Mathurin Hautebert, vivant sur le Pont de Pirmil, commande 120 futs à une femme à Angers, 1661

table des actes traitant du quartier Nantes St Jacques

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introduction

Je vous ai déjà longuement parlé de Pirmil, son pont, son quartier, qui furent autrefois dépendant de la paroisse de Saint-Sébastien-sur-Loire. C’était un quartier besogneux dans le genre artisanal dont beaucoup de tonneliers. J’étais donc loin de penser qu’il fallait aussi aller à Angers se procurer des tonneaux car je pensais sincèrement qu’il y avait assez de tonneliers au Sud de Nantes, dont mes Halbert au Loroux-Bottereau entre parenthèses. Bref, vous l’avez deviné, je viens vous mettre en ligne un achat de futs, c’est ainsi qu’on appelait autrefois les tonneaux ou barriques selon mon vocabulaire actuel. L’acte est encore plus extraordinaire, car c’est une femme qui vend les futs, certes elle est veuve et peut donc agir sans l’autorisation d’un mari, mais tout de même je ne crois pas qu’elle produise elle-même des futs, ou alors ce serait  les futs de ses enfants travaillant dans la fabrique de leur père ? Je crois que nous n’aurons pas l’indication réelle de celui ou ceux qui fabriquent les futs qu’elle vend. Mais ce Nantais qui vient à Angers lui acheter demeure dans l’endroit extraordinaire, que je possède même en vue dans ma salle de séjour, et que je vous mets donc immédiatement en vue, c’est le Pont de Pirmil. Certes la vue que je possède est plus tardive que l’acte qui suit, c’est à dire ma vue est des environs de 1900 alors que l’acte qui suit est de 1661, date à laquelle il y avait bien plus d’habitants sans doute sur le pont souvent reconstruit.

Mathurin Haudebert vivait sur le Pont de Pirmil en 1661 et manifestement il pratique le commerce puisqu’il va à Angers commander des futs, puisque ceux qui sont fabriqués au Sud de Nantes par tant de tonneliers n’y suffisent pas. Il est vrai qu’il part de Nantes tant de bateaux dont la boisson pour les marins est dans des futs aliàs tonneaux. Ils sont vendus par fourniture et ce terme était autrefois utilisé pour les ventes par 20 au lieu de la douzaine par 12. Et comme vous l’avez sans doute souvent entendu on vendait 13  à la douzaine, et bien pour les fournitures on vendait aussi un peu plus et ici il y aura 24 à la fourniture soit 24 au lieu de 20. Il ne verse rien à la commande, mais à la livraison, signe immense de confiance, mais comment cette femme récupérait-elle l’argent autrefois liquide, payé à Nantes, alors qu’elle demeure à Angers, et je n’ose penser qu’elle est à bord du bateau livreur !!! Mathurin Hautebert commande 5 fournitures donc 100 mais il sera livré de 120 futs comme je viens de vous l’expliquer. Ce n’est pas tien, d’autant que ce sont de grands tonneaux !!!

Ma retranscription de l’acte

cet acte est aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E121 – 
Le 22 décembre 1661 avant midy, par davant nous Claude Garnier notaire royal à Angers, fut présente establie et deument soubzmise honneste femme Perrine Dousseau veufve de deffunct honneste homme René Bergereau demeurante en cette ville paroisse st Maurice, laquelle a par ces présentes vendu à honorable homme Mathurin Hodebert marchand demeurant en la ville de Nantes sur le pond de Pilmy paroisse St Sébastien estant de présent en cette ville et à ce présent et acceptant, le nombre de 5 fournitures de fusts de pippes à 22 fusts pour 20 deslivrés … qu’elle promet luy livrer ou faire livrer sur l’un des ports de Nantes celuy de Pilmy scavoir la moictié desdits fusts dedans le jour et feste de my caresme prochaine et l’aultre moictié dedans un mois prochain après le jour de Pasques prochain, et en cas que ladite Douceau veuille livrer audit sieur Hodebert quelque partie desdits fusts plus tost que lesdits termes ledit Hodebert sera tenu en accepter la livraison ; et est faict le présent marché pour en payer et bailler par ledit Hodebert duement soubzmis à ladite Bergereau la somme de 50 livres par chacune desdites fournitures de fust à compter 22 à la fourniture comme dict est payables lors de chacune livraison desdits fusts, esquels tous payements il ne pourra y avoir plus de 30 livres en deniers, auquel marché tenir et garantir (f°2) tenir et garder garantir accomplir … obligent lesdits parties respectivemement leurs hoirs et leurs biens …
 

Histoire d’une maison face au cimetière Saint Jacques, l’ex n°174 route de Clisson, aujourd’hui boulevard Joliot Curie

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introduction

Cette page était parue le 23 avril 2020, mais je la remets ici car j’ajoute les recensements de 1926 et 1946, fort intéressants, et maintenant accessibles.
De Bonne Garde à la rue de la Ripossière, on était autrefois rue St Jacques et encore en ville alors que passé la rue de la Ripossière on était route de Clisson et en partie rurale et non plus en ville, mais vous allez voir ci-dessous que certains, y compris les notaires, s’y perdaient un peu, et le notaire ci-dessous a écrit route de Clisson alors qu’on était rue Saint Jacques. Bref, ce pour vous dire que lors des recherches, ce tronçon de Nantes est difficile car beaucoup d’embrouilles sur les noms de rues, sans compter les changements de numéros.

Jusqu’à la Révolution, je vous ai déjà montré que passé Bonne Garde ce n’étaient que jardins maraîchers le long de la route de Clisson.  Devant l’invasion d’immeubles de nos jours sur des km de route de Clisson, un coin tient encore quelques maisons, du côté du cimetière. Voici l’histoire de l’une d’elles, de son puits, et en fin d’article je vous mets aussi de ses innombrables habitants, car autrefois on vivait nombreux par pièce.
Vous allez découvrir ici que les premiers propriétaires étaient parfois peu résidants, comme si parfois ce quartier avait servi de placements immobiliers. Au fonds, un peu comme le font de nos jours ceux qui acquièrent des appartements pour les louer ensuite.
Enfin, outre l’extrême complexité des propriétaires successifs, vous constaterez qu’en cette année 1863 on paie en monnaie exclusivement métallique, et qu’on a une peur bleue du papier pour payer en billets. On est loin de nos paiements numériques !
Le prix de la maison est de 8 000 F de 1863 qui feraient 16 000 € ce qui nous semble si peu qu’on a peine à y croire. En tous cas, l’acheteur paie sur 3 ans, ce qui signifie que son commerce lui dégage chaque année 3 000 F de bénéfices. Il est marchand de grains pour chevaux, alors fort nombreux à Nantes pour tous les transports et travaux.
Et si vous êtes très curieux, je pense que c’est le n°62 actuel Bd Joliot Curie.

 

Retranscription de l’acte avec l’orthographe originale 

Cet acte est aux Archives Départementales de Loire-Atlantique, 2Q9023 – Voici sa retranscription :

