Contrat d’apprentissage de patissier de Claude Thienot, 12 ans, Provins 1595

Introduction

Provins était au 16ème siècle un lieu de douceur car j’ai trouvé plusieurs patissiers, sans que j’ai pu trouver à ce jour les producteurs de miel dans la Brie, car le sucre n’existait pas encore. Je tenterai prochainement de vous dresser la liste des patissiers à Provins.

apprentissage de 3 ans

Ce contrat d’apprentissage est le premier que je rencontre à Provins, donc je ne peux comparer la durée aux autres métiers sur Provins, et je vais donc comparer avec les innombrables contrats d’apprentissage que j’ai étudiés en Anjou à cette époque.
En Anjou, une durée de 3 ans d’apprentissage était rare car les durées étaient bien plus courtes, comme 12 mois pour un chirurgien !!! et les durés longues étaient pour les métiers difficiles comme les fabricants d’instruments de musique, armes etc… qui sont des métiers d’art.
Le contrat d’apprentissage de patissier à Provins en 1595 est d’une durée de 3 ans. En fait, cela ne signifie aucunement une difficulté mais on peut en conclure que le maître a ainsi un ouvrier qui fabrique avec lui plus que gratuitement, puisque c’est l’apprenti qui paie le maître.
Le prix de cet apprentissage, payé par l’apprenti, et en l’occurence par son oncle car manifestement il n’a plus ses parents, est comparable aux prix rencontrés en Anjou, les clauses d’absence aussi, si ce n’est qu’en Anjou j’ai souvent rencontré la clause de prise de corps en cas d’absence, qui signifie poursuites judiciaires, et ici aucune clause aussi sévère n’est prévue.

AD77-1057E422 Jacques Delanoe notaire à Provins – vue prise par le CGHSM de Melun, avec son aimable autorisation – vous pouvez zoomer ou enregistrer la vue pour la lire plus grande

1595.01.11 vue 59 – Claude Thienot fils de Pierre âgé de 12 ans ou environ procédant de l’auctorité de religieuse et discrete personne Jehan Thienot religieux trésaurier du prieuré conventuel monsieur St Ayoul de Provins son oncle, lequel recognut soy estre mis et met apprentil au mestier de boullanger et paticyer avec et en la maison de Constantin Farouel Me dudit mestier audit Provins présent et retenant ledit Claude pour son apprentil pour 3 années consécutifves commanceant le jour de demain, pendant lesquelles 3 années sera tenu et a promis ledit Farouel monstrer et faire apprendre audit Claude son apprentil ledit mestier de boullanger et paticier et tout ce qu’y en déppend … luy livrer faire giste et demeure bien et deubment selon son estat et qualité ; sera aussi tenu ledit Claude servyr ledit Farouel son maistre tant à son mestier et ce qui en despend que en toutes choses licites honnestes et convenables, son proffict faire et davantage au mieux que pourra ; et outre moyennant la somme de 8 escuz sols pour ledit apprentissage que ledit frère Jean Thienot en a promis payer audit Farouel ou au porteur moictié du jourd’huy en ung an l’autre moictié dans deulx années ensuivantes à pareil terme et esgalle portion ; advenant qe ledit Claude s’absente du service dudit Farouel auparavant ledit temps sans justification (f°2)  en ce cas sera tenu payer ung escu deux tiers pour les fautes et ung escu immédiatemet après sondit despart …

Pierre Jacquot, vigneron à Provins, loue un potager à Notre Dame des Champs, 1595

Introduction

Pierre Jacquot est vigneron à Provins. Il y avait alors de nombreux vignerons à Provins. Comme les autres, il sait signer, et rares sont ceux qui ne savaient pas signer en 1595. Je vous mets ci-dessous la vue avec sa signature.

un jardin potager 

Comme dans toutes les grandes villes, il fallait des jardins potagers, et manifestement un vigneron avait aussi du temps pour cultiver quelques légumes non seulement pour sa famille, mais sans doute pour quelques familles bourgeoises et augmenter ainsi ses revenus.  Le bail ci-dessous ne spécifie pas que c’est pour faire un potager, mais c’est tout à fait à lire entre les lignes car toutes les villes étaient ainsi entourées de jardins potagers.

Notre Dame des Champs

Je trouve ce lieu à l’est de Provins sur la carte de Cassini, ci-dessous.

Bail d’une pièce de terre

C’est un bail moderne car il est un loyer, et le terme loyer est même employé. Il est pour 3 ans payable en argent par an, d’un montant peu élevé.

