- Julien
Letourneau, meunier aux Soucis, refuse de payer la taille. Il est tué
à coups de fritte
(le bâton du collecteur Provost époux
Allaneau
avocat), hache (celle de la victime)
et fusil (celui du sergent Taillandier),après un repas aux Soucis arrosé.
Les témoins, relativement nombreux, se gardent bien d'intervenir dans
la querelle, pour ne pas être mêlés à une sale affaire. Leurs témoignages,
recuillis 11 jours seulement après les faits, montrent peu de témoins
directs, peu de précisions quand au moment même du décès, car certains
disent même qu'il est mort après son transport, enfin, les villages
voisins comme la Touche, n'ont rien pu voir et leur témoignage relève
de la fantaisie. L'un des témoins voit non seulement de loin, alors
qu'il n'a pas entendu le coup de fusil, mais voit à travers les chênes,
d'une chênais de haute futaie !!! Le coup de fusil a été tiré d'Anjou,
mais la victime est tombée côté Bretagne et les problèmes juridiques
commencent !
- Le
2.6.1712, en vertu de l’ordonnance du sénéchal de la vicomté de Fercé,
sur le réquisitoire de meurtre, Jan Durand chirurgien juré du roy, demeurant
en la ville de Martigné Ferchaud évêché de Rennes, et Christophe Provost
chirurgien juré dt en la ville de Châteaubriant paroisse de Béré, évêché
de Nantes, se transportent avec Mrs les officiers au lieu des Soucis
paroisse de Saint Aubin de Pouancé évêché d’Angers province d’Anjou,
distante de la ville de Martigné d’environ 2 lieues et de celle de Châteaubriant
de 3 lieues, pour voir et visiter un cadavre. Arrivés aux Soucis dans
la demeure de Jean Bodin débitant, ils entrent dans la chênais proche
et constatent au pied d’un chêne du côté de la lande quantité de sang
sur la terre, et plusieurs personnes présentes déclarent que le cadavre
a été transporté à l’église de Saint Aubin de Pouancé. A la demande
de Mrs les officiers ils s'y rendent tous, et la nuit étant venue se
retirent chez René Bellion débitant ou pend pour enseigne le Lion d’Or,
et y couchent. Le lendemain, ils quittent l'auberge pour le cimetière
de l’église de Saint Aubin. Après avoir entendu la messe, Mrs les officiers
font tirer de terre le cadavre d’un homme, qui après avoir été découvert
de son suaire est reconnu par plusieurs personnes pour être celui de
Jullien Letourneau du lieu des Soucis. Puis ils procèdent à la visite
extérieure du cadavre : de longueur de 5 pieds environ, la barbe et
les cheveux noirs, âgé d’environ 35 ans - le dos et le derrière du col
tout livide - au bras droit sur le coude une contusion de la longueur
de 3 doigts en travers et de largeur comme a appliquer le travers du
petit doigt, avec excoriation - une contusion de la même longueur que
la précédente avec excoriation de la grandeur comme appliquer le plat
du poulie - à la même main du bras 3 doigts un peu coupés sur la première
jointure de la 1ère et 2e phalenge à savoir le milieu, l’annulaire et
le petit doigt - à la cuisse droite partie supérieure une plaie de la
grandeur d’un écu blanc pénétrant au travers de ladite cuisse ou ils
trouvent 12 grains de fer de différente grosseur et figure - la sortie
de la plaie au dedans de la cuisse a de longueur 5 travers de doigt
et de largeur le travers de 2 doigts - après ouverture de cette cuisse
: la veine curialle coupée et les nerfs chaire et tendons tous déchiré
et contris avec du sang coagulé et noir - Mrs les officiers font ouvrir
la poitrine et le bas ventre. Après incision cruciale et levé les téguments
: les lobbes du poumon sont un peu altérés et attachés aux vrais côtes
dans leur partie postérieure - au surplus toutes les autres parties
en bon état. Ils concluent que les coupures ont été faites par instrument
tranchant comme hache, hachereau ou autre faisant semblable, les contusions
par instrument contondant, comme bâton, pierre, coups de pied ou autre
faisant semblable, et la plaie de la cuisse par intrument à feu comme
fusils, pistolets, mousquetade ou autres faisant le semblable, ce qui
a causé et précipité la mort attendu la perte du sang absolument nécessaire
à la vie, qui est sorti par la plaie.
