Les nappes de feu Jean Jallot, tanneur à Ampoigné 1714

Selon Quynh Delaunay « Histoire de la machine à laver », Puf, 1994, le linge de maison était plus important que le linge de corps, et j’ai donc fait le total des nappes, et je vous épargne les draps, serviettes et essuie mains, tant ils sont nombreux.
Jean Jallot, tanneur, décédé dans la force de l’âge, en possédait beaucoup. J’ai même été frappée par le nombre de serviettes et essuie mains, par contre l’abscence de mouchoirs. Je trouve cela curieux.

L’inventaire donne :

15 nappes de toile de réparon en réparon 15 livres
12 aultres nappes de toile de brin d’une aulne et demie chasque 12 livres
Une aultre douzaine de nappes 10 livres
7 nappes de mesme toile d’une aulne et demie 7 livres
soit au total 46 nappes estimées 44 livres

La vente donne :

6 nappes de 2 aulnes chacune à ladite Lemersier 8 livres 6 sols
6 autres nappes audit Arthuis 7 livres
6 nappes de 2 aulnes chacune au sieur Aubin hoste à Château-Gontier 10 livres
6 autres nappes audit Pinault 7 livres
6 grandes nappes à madame Chevron 8 livres 11 sols
8 nappes au sieur Aubin de Château-Gontier 12 livres 15 sols
8 nappes de toile neufve de réparon à madame Fauveau 10 livres 10 sols
Une nappe audit Girardier 25 sols
3 nappes à ladite Jallot 35 sols
6 autres nappes audit Leroux 2 livres
soit au total 50 nappes vendues 66 livres 7 sols

Comme vous le voyez, il y a encore plus de nappes lors de la vente que lors de l’inventaire quelques jours auparavant. C’est vraiement incompréhensible, et il est vraisemblable que tout est ainsi, et qu’il faudrait établir un immense tableau comparatif. Immense car l’inventaire est long et riche.

Mais le nombre de nappes est sincèrement important, car il y en a plus que de chemises, autrement dit on pouvait changer de nappe plus souvent que de chemise !!!
Mais surtout tout remettre en ordre, car l’inventaire est toujours fait dans le plus grand désordre, mais c’est bien pire pour la vente, et elle dure plusieurs jours dans le plus grand désordre.
Odile

Les chemises de feu Jean Jallot, tanneur à Ampoigné 1714

Selon Quynh Delaunay « Histoire de la machine à laver », Puf, 1994, le terme de linge a pendant longtemps désigné le linge de maison : draps, nappes, serviettes. « Dès le XIIIème siècle, on observe dans les inventaires la présence de la chemise. Mais celle-ci est restée longtemps de l’ordre de l’unité, au milieu d’une abondance de linge de maison et de vêtements…. A partir du XVIème siècle, la propreté en France s’apprécie à la blancheur. Le port de la chemise se généralise et l’entretien du linge dans la blancheur s’inscrit dans les préceptes de civilité et des convenances. Être propre c’est avoir du linge »

Pour ma part, j’ai déjà dépouillé un grand nombre d’inventaires après décès, et je constate bien la rareté des chemises, seul sous vêtement de l’époque.
Jean Jallot, tanneur, décédé dans la force de l’âge, en possédait beaucoup. Nous avons la chance de disposer, outre l’inventaire, de la vente, quelques jours plus tard.
Si l’inventaire a été bien fait, on doit trouver la même quantité à la vente. Il n’en est rien, et j’ai revérifié.

L’inventaire donne :

2 douzaines de chemises à l’usage dudit deffunt Jallot 20 livres

Et la vente donne :

6 chemises à usage d’homme au sieur Bourse marchand à Ampoigné 10 livres 15 sols
6 chemises à usage d’homme à Michel Lannion tirier demeurant à Mée 8 livres 10 sols
6 autres chemises à usage d’homme au sieur Chanteloup demeurant à Craon 12 livres
6 chemises à usage d’homme audit Latouche 7 livres
2 chemises à usage d’homme audit Lemelle 2 livres
10 autres chemises à usage d’homme au sieur Mahié boullanger 12 livres

Autrement dit, on a dû se tromper en faisant l’inventaire d’une douzaine de chemises, et au final la valeur n’est pas de 20 livres, mais de 44 livres 5 sols. Les chemises se sont bien vendues. Les acheteurs sont des artisans, sans doute heureux d’acquérir des chemises probablement ayant déjà servi, mais on peut supposer qu’ils n’ont pas les moyens d’en acquérir de neuves.
Lors de son mariage, Jean Jallot a donc reçu 2 ou 3 douzaines de chemises neuves, ce qui est la marque d’un bon bourgeois, bien au dessus d’un artisan.

