Les militaires décédés en 1814 à Reims : je poursuis leur étude et j’honnore leur mémoire à ma manière

1814.05.31 DUFOUR Guillaume 18 ans °Cashabouty ( ?) garde d’honneur du 3° R. 1° escadron †3.3.1814 (1677 p34)

J’ai fait et publié sur ce blog la TABLE ALPHABETIQUE DES GARDES D’HONNEUR DU 5ème REGIMENT pour honnorer leur mémoire.

Et pour honnorer leur mémoire, il faut aussi tenter de savoir ce qu’ils sont devenus et qui est décédé ou non, car les sources ne permettent pas de rétablir tout sans utiliser et recouper beaucoup de sources, donc je compte sur vous si vous en trouvez.

Or, malgré mon relevé des 2645 gardes d’honneur du 3ème régiment, et mon relevé en cours actuellement des militaires décédés à Reims en 1814, il m’est impossible de retrouver ce Guillaume DUFOUR décédé à Reims le 3 mars 1814 et il est possible qu’il soit bien garde d’honneur mais pas du 3ème régiment, car je n’ai relevé que le 3ème régiment.

 

 

 

 

 

 

Louis Legoux du Plessis, officier du 3ème Régiment des gardes d’honneur, décédé à Reims en 1814

1814.05.04 LEGOUX du Plessis, Louis 46 ans °Borde (Maine et Loire) garde d’honneur à cheval, 3°R. chevalier de l’ordre royal et militaire de St Louis, membre de la Légion d’honneur, fils de Augustin François Legouz du Plessis et de Françoise Marie Legouz (1351 p 246)

J’ai terminé le relevé des militaires décédés à Reims en 1814, et je vais vous les mettre en ordre alphabétique. Ils sont nombreux et presque tous décédés à l’hôpital. Les très rares militaires décédés ailleurs, c’est à dire chez des particuliers, dont des gardes d’honneur. Ici, Louis Legouz du Plessis, manifestement officier du 3ème régiment des gardes d’honneur, qui ne figure pas sur le rôle des gardes d’honneur puisque des officiers leur ont été ajoutés ensuite. Il est célibataire, puisque son état civil le donne « fils de … » ce qui est la preuve d’un célibat.

Mais au fait, mes lecteurs et lectrices se sont-ils aperçus que j’ai fait un énorme travail mis en ligne bénévolement, qui est la table de tous les 2645 gardes d’honneur du 3ème régiment  ?

 

Les pages jaunes étaient mises à jour chaque année, c’était bien : maintenant Internet fourmille de données fausses car non mises à jour

Je viens de vivre une panne électrique, et impossible de trouver un électricien, car Internet donne d’innombrables sites contenant d’innombrables informations, mais c’est n’importe quoi. Je suis tombée sur des retraités, parfois depuis plus de 7 ans, et sur d’autres qui étaient bien électriciens, mais ne pratiquaient en aucun cas le dépannage.

Du temps des pages jaunes, c’était bien, c’était fiable, et on pouvait trouver un dépannage.

Je suis traumatisée par les dérives de l’informatique. Les informaticiens n’ont pas compris que des données cela se vérifie en permanence, cela s’appelle LA MISE A JOUR

 

Pour me consoler, je suis affalée dans mon fauteuil toute la journée devant ROLAND GARROS, le seul sport qui a :

match de couple mixte

service à la cuiller

coup droit de gaucher

et j’adore cela

à bientôt

Lettres à Jean Guillot, garde d’honneur, 17 août 1813 (lettre 4 de 15)



Tours, le 17 août 1813
à Madame Guillot Mère au Pont-Chauveau de Chazé-sur-Argos
à Chazé, Dpt de Maine et Loire, canton de Candé

