Le seigneur de Thuré, à la Bazouge des Alleux, boît du vin d’Anjou et fait faire ses vignes à Angers, 1591

Le port du masque est obligatoire à Saint-Sébastien-sur-Loire dans l’espace public depuis samedi 12 septembre. L’espace public commence à la sortie de votre espace privé, donc à la porte de votre appartement. Mais  hier, j’ai encore été bousculée et engueulée parce que je descendais, seule, dans l’ascenceur, qui s’est arrêté et 3 personnes non masquées voulaient monter. J’ai dû sortir de l’ascenceur, tout en me faisant engueuler. Aucun affichage dans l’ascenceur sur les règles d’hygiène actuelles, c’est à dire UNE SEULE PERSONNE (ou une famille)

Je salue ce jour les Mainots et en particulier Symphorien, voisin de ce qui suit, car je vous emmêne à la Bazouge des Alleux, située au N.E. de Laval, et plus particulièrement au château de Thuré. En 1591, il appartient à la famille de Feschal depuis longtemps. Ils possèdent des vignes en Anjou, et plus précisément en Anjou, et comme vous l’avez vu ici dans beaucoup d’actes notariés, la façon des vignes est particulière et ce n’est pas le closier qui en est capable. Le seigneur de Thuré boît donc du vin d’Anjou, qui est bien supérieur à tout ce qui se fait plus haut géographiquement à cette époque (1591) alors plus piquette que vin proprement dit, mais dans tous les cas bactériologiquement plus sain que l’eau. Angers est loin de la Bazouge des Alleux, alors le seigneur de Thuré a mandaté un homme d’affaire pour aller traiter cette affaire à Angers, un nomme Rousseau. Il y a beaucoup de Rousseau dans le Maine… pour faire les 100 km aller et 100 km retour, donc il fallait changer de cheval car celui-ci ne fait que 40 km

Cet acte est aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E36 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 20 janvier 1584 en la cour du roy notre sire à Angers endroit par devant nous (Lepelletier notaire) personnellement estably Jehan Rousseau demeurant avec et ensemblement du sieur de Turé en la paroisse de Bazouges des Alleuz pays du Maine, au nom et comme soy faisant fort et ayant charge dudit sieur de Turé et du sieur de Cognelebeuf d’une part et Vincent Arguan demeurant en la paroisse de la Trinité de ceste ville d’Angers d’autre part, soubzmettant etc confessent c’est à savoir que ledit Arguan a promis et promet audit Rousseau audit nom de faire faczonner et cultiver par chacuns ans les vignes du lieu et closerie du Port Meslet audit sieur de Turé et de Cognelebeuf appartenant, situé en ladite paroisse de la Trinité …

 

Free party de Basse-Goulaine : futurs sourds à défaut d’avoir attrapé le Covid, 12 septembre 2020

Mes 5 fenêtres alignées en haut d’une tour proche Basse-Goulaine, sont en haut d’une tour qui domine à 3 km à vol d’oiseau les Vallées à Basse-Goulaine, où à lieu depuis la nuit de vendredi à samedi 11-12 septembre 2020 une free party.

J’entends depuis cette nuit de vendredi à samedi, mais avec des acalmies, heureusement, le bruit de fond comme si la free party était sur les îles de Loire en bas de chez moi. C’est fou ce que le son voyage dans les airs, car à 3 km il est vraiement dérangeant.

J’en conclue qu’à défaut d’attraper le COVID et le ramener chez eux, la majorité n’entendra pas si bien que moi à l’âge de 82 ans, car la surdité les guette plus que le COVID et j’en conclue aussi que les vendeurs d’appareillages surdité doivent se réjouir, la sécurité sociale un peu moins.

Je ne suis pas comme la majorité des personnes âgées, car j’entends normalement et ne suis pas appareillée.

 

Contrat de mariage de Michel Roussière et Marie Blouin, Angers 1591

Cliquez sur le titre de l’article pour le lire pleine page et accéder aux commentaires et outils de recherche.

