Pierre Denyau, veuf, face à l’entretien de ses enfants, Chazé-Henry, 1647

Ma grand-mère maternelle, Aimée Audineau, descend 5 fois des DENYAU du Pouancéen, sans pouvoir rattacher à ce jour ces familles entre elles, bien que certaines probabilités demeurent. C’est dire, oh combien, j’ai dépensé depuis des années d’énergie sur les DENYAU pour tenter de compléte ce puzzle, compliqué par l’absence de filiations à Pouancé dans les mariages etc…

Aujourd’hui, je vous propose des DENYAU qui ne me sont rien, enfin, je n’ai établi aucun lien à ce jour avec les miens. Voici d’abord ce que j’avais avant l’acte que je vous propose (après l’acte, je mets ce que j’en ai tiré et je vous refais en conséquence cette fratrie) :

Pierre DENYAU Sr de la Besneraie †1654/1669 Fils de Pierre DENYAU et de Jehanne GALLISSON x1 Geneviève DENYAU †Chazé-Henry 27.6.1644 x2 Jeanne BLANCHETIERE

    1-Pierre DENYAU (du x1 Geneviève Denyau) x La Rouaudière 29.10.1669 Marguerite GOUESBAULT Fille de †Pierre Nre et de h. femme Perrine Delahaye

    2-fils °†Chazé-Henry 22.12.1641

    3-René DENYAU °Chazé-Henry 6.1.1643 b 25.2.1643 Filleul de Mr Jean Pillegault Sr de l’Ouvrinière (s) Dt en la ville d’Angers et de Elisabeth Denyau

    4-Nicolle DENYAU °Chazé-Henry 27.6.1644 (b 9.10.1644) †Chazé-Henry 24.1.1675 filleule de Michel Gault, & Nicolle Allaneau x /1666 François DAVY

    5-Jeanne DENYAU (du x2) °Chazé-Henry 10.12.1645 Filleule de noble h. Gatien Galliczon Sr de la Gassière Cr du roi au présidial de Château-Gontier, et de h. femme Anne Rousseau dame des Grandsprés

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E2 – Voici la retranscription de l’acte : Le 9 avril 1647 après midy par devant nous Jacques Caternault notaire royal à Angers furent présents et deument soubzmis René Denyau marchand demeurant au bourg de Chazé-Henry et Pierre ayeul de Pierre et Nicolle Denyau enfants mineurs de Pierre Denyau Sr de la Besneraye et de défunte Geneviefve Denyau d’une part,
et ledit Pierre Denyau demeurant en ladite paroisse de Chazé-Henry d’autre
lesquels sur les procès pendant par devant messieurs les gens tenant le siège présidial de cette ville tant sur l’appel interjeté par ledit Pierre Denyau sous provision de curatelle rendue par le sénéchal de Roche d’Iré le (blanc) 1645 que sur les demandes faites par ledit Pierre Denyau audit René Denyau son beau-père pour les nourritures en quoy il estoit tenu par le contrat de mariage du 31 janvier 1640 ensemble sur la demande faite par ledit René Denyau audit Pierre Denyau de la somme de 800 livres qui luy avait esté donnée par ledit contrat de mariage et réputée propre à ladite défunte Geneviefve Denyau,

ont sur le tout par l’advis de leurs conseils et amis, pour nourrir paix et amitié entre eux, accordé de la manière qui s’ensuit, c’est à savoir
à l’égard de la sentence dudit sénéchal de Roche d’Iré, ledit Pierre Deniau demeurera tuteur naturel desdits Pierre et Nicolle Deniau ses enfants
et pour ce qui est de leur pension et nourriture au moyen de l’offre faite par ledit René Denyau ils demeuront en sa maison lesquels il promet et s’oblige nourrir et entretenir pendant sa vie et les faire instruire selon leur qualité sans pour ce prétendre ledit Pierre Denyau aulcune pensions nourritures et entretenement lequel demeure dès à présent déchargé
et quand aux demandes dudit Pierre Deniau et pensions par luy prétendues, ils ont accordé et composé à la somme de 350 livres que ledit René Denyau déduit audit Pierre Denyau sur ladite somme de 800 livres qu’il a recue par ledit contrat de mariage, de laquelle somme ledit René Denyau a promis acquiter ledit Pierre Denyau vers lesdits mineurs des intérests de ladite somme
et pour ce qui est des 450 livres restant desdites 500 livres ledit Pierre Denyau a consenti le remploi suivant ledit contrat de mariage sur les acquets qu’il a faits dans sa communauté et de ladite défunte Geneviefve Denyau jusques à concurrence de ladite somme de 450 livres, desquels acquets ledit Pierre Denyau jouira jusques à ce que lesdits mineurs soient mariés ou majeurs en payant par chacun an l’intérest de ladite somme à raison du dernier vingt, ce qui est 22 livres 10 sols par chacun an,
et à l’égard de la maison relaissée audit Denyau par ledit contrat de mariage située audit bourg de Chazé-Henry, ledit Pierre Denyau en a relaissé la jouissance audit René Denyau son beau-père à commencer au jour de Toussaint prochaine sans qu’il puisse prétendre aucune chose pour les réfections et réparations qu’il a fait faire en ladite maison ni pareillement ledit René Denyau les fermes et jouissances d’icelle pendant le temps que ledit Pierre Denyau y a demeuré
et à se moien (à ce moyen) en ladite instance, les parties sont demeurées hors de court et procès sans aucuns despends dommages ni intérêts de part et d’autre fors que ledit Sr de la Besneraye demeure tenu de payer les debtes de la communaulté, ce qui a été stipullé et accepté par lesdites parties …
fait et passé audit Angers à notre tablier, présents Me Jean Gastineau Jean Gault et Pierre Boullay praticiens demeurant audit lieu, et Me Jean Davyau notaire demeurant en la paroisse de Saint Melaine

Cette image est la propriété des Archives Départementales du Maine-et-Loire. Je la mets ici à titre d’outil d’identification des signatures, car autrefois on ne changeait pas de signature.

  • Voici ce que nous apprend cet acte :
  • Le père de Geneviève Denyau est René, marchand, demeurant à Chazé-Henry en 1647, et nous possédons sa signature.

