Journal d'Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714

1683 : janvier, février, mars, avril, mai, juin, juillet

Le 2 du mois de janvier (1683) mourut Mr de la Bouchetière Aubin, avocat au siège présidial d’Angers, âgé de 66 ans, et fut enterré le lendemain en l’église de Saint-Maurille. Il a laissé neuf enfants. Une de ses filles a espousé Mr Valleau, aussy avocat

1683 : août, septembre, octobre, novembre, décembre

Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments - Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d'après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L'Ouest, 1930

1684 : janvier, février, mars, avril, mai

Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments - Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d'après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L'Ouest, 1930

1684 : juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre

Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments - Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d'après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L'Ouest, 1930


1685 : janvier, février, mars, avril, mai, juin

Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments - Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d'après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L'Ouest, 1930

1685 : juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre

Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments - Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d'après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L'Ouest, 1930

lacunes ... la fille du Sr Bridier qu’il a laissé avec 3 enfants.

Le 2 juillet (1691) Mr Goujon avocat fils du feu Sr Goujon marchand droguiste en cette ville et de la dame Laporte, épousa la fille des défunts Sr Coustard du Brossé et de la dame Yvert.



Cliquez pour agrandir. Propriété des Archives Départementales du Maine-et-Loire.

Note de Marc Saché : Sur cette peine infamante, qui constituait l’aveu public du crime, Lehoreau nous donne des détails fort intéressants, précisément à propos du cas signalé par Toisonnier. « Lorsque quelque homme ou femme sont condamnés de faire l’amende honorable messieurs de la justice en font avertir le grand doyen. Ce cas arriva le lundy 18 février 1704 pour l’amende honorable que fit un homme de Rochefort pour avoir tué son frère d’un coup de couteau et l’avoir fait à demi brûler pour mieux couvrir son crime. M. Ayrault, lieutenant criminal, fit avertir Mr le doyen et fit rompre vif le criminel. – Lors donc que le criminel arrive vers le placitre (place devant l’église) de la cathédrale, un huissier ou bien un archer de prévôt prend le devant et avertit le valet semainier de se tenir prêt à sonner son arrivée. Le criminel se met de genoux sur le seuil de la porte de la galerie devant le placitre qui est fermé jusqu’à ce que toutes les formalités ordinaires de justice soient faires ; puis on le conduit en prison. Au moment que le criminel paroist dans la cité, le valet semainier de la sacristie tinte neuf coups par intervalle la cloche appelée Maurice pour avertir le peuple d’estre témoin d’une telle action. Ce son est gratuit. » (Cérémonial de l’Église d’Angers, t.III, liv. V, pp. 24, 25). La férocité des mœurs rendait la mort épouvantable ; mais la vue des supplices les plus horribles, comme l’exposition sur la roue du patient qui venait d’être rompu sur la croix, était un spectable apprécié du peuple et auquel, on le voit ici, il était convié.

Note de Marc Saché : La famille des Boylesve de Goismard fournit longtemps des conseillers au Présidial d’Angers. François Boylesve de Goismard, fils de François Boylesve, conseiller au présifial, et de Renée Guinoiseau, était lui-même conseiller. Il épousa, en 1687, Marie Gautier, fille de Jacques, chevalier, sieur de Chanzé, juge au présidial, et de Marie Renou, et en secondes noces, le 13 avril 1693, Madeleine de Méguyon, fille de François, sieur de la Houssaye, et de Marthe Jousselin. Il fut inhumé le 27 décembre 1710 en l’église Saint-Pierre d’Angers. Sa qualité de lieutenant général lui permettait de siéger, l’épée au côté, immédiatement après le lieutenant général avec voix délibérative tant au civil qu’au criminel. (Voir Gontrd de Laynay, Familles des maires, t.II, pp. 112, 113)

Note de Marc Saché : Jean Guérin de la Piverdière, fils d’Alexandre Guérin de la P., et de Françoise Pâquereau, né le 12 février 1652, était petit-fils d’un apothicaire d’Angers. Il était sieur du Grand-Launay en la paroisse d’Andard. Il épousa, en 1675, Elisabeth du Fraisier, et reçut ses provisions d’office de conseiller au Présidial le 9 février 1674 (voir Bibl. d’Angers, man. 123-anc. 1005, vol. I, p. 553 ; Gontard de Launay, t. III, p. 153 ; état civil des paroisses Saint-Martin, Saint-Maurille et Saint-Pierre)