- Le
2.6.1712 Renée Hellan veuve de Julien Letourneau, meunier au moulin
des Sallorges, et faisant leur résidence dans le lieu des Soucis,
25 ans, de haute stature, habillée d’une paire de brassières brunes, un
manteau et un cotillon de toile, et coiffée à la mode de campagne
: vers 3 h après midi étant sortie pour aller à la Touche qui est proche
des Soucis, pour y acheter du beurre, elle entendit son mari parlant d’une
voix haute en ces termes « Mr Provost ne rompez pas combien vous est-il
dû » et reconnut que dans ce temps là il était proche les maisons des Soucis,
du côté de la chênaie ou rabinne située à Villepôt, et que dans le même
temps ledit Provost répondit qu’il l'exécuterait s’il n’était payé comptant,
et comme ce bruit augmentait elle revint promptement sur ses pas, et en
arrivant dans la rue des Soucis elle vit Provost bailler plusieurs coups
d’un long et fort gros bâton à son mari, qui était lors tombé à terre le
long des chênes de la rabinne du côté de Villepot, et vit le nommé Taillandier
sergent saisi d’un fusil qui tenait son mari en joue, et lui dit « ne tirez
pas » et qu’à l’instant ledit Provost s’étant retiré à quelques pas de son
mari qui s’était avec beaucoup de peine levé, il fut par le même taillandier
tiré dudit fusil et tomba à terre disant à sa femme qui se jetta à lui pour
le soulager « ma femme je suis mort faites venir un prêtre promptement »,
et demandé Jean Bodin qui se rendit auprès de lui auquel il demanda pardon
sur quelques petits différents …le domestique de Jean Bodin nommé Jean Menet
fut chercher un prêtre à Villepôt, mais inutilement d’autant que son mari
mourut avant que cet express fut au haut de la lande conduisant au bourg.
-
les accusés interrogés
après les témoins, sauf les 2 en fuite Provost et Taillandier
- Le
13.6.1712 Nicolas Duchesne, 66 ans, rouettier et fuzelier à Pouancé,
cheveux et barbe gris blanc, habillé d’un justaucorps et culotte de beslinge,
bas bruns, souliers aux pieds, un rabat au col et un chapeau à la main :
dit être resté dans la maison avec Bodin, entendit un coup frapper comme
sur une porte, ce qui fit qu’il regarda par une fenêtre de l’embas de la
maison, et vit un homme sans le reconnaître à une porte d’une autre maison
à côté qui tenait une hache qu’il levait vers ledit Provost comme
pour l’en frapper, en sorte que cela fit apréhension
à l’interrogé qui se retira derrière la maison pour ne pas voir ce qui se
passerait d’où il entendit un grand bruit et des coups se donner
et une voix qu’il ne put distinguer dans le moment ledit Provost qui dit
par 2 fois « ne tire pas Taillandier » et ces paroles dites il fut
néanmoins tiré un coup de fusil après quoi 3 personnes rentrèrent chez Bodin
fort émues disant ledit Provost à Taillandier « pourquoi avez vous tiré,
je suis perdu », alors ledit Taillandier chargea son fusil dans ladite
maison de Bodin et en sortit promptement en fuite, et Rousselet qui saignait
beaucoup par un bras Bodin lui apporta une serviette
- Le
30.7.1712 René Rousselet, 52 ans, sans domicile ordinaire, allant
mendier sa vie, originaire de l’Hôpital de Grugé, yeux tirant sur le jaune,
barbe en poussoire, habillé d’un habit de Pinchinac, bas et souliers aux
pieds, bras gauche en écharpe, un chapeau à la main droite : vers 4 ou 5
h du matin, il a rencontré le sieur Provost avocat à Pouancé, qui l’engagea
pour aller avec lui pour lever des deniers royaux et faire le recouvrement
étant collecteur des tailles et ustanciles de la ville de Pouancé, et pour
cette offre il alla chez René Taillandier sergent au même lieu. Il trouva
Taillandier et le nommé Duchesne et dans le moment ledit Provost leur dit