    Pierre Denyau et Geneviève Denyau ont fait leur contrat de mariage le 31 janvier 1640, et elle a eu en dot 800 livres plus la jouissance d’une maison dans le bourg de Chazé-Henry (ce qui atteste une famille aisée, sans doute un marchand fermier, ou comme notre ami Toisonnier aime joliement à dire, un fermier de campagne, mais cela pourrait aussi bien être un notaire ou sergent royal)

    Sur les 4 enfants que Geneviève Denyau a mis au monde on avait déjà l’un mort né, et on peut ajouter que René est décédé en bas âge, car en 1647 il ne reste que 2 enfants mineurs, Pierre et Nicole, cette dernière âgée de 3 ans et ayant perdu sa mère à sa naissance.

    René Denyau, père de Geneviève, avait donné 800 livres de dot à sa fille et une maison dans le bourg de Chazé-Henry que le jeune couple a habité.

    Les grands-parents sont toujours corvéables à merci, quans ils vivent ! car autrefois, peu de petits-enfants avaient encore un ou plusieurs grand-parent. Donc, René Denyau, qui a perdu sa fille Geneviève en 1644 et lui survit encore en 1647 doit contribuer à l’entretien, nourriture et éducation de ses petits enfants, en leur laissant 350 livres !

    On remarque au passage que le père, lui, n’est pas tenu de contribuer pour le tout ! Par contre, une fois l’accord fait avec son beau-père, il proment non seulement de les nourrir et entretenir, mais aussi de leur faire avoir une éducation selon leur qualité.

  • Voici maintenant ce que donne mon dossier complété grâce aux données ci-dessus :
  • Pierre DENYAU Sr de la Besneraie †1654/1669 Fils de Pierre DENYAU et de Jehanne GALLISSON x1 (contrat 31 janvier 1640, cité in acte du 9 avril 1647) Geneviève DENYAU †Chazé-Henry 27.6.1644 Fille de René, vivant en avril 1647, dont on possède la signature x2 Jeanne BLANCHETIERE

      1-Pierre DENYAU (du x1 Geneviève Denyau) x La Rouaudière 29.10.1669 Marguerite GOUESBAULT Fille de †Pierre Nre et de h. femme Perrine Delahaye

      2-fils °†Chazé-Henry 22.12.1641

      3-René DENYAU °Chazé-Henry 6.1.1643 b 25.2.1643 + avant 1647 Filleul de Mr Jean Pillegault Sr de l’Ouvrinière (s) Dt en la ville d’Angers et de Elisabeth Denyau

      4-Nicolle DENYAU °Chazé-Henry 27.6.1644 (b 9.10.1644) †Chazé-Henry 24.1.1675 filleule de Michel Gault, & Nicolle Allaneau x /1666 François DAVY

      5-Jeanne DENYAU (du x2) °Chazé-Henry 10.12.1645 Filleule de noble h. Gatien Galliczon Sr de la Gassière Cr du roi au présidial de Château-Gontier, et de h. femme Anne Rousseau dame des Grandsprés

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    Bail à ferme de la terre de Chauvigné, 1587

    Voici encore une saisie et un bail judiciaire qui est sous affermé à un autre. D’ailleurs j’ai bien l’impression que la terre de Chauvigné a déjà fait l’objet d’un autre article sur mon blog, et que son propriétaire avait été un protestant qui a fait parlé de lui.

    Là encore, j’ai beaucoup travaillé les FOUIN, car je descends de ceux qui apparaissant à Pouancé fin 16e siècle et je tente de les lier aux autres porteurs du patronyme.
    L’acte qui suit permet d’avoir la signature de Guillaume Fouin le Jeune, marchand à Craon en 1587, et manifestement marchand fermier.

    Le bailleur est issu de Cossé-le-Vivien, et est bedeau et suppôt de l’université d’Angers. Voici la différence entre le suppôt de l’université, et le suppôt de satan (plus connu que le précédent de nos jours), le tout selon le Dictionnaire de L’Académie française, 4th Edition (1762) :

    SUPPÔT. s.m. Celui qui est membre d’un Corps, & qui y remplit certaines fonctions pour le service du même Corps. Les suppôts de l’Université. Le Recteur & ses suppôts. Les Imprimeurs & les Libraires sont suppôts de l’Université. Il n’est guère d’usage dans cette acception, qu’en parlant de l’Université.

    On dit d’Un méchant homme, que C’est un suppôt de Satan. Satan & ses suppôts.

    L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E7 – Voici la retranscription de l’acte : Le 30 juillet 1587 après midy, en la court du Roy notre sire à Angers endroit par davant nous Mathurin Grudé notaire de ladite court personnellement estably honorable homme René Desalleux Sr de la Cuche bedeau et suppot de l’université d’Angers et y demeurant paroisse de St Maurille d’une part,
    et honneste homme Guillaume Fouyn le Jeune marchand demeurant ès forsbourgs de Craon d’autre part
    soubzmettant lesdites parties respectivement eux et chacun d’eux confessent avoir fait et par ce présentes font les cession et transport sui suivent c’est à savoir que ledit Desalleux a quité ceddé délaissé et transporté et par ces présentes quite cèdde délaisse et transporte audit Fouyn stipullant et acceptant le droit de bail afferme (à ferme) de la terre et seigneurie de Chauvigné saisie à la requête de monsieur le procureur du roy sur le seigneur dudit lieu et adjugée audit Desalleux par monsieur le lieutenant de monsieur le sénéchal d’Anjou pour le prix et somme de 100 escus par chacun an,
    et aux charges portées par ledit bail duquel bail prix et chartes d’iceluy ledit Fouyn a dict avoir bonne et suffisante coignaissance pour dudit bail en jouir et user par ledit Fouyn ainsi qu’eust fait ou pu faire ledit Desalleux, lequel a subrogé et subroge ledit Fouyn en ses droits et actions et laquelle cession a esté et est faite par ledit Desalleux audit Fouyn sans aucun garantage ne restitution de prix et a promis et demeure tenu ledit Fouyn acquiter ledit Desalleux du prix et charges et de tout le contenu audit bail et l’en rendre quite …
    fait et passé audit Angers en présence de Planchenault et René Planchenault praticiens

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    Journal d’Etienne Toisonnier, Angers 1683-1714 (1703)