« Le 14 juillet 1863[1] par devant maître Joseph Martineau et son collègue, notaires à Nantes, ont comparu : premier Aristide Pottin, propriétaire, demeurant à Nantes rue de Gigant n°8, agissant tant en son nom personnel qu’au nom et comme mandataire de monsieur Michel René Lecrac, rentier, et madame Victorine Louise Adelaïde Pajot sa femme, demeurant ensemble à Paris, rue du Faubourg St Honoré n°180, en vertu de procuration passée devant maître Bertrand Maillefer et son collègue, notaires à Paris, le 21 mars 1863, dont le brevet original duement enregistré et légalisé, demeurera ci-après annexé, après avoir été certifié véritable par le mandataire et revêtu de mentions par les notaires soussignés – second mademoiselle Aglaé Lefèvre, rentière, demeurant à Nantes, rue Santeuil n°5 – tertio Mr Pierre Jean Lefèvre, capitaine au long cours, et madame Alexandrine Louise Cosson, son épouse, qu’il autorise, demeurant à Nantes rue de l’Heronnière n°5 – lesquels ont par ci-après vendu avec garantie solidaire contre tous troubles, évictions, et autres empêchements quelconques, à monsieur Jacques Mounier, marchand de grains, et madame Victoire Alphonsine Fortin, sa femme, qu’il autorise, demeurant ensembe route de Clisson, commune de Nantes, ici présente et acceptante – Designation : une maison située route de Clisson, non loin du cimetière Saint Jacques commune de Nantes, consistant en un rez de chaussée composé de 4 magasins et arrière magasins en tout 8 pièces, d’un premier étage composé de 5 pièces, vastes greniers au dessus couverts d’ardoise, 4 caveaux ou celliers, lieux d’aisance, un terrain à la suite de la maison du côté de monsieur Mounier, donnant sur la route, derrière la maison, un grand jardin entouré de murs garnis d’espaliers et mitoyens avec les voisins, lequel jardin est planté d’arbres fruitiers et d’agrément, et contient un puits, le tout borné au nord par Delaunay, au sud par le même et les acquéreurs, à l’est par la route de Clisson et à l’ouest par Thomarde. Telle au surplus que ladite propriété se poursuit et comporte avec toutes ses appartenances et dépendances sans rien en excepter ni réserver, les acquéreurs le déclarant le connaître parfaitement. Origine de propriété :  mademoiselle Lefèrre, monsieur Lefèrre, monsieur et madame Lecrac sont propriétaires de ladite maison, chacun pour un cinquième pour l’avoir acquise conjointement et indivisement avec madame anne Marie Lefèvre veuve de monsieur Aristide Pottin, libraire demeurant à Nantes rue Santeuil n°5, aujourd’hui décédée et représentée par monsieur Aristide Pottin son fils et seul et unique héritier, et madame Perrine Zoé Lefèvre, rentière, épouse séparée de corps et de biens du sieur Adolphe Letourneux, demeurant à Nantes sur Guetry, propriétaites des deux autres cinquièmes, de mademoiselle Geneviève Lechartier, propriétaire, demeurant route de Clisson, commune de Nantes, aux termes du contrat passé devant maître Boix notaire à Nantes le 24 mai 1851, moyennant une rente viagère de 1 000 francs. Ce contrat a été transcrit au bureau des hypothèques de Nantes le 5 juin 1851 n°412 volume 357 … suivant acte passé devant maître Boix notaire à Nantes le 4 juillet 1856 madame Letourneur susnommée, autorisée par jugement du tribunal civil de Nantes le 26 janvier 1856, a vendu à mademoiselle Lefèvre, monsieur Lefèvre, monsieur Lecrac et monsieur Aristide Pottin, acquéreurs indivisement entre eux et fondés dans l’acquisition chacun pour un quart, le cinquième à elle appartenant par indivis avec les acquéreurs dans ladite maison, depuis mademoiselle Lechartier est décédée à Nantes le 11 janvier 1852, de sorte que ladite rente viagère se trouve aujourd’hui éteinte ainsi que les vendeurs le déclarent et s’obligent justifier, mademoiselle Lechartier était elle-même propriétaier de cette maison pour l’avoir acquise de dame Marie Bugel épouse du sieur Joseph Marie Guillaume, laboureur, secundo Antoine Bugel, laboureur, tertio Jean Bugel laboureur, quarto Julienne Bugel cultivatrice, quinto Isabelle Bugel demeurant tous au village de l’Angle commune de Guenrouët, sexto Jeanne Bugel épouse du sieur Joseph Lelièvre maçon demeurant à Guichin, commune de Redon, septimo Louise Talva veuve de Pierre Nicoleau, sage femme, demeurant à Nantes, octavo sieur Isidore Talva, marin, demeurant à Nantes, nono Charles Talva cuisinier marin demeurant à Nantes, suivant procès verbal d’adjudication dressé le 10 juin 1844 par monsieur Crucy notaire à Nantes commis judiciairement c’est effet moyennant un prix payé, ainsi qu’il est ci-après relaté, les vendeurs de mademoiselle Lechartier avaient recueilli ledit immeuble dans les successions de Jean Bugel et Anne Talva, enfin les époux Bugel avaient fait construire cette maison, au garantie de puis par mademoiselle Lechartier, sur un terrain par eux acquis en diverses parcelles, sur actes authentiques. Une expédition de procès verbal d’adjudication sus énoncée, a été transcrite au bureau des hypothèques à Nantes le 9 juillet 1844, volume 281, n°79, et inscription d’office a été faite le même jour volume 170 n°407, contre ladite demoiselle Lechartier, celle-ci s’est libérée de son prix et adjudication de la manière suivante, en payant aux vendeurs 1 100 F le jour même de l’adjudication ainsi qu’il est constaté par le susdit procès verbal, et l’outre plus après l’accomplissement des formalités de transcription et de purge légale, ainsi qu’il est constaté dans un acte contenant quittance et main levée de l’inscription d’office susrelatée passé devant ledit maître Crucy et un de ses collègues le 24 février 1845, et par suite duquel cette inscription a été radiée sans réserve le 3 mai suivant. Entrée en jouissance : les acquéreurs entreront en jouissance de la propriété rétroactivement à partir du 24 décembre dernier. Charges, conditions : la présente vente est faite aux charges clauses et conditions suivantes que les acquéreurs s’obligent solidairement entre eux de fidèlement exécuter : primo, ils prendront ladite propriété dans son état actuel sans pouvoir prétendre aucune indemnité pour cause de réparations ou dégradations, et ils supporteront les servitudes passives sauf à profiter d’icelles actives, s’il en existe, le tout à leurs risques et périls – tertio, ils paieront les contributions à compter du 1er janvier dernier – quarto, ils entretiendront les baux verbaux qui pourront exister de manière à ce que les vendeurs ne soient pas inquiétés ni recherchés – quinto, ils entretiendront les polices des assurances et paieront les primes à partir du 1er janvier dernier –  cinto, ils acquitteront les frais, droits et honoraires auxqueles les présentes donneront ouverture. Prix : et en outre la présente vente est faite moyennant la somme de 8 000 F, que les acquéreurs s’obligent solidairement entre eux de payer de la manière suivante, 3 000 F le 24 décembre prochain, pareille somme de 3 000 F le 24 décembre 1864, et les 2 000 F restant le 24 décembre 1865, jusqu’à parfait remboursement paieront les intérêts 5% par an à partir du 24 décembre dernier, payables annuellement. Les paiements tant du principal que des intérêts auront lieu à Nantes, quittes de frais en l’étude de maître Martineau notaire soussigné, et ne seront valablement fait qu’en espèces métalliques d’or ou d’argent ayant cours actuel, sans billets, papier monnaie ou autre valeurs fictives, monsieur et madame Mounier renonçant à se prévaloir du bénéfice de tous décrets ou lois pouvant en autoriser l’émission ou la circulation, monsieur et madame Mounier pourront anticiper les époques de remboursement ci-dessus en prévenant un mois à l’avance, les paiements particuliers ne pourront être inférieurs au tiers de la somme due. Transcription : les acquéreurs feront transcrire une expédition des présentes au bureau des hypothèques de Nantes et rempliront si bon leur semble les formalités nécessaires pour purger leur acquisition des hypothèques légales qui peuvent le grever, et si pendant l’accomplissement de ces formalités il y a des inscriptions du chef des vendeurs ou de leurs auteurs, ledits vendeurs seront tenus d’en porter main levée ou certificat de radiation dans le mois de la dénonciation qui leur en sera faite au domicile ci-après élu ; Etat civil :  Déclarent monsieur Pottin et les vendeurs que monsieur et madame Lecrac sont mariés sous le régime de la communauté légale à défaut de contrat qui ait précédé leur mariage à la mairie de la Garnache (Vendée) le 29 novembre 1848, que monsieur et madame Lefèvre sont mariés sous le régime e la communauté légale à défaut de contrat de mariage, que monsieur Pottin et madamoiselle Lefèvre sont célibataires, qu’aucun desdits vendeurs n’a été tuteur de mineurs interdits, que l’immeuble présentement vendu est libre de toutes hypothèques légales … »

[1] AD44-2Q9023

Analyse des recensements

Le recensement ne donnait que 4 ménages, dont le couple âgé des propriétaires, Jacques Mounier et son épouse Victorine Fortin. Ceux-ci occupaient manifestement plusieurs pièces puisque l’acte de vente ci-dessus dénombre pas moins de 8 pièces. Or, Jacques Mounier décède le 7 mai 1905 et sa veuve se retire dans une autre maison de la rue St Jacques. Donc, toutes les pièces sont louées, et en 1926 le recensement dénombre pas moins de 12 familles au n°174, et  il faut supposer qu’il y avait alors 12 pièces  ! En 1946, il y encore 10 familles, dont plusieurs étaient déjà présentes en 1926.