Chaque contrat de mariage porte des clauses particulières et ne ressemble pas aux autres, même si beaucoup de clauses sont identiques. Ici, le contrat précise que c’est le futur époux qui doit payer les habits nuptiaux de la future. Cela est toujours surprenant à nos yeux actuels. Je ne sais comment vous ressentez, vous, une telle clause. Surprenante, n’est-ce-pas ?

Par ailleurs, je n’ai pas trouvé ce que le futur apporte, mais on sait que la future apporte 2 000 livres, ce qui est de la bourgeoisie moyenne en 1591, et pour mémoire vous avez sur mon site une page qui récapitule tous les contrats de mariage que j’ai retranscrit, même si ma page n’est pas à jour, elle est riche de contrats de mariage.

Cet acte est aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E36 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Je vous mets la photocopie de l’acte qui comporte 6 vues, car je ne suis pas sure de ma lecture du nom de la mère de Marie Blouin, et j’ai eu du mal à déchiffrer les noms des proches parents présents, nombreux, et signant tous bien, dont beaucoup de Jarry.

Le 2 février 1591 après midi, comme en traitant et accordant (devant Lepelletier notaire royal Angers) le mariage d’entre honneste personne Michel Roussière fils de defunts honnestes personnes Pierre Roussière et Jehanne Jousses d’une part et honneste fille Marie Blouyn fille de honnorable homme René Blouyn sieur de Pierre Cou (lieu disparu à Chalonnes) et defunte honneste femme Janette Doerau d’autre part et auparavant que aulcunes promesses ne bénédiction nuptialle fussent intervenues entre lesdits futurs espoux ont esté fait les accords pactions et conventions matrimonialles qui ensuivent, pour ce est il qu’en la cour du Roy notre sire à Angers endroit par davant nous personnellement establys ledit Michel Roussière marchand demeurant en ceste ville d’Angers paroisse de la Trinité d’une part, et ledit René Blouyn et ladite Marie sa fille demeurants en ceste ville en ladite paroisse de la Trinité d’aultre part, soubzmetant etc confessent etc c’est à savoir que ledit Roussière o l’advis auctorité et consentement de ses parents cy après nommés a promis et promet prendre à femme et espouse ladite Marye Blouyn et icelle Blouyn avec l’advis et auctorité dudit Blouyn son père a pareillement promis et promet prendre à mary et espoux ledit Roussière et s’entrespouser l’un l’autre en face de sainte (f°2) église catholique apostolique et romaine sy tost que l’un en sera par l’autre requis tous légitimes empeschements cessant ; en faveur duquel mariage qui aultrement n’eust esté fait consommé ne acomply ledit Blouyn a promis et promet bailler et paier auxdits futurs espoux en avancement de droit successif de ladite Marye sa fille des biens tant de luy que de ladite defunte Doerau mère d’icelle Marye la somme de 660 escuz deux tiers faisant 2 000 livres tz dedans le jour de leurs espousailles, de laquelle somme de 660 escuz deux tiers y en aura la somme de 100 escuz sol de don de nopces et le surplus montant la somme de 560 escuz deux tiers ledit Roussière a promis et promet icelle somme convertir et employer en acquest et achapt d’héritages immeubles et de nature immeuble pour et au profit de ladite Marye Blouyn de ses hoirs qui sera censé et réputé de nature de son propre patrimoine et matrimoine sans que ladite somme et acquets puissent tomber en la communauté desdits futurs espoux par quelque manière (f°3) que ce soit et à défaut de ce faire ledit Roussière a dès à présent comme dès lors et dès lors comme dès à présent vendu créé constitué vend crée et contitue à ladite Marye Blouyn stipulante et acceptante pour elle ses hoirs rente au denier quinze et icelle assise et assignée assiet et assigne sur tous et chacuns ses biens présents et advenir paiable ladite rente ung an après la dissolution dudit mariage et icelle continuer jusques au jour de l’admortissement, lequel Roussière futur espoux promet entièrement tenir faire et admortir ladite rente dedans 3 ans après ladite dissolution dudit mariage et payer et rembourser à une fois et seul payement ladite somme de 560 escuz deux tiers avec les arrérages de ladite rente qui lors seront deubz et escheus à ladite Blouyn ses hoirs et au moyen dudit avantage cy dessus ledit Blouyn jouira et lesdits futurs espoux accordent et consentent qu’il jouisse sa vie durant de la part et portion qui à ladite Marye compète et appartient tant meubles qu’immeubles de la succession de ladite defunte Doineau sa mère mesme des acquests qu’il a fait (f°4) en secondes nopces, sans que lesdit futurs espoux l’en puissent rechercher ne inquiéter sa vie durant et comme est ledit Blouyn tenu rembourser sadite fille de plusieurs jouissances des fruits et revenus de la portion des héritages d’elle … et oultre ce que dessus ledit Roussière a promis et demeure tenu vestir et habiller ladite Marye sadite future espouse de habits et vestements nuptiaulx honnestes comme à elle appartient. Tout ce que dessus stipulé et accepté et lesdites promesses tenir etc renonczant etc ; fait et passé audit Angers en la maison dudit Blouyn présents noble homme Marin Boilesve sieur de la Maucroisière conseiller du roy lieutenant de monsieur le sénéchal d’Anjou, honnorables hommes Me Maurice Jary sieur de Mesnil, Jehan Chailland René et Mathurin Jarry avocats Angers, Jehan Ledean sieur de la Judominière Vincent Leroyer Jehan Lepannelier