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1595.01.11 vue 58 – Le mercredy unziesme jour de janvier an 1595 fut présent Pierre Jacquot fils de Pierre vigneron demeurant à Provins lequel recognut avoir pris et retenu prent et retient à tiltre de loier à années de messieurs les vénérables doyen chanoines et chappitre de l’église collégiale Notre Dame du Val de Provins … ung quartier de terre assis près Notre Dame de Champs tenant d’une part à la chaussée allant à la rivière de Voulsye d’autre à Pierre Doyen colleron, d’un bout sur le chemin de Notre Dame des Champs avec la sixiesme partie d’une autre pièce de terre contenant 20 perches ou environ, la pièce comme elle se comporte assise près la pièce devant dicte, le reste de laquelle pièce est tenu par la Fallette, l’estendue desquelles ledit preneur a dict bien savoir, pour en jouir par ledit preneur du jour de St Martin d’hiver dernier passé jusques à 3 ans après ensuivant moyennant la somme de 12 sols 6 deniers tz de loyer par chacune desdites années

Ayoul Ythier en procès avec son gendre pour non partage des biens de sa défunte femme, Provins 1595

Introduction

Autrefois on vivait moins longtemps, aussi les successions des parents étaient déjà réglées avant le mariage des enfants. Mais, parfois on vivait plus longtemps. Ainsi, Ayoul Ythier, veuf, est mis en procès par son gendre pour ne pas avoir partagé les biens d’Agnès Jeubert sa défunte femme.

Transaction entre Ayoul Ythier et son gendre

Les transactions sont fréquentes, et ce sont des actes de plusieurs pages puisqu’ils énoncent tous les points de la transaction. Je vous mets la première page d’un acte de 5 pages, juste pour vous montrer qu’un gendre pouvait se plaindre de son beau-père… en justice, même chez les bourgeois.

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1595.01.07 vue 46 – furent présents en leurs personnes honorables hommes Ayoul Ythier marchand demeurant à Provins d’une part, et Estienne Genais tanneur demeurant audit lieu à cause d’Adrienne Ythier sa femme fille dudit Ayoul d’autre, disans lesdites parties qu’ils estoient en procès soit par devant monsieur le prévost de Provins sur ce que ledit Genais et sa femme demandaient partages des biens immeubles rentes et revenus demeurés du décès de deffunte Agnès Jeubert mère de ladite Adrienne et femme en premières nopces dudit Ythier …

Bail de la dixme de l’église St Quiriace de Provins à Chennetron St Martin, Chalautre la Grande (77) 1595

Introduction

Lorsque la paroisse était urbaine il n’y avait pas de dixme des grains car le froment ne pousse pas sur les maisons et sur les rues. Je constate dans l’acte qui suit que les paroisses de Provins possédaient des droits de dixme dans des paroisses rurales alentour. Et, poursuivant mes relevés du notaire Jacques Delanoe en 1595, je constate que durant tout son mois de juin i a passé beaucoup de baux de dixme de l’année pour des religieux tant couvents que paroisses…

l’église Saint Quiriace à Chennetron

Chennetron s’écrivait alors Chanestron et relevait de la paroisse de Chalautre la Grande, mais comme nous avons depuis parfois modifié les limites des paroises pour en faire des communes, Chennetron est de nos jours sur Beauchery-Saint-Martin. La carte actuelle, ci-contre, montre en effet une proximité des 2 villages de Chennetron et Saint-Martin au Nord de Chalautre la Grande.
L’église Saint Quiriace de Provins, qui possédait paroisse non rural, possédait un droit de dixme à Chennetron et Saint-Martin, et le bail ci-dessous mandate plusieurs vignerons de Chalautre la Grande pour s’occuper de cette dixme, mais ici encore, ils verseront à Saint Quiriace une quantité fixe alors que la dixme est comme son nom l’indique un dixième de la récolte donc non fixe car les récoltes peuvent être plus ou moins selon les années.

bail d’administration de la dixme de St Quiriace

Je crois comprendre qu’aucun prêtre ne se rendait sur place pour surveiller et/ou auditer le mesurage de la récoltre et de la dixme. J’apprends beaucoup à travers ces baux exceptionnels, et si un historien veut les étudier je lui communique le tout…

