Adrien GUILLOUARD l’inventeur de la lampe-tempête en 1914 – cofondateur de la Société A. et L. Guillouard

Cet article était en préparation quand les canicules ont transformé mon appartement en chaudière et j’ai dû lutter avec mon corps à 38° et peur de mourir. Je vais mieux et je vais le reprendre, mais j’ai un lecteur impatient qui sera content de lire cette ébauche en attendant mes relectures finales. Je suis une petite nièce d’Adrien et de Louis Guillouard. Ils ont tous deux marqué ma vie. Adrien, qui n’avait pas eu la chance d’avoir d’enfants, aimait recevoir chaque année fin janvier les voeux de toute ma famille de 6 enfants. Et là, nous les 6 enfants, au lieu d’être expulsés dehors loin des adultes, comme c’était le cas chez ma grand mère Guillouard, nous avions droit à un merveilleux goûter dans le grand salon, assis avec les adultes, puis Adrien nous faisait voir dans sa maison des découvertes récentes, c’est ainsi que je vis la première télé etc… et il adorait montrer tout cela, se projetant avec ces nouveautés toujours vers le futur. Puis nous avions même droit, toujours près des adultes, à un merveilleux tour du parc, bourré de camélias plongeant sur l’Erdre.  C’était journée émerveillement !

4ème fils des quincaillers de la rue St Jacques à Nantes

Adrien Guillouard naît à Nantes le 16 avril 1884 avec le prénom Victor Adrien Gaston en présence d »Edouard Halbert, marchand de grains, âgé de 34 ans, demeurant route de Clisson. Victor en mémoire de son oncle Victor Grelet prêtre et unique famille de sa mère. Autrefois lors des naissances, il n’était pas rare qu’on honore certains proches. Quant à Edouard Halbert, manifestement le parrain, il est mon arrière grand père, et loin de se douter qu’en 1937 son petit fils Georges Halbert épousera la nièce de ce nouveau né !!!
Vous avez l’histoire de la quincaillerie Guillouard sur mon blog – La généalogie des GUILLOUARD depuis La Sauvagère (en Normandie) à Nantes –  toutes les familles que j’ai étudiéescelle des Grelet depuis la Vendée en guerre. Et voici sa génération :
François-Louis GUILLOUARD °Nantes 20 juin 1849 †idem 11 mars 1920 Fils de François GUILLOUARD et de Jeanne MORILLE. x Nantes 6 septembre 1871 Victorine GRELET °Nantes 30 novembre 1850 †Nantes 28 septembre 1924 Fille de Jean-Mathurin Grelet et de Jeanne-Victoire Maillard
1-Françis GUILLOUARD °ca 1872 †Nantes 11.6.1879 SP
2-Victorine GUILLOUARD °ca 1874 †Nantes 2.1.1881 SP
3-Edouard GUILLOUARD °Nantes 1er février 1877 †Nantes 20 septembre 1946 Quincailler en gros rue Saint-Jacques à l’angle de la rue du Frère Louis. Il acheta la maison du 82 rue St Jacques x Nantes 6.5.1908 Aimée AUDINEAU °Nantes 6.5.1886 †Nantes 4 octobre 1973 Dont postérité
4-Louis GUILLOUARD °Nantes 11.5.1880 †Nantes 2.10.1964 Fonda avec Adrien la maison ALG pendant la première guerre mondiale x Nantes 28 juin 1905 Edith MOUILLERAS °ca 1885 †Nantes 30.12.1960 Dont postérité
5-Charles GUILLOUARD °Nantes 19.11.1882 x Alice BRELET Dont postérité
6-Victor-Adrien GUILLOUARD °Nantes 16 avril 1884 †Nantes 29 avril 1963 inventeur de la lampe-tempête en 1914 x Nantes 27 janvier 1913 Gabrielle Adrienne BRELET °Nantes 4 février 1891 †Nantes 20 mars 1972 cousine d’Alice SP
7-Joseph GUILLOUARD °Nantes 10.06.1887 †au Champ d’Honneur Bitry/Aisne 18.9.1914 x N? BEAUTAMY † de chagrin 1914 SP

enfant, opéré de l’appendicite sans anesthésie

Ses parents avaient perdu 2 enfants en bas âge, et la crise d’appendicite fut si aigüe qu’on n’eut pas le temps de franchir les 500 m qui les séparent de l’hôpital Saint Jacques. Adrien fût opéré sur la table de la cuisine, dans l’appartement situé sur la quincaillerie et sans anesthésie. C’était le début des années 1890 et l’anesthésie ne débutera qu’en 1932.
Cette opération a laissé une marque profonde dans la mémoire de la famille. Ma maman, Thérèse Guillouard, sa nièce née en 1914, bien après cette opération, nous la racontait et elle précisait bien que cela s’était passé sur la table de la cuisine en urgence totale sans anesthésie. Cette opération avait d’autant plus marqué la famille que les parents Guillouard avaient perdu plusieurs enfants en bas âge avant la naissance d’Adrien, et ils ont alors vécu l’angoisse de perdre encore un fils. La fiche militaire d’Adrien mentionne « cicatrice abdominale adhérente ».

sa mère, une maîtresse femme !

Elle est issue des bâtisseurs de l’hôpital Saint Jacques, et c’est elle qui a apporté tout l’argent du couple. Elle restera dominatrice toute sa vie, mais portant tous ses hommes, mari et 5 fils, vers l’avenir. Ils visitent les usines des fabricants, vont aux foires de Paris, et à l’exposition de 1900 longuement. Ils   avaient même pris leurs habitudes dans un hôtel à Paris.
Leur environnement était riche d’évolutions depuis que les forges d’Hennebont livrent sur Nantes les toles par voie d’eau. L’usine Saunier-Tessier sur les bords de la Loire fabrique des boites métalliques pour les florissantes conserveries avant 1903, date à laquelle elle est acquise par Jules-Joseph Carnaud, ferblantier à Paris, qui ne tarde pas à s’associer aux Forges de Basse-Indre pour produire du fer blanc.

Les fiches militaires des fils GUILLOUARD notent qu’ils n’ont que le niveau primaire donc ils n’ont pas fréquenté les collèges de la bourgeoisie Nantaise. Mais leurs parents leur ont appris bien plus que le latin, les entraînant à la gestion de l’entreprise familiale qui livre plusieurs départements, visitant les usines des fournisseurs, même fort loin de Nantes; et aussi plus prêt à Nantes, les usines travaillant le métal pour les conserveurs. Cette habitude de visiter les usines des fournisseurs est mentionnée dans le Carnet de guerre d’Edouard Guillouard, mon grand père frère d’Adrien, car il avait demandé à ses supérieurs le droit de visiter une usine, ce qui lui fut refusé et ce refus avait dû le marquer.
En outre ils ont été aux foires de Paris, dont la plus célèbre de 1900 qui dût leur ouvrir bien grand les yeux et leurs réflexions futures. Ces visites étaient toutes un énorme stimulant pour l’esprit créatif d’Adrien et Louis.
Adrien vit encore chez ses parents jusqu’à son mariage en janvier 1913. C’est donc chez eux et en famille qu’il créé ses inovations et créations. Son frère Louis est déjà marié et vit à Quiberon les premières années de son couple, mais qu’à cela ne tienne, Adrien va le voir et ensemble ils projettent bien avant 1910 la future création de leur entreprise.
Adrien avait dû beaucoup observer la vie de famille car il inventera entre autres le presse purée…

1910 premier brevet à 26 ans

Dans cet esprit d’aller de l’avant, Adrien Guillouard sait non seulement inventer des solutions techniques mais aussi les déposer. En 1910, âgé de 26 ans et déjà installé fabricant rue des Olivettes, il dépose son premier brevet, qui sera suivi de beaucoup d’autres, même à l’étranger.