Selon d’autres sources, dont l’ouvrage que je vous ai cité ci-dessus, on allait chaque semaine au lavoir du village, enfin la domestique par l’épouse de Jean Jallot. Donc j’en conclue que Jean Jallot changeait de chemise chaque jour.

Odile

La fin tragique de la tannerie de la Grihoulière : Ampoigné 1714

La tannerie était une industrie malodorante et si vous avez bien remarqué mon texte d’hier, elle était au bord d’une rivière car elle nécessitait de l’eau, beaucoup d’eau pour le lavage des peaux : elle polluait donc les rivières.

De leur côté, les tanneurs, ou du moins les lignées que j’ai étudiées, étaient probablement un des rares métiers à pouvoir transmettre à plusieurs enfants, alors que l’immense majorité des artisans ne pouvaient transmettre leur activité qu’à un descendant, et les puinés étaient priés de prendre leur baluchon sur leur dos et aller voir ailleurs trouver un emploi, souvent très loin, en fait de l’immigration.

Mais Guillaume Jallot avait très fort : non seulement il avait fait 13 enfants à 2 épouses, mais 9 d’entre eux atteignent l’âge adulte. Tous casés, et tous dans le même milieu.
Jean Jallot, son 10ème enfant, perd son père à 10 ans, mais sa mère et ses frères aînés veillent sur lui. Et, arrivé à l’âge adulte c’est tout naturellement qu’il épouse la soeur de la femme de son frère aîné, toutes deux filles de Pierre Crespin et Louise Chesneau, qui n’avaient laissé que 3 filles pour héritières, bien sûr toutes 3 mariées à des tanneurs.

On ne saura sans doute jamais pourquoi Jean Jallot et Marie Crespin installent à la Grihoullière à Ampoigné une tannerie importante par le nombre de peaux (que nous verrons plus tard). Certes ses frères aînés avaient eu une meilleure installation, donc celle de leur père.

Mais ce que je peux vous dire, c’est que les rivières doivent déjà être assez monopolisées et disputées entre tanneurs de Château-Gontier et tanneurs de Noëllet et de Craon, qui luttent entre concurrents.
Certes, les parents de Marie, Pierre Crespin et Louise Chesneau ont déjà tannerie à Ampoigné, à la Sablonnière, et Louise Chesneau descend de son côté des tanneurs de Saint Quentin.

Mais je vous demande maintenant d’examiner attentivement les 2 vues qui suivent :

Carte de Cassini


Carte IGN actuelle

Aucune rivière, juste un petit ruisseau, qui me fait penser au petit filet d’eau que je franchis chaque jour en direction de mon bourg, où l’on devine à peine un cm d’eau sur les pierres et encore, en été, plus rien.
Certes, sur la carte de Cassini on voit 2 étangs, qui ont disparu aujourd’hui, mais les étangs ne sont pas eau courante, et sont donc vite polluables. Et j’ajoute que l’abbé Angot, dans son Dictionnaire de la Mayenne, donne bien un ruisseau, et pas de rivière.

Alors, souvenez-vous de mon billet d’hier, et des odeurs nauséabondes qui entouraient une tannerie. Les 2 étangs de la Grihoullière n’étaient pas capables de supporter une telle pollution, et ce qui arriver arriva : le couple disparaît jeune, laissant 3 orphelins.
La pollution a eu raison d’eux, et d’ailleurs la pollution des eaux par d’autres voies de pollution (le fumier par exemple…) a eu raison de bon nombre de nos ayeux.

Nous disposons aux archives de mieux qu’un inventaire des meubles après décès, car nous avons aussi la vente des meubles, le tout en 1714, et comme ils sont jeunes, le trousseau est en bon état, et contrairement à ce que lis dans la majorité des inventaires, rien n’est méchant, mauvais, usé etc…

Demain, je vous mets le nombre de chemises, car les tanneurs sont aisés, donc tentez de découvrir combien de chemises ?

Odile

Au coeur des villes autrefois les tanneries malodorantes mêlaient leurs effluves à celles des corps et linges pas lavés mais notre nez est heureusement muni d’un seuil !

Ceux qui ont connu le quartier de Pirmil et Pont Rousseau à Nantes autrefois se souviennent des odeurs puissantes des tanneries le long de la Sèvre, des savonneries et autres usines traitant le suif.
Pestilentiel !

