NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905 CHAPITRE VIII. LES ÉCAILLES.

Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

Ils se réunissaient chaque soir à l’heure de l’apéritif dans une petite salle au premier étage du café de Nantes. Buvant des bocks, fumant des pipes, jouant au billard, les amis causaient d’art, de femmes, du mauvais temps. Léris débitait parfois un monologue comique pour les dérider ; Geray chantait ses romances sur le vieux piano du coin.
Alors que la pluie curieuse frappait du doigt contre les vitres et que le brouillard y collait ses yeux gris, Channel contait des blagues ensorcellées de soleil méridional. Il exhibait ses caricatures in- vraisemblables qu’il piquait le lendemain sur le mur de sa chambre. Ormanne crayonnait des angles de ruelles tristes, les égayant d’un coloris étincelant. De Remirmont, était la gazette. On apprenait les dernières nouvellés locales, les petits potins passionnants, les grands mariages, les spectacles en vogue, le dernier scandale. Il intervenait pour calmer les rages de Delange et les tempêtes de Mussaud. Ce dernier travaillait dans l’atelier de son père, fabricant talentueux de statues pour églises. Cependant, dans cette athmosphère d’anges et de vierges, il s’était passionné d’un réalisme charnel effréné. Il sculptait des femmes nues, d’une nudité saillante. Là était son idéal entier, la matière captivante par elle-même. Delange le jugeait avec sa brutalité ordinaire.

  • Tes oeuvres, ç’a vous met bêtement en rut !
  • A Verneuil on ne disait rien. En pleine tranquillité il dessinait ses paysages surchagés d’une couleur presqu’unique qu’il savait merveilleusement modifier. Un jour il leur apporta une toile représentant la cale aux foins un matin de printemps. On aurait dit voir le quai chargé de meules à travers une émeraude finement éclairée.
    Ensemble l’on blaguait cruellement l’idole qui exposait rue Crébillon chez Laugé. L’idole favorite du grand public routinier. Celui qui fait des pastels comme des chromos, celui qui a un génie pour les lavis, les choses bien propres, les bonnes copies d’un élève de dessin. Le monsieur peintre devant lequel des groupes s’extasient, s’entassent, s’étonnent, s’émerveillent, qui croque des chairs nues, de simples chairs sans voiles, de simples chairs, comme les chairs de tous ceux qui n’ont pas eu la petite vérole. Le brocanteur de toiles qui aurait fait, un excellent photographe ou décalqueur avec un peu d’exercice. Et l’on n’épargnait jamais les malheureux peinturlureurs des crânes graves et d’occiputs glorieux, de bouquets naïfs et de marines qui vous donnaient le mal de mer à regarder leur eau verte.
    Le méditatif Monnés toujours côtoyé de l’infatigable Trémat venait mêler sa voix impérative aux discussions artistiques. Médiocrement estimé, pas aimé, on lui faisait cependant bon accueil. René le trouvait commun, Mussaud trop fat ; il donnait à Delange la sensation d’un crapaud. Un soir il déclama son fameux drame en cinq actes. Ses joues se gonflaient de vers sonores ; ses bras scandaient les scènes énergiques. Une sueur épaisse coulait sur son animation. A la fin de chaque acte, il s’arrêtait. Charles hurlait :

  • Garçon, un bock !
  • A minuit le sobre auteur en avait bu six. Il fut obligé de prendre le bras de Trémat pour se rendre chez lui. A sa porte il eut un suprême effort.

  • C’est étrange, jamais la lecture de mon oeuvre ne m’a tant grisé qu’aujourd’hui.
  • Hum !!! Bonsoir, répondit Trémat en lui serrant la main.
  • Le mois de décembre allait se terminer suivant son habitude dans une chlorose de boues et de pluies. Delange proposa à ses amis la préparation d’une exposition dans son atelier pour le mois de mars prochain. Mussaud exposerait ses statues, Frayssère ses cannes et ses marrons sculptés, Charmel ses satires, Ormanne ses vieilles masures, Verneuil et lui quelques toiles. Le jour de l’ouverture René réciterait ses poèmes, Géray ses compositions musicales. On applaudit le projet. Une exposition étrange, formidable, de quoi renverser les idées neutres du hourgeois Chacun se creusa la tête pour trouver l’idée meurtrière.
    Quelques jours avant Noël, Delange semblait triste ; les dents serrées il fumait avec rage, ne causait pas. René soupçonna quelque chagrin, et se rappelant avoir vu plusieurs fois Malteigne, le procu¬reur de femmes, rôder dans la rue Prémion, il interrogea son ami au café.