1-Chassis de cheminée à rideau en tole d’acier ondulée se roulant automatiquement dans deux têtes à glissières – N° de publication FR419232 A – Date de publication 1910-12-29 Date de dépôt 1910-07-16
CIB F23J 3/04 – Demandeurs Adrien Guillouard – Inventeurs Guillouard Adrien
2-Chassis de cheminée à rideau en tole d’acier ondulée se roulant automatiquement dans deux tetes à glissières – N° de publication FR13113 E – Date de publication 1911-02-03 – CIB F23J 3/04
Demandeurs Adrien Guillouard – Inventeurs Guillouard Adrien
3-Dispositif de volet oscillant combiné avec les grilles de ventilation appliquées aux cheminées – N° de publication FR451114 A – Date de publication 1913-04-11 – CIB F24F 13/14 – Demandeurs Societe A Et L Guillouard Fils – Inventeurs
4-Perfectionnements aux lanternes-tempête
N° de publication FR536530 A – Date de publication 1922-05-04
CIB F21V 37/02 – Demandeurs A & L Guillouard Inventeurs
5-Perfectionnements aux lanternes-tempête – N° de publication FR541145 A – Date de publication 1922-07-22
CIB F21V 37/00 – Demandeurs A Et L Guillouard Inventeurs
6-Réchaud à alcool – N° de publication FR559157 A – Date de publication 1923-09-11
CIB F24C 5/02 – Demandeurs A Et L Guillouard Inventeurs
7-Tourne-au-vent – N° de publication FR588375 A – Date de publication 1925-05-06
CIB F23L 17/10 – Demandeurs A Et L Guillouard Inventeurs
8-Dispositif de fermeture de boîtes à ordures et récipients divers
N° de publication FR588376 A – Date de publication 1925-05-06
CIB B65F 1/16 – Demandeurs A Et L Guillouard Inventeurs
9-Perfectionnements aux châssis de cheminées
N° de publication FR588870 A – Date de publication 1925-05-16
CIB E06B 9/13 – Demandeurs A Et L Guillouard Inventeurs
10-Perfectionnements aux lanternes-tempête
N° de publication FR30899 E – Date de publication 1926-10-04
CIB F21L 19/00 – Demandeurs A Et L Guillouard Soc Inventeurs
11-Marmite autoclave destinée à la cuisson des aliments par la vapeur
N° de publication FR630277 A – Date de publication 1927-11-30
CIB A47J 27/08 – Demandeurs A Et L Guillouard – Inventeurs
12-Marmite autoclave destinée à la cuisson des aliments par la vapeur
N° de publication FR33108 E – Date de publication 1928-08-16
CIB A47J 27/08 – Demandeurs A Et L Guillouard Soc – Inventeurs
13-Marmite autoclave destinée à la cuisson des aliments par la vapeur
N° de publication FR33871 E- Date de publication 1929-03-26
CIB A47J 27/08 – Demandeurs A Et L Guillouard Soc – Inventeurs
14-Marmite autoclave destinée à la cuisson des aliments par la vapeur
N° de publication FR33872 E – Date de publication 1929-03-26
CIB A47J 27/08 – Demandeurs A Et L Guillouard Soc – Inventeurs
15-Perfectionnements apportés aux régulateurs pour réchauds à alcool et ustensiles analogues
N° de publication FR730927 A – Date de publication 1932-08-26 – CIB F23D 11/44
Demandeurs A & L Guillouard Inventeurs
16-Nouvel aérateur-ventilateur pour cuisine, salle de bains
N° de publication FR730928 A – Date de publication 1932-08-26
CIB F24F 13/12 – Demandeurs A & L Guillouard Inventeurs
17-Perfectionnements aux boîtes à ordures et récipients analogues
N° de publication FR765636 A – Date de publication 1934-06-13
CIB B65D 45/24 – Demandeurs A & L Guillouard Inventeurs
18-Aspirateur fixe à dépression pour conduit de cheminée
N° de publication FR791577 A – Date de publication 1935-12-13
CIB F23L 17/02 – Demandeurs A & L Guillouard Inventeurs
19-Dispositif réflecteur pour signalisation routière ou autre
N° de publication FR810742 A – Date de publication 1937-03-27
CIB G09F 13/16 – Demandeurs Inventeurs Guillouard Adrien
20-Mine terrestre à déclanchement par plateau circulaire
N° de publication FR864354 A – Date de publication 1941-04-25 Date de dépôt 1940-03-26
CIB F42B 23/00 F42C 7/04 – Demandeurs A & L Guillouard – Inventeurs
21-Passe-légumes perfectionné
N° de publication FR931991 A – Date de publication 1948-03-09 Date de dépôt 1946-08-07
CIB A47J 19/00 – Demandeurs Adrien & Louis Guillouard – Inventeurs
22-Appareil pour râper, couper ou trancher
N° de publication FR1070635 A – Date de publication 1954-08-03 Date de dépôt 1953-01-12
CIB A47J 43/25 – Demandeurs A Et L Guillouard – Inventeurs
23-Passe-légumes perfectionné
N° de publication FR1072947 A – Date de publication 1954-09-16
CIB A47J 19/00 – Demandeurs A Et L Guillouard Inventeurs
24-Appareil à couper les herbes potagères et la viande
N° de publication FR1091879 A – Date de publication 1955-04-15
CIB A47J 43/25 – Demandeurs A & L Guillouard Inventeurs
25-Dispositif de fixation de la grille et de la manivelle dans les appareils passe-légumes et appareils de cuisine à couper ou râper
N° de publication FR1146314 A – Date de publication 1957-11-08
CIB A47J 19/00 – Demandeurs A & L Guillouard – Inventeurs
26-Lève-verre pour lanterne tempête
N° de publication FR1159049 A – Date de publication 1958-06-23
CIB- Demandeurs A & L Guillouard – Inventeurs

Adrien aurait aimé l’IA

Outre les brevets ci-dessus, Adrien menait bien d’autres activités inventives, à l’affus de toutes les nouveautés: télé etc… Il avait même dans sa propriété des ateliers personnels ainsi pour la photo qu’il modifiait, un siècle avant l’IA. J’ai plusieurs photos, comme ci-dessous, qui illustrent son gôut du truquage photo. Il combinait 2 photos, ainsi ci-dessous en 1930, ma maman, la jeune fille au chapeau pointu est à gauche et à droite, son père à gauche d’elle se retrouve aussi derrière elle à droite et la tante Gabrielle, la femme d’Adrien, est aussi à gauche et à droite. Ces photos truquées montrent combien il aurait aimé l’IA ! 

