Rabouiner : attention à ce que raconte internet en janvier 2024, qui est faux

J’ai les livres suivants dans ma bibliothèque :
N’en v’la t’i des rapiamus !, Georges Vivant, 1980
Glossaire Angevin, CH. Ménière 1880
Lexique du patois vivant, Parlers et traditions du Bas-Maine et du Haut-Anjou, 1980
Glossaire du patois angevin et régional, Henri Boré, 1986
Glossaire des parois et parlers de l’Anjou, Verrier et Onillon, 1898

En tant que descendante d’Angevins, j’ai souvent entendu et même utilisé des termes inconnus du dictionnaire officiel de la langue Française, ainsi RABOUINER pour rabâcher, resasser toujours la même chose, selon moi, donc ce jour je viens de vérifier dans mes 5 dictionnaires et sur internet, et je constate qu’Internet raconte autre chose et qu’il faut donc s’en méfier car manifestement ce que n’a pas compris l’IA (intelligence artificielle) c’est qu’en France, il existait beaucoup de termes de patois locaux, et on ne peut en aucun cas utiliser une définition locale pour la transposer à tout autre région ou terme etc…
Rabouiner, comme je l’utilisais, figure bien dans le lexique du Patois Vivant du Bas-Maine et du Haut-Anjou, édition 198o et signifie bien rabâcher en grognant et grommelant.

Comme quoi, il faut encore utiliser les dictionnaires et se méfier d’Internet.

Un étranger autrefois était celui qui n’appartenait pas à la paroisse, et même au clan familial

Voici l’exemple d’un garçon de Campbon venu faire les vendanges à Maisdon, soit du nord de la Loire-Atlantique au sud du même département, et il est dit « étranger ». Voici ce que donne le Dictionnaire du Moyen Français (1330-1500) :
Qui n’appartient pas à une communauté donnée
Qui est d’un autre pays
Qui n’est pas du cercle de la famille, des proches

En Normandie on les appelait « horsain »

L’acte qui suit est à Maisdon le 4 octobre 1688 :

04.10.1688 … Pierre « un étranger qui estoit venu pour faire les vendanges en ce pays cy, lequel est décédé chez Me Nicolas Rabut marchand en présence de Pierre Macé, Vincent Martin de la paroisse de Bein, et Julien Lorain de la paroisse de St Sulpice évêché de Rennes, qui ont dit qu’il se nommait Pierre et qu’il était de Cambon. Il est à remarquer qu’il a été confessé par missire Bizeul vicaire de Monnières »

Sa compagne : manière plus que distinguée de dénommer l’épouse autrefois

Clisson était une petite ville très mondaine.

Je vous ai montré ces jours-ci que le château était habité au 17ème siècle. En outre, la paroisse du Château, celle de Notre Dame de Clisson, qui touche le château, avait chapitre et chanoines.

La population, plus que mélangée, comportait beaucoup de gens ayant des offices importants, la plupart à Nantes. Mais il y en avait même au Parlement de Bretagne, pourtant à Rennes, donc assez éloigné. Dans ces cas je suppose qu’ils y allaient quelques mois par an tout de même excercer leur office.

Tout ce petit monde, mondain, utilisait parfois, voire souvent, un vocabulaire mondain.

Ainsi, la retranscription que je fais actuellement du registre de Saint Jacques de Clisson utilise couramment le terme COMPAGNE ou lieu d’épouse.

Rassurez-vous, tout est légitime, et ce vocabulaire est uniquement bon chic bon genre, ou comme on disait quand j’étais jeune BCBG
D’ailleurs pour mémoire, lorsqu’un couple n’est pas béni par l’église en mariage, les baptêmes issus de ce couple soulignent tout à fait que l’enfant est illégitime, et le fait que tous les baptêmes mentionnent « et untelle sa compagne » pour mère de l’enfant est tout à fait légitime et signifie que le vocabulaire était un peu mondain.

 

Voici pour mémoire ce que donne le dictionnaire du Moyen Français sur le site ATLIF

4.