    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 14 janvier 1703 mourut la femme de Mr Lemarié de l’Epinay conseiller ; elle avait auparavant épouse Mr Trouillet de l’Echasserie dont elle avait eu une fille morte à l’âge de 16 ans ; elle s’appelait Briand, nièce de feu Mr Briand intendant des dames princesses de Carignan, dont elle a été seule héritière, et en a eu 100 000 écus de biens ; elle a laissé 3 enfants.
  • Le 30 (janvier 1703), comme les maires sont à présent électifs au moyen du remboursement fait à feu Mr de la Foucherie Raimbault de sa charge de maire perpétuel, Mr Poulain de la Forestrie a été élu maire en la manière ordinaire. (Note de Marc Saché : François Poulain, siseur de la Grée, de la Forestrie et de Parnay, né le 1er juillet 1650, était fils de François Poulain et de Françoise Bernard. Échevin en 1690, conseiller échevin en avril 1694, il fut élu maire le 30 janvier 1703 et continué jusqu’en 1706. C’est sous son administration que la ville, après avoir racheté la mairie héréditaire, obtint le rachat des charges d’assesseurs et de lieutenant de maire, moyennant une somme de 78 000 livres, obtenue par la prorogation des octrois. Il fit replanter d’ormeaux le Mail, dont les allées furent élargies. Aussi la devise de son jeton consacre-t-elle cet embellissement : Urbis ornamento et deliciis civium. Il avait épousé le 27 avril 1677, Perrine Testard, fille de Pierre T., sieur de l’Auberdière et d’Anne Verdon, et en secondes noces, le 25 février 1699, Geneviève Dosdefer, fille de Julien D., écuyer, seigneur de Parnay, et Geneviève Petit – Voir DE SOLAND, Bulletin historique, années 1859-1860 pp. 179, 182 ; GONTARD de LAUNAY, Familles des maires, t. 1, pp. 145, 147 ; PLANCHENAULT, Jetons, p. 290 ; état civil de Saint Maurille ; BM Angers, manuscrit 1213 bis-anc 1005)
  • Le même jour (30 janvier 1703) Mr de Dane Audouin conseiller au présidial, fils de feu Mr de Dane Audouin, docteur régent professeur ès droits en l’université de cette ville et de la feue dame Ménage, épousa la fille de feu Mr du Planty Frain cy-devant assesseur en l’élection et de la dame Boisard.
  • Le 6 février 1703, Mr Beguyer fut installé dans la charge de conseiller, cy-devant remplie par Mr de la Boussaie Boucault
  • Le 16 (février 1703) Mr Pierre Daburon avocat fils de feu Mr Pierre Daburon aussy avocat et de la Delle Audouis, épousa la fille du sieur Fourreau de Barot et de la demoiselle … ; son frère Georges Daburon aussy avocat a épousé son aînée au mois d’avril 1701.
  • Le 26 (février 1703) mourut Mr Jacques Jarry avocat. Il est issu de son mariage avec la Delle de la Grandinière Maugars Mr Jarry aussi avocat et un autre fils.
  • Le 12 mars 1703 mourut la femme de Mr de la Dothée Foussier écuyer ; elle a laissé 3 enfants ; elle s’appelait du Ponceau Lenfantin.
  • Le 15 (mars 1703) mourut Mr de Neuville Poisson écuyer. Il a laissé plusieurs enfants ; l’aîné a épousé la fille de feu Mr de la Simonnière Herreau conseiller et de la dame Garsenlan ; une fille Mr le chevalier de la Maurouzière Boylesve.
  • Le 9 avril 1703 mourut subitement Mr Durbé Neveu conseiller au parlement de Bretagne.
  • Le 14 (avril 1703) Mr de Crespy fut installé dans la charge de procureur du roy cy-devant remplie par Mr de Crespy de la Mabillière son père.
  • Le 1er mai 1703, Mr Trochon de Mortreux, et Poirier, furent élus échevins.
  • Le 4 juin 1703 mourut la femme du feu Sr Chotard de la Greleraye, âgée de 77 ans ; elle s’appelait Texier ; elle a laissé un garçon et 2 filles, l’une vuve de Mr Rossignon et l’autre qui a épousé Mr Boylesve de la Galaizière le 23 janvier 1702.
  • Le 8 (juin 1703) mourut subitement Mr Georges Dupas avocat au présidial, conseiller et assesseur de l’hôtel de ville. Il avait épousé la Delle Maugin ; il n’a point eu d’enfants. Il était habile, le sens très bon, charitable vers les pauvres et bienfaisant à tout le monde ; le jour du sacre, il fit ses dévotions, assista à la procession générale, fut le lendemain matin à la messe et arrivant chez lui, tomba mort.
  • Le 12 (juin 1703) mourut Mr de Villenières Bault écuyer ; il avait épousé une des filles du feu Sr Angot orfèvre en cette ville, dont il a eu plusieurs enfants.
  • Dans ce même temps mourut la femme de feu Mr Guérin, avocat ; il n’a laissé qu’un fils vivant bourgeoisement ; elle s’appelait Mussault.
  • Le 18 (juin 1703) Me Paul Vollaige de Cierzai fils de Mr Vollaige de Cierzé et de la dame de la Cartrie Talour épousa la fille de feu Mr Maugin cy-devant grenetier au grenier à sel de cette ville et de la Delle Loutraige.
  • Dans ce même temps, Mr Héron conseiller au parlement de Paris, fils de Mr Héron conseiller à la cour des Aydes et petit-fils du Sr Héron, marchand à Paris, épousa la fille de Mr du Saulay Boylesve et de la dame Boylesve de la Maurouzière.
  • Le 19 (juin 1703) mourut mademoiselle Héard fille, âgée de 71 ans ; elle était d’un grand mérite, parlait bien latin, savait la théologie, très charitable aux pauvres et bienfaisante à tout le monde ; elle a donné ses meubles et acquets à l’hôpital général. (Note de Marc Saché : Marie Héard, fille de François H., écuyer, sieur de Boissimon, procureur du roi en l’élection d’Angers, et de sa seconde femme, Marie de Sarra, avait un frère prêtre, François H., qui mourut le 16 avril 1694. Elle avait par testament, laissé de nombreux legs aux pauvres à l’Hôpital général de la Charité ou des Renfoermés ses meubles et acquêts. Ce testament fut attaqué par ses héritiers du côté maternel et prêta à de nombreuses procédures où fut mêlé le célèbre Pocquet de Livonnière. Son instruction, rare alors chez les femmes, ne peut toutefois surprendre, si l’on songe que le latin était langage presque courant dans les classes éclairées et quand on voit dans une séance d’ouverture du palais le lieutenant de roi répondre en latin à une allocution du grand bedeau de l’Université – Voir BM Angers, manuscrit 1215 – anc.1005 t.III f°43 ; Registre du Présidial, p. 61 ; état civil de la paroisse Saint-Samson ; AD49 E2829)
  • Le 20 (juin 1703) mourut la femme du feu Sr Bouquerel marchand ferron ; elle s’appelait Guyet.
  • Le 24 (juin 1703) mourut Mr Robert cy-devant sénéchal de Craon ; il avait épousé en 1ères noces Delle de Crespy duquel mariage est issu Mr Robert, docteur régent en la faculté des droits de l’université de cette ville, lequel a épousé la fille de Mr Hernault de Vaufoulon, et en 2e noces Delle Harangot dont il n’y a point d’enfants.
  • Le 28 (juin 1703) mourut le sieur Boisard, cy-devant marchand confiseur.
  • Le 28 juillet 1703 mourut la 2e femme de Mr Raymbault avocat ; elle s’appelait Trébuchet.
  • Le 30 (juillet 1703) Mrs de la Chevalerie Hunault écuyer, de Gastines Poisson écuyer, Lefebvre président à Ingrandes, de la Gendronnière fils du conseiller au présidial de Château-Gontier, un capitaine de gabelles, 2 valets, un batelier, et 2 chevaux, se noyèrent passant le port d’Ingrandes, un cheval picqué des mouches ayant fait tourner le bâteau en s’agitant. (Note d’Odile : le registre paroissial d’Ingrande (ci-dessous) précise que René Boylesve, l’un des bateliers, devait se marier le lendemain de son enterrement.)


