Les signes de richesse du meunier du Moulin Vieux : Montmartre Paris 1694

Donc, nous avons passé plusieurs jours sur divers signes de richesse de Jacques Fauvet et Ursule Renou meuniers du Moulin Vieux à Montmartre. Ils sont décédés laissant 5 enfants mineurs, ce qui laisse supposer qu’ils étaient encore relativement jeunes, probablement 40 ans ou moins.
Pourtant, leurs biens meubles témoignent d’aisance.

Aujourd’hui, je termine sur le point le plus criant de cette aisance.

Vous qui avez l’habitude de me suivre, vous savez combien j’ai aimé retranscrire et analyser d’inventaires après décès en Anjou. Et on y trouve rarement d’argenterie, réputée pour être un signe de richesse. Et dans cet argenterie j’ai relevé, toujours en Anjou, la présence d’une tasse d’argent. Je dis bien « une tasse », pas deux. Et ce point est déjà une grande intrigue pour moi, car dans un couple une seule tasse ne se comprend pas facilement. On peut même se demander si c’était madame ou monsieur ? J’avoue que je me pose toujours la question.
Et j’ai donc depuis longtemps sur mon site une page consacrée à cette tasse d’argent qui m’intrigue car une seule dans un couple.

Alors, venons en à nos meuniers.
C’est incroyable ils ont 4 tasses d’argent.

Alors, j’ai réfléchi plusieurs jours, et j’en suis venue à l’hypothèse qui suit. J’exclue l’hypothèse de timbale de baptême puisqu’ils ont 5 enfants pas 4.
Et me souvenant de l’inventaire de l’hôtellerie Feillet, qui contenait beaucoup d’argenterie, j’en viens à conclure que le Moulin Vieux recevait les promeneurs du dimanche et leur servait à boire, et ces promeneurs étaient distingués. Un peu une guinguette BCBG;

Cela pourrait rejoindre ce qu’on a écrit sur ces moulins, à savoir qu’ils attiraient les promeneurs, pour la vue, et proposaient consommation.

Cet acte est aux Archives Nationales, MC/ET/CXIV/6 Henri Venant notaire à Paris, 1694 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :


Item 4 tasses dont 3 a une coquille et l’autre à 2 anses, 2 clanis ?? dont l’un à sizeaux et l’autre à clefs, et un chiblet de hochet le tout d’argent poinçon de Paris pesant ensemble avec un hochet à la chesne 4 marc 3 onces 2 quarts prisés à la valeur à raison de 28 livres le marc qui fait ensemble la somme de 123 livres 7 sols 8 deniers
Item 3 petits morceaux d’un anneaux rompu 30 sols
Item une vie de saint Roberd ? en veau prisée 3 livres

Et maintenant je récapitule tous les signes d’aisance du meunier du Moulin Vieux :
Le meunier de Montmartre avait des rideaux aux fenêtres : Paris 1694
La meunière de Montmartre avait un mouchoir de dentelle d’Angleterre : Paris 1694
Le manteau imperméable du meunier de Montmartre était en bouracan : 1694
Et il possédait beaucoup de linge

Les miroirs du meunier du Moulin Vieux : Montmartre Paris 1694

Depuis quelques jours, nous entrons dans l’intérieur du meunier et de la meunière du Moulin Vieux, l’un des 14 moulins de Montmartre, et le plus ancien, et surtout ne regardez pas Wikipedia sur ce moulin : ils le commencent en 1730. Ouille !

Et à travers les biens meubles du meunier, je vous ai témoigné mon étonnement de trouver pour la première fois dans un inventaire des rideaux aux fenêtres :

Le meunier de Montmartre avait des rideaux aux fenêtres : Paris 1694

Et nous sommes alors partis en discussion sur les vitres aux fenêtres, ou plutôt l’abscence de vitres longtemps dans l’immense majorité de la population.

Avant de terminer demain en apothéose surprenante l’inventaire de ce meunier, laissez-moi aujourd’hui vous témoigner d’une autre bien assez remarquable, car infiniement rare en Anjou dans les innombrables inventaires que j’ai pu retranscrire et étudier.
Je veux parler du miroir.
Rarissime dans ce que j’avais déja vu en Anjou.
Et pourtant, le meunier et la meunière du Moulin Vieux de Montmartre, possèdaient 2 miroirs, dont l’un est qualifié de « miroir de toilette ».
Avec beaucoup de malice sans doute, je conclue que madame était coquette !!! Et je suis certaine que vous allez être de mon avis.

A demain, pour la fin de cette étude, et vous allez être surpris !!!
Odile

Le manteau imperméable du meunier de Montmartre était en bouracan : 1694

Je poursuis l’étude des choses remarquables dans l’inventaire du meunier Jacques Fauvel, sur la butte de Montmartre, décédé avant 1694.

Il avait un manteau en bouracan.

Bouracan (Barracan, Baracan, Barragan) : Les auteurs des 17e et 18e siècles pensent que le terme vient du mot italien « baracane », ou bien de l’espagnol « varocino » ou « varonico », car l’étoffe convient aux Espagnols appelés « Varones », à moins que les reliefs de l’étoffe n’évoquent simplement des barres. La plus ancienne mention espagnole du tissu date de 898. Au 12e siècle, Pierre le Vénérable en interdit l’usage aux moines de Cluny. Au 16e siècle, le mot désigne une étoffe de soie aussi bien que de laine. Au 17e siècle, c’est un gros camelot ou une étoffe tissée en poil de chèvre. Au 18e siècle, c’est un sergé serra, à chaîne double ou triple, en laine parfois additionnée de chanvre et à trame en fil retors et fin, teint en fil ou en pièce, noir, rouge, bleu ou brun. On ne le foule pas, on le fait bouillir dans l’eau claire avant de le passer à la calandre. Le bouracan de belle qualité est lisse et fin. A l’inverse du camelot (sergé de trame), le grain du bouracan est produit par un sergé de chaîne. On appelle « rouleau de bouracan » une pièce apprêtée, roulée et empointée. Principaux lieux de fabrication : Abbeville, Amiens, Lille, Rouen, Valenciennes. Les bouracans sont tous régis par le règlement général d’août 1669 et l’arrêt du Conseil du 19 février 1671 ; cependant, les longueurs sont dépassées jusqu’à 49,58 m. Il sert à confectionner des manteaux de pluie jusqu’au 20e siècle, où, au bout de 11 siècles d’existence, on le retrouve en tapis de table ou en dessus-de-lit. (E. Hardouin-Fugier & Coll., Les étoffes, Dictionnaire historique)