de la porte qu’ils eussent prit les devants et contraindre un redevable
aux rôles qu’il avait auparavant mis aux mains du sieur Taillandier, et
qu’il les rejoindrait chez le nommé Bodin hôte au lieu des Soucis après
quoi lesdits Taillandier, Duchesne et l’interrogé furent déjeuner en la
ville de Pouancé chez le sieur Bellion hôte, et ensuite furent de compagnie
dans plusieurs villages et métairies, et closeries de Pouancé, où
ils exécutèrent les saisies dans 3 ou 4 endroits pour ledit Provost, que
ledit Duchesne qui était syndic de la paroisse avait sur le rôle, puis ils
se portèrent tous trois chez ledit Bodin où ils trouvèrent ledit Provost
qui venait de nommer un enfant d’une sienne sœur de la paroisse d’Armaillé,
et disnèrent tous ensemble avec ledit Bodin - Interrogé si pendant le repas
ils ne projetèrent pas d’assassiner Julien Letourneau proche voisin dudit
Bodin sous prétexte qu’il devait sa cotte part du contenu aux rôles dont
il avait fait refus de payer, qu’à cette fin ils étaient saisis d’armes
à feu et de grands bâtons, et furent tous trouver ledit Letourneau après
avoir bu et mangé, et maltraitèrent de plusieurs coups de bâtons dont ils
l’abattirent à terre dans la chênais qui est proche ledit lieu des Soucis,
du côté de Villepôt, étant outre saisis d’une grande hache, que non contents
de l’avoir mis dans un pitoyable état, il rentrent chez ledit Bodin, ils
en ressortirent et retournèrent audit Letourneau que l’un d’eux tira d’un
coup de fusil dans les cuisses, auquel coup il timba, et mourut presque
incontinent. - Répond que pendant leur diner, ledit Provost se mena à la
porte de la maison dudit Letourneau pour savoir s’il s’y trouvait afin d’avoir
le paiement de qu’il devait pour la taille et ustanciles, mais ayant trouvé
la porte fermée, et regardé dans la maison par une petite fenêtre qui était
ouverte sans avoir vue personne, ils retournèrent diner en attendant que
ledit Letourneau ou sa femme fussent revenus chez eux, et le diner fini
ledit Provost et l’interrogé retournèrent avec ledit Taillandier à la porte
dudit Letourneau, dans la chênais qui est proche dudit lieu des Soucis,
et trouvèrent encore la porte fermée, étant saisis ledit Provost et ledit
Interrogé chacun d’un grand bâton, ledit Taillandier d’un fusil, et restèrent
à ladite porte quelque peu attendant que ledit Letourneau ou sa femme fussent
revenus, et après avoir ainsi attendu il virent venir à eux ledit Letourneau
du côté de la forêt d’Araise saisi d’une hache normande et en les abordant
il leur présenta un pistollet de ceinture en les menaçant, et faisant plusieurs
démonstrations, proférant plusieurs injures disant qu’il ne paierait rien,
encore bon que ledit Provost lui demanda fort honnêtement ce qu’il lui devait,
et quoiqu’il se servit de paroles de douceurs, ledit Letourneau remit son
pistollet à sa cienture, et leva la hache pour en frapper ledit Provost,
ce que voyant l’interrogé frappa de son bâton sur le bras dudit Letourneau
pour parer le coup, qu tomba sur lui en sorte que la hache lui coupa son
habit en efflfeurant dans deux endroits et ledit Letourneau voyant avoir
manqué son coup, il s’attaqua à l’interrogé qui voyant aussi qu’il voulait
le frapper de sa hache essaya de parer le coup de son bâton, ce qu’il ne
put éviter de manière que le coup lui porta sur le poignet du bras gauche
dotn il est estropié, et cette hache étant sortie des mains dudit Letourneau
et tombée à terre, il voulut la ramasser pour continuer ses violences et
alors ledit Provost lui donna un coup de son bâton sur un bras pour l’en
empêcher et dans le moment l’interrogé qui ne s’apercevait d’être blessé
saisit ledit Letourneau demandant de l’aide pour se rendre tout maitre de
