante ! Chacune s&rsquo;en va, s&rsquo;\u00e9parpille, emportant son secret., ce secret qui ouvre enfin la porte aux boudoirs des caresses divines et des adult\u00e8res, ce secret qui vend des corps au poids du plaisir, qui met des taches pourpres au satin des souliers, qui s\u00e8me les pleurs comme le vent d&rsquo;automne s\u00e8me les feuilles affaiblies. Les battants se d\u00e9versent et s&rsquo;\u00e9coulent aussi rapidement. Sillage \u00e9trange de t\u00eates diverses, depuis le riche bourgeois jusqu&rsquo;au fl\u00e2neur d\u00e9guenill\u00e9, la dame aux jupes \u00e9l\u00e9gantes jusqu&rsquo;\u00e0 la grue du ruisseau. L&rsquo;\u00e9galit\u00e9 tra\u00eenaille au bord des comptoirs.<\/p>\n<p>Un soir, elle vint ; il alla vivement \u00e0 sa rencontre. Elle eut un sourire de joie.<\/p>\n<li>Vous !<\/li>\n<li>Je vous attendais, Jeanne. Qu&rsquo;avez-vous cru de moi ? Du mal, peut-\u00eatre ? J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Brest pour l&rsquo;enterrement d&rsquo;un de mes oncles. Je ne savais coment vous avertir sans crainte de troubler votre paix.<\/li>\n<li>J&rsquo;ai eu peur. On doit souffrir beaucoup quand on aime, n&rsquo;est-ce pas \u00e0 propos de rien&#8230; de mille chim\u00e8res absurdes ?<\/li>\n<li>Voulez-vous r\u00e9parer cette absence par une longue promenade demain ?<\/li>\n<p>Elle r\u00e9fl\u00e9chit.<\/p>\n<li>Non, dit-elle, apr\u00e8s-demain ; ma m\u00e8re s&rsquo;absente toute la journ\u00e9e. Je serai libre d\u00e8s une heure. Attendez-moi au petit jardin, sans faute.<\/li>\n<li>C&rsquo;est cela. Quel bonheur ! Nous reprendrons le temps perdu aux banalit\u00e9s de l&rsquo;existence.<\/li>\n<p>L&rsquo;oubli des tristesses a fui vers d&rsquo;autres rives. Il faut si peu de choses pour l&rsquo;expulser, parfois un serrement de main.<\/p>\n<p>Il pleuvait une eau condens\u00e9e qu&rsquo;un vent violent, soufflant par rafales, faisait tourbillonner en flocons de brouillards sur la face morne de la ville ramass\u00e9e dans la brume comme un colima\u00e7on dans sa coquille. Le ciel \u00e9ployait son \u00e9ventail gris d&rsquo;une tristesse mortuaire, laissant \u00e9chapper des plumes \u00e9paissies. Et la pluie froide fla\u00e7ait de ses petites mains la peu des visages sous les parapluies ballot\u00e9s. Les doits ruisselaient des perles diamant\u00e9es. Les goutti\u00e8res ronronnaient doucement et vomissaient sur les trottoirs purs comme des glaces. De tous les pores de l&rsquo;espace, il bruinait une torpeur aga\u00e7ante qu&rsquo;ondulait un rythme \u00e9ternellement repris en sourdine \u00e0 la harpe mouill\u00e9e.<\/p>\n<p>Ils se rencontr\u00e8rent tous deux trouss\u00e9s et crott\u00e9s, nerveux sous la pluie qui les caressait, railleuse, de ses l\u00e8vres fra\u00eeches. Il s&rsquo;approcha d&rsquo;elle et comme les parapluies se heurtaient, il la pria de ferme le sien.<br \/>\nInd\u00e9cis, ils regardaient les feuilles d\u00e9goutter, les aiguilles humides picoter dans l&rsquo;eau de l&rsquo;Erdre mouvante, sillonn\u00e9e de trous, ainsi qu&rsquo;une table o\u00f9 l&rsquo;on tire aux macarons. Jeanne avait ses bottines tremp\u00e9es. Ils pi\u00e9tinaient dans les rigoles.<\/p>\n<li>Qu&rsquo;allons-nous faire ? murmura-t-elle.<\/li>\n<p>Elle grelottait.