Mathurine Arnaud inhumée dans le cimetière : Clisson Saint Jacques 1688

Je me souviens des enterrements de 1ère et 2ème classe à l’église dans ma jeunesse (je suis née en 1938), et ceux qui avaient plus payé avaient droit entre autres à de belles tentures noires accrochées aux murs à l’intérieur de l’église.
Vous vous souvenez de ces tentures noires n’est-ce pas ?

et vous fredonnez  avec Georges Brassens :

Mais où sont les funéraill’s d’antan ?
Les petits corbillards, corbillards, corbillards, corbillards
De nos grands-pères… 

 

Mais avant la Révolution et jusqu’à une date que j’ignore, il y avait l’inhumation souhaitable au plus près de Dieu donc dans l’église, ou le cimetière auprès de l’église jusqu’à ce qu’on l’interdise pour des raisons d’hygiène.

Je suis actuellement en train de retranscire exhaustivement les plus anciens registres de Clisson et j’y rencontre quelques inhumations pour le moins curieuses, car on aurait pu penser, du moins c’est ce que je pensais, que ceux qui étaient inhumés dans l’église avaient payé alors que les autres, inhumés au cimetière, avaient moins payé, donc étaient moins aisés voire pas aisés du tout.

Alors pourquoi par exemple Mathurine Arnaud est elle inhumée le 7 décembre 1688 au cimetière et pas dans l’église. Elle vient tout juste de donner le jour le 30 novembre précédent à « Jacques fils de Jacques Leauté et Mathurine Arnaud parrain h. homme Jacques Leauté marchand de draps marraine h. femme Renée Martineau femme de Me Jean Leauté notaire royal et procureur »

J’avoue que dans mes exercives de retranscription lentement, je suis parfois très surprise et même je ne comprends pas. Ainsi, Mathurine Arnaud ne méritait pas cela !!!

Cimetière sans accès, Nantes saint Jacques 2011

Âgée de plus de 70 ans, il est de bon ton à cet âge qui avance, et même socialement correct, de ne pas se plaindre !

C’est donc courageusement, et sans se plaindre, que nous atteignons le cimetière saint Jacques en 2011 !
Tout, en se souvenant du bon vieux temps où les transports en commun s’arrêtaient devant l’entrée du cimetière, et même les jours de visites des cimetières à la Toussaint, oh miracle, ils étaient encore plus nombreux !

Les temps sont révolus, plus aucun transport en commun !

Certes on peut toujours atteindre Pirmil par le tram, et remonter courageusement à pieds, voire par le busway au Clos-Toreau et tenter de trouver un passage. Je dis bien « tenter » car des travaux interminables changent de jour à autre les chemins douteux, et peu recommandables.

Certes, on peut regarder auparavant le plan d’accès sur Internet, encore faudrait-il qu’il existe et soit mis à jour, et même que le plan de Nantes veuille bien donner une idée claire et nette de ce que sera le cheminement piéton futur à défaut d’actuel.
J’ai tout essayé, en vain.

Mais enfin, me direz-vous, la voiture !
Certes on peut en conduire une, encore faut-il la garer !
Et à Nantes, on ne connaît que les confétis, vous savez ces toutes petites choses, si petites et si charmantes, qu’on a conçu les parkings à leur dimension.
Non seulement des parkings de Nantes sont grands comme des confétis, pleins avant 7 h 30 du matin, mais on en a fait uniquement le long des transports en commun, enfin quelques uns. Les malins squattent même les parkings privés tout au long de ces lignes, et représentent un véritable fléau.

Et pour les cimetières, aucun stationnement, enfin à Saint-Jacques.

Dois-je en conclure que les cimetières étant de moins en fréquentés, Nantes ne juge plus nécessaire qu’on s’y rende ?

Je viens d’apprendre terrifiée que l’entrée de ce cimetière qui aurait été alignée sur la ligne du Busway, à l’opposée de l’ancienne entrée actuelle, est abandonnée, et qu’il faut donc entièrement le contourner soit par la rue Bonne Garde soit par le Super U en travaux !

Monsieur Jean-Marc Ayrault n’a sans doute pas coutume de fleurir une tombe, ou plusieurs, alors l’accès à un cimetière est le cadet de ses soucis.
Pourtant, sans parler de remettre des lignes passant devant les cimetières, au moins pourrait-on mettre des navettes électriques légères en relais à Pirmil, comme le font d’autres villes, mais cela c’est en effet une solution dans d’autres villes, pas à Nantes. Ces petites navettes électriques pourraient être utiles dans d’autres occasions au fil de l’année !