1910, avec son frère Louis, ils créent A. et L. GUILLOUARD

La publication officielle ne fut qu’en février 1911 dans le Courrier, feuille officielle d’Annonces Judiciaires et Légales, organe spécial de l’industrie et de l’exportation parisienne, le 3 février 1911
L’Usine, journal de la Métallurgie du 9 février 1911
40 000 F or un franc 1910 vaut environ 2,69 € 2006 soit 107 600 € en 2006 (je n’ai pas trouvé 2026). Les parents sont les financeurs car la quincaillerie marche bien, et ces avancements d’hoiries, hoiries ou autres, étaient autrefois toujours repris lors de la succession des parents, donc ils ne faisaient ainsi aucune différence entre leurs 5 fils. La Chaussée de la Madeleine est l’adresse du bureau et l’atelier derrière rue des Ollivettes.
Mais en vérité, l’entreprise

1910 ils utilisent déjà la publicité 

Ils font déjà de la publicité dans l’Annuaire général de la Loire-Inférieure en 1910. Cet annuaire donne peu de publicités, et mieux leur publicité occupe les 3/4 d’une page. Ils y donnent l’adresse de l’atelier rue des Olivettes et fabriquent des produits assez complexes ou manifestement ils répondent aux problèmes de bruit et fumées des chauffages de l’époque, qui devaient nuire beaucoup dans la ville de Nantes et autres villes.
Si on compte le temps d’élaboration et publication de l’annuaire, il est certain qu’ils fabriquaient rue des Olivettes avant 1910.

Puis, ils publient la même publicité en 1912, mais cette fois avec l’adresse des bureaux de la société A. et L. GUILLOUARD, qui était de l’autre côté de l’atelier, dans la rue parallèle à celle des Olivettes, mais plus marchande qu’ouvrière et aussi plus passante.

En fait, c’est en 1908 que l’atelier a été acheté, et qu’ils s’y sont installés. La date, généralement retenue de 1911 n’est que celle de la publication dans la presse de leur société.

 

Les tôles arrivent des forges d’Hennebont par gabares

C’est grâce aux forges d’Hennebont à l’ouest de la France que des usines métalliques se sont installées à Nantes. Les tôles arrivent sur les quais de l’Erdre jusque dans les années 30, au cours desquelles la ville de Nantes modifie le cours de l’Erdre vers la Loire. Il y a certes un nouveau quai, mais un certain Belliveau y fait installer une grue électrique de 1 000 kg pour les marchandises transportées par lui, ce qui ne convient pas à A. et L. Guillouard, qui doivent s’entendre avec lui pour que leurs tôles passent aussi.

1914-1918

Ils sont 5 frères mobilisables. Adrien pour sa part avait été exclu du service militaire pour raisons de santé et il est détaché à la maison Guillouard, ainsi que Charles qui ne voit pas assez bien pour manier une arme. Louis pour sa part est « réformé le 28 décembre 1914 – détaché maison Guillouard à Nantes le 15 mai 1917 » Donc les 2 frères travaillent toute la guerre à la maison Guillouard. Joseph et Edouard sont enrôlés : Joseph meurt au front dès le début de la guerre et Edouard fait toute la guerre, nous laissant son journal quotidien, que j’ai publié. Ci-dessous la fiche militaire de Louis détaché maison Guillouard, et pour mémoire le terme détaché est l’inverse d’enrôlé, car il semble que désormais beaucoup ne sont plus capables de le comprendre… Bientôt d’ailleurs qui sera capable de lire ces archives ?

L’usine A. et L. Guillouard fabrique pour l’armée

L’armée a besoin de bassines, seaux, brocs, lampes tempête etc… en très grand nombre, et comme le courrier fonctionne bien Edouard, au front, envoit à ses frères les débris d’armes allemandes. Ainsi, le 1er septembre 1916 il écrit dans son journal de guerre « Tranchée Cie A. T103 Grenade pomme de pain envoyé à Louis (Adrien Guillouard son frère était inventeur, tandis que Louis, autre frère gérait la fabrication des inventions, c’est l’usine ALG qui existe toujours mais à quitté Nantes) ». Ce cahier de guerre a la particularité de contenir beaucoup de photos car le meilleur ami de mon grand père Fernand Leglaive avait un appareil photo et nous a restitué la vie quotidienne dans les tranchées, ainsi le nombre incroyable de seaux pour l’eau, la nourriture … que la maison Guillouard les fabriquait pour l’armée. Mon grand-père Edouard Guillouard, au front, voyait chaque jour les produits de ses frères, industriels à Nantes, fabriquant pour l’armée. Et au delà des seaux etc… aussi des armes, que le génie inventeur d’Adrien savait produire.

Voyez les archives de l’armement des armées est situé à Chatellerault et aussi la préfecture de Loire Atlantique (ex Loire Inférieure) et notamment quelques pages concernant A. et L. Guillouard.

Les nouveaux ateliers à Wattignies

Tant de fabrication pendant la guerre 14-18 ne peut plus être assumée rue des Ollivettes, trop étroite, et A. et . Guillouard construisent de nouveaux ateliers sur l’Île de Nantes, là où les vaches broutent encore les prés.  L’Île de Nantes était autrefois traversée par tant de bras de la Loire qu’il y avait pas moins de 7 ponts pour arriver à Pirmil. La carte de Cassini, réalisée entre 1756 et 1815 par la famille Cassini, montre cette présence de nombreux bras de Loire. Vous ne verrez pas cette carte sur le site de Nantes Patrimonia qui donne beaucoup de cartes de Nantes, mais surtout aucun de l’île de Nantes jusqu’à Pirmil. Allez sur Geoportail. Au 19ème siècle, la sable a eu raison des bras de Loire, laissant la place aux prés. Ce n’est qu’en 1920 que l’ancienne ligne des ponts et le quartier du vieux faubourg de Vertais feront l’objet d’un programme de rénovation dans le cadre du plan d’extension de Nantes. On va alors reconstruire les ponts de la Madeleine et de Pirmil les reliant d’une large voie qui portera plus tard le nom des Martyrs Nantais.
Cette voie nouvelle d’après guerre ne suivra pas tout à fait le même tracé que l’ancienne ligne des ponts et ne sera pas parallèle aux ateliers construits sur l’île pendant la guerre par A. et L. Guillouard, ce qui explique le léger angle mort à l’entrée de l’usine Guillouard sur le Boulevard des Martyrs Nantais.

Sur cette vue aérienne de 1950 le boulevard qui remplace l’ancienne voie est définitivement tracé et on voit que les ateliers Guillouard ne sont pas parallèles au nouveau boulevard car construits avant le plan définitif de cette ligne des ponts. On remarque aussi qu’ils joignent les prés encore présents à l’est. Je suis née en 1938 et je me souviens des vaches dans les prés encore en 1960 sur l’île de Loire qui devriendra l’île Beaulieu, et aussi de toutes les constructions qui ont suivi à grands coups d’enfoncements profonds de longues fondations pour faire tenir des immeubles sur le sable.