Ma bonne Maman
Je profite des derniers instants qui me restent pour ne pas perdre la meilleure occasion que je puisse trouver de vous donner encore un petit signe de vie. Je crois que vous m’avez assez honoré de votre estime pour ne pas dédaigner les nouvelles preuves de ma tendresse filiale. Quoique j’ai le malheur, ma bonne Maman, d’être privé de ce qui faisait ma plus grande jouissance, je veux dire, du plaisir d’être auprès de vous ; soyez persuadée que je ne vous ai point entièrement perdue de vue, car malgré qu’il ne me soit plus possible de vous voir des yeux du corps, votre image est tellement gravée dans mon cœur, que ceux de mon esprit vous ont toujours présente devant eux. Et comment pourrait-il en être autrement ? Tout homme ne doit-il pas être sensible aux faveurs ? Or, ce sentiment ne m’est point étranger ; et quand je me rappelle toutes les complaisances que vous avez eues pour moi, je ne puis m’empêcher de déplorer mon sort dans un état qui y met aujourd’hui un si fâcheux obstacle.
Ô si j’avais donc un faible rayon d’espérance de pouvoir bientôt m’en tirer ! Mais non, je suis engagé dans un Labyrinthe dont je ne sortirai peut-être jamais. Cependant j’ai la boule en main, c’est à moi de la rouler. Je connais trop peu les pentes pour les suivre, en conséquence je n’ai rien de mieux à faire que d’aller tout droit le chemin. Les plus intrigants sont eux-mêmes souvent trompés dans leur manœuvre, et comme je ne suis point à portée de mettre en mouvement les ressorts de l’intrigue, ce serait me nuire à moi-même que d’employer ce moyen pour me sauver du mauvais pas. Ce que j’ai donc de mieux à faire, c’est de m’armer de courage autant que possible ; mais j’ai beau chercher en moi, j’ai toute peine à en trouver ; il en faudrait cependant pour arriver au bout de la route que nous allons commencer vendredi, jour où nous partirons je crois pour Mayence. Il faudra donc m’éloigner encore d’avantage de vous, ma Bonne Maman, mais ne craignez point que j‘oublie jamais ce que je vous dois, et veuillez être persuadée, ma bonne Maman, du profond respect et du dévouement sans borne avec lesquels je suis votre très humble petit fils.
J. Guillot.
P.S. Daignez, ma Bonne Maman, offrir mes très humbles respects à mes oncles et tantes Trivelais et Louis, et les embrasser tendrement pour moi ainsi que les enfants, en les priant de vouloir bien ne point m’oublier.
Adieu ma bonne maman, adieu.

