Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714 (1683 fin)

1683 : août, septembre, octobre, novembre, décembre

Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 2 aoust (1683), monsieur de la Bouchetière Aubin, avocat, épouse Mlle Planchenaux, fille du Sr Planchenaux, marchand de bétail vers Ingrandes ; elle a une autre sœur qui a épousé monsieur du Rouzay Pasqueraye, contrôleur au grenier à sel.
  • Le 6e (août 1683) mourut Mr Raveneau, notaire.
  • Le 14e (août 1683) mourut la femme de monsieur Le Mesle, receveur des décimes ; elle s’appelait Moreau de la Jemellière ; elle a laissé six enfants.
  • Le 21e (août 1683) monsieur Huau de la Gauberdière plaida sa première cause.
  • Le 28e (août 1683) monsieur de Basourdy se fit installer en la charge d’avocat du Roy, en la place de feu monsieur Ménage ; c’était un homme de la dernière droiture, d’un grand mérite et un des plus beaux esprits de ce siècle.
  • Le mesme jour (28 août 1683) mourut la femme de Mr Hary l’apothicaire ; elle s’apellait Genoüil.
  • Le 4e septembre (1683), je plaidai ma première cause avec l’applaudissement de tout le monde, grâces à Dieu, j’en suis bien aise.
  • Le mesme jour (4 septembre 1683) monsieur Claude Desmazières plaida avec moi sa première cause.
  • Le 7e (septembre 1683) il se fit un convoy général de toutes les compagnies à la cathédrale, où monsieur d’Angers célébra la messe pontificallement pour Marie Thérèse d’Autriche, infante d’Espagne, femme de Louis le Grand, 14e du nom, Roy de France et de Navarre, qui mourut au château de Versailles le vendredi 30 de juillet. Le chœur était tendu de noir avec une bande de velours et grand nombre d’écussons aux armes de la Reine ; un lit d’honneur dans le chœur avec plusieurs cierges. Le prieur de St Serge y fit l’oraison funèbre.
  • Le mesme jour (7 septembre 1683) monsieur le chevalier de la Forest d’Armaillé fut tué en duel à Paris par un monsieur Quetaire. Il fut pendu par les pieds et traîné sur la claye par les rues de Paris. Il était fils de monsieur de la Forest d’Armaillé conseiller au Parlement de Bretagne et de la dame Le Chat. Son frère, conseiller au parlement de Paris, fut au devant, fut au devant, fit passer l’action pour rencontre et empêcha que son procès luy fut fait.
  • Le mesme jour (7 septembre 1683) mourut mademoiselle de Forges âgée de 18 ans, fille de monsieur Gueniveau de Forges, bourgeois, et de mademoiselle Valtère. Sa mère mourut un mois après subitement de douleur de la mort de sa fille unique.
  • Le 20e (septembre 1683) mourut madame Rousseau de Pantigné, femme de monsieur Rousseau de Pantigné, conseiller au siège présidial de cette ville. Elle était fille de monsieur Bertin cy-devant greffier en chef au criminal et de dame Louise Gigault.
  • Le 28e mourut monsieur Pillegault de l’Ouvrinière, greffier en chef au civil du présidial de cette ville, âgé de 43 ans. Il avait épousé en premières nôces mademoiselle Buisson fille de monsieur Buisson, docteur régent ès loix, dont il a laissé plusieurs enfants, et en secondes mademoiselle …
  • Du 5e octobre (1683) monsieur Leclerc, fils de monsieur Leclerc assesseur au siège présidial d’Angers, voulant prendre le plaisir de la chasse au guet à sa campagne, sortit de sa maison le soleil couchant, et sa campa dans une hauteur à son avantage pour mieux apercevoir la proye ; étant sur le point de quitter son poste sans aucun succès, il entendit un bruit dans un buisson un peu éloigné du lieu où il était, tira son coup croyant que c’était un loup ; ce fut malheureusement sur le cocher de son père, qui était sorti un peu devant luy de la maison, sans le dire ; il mourut de ce coup huit jours après.
  • Le 28e (octobre 1683) mourut madame Rouillard, femme de Mr Rouillard, marchand ; elle s’apellait Louise Angouland, fille de monsieur Angoulant marchand droguiste et de Louise Guitton, sœur de ma déffunte mère ; elle a laissé une fille. Elle fut enterrée le lendemain dans le cimetière de St Maurille ; elle était âgée de 48 ans.
  • Le 3 novembre (1683) monsieur du Tremblay Frein, fils de monsieur du Tremblay Frein, bourgeois, et de feüe mademoiselle Gaudicher épousa mademoiselle Ménage, fille de feu monsieur Ménage, avocat du Roy, et de mademoiselle Foussier de la Cassinerie. Il avait esté pendant plusieurs années conseiller au siège présidial de cette ville ; mais dans une grande affaire que Messieurs du présidial intentèrent à monsieur Boylesve lieutenant général, il fit le personnage de procureur du Roy. Par arrest du privé Conseil, il fut obligé de résigner sa charge dans six mois. Depuis cette disgrâce, il vit longtemps le monde d’un air fort indifférent, se mit ensuite la dévotion en tête, fut dans un séminaire à Paris, revint icy dans l’habit ecclésiastique et enfin s’est déterminé pour le mariage après avoir gousté tous les états de la vie.