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1595.06.29 vue 23 – Lupien Lorrot, Claude Petillon, Fiacre Franegre, Feançois Collot, Loys Hameau, Nicolas Macé et Georges Berard tous vignerons demeurant à Chalautre la Grand, lesquels recogneurent avoir pris et retenu prennent et retiennent l’un pour l’autre et l’un seul pour le tout sans division ni discussion renonçant auxdits droits à tiltre d’administration de grain pour la présente année moisson et espouille seulement de discrette personne Me Augustin Defresche doyen et chanoines de l’église collégiale monsieur st Quiriace de Provins présent bailleur audit tiltre qui leur a promis garantir, c’est à savoir les dixmes de grains et vins de Saint Martin de Chasnetron auxdits bailleurs appartenant l’estendue et … duquel lesdits preneurs ont dit bien scavoir pour en jouir par lesdits preneurs et iceulx avoir et lever par eulx ainsi que les autres prédecesseurs preneurs d’icelle ont acoustumé faire soubz le noms desdits vénérables St Quiriace, ce bail à administration fait moyennant la quantité de 10 muids 7 septiers de grain, les deux tiers bled froment et l’autre tiers avoine à 16 boisseaux par septier quant à ladite avoine avec 40 sols tz en argent pour la fabrice de ladite église St Quiriace, ledit grain bon grain loyal et marchant mesure de Provins et y rendu et livré es greniers dudit Deforests bailleur ou desdits vénérables de St Quiriace au choix et option dudit bailleur …

La dixme de l’église collégiale Notre Dame du Val, Provins 1595

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Introduction

La dîme est un impôt en nature que l’église prélevait sur quelques récoltes à raison d’un dixième d’où son nom. A Provins au 16ème siècle on l’appelait le dixme et je trouve en 1595 dans le fonds du notaire Jacques Delanoe, beaucoup de baux pour son prélèvement en  1595 pour l’église collégiale Notre Dame du Val de Provins. De cette église subsiste un clocher remarquable du patrimoine.

Notre Dame du Val de Provins

N’est pas une paroisse, mais seulement une église collégiale avec chanoines, mais à Provins elle n’est pas la seule église avec chanoines, et sachant que les chanoines sont gens d’église les plus aisés avant l’évêque, ils sont issus de gens aisés qu’on appelle des bourgeois, qui sont nombreux à Provins.
Notre Dame du Val n’étant pas paroisse ne possède pas un territoire délimité bien connu, mais par contre des terres sur plusieurs paroisses voisines, sur lesquelles elle possède partie de la dîme de cette paroisse. Donc, lorsque le curé de cette paroisse assiste aux récoltes de sa paroisse pour contrôler le mesurage de son dixième de la récolte, il faut aussi que Notre Dame du Val mandate quelqu’un pour en prélever sa part.

la dîme de 1595 de Notre Dame du Val

Chaque année, il fallait donc envoyer dans plusieurs paroisses, dont partie de la dîme appartenait à Notre Dame du Val, une ou plusieurs personnes pour assister à la récolte et aux mesures des grains récoltés, à la main bien sûr dans des boisseaux mesurés à la mesure de Provins, car la mesure variait partout en France à cette époque. Les chanoines, du moins en 1595 pour ce que j’en ai déjà trouvé, déléguait ce travail à un/des habitant(s) sur place, et j’observe que ce/ces mandaté(s) pouvaient aussi bien être un vigneron, laboureur ou prêtre, donc assez varié comme origine.

le paiement de la part de Notre Dame du Val

Ces actes de mandat pour assister à la récolte au nom des chanoines de Notre Dame du Val, dont j’ai déjà trouvé au moins 15 actes, donnent tous un versement en nature à Notre Dame du Val, mais une quantité fixe alors que la dixme n’a rien de fixe et n’est qu’un pourcentage de la récolte. Un paiement de quantité fixe pourrait être défavorable en cas de mauvaise récolte etc… et semble très surprenant. Mais ces actes sont passés mi juin, donc juste peu avant la récolte en juillet, et on peut en conclure que les chanoines savent si l’année est bonne ou non.

le bail pour l’administration de grain à Thibault Lematre

Je ne suis pas parvenue à trouver le lieu, et je dois avouer que depuis un an je passe pour mon travail de déchiffrement et indexation des actes notariés du 16ème siècle de Provins, beaucoup de temps car les lieux étaient alors orthographiés voire prononcés différemment de ce que nous connaissons.