  • Cliquez pour agrandir. Propriété des Archives Départementales du Maine-et-Loire.

  • Dans ce même temps mourut la femme de feu Mr d’Orvaulx de la Beuvrière écuyer ; elle s’appelait Letourneux ; elle a laissé un fils fort dévôt et une fille mariée avec Mr de Bossard en septembre 1702.
  • Le 28 août 1703 mourut le sieur de la Cartrie Talour, bourgeois.
  • Le 6 septembre 1703 mourut Mr Huslin de la Selle écuyer ; il avait été assesseur au siège présidial de cette ville ; il avait épousé une des filles de feu Mr Lasnier de St Lambert, présidient au siège ; de ce mariage sont issus Mr de la Selle Huslin, aîné, et la femme de Mr de Contades.
  • Le 9 (septembre 1703) mourut Mr Eveillon écuyer cy-devant Me des Eaux et Forêts de la maîtrise particulière d’Angers ; étant tombé de cheval, il s’était blessé à la tête, et est mort deux jours après sa chute.
  • Le 12 (septembre 1703) mourut la femme de feu Mr Leclerc de Sautray ; elle s’appelait de Cornetz ; elle a laissé 2 enfants, l’aîné, cy-devant lieutenant civil de robe courte à Paris, et une fille veuve de Mr de Varennes Godde, cy-devant capitaine aux gardes et décédé gouverneur de Landrecy.
  • Le 17 (septembre 1703) mourut subitement le Sr Talva du Verger, marchand
  • Le 26 (septembre 1703) Mr Bault de Villenières écuyer fils de feus Mr Bault de Villenières écuyer et de dame Catherine Angot épousa la fille de feu Mr Roustille et de la Delle Marais.
  • Dans ce même temps, Mr de Cheveigné Aubin, conseiller au présidial, fils de Mr Cheveigné cy-devant Me des Eaux et Forêts d’Angers, et de la dame Garsenlan, épousa la fille de défunt Sr Préjean marchand de soie, et de la dame Yvard.
  • Dans ce même temps mourut la femme de feu Mr de Segré ; elle n’a point laissé d’enfant ; elle s’appelait Lemarié.
  • Dans ce même temps, Mrs Fleuriot frères disputants ensemble d’un petit terrain, et s’étant échauffés, l’aîné tira un coup de fusil au cadet, dont il mourut 3 jours après.
  • Le 4 octobre 1703 mourut la femme de feu Mr Verdier conseiller au présidial ; elle s’appelait Herreau ; elle a laissé un garçon et une fille mariée avec Mr Grimaudet de la Croiserie.
  • Dans le mois d’octobre (1703) mourut le Sr Delaporte, marchand, cy-devant consul et trésorier de l’hôpital général. Il avait épousé la veuve de … dont il n’a point eu d’enfant.
  • Le 13 novembre 1703 mourut Mr Boylesve, chanoine en l’église d’Angers, et prieur de Brion près Beaufort et de Montjean.
  • Le 27 novembre (1703) Mr Robert, fils de Mr Robert avocat, et de la Delle Beslière, auditeur à la chambre des comptes à Nantes, épousa la fille de feu Mr Boulay avocat et de la Delle Daviau.
  • Cette année a été assez abondante en vin, mais il n’est pas d’une bonne qualité, étant extrêmement vert ; il n’y a pas eu beaucoup de bled, abondance de cidre dans le Craonnais, peu de fruits ailleurs.
  • Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
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    Testament de l’arrière arrière grand’mère de Volney, Renée Chaupitre, 1706

    Renée Chaupitre, veuve Chassebeuf, a 75 ans lorsqu’elle fait son testament. Elle n’est pas mourante mais se sent âgée : elle décèdera 8 ans plus tard.
    Elle est l’arrière-arrière grand’mère de Constantin Chassebeuf, plus connu son le nom de Volney.

      Cliquez l’image, vous êtes à Craon, berceau des Chassebeuf.
      Voir ma page sur Constantin Chassebeuf, aliàs Volney
      Voir ma page sur Craon
      Voir ma page de vocabulaire des inventaires après-décès (vous allez en avoir besoin pour la mante, le lodier, le ras etc…)

    Le testament de Renée Chaupitre a plusieurs particularités :

      Il est écrit d’une manière assez décousue, non pas parce que Renée Chaupitre n’a plus son entendement, mais, comme le notaire l’explique à la fin, il lui a lu et relu, et manifestement, elle apportait à chaque lecture une modification, de sorte que les renvois en fin de texte et en marge sont nombreux.

