Mes mémoires de la seconde guerre mondiale

Introduction

En ce 8 mai, je viens vous conter l’un de mes souvenirs de cette seconde guerre mondiale. J’ai certes écrit tout ce dont je me souviens, mais je ne l’ai pas publié, et sans doute devrais-je le faire. Mais avant de le faire, je tiens à vous conter le plus merveilleux souvenir d’enfant que j’étais !

la nuit de notre fuite jeudi 16 septembre 1943 

Oui, c’est un moment merveilleux que je vous conte. J’étais l’aînée de 4 enfants et ma maman enceinte du 5ème. Mes cousins de Gesté, au nombre de 3 étaient venus à Nantes avec leurs parents grâce à un de leur voisin qui ne rentra pas à Gesté ce soir-là car sa femme était en ville sous les bombes et il la chercha. Mon père attela les 2 chevaux chacun à une voiture à cheval, dont l’une était un vrai camion à cheval. Sa mère et sa soeur qui demeuraient en face de chez nous avaient rapidement fait leurs bagages, autant que mes parents, mais sans doute assez lourdement chargé les 2 voitures. Donc au total nous étions 6 adultes (papa, mama, tante Marguerite, tonton Louis, tante Louise et grand mère Halbert) et 7 enfants.
De Nantes à Gesté il y a 43 km, ce qui est une distance quotidienne normale pour un cheval, pas plus, mais les chevaux avaient un certain âge, et les voitures étaient toutes deux chargées. L’un d’eux se nommait Papillon, et j’entends encore régulièrement « Hue Papillon ! ». La route n’était pas toujours plate, et les pauvres chevaux faisaient ce qu’ils pouvaient, aussi ce qui devait arriver arriva.
Papillon n’en pouvait plus et au beau milieu d’une cote, il s’arrêta net, refusant de partir. Les adultes prirent alors 2 décisions : faire descendre tout le monde, et atteler les 2 chevaux à la voiture camion chargée. C’est alors que du haut de mes 5 ans et 3 mois, voyant les adultes s’aligner derrière le camion la main sur la barre arrière pour le pousser, je me suis alignée près d’eux et j’ai levé bien haut ma main pour atteindre la barre et pousser.
J’ai encore en mémoire cet instant merveilleux du sourire des adultes me voyant ainsi avec eux !

oui, ce merveilleux sourire

Oui, les adultes furent merveilleux pour les enfants, nous épargant la peur, nous dissimulant habilement la vérité et je leur ai cette nuit là offert une seconde d’amusement !
Des années plus tart, début des années 60, alors que tout allait de travers en France habituée aux attentats, je travaillais à Bagneaux-sur-Loing dans l’immense verrerie, mais on y allait depuis Nemours en train chaque jour. Or, un soir après le travail, moi et quelques collègues nous atteignons la gare de Bagneaux, et là un train était bloqué en plein milieu de la gare pour tout bloquer.
C’est alors que l’une de mes collèges, plus petite que les autres, s’approcha de l’arrière du train, nous invitant à en faire autant qu’elle, et mit la main sur le train pour le pousser. Cet instant de nos rires entre collègues est dans ma mémoire à jamais, car je vis alors ma main en cette nuit du 16 septembre 1943 sur le camion près des adultes et leur sourire !
Ce soir là, bien sûr aucun train ne bougea et je me souviens de nos galères de salariées pour aller faire du stop sur la route… mais je me souviens surtout de tous ces sourires… même quand tout va de travers !