Note de Marc Saché : On sait que le subdélégué, homme de confiance de l’intendant, exerçait des fonctions qui n’avaient aucun caractère officiel. Le nombre des subdélégués n’avait rien de fixe dans le ressort de l’intendance. L’édit d’avril 1704 créa un subdélégué dans chaque chef-lieu d’élection, le chargeant de recevoir les requêtes adressées à l’intendant et accompagnées de ses avis et de transmettre ses ordres. En fait, cette création d’office n’était qu’un nouveau moyen de vendre une charge. – Amis-Duponceau (François-Gabriel), était fils de n. h. Pierre A., écuyer, sieur du Ponceau, gouverneur de la ville et château de Sablé. Il avait épousé, en 1696, Marie Ganches, fille de feu n. h. Pierre Ganches, sieur de la Fourerie, conseiller au siège de la Prévôté d’Angers, et de Marguerite Avril (voir Bibli. d’Angers man. 1214 bis anc. 1005, vol. II, p. 63 ; état civil de Saint-Michel du Tertre)

Note de Marc Saché : Le duc de Vendôme s’était emparé de Verceil le 19 juillet 1704. Des lettres royaux du 30 mai invitaient maire et échevins à recevoir 400 soldats, prisonniers de guerre en Italie, et à les faire garder sous leur responsabilité. La ville devait leur assurer la paille décessaire au couchage et l’intendant de la généralité Turgot une ration de pain quotidienne par homme. Le 20 août arrivèrent 120 prisonniers, y compris 3 femmes et 2 enfants. On les enferma dans les deux portes désignées par Toisonnier. La galerie couverte au 3e étage de la porté Lyonnaise avait été disposée « pour leur donner de l’air quand ils le souhaitent » (voir Archives Municipales, BB103 f°110v)

Note de Marc Saché : Michel Poncet de la Rivière, fils d’un intendant d’Alsace, nommé à l’âge de 7 ans abbé de Vierzon, grand vicaire de l’évêque d’Uzès, fut appelé à l’évêché vacant d’Angers le 20 avril. La prise de possession donna lieu à une imposante cérémonie dont le registre des conclusions de la mairie conserve le procès verbal avec l’ordre du défilé et la place de chaque corps dans l’église (BB 103 f°147). Le registre du Présidial consigne également la participation des magistrats à la procession et au service (f°161)



Biographie d'Etienne Toisonnier, par Marc Saché,

Trente années de vie provinciale d'après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L'Ouest, 1930

Étienne Toisonnier, avocat au siège présidial d'Angers, naquit, le 6 octobre 1654, dans la paroisse Saint-Michel du Tertre, où se concentrait alors la vie active de la cité. De son vivant, autour de la grande place des Halles se groupaient l'Hôtel de Ville, l'Académie royale, l'église paroissiale, avec les enfeus des Lesrat et des Louet, le Palais royal où, à côté de la Sénéchaussée et du Présidial siégeaient, à tour de rôle, les juridictions ordinaires et extraordinaires de la province et de la ville, les halles et les prisons. Sur les côtés de ce vaste espace irrégulier se pressaient également les hôtels de quelques gentilshommes, mais surtout ceux de l'échevinage et de la magistrature, et les demeures de nombreux avocats (Péan de la Tuilerie, édit. C. Port, 1868, p. 359 et ss. On y trouve, dans de copieuses notes, la description de la place des Halles avec ses monuments publics et ses hôtels particuliers).
Etienne était fils d'honorable homme Étienne Toisonnier, maître apothicaire, et de Catherine Guitton. Pour marraine il eut sa soeur Catherine (Catherine, mariée avec Jean Renou, fils d'un maître chirurgien d'Angers, mourut le 2 janvier 1707. - V. Toisonnier, qui elève son décès, et Bibliothèque d'Angers, manuscrit 1219-anc. 1005, volume Vil, p. 71). Une soeur de sa mère, Louise Guitton, avait épousé Louis Doostel, greffier en chef (Arch, départ. de Maine-et-Loire, E 2278.) de la maréchaussée d'Angers. Ni l'attrait des greffes qui avaient compté plusieurs membres de sa famille, ni la médecine, ni le commerce ne fixèrent sa vocation. Il fit ses études de droit. Il nous apprend lui même qu'il plaida, le 4 septembre 1683, sa première cause avec un grand succès. Dès lors son existence parait s'être écoulée paisiblement dans sa ville natale, et, pour ainsi dire, dans sa paroisse, dont il ne s'éloignait guère que pour surveiller ses propres intérêts ou ceux de ses clients qui l'appelaient à Rouen, à Paris ou en quelque ville importante.