      Un paragraphe reste douteux, celui du fils religieux, mais Pierre Grelier et moi-même y avons travaillé d’arrache-pied, en vain…

      Il est écrit à la 3ème personne et non à la première.

      Enfin, Renée Chaupitre énumère ce qui lui reste après tout ce qu’elle a laissé en avancements d’hoirs et démission de ses biens, ce qui explique qu’elle parle de son lit, ses vêtements… et pas de biens fonciers ou autres, plus conséquents. Je précise que ces biens s’entendent après tous les avancements d’hoirs et manifestement démission de ses biens, fait auparavant, ceci afin que vous compreniez pourquoi il lui reste peu. Autrefois, de nombreuses veuves ou veufs procédaient ainsi, contre une rente annuelle, ou rente viagère. De nos jours on met bien les personnes âgées dans 9 m2 !

    L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de la Mayenne, série 3E14 Planchenault notaire à Craon – Voici la retranscription (avec beaucoup d’explications entre parenthèses compte tenu de la difficulté), et les ajouts de la testatrice sont entre tirets, et j’ai tenté d’établir des § pour rendre la lecture aisée :

    In nomine Domini Amen (formule rituelle au début d’un testament)

    Le 2 novembre 1706 après midy par devant nous André Planchenault notaire de Craon y demeurant fut présent establye et soumis h. femme Renée Chaupitre veuve de Claude Chassebeuf, vivant sergent royal, demeurant en cette ville, laquelle estant en grand âge n’espérant désormais vivre longtemps, quoy qu’en bonne santé d’esprit et de corps ainsy qu’il nous a apparu aux témoins cy-après, (un testament précise toujours sain d’esprit, et vous voyez qu’on appelle même des témoins pour constater ce point. Il serait facielement invalidé sinon par n’importe quel héritier mécontant…)

    sachant qu’il faut mourir sans en pouvoir savoir l’heure et le moment, crainte d’être surprise et de mourir intestat a fait et dit le présent son testament et ordonnances de dernière volonté en la forme et manière qui suit

    premier elle a recommandé son âme à Dieu tout puissant créateur du ciel et de la terre très humblement supplié par les mérites de notre Sauveur Jésus Christ, par les mérites et intercession de la glorieuse Vierge Marie, du bienheureux saint René son bon patron, et toute la cour céleste que incontinent qu’elle sera séparée d’avec son corps et la veuille colloquer au rang des bienheureux

    veult et ordonne la testatrice que son décès étant arrivé sondit corps soit inhumé et ensépulturé au petit cimetière de la paroisse de St Clément dudit Craon proche le tombeau de son défunt mary sur la gauche entrant audit cimetière

    qu’à la conduite d’iceluy au tombeau assistent processionnellement messieurs les curé prêtre dudit St Clément et les révérends père Jacobins dudit Craon,

    que pour luminaire il soit porté quatre cierges de cire jaune de chacun un quartron par des pauvres auxquels sera donné chacun deux sols
    que le jour de sa sépulture il soit dit et célébré en l’église dudit St Clément si faire se peult, sinon le lendemain, une chanterie de trois grandes messes, et quatre jours après pareille chanterie chez les révérends pères Jacobins, et au bout de l’an pareille chanterie en ladite église de St Clément

    comme aussi a ladite testatrice donné et légué, donne et lègue par ces présentes, à perpétuité, à mesdits sieurs les curé et prêtre dudit St Clément la somme de 6 livres 7 sols de rente de la nature qu’elle est due chacun an, à la testatrice, par Jean Hunault, demeurant au moulin du Bas Puis paroisse de la Selle Craonnaise à cause et pour raison d’un moulin à vent situé dans les landes de la Crüe dite paroisse de la Selle suivant l’acte en forme de titre nouveau que ledit Hunault en a donné audit défunt Chassebeuf et à ladite testatrice devant Me Jacques Gatineau vivant notaire royal le 11e jour de décembre 1684, à la charge par mesdits sieurs curé et prêtre de célébrer chacun an aussy à perpétuité dans leur église 12 messes à basse voix, savoir 6 dans la semaine de la feste St René, et les autres 6 en pareille semaine du décès de la testatrice, de faire la recommandation de son âme les dimanches qui précèdent lesdites semaines, et à chaque messe entre l’offertoire et la préface, et de dire un libera sur son tombeau les jours de Toussaints ou des Trépassés de chacune année le tout pour le repos de son âme et celle de son défunt mary, parents et amis trépassés, et en cas d’amortissement de ladite rente de 6 livres 7 sols par les débiteurs d’icelle, lesdits sieurs curé et prêtre seront tenus colloquer le sort principal qu’ils auront reçu en main sure en présence des héritiers ou ayant cause de la testatrice afin que les rentes qui en proviendront chacun an tiennent fond desdites messes

    comme à semblable veult et ordonne qu’il soit fait tous les ans un reposoir pour le St Sacrement devant sa maison ledit jour du Sacre et dimanche de l’octave et pour cet effet elle a laissé entre les mains de son fils aîné le dais la carrée devant d’autel avec les dantelles (dentelles), deux coussins couverts de même le dais, le tapis à point d’Angleterre, le drap de toile claire, les cadres et l’image de la Ste Vierge, les vazes de feance (vases de faïence : la faïence fit une pénétration lente, dans les milieux plus favorisés, mais le terme resta longtemps assez barbare dans les inventaires que j’ai déjà lu) avec les bouquets pour faire honneur au très St Sacrement,