Nantes n’était pas une exception, car autrefois bon nombre de ces artisans malodorants étaient au cœur des villes. Allez au musée d’Angers et vous verrez ce magnifique tableau des tanneries sur la Maine côté de la Trinité, que je ne retrouve pas sur Internet.

Pour ma part, je possède le droit de vous montrer ma carte postale de la tannerie à Clisson. Les tanneries d’autrefois sont reconnaissables à leurs séchoirs à claire voie.

J’ai aussi connu le temps avant la machine à laver, où changer de culotte chaque jour n’était pas encore universel, et je ne parle pas des chaussettes etc… Michel Serres, qui a 7 ans de plus que moi, s’en souvient dans « C’était mieux avant ! », à lire absoluement, bien entendu pour clamer que ce n’était pas mieux.

Je prenais alors chaque jour l’autobus pour le Lycée Guist’hau. On entrait dans l’aurobus par l’arrière, on passait devant la dame (je n’ai jamais vu d’homme !) pointeuse, et on remontait en se poussant dans une odeur que la génération actuelle n’imagine même pas !
Que de culottes, que de chaussettes et que de corps pas lavés !!!
Mais les yeux fermés, on savait qu’on franchissait le pont de Pirmil, quand notre nez enregistrait soudain une autre nuance, encore plus désagréble : la tannerie n’était pas loin !

J’ignorais à l’époque que plus tard, penchée sur la recherche de mes racines, je me retrouverai descendante de plusieurs lignées de tanneurs, dont les Jallot à Noëllet, et les Rousselot à Clisson. J’avoue que mon nez a immédiatement « ressenti son souvenir » lorsque j’ai découvert ces ascendants odériférants. Et j’y repense souvent, car je vais ces jours-ci vous illustrer leur aisance, mais vous n’oublierez pas au prix de quel nez !!!

Jean-Louis Beaucarnot « Nos ancêtres étaient-ils plus heureux » nous décrit l’ambiance à la cour, dont les costumes somptueux sont tout sauf lavables, et où on rajoute par dessus les odeurs corporelles des parfums, mais aussi le reste de la population, où même les odeurs de cuisine s’ajoutaient à celles des vêtements et corps pas lavés.
Selon les inventaires après décès que j’ai pu déjà faire, la chemise n’était pas le lot de tout le monde, mais le nombre de chemises indique bien un rang social, et je vai vous en donner un exemple ces jours-ci. Et selon Quynh Delaunay « Histoire de la machine à laver », Puf, 1994, elle est apparue tard.

Mais rassurez-vous, même si on raconte que Louis XIV lui-même empestait à 3 m à la ronde, notre nez est ainsi fait que
« Notre sens de l’odorat est semblable à notre perception des corps chauds ou froids: l’intensité de l’odeur perçue est très forte au début puis se produit une adaptation et une baisse progressive de la sensation ressentie. Pour chaque composé odorant, il existe un seuil en dessous duquel le composé n’est pas détecté. Au-dessus du seuil, l’intensité perçue n’est pas proportionnelle à la concentration, car un effet de saturation est observé: la loi de puissance de Stevens permet de décrire cette dépendance. »

Donc, en fait nos ayeux percevaient beaucoup moins que nous les mauvaises odeurs, car ils baignaient dedans et ne les percevaient plus si intenses. En outre, l’effet de seuil épargne au nez humain de très fortes odeurs.

Mais la majorité de nos ancêtres n’a pas connu l’absence d’odeur, et encore plus l’odeur du parfum.

Et je peux vous parler ces jours ci d’odeurs, car en haut de ma tour, je viens de vivre la semaine passée sans eau, puis eau samedi, puis coupure dimanche et à nouveau eau lundi soir, mais entre temps une fuite en bas a noyé l’ascenceur, et je suis en haut avec à nouveau de l’eau et linge lavé, mais plus d’ascenceur.
Je peux témoigner que sans eau en appartement cela n’est pas terrible, au niveau de la chasse d’eau, malgré le grand nombre de bouteilles plastiques que j’avais précautionneusement remplies avant la coupure (ils refaisaient à neuf la colonne d’arrivée d’eau). Une douche aussi c’est bien !!! et ne parlons pas de la machine à laver, alors j’ai beaucoup pensé à nos ancêtres, sans notre confort habituel.

PS. Je ne vais pas mieux : douleurs comme de myalgie, frissons de glaçon permanent, céphalées etc…

Omerta : je morfle et il est interdit de le dire : VACCIN ANTIGRIPPE

fièvre, céphalées, et surtout courbatures effrayantes (plus moyen de respirer tant les douleurs sont vives) depuis plusieurs jours.

Mais en France, il est interdit de le dire.