Il épousa. le 26 octobre 1687 Marguerite Guillot, fille d'un marchand d'Angers, avec laquelle il vécut en bonne union et dont il loue l'inlassable charité. Devenu veuf en février 1712, il se remaria peu après avec Marguerite Dugué, fille de défunt Guillaume Dugué, avocat. D'après son journal on peut suivre tous les événements ayant trait à sa personne et à sa famille ; car il les a releva avec soin.

D'âme profondément chrétienne et inclinée, comme il se voit si souvent à cette époque, vers les œuvres pies, il accepta la charge de receveur de la charité des pauvres prisonniers. Il mourut le 5 juin 1719, à l'âge de 65 ans, et fut inhumé dans le cimetière de sa paroisse. Son frère Paul, né en 1660, mourut, le 2 août 1717, curé de Cantenay
De son second mariage il laissait un fils encore, tout jeune, nommé Étienne-Paul ; celui-ci devait embrasser également la profession d'avocat, à laquelle il fut admis en 1735 ; il épousa Renée-Madeleine Trochon, mais, rompant avec les traditions de famille, il vendit ses biens et ceux de sa femme (Bibl. d'Angers, man. 1230-anc. 1004) et quitta l'Anjou pour aller s'établir à Paris.

Le journal de Toisonnier (Ibid., man. 1008-anc. 883, format in 4°) comprend 144 feuillets écrits de sa main d'une écriture droite, ronde et très nette. Les quatre premiers sont consacrés à une liste des hauts dignitaires ecclésiastiques et laïques, des maire et échevins, des hauts magistrats et des conseillers du Présidial et du personnel de la Prévôté, de l'Élection, de l'Université et du grand prévôt d'Anjou. Ce relevé se rapporte à l'année 1683, date à laquelle commence le manuscrit qui s'arrête au 10 août 1713.
Écrites au jour le jour, ces notes présentent toutefois des lacunes importantes, surtout dans la dernière période, par suite de la négligence du rédacteur. C'est ainsi qu'il omet d'indiquer tout événement pour l'année 1709, année de détresse et d'extrême misère, et qu'il se borne à quatre mentions pour 1710. Puis le travail se continue normalement pendant trois autres années pour finir brusquement, sans une allusion au motif qui en arrête le cours. Est-ce lassitude ? Est-ce abandon d'une tâche jugée vaine ou décevante? Quoi qu'il en soit, il est regrettable qu'il ne l'ait pas poursuivie jusqu'au terme.