sa personne, mais ayant aperçu le sang qui sortant de son bras et le cœur
qui commençait à lui manquer sans aucun secours, il quitta ledit Letourneau,
lequel voyant ledit interrogé dans cet état voulut prendre la fuite du côté
de la chênais, et dans cet instant ledit Provost Ayant aperçu que ledit
Taillandier couchait en joue son fusil pour tirer cet homme, il se rua sur
lui par plusieurs fois ainsi que l’interrogé. « monsieur, ne tirez pas vous
nous perdez », ce qui n’empêcha pas quelque prière qu’ils lui furent faites,
qu’il ne tirat son fusil sur ledit Letourneau, auquel coup il tomba à terre
au pied d’un chêne de ladite chênais, du côté de Villepôt, et lui enrendu
pour lors demander un prêtre disant qu’il était mort, après quoi ledit Provost
et l’interrogé rentrèrent chez ledit Bodin qui ayant donné une serviette
audit Provost il entourra le bras dudit interrogé pour apaiser le sang qui
y sortait abondamment, pendant quoi ledit Taillangier y vint aussi, lequel
ledit Provost blâma fortement d’avoir fait un coup aussi ladre en usant
même des armes, et lui disant qu’il l’avait perdu, ce qu’entendant ainsi
ledit Taillandier prit la fuite sans avior remarqué l’interrogé s’il rechargea
son fusil et après que le bras dudit interrogé fut enveloppé, et son sang
apaisé, il s’en alla avec ledit Provost en ladite ville de Pouancé pour
se faire traiter et arrêter 8 ssemaines dans l’hôpital de Pouancéé où il
a été traité sans qu’on ait pu lui garantir son bras dont il en demeure
estropié. - Interrogé si dans le temps que lui et ledit Provost maltraitaient
ledit Letourneau sa femme étant venue au bruit ne pria poas d’une voix haute
leditd Provost de dire combien il lui était dû, qu’elle allait le payer
et qu’ils eussent cesser les violences, l’interrogé répond qu’il ne vit
même pas cette femme et ne point la connaître.
- Jan
Bodin débitant dans la maison des Soucis : ils sortirent après
avoir bu un pot de vin et furent ainsi qu’ils le disaient pour exécuter
Julien Letourneau - vit Letourneau une hache à la main, ledit Taillandier
saisi d’un fusil, ledit Provost d’un grand bâton que l’on nomme ordinairement
une fritte et l’autre homme d’un bâton qui continuaient leur différent et
qu’au même temps il se retira dans sa maison, et dit à Jean Menet son valet
de ne point sortir et qu’ils n’auraient point à faire de leurs démélés,
et de sa maison il entendit frapper par plusieurs fois comme d’un coup de
baton sans savoir qui les recevait ni le lui baillait, et ledit Provost
et l’autre homme inconnu revinrent à la maison l’un et l’autre saisis de
ladite hache qui y fut laissée, et cet homme inconnu blessé et le sang coulant
par un bras se plaignait d’en avoir été frappé par ledit Letourneau, puis
ils retournèrent à la chênais où il fut tiré un coup de fusil
- Jean
Menet domestique de Jan Bodin aux Soucis : s’en étant venu du
moulin Blanc proche le lieu des Soucis, il trouva dans la maison de son
maître les nommés Provost, Taillandier, Duchesne et un autre, et que sur
les 3 à 4 h de l’après midi, ayant payé leur écot, Duchesne resta et les
3 autres sortirent sur la rue et furent à la porte de Jullien Letourneau
proche et seul voisin dudit Bodin à l’intention de l’exécuter, qu’un moment
après il entendit du bruit dans la chênais ou avenue qui est proche le lieu
des Soucis, et vis à vis le pignon de la demeure dudit Letourneau reconnut
qu’ils se maltraitaient à coups de bâton, ce qui lui donna occasion de s’approcher
de la fenêtre de la chambre basse de la maison, d’où il vit ledit Letourneau
sans gaule ni bâton courir devant ledit Provost qui était saisi d’un bâton