Y vivent en 1901 (recensement, par ménage, soit 4 ménages) :

Jules Bernard, 27 ans, chef, peintre
Berthe Martin, 21 ans, sa femme

Marc Vrignaud, 56 ans, chef, épicier

Jacques Mounier, 78 ans, chef
Victorine Mounier, 78 ans sa femme

Eugène Rojouan, 32 ans, chef, mécanicien
Beccavin Constance, 31 ans, sa femme
Madeleine Rojouan 6 ans leur fille
Martin Rojouan 5 ans leur fils
Yvonne Rojouan 3 ans leur fille

Y vivent en 1926 et 1946 (recensement, par ménage, archives municipales) :

1926 Cocard Emile °Hirillac 1894 chef, débitant, patron
Sebileau Eugénie °Hirillac 1894 épouse
Cocard Simone °Nantes 1924 fille
Gicquel Cécile °Pérel 1905 domestique
1926 Texier Julien °St Jean 1889 chef, manœuvre
Roux Bernadete °Béganne 1891 épouse
Texier Juliette °Béganne 1918 fille
Texier Simone °Nantes 1922 fille
Texier Paulette °St Sébastien 1924 fille
1926 Armange Marcel °Verier en Charnie 1897 chef, livreur
Herrouin Hélène °Derval 1898 épouse
Armange Marcelle °Carquefou 1920 fille
Armange Marie °Carquefou 1921 fille
1926 Macé Louis °St Ganton 1871 chef, ajusteur
Morvan Anne °Ederme 1874 épouse
1926 Charpentier Jean °Loroux-Bottereau 1865 chef, savonnier
Guérin Léontine °Vallet 1863 épouse
Charpentier Léontine °Chapelle Heulin 1894 fille, ouvrière
Charpentier Jeanne °Aigrefeuille 1904 fille, couturière
1926 Bouyer Georges °Nantes 1899 chef, charpentier
Briand Elisa °Dol de Bretagne 1903 épouse
Bouyer Georgette °Nantes 1624 fille
1926 Perrot François °Nantes 1899 chef, manœuvre
Séguin Jeanne °Nantes 1897 épouse
Perrot François °Nantes 1919 fils
Perrot Marcel °Nantes 1922 fils
Perrot René °Nantes 1924 fils
Perrot Yvonne °Nantes 1925
1926 Peignon Louis °Nantes 1879 chef, manœuvre
Subineau Marie °Nantes 1879 épouse
1926 Barron Edouard °Nantes 1896 chef, ajusteur
Faugeras Yvonne °Rezé 1898 épouse
1926 Rousseau Charles °Bouguenais 1901 chef, charpentier
Connan Marie °Kerpirt 1897 épouse
1926 Sorin Gabriel °Nantes 1888 chef, manœuvre
Barreau Antoinette °Fabris 1887 épouse
Sorin Gabriel °Nantes 1921 fils
Chauvin Berthe °Nantes 1893 domestique
1926 Leborgne Pierre °Fremeac 1887 chef, chauffeur
Joly Marie °Vertou 1891 épouse
Tendron Gabriel °Nantes 1924 fils
1946 Sorin Valentine °1881 chef
Sorin Gabriel °1920 enfant
1946 Rousseau Charles °1901 chef, plombier
Rousseau Célestine °1897 épouse
Rousseau Charles °1932 enfant
Rousseau Michel °1935 enfant
1946 Guimard Lucien °1900 chef, charpentier
Guimard Marguerite °1898 manutentionnaire
1946 Perrot François °1892 chef, manœuvre
Perrot Jeanne °1889 épouse
Perrot Yvonne °1922 enfant, employée de bureau
1946 Armange Marcel °1897 chef, commis épicier
Armange Hélène °1893 épouse
Armange Marcelle °1920 enfant, couturière
Armange Marie °1921 enfant, couturière
1946 Mercier Léontine °1894 chef, employée de quincaillerie
Charpentier Jeanne °1904 sœur, chemisière
1946 Peignon Louis °1879 chef, manœuvre
1946 Chemier Jeanne °1897 chef, manutentionnaire
1946 Morandeau Pierre °1912 chef, chauffeur
Morandeau Renée °1917 épouse, mécanicienne
1946 Leborgne Pierre °1887 chef, mécanicien
Leborgne Marie °1891 épouse, employée

Avant le pétrole, les grains et fourrages de milliers de chevaux : la maison Halbert, Nantes

1851 Jacques Mounier fonde la maison de grains

Jacques Mounier, mon trisaïeul (arrière arrière grand père) paternel, né en 1823, fut le cadet d’une famille de laboureurs, nombreuse et pauvre, vivant aux confins du Morbihan et des Côtes d’Armor. Il dût la quitter faute de place pour lui, et sut établir à Nantes un commerce de grains basé sur l’ère du cheval. Il est à l’origine de tous les immeubles des « Halbert » route de Clisson, dont il n’est rien resté à ma fratrie au décès de Georges Halbert en janvier 1974. La voiture avait supplanté le cheval et la fortune des Halbert s’en était allée ! Ces lignes sont le fruit de mes recherches dans les Archives Publiques, car je n’ai hérité d’aucun papier non plus. Ah ! si, j’ai hérité de quelque chose, j’ai la goutte de père et grand père.

Personne ne sait signer dans la famille de Jacques Mounier et la configuration du village natal montre qu’ils n’ont probablement pas beaucoup de terres à cultiver, pas assez pour vivre correctement. Jacques a 4 frères avant lui or dans les familles à l’époque il n’y a de place que pour un fils pour succéder et les autres doivent chercher ailleurs. On met les enfants domestiques chez des notables dès l’âge de 9 ans et ce n’est qu’après la guerre de 1870, que la loi du 18 mai 1874, dite « loi Joubert », élève l’âge minimum à 12 ans, limitant la journée de travail à 6 heures, et à 12 heures de 13 à 16 ans, et le travail de nuit est interdit jusqu’à cet âge. Tous ces enfants n’étaient pas maltraités. Certains au contraire pouvaient atteindre des compétences voire même une forme d’éducation. Ainsi, dans mes ascendants Guillouard, j’ai un Faucillon fils de laboureur, qui sera quasiment intendant et gérant des biens de la veuve Goureau dont l’époux absent faisait le tour du monde. J’ai trouvé un acte notarié qui l’atteste.
Un domestique alors ne touchait aucune mensualité et/ou annuité, mais une somme globale lorsqu’il se mariait ou partait après 15 à 20 ans de loyaux services, de quoi monter son petit ménage.
Dans le cas de Jacques Mounier, il est très surprenant qu’aucun de ses 4 frères, tous restés au pays, ne sachent signer alors qu’il sait signer. Il sait aussi fort bien compter la valeur des choses et les affaires. Cette différence de culture ne peut s’expliquer que par un placement dans une famille notable, dans laquelle il a appris. En effet plusieurs familles notables de Ménéac ont un lien avec Nantes puisque les grains de Bretagne sont indispensables aux chevaux Nantais. Placé chez eux, il aura appris à leur contact et aura observé comment ils s’approvisionnaient aussi en foin puisque Frossay livrait du foin en Bretagne.
C’est ainsi que Jacques Mounier parvint à l’âge adulte à Nantes, ayant acquis beaucoup de compétences, notamment livreur de l’usine de produits alimentaires située à la Piaudière, sur les bords de la Sèvre créée par J. Carrère, reprise fin 19ème siècle par Bonnefon. La mémoire de la famille recueillie en 1939 par Paul Halbert, précise que c’est lors de ses tournées de livraison qu’il constate le besoin en grains de plusieurs habitants de Saint Jacques et que lui vient l’idée de les en fournir en livrant lui-même.

Jacques Mounier était surtout très travailleur, ne comptant jamais ses heures durant lesquelles il remuait lui-même les lourds sacs de grains etc… à la fois pour les approvisionnements et les livraisons. Et j’ajoute, sachant vivre modestement sans domestiques dans peu d’espace.
Son épouse, native de Saint Sébastien, porta toujours la coiffe, et on la voit à gauche sur la photo ci-dessous avec Jacques Mounier, leur fille Marie, son époux Edouard Halbert, et leur gendre Coignard. Cette photo est rarissime car à l’époque on ne prenait par beaucoup la pause au jardin. Ils sont tous endimanchés et ce jardin est celui du 7 route de Clisson en 1887.
Jacques Mounier eut un fils et 2 filles, mais l’une des filles n’eut pas d’enfants, l‘autre un fils unique, enfin, le fils prénommé Georges connut une fin tragique à l’âge de 16 ans et demi à Haïti.
Avant de vous conter son succès à Nantes, laissez moi vous transmettre une trace de mémoire familiale recueillie en 1939 par mon oncle Paul Halbert. On lui avait raconté que Jacques Mounier était venu à pied à Nantes ramassant de la laine sur les chemins. Or, en 2022 je vois un documentaire sur Arte, qui montre en Irlande une maman et ses enfants de 3 à 5 ans autour d’elle ramassant la laine de moutons restée sur les herbes. Cette maman nous montrait même ce qu’elle faisait de cette laine, qu’elle utilisait dans ses tableaux d’artiste. Comme le récit transmis à mon oncle Paul en 1939 me paraissait curieux car je voyais mal la laine sur les chemins, j’ai compris que Jacques et ses frères, dès qu’ils savaient marcher, étaient mis au ramassage de la laine des moutons dans les champs, et manifestement Jacques Mounier avait dit à ses filles qu’il ramassait de la laine. Cela montre qu’autrefois beaucoup d’enfants avaient très tôt l’habitude de travailler… Travailleur, vivant modestement et connaissant l’ère du cheval, Jacques Mounier a acquis plusieurs maisons, mais ses descendants vivront bourgeoisement alors que l’ère du cheval décline, et n’acquèrent aucun bien, jusqu’à plus rien.