Saint-Sébastien-sur-Loire le 22 mai 2021

Mon cher Jean
Quelle heureuse grand-mère que la tienne ! Je ne me souviens pas avoir exprimé de sentiments à mes grands-mères. J’ai été beaucoup moins expressive que toi. J’avoue aussi que ta langue française est très nettement supérieure à la mienne, et que j’ai peu honte d’écrire après toi, dans un français nettement plus ordinaire. Lorsque je te lis, je suis bouleversée par la profondeur des sentiments et ta manière de les exprimer. Je suppose que tous ceux et toutes celles qui te liront éprouveront à leur tour de telles émotions.
Aujourd’hui, nous n’appelons plus nos grands-mères bonne maman. D’accord, elles faisaient souvent de la confiture et une marque de confiture industrielle a pris ce nom qui perdure ainsi de manière détournée. C’est tout ce qui nous reste de ce joli nom que tu donnes à ta grand-mère. Moi je me contentais d’appeler l’une « grand-mère » et l’autre « mamie », parce que je portais la seconde un peu plus dans mon cœur. Et comme je n’ai pas de petits enfants, j’ignore les termes actuels. Tu vois, tout a changé en 2 siècles, même notre vocabulaire.
J’ai souvent aidé à faire les confitures chez l’une de mes grands-mères, en particulier pour serrer le linge qu’on tenait à deux, pour extraire le jus, pour faire les gelées. C’était un moment joyeux, car on chantait des tas de contines qui me trottent encore en tête. « Moi, je préfère un p’tit moulin sur la rivière … » etc…
Je pensais que tu allais souhaiter à ta bonne maman son anniversaire, qui est le 22 août. Puisque tu ne lui souhaites pas et que tu l’aimes tant, c’est que tu ne connais pas sa date de naissance et qu’on ne parle pas encore d’anniversaire en 1813. C’est bien ce que je pensais, je vis une époque qui a oublié que nos pratiques ne ressemblent pas à celles du passé et que l’anniversaire n’était pas fêté autrefois.
Ta bonne maman aura 78 ans le 22 août. Tu as de la chance d’avoir encore une grand-mère, car la majorité d’entre elles était déjà morte avant 50 ans à ton époque. Maintenant nous vivons plus longtemps, presque 90 ans en moyenne, enfin seulement les femmes car les hommes vivent 5 ans de moins, toujours en moyenne.
L’adresse que tu as mise sur ton pli est si précise qu’elle a certainement bien aidé le coursier parti du Lion-d’Angers livrer ta missive, puisque la poste n’existe pas encore à Gené. Tu n’avais pas les noms de rues que nous avons mis partout, et même avec des numéros, mais tu t’en es bien sorti.
Je pense souvent à elle car elle vivait encore dans sa grande maison, à 8 km de toi. Elle avait eu 4 fils, et l’un d’eux vivait encore à Chazé-sur-Argos. Quand on vieillit, c’est difficile, même de nos jours de vivre seule dans une grande maison, donc elle avait surement une « bonne à tout faire », c’est ainsi que l’on nommait quand j’étais enfant celles qui vivaient même sous le même toit et travaillaient 24 h sur 24.
Je viens d’écrire bonne à tout faire et toi bonne maman. Mais le sens si différent, l’une serviable sans limite, l’autre aimée.
Mais au fait tu allais la voir comment à pied ou à cheval. Moi, je t’imagine à travers champs, faisant tôt le matin les 8 km à pieds. J’ai fait moi-même très jeune de longs parcours matinaux, car en tant qu’aînée, j’étais chargée des courses quotidiennes avant le lever des 5 suivants : levée bien avant eux je devais aller chercher chaque matin 5 l de lait et un pain de 4 livres, et pendant les vacances que nous passions toujours à la mer, je faisais quelques kilomètres parfois à travers champs, certes un peu moins que toi, mais tout de même avec mon chargement, et il ne fallait surtout pas renverser une seule goutte de lait !
Vous alliez sans doute souvent déjeuner chez elle le dimanche, en cariole, après la messe à Gené, et tu y rencontrais parfois tes oncles, tantes et cousins.

J’ai été voir autrefois la maison que ta « bonne maman » habitait à Chazé-sur-Argos, digne d’une petite bourgeoise de province, et bien loin de celle de ses grands-parents à Rablay, où ils sont tous tailleurs d’habits et cordonniers.
Ah, au fait, sais-tu son nom de jeune fille, car je viens de mon côté de découvrir que même de nos jours le patronyme de la mère est inconnu des enfants, comme emporté par le patronyme du père. Donc, pardonnes moi de venir te préciser qu’elle était née Vernault.
Son père avait eu la malchance, ou la chance, d’être le n°4 dans la fratrie, et comme tu sais c’est l’aîné qui prend la suite du père, et il n’y pas de place pour les cadets.
J’ignore comment il franchit la Loire pour trouver une épouse au nord du département, mais cela n’était pas rien, car autrefois les Angevins nés au sud de la Loire y contractaient alliance plus que rarement de l’autre côté du fleuve. J’ai une petite idée, dont je compte bien m’entretenir avec toi prochainement.