1916 Louis acquiert une voiture

Adrien a une voiture avant 1910, ici au volant, avec son frère Louis, à Quiberon, travaillant à la création de leur entreprise en 1910.  Louis Guillouard acquiert une Chenard et Walcker le 9 juin 1916 (registre aux archives de LA). Cette photo si ancienne illustre le binôme projeté vers les idées futures et la création de leur entreprise.

 

 

 

 

 

 

 

Adrien et Louis déposent la marque ALG

Les acronymes étaient déjà répandus à Nantes sous forme de marque : LU, BN etc… Ils déposent dès septembre 1918 une marque qui marquera pendant 2 générations les familles, à travers tous les ustenciles ménagers ALG.

les lessiveuses ALG

Née en 1938, j’ai connu les produits ALG à tel point que je ne faisais pas le lien avec GUILLOUARD, car on s’exprimait seulement ALG. Comme dans quasiement toutes les familles, de la lessiveuse au presse-purée, en passant par les seaux, brocs, arrosoirs etc… Ma maman a élevé 6 enfants sans machine à laver car pour mémoire en 1950 elle n’est présente que dans 8 % des foyers. Au sous-sol de la maison l’une des pièces était la buanderie, ou trônait sur un gros réchaud à gaz une énorme lessiveuse ALG, celle qui a accompagné tant de foyers. Certes, à la maison, c’était une fois par semaine le travail d’une femme, qui venait faire bouillir le linge, mais nous ensuite on étendait le linge avec beaucoup de pinces à linge et de fils tendus dans le jardin. Nous ne connaissions pas encore le synthétique jetable aussi il y avait beaucoup de couches, serviettes hygiéniques etc… Certes les couches pipi étaient chaque jour lavées à la main à l’eau et étendues. La lessiveuse demandait beaucoup de travail mais elle était durable et bon marché. En 1954, chez Decré à Nantes, celle de 50 litres était à 1 590 F ce qui fait 51,25 €  de 2025. Elle a disparu car nous n’avons plus envie de travailler.

 

 

Office d’ouvrier de la monnaie de Nantes, Pierre Moinet 1716, petit fils de Sébastien Halbert

Introduction

Je vous ai déjà mis sur ce blog mes HALBERT de Saint Sébastien d’Aigne, aujourd’hui Saint Sébastien sur Loire, qui commencent par Sébastien HALBERT ouvrier de la monnaie de Nantes, époux de Marie BONNAUD. Aujoud’hui, je vous mets un document exceptionnel, comme il en existe encore peu aux Archives Nationales, à savoir l’office d’ouvrier de la monnaie d’un Pierre Moinet qui se dit son descendant. Et c’est en voulant voir sur Internet si quelqu’un avait déjà connaissance de ce document que je suis tombée seulement sur l’horreur de la déformation du nom de Louise Halbert, la mère de Pierre Moinet.

Louise Halbert mère de Pierre Moinet

Louise Halbert et son mari meurent juste après la naissance de leur unique enfant Pierre Moinet. L’enfant a donc été élevé par oncle et tante qui lui ont parlé de son grand père Sébastien Halbert ouvrier de la monnaie ! Voici ce que je sais de la généalogie de Louise Halbert :

Louise HALBERT Fillle de Sébastien HALBERT et Louise BONNAUD °Saint-Sébastien-d’Aigne (44) 8 avril 1643 †Basse-Goulaine 6 octobre 1684 « inhumé dans la chapelle de la vierge Louyse âgée de 42 ans fille de deffunt Sébastien Albert et Marie Bonnaud femme de Michel Moynet présent qui signe présents Luc Guillaume et Pierre les Moynet pescheurs demeurant dans les vallées » x 1/1660 Jean CORGNET  x2 Saint-Sébastien-d’Aigne 15 février 1678 Michel MOINET †Basse-Goulaine 15 octobre 1684 « inhumé dans l’église Michel Moynet laboureur demeurant dans les Vallées fils de Luc Moynet et deffuncte Renée Allaire ses père et mère, veuf de Louyse Albert en présence de Luc, Pierre et Guillaume les Moynet » 
1-Perrine CORGNET x Saint-Sébastien-sur-Loire 15.8.1687 Pierre PATOUILLERE
2-Pierre MOINET °Basse-Goulaine (44) 27 mai 1684 « baptisé Pierre fils de Michel Moinet et de Louise Halbert sa femme parrain Pierre Patoüillere marraine Perrine Foucaud » †1726 x Saint-Julien-de-Concelles (44) 29 janvier 1704 « mariage Pierre Moynet fils de deffunts Michel Moinet et de Louise Halbert de Basse Goullaine et Janne Rouxeau veuve de deffunt Michel Lebeau » Jeanne ROUSSEAU Dont postérité

la monnaie de Nantes

Voyez sur mon site, tout sur la monnaie de Nantes.

les ouvriers de la monnaie de Nantes

Il n’existe aucun document exhaustif sur les noms des ouvriers de la monnaie de Nantes, uniquement un document partiel tiré de Granges de Surgères à partir des registres paroissiaux et la liste établie par les juges gardes le 26 février 1728. Or, cette liste ne prend pas en compte les notaires, dont les actes sont très parlants en ce qui concerne les métiers, même si hélas à Nantes nous n’avons plus d’archives notariales du 16ème siècle !!!

l’office d’ouvrier de la monnaie uniquement par filiation

L’office se transmettait uniquement aux descendants. Or, l’acte qui suit et qui concerne Pierre Moinet fils de Louise Halbert, comporte 2 points qui interrogent :

  •  la transmission était donc possible par les femmes et le document que je vous citais ci-dessus, établie selon Granges de Surgères, relate bien un cas par les femmes, mais il précise que cette femme devait donc être fille unique.
  • Louise Halbert n’était pas fille unique, loin de là. Elle avait 4 soeurs et n’était pas l’aînée mais la 3ème. Donc, en l’absence de descendance mâle de Sébastien Halbert et Marie Bonnaud, une des filles a eu le droit de prétendre à l’office d’ouvrier de la monnaie de Nantes.

filiation donnée par l’acte qui suit

L »acte qui suit, de 1716, concernant l’office l’ouvrier de la monnaie de Pierre Moinet le dit « Pierre Moinet fils de Michel Moinet et de Louise Halbert, laquelle estoit fille de Sébastien Halbert et de Marie Bonnaud, ledit Halbert fils de Jullien Halbert ouvrier monnoyeur en nostre monnoye de Nantes ». Il est donc probable que Sébastien Halbert soit fils de Julien, mais aucune source n’existe encore pour le prouver, car les Archives de Loire-Atlantique n’ont plus les actes notariés du 16ème siècle et les registres paroissiaux ne remontent pas au 16ème siècle à Saint Sébastien.
On ne peut conclure à une source sure lorsque qu’on sait, comme j’en ai une grande expérience, combien de fausses filiations étaient données quand on voulait obtenir quelque chose, que ce soit ainsi pour les offices au Parlement de Breragne, ou même les preuves de noblesse. Donc, je ne peux conclure avec certitude que Sébastien était fils de Julien.