Pour mémoire, en 1851, c’est aussi l’arrivée à Nantes du premier train venant de Paris, ainsi, la disparition des chevaux de poste était déjà programmée… Donc il était plus que temps que Jacques Mounier gagne si bien sa vie.

les grains en sac de 100 kg

Nantes, pionnière mondiale des transports en commun en 1826, avec Stanislas Baudry, utilise beaucoup de chevaux et si Paris en compte 80 000, Nantes certainement près de 15 000, sinon plus. Or, un cheval tractant voiture consomme chaque jour environ 8 kg d’avoine et/ou orge, en 1850 surtout l’avoine, et 6 kg de foin. Wikipedia : Cheval au XXe siècle

Les grains venaient surtout des Côtes d’Armor (que l’on appelait alors Côtes du Nord), d’où venait Jacques Mounier, et c’est certainement ce commerce qu’il a imité au Sud de Nantes en fondant son propre commerce.
L’avoine est transportée en sacs de jute. Le sac pèse 100 kg. J’ai connu, après la seconde guerre mondiale, chez mon père Georges Halbert, successeur de Jacques Mounier, la préparation des sacs, alors passés à 50 kg. Il achetait l’avoine en vrac, et préparait les sacs de 50 kg à travers des gros conduits, et ce dans une énorme poussière.
Voyez sur mon blog un usage amusant de ces sacs de jute : La course aux grenouilles, départ 14 h 30 à la Croix des Herses, Nantes lundi 12 mai 1913
Le sac de 100 kg de farine, devenu au 20ème siècle 50 kg est aujourd’hui de 25 kg. Pour ma part, j’ai travaillé dans les grands moulins à Cologne sur le Rhin, et j’ai aussi travaillé à la Biscuiterie Nantaise. Je connais la farine. Lorsque je suis entrée à la BN à Nantes le 1er mars 1969, je n’avais pas de voiture et durant des années, j’ai travaillé dans le bâtiment de la place François II, lieu fondateur de la Biscuiterie Nantaise, et le soir j’attendais l’autobus. Quelques ouvrières, alors encore en activité sur la ligne ancienne de production de biscuits, attendaient avec moi. Et nous échangions de longues minutes l’histoire de la BN. L’une me racontait ce qui pour elle avait été la plus grande transformation : le sac de farine. Elle avait connu le temps où il était de 100 kg et admirait de finir sa carrière parmi des sacs de 50 kg, ce qui lui paraissait un immense changement des conditions de travail de certains à la BN.
Je rends ici hommage à tous les portefaix et ouvriers d’antan, qui encore entre les 2 guerres mondiales, chargeaient ainsi sur leur dos ces 100 kg. Et, si la France a évolué, passant à 50 kg, puis 25 de nos jours pour la farine, je pense à tout ce que nous oublions de voir dans les pays pauvres, et toutes ces charges si lourdes, comme Jacques Mounier les a connues.  Car cela existe encore ailleurs.
J’ai connu de 1945 à 1956 mon père toujours en bleu de travail sauf le dimanche où il s’endimanchait. Il portait lui aussi les sacs sur le dos. Les bleus de travail n’étaient pas encore en Jean, mais un épais tissu, et j’ai eu souvent à y coudre à la main des carrés de réparation, car je cousais bien et à l’époque on réparait tout, même les draps étaient coupés en deux par le milieu bien avant d’être usés, et je faisais les surjets plats recousant les 2 côtés ensemble car moins usés ils perpétraient encore des années au drap.

Les sacs étaient mis sur des balances agréées, et par ailleurs, pour recevoir les camions entiers, il y avait un pont bascule (voir ci-dessous).

le foin de la Basse Loire


Ces photos datent environ de 1900, on y voit quantité de chalands et du foin en vrac, mais surtout un grand nombre de travailleurs pour décharger ces chalands sur des voitures à cheval. Voyez aussi sur mon blog une carte postale du Quai des Fumiers à la Cale au Foin : le quai Magellan, Nantes 1840
Personnellement j’ai connu le foin dans les années 1945-1956 en botte de 90 x 46 x 36 cm pesant 18 kg. Mais auparavant il était en vrac sur les chalands sur Loire comme le montrent mes photos ci-dessus.

Voici Frossay en 1815 selon la carte générale de la France. 130, [Paimboeuf – Redon].  établie sous la direction de Cassini mais la carte actuelle est plus parlante. Vous y voyez le canal de la Martinière que Jacques Mounier n’a pas connu, et le Migron qui fut le port de chargement des chalands de foin au temps du canal de la Martinière  1892-1914

1875 construction du hangar de bois 

En 1870 Jacques Mounier a perdu tragiquement son fils unique Georges décédé à l’âge de 16 ans et demi à Haïti. Il a marié en 1872 sa fille Lucie à Alexis Coignard qui l’a emmenée. En 1875 sa fille Marie épouse Edouard Halbert qui reprendra l’affaire de son beau-père. Il est l’un des 3 fils de feu Joséphine Bonnissant, fille de Mathurin Bonnissant premier investisseur de la route de Clisson, juste en face de la maison de Jacques Mounier. 
Mathurin Bonnissant a laissé 3 héritiers : une belle fille célibataire Marie Judith Lebraire, sans postérité – un fils prêtre – et Joséphine Bonnissant qui a eu 3 fils, Henry et Edouard Halbert, et Etienne Chauvet; Ces 3 fils héritent de tous les biens Bonnissant et Lebraire, puisque l’oncle et la tante n’ont pas d’enfants. Or, les biens Bonnissant et Lebraire avaient bien fructifié ! Assez pour passer au rang de bourgeois.

Sur cette photo, Judith Lebraire, fête ses 80 ans en 1889 en présence de ses proches : Edouard Halbert est à sa droite et son fils Edouard II Halbert est l’un des enfants assis devant
Edouard Halbert apporte donc à Marie Mounier ses biens  Bonnissant dont le grand terrain qui touche les moulins des Gobelets. Ils y construisent un immense hangar de bois au fonds d’une grande cour donnant sur le calvaire de la Croix des Herses. La cour était si grande que le pont bascule qui était à droite disparaissait presque à la vue (la photo de pont bascule est un exemple actuel pour illustrer le pesage d’un camion). Comme les ponts bascules actuels, il avait une guérite, dans laquelle était le dispositif de pesage qui m’impressionnait beaucoup, car on tirait un gros poids de droite à gauche jusqu’à balance exacte. La photo explicative est de Larousse. Avant la seconde guerre mondiale les camions étaient tractés à cheval chez les Halbert, puis après un Ford. Et bien entendu, d’autres utilisateurs étaient autorisés à venir peser sur ce pont bascule leur camion. Et, chose étrange, moi qui suis née en 1938 et ai connu ce lieu de 1945 à 1956 je me souviens beaucoup de ce pont bascule. J’ai eu le grand privilège, en temps qu’aînée, d’avoir le droit d’entrer dans cette cabine de pesage.

Cette photo aérienne de 1956 montre le pont bascule situé à droite en entrant dans la cour, entre le calvaire dans l’entrée, et les bureaux avant le hangar, mais attention les bureaux n’ont été construits qu’au partage en 1936, car auparavant ils étaient encore en face dans le 9 route de Clisson. Ces bureaux avaient été conservés par la carrosserie Landron acquéreur en 1974.

En 1885, Jacques Mounier, le fondateur, se retire dans l’une des maisons qu’il avait acquise, et dont il loue toutes les pièces, et il laisse à sa fille et son gendre toute l’immense maison du 7 route de Clisson. L’homme qui a vécu modestement malgré son succès commercial, laisse la place à des descendants embourgeoisés.
Pourtant il existe déjà un concurrent route de Clisson comme l’indique en 1887 l’annuaire de la Loire-Atlantique qui donne encore 15 marchands de chevaux à Nantes, dont 2 à Pont-Rousseau et 2 route de Clisson, donc 4 au sud de la Loire, mais donne aussi un concurrent marchand de fourrage route de Clisson au Lion-d’Or.