<br \/>\nJe comptais sur une longue promenade parmi le r\u00e9veil du printemps. Il faut y renoncer. Nous tremlez ; vous attraperez un rhume, si nous restons sous la pluie. Voulez-vous venir chez moi ? Je vous ferai les honneurs de mon logis.<br \/>\nElle se fit prier, puis accepta. Elle lui prit le bras parfaitement cach\u00e9e sous la soie du parapluie.<\/p>\n<p>Ren\u00e9 enflamma quelques brins de bois dans la chemin\u00e9e, et, pour elle, approcha le plus joli fauteuil. Il d\u00e9la\u00e7a ses bottines humides et les rempla\u00e7a par des pantouffles \u00e0 lui, un peu grandes mais suffisamment s\u00e8ches. Elle jeta son chapeau sur le lit et sa chauffa les mains \u00e0 la flamb\u00e9e.<\/p>\n<li>La flamme a ros\u00e9 vos joues&#8230; Il fait meilleur ici que dehors&#8230; Et nous sommes plus seuls, plus libres.<\/li>\n<p>Il s&rsquo;assit au bord du fauteuil, passa son bras sous l&rsquo;aisselle de la jeune fille, lui caressa les joues des ses l\u00e8vres.<br \/>\nComment trouvez-vous ma chambre ? Elle est simple. Jamais cependant elle ne fut si belle ; vous lui manquiez. C&rsquo;\u00e9tait le vase \u00e0 fleurs vide&#8230; Vous \u00eates le bouquet d&rsquo;amour qui l&rsquo;ornez.<\/p>\n<li>Oh ! le flatteur.<\/li>\n<li>Que dire d&rsquo;int\u00e9ressant sans parler de vous. Et comment ne pas flatter ce que l&rsquo;on aime ?<\/li>\n<p>Il se laissa tomber pr\u00e8s d&rsquo;elle, puis il la pris sur ses genous. Il chercha quelque chose \u00e0 fire ; il ne trouva rien. Alors il comprit qu&rsquo;il valait mieux se taire, que l&rsquo;heure \u00e9tait venue du silence plus loquace que nul autre. Il la pressa contre lui, chercha sa gorge, son oreille et sa bouche tremblante. Ren\u00e9 trouvait une rose o\u00f9 sa langue allait puiser une liqueur printanni\u00e8re. Avec une douceur cauteleuse il d\u00e9fit un \u00e0 un les crochets du corsage et d\u00e9couvrit le sommet des seins dormant leurs nez roses sur la chemise enrubann\u00e9e. Il les caressa tous deux, les prit chacun leur tour dans sa main, joua avec les extr\u00e9mit\u00e9s. Ils semblaient si frais qu&rsquo;il voulut y go\u00fbter. Il approcha ses l\u00e8vres, les su\u00e7a d\u00e9votieusement comme un b\u00e9b\u00e9.<br \/>\nJeanne ne disait rien. La t\u00eate appuy\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9paule du jeune homme, elle fermait les yeux, \u00e9gar\u00e9e sans doute dans quelque r\u00eave \u00e9trange, inconnu de son esprit vierge.<br \/>\nRen\u00e9 s&rsquo;enhardit. Quand il se fut rassasi\u00e9 des seins mignons, il glissa sa main sous les jupes, les long des mollets et des cuisses. L\u00e0, entre les bas et le pantalon, il trouva un coin de chair. A ce contact, la jeune fille poussa un l\u00e9ger cri, elle s&rsquo;effor\u00e7a de rabaisser ses jupes, d&rsquo;\u00e9carter la main de Ren\u00e9. Mais celui-ci la pressa contre lui, chercha ses l\u00e8vres, emprisonna sa langue avec la sienne. Elle se tut, vaincue.<br \/>\nTriomphant, il continua sa conqu\u00eate amoureuse. D&rsquo;un coup sec, il fit sauter le bouton du pantalon, tira d\u00e9licatement la chemise. Il sentit enfin la chair nue, br\u00fblante. Une chair sur laquelle il promena ses doigts avides de conna\u00eetre les contours bien accentu\u00e9s, dun poli duvet\u00e9. Il caressa le ventre, le nombril o\u00f9 il appuya son index, puis plus bas, ses doifts se plong\u00e8rent dans des toufffes \u00e9paisses, l\u00e9g\u00e8rement humides.