En partic. « Épouse«  : L’EMPERIÉRE. Ma chiére compaigne, ma seur, M’amour, mon solaz, or sui j’aise Quant je te voy. (Mir. emper. Romme, 1369, 310). Dame, je meismes vous menray La ou je vous espouseray Com ma compaigne. (Mir. Oton, c.1370, 336). …afin que au plaisir de Dieu nous [le duc de Bourgogne] puissions aler veoir en bonne prospérité mondit seigneur le Roy, ma dame la Royne, mon trèsredoubté seigneur monseigneur d’Acquitaine et ma trèsredoubtée fille sa compaigne (Doc. 1413. In : MONSTRELET, Chron. D.-A., t.2, c.1425-1440, 423). …nostre très chère compaigne la Royne (Doc. 1416. In : MONSTRELET, Chron. D.-A., t.3, c.1425-1440, 155). Et la, vous et ma tresredoubtee dame de Calabre, vostre compaigne, quant il vous plaira de y aller, les dames vous y festoieront tresvoullentiers, ainssy que s’enssieut. (LA SALE, Salade, c.1442-1444, 63). Vous avez oy comment Jaques de Voisines m’a sa suer Ysmarie grandement blasonnee et loee ; se telle est, elle est comme je la demande et vueil pour estre ma femme et compaigne (Nouvelles inéd. L., p.1452, 2). Ma treschere compaigne et tresloyale espouse, je vous requier (C.N.N., c.1456-1467, 29). …et là sceut que madame sa compaigne estoit fort malade (GRUEL, Chron. Richemont L., c.1459-1466, 222). Je vous requiers et prie que Creusa vostre fille me voeilliés donner a compaigne (LEFÈVRE (R.), Hist. Jason P., c.1460, 225). Toutesfois, messire Jacques, nous vous tenons bien estre recors des alliances de nostre très-cher et bien aimé fils de Navarre et de nostre très-chère et bien aimée fille sa compagne, laquelle est nièce de nostre très-cher et bien aimé le duc de Bourgongne, ensemble plusieurs alliances par nos ancestres et par elle acquises (Faits Lalaing K., c.1470, 152).

Aller en ville

Née à Nantes quartier Saint-Jacques, situé au Sud des Ponts, j’ai toujours entendu dire, et dis moi-même, et je redis encore, lorque je vais au centre de la ville de Nantes :

Je vais en ville.

Bon, je ne dis pas « je monte en ville » comme disaient les habitants hors Nantes, mais tout de même je m’exprime comme si je n’étais pas moi même en ville.

Et vous ?
Odile

Humaniste : Vertou 1692

Le parrain, Ancelme Chesneau, est dit « humaniste ».

Je suppose qu’il est étudiant et « fait ses humanités » ?

JAILLE, JAILLOUX, JAILLETTE

Inutile d’aller chercher dans les dictionnaires anciens en ligne sur ATLIF. Ils ignorent ces termes.

Par contre j’ai beaucoup de dictionnaires de patois etc… J’ai donc ouvert tous mes ouvrages, et j’en conclue que le terme est localisé entre Nantes et Le Lion-d’Angers.

Il s’agit d’un nom de lieu boueux.

  • MORLET Marie-Thérèse, Dictionnaire étymologique des noms de famille, Perrin, 1991

JAILLE, terme régional (ouest), désignant un endroit bourbeux, marécageux. Diminutif : Jaillet, Jaillat, Jaillot, Jailloux, Jaillon, Jaillette, Jaillard. Autre diminutif : Jaillardon. Aussi nom de localité : Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Atlantique), de hameau la Jaille (Maine-et-Loire et Sarthe), le Jaillet (Ain, Drôme) la Jaillette (Maine-et-Loire)

  • VIVANT Georges, N’en v’la t’i’ des rapiamus, patois du pays nantais. Vivant éditeur, 1980

jaille : ordures, vase. « de ç’temps-là, c’est pitrâilloux, j’sommes que dans la jaille »

jailloux : boueux. Celui qui est sale et négligé

  • MENIÈRE Charles, Glossaire Angevin, 1880

jailloux : qui enlève la jaille.

En conséquence, la famille de la Jaille tire son nom d’un lieu boueux. Mais n’a pas donné son nom à la Jaillette, qui est un autre lieu boueux.

La Nantaise que je suis utilise toujours le terme JAILLOUX, typiquement Nantais.