Tout près de Rablay, à Saint-Lambert-du-Lattay, une autre partie de la famille Vernault taillait aussi les habits. Ils font partie des rares artisans qui savent écrire, ce qui était certainement indispensable pour noter les mesures, car tout est sur mesure, comme le seront les costumes de ton régiment de garde d’honneur. Nous n’avons plus beaucoup de vêtements sur mesure de nos jours et tu serais bien étonné de découvrir qu’on a tout uniformisé par tailles. Je n’ai jamais connu le sur mesure.
Les Vernault et autres tailleurs d’habits qui vivaient encore en 1813 à Rablay ont dû mettre les bouchées doubles pour les marchés des vêtements militaires. Il est vrai qu’avec Napoléon, ces marchés ont fleuri et les tailleurs d’habit ne manquaient pas de travail, d’autant que la mécanisation faisait timidement quelques apparitions, mais le travail manuel était encore la base de la confection.
Napoléon vous avait choisi la veste verte, couleur qu’il réservait auparavant à sa garde proche. Si c’était une faveur c’était probablement pour vous faire oublier que vous alliez être les premiers cavaliers à ne pas avoir de palefreniers, et que vous alliez devoir vous-même soigner quotidiennement votre cheval, comme tu le racontais si bien. Et puis, je dois dire qu’il vous avait prévu un uniforme digne des hussards, avec lesquels je dois dire qu’on peut un peu te confondre tant il y a de ressemblance pour une néophyte comme moi.
Si cette couleur verte était moins fréquente auparavant, je suppose que les stocks de tissu de cette couleur ne devaient pas être très importants, et pourtant il fallait 2 m par veste et vous étiez 10 000, donc il fallait 20 000 m de cette couleur verte, et le métier à tisser de Jacquard n’avait fait son apparition qu’en 1801.
Chaque préfet devait s’occuper de faire exécuter les uniformes, et puisque c’est sur mesure, il a aussi fallu vous mesurer et transmettre les ordres aux tailleurs d’habits. En Maine-et-Loire, vous étiez 89 gardes d’honneur et tes lointains cousins de ateliers de tailleurs d’habits de Rablay ont participé à leur manière à t’habiller. Tu ne te doutais pas que ton uniforme serait fabriqué par des cousins pas si lointains que cela. Vos liens familiaux avec Rablay étaient certainement oubliés comme c’était autrefois le plus souvent le cas lorsque les cadets étaient partis s’installer ailleurs. Ils ne revenaient que pour le notaire lors des actes de succession ou vente.
Je tenais seulement à te rappeler ce clin d’œil de votre histoire familiale dans ton uniforme ! Je trouve cela si touchant !
Ta fidèle arrière-arrière petite nièce
Odile

Lettres à Jean Guillot, garde d’honneur, 12 août 1813 (lettre 3 de 15)