<\/p>\n<li>Oh ! Ren\u00e9, laissez-moi, je vous en pris, murmura-t-elle, sans chercher \u00e0 se d\u00e9fendre.<\/li>\n<li>Je t&rsquo;aime, Jeanne. Laisse-moi t&rsquo;aimer ?<\/li>\n<p>Il la sentair qui s&rsquo;\u00e9nervait de d\u00e9sirs \u00e0 ses chatouillements. Son cerveau brpulait. La poss\u00e9der de suite. Elle s&rsquo;agitait sur ses genoux et soupirait \u00e0 son oreille. QUand il jugea le moment propice d&rsquo;une futile r\u00e9sistance, il l&#8217;emporta sur le canap\u00e9 et l&rsquo;\u00e9tendit sur le dos. Il se coucha sur elle de tout son long, chercha encore sa bouche, sa langue. La ceinture tomba sur le bois du meuble ; il retroussa les jupes, essaya de descendre le pantalon, mais celui-ci restait accroch\u00e9 au corset. Il ne put y parvenir, embarrant ses mains malhabiles et press\u00e9es dans d&rsquo;innombrables lacets. Il se redressa pour voir plus clair, furieux de cet obstacle ridicule. Alors Jeanne se d\u00e9fendit vivement. Elle eut honte de se trouver ainsi entre les bras du jeune homme. Elle voulut se lever.<\/p>\n<li>Ren\u00e9, laissez-moi o\u00f9 je ne reviendrai plus ; je ne vous reverrai jamais.<\/li>\n<li>D\u00e9fais ces liens, Jeanne, o\u00f9 je les casse.<\/li>\n<li>Vous \u00eates m\u00e9chant, laissez-moi ; je vous en prie.<\/li>\n<li>En voil\u00e0 des ficellements extraordinaires. Jeanne, d\u00e9fais-les. Je vais d\u00e9chirer.<\/li>\n<li>M\u00e9chant, tu es m\u00e9chant. Tu ne me reverras plus.<\/li>\n<li>Allons donc, reprit-il, haussant les \u00e9paules. <\/li>\n<p>Devant son air penaud elle se mit \u00e0 sourire.<br \/>\nF\u00e9brilement, il explorait les attaches et d\u00e9couvrait enfin l&rsquo;\u00e9pingle de suret\u00e9 malencontreuse. Elle emprisonnait ses mains, le repoussait, remuait les jambes, le suppliait toujours. L&rsquo;\u00e9pingle roula sur le rapis. Le pantalon glissa d\u00e9couvrant un ventre blanc et ferme, la base ombr\u00e9e de poils blonds.<br \/>\nDe nouveau Ren\u00e9 se pencha sur elle, lui prit la bouche. Elle lutta avec ruse. Heureuse de demi-bonheurs, repoussant les ardeurs qui lui faisaient mal. Elle refusa de se donner. Ce fut lui le vaincu, qui chercha soudain sa bouche dans un spasme trop h\u00e2tif et vain, imprimant un \u00ab je t&rsquo;aime \u00bb en une morsure sanguinolente. La jeune fille avait tressailli du bonheur de l&rsquo;aim\u00e9 ; elle l&rsquo;avait serr\u00e9 fortement dans ses bras ; une sensation \u00e9trange la p\u00e9n\u00e9tra. Elle ne se d\u00e9battit plus, l&rsquo;approchant au contraire en attouchement plus direct, puis le ber\u00e7a de ses baisers pendant le repos qui suit la compl\u00e8te jouissance. Elle souriait heureuse, aimat de tout son coeur, ne se souvenait de rien. Son triomple de vierge ignora la pudeur.<\/p>\n<li>Tu ne m&rsquo;aimes pas, lui dit-il doucement.<\/li>\n<li>Si, tu le sais bien.<\/li>\n<p>Elle souriait. Une franche gaiet\u00e9 volutait de tout son corps. Ses deux bras la suspendaient c\u00e2line au cou de son ami.<\/p>\n<li>Mauvaise mignonne, vous reviendez demain ?<\/li>\n<li>Peut-\u00eatre&#8230; si je peux&#8230; attendez-moi<\/li>\n<p>Il la redonduisit jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de sa rue et lui envoya du bout des l\u00e8vres un baiser, alors qu&rsquo;agile elle disparut.