Eh oui, nous avons inventé le téflon en 1938 etc… et nous n’utilisons plus les laines foulonnées et bouillies etc… impermétables, mais nous aurions mis le bouracan désormais en dessus-de-lit. Je me demande bien à quoi il ressemble en dessus-de-lit.

Ah, au fait, on ne dit plus imperméable, mais déperlant. Et c’est à base de chimie sans aucune matière naturelle ! Nos ancêtres étaient écologiques sans le savoir, mais ils nous ont laissé une planète en meilleur état que nous ne la laisserons.

Cet acte est aux Archives Nationales, MC/ET/CXIV/6 Henri Venant notaire à Paris, 1694 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

La meunière de Montmartre avait un mouchoir de dentelle d’Angleterre : Paris 1694

Donc, ce jour, je poursuis le contenu surprenant de l’inventaire des meuniers de Montmartre (vu hier sur ce blog), car ils possèdent tant de choses plutôt rencontrées chez les classes sociales que nous dirions maintenant « moyenne à moyenne supérieure » pour s’exprimer dans l’air du temps. C’est donc totalement inattendu chez un meunier.Pas étonnant donc que le pain était cher à Paris !

donc voici la dentelle d’Angleterre, que même Wikipedia a oubliée, pourtant c’est la plus fine, et j’en ai eu un mouchoir à ma communion, il y a de cela 69 ans ! Mais l’acte donne ensuite une autre dentelle que ne suis pas parvenue à identifier tant l’écriture laisse à désirer : il fait ses lettres de curieuse manière, ignore le pluriel et attache tous les mots : cela n’est pas un inventaire facile.
Donc je vous mets la vue, car vous aurez sans doute une meilleure lecture que moi.

Cet acte est aux Archives Nationales, MC/ET/CXIV/6 Henri Venant notaire à Paris, 1694 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Voici le passage mentionnant les dentelles :

Item un autre pacquet du mesme linge consistant en cornette et autres à usage de femme ne méritant estre veu plus au long, avec un bonnet de cheminée à raiseaux 3 livres
Item 2 mouchoirs de colle, 3 cornettes de toile unies 30 sols
Item un mouchoir rond de dentelle d’Angleterre, un autre aussy garni de dentelle d’Angleterre, une coiffe cornette garnie de dentelle de maline ??? 8 livres
Item une chemise de toile de chanvre jausne neuf, 8 caneson de toile de chanvre élimé 4 livres
Item une coiffe de taffetas noir 1 livres
Une juppe de toile blanche, une camisolle de futaine à usage de femme et un pacquet de torchons un tablier de toile de chanvre, 2 vieilles napes 4 livres
Ensuivent l’habit

Le meunier de Montmartre avait des rideaux aux fenêtres : Paris 1694

Je suis une obsédée des inventaires après décès pour toutes les découvertes qu’ils permettent en pénétrant dans la vie matérielle quotidienne de nos ancêtres. J’ai sur ce blog et site de nombreux inventaires après décès.
Sur le blog vous les trouvez en cliquant sur le titre du blog MODES DE VIE, vous avez alors les 2 colonnes du blog, alors qu’en cliquant sur le titre du billet du jour vous n’avez plus la colonne de droite, mais par contre vous avez accès aux commentaires pour en glisser un et participer.
Puis sur la colonne de droite vous allez à la fenêtre CATEGORIES et vous glissez jusque vers la fin à la lettre P
POPULATION puis DECES puis INVENTAIRES APRES DECES

Mais je suis aussi une obsédée du verre, car mon premier emploi fut dans la plus grande verrerie d’Europe, au sud de la forêt de Fontainebleau, dont le sable donne du verre de qualité. Hélas l’usine n’est plus française !

Donc vous savez maintenant que je me passionne pour le verre aux fenêtres, ou plutôt pour son absence longtemps pour l’immense majorité de nos ancêtres, qui fermaient avec volets ou toile ciré.

Or, un ami me transmet un inventaire merveilleux : celui du meunier de Montmartre en 1694. Cet inventaire est plein de surprises et vous allez en entendre parler. Et donc, pour commencer, découvrez avec moi la première fois que je rencontre des rideaux pour fenêtre. Mais, est-ce que ces rideaux viennent derrière une vitre ou tout bonnement pour fermer la fenêtre sans vitre ??? je me le demande bien, car en 1694 le verre est bien loin d’occuper les fenêtres de la majorité des Français. Alors la question est ouverte. Le meunier de Montmartre a-t-il vraiement des vitres aux fenêtres en 1694 ?

Cet acte est aux Archives Nationales, MC/ET/CXIV/6 Henri Venant notaire à Paris, 1694 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Voici le passage mentionnant les rideaux de fenêtre :

Item 3 autres draps dont 2 de toile de chanvre jaulne l’autre élimé 6 livres
Item 4 nappes, 4 rideaux de fenêtre 6 livres