Tours, le 12 août 1813

Mes chers parents
Il me tardait beaucoup de recevoir de vos nouvelles, mais hier enfin mon désir a été accompli en recevant de votre part une lettre que je me suis délecté à lire et relire. Je me suis senti touché du style paternel dont elle est composée, et soyez persuadés que les leçons que j’y ai trouvées ne me sortirons pas de la mémoire. Vous m’exhortez à la sagesse ; d’après les exemples qui sont sous nos yeux, je me garderai bien de m’en écarter. Je serais fâché de fréquenter les billards et les maisons prostituées, dans les uns aussi bien que dans les autres la bourse en souffre et souvent il en résulte les suites les plus fâcheuses. La maison du traiteur est la seule qui me voit, encore tout au plus deux fois par semaine, pour y manger avec quelques amis ; mais j’ai soin de chercher les meilleurs marchés ; car je veux que les 363 livres que me restent dans une ceinture me suffisent d’ici longtemps. D’après le fidèle compte de mes fonds que je viens de vous exposer, il vous est facile de voir ce que j’ai dépensé depuis que j’ai eu le malheur de vous quitter ; sachant d’ailleurs que j’emportais avec moi 13 louis et demie ou quatre cent vingt livres. Selon vous et selon moi, ma dépense se monte à 52 livres. Il faut vous dire, mes chers parents, que nous avons été cinq jours en marche à nos frais, où nous dépensions au moins quatre francs par jour. Nous sommes restés deux jours en ville à nos dépends où nous ne vivions pas à bon marché, puis, ayant été mis dans les compagnies, au moment où l’on a commencé à nous nourrir entièrement aux frais du gouvernement, il nous est rentré 8 livres 16 sous pour remboursement, à partir du mercredi où nos chevaux ont été reçus jusqu’au dimanche où nous avons commencé à manger à la gamelle, excepté 15 sous que j’ai touchés pour mon voyage, voila tout ce que j’ai reçu d’argent. Notre paye est entièrement absorbée pour notre nourriture. Nous devrions cependant recevoir six centimes par jour, malgré ce que l’on nous retient pour le blanchissage. Quand je dis blanchissage, ce n’est pas celui de notre linge, car nous sommes obligés de nous faire blanchir à nos dépends, c’est seulement pour les draps de nos lits. Si vous voyez que ma dépense est un peu considérable, daignez vous rappeler, mes chers parents, que l’on a toujours quelques petites nécessités, que pour donner un peu de diversité à sa nourriture on a quelque fois recours à une revendeuse pour acheter du pain blanc, des fruits, des sardines et que par ce moyen l’argent s’en va toujours. Voila le détail de ma manière de vivre, si vous la trouvez défectueuse à votre avis, je la réformerai, mais rappelez vous que l’on ne nous donne que deux repas par jour.
Mon cher papa je me suis informé du marché de Cormerie, il se tient le jeudi et c’est à six lieues de Tours. Pour le cours des marchandises, je ne saurais rien vous en dire.
Je suis dans la quatrième compagnie 1ère escouade. J’ai grand peur d’être parti lorsque votre réponse pourrait arriver ici. Cependant mes chers papa et maman, je suis avec le plus profond respect votre très obéissant serviteur et fils.
J. Guillot.
Je vous embrasse de tout mon cœur ainsi que Dominique et Aimée à qui j’ai écrit. Adieu.
Ma tante de Loiré a dû recevoir de mes nouvelles et moi j’attends de votre part des informations sur ce qui se passe dans la famille. J’écrirai au premier jour à ma tante Vernault et à bonne maman. Daignez les assurer de mon respect.

Saint-Sébastien-sur-Loire le 15 mai 2021

Mon cher Jean
Tu écris des lettres magnifiques, avec des sentiments profonds, en particulier un tel respect pour ta famille. Je vois que tu écris aussi à tes tantes, et je ne puis te dire ce que sont devenues leurs lettres, mais 15 des lettres écrites à tes parents et à ta grand-mère font désormais partie de la mémoire nationale. Elles ont été lues non seulement par ma famille, mais par des historiens puisque l’un d’eux les a utilisées dans son étude sur la garde d’honneur, c’est Georges Housset. Il commence même par te citer page 277, en reprenant en partie ta dernière lettre pour revivre ta journée à la caserne. Si ce n’est qu’il ajoute que le réveil est au son de la trompette, et que vos lits à la caserne étaient des lits à deux.
Ces 15 lettres sont parvenus à moi car Aimée, ta sœur, a su les transmettre à sa nièce Aimée Guillot, du même nom que sa tante. Cette dernière Aimée Guillot est mon arrière grand-mère maternelle. Une de mes tantes maternelles avait ces lettres, et lors d’une des visites que je lui faisais régulièrement, elle me les tendit en ajoutant que j’étais la seule capable de transmettre. Aujourd’hui je mesure la portée de son geste, avec beaucoup d’admiration pour son jugement, et beaucoup de gratitude. Et comme tu vois, elle ne s’était pas trompée.
Lorsque j’avais reçu tes lettres, j’avais été très émue par la hauteur de tes sentiments respectueux et ta langue française.
Voulant alors retrouver ce que tu étais devenu, je m’étais rendue à Vincennes, car c’est là que sont les archives militaires. C’était alors le temps du tout papier, alors qu’aujourd’hui on peut lire le rôle de ton régiment depuis un écran chez soi.
J’avais été ahurie et touchée par le nombre élevé de cases blanches dans la colonne de droite, celle où normalement on écrit la fin de service. Cette case de fin de mission était vide te concernant, et je n’avais donc pas eu plus de chance qu’avec l’état civil de Gené, tout à fait muet sur ton sort, pourtant j’avais dépouillé aux Archives Départementales du Maine-et-Loire les fonds des notaires, et je savais donc que tu étais décédé avant la succession de tes parents.