<\/p>\n<p>A cinq heures le lendemain elle frappait \u00e0 sa porte ; Ren\u00e9 s&#8217;empressa de la recevoir d&rsquo;abord dans ses bras et de lui offrir un bouquet de baisers. Ils s&rsquo;install\u00e8rent encore dans le grand fauteuil. Elle se laissa c\u00e2liner sur ses genoux. Il renouvela ses caresses les plus curieuses, les plus passionn\u00e9es. Puis il l&#8217;emporta sur le lit, en l&rsquo;arche des rideaux. Pr\u00e8s d&rsquo;elle, il lui conta mille petites choses tendres, pendant qu&rsquo;insensiblement il la d\u00e9shabillait. Bient\u00f4t elle n&rsquo;eut plus que sa chemise brod\u00e9e \u00e0 faveurs bleues. Les seins jaillirent hors la dentelle. Ils se cach\u00e8rent dans les draps. Leurs jambes se m\u00eal\u00e8rent. Il appuya le corps nu de l&rsquo;aim\u00e9e contre le sien. Leur respir se confondit. La chair battait contre la chair. Elle lui r\u00e9p\u00e9tait son amour, cherchait avec une ardeur insatiable sa bouche, sa langue caressante. Elle-m\u00eame tendait sa poitrine aux su\u00e7ons, tout son corps aux baisers avides. Elle s&rsquo;offrit.<\/p>\n<p>Quand il l&rsquo;eut prise avec pr\u00e9causion des pleurs mouillaient ses yeux. Ren\u00e9 avant endendu ses cris \u00e9touff\u00e9s de la souffrance du premier bonheur d&rsquo;amour. Il la consola de sa tendresse.<\/p>\n<li>Je t&rsquo;ai fait mal ?<\/li>\n<li>Oh ! oui, m\u00e9chant.<\/li>\n<li>Tu m&rsquo;en veux ?<\/li>\n<li>Non, mon loup. Je t&rsquo;aime.<\/li>\n<p>Elle devenait de plus en plus c\u00e2line. Sa pudeur primitive \u00e9tait morte. Entre les doigts de l&rsquo;amant elle savourait l&rsquo;exquise sensation d&rsquo;\u00eatre choy\u00e9e. La chair jusqu&rsquo;en son intimit\u00e9 avait faim d&rsquo;\u00eatre p\u00e9trie. Ses l\u00e8vres connurent l&rsquo;homme. Elle le voulait plong\u00e9 en unlacis de caresses nouvelles, inaugurant une science inconnue qui s&rsquo;apprend toujours une fois apprise.<br \/>\nAu tic tac de la pendule coulait leur calme \u00e9rotisme, un \u00e9rotisme enfantin d&rsquo;une saveur plein de curiosit\u00e9. Sept heures sonn\u00e8rent.<\/p>\n<li>D\u00e9j\u00e0, s&rsquo;\u00e9cria-t-elle, je suis en retard. Tu vas me faire gronder.<\/li>\n<li>Reste encore, Jeanne<\/li>\n<p>Elle l&#8217;embrassa follement, lui mit le museau rose de ses seins sur les l\u00e8vres.<\/p>\n<li>Dis-leur bonsoir.<\/li>\n<p>Et elle s&rsquo;habilla vite, passant vertigineusement, jupes, bas, corset, robe en un froufrou ravissant.<\/p>\n<li>A demain, Jeanne<\/li>\n<li>N&rsquo;es-tu pas le ma\u00eetre, maintenant ?<\/li>\n<p>Les draps tra\u00eenaient. Des taches de sang semblaient des fleurs de cire rouge.<br \/>\nElle rougit.<\/p>\n<li>J&rsquo;ai sign\u00e9 mon esclavage avec mon sang.<\/li>\n<li>Ch\u00e9rie, je serai le meilleur des amants.<\/li>\n<li>Et moi la plus gentille des ma\u00eetresses.<\/li>\n<p>Bonsoir, Jeannette. Tu auras de jolis r\u00eaves. Vois-tu l&rsquo;on est v\u00e9ritablement heureux lorsqu&rsquo;on est d\u00e9bord\u00e9 par la joie d&rsquo;aimer. L&rsquo;ennui ne vient jamais s&rsquo;asseoir aux chevets de ceux qui s&rsquo;attendent avec confiance. L&rsquo;unique souffrance est que l&rsquo;on juge trop bien l&rsquo;inutilit\u00e9 de l&rsquo;alentour.<br \/>\nIl la prit dans ses bras.