1904 maison 4 rue Lemevel

Aujourd’hui 4 rue Lemevel (ex  chemin de la Gilarderie) cette maison est construite par Edouard 1er Halbert et Marie Mounier sa femme pour s’y retirer, car leur fils unique Edouard II Halbert se marie et ils lui laissent la maison n°7 route de Clisson en entier, tout comme Jacques Mounier l’avait fait en 1875 à sa fille Marie. La maison donnait directement sur la cour et le mur de parpaing que vous voyez ci-dessus date de 1956 car suite à sa demande de divorce , mon père nous enclos tous les 6 avec maman, pour mieux nous expulser. Mais, moi, l’aînée, j’y ai vécu de 1945 à 1956. Outre la cour nous avions accès à 2 jardins, l’un immense, plantée de toutes sortes de légumes, avec un grand poulailler, là où dans les années 1990-2020 la carrosserie Landron stockait des dizaines de voitures. L’autre jardin d’agrément, plus petit derrière la maison, où nous pouvions jouer. En bas 4 grandes pièces, un minuscule cabinet de toilette pour les parents, et en haut Georges, mon père, construisit en 1942 un autre cabinet de toilette et c’est là que j’ai vécu avec ma soeur de 10 mois ma cadette. Nous étions directement sous les ardoises dissimulées par une couche de plâtre et nous avions 45° l’été et moins de 10 l’hiver. On s’en souvient encore et on en parle encore souvent ! L’une des 4 pièces en bas était la grande cuisine avec la véranda, ici photographiée en 2011 exactement dans l’état que je l’ai connue en 1956. Mais la maison avait une merveille, un immense sous-sol, contenant une salle de bain, une buanderie (à l’époque pas de machine à laver mais une lessiveuse), une cave à vin, et une chaudière à charbon. C’est là que nous nous réfugions pendant les alertes aux bombardements pendant la guerre, puis, la guerre passée, c’est là qu’on punissait un enfant fautif, dans le noir dans la cave ! Malheureusement, ce sous-sol a demi sous-terre fait qu’à l’intérieur de la maison à la porte d’entrée il y a 4 marches, et c’est le cas de nombreuses maisons à Nantes. Je n’ai jamais compris comment des vieux pouvaient se construire une maison pour leur retraite, pleine de marches partout, car à la véranda il y en avait environ 9 pour descendre au jardin. Et ce type de maison, dont beaucoup à Nantes, est difficilement transformable en mode de vie 2023 c’est à dire la cuisine et séjour tout en un etc…
La maison, construite en 1904 ne jouit pas alors du confort qui existe déjà un peu en 1940, et pire, le premier étage n’est que grenier, mis à part ce qui fut sans doute au départ « la chambre de bonne », ainsi qu’on logeait autrefois les domestiques, même si il n’y a plus de domestique logé dans cette maison depuis 1923.
En 1942, Georges, très bricoleur et travailleur, entreprend des travaux de modernisation tout en tentant d’aménager le 1er étage afin de faire la place à sa petite famille qui s’agrandit un peu trop d’année en année. Pour le confort sanitaire, il a à sa disposition la miroiterie Marly, qui fait aussi les sanitaires, et est installée route de Clisson, face à la maison de Charles Haury. Il entreprend même une grande avancée dans le confort sanitaire : une baignoire. Mais la maison de 1904 n’était pas prévue pour faire la place à une salle de bains avec baignoire. En effet, elle ne laisse place qu’à un cabinet de toilette, exigu, comme on les faisait sans doute en 1904. Impossible d’y loger la baignoire.
Il décide donc de créer au sous-sol une salle de bains. Le sous-sol est vaste et les soupiraux nombreux. Il va aussi y installer la chaudière à charbon pour le chauffage central, et laissera une pièce pour la laverie, et une pièce pour la cave à vins. Et au premier il ajoute une salle d’eau avec lavabo et même bidet. Sous le toit pentu de ce grenier la pièce laissera même la place au bureau des enfants pour étudier.
Et il y installe sa famille en juin 1942, à la naissance de son 4ème enfant.
Je vais vivre 14 ans la haut, dans cette mansarde, sous les ardoises, car tout le grenier est à même l’ardoise, et la chambre, certes plâtrée, n’est pas isolée : on n’avait pas encore découvert les bienfaits de l’isolation ! Le bain hebdomadaire était orchestré donc au sous-sol par Georges, tous les uns après les autres, dans la même eau, en commençant par les plus petits, car entre-temps nous étions 6 enfants. En entrant dans l’eau, moi, l’aînée, je profitais donc des « traces » laissées par les précédents. Je ne m’en plains pas, car après 1956, je vais connaître ailleurs aucun lavabo, et même aucune eau, pendant des années.
Outre un poulailler nous avions un coq, et l’été il réveillait tout le quartier, et je le supportais très mal. Les coqs sont depuis longtemps maintenant interdits en ville, mais c’était vraiment une autre époque dans les années 1945-1956. J’ignore s’il y avait d’autres coqs dans le quartier, mais je le suppose car il existait d’autres poulaillers…
En 1950, sur le plan de la ville de Nantes apparaît une zone pour la future ligne de ponts, l’actuel boulevard Gabory, et la maison est alors frappée d’alignement. (voir ce plan sur ma page concernant la maison 7 route de Clisson) Ma chambre, que je partageais avec ma cadette Nicole, est la mansarde sur la rue. Cette mansarde était si mansardée que je ne pouvais faire mon lit sans me pencher beaucoup. En outre, les ardoises n’étaient pas loin, et même à nu dans les pièces voisines qui servaient de grenier. Elle était donc très chaude l’été etc… En outre, il est parfois arrivé des fuites dans la toiture et notre plafond prenait des traces noires. Papa nous disait qu’il était impossible de faire des travaux car la maison était frappée d’alignement pour construire une nouvelle ligne des ponts.
La ligne des ponts fut construite plus tard mais n’emporta que l’autre côté de la route de Clisson : la maison du 4 rue Lemevel est encore là en 1969, à ma grande stupéfaction, quand je reviens à Nantes après 13 années passées au loin. Car le 16 janvier 1956 mon père vide la moitié de la maison en partant avec ce qu’il estime ses meubles, même la TSF, le tourne-disque et les disques, et le Mécano alors important. Maman, restant alors seule avec les 6 enfants arrête net mes études faute de pouvoir nous élever tous les 6 car la pension alimentaire et sera rarement versée ou alors après action de l’avocat.  4 ans plus tard elle est expulsée de la maison de mon père, qui vend la maison en 1961 pour 51 600 F pour rembourser maman de son indemnité de divorce et de sa dot, car en se mariant en 1937 elle avait reçu une dot importante de ses parents, dont elle va pouvoir survivre.

1932

Edouard 2° Halbert décède brutalement Edouard 2° HALBERT 1877-1932 : train de vie  Aucun de ses 4 enfants n’est encore marié, et ils travaillent avec leur mère dans l’affaire.

Leur défunt père, qui avait été le premier dans le quartier Saint-Jacques à acheter une voiture, avait transmis le goût des voitures à son fils Georges. La photo ci-dessous le montre en 1936, manifestement heureux de livrer avec une voiture et plus à cheval, mais la photo montre aussi un cheval qui passe, les maisons en face joignant le 9 route de Clisson, la cour, puis la maison Bureau marchand de chevaux, et on devine à droite de la voiture la petite maison basse qui faisait l’angle du chemin de la Gilarderie et la route de Clisson. Sur cette photo on voit Georges heureux de livrer en voiture alors que la voiture est la fin de son commerce… c’est saisissant ! Cette photo me bouleverse chaque fois que je la vois.

Dans les années 1947-1956 Georges eut un camion Ford (plus petit que celui de la photo) avec un toit sur la cabine, et il allait chercher les bottes de foin ainsi ayant supprimé son camion hypomobile et ses chevaux. Lors des vacances scolaires c’est avec ce camion qu’il emmenait ses 6 enfants jusqu’au Pouliguen ou ma grand-mère maternelle possédait une villa. Nous étions installés derrière sur un banc et je surveillais les plus jeunes… Nous n’avions pas conscience d’un risque quelconque et nous jouissions de toute la vue possible et du grand air, le tout bien entendu sans ceinture ni aucune autre fixation. Nous étions probablement les seuls enfants du quartier à jouir de vacances familiales à la mer et revenir tout bronzés. Et à ceux qui trouveraient incroyables ce transport en camion sans attaches, je tiens à ajouter que mes cousins germains des Coteaux du Layon, venaient ainsi chaque hiver fêter Noël chez la grand mère Halbert, et mes cousins me racontaient qu’ils en avaient des stalactites au nez…

1936- 1956

En 1936 les biens des Halbert sont partagés entre les 4 enfants. Georges a le commerce et la maison du 4 rue Lemevel, et les maisons que Jacques Mounier avaient acquises vont aux autres. Le commerce dont a hérité Georges décline devant l’invasion des voitures, camions, trains, entraînant la disparition du cheval. Il doit se diversifier et lance une fabrique de paillassons, dans le grenier de son immense hangar. Voici sa publicité en 1939 dans le journal des maraîchers Nantais, ses clients.