  • Le 4e (novembre 1683), quatre des plus grosses cloches de St Maurice qui avaient été fondües quelques jours auparavant, furent bénites. Monsieur l’Evesque d’Angers, Monsieur d’Autichamp lieutenant du Roy de la ville et Château, Monsieur Gohin premier présidant, monsieur Denyau, grand doyen, Mlle de Grammont nièce de Madame de Grammont abbesse du Ronceray, Mme d’Autichamp femme dudit Mr d’Autichamp, Mme la lieutenante générale femme de Mr Boylesve lieutenant général, et Mme Lanier femme de feu Mr Lanier maître des requestes furent parains et maraines. Le chapitre donna ensuite une collation superbe.
  • Le 11e (novembre 1683) mourut monsieur Boylesve cy-devant premier président au présidial. Il avait épousé mademoiselle de Bord dont le père avait amassé de grands biens dans la maltoste. Il a laissé plusieurs enfants sçavoir monsieur Boylesve lieutenant général, Mr du Planty Boylesve et une fille mariée à Paris à Mr Bussy. Il a plusieurs frères scavoir feu Mr de la Guérinière Boylesve, feu Mr Boylesve évesque d’Avranches, Mr de la Mauricière Boylesve, Mr de la Croiserie Boylesve, Mr des Aulnais Boylesve.
  • Le 13e (novembre 1683) mourut monsieur le chevalier Lasnier fils de feu Mr Lasnier de la Guerche président au présidial de cette ville et de mademoiselle Poisson ; elle était de la ville de Château-Gontier.
  • Le mesme jour (13 novembre 1683), monsieur Constantin, cy-devant sous-lieutenant aux gardes, se fit installer dans la charge de grand prévost de feu son père. Monsieur de Boisourdy avocat du Roy parla fort à l’avantage de l’un et de l’autre.
  • Le 23e (novembre 1683) monsieur Pouriatz, advocat, fils de feu Mr Pouriatz advocat et de damoiselle Anne Augeard, épousa mademoiselle Ragon des sentiers de la province de Bretagne.
  • Dans ce temps, on faisait voir un cheval dans cette ville qui avait huit pieds. Il marquait avec son pied droit et frapait autant de coups qu’une carte qu’on lui présentait avait de points, et ainsy de toutes les autres en prenant un Roy pour 3, une dame pour 2 et un valet pour 1. Un particulier prenait des dez et les jettait sur la table ; il marquait avec le pied combien il y avait de points. Il connaissait de plus toutes sortes de chiffres, marquait avec son pied combien de fois dix dans cent, combien de fois cinq et ainsy de toutes les autres quesetions qu’on lui faisait. Il connaissait toutes sortes de monnaies françoises et étrangères marquait combien de livres dans un louis d’or, combien de sols dans un escu, combien de livres, combien de pièces de trente sols, combien de quinze, combien de fois dix, combien de fois cinq. Il fut admiré de toute la ville. J’eus la curiosité de le voir jusqu’à trois fois ; il était fort bien fait de sa taille, âgé de 12 ans.
  • Le 24e (novembre 1683) mademoiselle Phelipeaux, femme de feu Mr Phelipeaux, étant à sa campagne, une paÿsane lui fit dire qu’une vache avait fait un veau, elle y fut pour le voir, elle s’en approcha et le caressa, la vache en fut jalouse et lui donné de ses cornes dans le ventre, dont elle mourut quatre jours après.
  • Le 28e (novembre 1683) mourut mademoiselle Ayrault, fille de feu Mr Pierre Ayrault lieutenant criminel et de mademoiselle Françoise de Pecherat ; elle fut enterrée le lendemain dans le cimetière de St Michel le long de la salle de Mr le curé. Elle donna par son testament 1 000 L à l’Hôtel-Dieu, 1 000 L à l’Hôpital général, 1 000 L aux filles du refuge ; elle fonda une messe tous les mois à la paroisse et fit plusieurs autres biens à différentes personnes. C’était une fille fort vertueuse ; elle était âgée de 31 ans ; elle mourut d’une maladie de langueur.
  • Le 2e (décembre 1683) mourut monsieur Malo maître chirurgien. Il fut enterré le lendemain dans l’église des R.R. pères Minimes. Il avait épousé feüe madame Choisnière.
  • Le 9e (décembre 1683) monsieur l’évesque d’Angers consacra le grand autel de l’église des dames de la fidélité de cette ville.
  • Le 17e (décembre 1683) deux archers de gabelle furent tués à la porte de Toussaints par des valets d’estrangers.
  • Le 29e (décembre 1683) madame Moreau femme de monsieur Moreau cy-devant notaire, mourut âgée de 64 ans ; elle était devenue sourde et aveugle depuis 10 ans ; elle s’appelait Noulau. Elle a laissé pour enfants Mr du Plessis Moreau conseiller au siège présidial qui a épousé mademoiselle de la Cassinerie Foussier, une fille qui a épousé monsieur de la Grüe, et une autre mariée avec monsieur de Loube seigneur de Lambroise. Il y a trois garçons ecclésiastiques ; son père était droguiste.
  • En ce temps, monsieur Musard de la Marsilière, fils de monsieur Musard, secrétaire de monsieur Arnaud évesque d’Angers, et de Mme Masson, leva une compagnie d’infanterie et s’en fut à Belle-Isle en garnison.
  • Dans le mesme temps monsieur de Sazilay de la Tremblaye Robin leva une compagnie de cavalerie. Il a épousé Mlle Grandet.
  • Dans ce mesme temps, monsieur Bouré de Jarzé leva aussi en cette ville une compagnie de cavalerie.
  • Le 19e de ce mois (décembre 1683) madame la dauphine accoucha à Versailles d’un second fils nommé Monseigneur le duc d’Anjou.
  • Cette année (1683) a été fertile en bled et en vin.
  • Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
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