Toussaint Grille, dans une note jetée sur un bout de papier (Biblioth. d'Angers, collect. Grille, notes biographiques.), écrit : « Il est peu de villes en France qui ne comptent un ou plusieurs compilateurs qui tiennent note de tous les événements grands et petits qui arrivent en leur petit hémisphère : un feu de joie, un Te Deum, un service chanté en faux-bourdon, la nomination d'un bedeau, la mort d'un suisse sont autant de choses qui sont consignées très exactement dans leurs trésors. Toisonnier est de ce nombre. » Il se ravise, il est vrai, quelque peu « Mais l'histoire tire parti de ces matériaux qui, d'ailleurs, sont des renseignements précieux pour bien des familles ». C. Port, dans son Dictionnaire, souscrit à la première partie de ce jugement rigoureux. Un examen plus attentif nous a convaincu de l'erreur d'une exécution précipitée et nous a engagé à réviser ce procès par trop sommaire.
Le manuscrit ne porte pas de titre, sinon celui que le généalogiste angevin Joseph Audouis, lui a donné cent ans plus tard : « Manuscrit de Mtre Toisonnier, avocat au siège présidial d'Angers, contenant ce qui s'est passé de plus remarquable à Angers depuis l'an 1683 jusqu'en 1714 ». En fait, la dénomination de journal est bien celle qui lui convient, puisque l'auteur le désigne par ce terme dans un passage relatif à l'omission de tout événement en 1709 : « J'ai négligé, dit-il, de porter sur ce journal ce qui s'est passé depuis le 10 octobre 1708 ».

La plus grande partie du manuscrit se compose de mentions de mariages et de décès survenus au cours de trente années. C'est un compromis entre la sécheresse d'un registre d'état civil et l'aridité d'un obituaire. Son plus vif intérêt vient de ce que Toisonnier a connu la plupart des personnes dont il relève les noms : magistrats, conseillers au Présidial, gentilshommes, marchands. C'est un guide plus encore qu'un registre définitivement arrêté.
Parmi ces sept à huit cents inscriptions il s'en trouve d'assez nombreuses qui restent incomplètes, comme jetées rapidement, quitte à être reprises plus tard. Il écrira, à la date du 7 mai 1692 : « Mr Mesnier, avocat, fils de Mr Mesnier, aussy avocat, et, de la demoiselle... épousa la fille de feu sieur... » Et cet exemple n'est pas isolé. Une autre fois, il groupera en une seule mention les éléments d'une petite lettre de faire-part à propos d'un décès : « Le 25 mai 1689, mourut la femme de feu Mr Grandet, lieutenant, du prévôt de cette ville. Elle a laissé plusieurs enfans : le 1er est prêtre-curé de Sainte-Croix de cette ville ; le 2° est lieutenant criminel à Château-Gontier ; le 3° est conseiller au siège présidial de cette ville et à présent, maire, marié avec la fille de Mr Jousselin docteur en médecine ; une fille mariée avec Mr le marquis de Sasilly, et une autre avec Mr de la Blanchardière-Gourreau, conseiller audit siège ». Nous voilà mis ainsi sur la voie, mais la voie seulement ; car nul prénom n'est indiqué. A nous de poursuivre les recherches On dirait d'un de ces bavardages de réunion mondaine, où il est fait étalage de la connaissance du petit Gotha angevin.

Mais outre ces nombreux renseignements concernant les familles il en est d'autres, insérés parmi eux, qui ont un intérêt supérieur pour l'historien et qui constituent véritablement la partie justifiant le nom de journal. Ce sont les notes relatives aux événements principaux de la vie de la cité et aux événements plus graves encore de la vie du royaume, qui ont un retentissement sur celle de la province : contre-coups des guerres interminables de la Ligue d'Augsbourg et de la Succession d'Espagne, pendant lesquelles la France, dit Voltaire, périssait au bruit des Te Deum, suprêmes mesures contre le protestantisme, accroissement de la misère publique, disettes et famines, peste et charges écrasantes des impôts.