Tu écris à tes parents combien tu respectes leurs conseils, ainsi tu ne fréquentes pas le billard et les prostituées. Tant mieux pour ta bourse, qui est la leur.
Mais tes parents ne te disent pas tout. De toi à moi, c’est parfois le cas des parents qui n’osent pas tout dire pour ne pas inquiéter leurs enfants.
Je sais depuis peu que tu es décédé à Reims le mercredi 6 avril 1814 à 9 h du soir, chez monsieur Thomas Aubriot, 54 rue du K-Rouge. Ainsi, dans ton malheur tu as eu de la chance car je viens de relever les innombrables décès de militaires début 1814 à Reims, et sauf quelques rares cas comme toi, tous sont décédés à l’hospice, tous entassés et nombreux à décéder chaque jour. Tu as pu mourir peut-être mieux entouré de ton logeur, mais c’est aussi la raison pour laquelle ton décès n’a pas été reporté dans la fameuse case vide sur le rôle de ton régiment, car j’observe que ceux que l’hospice allait déclarer décédés à l’état civil étaient aussi reportés dans le rôle.
Peu importe, maintenant je t’ai retrouvé. Mr Aubriot a bien écrit à tes parents respectant tes directives, et sa lettre leur est bien parvenue, seulement elle a mis son temps. A mon époque on va un peu plus vite et je viens même de comprendre qu’il n’y avait pas de poste à Gené puisque la poste partout en France ne date que de 1830. Alors tes lettres n’arrivaient qu’au Lion d’Angers, d’où je suppose qu’un cavalier prenait le relais.
C’est ainsi que le 22 avril tes oncles et tantes, cousins, tous étaient venus de loin à Gené, pour une messe pour toi, et pour soutenir des parents, Aimée ta sœur, et Dominique ton frère. Beaucoup avaient fait 40 km pour venir te pleurer, comme ta tante depuis La Selle-Craonnaise.
Monsieur le curé avait célébré une messe pour ton repos éternel, et toute la paroisse avait tenu à y assister, pour entourer tes parents. Mais, brusquement, au milieu de ces larmes, ta maman fut prise de douleurs… les douleurs de l’enfantement.
Oui, Jean, 9 mois après ton départ, ta mère a mis au monde un garçon, né le jour où tous étaient réunis pour te pleurer.
Bon, tes parents n’avaient pas osé t’annoncer la grossesse en cours, aussi tu es bien surpris. Et c’est de ce frère, que tu n’as pas connu, que je vais t’entretenir, car ce frère est mon arrière arrière grand-père.
Mais, il est né dans de telles circonstances que tu as beaucoup pesé sur son existence, alors lui a-t-on tout cédé ? a-t-on oublié de lui recommander « ne joue pas au billard », c’est ce que je me demande. Car l’histoire qui commence est celle de la descente sociale jusqu’à plus rien du tout en quelques années seulement. Une histoire vertigineuse que je viens te conter, un histoire d’autant plus impressionnante que ta lettre explique bien comment on compte et on économise comme toi, dans toutes les dépenses quotidiennes.
Ta fidèle arrière-arrière petite nièce
Odile

Lettres à Jean Guillot, garde d’honneur, 3 août 1813 (lettre 2 de 15)