 

 

 

Claude de Fontbernier vend à Toussaint Bault plusieurs terres à Saint-Varent en Poitou, 1559

Cliquez sur le titre de l’article pour le lire pleine page et accéder aux commentaires et outils de recherche.

La vente est importante, sans doute un regroupement de biens, car ici on est à la limite du Poitou et de l’Anjou, au sud de Thouars. Pourtant l’acheteur demeure à Angers qui est assez éloigné pour l’époque.

Selon Gontard-Delaunay, Les avocats d’Angers, « Toussaint Bault, sieur de la Ragottière, fut procureur du roi et maire d’Angers en 1567/ Il était fils de Hervé Bault et de Jeanne Langlois, et avait épousé ; 1° Marie Legauffre (1555) ; Anne Haran. Cette famille s’est éteinte dans celle des Guérin du Grand-Launay.
Armes ; D’azur à la palme d’or et l’épée d’argent posée en pas, l’épée à la garde d’or, la pointe en haut, soutenue d’un croissant montant d’argent, la palme à senestre, l’épée à dextre. »
Vous avez sur mon site la liste des avocats d’Angers selon cet ouvrage de Gontard-Delaunay.

Cet acte est aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E8 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 19 mars 1558 (avant Pâques, donc le 19 mars 1559 n.s.) Sachent tous présents et advenir qu’en la cour du roy notre sire à Angers par devant nous Jehan Legauffre notaire de ladite cour fut présent en personne demoiselle Claude de Fontbernyer à présent veufve de feu noble homme Pierre Deshommes seigneur de la Lynière et de la Cheullonière demeurant à présent au Plessis Berger paroisse de la Ferrière pays de Poitou, soubzmetant etc confesse avoir aujourd’hui vendu quicté céddé délaissé et transporté et par ces présentes vend quicte cèdde délaisse et transporte dès maintenant et à présent à toujoursmais perpétuellement par héritage à honnorable homme Me Toussaint Bault licencié ès loix seigneur de la Ravotière advocat demeurant à Angers à ce présent stipulant et acceptant lequel a achapté et achapte pour luy et Marie Legaufre sa femme leurs hoirs etc l’hostel terre et seigneurie domaine appartenances et dépendance de la Ryvyère (f°2) fief féage seigneurie hommes et subjets hommages cens rentes et debvoirs soient tant en maisons cours jardrins fuye garennes estangs moulin à bled prés bois taillis et de haulte fustaye, mestairye et généralement comme toute ladite seigneurie de la Ryvière avecques ses appartenantes et dépendances se poursuit et comporte et comme lesdites choses sont demeurées à ladite venderesse à titre successif de ses feuz père et mère et comme ladite venderresse et ses fermiers et autres de par elle en ont cy davant jouy et jouissent à présent, sans aucune réservation en faire, toutes lesdites choses vendues sises en la paroisse de Saint Varent (au sud de Thouars et à l’est de Bressuire – aujourd’hui département des Deux-Sèvres, 79) et es environs partie en Anjou et partie en Poitou, à foy et homme lige au rachapt quant le cas