Tous ces souvenirs, même épars, d'un passé où l'instabilité de la vie économique fait un contraste frappant avec la série des fêtes officielles célébrées par ordre, pour soutenir toujours intacte la gloire du roi, forment une trame assez solide pour autoriser, à l'aide de recherches complémentaires, l'achèvement de l'esquisse. Il nous a paru instructif de grouper toutes ces notes historiques succinctes, celles du moins qui méritent ce nom, et de les éclairer à la lumière des nombreux renseignements que renferment les sources si riches des registres des conclusions de la mairie (Il convient de ne pas omettre l'ouvrage de Blordier-Langlois, Angers et l'Anjou sous le régime municipal, Angers, 1845. Il a le mérite d'avoir recouru le premier aux sources originales. Mais le défaut de références le rend peu utilisable), du registre du Présidial de l'état civil et des riches collections manuscrites angevines. Ainsi coordonnés, ces divers éléments peuvent se fondre en une chronique où revivent les annales locales pendant la seconde partie du grand règne à son déclin.
Plus d'une fois le journal de Toisonnier a été exploité en vue de tel ou tel fait isolé. Il a même été publié en ses parties essentielles (Bulletin historique et monumental de l'Anjou, années 1864-1866, pp. 137-160) par Aimé de Soland, mais sans la moindre préoccupation d'esprit critique et avec des libertés à l'égard du texte, que nous n'admettons plus aujourd'hui. Aussi avons-nous repris le travail à pied d'oeuvre avec la confiance que des documents, présentés tout d'abord isolément au lecteur, prennent une toute autre valeur, Iorsque sont établis les rapports qui les unissent entre eux ou les rattachent à l'histoire générale.
Il ne faut pas faire grief à Toisonnier de la faiblesse de son style. Du style, on peut à la rigueur en exiger des mémoires. Ce n'est pas le cas ici. La composition, ni la rédaction ne jouent guère de rôle dans ces notes personnelles appelées dans sa pensée à former une sorte d'aide mémoire dont il se souciait peu de faire bénéficier la postérité. Aussi ne se heurte-t-on qu'à des phrases courtes, concises et d'une correction grammaticale souvent répréhensible.

Il se montre peu lui-même dans son journal, assez toutefois Pour témoigner d'une certaine naïveté candide où rien ne transparaît de l'esprit retors du professionnel. Honnête homme, bon catholique, sans excès de dévotion, il marque un respect sensible pour les personnages en place. Bien qu'il relate les excès des misères publiques, le développement du paupérisme, il ne s'attarde pas en plaintes amères sur les malheurs du, temps, sauf sur la charge énorme des impôts dont, il est à même de sentir le poids. Il est patient et, pour ainsi dire, accommodé aux difficultés et aux contradictions de la vie. C’est ainsi qu’il énumère bon nombre de Te Deum, mais sans s’y appesantir, Dieu sait si le compte en était considérable ! Un seul registre des conclusions de la Mairie de 1693 à 1696 nous en donne toute une série : pour la prise d’Heidelberg, de Rosas en Catalogne, la victoire de Neerwinden et celle de la Marsaille, la prise de Palamos et de Girone. La reddition de chaque place forte ennemie entraînait une manifestation publique ;
Mais tout cela n'est qu'apparence et Toisonnier n'y livre rien de sa personnalité. Sa considération pour les magistrats est indéniable, qu'ils appartiennent à la justice ou à l'hôtel de ville.
Naguère encore Angers était partagée en deux camps ennemis : celui des magistrats et officiers du corps de ville, du Présidial, de la Prévôté, de l'Élection et Grenier à sel, et celui des bourgeois modestes, avocats, procureurs, marchands et artisans. L'orgueil et l'esprit exclusif des magistrats, aristocratie judiciaire qui se perpétuait comme un fief dans les mêmes familles, n'avaient encore rien perdu de leur force. Mais les divisions étaient moins âpres et l'animosité des avocats moins violente.
A quoi attribuer l'absence, chez Toisonnier, de toute critique acerbe ou de toute allusion désobligeante à l'égard du corps redouté, sinon à l'ascension des avocats dans l'échelle sociale et à certaines alliances avec des familles dont ils n'avaient plus de raisons d'essuyer les mépris?
En résumé, esprit précis, mais sans imagination, sans envergure, honnête homme, connaissant à merveille la société angevine, Toisonnier nous livre un recueil qui a son prix et peut rendre de notables services.
On trouvera jointe à la publication de ce journal, composé de la série des faits les plus remarquables, la mention d'un certain nombre de personnages vivant ou mourant à celle époque.
Nous avons cru nécessaire de retenir leurs noms et de leur consacrer une brève notice, en raison de l'intérêt particulier que Toisonnier semble leur porter et des réflexions dont il les accompagne. Son appréciation à leur endroit revêt sans doute un caractère personnel mais, comme elle peut correspondre au Jugement de ses contemporains, nous avons estimé convenable de ne pas la négliger.


Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.