Tours, le 3 aout 1813

Mes chers parents

Nous sommes à présent en quelque sorte casernés, c’est pourquoi je m’empresse de vous faire connaître mon adresse pour vous prier de satisfaire au plutôt le désir ardent que j’ai de recevoir de vos nouvelles et de celles de toute ma famille. Je vous dirai que la troisième compagnie des gardes d’honneur devant partir incessamment, nous croyons aussi, nous qui faisons partie de la quatrième, que nous ne ferons pas un long séjour à Tours ; c’est une raison, mes chers parents, pour mettre dans votre réponse toute la promptitude possible.
Je vais vous donner maintenant quelques détails sur nos occupations journalières. Le matin, nous nous levons vers quatre heures et demie ; à cinq heures on fait l’appel : cela fait, chacun prend son étrille, sa brosse, son peigne et son éponge, pour nettoyer son cheval pendant une heure. Il est sept heures environ lorsque les chevaux sont passés à l’eau : ensuite on nous distribue l’avoine pour la faire manger. A sept heures et demie nous sommes libres jusqu’à dix heures où nous allons déjeuner pendant une petite demie heure. Le déjeuner fini, nous sommes encore nos maîtres jusqu’à deux heures où l’on fait l’appel comme le matin, après quoi nous prenons de nouveau nos instruments d’écurie. Il est près de quatre heures quand nos chevaux sont pansés, quand ils ont bu et mangé l’avoine. Vient ensuite le dîner composé de soupe, de bouilli, d’un ragoût ou d’un rôti avec des pois verts ou des haricots. Notre soupe est faite à la miche, mais nous mangeons la viande avec le pain de munition, qui est passable, ou bien, ceux qui veulent, achètent du pain blanc. Lorsque tout le monde est contant, chacun va seller son cheval ; et à cinq heures et demie tout le monde met le pied à l’étrier pour aller à la manœuvre sous les yeux du général et de tous ceux qui nous commandent. Nous rentrons vers huit heures un quart et nous nous couchons entre neuf heures et demie et dix heures, sur des lits, qui comme vous pensez bien, ne sont pas des plus mollets. Mais ce qu’il y a de plus dur et de plus tuant c’est de garder l’écurie : on y entre à onze heures du matin et on n’en sort que le lendemain à la même heure. Il faut toute la nuit veiller à ce que les chevaux ne se battent pas et le jour avoir continuellement la pelle et le balai en main pour nettoyer l’écurie. J’ai déjà éprouvé une fois ce qu’il en est ; et voilà la punition de ceux qui manquent à l’appel ; ou bien c’est la salle de police. J’ai pour agrément un cheval parfaitement commode ; mais malheureusement il trotte dur ; j’ai aussi le plaisir de voir plusieurs Angevins ; entr’autres Monsieur Logerais et Monsieur d’Elbée. En général nous sommes tous bien les uns avec les autres, car rien ne prend mieux ensemble que les malheureux.
Veuillez, mon cher papa et ma chère maman, me rappeler au souvenir de toute ma famille, entr’autres de ma chère tante Vernault, et prier tous mes parents ainsi que monsieur le curé et sa nièce de ne plus m’oublier que je ne les oublie moi même. Je compte écrire demain à la pauvre Aimée. Il faut donc enfin que je finisse mes chers père et mère, mais croyez que c’est avec le plus cuisant regret de ne pouvoir m’entretenir plus longtemps avec vous, et que je vous embrasse, avec toute la tendresse du cœur le plus sensible, vous ainsi que Dominique.
J. Guillot.
Adieu, adieu.

