﻿{"id":5457,"date":"2019-11-11T02:22:20","date_gmt":"2019-11-11T00:22:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=5457"},"modified":"2019-11-09T19:36:30","modified_gmt":"2019-11-09T17:36:30","slug":"armistice-carnet-de-guerre-dedouard-guillouard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/?p=5457","title":{"rendered":"Armistice du 11 novembre 1918 : carnet de guerre d&rsquo;Edouard Guillouard"},"content":{"rendered":"<p>Je republie ici un billet traitant du 11 novembre d\u00e9j\u00e0 paru ici.<\/p>\n<p>Amis fid\u00e8les de ce blog, aujourd&rsquo;hui je vous emm\u00e8ne dans ma famille, ce que je fais rarement, avouez-le. Je le fais au nom de toutes les victimes des guerres !<\/p>\n<p>Ma famille a le bonheur d&rsquo;avoir des mat\u00e9riaux sur la guerre 14-18 gr\u00e2ce \u00e0 mon grand&rsquo;p\u00e8re qui a fait les 4 ann\u00e9es dans les tranch\u00e9es. <a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/14_10.html\">Son carnet de guerre, et ses tr\u00e8s nombreuses photos, sont sur mon site<\/a>.<\/p>\n<p>Je conserve un tr\u00e8s grand souvenir de la frappe de ce document, car, malgr\u00e9 tout ce qu&rsquo;on avait dit, les d\u00e9tails les plus sordides m&rsquo;avaient \u00e9chapp\u00e9 :<\/p>\n<ol>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ol>1er sac de couchage<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ol>1er cape<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>1\u00e8res bottes etc&#8230;<\/ol>\n<p>ces dates \u00e9taient tellement irr\u00e9elles : elles attestent qu&rsquo;ils sont rest\u00e9s des mois dans la boue et le froid avant qu&rsquo;on ne fabrique tout cela ! Chaque fois que je tappais une telle information, je devais arr\u00eater mon travail, pour aller me r\u00e9conforter moi-m\u00eame, tellement j&rsquo;\u00e9tait ahurie !<\/p>\n<p>Comme beaucoup de ces hommes, mon grand&rsquo;p\u00e8re \u00e9tait p\u00e8re de 3 enfants, enfin, la 3e n\u00e9e en novembre 1914, ainsi signal\u00e9e dans son carnet de guerre :<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/14_10.htm\">25.11 mercredi &#8211; J\u2019apprends la naissance de Th\u00e9r\u00e8se <\/a><br \/>\nIl s&rsquo;agit de ma m\u00e8re qui n&rsquo;a connu son p\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 4 ans. Elle avait alors \u00e9prouv\u00e9 quelques difficult\u00e9s \u00e0 identifier ce papa sorti de nulle part pour elle, un \u00e9tranger. Il sut se faire aimer rapidement.<\/p>\n<figure style=\"width: 460px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/18_12.htm\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/1914Mamie.JPG\" alt=\"Nantes, 1914, Aim\u00e9e Audineau et ses 3 enfants\" width=\"460\" height=\"510\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">Nantes, 1914, Aim\u00e9e Audineau et ses 3 enfants<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les enfants pendant la guerre jouent \u00e0 la guerre, probablement comme tous les enfants du monde. Ici, on voit aussi le fusil, le k\u00e9pi, et un cheval, comme papa :<\/p>\n<figure style=\"width: 286px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/Edouard_Cheval.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/Edouard_Cheval.jpg\" alt=\"Edouard Guillouard, 1916\" width=\"286\" height=\"395\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">Edouard Guillouard, 1916<\/figcaption><\/figure>\n<p>en 14-18 l&rsquo;arm\u00e9e est \u00e0 cheval.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/17Odette-Ro.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/17Odette-Ro.JPG\" alt=\"\" width=\"280\" height=\"470\" \/><\/a><br \/>\nDeux ans plus tard, les enfants ont m\u00eame le costume : la petite fille en infirmi\u00e8re !<\/p>\n<p>A la fin de ces 4 ann\u00e9es, Edouard, alors en Alsace, reviendra avec ce souvenir :<\/p>\n<figure style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/RI070.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/RI070.jpg\" alt=\"Babette, 1918 - Poup\u00e9e plate, de bois, en trop bon \u00e9tat en 2008 pour avoir \u00e9t\u00e9 autre chose qu'un bibelot du souvenir ! souvenir fort ! \" width=\"300\" height=\"450\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-caption-text\">Babette, 1918 &#8211; Poup\u00e9e plate, de bois, en trop bon \u00e9tat en 2008 pour avoir \u00e9t\u00e9 autre chose qu&rsquo;un bibelot du souvenir ! souvenir fort !