de sa hauteur et fort gros, qu’il porte ordinairement quand il sort de la
ville de Pouancé, duquel il bailla plusieurs coups sur le dos dont il tomba
à terre le long de la chênais du côté de Villepôt, disant ledit Letourneau
« ah ! tu me tues », pendant quoi ledit Taillandier était toujours proche
d’eux cherchant le temps de tirer ledit Letourneau crainte de blesser ledit
Provost lequel avait fait quelques pas, à l’instant Taillandier tira de
son fusil ledit Letourneau qui venait de se relever avec peine, dquel coup
il retomba à terre et vit aussi sa femme arriver qui se jetta à lui pour
le soulager à laquelle il dit qu’il était mort
- Interrogatoire
du 11.6.1712
- Clément
Beillaud laboureur à la Hée à Villepôt : il entendit un coup
de fusil sans avoir pu remarquer de quel côté d’autant que le coup retomba
dans le bois de la Hée ou sa maison est située. Un moment après Jan
Menet valet des Soucis entra chez lui et lui apprit que Jullien Letourneau
venait d’être tiré d’un coup de fusil sous les chênes proche la maison
des Soucis, et le pressa d’aller promptement à lui pour tacher d’étancher
le sang qu’il perdait pendant qu’il allait au bourg de Villepôt chercher
un prêtre pour le confesser, et ajouta que le sergent Taillandier de
Pouancé qui avait tiré en la compagnie duquel était le sieur Provost
avocat et collecteur de la taille de Pouancé, qui auparavant avant donné
plusieurs coups de baton audit Letourneau, et que n’ayant pour lors
quitter son travail, ses servantes et Jean Hamon son beau-frère, qui
demeurent ensemble, vinrent lui dire que Letourneau était mort. Il se
transporta alors dans ladite chênais avec son beau-frère et du coté
de Villepôt ils le trouvèrent mort e sa veuve avait un grand nombre
de personnes autour d’elle dont Jan Bodin beau-père du témoin, hôte
aux Soucis, et aidé de ladite veuve et d’autres personnes, ils portèrent
le corps dans sa maison, proche l’hôtellerie, et le valet dudit Bodin
dit que ledit Taillandier et un autre avaient bu ensemble chez ledit
Bodin
- Anne
Vignais 32 ans, femme de Jan Richard métayer à la Maison Neuve
: vers une heure de l’après midi, Jullien Letourneau des Soucis, fut chez
elle demander si elle n’avait point vu sa femme, et prit par la main son
enfant qui était pour lors chez elle. Une demi-heure après, René Deniau,
parent de son mari et leur domestique pastour, vint dire qu’on faisait grand
bruit vers les Soucis, et étant sorti ledit Deniau alla promptement devant
elle, et remarqua un homme tombé sous les chênes de la chênaie proche des
Soucis, du côté de la paroisse de Villepôt, qui faisait effort de se relever,
et le reconnut pour être Jullien Letourneau, lequel reconnut aussi la déposante
en la nommant par son nom, et lui prit la main, la priant de le mener dans
son lit attendu qu’il avait été fort maltraité sans nommer personne. Il
expira un moment après en présence de sa femme et de Jan Bodin
et ses filles, et fut ensuite porté dans sa maison. Elle remarqua aussi
de sa demeure, avant d’être allée à l’endroit ou ledit Letourneau était
resté, un homme qui s’enfuyait habille d’une étoffe de grosse serge sans
pouvoir le reconnaître, et le lendemain son mari conduisit avec son harnais
le corps dudit Letourneau au cimetière de StAubin de Pouancé
- Le
2.6.1712 René Deniau, fils de René du bourg de Senonnes, pastour
et domestique chez Jan Richard son parent à la métairie de la Maison-Neuve
: il ouit tirer un coup de fusil dont la fumée l’empêcha de remarquer sur
qui, mais après il vit Letourneau à terre proche la chênais du côté de Villepôt,
qui fit quelques mouvements avec les pieds, et s’en étant retourné ledit
Richard et sa femme vinrent voir ledit Letourneau qui était mort.