  • Qu’as-tu, Charles ? Est-ce Berthe qui te cause de l’ennui ?
  • Je n’ai rien, grommela Delange.
  • Allons donc, tu ne causes plus depuis deux jours. Est-ce donc un mystère que nous ne puissions connaître ?
  • Tous insistaient amicalement.

  • Tenez, foutez-moi la paix !
  • Et il s’en alla.
    Pendant trois jours il fut impossible, même à René, de voir le peintre. Ses amis s’inquiétaient. Quel chagrin pouvait-il avoir ? Ils soupçonnaient Berthe d’en être la cause. Un soir René força la porte de Charles. Il le trouva fumant sa pipe couché sur son lit, les yeux indécis dans les spirales de la fumée.

  • Charles, tu n’es pas gentil envers moi. Tu manques de confiance.
  • Le peintre sauta du lit et prenant la main de son ami,

  • Viens voir, René, mon chef d’oeuvre.
  • Il lui montra une toile au milieu de la chambre.

  • Je l’ai terminée aujourd’hui.
  • Parmi des touffes de nuées violettes comme une pluie indiscontinue de tristesses, Berthe, demi-nue, laissait flotter ses lourds cheveux d’or. Son corps se dessinait sous les plis d’une tunique de gaze transparente. Les dents riaient un rire devenu cruellement ironique en l’expression des yeux. La main gauche soutenait dans sa coupe un des seins, l’autre écrasait d’une crispation brutale les plumes de l’aile d’un cygne planant à ses pieds. Le cygne fusait un foyer de neige sur le fond douloureux, et sa tête se tournait vers l’aimée avec deux regards frémissants d’orgueil surhumain et d’un noble chagrin silencieux.

  • Elle est partie !… Sans raison !.. J’ai voulu conserver d’elle un souvenir… Nuit et jour dans la paix et la peine sa pensée m’a conduit la main… La souffrance !… merveilleuse maîtresse d’art !
  • Il avait pris le poignet de René, et le serrait dans un étau de fer.

  • Son image était gravée là en mon cerveau brûlant,… plein de son corps… de ses cheveux de feu… Je ne suis même pas bien certain d’avoir allumé une lampe… l’éclat de ses regards resté dans mes yeux m’éclairait… René.,. les heures pénibles… mes larmes, elles flottent dans ces nuages, ce sont elles seules, ces nuages, l’atmosphère de mon coeur meurtri… La femme, bonne souffrance… sans elle, aurais-je fait cette œuvre ? Si elle revenait maintenant, je lui dirais merci… Merci d’avoir ouvert la barrière de l’art pur, de l’inspiration sublime… Je suis tranquille, je ne souffre plus… J’ai tout mis là, tout, trois jours d’hypertrophie douloureuse de l’âme et du corps… tout le passé, tout le présent… tout mon moi des hier… A mes tâtonnements infructueux il manquait cela… Je me repose un instant au but … Demain, je reprendrais une autre route incertaine. Cette fois qui allumera la lampe indicatrice ? Le hasard, un inconnu, un passant d’une seconde qu’on ne reverra plus jamais nous rendre visite en notre salon d’espoir !
  • Il haussa les épaules en riant du coin des lèvres.

  • Tu les rassureras mes braves amis qui me croyaient perdu. Je les inviterai à venir voir l’enfant de mon chagrin.
  • La semaine suivante le peintre entendit gratter doucement à sa porte — le frôlement d’une souris qui veut se faire savoir. C’était Berthe, un peu timide malgré son aplomb habituel.

  • Bonsoir, Charles.
  • Bonsoir, répondit Delange très calme.
  • Arrêtée au milieu de la chambre, n’osant ni avancer, ni reculer, elle le regardait en dessous. Il ne dit rien.