Pour faire connaître ses paillassons, mon papa tenait à la foire commerciale un stand. Le voici dans l’annuaire de 1947 :

Les paillassons étaient fabriqués dans le grenier de l’immense hangar, sans isolation contre le froid et/ou le chaud. Il devait y avoir 2 ou 3 malheureuses employées, qui devaient subir ces épouvantables conditions de travail… sans oublier la poussière et la fatigue debout. Je n’ai jamais vu ce grenier, interdit aux enfants.
J’ai connu dans ces années 1950 le mois de Marie en mai, une fois par semaine dans la cour si grande, tout près du calvaire de la Croix des Herses. C’était bien le calvaire qui motivait ce lieu de prières et non la maison Halbert bien sûr, mais on allait pas installer des bancs sur la rue alors ils étaient installés dans la cour le soir et le quartier venait prier la vierge Marie.
Chaque année, du temps du moins que j’y ai vécu, c’est-à-dire 1945-1956, il y avait dans les semaines précédents la mi-Carême de Nantes, la construction d’un char à l’abri sous le hangar, et je me souviens avoir entendu mon père parler d’un certain Peignon en lien avec la rue des Olivettes. En tant qu’enfant, je crois que je ne réalisais pas très bien l’importance de ces chars pour les fêtes de Nantes. Nous allions voir le défilé un jeudi sans place privilégiée quelconque, comme tout le monde, dans une rue du centre de Nantes. A l’époque il n’y avait pas classe le jeudi, alors que maintenant c’est le mercredi.

1956-1974

Si je n’ai pas connu cette époque à Nantes, je peux la reconstituer car le paillasson pour culture maraîchère disparait dans les années 1960 devant l’industrialisation des maraîchers passés au pétrole et à l’électricité dans les serres. Saint-Julien-de-Concelles en est encore en 2023 une horreur écologique. Le paillasson pour clôture existe encore en 2303 en brande de bruyère, en roseau de Camargue et même en tige de saule. Sur la photo ci-contre vous voyez la clôture installée par mon papa en 1944 pour que moi l’aînée, assise, je puisse surveiller les cadets sans risques.

Je n’ai jamais revu mon père après 1956, mais je constate que le cheval avait disparu, les paillassons aussi, et en 1974, nous apprenons indirectement plusieurs jours après son inhumation son décès et la faillite. Je cours au commissariat Waldeck pour m’informer des conditions de son décès, j’y suis reçue cordialement en tant que fille du décédé, et un agent m’installe devant un cahier en occultant les actes qui ne me concernent pas. Et je lis ce alors une phrase si terrible qu’elle m’obsède toujours : « et le corps a été remis à sa famille ». Ainsi, en France, on n’est plus sa famille, mais on est par contre bien héritier potentiel des dettes, aussi je cours au tribunal renoncer à l’héritage avec les justificatifs des 5 autres enfants. Puis, tout le commerce est vendu à la carrosserie Landron et Mr et Mme Landron m’invitent à cette vente chez le notaire pour connaître l’histoire du calvaire, et j’y assiste donc en « pot de fleur » car il ne reste rien, et la vente couvre tout juste les dettes. Ils me précisent qu’ils ne sont pas croyants, mais respecteront le calvaire, ce qu’ils firent, et j’espère qu’il en sera de même du futur plan PLUM Lemevel. Histoire de la Croix des Herses, Nantes

J’ignore si mon père avait juré à son père en 1932 sur son lit de mort, de conserver l’affaire car cette notion de ne pas toucher aux biens de famille a pesé autrefois dans beaucoup de familles, incapables de suivre l’évolution, devenue rapide, des changements de la société. Mais, ce que je sais par mes années 1945-1956 alors en sa famille, c’est qu’il condamnait tous ceux qui changeaient de métier, persuadé que c’était mal. J’écris ces lignes avec douleur à la mémoire de mon père qui aima trop les voitures et les femmes, et vécut toujours bien au dessus de ses moyens, comme beaucoup de Français encore en 2023, mais ceux-là attendent des autres de l’aide, mon papa a assumé ses dettes.

La maison 7 et 9 route de Clisson, démolie en 1973 lors de la nouvelle ligne des ponts de Nantes


Jouxtant l’hôtel Gaudin, cette maison fut démolie en 1973 quelques années après la finition de la nouvelle ligne des ponts en 1966. D’ailleurs on voit à droite les publicités sur le mur qui touchait un autre immeuble détruit en 1966. La ville avait expropriée le 7 et 9 route de Clisson, en particulier son immense jardin, tenue maraîchère, sur laquelle roule aujourd’hui le boulevard Gabory. On voit encore l’arrêt d’autobus, qui se nommait toujours « la Croix des Herses ».

Voici son histoire.

Avant la Révolution, aucune maison route de Clisson à partir de la Ripossière si ce n’est les Gobelets et la Gilarderie de l’autre côté. Je vous ai situé avec une croix rouge l’emplacement de la maison 7 et 9 route de Clisson, qui est parfaitement déjà construite en 1834. Ce cadastre de la ville de Nantes est daté 1834 mais n’était pas à jour, ou bien les archives le classe avec une erreur. En effet, la date de la construction de cette maison figure dans d’autres archives notamment les recensements, très bavards.
Si la route de Clisson est alors la partie rurale, elle tente des commerçants visant l’expansion de leurs entrepôts car Nantes manque de place, et vous avez vu sur mon blog : Le premier investisseur qui installe dans ce coin ses entrepôts fut en 1815 Mathurin BONNISSANT. Mathurin Bonnissant est juste en face de la maison 7 et 9 route de Clisson.

Sur le cadastre de 1955, après le chemin, on voit la miroiterie Marly, 3 maisons dont l’hôtellerie Gaudin, et la maison de ma grand-mère Halbert et entrepôts. Le carré au milieu est une cour, et entre la rue et la cour la profondeur est grande car il y a un salon, un très grand vestiaire qu’on appellerait aujourd’hui dressing, une salle à manger. C’est dire que les entrepôts sont très profonds… mais tout de même moins que la miroiterie Marly.

Sur ce plan de 1956, vous voyez le projet de 2ème ligne de ponts, qui se termine par un rond fort intéressant pour moi car il englobe la maison de mon enfance qui est située aujourd’hui 4 rue Georges Lemevel et dont je vous ferai l’histoire. En voyant ce plan de 1956 je comprends pourquoi mon papa s’effarouchait à chaque réparation couteuse dans la maison car elle était comme il disait alors « frappée d’alignement »

1825

Les bâtiments, à savoir maison et entrepôts, magasins, écuries, situés au 7 et 9 route de Clisson, furent construits en 1825 par Antoine Libert, né à Beauvais, et venu s’installer marchand de Blanc rue des Carmes à Nantes. Par manque de place dans son magasin de vente rue des Carmes, il fait construire au sud cette maison, entrepôts et écuries à 4 chevaux, pour se lancer dans le commerce de gros.
En 1825, la maison (recensement ci-contre) est dite « neuve ». Libert occupe une partie et loue une autre partie. Sur la photo ci-dessus, vous voyez à gauche la maison, et à droite les entrepôts avec ces 4 fenêtres aux étages qui sont en fait des portes pour passer les marchandises directement sur les véhicules comme on le faisait autrefois dans les maisons de campagne. En construisant route de Clisson, Antoine Libert avait ainsi prévu ses entrepôts de linge sur la ligne d’arrivée à Nantes des tisserands de Cholet et environs.
Le « Blanc » désigne alors le linge dans les annuaires et la presse, même si vous trouvez quelques illuminés sur Internet qui disent le contraire.
A cette époque, au mariage on apporte un trousseau qui comporte beaucoup de draps de quoi faire toute la vie et on ne vit pas comme de nos jours avec un drap unique qu’on passe à la machine à laver, au sèche linge et on remet le soir au lit. On faisait la lessive peu souvent dans l’année mais en grand et on l’étendait dehors pour sécher.
Lors de la construction, la maison n°7, celle qui est à gauche sur la photo ci-dessus, avait un magasin sur la rue et non une pièce habitable, comme je vais vous l’expliquer.
Mais, à peine installé dans sa maison et entrepôts tout neuf, Antoine Libert décède le 16 juillet 1831 à 32 ans, non marié et sans hoirs. Ses concurrents ne reprendront pas ses locaux, et les nouveaux propriétaires s’efforcent de trouver des locataires intéressés par ces locaux : maison habitable, écurie à 4 chevaux, entrepôts. Aucun locataire n’ayant la capacité suffisante pour louer le tout, l’immeuble est alors divisé en plusieurs locataires mais le Blanc n’est plus la marchandise entreposée et vendue.