- Le
2.6.1712 Jan Hamon laboureur à la Hée à Villepôt dépose qu’il
fut tiré un coup de fusil vers les une à deux heures de l’éparès midi, et
ne pourrait dire de quel côté, étant dans un grand bois. Un moment après
Jean Minet valet de Jean Bodin hôte aux Soucis son beau-père, vint le trouver
en sa maison où il était avec Clément Beillaud son beau-frère, et leur dit
que Jullien Letourneau venait d’être tiré d’un coup de fusil par le nommé
Taillandier sergent de Pouancé, qu’auparavant et cependant au même moment
le sieur Provost avocat à Pouancé et collecteur de la taille, qui était
de la compagnie dudit Taillandier et d’un autre qu’il ne nomma pas, lui
avait baillé plusieurs coups d’un baton qu’il nomma « une
fritte » ausquels il était tombé à terre en disant plusieurs
fois « tu me tue » auquel avid ledit témoin et son beau-frère se
dirent qu’il pourait leur arriver quelque accident ou qu’ils seraient obligés
à quelque témoignage, ce qui les retint chez eux, et le valet
dudit Bodin prit le chemin de Villepôt pour amener un prêtre afin de confesser
le blessé, que cependant ils furent environ une heure après dans la chênais
qui est proche des Soucis, où était Letourneau parce que leurs servantes
qui étaient allées puisé de l’eau à une fontaine du même côté lui apprirent
sa mort. Ils y trouvèrent, vers Villepot, le corps de Letourneau, sa femme
assise auprès de lui qui pleurait, ledit Bodin, le sieur Poullain prêtre
de Villepôt, et plusieurs autres, et à la prière de ladite femme de Letourneau,
le corps fut porté en leur demeure qui est proche de ladite chênais du cpoté
de Pouancé, et le lendemain conduit dans une charette au cimetière de Pouancé
ou il fut enterré et en outre a dit que ledit Menet a dit que lesdits Taillandier
et Provost étaient avec le sieur Duchesne sindic de la StAubin et un autre
homme qui servait de record audit Taillandier qu’il ne nomma point, qu’ils
étaient entré de compagnie chez ledit Bodin où ils avaient bu ensemble avant
que l’accident fut arrivé
- 11.6.1712
Jan Richard, métayer à la Maison Neuve : vers une heure de
l’après midi Jullien Letourneau fut à leur maison demander où était Renée,
parlant de sa femme, et son enfant étant avec les siens, le prit par la
main et l’emmena. Peu de temps après, son pastour René Deniau son parent,
dit qu’on criait à la force vers les Soucis et qu’on venait de tirer un
coup de fusil, et ayant sorti au pignon de sa maison, il
vit (il n’a pas entendu le coup de fusil,
mais il voit à travers les chênes à 500 m de distance ! )
un homme à terre dans la chênais proche les Soucis, du côté de Villepôt.
Sa femme, qui était allée dans la chênais, était revenue et lui dit que
c’était Jullien Letourneau qui avait été tué. Sétant rendu à la chênais
il vit le mort et sa femme, qui le pria d’aller advertir Jan Besnier de
la métairie du Fresne pour aller chercher son frère se voyant dans un pitoyable
état, ce que le déposant fit, et le lendemain vers 4 à 5 h de l’après midi,
il conduisit le corps de Letourneau à la prière de sa femme, avec sa charette
et ses bœufs dans le cimetière de StAubin
- Le
11.6.1712 Françoise Rougé, 47 ans, femme de Donatien Buffé, laboureur
à bras, dt à la Pastissière au village de la Touche : le nommé Taillandier
fut chez elle lui demander de l’argent pour la taille disant avoir les roles,
et lui ayant fait réponse qu’elle n’en avait pas, il sortit de la maison.