Hier, en fleurissant maman, je me suis demandée comment je pourrai encore atteindre sa tombe bientôt, et horreur, une seule solution le taxi aller et le taxi retour !
Mais, combien de Nantais pour se payer le cimetière en taxi !
Est-celà une ville sociale ?

Merci Monsieur Ayrault !

Le présent billet est rangé dans une catégorie VIE MODERNE MON OPINION qui a une sous catégorie MERCI MONSIEUR AYRAULT

Le petit et le grand cimetière, à travers nos registres paroissiaux de l’ancien régime

« Les jeunes médecins font les cimetières bossus, se dit pour signifier que les jeunes médecins, avant d’avoir acquis de l’expérience, sont la cause de la mort de beaucoup de personnes. » Proverbe, in Littré, Dictionnaire de la langue française, 1877

Voilà une belle liaison avec le billet d’hier.
L’objet du présent billet est de comprendre la différence entre le petit et le grand cimetière.
Le lieu normal de sépulture est le cimetière. Je précise « normal », car l’objet de ce billet n’est pas l’église elle-même qui fera l’objet d’un autre billet tant j’ai dépouillé de sépultures d’antan et d’inhumations dans l’église.
A l’origine, le cimetière est toujours attenant à l’église, afin que ceux qui n’ont pas le privilège d’être inhumés dans l’église soient au plus près (au plus près du lieu saint). Certains paroissiens demandent même à ce que leur tombe soit adossée au mur de l’église, faute de pouvoir être dedans…
Or, dans certaines paroisses, les actes de sépulture font une distinction entre le « grand » et le « petit » cimetière.

Théoriquement, le grand est celui des grandes personnes, et le petit celui des enfants n’ayant pas encore fait leur communion.
Il s’agit le plus souvent d’un unique cimetière, dans lequel un endroit est défini pour les grands, l’autre pour les petits, d’ailleurs, les habitués des cimetières actuels, ont remarqué des carrés réservés aux enfants, avec ces petites tombes blanches, et ces petits angelots dessus…
Mais dans la pratique, cette distinction entre grandes personnes et enfants n’est pas toujours respectée, et si vous lisez beaucoup d’actes de sépultures, vous en aurez vite la certitude.
François Lebrun constate la même chose dans son ouvrage « Les hommes et la mort en Anjou aux 17e et 18e siècles », et il ajoute que cette distinction ne présente pas un grand interêt.
Plus important à ses yeux, était le manque de respect de ces lieux sacrés.

Ils sont le plus souvent sans clôtures au 17e siècle, alors que nos cimetières actuels sont clos. Même les bestiaux y ont accès (d’ailleurs les bestiaux ont accès partout), et causent bien entendu parfois des dégâts. Les évêques ont bien du mal à sensibiliser les fidèles au respect de ces lieux, et prescrire des clôtures.
Et François Lebrun ajoute que ceci se passe même dans les villes, ainsi à Saumur en 1654, où il existe trois cimetières. Et,bien entendu, il s’y passe tout autre chose, peu respectueuses des lieux : bals, danses, jeux de boules (ceci à Montreuil-Bellay en 1659).
L’édit d’avril 1695 fait obligation aux fabriques de clôturer les cimetières, et ce n’est donc qu’au début du 18e siècle que les cimetières deviennent clos.

Dans les faits, le curé subissait des pressions de la part de certains paroissiens plus fortunés que d’autres, et les règles n’étaient donc pas toujours rigoureusement respectées. Le passe-droit est sans doute vieux comme le monde. Ainsi, à Marans, en pleine épidémie, durant laquelle certains sont même inhumés dans leur jardin tant personne ne peut les mener au lieu saint (ce qui est la dernière des infamies, et en écrivant ces mots je songe à toutes les victimes actuelles des catastrophes bien actuelles, avec respect !), on doit dans l’urgence créer un nouveau cimetière, un peu plus loin, dont le terrain est offert par un paroissien. Donc, on commence à y inhumer, mais parallèlement, probablement sous la pression, on trouve encore quelques exceptions à cette nouvelle règle, et pour que cela ne paraisse pas trop, l’acte de sépulture omet de préciser le terme infamant « mort de contagion », et j’ai même constaté que le passe-droit avait même permis des inhumations dans l’église.

Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.