    Item donne à son petit-fils François Chassebeuf son filleul son lit avec charlit (le chaslit est le bois de lit, et en 1706 on avait commencé à abandonner le terme charlit pour désigner le lit entier, pour le terme lit) garny de ses rideaux tant verds (verts, autrefois avec un D qui nous a laissé verdure) que de toile imprimée, paillasse, couette, matelas, orillers, traversier, mante, lodier, sa table en auvalle (ovale), 6 draps de brin en réparon, ses landiers à pomme de cuivre, 2 grandes nappes de toile blanche mi uzées, une petite de toille blanche marquée à marc relevé, où il y a un CC, 4 plats 2 grands et 2 moyens, 6 grandes assiettes (allez voir ma page de lexique des inventaires après décès pour comprendre les termes, au cas où vous ne les connaissiez pas encore)

    comme aussy donne tout son menu linge à ses deux petites filles Marie et Barbe Chassebeuf des Estre, son cotillon d’étamine barrée doublé d’une toile violette, son habit de ras noir avec la jupe de ras à sadite petite fille Marie Chassebeuf des Estre pour porter le deuil de la testatrice, le tout pour les secours et assistance qu’elle a reçu et resoit (reçoit) journellement en la maison de son fils François Chassebeuf leur père

    donne pareillement à la veuve Landry sa cousine une jupe de drap brun avec sa robe de toille fourrée doublée de drap noir, et 2 chemizes

    et donne à sa fille son habit d’étamine brune doublée de crépon noir, 2 de ses meilleures chemises, 2 coiffes demi-fil, et son manchon noir, avec sa vieille coiffe d’étamine et au cas que ladite Landry mourait avant ladite testatrice, elle donne le tout à sadite fille,

    et donne tous ses « mouchoirs de soie » (en fait illisible, on peut lire n’importe quoi !) à son fils le religieux pour aucunement le récompenser des bons services qu’elle luy rend journellement (ce § nous a donné beaucoup de fil à retordre, et nous ne pouvons le comprendre, nous sommes sincèrement désolés !, en particulier les mouc… et aucunement nous sont totalement hermétiques. En outre, ce fils religieux n’était pas encore identifié comme tel, et nous ne comprenons pas pourquoi elle dit que c’est elle qui lui rend service. Inutile de commenter ce point car on peut lui faire n’importe quoi, qui ne serait que pure imagination, et ce blog fait dans le réel SVP, merci de respecter ce point.)

    veut et ordonne à ses enfants de rendre la somme de 10 livres à la damoiselle de l’Arche femme du Sr de l’Arche médecin à Sablé ou au cas qu’elle fut décédée à ses enfants, laquelle somme elle avoit prestée à la testatrice,

    laquelle pour l’exécution du présent testament à choysi et nommé chacuns de Mes Louis Hunault et Estienne Bernier prêtres demeurant audit Craon qu’elle prie et requiert humblement de vouloir charitablement prendre le fait et charge et faire exécuter en tous ses articles à l’effet de quoy elle a par ces présentes vestu et nanti de tous ses biens jusqu’à l’entière et parfaite exécution du présent testament duquel par nous dit notaire a esté donné lecture à la testatrice, lu et relu, elle a dit bien l’entendre et tout ce qui y est contenu, déclare n’y vouloir adjouter ni diminuer, elle y a fait arrest dont à sa requeste et de son consentement nous l’avons jugée
    fait et passé à notre tablier présents Luc Clément et Thomas Morin cordonniers et Thomas Rousseau tixier demeurant au faubourg St Pierre dudit Craon témoins à ce requis et appelés.

    Renée Chaupitre à Craon, dont voici les Halles au début du 20ème siècle :

    Les halles de Craon, Mayenne
    Les halles de Craon, Mayenne

    Cliquez sur l’image pour l’agrandir :Collections privées – Reproduction interdite, y compris sur autre lieu d’Internet comme blog ou site

    Renée Chaupitre est la mère de François Chacebeuf qui épousera Marie Lefrère, fille de Toussaint Lefrère et Jacquine Robineau, demeurant à la maison des Estres, maison dans laquelle il y avait une salle de prison, ce que nous a appris la succession de Toussaint Lefrère du 23 mai 1692.
    Toussaint Lefrère, marchand messager de Craon à Angers, hôte et concierge des prisons royaux des Estres aliàs Aistres dudit Craon, et contemporain de Renée Chaupitre, avait épousé à Craon le 25 mai 1665 Jacquine Robineau, dont Marie née le 27 mars 1674 qui épousera en 1695 François Chassebeuf, fils de René Chaupitre.
    Toussaint Lefrère est un arrière-arrière grand’père de Volney.

      Voir toute l’ascendance de Volney
      Voir ma page sur Volney

    Les Estres : maison seigneuriale, fief et domaine dans la ville de Craon. – Au seigneur du Hommet, 1403 ; à Vincent du Chastelier, écuyer, de Ruffec et du Fresnay, chambellan du roi, mari d’Anne du Chastelier, dame des Estres et de Saint-Brice, 1523 ; à Philippe de Volvire, baron de Ruffec, et à Gabrielle de Rochechouart, veuve de François de Volvire, 1561 ; à François de Saint-Aulaire, chevalier de l’ordre, pannetier du roi, marié, 1542, à Françoise de Volvire, veuve en 1581 : à Joachim de la Chesnaie, 1590 (Dict. Hist. Mayenne, Abbé Angot)


    Cliquez l’image pour voir le point d’Angleterre. J’ai eu jusqu’à l’an dernier un magnifique napperon, qui hélas a rendu l’âme. Le point était donc populaire en France. Si vous avez un spécimen encore dans vos vieilleries, je mettrai la photo volontiers.

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    Quittance de douaire, Daon-sur-Maine, 1575

    Nous avons déjà vu le droit de douaire dans les contrats de mariage ou des pensions après démission de biens.
    Nous avions vu qu’elles étaient souvent peu élevées, mais pour toucher cette somme annuellement, cela pouvait devenir compliquer s’il y avait éloignement.
    C’est le cas Pour Julienne Trioche, veuve de Renée Noury, qui a droit à 10 livres par an au titre de son douaire, mais elle demeure à Daon-sur-Maine et la somme est payable à Angers !
    Non seulement elle doit envoyer quelqu’un mais aussi il fait faire quittance devant notaire.