<\/figcaption><\/figure>\n<p>Les femmes, quant \u00e0 elles, prient, lavent, s&rsquo;occupent des enfants, et prennent le chemin des usines. <a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/18_12.htm\">Le journal de la belle-m\u00e8re d&rsquo;Edouard commence par <\/a><\/p>\n<p><strong>\u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu !<br \/>\nque nos chers disparus nous obtiennent force et r\u00e9signation \u00e0 accepter vaillamment ce qui arrive !<\/strong><\/p>\n<p>Oui, on prie, et on visite les cimeti\u00e8res, quasiement chaque jour. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise que chaque dimanche <em>(la radio n&rsquo;existait pas encore !<\/em>) du haut de la chaire, r\u00e9sonne sans cesse le nom des \u00ab Morts pour la France \u00bb, dont le plus souvent la famille n&rsquo;aura aucun corps \u00e0 pleurer. Apr\u00e8s de vaines recherches, seulement un plaque comm\u00e9morative, pour se recueillir.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/Guillouard-Joseph.JPG\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter\" src=\"https:\/\/www.odile-halbert.com\/wordpress\/images\/Guillouard-Joseph.JPG\" alt=\"\" width=\"460\" height=\"300\" \/><\/a><\/p>\n<p>M\u00e8res, \u00e9pouses, enfants, sont en proie aux questions : o\u00f9, comment est-il mort ? Cloches et canons ponctuent lugubrement l&rsquo;existence des vivants.<\/p>\n<ol>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ol>Tout au long des routes sacr\u00e9es,<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ol>O\u00f9 d\u00e9filent des r\u00e9giments,<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ol>Douloureusement align\u00e9e,<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<ol>\n<li style=\"list-style-type: none;\">\n<ol>Dorment les tombes des vaillants !<\/ol>\n<\/li>\n<\/ol>\n<p>Parfois un nom, souvent un casque,<br \/>\nUne couronne, ou quelques fleurs ;<br \/>\nPuis, sur le tout une fantasque<br \/>\nCroix d&rsquo;une impr\u00e9cise couleur,<\/p>\n<p>Faite de pauvres bouts de planches,<br \/>\nCar partout il pousse des croix,<br \/>\nEt tel qui riait des dimanches,<br \/>\nEn se battant de nouveau croit.<\/p>\n<p>Po\u00e8me de J. Bradane de Virard, paru dans <em>le Courrier de Saint-Nazaire<\/em>, le 14 ao\u00fbt 1916.<\/p>\n<p>Parfois un courrier, et quel courrier ! Celui-ci a boulevers\u00e9 ma famille depuis 90 ans. Il est de la main de mon grand&rsquo;p\u00e8re, au front, p\u00e8re de 3 enfants, \u00e0 son fr\u00e8re son fr\u00e8re Adrien, inventeur, qui poss\u00e8de une usine \u00e0 Nantes, et fabrique pour l&rsquo;arm\u00e9e. Adrien n&rsquo;a pas d&rsquo;enfants, et est \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re, tandis qu&rsquo;Edouard qui en a 3 est au frond. La lettre t\u00e9moigne d&rsquo;une telle grandeur d&rsquo;\u00e2me ! et pas une plainte !<\/p>\n<blockquote><p>No\u00ebl 1914 : lettre \u00e0 Adrien,<br \/>\nMon cher Adrien ma ch\u00e8re Gabrielle<br \/>\nMerci de votre postal que je re\u00e7ois juste \u00e0 temps pour joindre \u00e0 ceux de mes camarades. Nous sommes g\u00e2t\u00e9s, je n\u2019avais jamais content\u00e9 autant de friandises.<br \/>\nHier soir nous avons fait un vrai r\u00e9veillon, et je n&rsquo;ose pas vous en envoyer le menu. Si \u00e0 la guerre il y a de fort mauvais moments, il faut bien se distraire un peu, malgr\u00e9 que nous ayons bien souvent lieu de nous faire du chagrin.<br \/>\nHier il ne manquait rien pour se distraire car apr\u00e8s le r\u00e9veillon, nous avons assist\u00e9 \u00e0 une messe de minuit peu banale. Dans un ravin de chemin de fer \u00e0 12 m des boches, un abris de paille recouvre un autel, quelques branches de houx et 6 bougies dans de simples chandeliers. Un lieutenant d\u2019artillerie, pr\u00eatre, dit la messe servie par deux soldats d\u2019artillerie. Cette c\u00e9r\u00e9monie est magnifique dans sa simplicit\u00e9 et son pittoresque. A un moment une forte voix chante un minuit chr\u00e9tien dans cette obscurit\u00e9, c\u2019est \u00e9mouvant et je conserverai longtemps le souvenir de cette nuit de No\u00ebl.<br \/>\nQue devenez-vous ? Louis m\u2019\u00e9crit que vous \u00eates tr\u00e8s pein\u00e9.<br \/>\nJ\u2019esp\u00e8re que Adrien obtiendra un nouveau sursis, et ne viendra pas voir les tranch\u00e9es qui n\u2019ont rien d\u2019int\u00e9ressant tant que les boches seront en France, mais qui m\u2019ont encore appris la guerre. Je crois qu\u2019Adrien, inventerait quelque chose de nouveau s\u2019il y venait, mais, je me contente de faire des abris et installer des po\u00ebles, que nous n\u2019allumons que la nuit pour ne pas \u00eatre rep\u00e9r\u00e9s.