1716 office de monnayeur de Pierre Moinet

Merveilleux acte trouvé aux AN. Je suis heureuse de l’offrir aux descendants de Pierre Moinet, car il a eu descendance actuelle.

[1] Archives Nationales V/1/225-V/1/234 Grande Chancellerie (sous-série V/1). Lettres de provision d’office : années 1716 à 1718 cote V/1/226

« Le 20 juin 1716 Louis par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre à nostre cher et bien aimé conseiller général Provicial de nos monnoyes en Bretagne salut notre aimé Pierre Moinet fils de Michel Moinet et de Louise Halbert, laquelle estoit fille de Sébastien Halbert et de Marie Bonnaud, ledit Halbert fils de Jullien Halbert ouvrier monnoyeur en nostre monnoye de Nantes, ledit Moinet faisant profession de la Religion Catholique apostolique et Romaine nous a fait remonstrer que les Roys nos prédécesseurs ayant accordé plusieurs privilèges aux officiers etre ouvriers des monnoyes de nostre Royaume suivant lesquels ceux qui ont possédé le titre d’ouvrier ont le pouvoir de transmettre leur droit à leurs enfants et postérité de l’un et l’autre sexe nés et à naitre en loyal mariage, lesquels doivent se faire recevoir par devant les officiers de nos monnoyes, et d’autant que lesdits Jullien et Sébastien Halbert ses ayeul et bisayeul estoient constamment ouvriers monnoyeurs ainsi qu’il nous est apparu par la sentence de réception dudit Sébastien Halbert son ayeul du 3 juin 1643 et que vous pourriez faire difficulté y admettre le suppliant attendu l’interruption depuis la réception ddit Sébastien Halbert jusqu’à présent il nous a humbement fait supplier luy vouloir accorder nos lettres de relief d’interruption à ce nécessaires à ces causes désirant subvenir à nos sujets suivant l’exigence des cas s’il vous appert par les pièces cy attachées sous le contrescel de nostre chancelerie, que lesdits Julien et Sébastien Halbert père et fils ayent esté receus ouvriers monnoyeurs en nostredite (f°2) monnoye de Nantes, que le suppliant soit arrière petit fils de Jullien Halbert marié en loyal mariage et que suivant les privilèges par les Roys nos prédécesseurs accordés aux ouvriers monnoyeurs le suppliant y doive estre receu nous vous mandons et ordonnons ces présentes que vous ayez à le faire recevoir à l’exercive d’ouvrier dans nostredite monnoye de Nantes luy faisant donner place pour y faire les exercices et travailles ainsy que les autrs ouvriers suivant et conformément auxdits privilèges pleinement et paisiblement restant et faisant cesser tous troubles et empeschements à ce contraires sans vous arrester à l’interruption depuis ledit Sébastien Halbert son ayeul que nos ne voulone nuire ny préjudicier audit inposant ordonnons l’avons relevé et dispensé relevons et dispensons par ces présentes,, pourveu toutefois que lesdits privilèges n’ayent esté révoqués, et à la charge de se conformer à nos ordonnances et règements concernant les monnoyes et sousles peines y portées car tel est nostre plaisir. Donné à Paris le 20 juin 1716 »

 

Mémoire des victimes du naufrage du Saint-Philibert 14 juin 1931


Au cimetière Saint-Jacques à Nantes, il y a une immense tombe à la mémoire du naufrage du Saint-Philibert qui fit près de 500 victimes au retour de Noirmoutier le 14 juin 1931. Quand j’étais petite, chaque Toussaint mes parents s’y arrêtaient car elle était sur notre chemin, et nous contaient ce drame.

Cette tombe est toujours entretenue et fleurie par les services municipaux (photo en 2011). En fait cette tombe contient les 54 victimes non réclamées par de la famille. Ces victimes « sans famille » avaient d’abord été inhumées dans divers cimetières Nantais, dont Toutes-Aides, puis la ville de Nantes eu la bonne idée de les regrouper et rassembler toutes les 84 au cimetière Saint-Jacques.

Le 14 juin 1931 naufrage du Saint-Philibert sur le site de la Cote de Jade, très riche de photos et documents
et plus bref sur Wikipedia

les loisirs en 1931 

Les ballades en voiture n’existent pas encore, car la France ne compte que 201 000 voitures en 1931, dont celle d’Edouard Halbert, le premier et seul en 1930 à posséder une voiture à Nantes Sud Loire St Jacques.
Mais le train existe, entre autres pour Pornic… ou l’été on peut prendre un bateau pour Noirmoutier.
Le Gois n’est pas encore pavé :
« Après un premier empierrement réalisé en 1868, le Gois est consolidé, balisé puis empierré dès 1924. Le pavage de la chaussée et la construction des balises-refuges interviennent entre 1935 et 1939 achevant de transformer le gué d’origine en voie d’accès à l’île mais aussi aux parcs ostréicoles de la Baie de Bourgneuf proches de cette voie. Le passage du Gois entre alors définitivement dans la légende attirant, chaque année, une foule impressionnante de curieux et de pêcheurs à pied. » 
On se déplace souvent en bateau et les Messageries de l’Ouest assurent beaucoup de liaisons par eau, plus nombreuses en été, et elles offrent même aux Associations des voyages spéciaux, à partir de Nantes, comme ce sera le cas avec l’association Loisirs au départ de Nantes sur le Saint Philibert.
Vous voyez sur leur annonce ci-contre qu’elles offrent plusieurs excursions qui étaient alors une découverte de loisirs pour la population Nantaise.

Nantes est une ville ouvrière, avec entre autres l’usine des Batignolles « offrant à une partie de son personnel des maisons individuelles avec jardin, l’accès à une école primaire, à un cinéma ou à un dispensaire. Alors que les cadres prennent possession de bâtisses en pierre, les ouvriers héritent de pavillons en bois au confort rudimentaire, et les célibataires, souvent étrangers, occupent des chambres dans des bâtiments collectifs ou des wagons désaffectés. Car l’Europe s’est donnée rendez-vous aux Batignolles, l’usine ayant recruté une partie de son personnel qualifié au-delà des frontières nationales, en Pologne comme en Allemagne, en Italie comme en Tchécoslovaquie ou en Autriche. »

 

 

Un dimanche à Noirmoutier, 1924 

Ma tante Odette Guillouard 15 ans est pensionnaire à Châvagnes à Nantes en 1924 et on lui impose la rédaction  : « racontez une belle journée »….  Je suppose que le temps employé était aussi imposé, car ce passé  que nous ne parlons plus me semble venu de très loin… Pour avoir bien connu ma tante, je puis vous certifier qu’elle ne parlait jamais ainsi, mais que ne lui a-t-on faire faire à l’école. J’appartiens à la génération qui n’a pas utilisé ce passé.
A travers ce récit je comprends pourquoi ma famille avait gardé un si grand souvenir du Saint Philibert, puisque mon grand père l’utilisait avec ses enfants, par chance, par beau temps… En 1924 Odette 15 ans, Robert 13, Thérèse 10 et Monique 4.