  • Tu ne m’attendais plus ?
  • Non.
  • Elle leva les yeux plus franchement. Le peintre n’avait rien de sévère.

  • Tu me renvoies, mon petit Charles.
  • Non.
  • Si tu savais… Je te dirais tout sans mentir.
  • Non.
  • Elle baissa complètement la tète et fixa le plancher, tortillant ses gants dans ses deux mains.
    Le silence dura quelques secondes. Comme elle ne disait plus rien, Charles, très doux, la conduisit près du tableau.

  • Voici le pardon, murmura-t-il simplement…
  • Et il l’embrassa, dévot, sur le front.

    Janvier comme la momie d’un pape embaumé sous son catafalque de verglas. Gels et dégels, bougies qui coulent de la graisse noire sur les pavés, sur les miroirs ramoneurs des trottoirs. Les rues ont des tapis moelleux entaillés de fioritures. Les souliers balourds s’y font l’illusion de pantouffles, les sabots à clous de lapper du beurre. La ville est engourdie, malade de névrose monomane, et le ciel bienveillant sème dans ses entours la paille du silence. Nul ne songe à lever les carpettes moirées de la boue. Le caricaturiste nantais l’affiche à la salle des dépêches du journal « Le Populaire » de sa légende ironique : « Vu l’impossibilité de laver les rues les habitants sont invités à se munir d’échasses. »
    Emmitoufllés courageusement dans des débris de bêtes ou fourrures, Lolette et René se hasardaient au dehors. Ils pataugeaient au milieu du cloaque. Des points d’exclamation s’imprimaient au passage des voitures sur les vêtements, s’y collaient tenaces comme des poux affamés. Leur amour s’éternisait de tendresse, soit sous les grandes voûtes du plein air, soit dans l’intimité des nuits bien closes.
    Devant la cheminée flambante, il lisait ses chères préférences, recopiait les vers nés ça et là d’un effort d’imagination hâtive, elle brodait quelque chaussette détériorée. Sur la table toujours, tachant de son doigt jaune, un livre de poèmes. Et le piano accompagnait aussi des chansonnettes, des ballades que René chantait par les soirs d’inspiration. La liseuse vernie emplissait son ventre d’œuvres modernes de poètes nouveaux, ceux que la province ignore, de romans quelle ne comprend pas. Et l’on éteignait la lampe à l’heure des baisers, la lampe, le candide fermoir du missel de leurs veillées tranquilles.
    Des plaisirs enfantins, insignifiants, les trouvaient passionnés. Ils prenaient des numéros de loteries sur la place Bretagne ; ils perdaient, gagnaient de la vaisselle, des bibelots de rien, qu’elle conservait précieusement.
    La place Bretagne où se tenait la foire d’hiver était située dans le Marchix, un quartier pouilleux, verminé de crapules. Le cirque Plège arrondissait sa forte corpulence jaunasse. Il semblait le soir, un gros pachyderme à l’oeil circulaire du sommet jetant des flammes. Deux rangs de baraques foraines s’appuyaient à l’ombre du colosse. Bateleurs gueulant une réclame affriolante, orgues de barbarie nasillant cent airs différents à la fois ; ça faisait avec les grosses caisses et les tambours un charivari monstre comme un vent de tempête qui ramasserait des grelots, des piécettes d’argent, des castagnettes, des tuiles et des rochers. Les roues de la machine électrique luisante du cinématographe sursautaient les pistons ; l’électricité s’omnipotait aux frontons de la baraque brune peinturlurée de scènes grotesques. Dans des trous noirs au silence dune lampe à huile, on montrait quelque phénomène : la femme tigre, le veau à deux têtes, — les minuscules barnums vidant les poches des naïfs badauds. Et puis, plus clairs, les marchands de nougats à leurs tables joyeuses délicatement ordonnées. Les papiers dorés et argentés, les faveurs bleues et jaunes, les gommes rouges et vertes, un méli-mélo d’yeux vifs qui s’entre-regardaient, narguaient de colorés sourires les passants qui les épiaient du coin de l’oeil, les séduisaient d’un signe de tête gourmand. La tringle de laiton grinçait des dents sur les manivelles des loteries. Celles-ci virotaient reflétant des étincelles de porcelaines miroitantes, de couvertures de sucre d’orge. Et les macarons étageaient leurs petits pâtés près du plat rouge bossé de trous à numéros où la roulette saccadait son bedon de bois. En rang de quilles des bouteilles de champagne le goulot ceint d’un cache-nez d’or recevaient les anneaux des joueurs dont elles étaient l’enjeu. Les tapisseries de vaisselles croulaient des vagues lumineuses du fond des concavités polies, de la transparence des flacons de cristal, du mat net des poteries bizarres. Chaque tente fusait un foyer excentrique de lumière crue sur les promeneurs en foule barbotant jusqu’aux chevilles dans la boue nauséeuse jonchant la place éternellement comme les roses noires échappées au corsage de Dame la ville des brouillards. Pour six sous on montre la passion de N. S. Jésus-Christ par des pitres massacrant de leur mascarade les mystères religieux. Ici, ce sont des exhibitions féroces de tableaux militaires ; des soldats morts sur le champ de bataille, des nonnes soignant les blessés ; la leçon criarde du patriotisme à la foule des bambins et des retraités impotents. S’il fut jadis un art mangeant la soupe à la table des forains, il est crevé au coin d’une route, il a culbuté cul par dessus tête au fond de quelque égout irretrouvable. De ces mesquineries affreuses ne jaillit qu’une foule braillarde à la curée des gains de hasard, de veuleries abêtissantes ou érotiques. Pitres et badauds, avilisseurs inconscients de la nature humaine.
    Au cirque les bancs étaient entièrement recouverts de leur nappe humaine. La piste semée de sable fin se remplissait de clowns, de chevaux, de sauteuses.Tous ces pantins d’amusement gesticulaient dans la cuvette fauve sous le nez des spectateurs béats. Là, comme partout ailleurs, le talent des gymnasiarques les fatiguaient vite. On réclamait la pantomime. Oeuvre dégénérée du scénal primitif. Qu’ils sont loin de vous, mimes Romains, ceux qui farandolent leurs lamentables singeries ! Contorsionnistes de la laideur physique, croyez-vous en votre nécessité ? Pauvres gens qui salissez la volonté morale de votre créateur ! Tristes criminels que d’imbéciles complices entraînent au meurtre de l’honneur du soi !
    Pendant l’entracte, sous le pourtour, les deux amants rencontrèrent le banquier Delange. Il avait le visage grave et froid, une barre soucieuse comme la peur d’un malheur inévitable sur le front. René salua. Le Banquier vint à lui.