    L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E2 – Voici la retranscription de l’acte : Le 6 août 1575 en la court royale d’Angers endroit par devant nous Marc Toublanc notaire de ladite court personnellement estably Michel Rafray demeurant en la paroisse de Daon sur Maine, au nom et comme procureur au pouvoir spécial quant à ce de Julienne Trioche veuve de défunt René Noury, demeurant au bourg dudit Daon, en vertu de procuration passé soubz la court de Saint Laurent des Mortiers le 3 du présent mois et an, signée Drain et Jabob, scellée en queue simple de cire verte, laquelle est demeurée a Jehanne Debonaire veuve de feu Jehan Thermière à ce présente, stipulante et acceptante, soubzmetant ledit Rafray audit nom les biens o choses de sadite procuration et biens de ladite Trioche confesse avoir eu et receu de ladite Debonaire la somme de 10 L tz pour le terme de Sainct Jehan Baptiste dernier passé pour le douaire de ladite Trioche qu’elle a par chacun an sur les biens dudit défunt Noury son maru de laquelle somme de 10 livres ledit Rafray audit nom s’est tenu et tient à contant et en a quité et quitte et promet acquiter ladite Debonnaire envers ladite Trioche et tous aultres temment que à ladite quittance et ce que dessus est dit tenir etc ledit Rafray s’en est estably soubsmis et oblige etc foy et jugement soubz ladite court royale d’Angers, etc renonçant etc foy et jugement etc condemnation etc
    fait et passé audit Angers en présence de Jacques Raimbault marchand demeurant audit Angers paroisse Saint Maurille et Pierre Deschales clerc
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    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA de la Cruz, chapitre XV Les courses

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

  • Chapitre XV
  • Les courses
  • A sa fenêtre, René fouillait la foule qui s’acheminait à l’appel des cloches vers la cathédrale. L’air était d’une pureté remarquable pour la ville. Le soleil se bouffait d’or en la porcelaine bleu-ciel. Ainsi, chaque dimanche, il attendait Mme Lonneril et sa fille se rendant à la grand’messe. Il surprenait un sourire de son aimée. Ces jours maudits, il ne pouvait lui parler autrement.
    Or il arriva qu’en cette matinée de mai, Melle Lonneril se rendait seule vers l’église. Elle salua moins discrètement le jeune homme avant de franchir la porte monumentale qui se croûtait.
    René attendit quelques instants, puis, quand la place redevint claire et blanche de lumière nue il descendit et pénétra à son tour dans St-Pierre. Melle Lonneril était assise à l’angle d’un pilier. Se doutait-elle qu’il allait venir ? A chaque son du battant de la porte, elle détournait la tête. Ils se sourirent sous le regard banal du Suisse doré sur tranches. Il lui fit signe de sortir. Elle obéit.

  • Vous êtes seule ce matin ? demanda-t-il
  • Oui, ma mère est légèrement fatiguée.
  • Profitons-en, venez-chez moi termine la messe.
  • Chez René.

  • Permettez-moi, chère amie, d’enlever votre chapeau, votre ruche, de vous mettre à l’aise.
  • Il offrit des bonbons.

  • Croquez-moi ces petits gâteaux. Jamais, je j’ai été si gai que ce matin. Est-ce le beau temps ou le bonheur de vous avoir ? Peut-être les deux.
  • Elle sourit tendant ses lèvres au gourmand.

  • Savez-vous à quoi je pense, Jeanne, en vous voyant près de moi ?
  • Et à quoi donc, mon chéri, penses-tu.
  • Je pense que c’est aujourd’hui les courses de chevaux, que nous pourrions prendre une voiture et aller ensemble au champ de manoeuvre aux yeux de tous.
  • Tu sais bien que ce n’est pas possible.
  • Rien n’est impossible, au contraire.
  • Je ne pourrai plus rentrer chez moi.
  • C’est certain ; aussi je te garderai.
  • Oh ! non je n’ose pas.
  • On guérit de la peur. Je suis persuadé que vous y avez songé depuis quelque temps.
  • Elle baissa le tête. Il s’assit sur ses genoux, se fit câlin.

  • Veux-tu, petite Jeanne chérie, rester toujours avec moi ? Nous vivrons nuit et jour ensemble sans arrêter de s’aimer. Qu’as-tu à craindre ? Nous n’avons besoin de personne. Si les sots nous ennuient nous partirons loin, très loin. Quant à tes parents, on les enverra se promener tranquillement ; tu ne dépends pas d’eux.
  • Elle hésitait, mais ile en dit et en fit tant et tant qu’elle accepta. Ils allèren déjeuner au restaurant. Une voiture les prit à la porte pour les conduire aux courses.

    Les boulevards s’ensoleillaient embrouillés du vol des poussières. Les coups de fouet stridaient comme un flot de mouettes qui s’ébattent. Les automobiles cornaient ; leur passage semait des éternuements saccadés. Les bicyclettes glissaient légères ainsi que des abeilles qui bruissent. A la queue leu leu, un indéfinissable ruban d’aune en aune sous l’ombre vaine des arbres grisonnés des pellicules de la route.
    Les piétons arrivaient par bandes noires pailletées des spirales claires, vomis par tous les boulevards qui environnent le Petit-Port. Un joyeux enthousiasme mène les groupes ; les uns chantent, les bébés s’amusent, les amoureux s’embrassent, nul n’y fait attention. Des grues harnachées d’oripeaux éclatants se font huer le sourire aux lèvres. Et les chiens se poursuivent joyeusement entre les jambes.

    L’immense fourmilière sortie de Nantes a traversé sans obstacle les voies larges et spacieuses, franchi l’étroite rivière du Cens, escaladé la butte du champ de courses, et là, s’arrête, s’entasse devant les barrières qui fixent la limite de la piste. Le flot s’accumule sans cesse, se gonfle en un circulaire bourrelet, enlaçant l’arène d’une ceinture infranchissable. Les tribunes prises d’assaut reluisent de miroitements féeriques ; les pelouses sont piétinées. Les joueurs sont là, bavards ou silencieux, souvent grotesques, possédés de ce mail ridicule du jeu imbécile.
    Dans l’hyppodrome les voitures se promènent sur le ventre blanc du sol ; des cavaliers galopent. En des rais de lumières ils sembles des pantins de théâtres d’ombres. La piste fourrée d’herbes est envahie devant les triunes où des dames étalent fièrement d’insignifiants tickets rouges, comme des hochets de grandes maisons, où les lorgnettes agitent leurs yeux convexes.