y eschet à peine de 20 livres tz – Aussi a vendu et vend ladite demoiselle venderesse audit achapteur qui achapte comme dessus les dixmes et droits de dixmes de bled vins laynes aigneaulx grains (f°3) chaumes lins navets et toutes autres choses subjetes à dixme venues croissant et mesurées en la terre et seigneurie de Desme dépendant de ladite seigneurie de la Rivière, lesdits dixmaige et droits de dixme au pays de Poitou en ladite paroisse de Saint Varens ; tenue du seigneur de la Roche de Jensay de sa seigneurie de Desme à foy et hommage et à ungs esperons blancs (j’ai laissé les s sans les comprendre) pour tous debvoirs et charges franches quelconques à mutation d’homme – Aussi a vendu comme dessus audit achapteur les terres de Roches contenant 18 septiers ou environ et une borderie de terre à la Gourt et à la Mocoiryère dite paroisse de Saint Barens pays de Poitou, tenus du seigneur de Glenan à cause de sa seigneurie du Breil de Taye à 2 sols et hommages plains – Aussi vend comme dessus audit achapteur ung fief de vignes feage et seigneurie d’icelle cens rentes et debvoirs appellé le fief Baguet et les autres (f°4) vignes cens et rentes dépendances dudit fief, iceluy fief tenu du seigneur de Bressuire à cause de sa seigneurie de Chyche à foy et hommage plain – Aussi vendu comme dessus audit achapteur une borderye de terre non herbergée assis aux terres de Mesprete dite paroisse de Saint Varens tenue de la seigneurie de Boussay à foy et hommage plain et ung cheval de service – Le toral desdites charges vers noble homme René Aufoy seigneur de Marcel près Tours de 33 septiers de bled seigle paiable par an à la Toussaint rendable audit jour audit fief de Marcel pour tous debvoirs et charges quelconques franches et quictes du passé comprins en la présente vendition les bestiaulx estans sur lesdites choses vendues en tant qu’à ladite venderesse en appartient ; aussi comprins tous les arrérages des cens rentes et debvoirs deubz et escheuz du passé à cause desdites choses par quelques personnes que ce soit et combien (f°5) que autre déclaration n’en soit faite, pour s’en faire payer par ledit achapteur ainsi que eust fait ou peu faire ladite venderesse. Transportant etc et est faite la présente vendition pour le peix et somme de 4 670 livres tz payées contant ce jour en notre présence et à veu de nous par ledit achapteur à ladite venderesse

Qui était Charles Moride, aliàs d’Albrey, artiste à Paris 1892

Cliquez sur le titre de l’article pour le lire pleine page et accéder aux commentaires et outils de recherche.

J’ai beaucoup étudié les MORIDE mais je ne peux identifier celui qui fut Charles Moride artiste dramatique à Paris en 1892. On sait, d’après les 2 coupures de journaux du temps, qu’il demeurait 124 boulevard Rochechouart, et que son père était concierge rue de Grenelle. Voici les 2 coupures de journaux trouvées dans GALLICA :

LE MEURTRE DE MONTMARTRE[1]