En France, le vaccin antigrippe est quasi obligatoire chez les personnes âgées et il est totalement interdit de dire qu’on morfle et qu’on fait une forme de grippe.

Certes, ce qui m’arrive cette année n’arrive pas chaque année, et n’arrive pas à tout le monde, mais quand cela arrive il est interdit de signaler.

Cela porte un nom : OMERTA

Thomas Stergburg, arquebusier allemand de Munster, se marie à Cholet, 1698

J’ai une page concernant les arquebusiers sur mon site car j’ai plusieurs ancêtres de ce métier, sans pouvoir les remonter.

Par ailleurs, les échanges d’arquebusier entre l’Allemagne et l’Anjou ont été nombreux, car j’avais déjà mis sur ce blog Contrat de mariage de Pierre Bleiberg, arquebusier Allemand de Zülich, à Angers, 1643
Voici ce que j’ai pu trouver sur Internet concernant la suprématie Allemande dans la fabrication des armes à feu (car il y a peu de sources, même en langue Allemane, langue que je parle) :

Histoire de la médecine aux armées, tome 1, de l’Antiquité à la révolution, paris 1982 « Dès les début du XVIème siècle, les bâtons à feu primitifs avaient cédé la place aux arquebuses, dont les premières semblent être apparues en Allemagne, qui garda une suprématie dans leur fabrication.

Le fait que cette mention soit dans une étude de médecine tient au fait que les armes à feu ont totalement changé la nature des blessures, donc la médecine.

Voici un autre Allemand, cette fois à Cholet en 1698 :

« Cholet Notre Dame, le 4 août 1698 après les fiancailles et la publication des bans faite suivant les commandements de l’église de ce diocèse duement controlée au bureau de ce lieu le mesme jour par Hervé et qu’il ne s’est trouvé aucun empeschement canonique, je vicaire de cette paroisse soussigné ai receu le consentement mutuel de mariage de Thomas Stergbourg arquebusier, âgé de 30 ans, originaire de la ville d’Ahause du diocèse de Munster en Westerval province d’Allemagne, fils de Jean Stergbourg marchand et de deffunte Antonie Chal, habitué dans cette paroisse il y a 4 ans, et de Renée Rouault âgée de 23 ans ou environ, fille de Louis Rouault aussi arquebusier et de deffunte Yvonne Olivier de cette paroisse, ensuite de quoi je les ai solennellement conjoints par paroles de présent en mariage et leur ay donné la bénédiction nuptiale selon la forme de notre mère ste église, en présence dudit Rouault père de ladite épouse, de Me Louis Chames sergent cousin germain curateur aux causes de ladite espouse, Me René Bebard, Adrien Delumeau, Antoine Rousseau, René Bernier, Joseph Menanteau tous marchands demeurants en cette paroisse voisins et amis desdits espoux et espouse fors ledit Thomas qui demeure dans la paroisse de Saint Pierre de ce lieu »

Mais, le plus surprenant dans ce dernier acte, c’est qu’il y avait un arquebusier à Chemillé, un à Cholet, et même un autre à Doué-la-Fontaine à la même époque, et que l’arquebusier Audineau, de Cholet, n’assiste même pas au mariage de ce concurrent.

Les Audineau arquebusiers à Cholet et Doué la Fontaine arrivent dans ces 2 villes vers 1693, et je descends d’eux, sans pouvoir les remonter.

Voici la première génération que j’ai pu trouver :

Jean AUDINEAU †Chemillé St Gilles 18 décembre 1701 x /1661 Louise CHEVALIER †Chemillé st Gilles 5 janvier 1707
1-Simon AUDINEAU Arquebusier à Chemillé St Gilles en 1693 témoin au mariage de son frère Jean
2-Jean AUDINEAU °ca 1661 †Cholet Notre Dame 18.3.1741 Md arquebusier x Cholet Notre Dame 17 juin 1693 Marie DARDEL Dont postérité suivra
3-Jacques AUDINEAU x Doué-la-Fontaine 1er février 1693 Marguerite BRAULT °Doué-la-Fontaine 13 juin 1659 †Doué-la-Fontaine 14 août 1710
4-René AUDINEAU Présent en 1707 comme fils de Louise Chevalier x /1693 Louise-Catherine FAULCHON Dont postérité suivra

JE RECHERCHE VERS 1693 LE MARIAGE DE RENE AUDINEAU ET LOUISE CATHERINE FAUCHON

je sais seulement que ces 2 patronymes sont d’Indre et Loire, donc il serait probable qu’ils viennent de ce département.
Merci de vos conseils et réponses éventuelles.