Saint-Sébastien-sur-Loire, le 21 mai 2021

Mon cher Jean

Si je comprends bien tu es en caserne, ce qui n’est pas le cas de tout le régiment, car vous êtes si nombreux qu’il y en a un peu partout dans Tours.
J’ai vu le rôle de ton régiment, qui est conservé aux Archives de l’armée de terre à Vincennes. Ainsi, tu as été enregistré dès ton arrivée. Vous étiez tellement nombreux que tous n’ont pas été enregistrés aussi vite.
Le rôle m’en a appris beaucoup sur ton régiment. Ainsi, lorsque vous vous présentiez, vous pouviez bien dire ce que vous vouliez. Il n’y a pas eu de contrôle d’identité, et manifestement beaucoup n’ont pas beaucoup de papiers sur eux. Toi-même tu n’avais même pas ta date de naissance.
Mais au fait, cela devait être difficile aux jeunes gens de ta génération de connaître sa date de naissance : vous étiez nés sous le calendrier républicain. Certains de tes camarades ne connaissent que ce calendrier pour donner leur date de naissance. Le secrétaire était parfois un peu perdu avec ce calendrier, c’est le moins qu’on puisse dire. Quand il écrit « an 13 » je suis persuadée qu’il a mal entendu ou mal compris. Il était même sans doute un peu dur d’oreille, certainement une personne âgée non appareillée. En fait c’était peut-être « an 3 ».
Même quand tes camarades donnent leur date en calendrier Grégorien, il note souvent les mois de janvier et février, plus que de raison, donc ces dates ne sont certainement pas très fiables. Au fond, bon nombre d’entre vous ne connaissait pas trop sa date de naissance, puisque l’église catholique avait interdit les anniversaires, et seul l’anniversaire du Christ était une fête. Même Louis XIV ne connaissait pas sa date de naissance.
L’état civil était tenu par les prêtres avant la Révolution, et l’âge était toujours indiqué avec la mention « environ » tant on ignorait le plus souvent la date de naissance. Mais toi Jean, tu est né le 1er vendémiaire an II selon ce qui s’appelait alors l’état civil tenu par les mairies. Tu n’a donc pas connu l’ancien état civil tenu par les prêtres.

Tu m’as tout de même bien amusée avec ce blanc dans ta date de naissance. Tu es cultivé, comme le montre ton usage de la langue française, et je suppose que tu as suivi tes études au Lycée de la Rossignolerie, inauguré en 1806 sous le nom de « Lycée Impérial ». Il s’appelle maintenant « David d’Angers, rue Célestin Port, mais on le doit comme tous les lycées à Napoléon.
Ainsi 73 d’entre vous ne connaissaient pas leur date de naissance, soit 73 pour 2 206 gardes d’honneur, donc 3 %. C’est beaucoup pour des jeunes gens cultivés. Alors, je suppose que cet oubli de votre de naissance était volontaire, sans doute aviez vous parmi votre groupe d’arrivée l’un d’entre vous trop jeune pour avouer son âge, et vous avez alors tous décidé de le soutenir en faisant comme si vous ne connaissiez pas votre date de naissance. Vous étiez donc des jeunes gens tout à fait normaux pour votre âge, et prêt à faire quelque petite blague.
Tu sais de nos jours, les jeunes gens ne connaissent plus la guerre depuis 75 ans, et comme ils ont l’envie de se défouler de leur âge, ils n’hésitent pas à sortir, mais des raves interdites, sorte de fête ou la musique moderne avec très hauts parleurs, et la boisson, font se trémousser tout le WE.
Donc tu connaissais ta date de naissance mais avec tes camarades vous aviez décidé de narguer l’autorité et faire semblant de ne pas la connaître, sans doute parce que l’un d’entre vous avait besoin de masquer cet élément de sa personne. En tout cas vous y êtes bien parvenus.

Mais le rôle du troisième régiment m’a révélé que de nos jours on a totalement oublié la variole. Pourtant nous sommes depuis 15 mois en pandémie de Covid-19, un virus qui est venu troubler un peu nos existences paisibles. On a connu plusieurs pandémies depuis toi, mais on a éliminé la variole à grands coups de vaccins obligatoires sur toute la planète. On l’a si bien éliminée qu’on l’a oubliée et même les films historiques des siècles passés ne nous montre que de très beaux visages, tous plus beaux les uns que les autres, et aucun n’a la petite vérole. Donc on nous désinforme comme je l’ai découvert en retranscrivant le rôle de ton régiment, car à chaque page au moins un visage de petite vérole, et vous êtes 6 par page. C’est impressionnant, et je t’avoue que cela m’a un peu bouleversée, surtout parce que je constatais combien nous avons oublié ces marques de la variole, si visibles sur les visages. Et ces marques étaient si usuelles qu’elles n’étaient en aucun cas un obstacle au mariage. Ainsi quelques garçons de ton régiment, plus chanceux que toi, et revenus chez eux, ont trouvé épouse malgré la petite vérole.
Ta fidèle arrière-arrière petite nièce
Odile