L’arrestation de Maria Guillet. — Une fable. — Le récit exact du crime. — Charles Moride.
Nous avons annoncé hier que, malgré les affirmations de Charles Moride, la victime du drame de la rue des Martyrs, la femme qui l’accompagnait a été arrêtée. Voici à la suite de quelles circonstances cotte arrestation a été opérée.
Les agents de la sûreté s’étaient rendus sur les indications de M. Garnot, commissaire de police, chez Rossignol, le débit de vin situé au-dessus du Divan-Japonais et devant lequel, aux dires de la victime elle-même, s’était déroulé le drame que nous avons raconté. Ils découvrirent que, contrairement aux assertions de la victime et de Maria Guillet, la tentative do meurtre avait eu lieu non sur le trottoir, rue des Martyrs, mais dans l’établissement môme de Rossignol.
Voici, du reste, ce que déclarèrent le patron et le garçon de cet établissement :
« Moride, que nous connaissions plutôt sous son nom de théâtre, Charles Dalbrey, est entré chez nous vers deux heures du matin, en compagnie de la fille Maria Guillet, et d’un individu qu’on croit être le souteneur de cette dernière, un nommé Vivier ou Duvivier. Tous trois s’installèrent à la même table et Moride commanda une bouteille. Il remplit les verres, mais quand Maria Guillet voulut porter le sien à ses lèvres, l’artiste l’en empêcha,
« — Ça m’est bien égal, dit la fille, je boirai tout de même.
« Ce disant, elle saisit la bouteille et porta le goulot à sa bouche. Moride lui arracha violemment la bouteille. Maria Guillet se fâcha.
« – C’est pour te f… de nous, dit-elle, que tu nous invites et que tu nous empêches de boire. Eh bien ! tiens, voilà pour toi !
« Maria Guillet sortit un couteau de sa poche et, d’un coup droit, plongea la lame dans la poitrine de Moride. »
Le garçon do l’établissemont ajouta qu’il avait aperçu très distinctement le geste de la fille, mais il crut qu’elle avait simplement donné un coup de poing.
Immédiatement après cette scène, les trois buveurs se levèrent et Maria Guillet sortit rapidement avec Vivier ou Duvivier. Mais a peine Moride était-il debout qu’il tomba comme une masse. Sa figure porta sur une table et il saigna du nez avec abondance.
Le patron et le garçon le relevèrent, l’assirent sur une chaise, lui lavèrent la figure et lui firent prendre un cordial.
Pendant que le garçon lui lavait la face, Moride dit :
— Si je n’avais que ça, un saignement de nez, ce serait rien. Mais j’ai reçu un coup de couteau dans la poitrine.
Il appliqua la main sur sa blessure et tant bien que mal, avec l’aide du garçon, il put regagner son domicile, à l’angle de la rue des Martyrs et du boulevard Rochechouart.
Il était couché depuis quelques minutes lorsque Maria Guillet vint le rejoindre. Une violento discussion éclata entre eux. C’est alors que le concierge monta pour mettre le holà et que Moride lui récita la fable qu’il a répétée aux agents et au commissaire de police.
Maria Guillet, qui n’était pas retournée à l’hôtel do la rue Puget, comme elle l’avait promis, a été arrêtée à six heures du soir sur le boulevard Rochechouart. Elle a fait des aveux complets et a rejeté sur l’ivresse l’acte qu’elle avait commis. Elle a été écrouée au Dépôt.
Hier, assez tard dans la soirée, Moride se trouvait dans l’état comateux.
Sa mort n’est plus qu’une question d’heures.

 

 

UNE MAÎTRESSE IRASCIBLE[2]