Mon premier voyage à Noirmoutier

Longtemps déjà papa nous avait promis un voyage sur mer, celui de Noirmoutier, et nous brûlions d’impatience depuis cette promesse de connaître ce nouveau pays et voici que ce jour si heureux et si ardemment attendu arriva.
Après avoir entendu la messe[1] de sept heures à la Bernerie, nous montâmes, papa, mon frère et moi à la gare  où nous devions prendre le train[2] de huit heures et demie.
Les billets pris, nous allâmes nous asseoir sur un banc car nous étions en avance de quelques minutes. A huit heures et demie le train arriva chargé comme de coutume de nombreux voyageurs. Après avoir freiné le train s’arrêta et le chef de gare cria de sa voix rude : « les voyageurs pour La Bernerie descendent , La Bernerie ». Les portières s’ouvrirent en grand nombre pour laisser passage à des gens descendant à La Bernerie. Nous montâmes donc dans un wagon[3] vide et nous entendîmes bientôt le sifflet, signal du départ. Nous ne fîmes qu’un petit voyage dans le chemin de fer, car nous ne nous sommes arrêtés qu’au Clion et puis ensuite à Pornic où nous devions descendre.
A la descente du train, nous nous sommes dirigés vers la porte de sortie, puis nous avons pris le chemin du bateau.
Nous passâmes par le port où les bateaux allaient et venaient sans cesse. Après avoir pris une sucette chez le patissier nous arrivâmes au bateau.
Neuf heures sonnaient lorsque nous prîmes place que le pont supérieur du bateau où déjà un certain nombre de personnes prenaient place. Nous attendîmes quelques minutes avant le départ du bateau lorsque tout à coup, le capitaine monta dans sa petite cabine. Le bateau siffla plusieurs fois, puis il démara. Nous sortîmes du port à une faible vitesse car nous accostâmes à la Noëveillard afin de prendre quelques personnes.
Vers neuf heures un quart, nous partîmes, en pleine mer pour ne plus s’arrêter qu’à Noirmoutier.
Le temps était radieux, la journée s’annonçait belle. Le ciel, couleur d’azur, ne présentait aucun nuage. La mer, loin d’être fougueuse et déchaînée semblait d’huile et le bateau ne secouait pour ainsi dire pas. Le trajet se fit sans encombre. Nous étions assis non loin des cheminées et de la chaudière, et nous voyions très bien le capitaine. La mer, boueuse à La Bernerie, moitié bleue à Pornic, devint bleu couleur du ciel, de plus en plus que l’on se rapprochait de l’île.
Plus le bateau avançait, plus l’île se découpait. En avançant toujours nous pûmes distinguer le bois de la Chaise, le grand Hôtel Beau Rivage. Le chemin se continuait toujours. Enfin nous voici arrivés. Le bateau fit une grande manœuvre et nous débarquâmes. Là, se trouvait des gens, un certain nombre, qui attendaient des voyageurs. Arrivés sur l’esplanade, une petit garçon, chargé de donner pendant la traversée des feuilles de réclame pour une hôtel, laissa tomber par mégarde sa casquette dans la mer, mais un bateau vint la prendre.
A la sortie de l’esplanade nous fîment notre entrée dans le bois. C’était charmant, ce petit coin était très pittoresque. A la sortie du bois, nous vîmes une grande plage s’étaler sous nos yeux occupée par quelques baigneurs.
Nous louâmes un sapin[4] qui devait nous mener au bourg même de Noirmoutier, mais il devait auparavant nous descendre à l’hôtel St Paul (ci-contre).
Arrivés à Noirmoutier, nous furent descendus auprès de l’église. Nous y entrâmes quelques secondes car c’était la grand’messe. Nous firent une petite promenade dans le bourg et nous visitâmes l’église la messe terminée, elle était très jolie. Elle renferme les restes de St Philibert mais comme la crypte était fermée nous n’avons pu visiter son tombeau. Ensuite nous avons pris le chemin de l’hôtel, car, je l’avoue, nous avions bien faim. Après avoir bien mangé, nous allâmes faire une promenade à pieds dans le bois. Il y faisait frais, il y faisait bon y respirer la suave odeur émanée par les pins ; nous avons examiné de près le phare rouge, nous avons vu un beau bateau à voile accoster.
Après s’être ainsi promenés, nous allâmes louer des ânes. L’on fit monter papa sur « La Parisienne », mon frère sur « Caroline » et moi sur « Martin ». Mon âne ne voulait faire que du trot et je l’avoue encore je n’étais pas très rassurée là-dessus.
Notre promenade à âne finie, nous nous sommes rafraichis puis nous envoyâmes des cartes postales. Quatre heures arriva bientôt, heure où le bateau retourne à Pornic. Nous partîmes très tranquillement prendre le bateau St Philibert. Assis sur le St Philibert, nous attendîmes le départ un bon moment. Notre attention se tourna vers la place près de laquelle sur la mer dormante de nombreuses périssoires[5] évoluaient. Une course de périssoires s’engageait, une dizaine participait au concours, mais les périssoires tournèrent près des rochers et ceux-ci nous interdisaient de suivre la course des yeux.
Après avoir fait entendre son appel, le bateau démarra et nous partîmes sur la mer encore plus tranquille et plus dormante que le matin.
Plus le bateau s’éloignait, plus l’île faiblissait à nos yeux, et, au contraire plus le bateau avançait plus la côte opposée devenait apparente.
Partis de Pornic sur le petit St Nazaire, nous revinrent à Pornic sur le grand St Philibert. Enfin après une heure de bateau nous accostâmes à Pornic à la Noëveillard. Nous allâmes à pieds jusqu’à la gare de Pornic où nous prîmes le train pour La Bernerie. Après un petit parcours de vingt minutes à peine nous entrâmes en gare de La Bernerie. De nouveau l’employé de gare crie : « les voyageurs pour La Bernerie descendent, La Bernerie ». Nous ouvrîmes la portière et nous descendîmes du train, nous sortîmes et nous partîmes heureux et contents du beau voyage de Noirmoutier.
Comme Noirmoutier est en face La Bernerie, j’essaie tous les jours à retracer les différents lieux où je suis passée car on voit très bien Noirmoutier de La Bernerie.
Odette Guillouard, non daté (mais ma famille situe ce voyage en 1924).
[1] Odette Guillouard est élève à Chavagnes, donc dans sa rédaction elle prend soin de noter un zèle religieux
[2] ce train existe toujours (voyez le site des TER Pays de Loire)
[3] non un « compartiment vide », car les wagons voyageurs de l’époque avaient de multiples portes latérales, une par compartiment.
[4] nom populaire du fiacre hippomobile, qui tire son nom du bois du véhicule
[5] canot