    Le signal se hisse au poteau ; la piste se purifie. Les chevaux font leur entrée, montés par des jockeys aux couleurs brillantes et fantaisistes. Les magnifiques animaux déploient leur beauté ferme, leurs formes supérieures comme une étoffe splendidement ouvragée. Ils partent s’aligner dressant fièrement la tête, hénnissant d’orgueil ou d’éblouissement au soleil qui les salue d’une pluie d’or. Soudain ils partent, découpant leurs silhouettes sur l’horizon bleuté ; derrière les arbres les casaques des jockeys sèment des éclairs ; parfois butant, s’écroulant, sautant d’un élan les fossés et les haies, pour arriver au but les naseaux en sueur, la crinière flottante, écharpe de triomphe ou de dépit. La foule hurle, trépigne ; les fantoches humains sont mis en branle et la comédie ne s’arrête plus. Mais la closhe a tinté, la musique joue des morceaux que le vent emporte par bribes dans sa dorne. L’attente sable les allées de la patience et nivelle les enthousiasmes passés.
    Entre les épreuves, les ombrelles blanches versent des points joyeux sur la foule. Les dames passent re repassent des lignes de clartés dans les chemins d’ombres des hommes. Dans l’enceinte du pesage les chevaux obéissent, rêveurs, aux ordres des jockeys. Leurs yeux ovales sont emplis d’un monde étrange que l’on ne comprends pas, où parfois passent des lueurs brutales. Adoration de la bête dont l’homme se fait l’humble servant et dont il se parera la gloire : le geai volant toujours les plumes du paon. L’animation la plus diverse règne dans le vaste hémicycle du champ de courses où le soleil se mire orgueilleusement.
    Nonchalants en leur landau, Jeanne et René souriaient au bonheur d’être l’un près de l’autre à la face de tous. Il gardait la main de son amie dans la sienne ou tenait galamment son ombrelle. Ils se moquaient des regards ennemis qui les cinglaient à des carrefours de haine. Heureux, ils triomphaient. Le landau de l’amour victorieux écraisait les pierres de l’envie avec une suprême indifférence.
    Lorsque le soleil eut presque fini sa promenade d’après-midi, le départ commença. Les voitures prirent à la fille le long des boulevards bordés de curieux. De rares attelages éblouissaient ; quelques toilettes extravagantes ; des horizontales, la nuque sur des coussins, étalaient leurs oripeaux réclames. En réalité, une effroyable banalité que cette procession de chevaux de camion et de rosses de fiacres, que cete suite trop longue de voitures quelconques, bondées de personnes quelconques. Mais il est une coutume à laquelle les bons nantais s’en voudraient de manquer : voir le défilé des courses. Le long de la route de Rennnes, des badauds installent des chaises sur les trottoirs ; ils regardent placidement pendant deux heures, le bruit, le roulement, avalant la poussière, s’ahurissent d’une attente ridicule. Les aubergistes ont dressé des tables qui se garnissent rapidement de buveurs. Le vin blanc coule à flots, le « gros plant » et le « muscadet » de la Loire-Inférieure aussi émoustillants qu’une chaude fille du midi. De ses dernières lueurs mourantes le soleil semble emplir les verres bas de joyeux écus d’or.

    La voiture de M. de Lorcin, l’avocat, avait croisé celle de son neveu. René avait compris une colère terrible dans l’âme de son oncle, et il lui avait railleusement souri. Aux abords de la rue Noire, M. et Mme Lonneril longeaient tristement le trottoir. Ils baissèrent la tête, honteux au passage de leur fille. Jeanne ne les vit pas. Seul René avait eu, une seconde, quelque pitié pour ces braves gens, puis il haussa les épaules avec dédain. La voiture arriva au Pont-Morand, gravit la rue de Strasbourg encombrée. Le crépuscule venait attirant son couvre-chef sur cette journée ordinaire et sempiternelle des courses. Les courses de chevaux que petits et grands vont contempler béats, comme une merveille intéressantes, pour s’emplir les yeux quelques secondes du galop d’un animal inconnu pour le bénéfice d’inconnus… Résumé : ce sont les tramways qui mangent le refrain des rengaines.

  • Jeanne, il faut rester.
  • Je n’ose pas.
  • Si vos parents vous reçoivent mal ?
  • Je reviendrai.
  • A quoi bon. Le Tout-Nantes sait que vous êtes avec moi ; il n’est plus temps de reculer. Avez-vous peur ? Quand on aime vraiment, les qu’en-dira-t’on sont mesquines choses. L’amour lâche n’est plus l’amour, il frise le mariage commun.
  • Vous êtes méchant, René. Croyez-vous que ce ne soit pas grave de devenir officiellement votre maîtresse. Mes amies me tourneront le dos. C’est l’exil.
  • Un exil que j’envierais pour vous avoir toujours seule à mes côtés. Sois gentille, ma petite Jeannette, reste cette nuit, tu réfléchiras mieux demain. Nous nous aimerons librement pendant le sommeil de la terre, en le silence calme de la nuit. J’écouterai le tic-tac de ton coeur battre les minutes d’amour en baisant ton sein gauche. Laisse-moi dénouer ta ceinture, défaire ton corsage, laisse-moi arracher les épingles de tes cheveux, noyer mes doigts dans tes tresses blondes. Tais-toi, mon aimée, je veux te dévêtir moi-même, ôter les bandeaux qui me cachent ton corps… Je connais par coeur le maquis de tes lacets… Tu te souviens la première fois comme j’étais maladroit… Tes petits seins, je les embrasse tous deux… Un corset, c’est vite décrocheté… Qu’ils sont blancs tes pieds… Je les embrasse aussi, là, sur les ongles, sur les chevilles;.. Aussi tes genoux… Ta chemise, elle est jolie, mais trop difforme pour ta chair. Que je t’aime… Si je pouvais encore te mettre plus nue… Je te veux vite… tout entière… Approche-toi… les draps nous cachent… Tes lèvres… ta langue… enlace-moi… Entrer en toi… t’aimer… Jeanne sens-tu l’amour venir nous éblouir… Je t’aime…
    Des soupirs, doux comme des plaintes, se bercèrent en les rideaux, entr’ouvrant l’alcôve aux pas mystérieux du rêve des amants.

  • NANTES LA BRUME, Ludovic Garnica de la Cruz, 1905
  • : chapitre 1 : le brouillard 2 : la ville 3 : la batonnier et l’armateur 4 : le peintre 5 : le clan des maîtres 6 : rue Prémion 7 : labyrinthe urbainchapitre 7, suite8 : les écailles 9 : emprises mesquines 10 : carnaval11 : le cul-de-sac – chapitre 11 suite – chapitre 11 fin 12 : les portes de Neptune13 : Cueillettes d’avril – 14 : Moisson d’exil – 15 :

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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