La rue des Martyrs a été, la nuit dernière, le théâtre d’un crime.
Un jeune artiste dramatique, M. Charles Moride, qui était connu au théâtre Montmartre sous le pseudonyme de d’Albrey, âgé de vingt-huit ans, a été frappé mortellement d’un coup de couteau par sa maîtresse.
Voici les renseignements que nous avons pa recueillir sur cette affaire :
Il y a un an environ, M. Moride avait eu pour maîtresse une fille Marie Guillet, âgée de vingt-deux ans. Il y a quelques mois, cette tille s’étant brouillée avec l’artiste, se rendit à Versailles et entra comme pensionnaire dans une maison mal famée de cette ville.
Avant-hier soir, M. Moride se disposait à rentrer à son domicile, 124 boulevard Rocbechouart, quand il fit la rencontre de Marie Guillet.
L’artiste l’emmena chez lui et tous deux passèrent ensemble la journée du lendemain.
Ils se quittèrent à six heures du soir. M. Moride alla dîner chez son père, concierge, rue de Grenelle, tandis que Marie Guillet prenait son repas dans un petit restaurant nouvellement installé place Pigalle à l’augle de la rue Duperré. Ils se retrouvèrent le soir à neuf heures et parcoururent ensemble un grand nombre de brasseries et débits de vins de Montmartre. Vers deux heures du matin, tous deux étaient légèrement pris de boisson.
Voulant achever gaiement leur nuit, ils entrèrent dans le débit de M. Rossignol, 75, rue des Martyrs, et se firent servir un litre de vin. Marie Guillet s’apprêtait à vider son verre, quand son amant le lui arracha des mains.
Je te défends de boire, lui cria-t-il.
Sa maîtresse, croyant à une plaisanterie, se mit à rire, puis, saisissant le litre de vin, voulut boire à même la bouteille.
Mais l’artiste la lui enleva également.
Furieuse. Marie Guillet saisit alors son couteau et en frappa son amant au sein droit. L’arme pénétra profondément dans le corps et perfora le poumon.
Charles Moride poussa un cri, puis s’affaissa sur le plancher, rendant des flots de sang par la bouche et par le nez.
Marie Guillet avait pris la fuite.
Le marchand de vins, M. Rossignol, croyant que Moride n’avait reçu qu’un coup sans gravité, offrit un verre de vulnéraire à son client. Ce dernier l’absorba, puis demanda à être reconduit chez lui.
On le transporta à son domicile et quelques minutes après Marie Guillet venait le retrouver. Une discussion assez violente s’éleva alors entre eux et comme tous deux troublaient le repos des locataires de la maison, le concierge monta dans le logement de M. Moride pour mettre fin à cette scène.
A ce moment, Moride dont les forces étaient épuisées, se tordait en proie à d’atroces souffrances.
On m’a assassiné, dit-il à son concierge allez chercher un médecin.
Quelques instants après, un docteur arrivait au chevet du blessé et constatait que la blessure était mortelle. Il ordonna aussitôt le transport de Moride à l’Hôpital Lariboisière.
Garnot, commissaire de police du quartier, prévenu aussitôt, se rendit immédiatement au chevet de l’artiste et lui demanda dans quelles circonstances il avait été frappé.
Moride, qui ne voulait pas accuser sa maîtresse, raconta alors qu-il avait été assailli par un inconnu, dans la rue des Martyrs, pendant qu’il attendait sa maîtresse qu’il avait envoyée acheter de la charcuterie.
Après avoir fait cette déclaration, le blessé perdit connaissance et sa mit à râler.
Les médecins ont perdu tout espoir de le sauver. Il est à craindre que le malheureux ne puisse passer la nuit.
Les explications fournies par Moride ayant semblé louches à M. Garnot, ce magistrat procéda à l’arrestation de Marie Guillet et l’accusa formellement d’être l’auteur du crime. Cette fille nia d’abord avec persistance, puis elle se décida enfin à faire des aveux complets.
J’étais ivre, a-t-elle allégué pour sa défense.
Elle a été envoyée au Dépôt.

 [1] La Petite presse : journal quotidien… (Paris) 1892-10-09

[2] Le Petit Parisien : journal quotidien du soir, 7 octobre 1892

Elle se noye en portant secours : baignade tragique à Ménéac, 1881

Cliquez sur le titre de l’article pour le lire pleine page et accéder aux commentaires et outils de recherche.

Nous subissons, actuellement surtout, tant de mauvaises nouvelles, alors qu’il existe aussi ce que Mareck Halter appelle « La Force du Bien », le plus souvent passez sous silence.