<\/p>\n<li>A bient\u00f4t. Je t&rsquo;aime de tout mon coeur. Jeanne, il arrivera sous peu que je te conserverai avec moi. Nous habiterons ensemble. Nous aurons le jour et la nuit pour nous aimer.<\/li>\n<li>N&rsquo;en demandons pas tant. Mes parents&#8230;<\/li>\n<p>Vouloir, c&rsquo;est pouvoir. Qu&rsquo;avez-vous \u00e0 attendre d&rsquo;eux maintenant, sinon la perp\u00e9tuelle barri\u00e8re \u00e0 vos d\u00e9sirs, \u00e0 votre amour, le tyrannique \u00e9go\u00efsme du bourgeois qui d\u00e9fend sa fille aux appels l\u00e9gitimes de ses sens. Pour vous, la famille, c&rsquo;est la haine, la rancune, la lutte insupportable, la mauvaise \u00e9curie que l&rsquo;on doit fuir pour le palais du bonheur o\u00f9 l&rsquo;h\u00f4te aim\u00e9 vous attend les bars ouverts, aux sons des cloches joyeuses de la libert\u00e9. Les abandonner, c&rsquo;est reprendre votre droit \u00e0 la vie, \u00e9largir votre essor vers l&rsquo;horizon du renouveau, c&rsquo;est p\u00e9n\u00e9trer dans le jardin embaum\u00e9 d&rsquo;ivresses, fleuri de caresses, sarcl\u00e9 d&rsquo;espoirs, le jardin inconnu de votre \u00e2me que l&rsquo;amour d\u00e9voilera \u00e0 vos yeux \u00e9blouis, \u00e0 votre coeur fascin\u00e9, en ses moindres d\u00e9tails, et vous y go\u00fbterez la paix c\u00e9leste en entendant chanter les sources.<\/p>\n<p>Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Num\u00e9risation Odile Halbert, 2008 &#8211; <strong>Reproduction interdite<\/strong>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileO.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/odileH.gif\" title=\" \" class=\"alignnone\" width=\"40\" height=\"50\" \/> Odile Halbert &#8211; <strong>Reproduction interdite sur autre endroit d&rsquo;Internet <\/strong> Merci d\u2019en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Num\u00e9risation Odile Halbert, 2008 &#8211; Reproduction interdite. Quelques jours plus tard, Ren\u00e9 rencontra Melle Lonneril dans le passage Pommeraye. Elle \u00e9tait arr\u00eat\u00e9e \u00e0 la devanture d&rsquo;un magasin, admirant, sans doute les vases magnifiques panach\u00e9s d&rsquo;\u00e9ventails en un m\u00e9li-m\u00e9lo de luxures \u00e9clatantes d&rsquo;un go\u00fbt raffin\u00e9. Le jeune &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=4125\" class=\"more-link\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"> de &laquo;&nbsp;NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA de la Cruz, chapitre XIII Cueillettes d&rsquo;avril&nbsp;&raquo;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[78],"tags":[247,246,248],"class_list":["post-4125","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-nantes","tag-garnica-de-la-cruz","tag-nantes-la-brume","tag-roman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4125","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=4125"}],"version-history":[{"count":42,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4125\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4240,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/4125\/revisions\/4240"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=4125"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=4125"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=4125"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}