<br \/>\nJ\u2019en ai assez de cette vie de guerrier et nous ne voyons pas la fin venir, nous n\u2019avons pas grande occupation, mais nous ne pouvons nous absenter de notre poste et malgr\u00e9 que nous n\u2019ayons pas eu d\u2019attaques heureusement, mais nous devons toujours \u00eatre pr\u00eats \u00e0 prendre les armes, et le plus dangereux et le moins agr\u00e9able, c\u2019est que jour et nuit nous avons toujours l\u2019artillerie allemande qui, r\u00e9pondant \u00e0 la notre, envoit des srapmells au petit bonheur. Gare \u00e0 ceux qui les re\u00e7oivent et malgr\u00e9 qu\u2019il y ai plus de trois mois qui nous en voyons \u00e9clater pr\u00e8s de nous, on ne s\u2019y habitue pas. C\u2019est comme les balles, c\u2019est toujours d\u00e9sagr\u00e9able de les entendre siffler aux oreilles, surtout quant je suis aux tranch\u00e9es de premi\u00e8re ligne, dans ma compagnie. Nous n&rsquo;avons pas eu trop de mal surtout depuis le 4 octobre, pas de mort pas de bless\u00e9s sur les 250 hommes, esp\u00e9rons que la compagne se termine ainsi.<br \/>\nJe vous ai \u00e9crit voil\u00e0 un mois une longue lettre, et je n\u2019ai pas eu de r\u00e9ponse. Veuillez m\u2019\u00e9crire longuement, vous me ferez plaisir. Et, si votre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 vous le permet, vous pouvez m\u2019adresser un autre postal. Je vais m\u00eame vous en fixer le contenu (pour vous guider simplement). : un g\u00e2teau Lef\u00e8vre-Utile, quelques friandises, cigares et jambon ou un beau p\u00e2t\u00e9 de foie gras (pas autre chose).<br \/>\nCar je crois nos mauvais jours pass\u00e9s, et les camarades avec qui je me trouve aiment bien les bonnes choses. La plupart sont des messieurs de situation au dessus de la mienne, mais ce qui n\u2019emp\u00eache pas que nous sommes tous tr\u00e8s li\u00e9s et de v\u00e9ritables amis, avec qui j\u2019ai tout de m\u00eame eu des jours de mis\u00e8re, que nous compensons quand nous le pouvons.<br \/>\nEn attendant le jour heureux o\u00f9 il me sera possible de retourner vers Nantes, ce jour ne sera pas aussi agr\u00e9able que nous l\u2019aurions souhait\u00e9 au d\u00e9part, car notre pauvre Joseph manquera parmis nous. Sa disparition me fait beaucoup de peine. C\u2019\u00e9tait un bien bon gar\u00e7on, et un excellent fr\u00e8re, il n\u2019a pas eu de veine, esp\u00e9rons qu\u2019il ne m\u2019en arrive pas autant, car il ne faut qu\u2019un coup et comme je vous l\u2019\u00e9cris nous sommes souvent arros\u00e9s par la mitraille.<br \/>\nJe termine ma lettre en vous offrant mes bons v\u0153ux de bonne ann\u00e9e, je vous encourage s\u00e9rieusement \u00e0 faire votre devoir de bons fran\u00e7ais en travaillant au repeuplement et je souhaite de bonnes affaires \u00e0 Adrien, mais avec des sursis.<br \/>\nA vous lire, votre fr\u00e8re et beau-fr\u00e8re qui vous embrasse affectueusement, Edouard<\/p><\/blockquote>\n<p>Cette lettre, en ligne sur mon site depuis plusieurs ann\u00e9es, a retenu l&rsquo;attention d&rsquo;un chercheur ! Et moi, je suis fi\u00e8re de ce grand&rsquo;p\u00e8re et de cette magistrale grandeur d&rsquo;\u00e2me !<\/p>\n<p>A la m\u00e9moire de tous ceux qui ont eu \u00e0 travers toutes les guerres une telle grandeur d&rsquo;\u00e2me !<br \/>\n<a href=\"http:\/\/www.odile-halbert.com\/Histoire\/Guerre14\/Edouard_Cheval_jpg_view.htm\">Voir le carnet de guerre d&rsquo;Edouard Guillouard, illustr\u00e9 de nombreuses photos.<\/a><\/p>\n<p>Hier, 10 novembre 2008, le groupe de travail pr\u00e9sid\u00e9 par l&rsquo;historien Andr\u00e9 Kaspi concluait : \u00ab Les comm\u00e9morations publiques et nationales sont trop nombreuses. \u00bb Et il pr\u00e9conisait de ne garder que trois dates au titre des c\u00e9l\u00e9brations nationales : \u00ab Le 11 Novembre pour comm\u00e9morer les morts du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent, le 8 Mai pour rappeler la victoire sur le nazisme et la barbarie, le 14 Juillet qui exalte les valeurs de la R\u00e9volution fran\u00e7aise. \u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je republie ici un billet traitant du 11 novembre d\u00e9j\u00e0 paru ici. 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