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1595.06.23 vue 15 – fut present Thibault Lemartre prêtre à St Martin de Boschet lequel recognut avoir prins et retenu prend et retient à titre d’administration de grain pour la présente année moisson et espaulle seulement, de messieurs les vénérables doyen chanoines et chappitre de l’église collégiale nostre Dame du Val de Provins bailleurs audit tiltre par vénérables et dicrettes personnes Nicolas de Soubzmarmont doyen, André Truffe prevost, Pierre Robynot et autres chanoines de ladite église auant charge dudit chappitre qui luy ont promis garentyr de tous troubles et empeschements, c’est à savoir les droits part et portion qui appartient auxdits vénérables bailleurs es dixmes de grains de st Martin de Boschet ainsi quils s’extendent et comportent la surface et estendue duquel ledit preneur a dit bien savoir et s’en tient content et à partie avec le curé et autres ayant droit prêtres … ainsi qu’il est accoustumé d’antienneté et aux charges antiennes que ledit preneur sera tenu fournir nompbrer et en acquiter lesdits bailleurs et outre moyennant la quantité de 3 septiers de bled froment et 16 boisseaux d’avoyne le tout bon grain loyal et marchand mesure de Provins …

 

Le prix exhorbitant de l’entrée d’Antoinette Vyon au couvent des Cordelières de Provins, 1596

Introduction

L’entrée au couvent  s’appelait autrefois l’ingression, terme oublié de nos jours. L’entrée au couvent faisait souvent l’objet d’une donation qui équivalait parfois à la dot donnée en mariage par les parents à leurs autres filles.
Selon les études des historiens sur ce sujet, tous les couvents n’avaient pas un patrimoine suffisant pour vivre sur eux-mêmes, et on devant donc verser aux filles une dot négociée entre les religieuses et les parents de l’entrante.
J’avais trouvé plusieurs entrées au couvent en Anjou mais jamais une somme aussi importante. Il semble que la famille de Vauhardy avait beaucoup de biens pour pouvoir payer 86 écus d’or à l’entrée, puis 10 écus de pension viagère annuelle.

les entrées en religion déjà sur mon blog

Entrée au couvent des Ursulines de Château-Gontier, 1619
Entrée au couvent de la Visitation d’Angers, 1637
Entrée de Renée Jousselin au couvent de la Visitation : Angers 1638
Entrée de Renée de Charnières au couvent de la Visitation : Angers 1650
Entrée de Madeleine Lemanceau au couvent de la Visitation : Angers 1639
Entrée de Renée Ayrault au couvent de la Visitation : Angers 1639
Ingression en religion de Jacquine Lerat, couvent de la Visitation Angers 1650

 

entrée d’Antoinette Vyon aux Cordelières, 1596

Le paiement de 86 écus fait l’objet d’un second acte dont je vous donne ci-dessous la retranscription. En effet, pour le paiement de sommes si importantes, on dressait un acte devant le notaire, en forme de récépissé tout ce qu’il y a de plus officiel.

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1596.12.11 vue 353 – Furent présents en leurs personnes Jehan de Vauhardy escuyer seigneur de Sainct Martin trésorier particulier des guerre en Champagne, et damoiselle Marye Vyon sa femme de luy suffisamment auctorisée et licenciée pour faire et passer consentir et accorder ce qui s’ensuit, lesquels de leurs bons tés sans force ne contraincte aulcune, et en exécutant certain contrat fait et passé par ledit juré le 9 mai 1595 entre ladite damoiselle Marye Vyon, et Claude Angenost, eulx faisans et portant fort dudit de Vauhardy d’une part, et les dames religieuses abbesse et couent des Cordelières lez Provins d’autre, par lequel ladite damoiselle et Angenost se seroyent pour et en faveur de l’ingression qui lors fut faicte en ladite abbaye de damoiselle Anthoinette Vyon sœur de ladite Marye, obligés à payer et continuer par chacun an le 9 du moys de mai la vie durant de ladite Anthoinette seulement, auxdites dames religieuses abbesse et couvent des Cordelières la somme de 10 escuz d’or sol de rente viagère à icelle prendre lever gaiger recepvoir et percepvoir chacun an ledit jour par lesdites dames sur tous les biens et héritages tant dudit sieur de Vauhardy, et encores payent content auxdites dames au proffit dudit couvent la somme de 66 escuz deux tiers d’une part et 20 escuz pour les causes contenues audit contrat …

1596.12.11 vue 357 – damoiselle Marie Vyon femme dudit sieur de Vauhardy a baillé et payé content en présence du notaire auxdites dames religieuses abesse ladite somme de 66 escuz deux tiers d’une part, et 20 escuz 10 sols d’autre …