Et à vêprée du même jour Catherine Chauvin femme de Pierre Hunault de la
métairie de la Réauté vint lui dire que Jullien Letourneau des Soucis avait
été tué d’un coup de fusil par ledit Taillandier. Alors elle alla aux Soucis
et vit ledit Letourneau mort dans sa maison
- Le
11.6.1712 Marie Chauvin, 45 ans, femme de Jan Courault laboureur
dt à la métairie du Drul : étant à cercler du bourier dans son jardin,
elle entendit beaucoup de bruit vers les Soucis, et croyant son mari dans
ce différent, elle sortit du jardin et dans l’instant elle entendit un coup
de fusil, et fut trouver Jullien Dupré son valet qui était dans le
champ des Brueus peu éloigné des Soucis, pour aller avec lui voir ce qui
s’était passé, et étant dans le même champ elle vit un homme qui était saisi
d’un fusil qui courait et qu’elle reconnut pour être le nommé Taillandier
sergent de Pouancé ce qui lui fit préjuger que s’était lui qui venait de
tirer le coup de fusil. Puis elle fut à la barrière de son champ qui joint
le grand chemin de Pouancé, d’où elle parla audit Taillandier lui disant
en ces termes, vous n’en voullez que ça, sur quoi il lui répartit « j’en
ai assez » en continuant de courir, et dans l’instant vinrent 3 personnes
qui prénaient le même chemin que ledit Taillandier, dont lelle en reconnut
deux, à savoir le sieur Provost collecteur, et le nommé Duchesne sindic,
et l’autre qui avait une mais entourée de linges et un pistolet dans l’autre,
auquel Provost elle parla et le pria de nelever de frais pour ce qu’ils
doivent de la taille ce qu’il promit, et ils continuèrent leur chemin en
se parlant les uns les autres sans qu’elle entende ce qu’ils se disaient.
Puis elle se rendit avec son valet dans la chênais des Soucis et vit du
côté de Villepot Jullien Letourneau qui venait d’expirer et sa femme qui
pleurait
- Le
11.6.1712 Marguerite Meanche veuve de Jan Hallard dt au village de
la Touche à Pouancé : vers une heure de l’après midi elle entendit
un grand coup de fusil tiré vers les Soucis, et étant sortie pour aller
dans son jardin, il vint Catherine Chauvin femme de Jan Hunault de la métairie
de la Réauté, qui dit que Jullien Letourneau venait d’être tué par le nommé
Taillandier. Elle alla voir si cela était vrai et
étant aux Soucis, elle entra dans la maison dudit Letourneau et le vit mort
dans la place et entendit dire par sa femme qu’il avait été tué dans la
chênais
- Le
11.6.1712 Françoise Daburon, 45 ans, veuve de Jullien Piron charpentier,
dt au village de la Touche chez Louis Rousseau comme domestique :
vers 4 à 5 h de l’après midi étant en la demeure de Rousseau son maître,
Catherine Chauvin femme de Pierre Hunault de la métairie de la Réauté, paraissant
effrayée, vint dire qu’il y avait un grand désordre aux Soucis, que c’était
Letourneau qui avait été tué par les sergents. Le témoin alla
alors aux Soucis et vit Letourneau mort en sa demeure, et sa
femme assise à la porte, qui lui dit aussi que son mari avait été tué sous
les chênes, et que si elle y avait été on lui en aurait fait autant, sans
autrement s’expliquer
- Le
11.6.1712 Joachim Trovallet, 24 ans, journalier à la Thommassais
à Pouancé : étant à ramasser des pois dans son jardin près sa demeure,
il entendit un grand bruit du côté de la
chênais qui est près l’hôtellerie des Soucis, et reconnut à la voix la femme
de Letourneau. Un moment après il fut tiré un coup de fusil, et alors, comme
plusieurs autres personnes, il se rendit à la chênais
au joignant de laquelle du côté de Villepôt, il vit ledit Letourneau
tombé à terre qui mourut à l’instant, et autour de lui sa femme, Jan Bodin
hôte aux Soucis, deux de ses filles, la femme de Jean Richard, et celle
de Jan Courault, et autres dont il ne se souvient du nom, tous lesquels
disaient qu’il avait été tiré et tué par le nommé Taillandier sergent de
Pouancé, ce qui dit aussi la femme de cet homme mort qui était dans la dernière
affliction
-