Un photographe de rue à bord 

Y avait-il un photographe de rues à bord du Saint Philibert lorsqu’il quittait Nantes à 6 h 30 pour Noirmoutier ? En effet, la France est pionnière de la photo de rues en 1930, et cette photo, transmise par Elisabeth, atteste une pose exceptionnelle car l’homme est seul (généralement en famille), il a une pose inhabituelle à l’époque, enfin la photo montre la bouée portant le nom SAINT PHILIBERT et est manifestement prise du pont inférieur, ce qui serait tout à fait un travail très rare en famille.
J’ajoute que ma famille a des photos de cette époque, mais bien moins nettes et plus posées en famille, donc j’émets cette hypothèse. Donc, je suppose qu’il y avait un photographe professionnel à bord, et que d’autres familles ont des photos de ce type. Si vous en avez vous pouvez les adresser (en supprimant les espaces : odile h @odile-h a lbert.com

Nombre et liste des naufragés 

Autrefois, seuls les adultes étaient comptés à l’embarquement, et ils étaient 457 à  bord, mais ils avaient avec eux des enfants, et même beaucoup, d’où le nombre plus élevé de victimes car les enfants étaient nombreux.
Liste des victimes sur Geneanet

Identification des victimes 

Certaines victimes ne furent identifiées que des mois plus tard. Voici l’exemple de Charlotte Martinetti épouse Tableau dont le père, corse né à Tasso fut gendarme à Douarnenez :


Etat-civil de Nantes 4°C : « Le 26 décembre 1931 nous retranscrivons le décès dont la teneur suit : Extrait du registre des actes de décès de la commune du Croisic (Loire-Inférieure) le 26 juin 1931 à 13 h 30 minutes nous avons constaté le décès d’une personne de sexe féminin qui a été trouvée ce jour en mer au large du phare de la Banche, par le bateau de pêche « Sam Both » n°612 de St Nazaire-Le Croixic, patron Jean Lehuédé, domicilié au Croisic, et dont l’identité n’a pu être établie. Le signalement est le suivant …. Dressé le 26 juin 1931 à 14 h sur la déclaration de Pierre Belliot, 41 ans, garde-champêtre, domicilié au Croisic, qui, lecture faite, a signe avec nous Auguste Masson, maire du Croisic – Mention en marge : Rectifié par jugement du Tribunal Civil de première instance de l’arrondissement de Saint-Nazaire, rendu le 4 décembre 1931, en ce sens que l’acte de décès ci-contre s’applique à Charlotte Martinetti, née le 3 octobre 1891 à Douarnenez (Finistère) de François et de Marie Antoinette Moracchini, épouse de Tableau Félix Joseph, institutrice publique, domiciliée à Nantes 25 avenue du Grand Clos, décédée en mer le 14 juin 1931 lors du naufrage du vapeur Saint-Philibert » Son corps est donc retrouvé le 26 juin au large du Croisic et on trouve son inhumation le 29 octobre 1931 au cimetière Miséricorde à Nantes, mais le jugement civil  n’est que le 4 décembre. J’ignore comment la famille a participé à l’identification… et je suppose que les frais, certainement élevés de transport des corps etc… étaient pris par les pouvoirs publics…

Seconde vie du St Philibert 

Renfloué et transformé en remorqueur sans les 2 ponts pour passagers en promenade, et rebaptisé « les Casquets », il part d’abord à Bayonne transporter des marchandises sur l’Adour. Il n’y restera pas, regagnera la Bretagne, sous divers noms, et ne sera désarmé qu’en 1979, soit 48 ans après son naufrage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le procès


Malgré une certaine lucidité en cour d’appel : « le Saint-Philibert était un bateau de rivière et d’estuaire, qui ne  possédait aucune des qualités nautiques pour effectuer par gros temps une excursion en mer avec un aussi grand nombre de passagers à bord »
la Cour d’Appel ne fera qu’enterriner purement et simplement la parodie de justice du tribunal civil de Saint-Nazaire et aucun responsable ne sera poursuivi…

 

 

 

Agrandissement de voirie : les Arrêts de Vertais, Nantes 1715

Je vous ai mis les défauts d’alignement dont la mairie de Saint-Sébastien-sur-Loire était capable, mais voici comment autrefois on respectait bien mieux la notion de voirie, en s’entendant bien, et même très bien, entre voisins pour céder une partie de terrain, refaire les murs en ligne droite en partageant les frais, et en se dédomageant les uns les autres, pour laisser passer les charettes. Et c’est seulement après cette magnifique entente qu’on passe chez le notaire pour entériner les modifications des terrains. Le pied faisait 32,483 cm, enfin celui qui était le plus utilisé, le pied de roi. Donc la venelle qui suit mesurait 4 pieds de large soit 1,299 m et pour une charette il fallait au moins 2 m

L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales de Loire-Atlantique, série 4E2/261 – Voici la retranscription de l’acte (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 7 juillet 1715, (devant Bertrand notaire) Sur ce que la venelle commune conduisant de la rue de Vertais en la prée dabas (d’en bas), bornée d’un côté tant la maison qui appartenait au feu sieur Leauté que la muraille du jardin appartenant à Pierre Renard marchand sieur des Nöes Bregeon, et d’autre côté la maison et jardin appartenant au sieur Doüet boulanger, le tout relevant en proche fief du roy à cause de sa juridiction des Ponts en Vertais, ne contient au commencement d’icelle vers la rue que 4 pieds de large et environ de 6 depuis la muraille du jardin dudit sieur Renard jusque celle du jardin dudit Doüet, et que pour cela une charrette n’y peut entrer pour le service, utilité et commodité des maisons magazins et logements qui sont situés sur ladite prée et endroit vulgairement appelé Les Arrêts reignants le tour de la rivière de Loire vers Pirmil, les propriétaires desdites maisons, magazins et logements des Arrêts auroient entre eux résolu et déterminé de se faire un chemin et passage libre à charrette pour l’utilité servitude et commodité des mesmes maisons logements et magazins jardins et prés en dépendant, par ladite venelle et pour cet effet de la faire élargir suffisamment, mais comme ils ne pouvaient y parvenir sans disposer entre autres choses de la muraille et d’une partie du fonds du jardin dudit sieur Renard reignant sur ladite venelle ayant actuellement une sortie et passage sur icelle, ils l’auroient prié de les en accomoder, à quoi il auroit répondu être pressé de contrinuer à l’exécution de leur dessain, non par la vente de la muraille et une partie de sondit jardin mais bien en (f°2) consentant qu’ils en disposent sous l’expresse condition et non autrement : premièrement, que ladite venelle chemin et passage demeureront à perpétuité communs en toute longueur et largeur tant à ses deux maisons situées sur ladite rue de Vertais dont dépend ledit jardin, qu’à ses deux maisons magazins granges logements terrains prés et jardins lui appartenant et à ses enfants, situés à l’une des extrémités de ladite prée du côté de la rivière qui joint le couvent des révérends pères Récollets et le pont de Brisebois, et que luy sesdits enfants leurs hoirs successeurs et cause ayant propriétaires desdites 4 maisons granges logements terrain prés et jardins et leurs fermiers jouiront librement et perpétuellement dudit chemin et passage pour le service desdits choses à cheval, charrette et autrement ainsi et de la même manière que feront les propriétaires desdites maisons magazins logements et dépendances des Arrêts, sans que lui ni sesdits enfants soient tenus à aucunes autres contributions pour l’établissement dudit chemin en tout son entier jusques l’accomplissement de sa première perfection, et secondement que lesdits propriétaires feront aussitôt faire à leurs dépends une muraille à pierre chaux et sable en toutes sa longueur pour fermer le surplus de sondit jardin auquel elles demeurera prénative ? et sera de pareille épaisseur que celle qui y est présentement et avec 9 pieds au dessus de l’encavement ? ou (f°3) pavé dudit chemin, qu’ils feront faire en icelle muraille portes qu’ils feront boucher et remplir de maçonnerie pour être néanmoins débouchées ouvertes et pratiquées sur ledit chemin toutefois et quand bon semblera audit Renard et à sesdits successeurs, lesquelles réponses et conditions dudit Renard ayant été agréées par les propriétaires dudit lieu des Arrêts, ils se transportèrent avec lui sur sondit jardin ou après avoir considéré et mesuré ce qu’il en faut pour l’élargissement de ladite venelle afin de faire le chemin et passage projetté, ils auroient arrêté de démolir la muraille d’iceluy jardin reignant sur ladite venelle et de mettre joindre et réunir à la même venelle pour faire ledit chemin et passage à charrette, non seulement le fonds d’icelle muraille mais encore une partie dudit jardin en toute sa longueur à la largeur savoir environ 6 pieds par le bout d’ahaut à prendre au niveau de la dalle ou goutière de bois qui est actuellement à la maison du nommé Lemaitre et environ 3 pieds par l’autre bout vers la rue d’abas, en sorte que la muraille qui renfermera le restant dudit  jardin sera perpendiculaire et faite et construite de l’un à l’autre bout à la même épaisseur et hauteur, laquelle épaisseur sera prise pour une moitié sur ledit restant et pour l’autre sur ladite quantité de 6 et 3 pieds, à cette cause devant nous notaires royaux à Nantes, ce jour 7 juillet 1715 après (f°4) midi a comparu ledit sieur des Noës Bregeon Renard, demeurant paroisse de St Sébastien en ladite rue de Vertais