1856 

Le propriétaire est André Louis Moreau, marchand de vins, qui demeure quai de l’Hôpital à Nantes. Il entrepose route de Clisson son vin en gros, et loue à 3 locataires la maison d’habitation. Parmi eux, un nommé Jacques Mounier qui s’est lancé en 1851 dans les grains en gros. Il est l’un des 3 locataires de la maison avec un nommé Cassin qui a une épicerie en gros, et un 3ème locataire. Ils vivent chaque foyer dans peu de pièces, comme on vivait alors au début de 19ème siècle.
J’attire votre attention sur le fait que le recensement ne concerne par les magasins, mais uniquement les logements d’habitations et les habitants, donc on n’apprend rien du n°9 qui concerne les écuries et entrepôts. On monte les marchandises par les fenêtres donnant sur la rue, comme on le faisait autrefois dans les campagnes. Cet entrepôt est donc une transition avant l’apparition des entrepôts plus modernes.

Ci-dessous le recensement de 1856, série des Archives municipales. Les recensements antérieurs, que ce soit aux Archives municipales ou Départementales, ne permettent pas de dire qui est propriétaire. Une chose est certaine, Moreau n’a pas hérité mais acquis la maison de la route de Clisson.

propriétaire habitants profession âge origine
MOREAU 3 pièces RDC, CASSIN Mathurin épicier 44 Nantes
3 au 1er BRELET Reine sa femme 42 Nantes
maison CASSIN Reine enfant 11 Nantes
à 1 étage CASSIN Hortense enfant 8 Nantes
CASSIN Henry enfant 4 Nantes
BERTIN Louise domestique 26 St Colombin
MOREAU magasin RDC, MONNIER Jacques Md de grains 33 Meneac (22)
3 pièces 1er FORTIN Victoire sa femme 25 St Sébastien
MONNIER Lucie enfant 4 Nantes
MONNIER Georges enfant 3 Nantes
MONNIER Marie enfant 1 Nantes
GENDRON Françoise domestique 20 Rezé
MOREAU 1 pièce au 1er, jardin LEPINE Julien jardinier 46 Bouvron
JAUSSEL Henriette sa femme 50 Nantes
LEPINE Jules leur fils 11 St Sébastien

Pour vivre 3 familles dans cette maison, souvenez-vous qu’à l’époque on n’a ni cuisine ni salle de bains, mais une cheminée suffit pour tout faire, donc chaque famille avait au moins une cheminée. Mounier, qui avait l’étage, avait donc une cheminée pour cuisiner. On monte l’eau dans un broc, prise à la pompe, et on redescend le lendemain le seau hygiénique, et on envoie sur la rue les ordures. Le confort viendra plus tard. J’ai connu ce mode d’abscence de confort en 1957 quand je me suis retrouvée en haut d’une maison Renaissance, sans aucune canalisation, et je montais mon broc d’eau et redescendant mon seau hygiénique chaque jour.
J’ai déja publié plusieurs maisons de la rue Saint Jacques à cette époque où l’on voit l’entassement dans les maisons, voyez la table de mes publications : Nantes Saint-Jacques Pirmil : table chrono de mes travaux

1858

Les commerces de Mounier et Cassin fonctionnent si bien qu’en 1858 ils acquièrent la maison, certes à crédit, mais on ne fait crédit qu’à ceux qui prospèrent. La maison est alors dite située au Clos Toreau route de Clisson, car le Clos Toreau commençait à la Croix de Herses
« Suivant contrat passé devant maitre Maudouin notaire à Nantes le 29 juillet 1858, monsieur et madame Mounier donateurs et monsieur Mathurin Cassin épicier et madame Reine Marie Brelet son épouse demeurant ensemble au Clos Taureau route de Clisson commune de Nantes ont acquis de madame Victorine Fayolle négociant en vins demeurant à Nantes quai de l’Hopital n°2 veuve de monsieur André Moreau une propriété dite le Clos Taureau situé sur la route de Clisson commune de Nantes consistant en un rez-de-chaussée divisé en 3 parties séparées par de gros murs, premier étage divisé aussi en 3 parties et grenier au dessus, cour avec pompe, lieux d’aisance et écurie et jardin à côté. Il a été convenu que dans cette propriété monsieur Mounier serait propriétaire 1-de la partie au rez-de-chaussée située à l’est, 2-de la partie au premier étage au dessus de la portion du rez-de-chaussée lui appartenant, 3-de l’autre la joignant, 4-du grenier au dessus, de la moitié de la cour, de la totalité du jardin et d’une écurie, et que monsieur Cassin serait propriétaire des 2 autres parties du rez-de-chaussée[1], de la troisième partie du premier étage et des greniers au dessus, que la pompe et les lieux d’aisance placés dans la cour seraient communs entre lesdits acquéreurs, que la cour appartiendrait par moitié à monsieur Cassin et à monsieur Mounier et que le mur séparant la cour du jardin serait mutuel. Il a été encore convenu audit contrat que monsieur et madame Mounier seraient propriétaires de la moitié de la cour partie est et monsieur et madame Cassin de l’autre moitié partie ouest, qu’ils pourraient faire élever toutes constructions qu’ils jugeraient convenables dans la partie leur appartenant mais que ils devraient laisser libre un passage de 2 m de largeur pour aller aux lieux et à la pompe, restés en commun. Et que dans le cas où monsieur Mounier viendrait à charger les magasins du premier étage il devrait établir des poteaux en bois dans les magasins du milieu au rez-de-chaussée du sieur Cassin. La vente a été faite au profit de monsieur et madame Mounier pour un prix de 9 600 F sur lequel 1 600 F ont été payés comptant, le surplus a été payé depuis et au profit de monsieur et madame Cassin pour un prix de 6 400 F qu’ils ont payé comptant.
Audit contrat la venderesse a déclaré son état civil 1-qu’elle avait été tutrice légale de 1) monsieur André François Moreau 2) madame Caroline Louise Moreau épouse de monsieur Louis Roliers 3) et madame Mathilde Ophélie Moreau épouse de monsieur Charles Henri Bureau ses 3 enfants, mais qu’elle leur a rendu leur compte de tutelle ainsi qu’il résulte d’un acte passé devant ledit maitre Maulouin notaire à Nantes le 30 juillet 1857 et d’une décharge dudit compte passée devant le même notaire le 31 août suivant 2-qu’elle avait été aussi tutrice de madame Victoire Sophie Moreau épouse de monsieur Paul Houdemont sa fille mais qu’elle n’était débitrice d’aucune somme à cette dernière, et la déclarante serait obligée à fournir incessamment la décharge de tutelle et qu’elle n’aurait jamais eu d’autre tutelle. Une expédition dudit contrat de vente a été transcrite au bureau des hypothèques de Nantes le 10 août 1858 volume 477 n°54.
Aux termes d’un contrat passé devant maître Reinière notaire à Nantes le 6 septembre 1898 transcrit au bureau des hypothèques de Nantes le 17 du même mois volume 1909 n°1 monsieur Halbert mari de l’une des donataires aux présentes a acquis de monsieur Henri Joseph Mathurin Cassin grainetier et madame Julie Marie Louise Martineau son épouse demeurant ensemble à Pont Rousseau commune de Rezé, la portion de la propriété du Clos Taureau dont monsieur et madame Cassin Brelet père et mère de monsieur et madame Cassin Martineau sus nommés étaient demeurés propriétaires par le contrat du 29 juillet 1858. Dans le contrat du 9 septembre 1898 les vendeurs ont rapporté textuellement la convention intervenue entre eux et monsieur Mounier en date à Nantes du 21 mai 1890 enregistrée à Nantes 2ème bureau le 12 juin 1890 folio 94 case 418 et transcrite au bureau des hypothèques de Nantes le 17 juin même mois volume 1541 n°38[2], laquelle convention pour rectifier un jugement du tribunal civil de Nantes en date du 3 mars 1890 intervenu entre monsieur Mounier et monsieur Cassin stipule que monsieur Mounier devra à l’immeuble Cassin sur sa propriété un passage de 2 m pour accéder à la pompe, que monsieur Cassin devra à monsieur Mounier un passage de 2 m sur la cour pour aller aux lieux d’aisance. Mais que le passage de monsieur Mounier pour se rendre de sa maison à son jardin est fixée à 1,32 m de largeur.
Enfin, par contrat passé devant maître Rousseau Dumariet notaire soussigné les 25 et 26 janvier 1899 monsieur et madame Mounier donateurs ont vendu à monsieur et madame Halbert leur gendre et fille tous les droits de passage qu’ils possédaient sur la propriété du Clos Taureau faisaient l’objet de l’article premier de la désignation pour aller soit à la pompe soit aux lieux d’aisances soit au jardin ou sur toute autre partie de la propriété ayant renoncé à se prévaloir de tous les droits résultant à leur profit des actes ci-dessus relatés. La vente a eu lieu pour un prix de 300 F qui a été payé comptant. Il a été aussi convenu que monsieur Mounier serait déchargé de l’obligation d’établir des poteaux en bois dans les magasins du milieu au rez-de-chaussée provenant de monsieur Cassin, laquelle obligation lui avait été imposée dans l’acte sus énoncé du 29 juillet 1858. »
[1] donc Cassin possédait boutique sur la rue (qui deviendra la salle à manger « extraordinaire » Halbert sur la rue, et la pièce noire entre les 2 salles à manger que j’ai connues en 1950) et Mounier possédait ce qui était la salle à manger sur la cour.
[2] j’avais remonté par les hypothèques à cette convention, je l’ai et elle dit exactement la même chose que ce qui est ici retranscrit