Poursuivant mes recherches sur Ménéac et Merdrignac, j’ai relevé toute la presse numérisée, noté les croyances, les vestiges du patrimoine, les faits divers. Parmi ces faits divers, un exemple de la force du bien. Cela fait chaud au coeur de lire tels faits divers, alors  je vais oublier tous les autres, si négatifs :

L’abbé Beuve-Méry[1], recteur de Menéac (diocèse de Vannes), nous adresse cet émouvant récit du dévouement d’une religieuse, qui s’est noyée en essayant de sauver une de ses élèves :

« Monsieur le rédacteur, En ces jours de calomnies et de persécutions, n’est-il pas urgent de montrer, aux ennemis comme aux amis, le religieux tel qu’il est, héroïque partout et toujours? Jeudi dernier, 7 juillet, une dizaine de jeunes filles et d’enfants conduites par deux religieuses se baignaient, vers onze heures du matin, à un kilomètre du bourg de Ménéac, dans un étang dont les eaux ont englouti bien des victimes. Toutes les précautions semblaient avoir été prises; déjà les baigneuses reprenaient leurs vêtements ; une seule, l’organisatrice de la partie, Célestine L…, jeune fille de seize ans, prolongeait obstinément son bain malgré les avertissements de sa maîtresse. Tout en folâtrant, elle dépasse la limite fixée par la maternelle prudence de la sœur, perd pied et disparaît. Sans hésiter, sans quitter ses lourds vêtements (elle ne s’était pas baignée), la plus âgée des religieuses se précipite à son secours, la saisit, mais hélas la roche, coupée à pic en cet endroit, se dérobe sous ses pieds, entraînée par celle qu’elle voulait sauver; elle disparait à son tour. Au bout de quelques secondes toutes deux reviennent à la surface; d’un coup d’œil l’héroïque fille a jugé la situation : sa jeune compagne est déjà tout près de l’endroit fatal, les élèves se précipitent au secours de leur mère ; oublieuse d’elle-même, déjà à demi suffoquée, d’un geste que n’oublieront jamais les témoins de cette scène déchirante, elle ordonne à sa sœur, à ses enfants de s’éloigner, lutte encore quelques instants et disparaît pour ne plus reparaître. Suprême abnégation, qui seule nous a épargné d’autres deuils. Attirés par les cris, quelques faucheurs arrivent, l’alarme est donnée au bourg, dont la population entière accoure sur le lieu du sinistre ; les plus courageux efforts restent sans résultat; enfin, après une heure d’infructueuses recherches on ramène deux cadavres. Samedi dernier, MM. les curés de Merdrignac et de la Trinité-Porrhoët, assistés d’un nombreux clergé et de tout ce que le pays compte de plus honorable, condui saient à leur dernière demeure les dépouilles mortelles de cette mère et de cette fille dont l’une avait aimé l’autre jusqu’à donner sa vie pour elle. Sœur Marie-Angèle (Ursule-Marie Toussainte Gastel, née au Theil, diocèse de Rennes) n’avait que trente ans. Entrée à dix sept ans dans la congrégation des sœurs de l’Immaculée conception de Saint-Méen, elle fut, il y a huit ans, désignée pour coopérer à la fondation d’une école libre que ces dames ouvraient alors dans l’importante paroisse de Menéac. Dieu seul connaît tout le bien qu’elle y a fait. Parfaitement douée sous tous les rapports, elle se dépensait entièrement pour ses élèves ; sa mort a été le digne couronnement de sa vie. Pouvons-nous là plaindre? Elle est morte pour ainsi dire en quittant la sainte table, elle est morte dans l’accomplissement héroïque de la mission que lui avait confiée son divin époux. Beati qui in Domino moriuntur. Agréez, monsieur le rédacteur, l’hommage de mes respectueux sentiments en N.-S. Beuve-Méry, recteur de Menéac, —-, -»

Joseph-Marie Beuve-Méry[2], recteur de Menéac, mort Ploërmel le 13 mai, né à Lorient le 6 mai 1837, il avait été ordonné prêtre le 25 mai 1831, il fut transféré à Arzal le 1er mai 1863, à Glenac, le 1er janvier 1867, à Ploërmel le 28 février 1838, puis devint recteur de Saint-Brieux du Mauron le 1er octobre 1877, et de Ménéac le 16 novembre 1880.

[1] L’Univers, 16 juillet 1881, p

[2] Revue historique de l’Ouest, 1892, n°1, p 145