 

Rue de Vertais

1499 – On voyait à Vertais, dans une venelle, près du Pont de Pirmil, une chapelle nommée la Chapelle de Perrot Drouet (Travers, II, 249)

1524 – Vertais, dont Pierre Landais était seigneur, l’an 1483, avait encore son seigneur en 1524 et formait une juridiction, sous le nom de la Juridiction du Pont en Vertais, avec sénéchal et officiers. Le prieur de la Magdeleine sur les Ponts s’en disait seigneur, avant ces temps, et en a un titre, vrai ou faux, qui commence la juridiction du pont, au mur de la ville, et la termine au grand pont de Pirmil (Travers, II, 289)

(sans date) – Vertais, de Vert, le même que bert, beau, en altique et ais habitation : la belle habitation ; on y jouit de la plus vue. (Gaignard, Voyage autour de Nantes, 44)

1761 – … maison située aux Arrêts de Vertais (Aumones, affiches… pour la ville de Nantes, 1761 n°35 p137)

Il est certain qu’avant 1792, une partie des Ponts (Vertais et Piremil) dépendait de la paroisse de Saint-Sébastien, et que l’octroi l’arrêtait au pont des Récollets (Annales de la Société Académique de Nantes, 1853, p344)

L’endroit où était situé ce bureau d’octroi portait le nom d’Arrêts de Vertais

1840 – L’ordonnance royale du 26 septembre 1837, qui fixe à 10 m la largeur de la traverse dans les rues de Biesse, Vertais et Dos d’Ane, 180 maisons qui doivent céder à la voie publique une superficie totale d’environ 3 500 m. Parmi ces maisons 102 surtout présentent une suite de saillies véritablement intolérables, et leur démolition immédiate ou prochaine a été arrêtée en principe (Le Breton, 7 mais 1840, p2)

L’île de Vertais était en dehors de la ville, dont les limites ne devaient pas être bien au-delà de la Porte Gelée, démolie en 1665, laquelle porte était à l’angle de la rue de Beau-Séjour.

Il existait au commencement du XIXème siècle, un peu au dessus des Récollets, à droite en sortant de la ville, au pied de la chaussée qui précède les deux arches du Pont des Récollets, il existait, dis-je, le reste de la maçonnerie ou d’une base sur laquelle s’élevait autrefois une Croix. La tradition dit que cette Croix indiquait la limite de Nantes.

Cette Croix existait alors sur le bord du bras de la rivière qui, d’un côté, embrasse l’Île de Vertais, et, de l’autre, borne le terrain où est établie la raffinerie N. Cézard.

Cette Croix se voit sur le plan de Cacault, à l’angle N.O. du Pont des Récollets.

 

 

 

Les merveilleux dessins du vieux Nantes du Dr Alcime Sinan

Le docteur Alcime Sinan (1875-1947) aimait dessiner les anciens monuments, et je me demande comment il faisait puisque les monuments qu’il dessine étaient disparus depuis longtemps avant lui. Il a publié 2 ouvrages, l’un sur Nantes, l’autre sur Châteaugontier. J’ai 2 iconographies de lui, tirées de son ouvrage sur Nantes et vendues comme iconographies sous verre à son époque. Je vous laisse admirer ses 2 magnifiques dessins.

Nantes : Tour et Pont de Pirmil La tour, dernier vestige du château de Pirmil a disparu en 1839

Nantes : le château et l’ïle de la Sausaye (aujourd’hui Île Feydeau) l’île Feydeau s’appelait île de la Saulzaie jusqu’en 1721, et l’orthographe avec le S provient manifestement de sa prononciation car le LZ se prononce S

L’ouvrage qui a été publié est : Le vieux Nantes qui s’en va : ses transformations successives : orné de 300 dessins de l’auteur / Dr Alcime Sinan

 

 

 

Explosion de poudre : Nantes 25 mai 1800 à 12 h 5

J’écoute, comme vous, les débats à la télé qui critiquent les usines encore en pleine ville, mais autrefois on mettait aussi la poudre en pleine ville, et même au château de Nantes. Un mien ami y a perdu une ancêtre :

Perrine-Anne CHARTIER °Nantes-Ste-Croix 5.5.1765 †Nantes 25.5.1800 « a été tuée à midi place Neptune, par l’effet de l’explosion arrivée au chateau de Nantes »  (EC du 6 prairial VIII = 26.5.1800)

Le 25.5.1800 à 12 h 5 une détonation retentit. De gros blocs sont projetés violemment dans les airs. Le château, utilisé comme forteresse militaire au cours de siècles, renfermait le stock de poudre. Les explosifs étaient donc stockés en pleine ville, et voici le récit de l’explosion de la poudre, telle que le raconte DELATTRE puis JEULIN dans le BSALA, 1923 et 1924 : « Le château tremble jsusque dans ses fondations, comme si un tremblement de terre venait de se produire. La Tour des Espagnols vient de sauter. Le bilan de la catastrophe, en ce qui concerne le château, se résume à la perte et à l’amputation du pavillon du lieutenant du Roi, de la Tour des Espagnols, et d’une partie du mur d’enceinte entre le demi-bastion et la Tour du Pied de Biche, enfin une partie du grand gouvernement.