1887

J’ai une magnifique photo de 1887 qui montre les magasins pas l’habitation, et qui montre surtout le manque d’égout et la rigole sur la rue qui recueillait les eaux usées et autres saletés, comme vous le voyez très nettement sur cette photo, juste au pied de ces dames.

 

et je vous invite à découvrir sur une carte postale, certes à Gérande, qui illustre comment les boeufs nettoyaient ces rigoles.

Les égouts empestent la route de Clisson

Cette photo de nettoyage des rues avec les boeufs est prise à Clisson et non à Nantes, mais route de Clisson à Nantes, il n’y avait manifestement pas de ramassage par boeufs, et uniquement un cantonnier seul, qui ne faisait que remonter les ordures sur le bord de la rigole… et aucun ramassage…

Je vous ai raconté que la route de Clisson était considérée comme « rurale » par la ville de Nantes : La ligne des nouveaux ponts : disparition des habitants de la Croix des Herses -Nantes 1930-1966

En 1901 il n’y avait aucun égout et le quartier était une telle puanteur que le journal Le Phare de la Loire en parle le 10 juillet 1901. Je suppose que le crotin des chevaux  était ramassé pour fertiliser les terres maraîchères. Mais leurs urines devaient bien partir sur la rue, tout comme les déjections humaines.
Selon le journal, les déjections puantes étaient parfois curées par les cantonniers, mais ils se contentaient de les mettre sur le bord, et non de les enlever. Les habitants de la Croix des Herses se plaignent de payer les mêmes impôts que la rue Crébillon, mais n’ont pas les mêmes avantages. Nul doute que Halbert fut signataire  de la pétition : « Monsieur le Directeur, les soussignés, habitants de la route de Clisson, vous font part de nouveau de la situation intolérable dont vous avez bien voulu, une fois déjà, vous faire écho. Il s’agit de l’égout à ciel ouvert situé sur la route nationale même, à la Croix-des-Herses. Aucun travail n’a été fait, aucune mesure n’a été prise pour faire disparaître les odeurs nauséabondes qui s’en dégagent, pendant les jours de chaleur principalement. Le cantonnier continue de temps à autre à curer la fosse et dépose simplement les ordures sur le bord, ou elles sèchent au soleil, empestant le voisinage. Comme vous l’avez dit, c’est une véritable fabrique de poudrette à l’air libre. Nous avons tout fait pour sortir de cette situation; nous avons pétitionné, nous avons écrit au député, au préfet. Ces messieurs ont sans doute d’autres préoccupations, et les ennuis de quelques électeurs ruraux les laissent indifférents ! Pourtant, Monsieur le Directeur, nous payons les mêmes contributions que les habitants du centre ville, nous devons être aussi bien traités qu’eux. Qu’adviendrait-il si un égout semblable était installé place Royale ou rue Crébillon ? Il n’y resterait pas 24 heures. Nous, voilà des années que nous supportons celui-là. Nous espérons, Monsieur le Directeur, que vous accueillerez notre protestation et que vous prendrez notre défense, puisque nos élus ne s’occupent pas de nous. Vous remerciant par avance, nous vous adressons, Monsieur le Directeur, nos sincères salutations. » 

En 1909 un nommé BILLOT fait sa publicité pour inciter certains à installer une fosse sceptique.

 

 

Et les animaux vagabondent

Même après la seconde guerre mondiale, les animaux vagabondent et les boeufs ne sont pas en reste. Et l’hôtel de la Maison Rouge leur sert de fourrière, sans doute car il y a une écurie pour les installer provisoirement.
Ainsi, non seulement on trouvait encore des boeufs sur la cote, mais il y en avait à Nantes en 1945 !
Voyez mes précédents articles sur les boeufs :
Les boeufs pour mettre à l’eau le bateau : Le Pouliguen 1910
Quand les boeufs tiraient le canon : Angers 1609

Vaches et chiens ne sont pas en reste.

 

 

 

 

 

1904

Mounier avait cédé depuis des années la maison à sa fille Marie Elisabeth Mounier épouse de monsieur Edouard Halbert négociant en fourrages avec lequel elle demeure à Nantes route de Clisson au Clos Taureau. Ces derniers ont un fils unique, Edouard, qui se marie, et ils lui cèdent toute la maison d’habitation en se retirant en face dans une maison qu’ils font construire en 1904, aujourd’hui 4 rue Georges Lemevel. Le n°7 route de Clisson devient la maison d’un seul ménage, et ils construisent une petite aile annexe à gauche de la cour, qu’on voit sur le cadastre de 1905, et dans cette petite annexe arrive le confort des toilettes, un lavabo avec glace, et une belle cuisine, dont je me souviens car les enfants y étaient admis, ne serait-ce que pour le goûter. Dans cette cuisine, à gauche de l’évier, j’admirais un énorme égoutoir de bois, fait maison, et bien pratique pour ceux qui ne rangent pas toute la vaisselle tout le temps.

1932

Edouard Halbert est emporté par une septicémie en 1932, sa femme et ses enfants gèrent le magasin. De gauche à droite le camioneur, l’employé, Georges, Marguerite, Paul Halbert, leur mère, Marie-Louise et Camille Halbert. Je n’ai jamais vu l’intérieur de ce bâtiment et je n’en connais que cette photo. A bientôt sur ce blog car je vais vous conter l’histoire de ce magasin de grains et fourrages.

Petite fille, de 1938 à 1956, j’ai  fréquenté cette maison de ma gand-mère Halbert, mais je n’en ai connu que le long couloir qui longeait le salon, l’immense dressing, la salle à manger et la cour. Les enfants que nous étions n’avaient aucun accès : au salon que j’ai uniquement aperçu un jour à travers la porte, à l’escalier et je n’ai jamais vu les étages. J’ai uniquement vu la cuisine, la cour, et le grand tilleul qui donnait sur un immense jardin où poussaient entre autres des groseilles dont nous faisions des confitures. Au delà, le jardin était loué à un maraîcher. Puis, le 16 janvier 1956, Georges Halbert, mon père, a quitté ses 6 enfants, et moi, l’aînée, je fus alors catapultée en usine, disant Adieu à des études de pharmacie que j’avais dans la tête…

Nantes a un nouveau pont ! et voici l’ancien pont de Pirmil, son proche voisin !


J’avais publié le 3 septembre 2010 ce qui suit sur mon blog et je le republie ce jour car j’ajoute le tableau ci-dessus, que j’ai chez moi, et qui est le pont de Pirmil, que je tiens de ma grand mère Guillouard.

Il sera ouvert aux automobiles cette nuit à minuit ! Alors je vous invite à visiter les anciens ponts en cartes postales : Le pont de Pirmil avant son écroulement ! et juste après !

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Ma maman, qui habitait petite fille la rue saint Jacques, qui donnait sur le pont de Pirmil, se souvenait de l’écroulement.
Pour ma part, la dernière carte postale, celle du pont de bateau, m’est très parlante, car après les bombardements américains sur Nantes en 1943, nous avons eu un pont de bateau identique, que j’ai bien connu et pratiqué, alors petite fille.