  • Bonsoir, Monsieur de Lorcin, bonsoir, mademoiselle, j’ai eu l’occasion de vous défendre aujourd’hui même près de votre oncle.
  • Me défendre ?
  • Je me suis trouvé nez à nez chez lui avec Mme Derrin une de mes clientes, qui s’était fait la confidente de vos amours auprès de ce brave M. de Lorcin. Je ne sais ce qu’elle lui a conté, mais il était furieux, d’une fureur terrible. Il rumine contre vous projets coercitifs. Il ne parle rien moins que de mater ce qu’il appelle votre rébellion. J’ai fait mon possible pour le calmer… Il faut bien que jeunesse se passe… Mon coquin de Charles fait ce qui lui plaît. Ce pauvre Charles… Il avait prononcé tout bas, dans un murmure, ces derniers mots. René surpris le regarda fixement.

  • Merci, Monsieur Delange, de votre bonté. J’attendrai mon oncle de pied ferme. Qu’ai-je à craindre ? Ne suis-je pas libre ? Ais-je besoin de lui ?
  • Vous êtes jeune, mon cher ami, modérez-vous. Les discordes ne valent jamais rien. Le bonheur même que l’on croit avoir n’est souvent qu’un leurre. J’ai simplement voulu vous prévenir, pour vous montrer ma sympathie.
  • Les deux hommes se serrèrent la main.

  • As-tu remarqué, René, quelle tristesse en ses yeux, dit-elle quand il fut loin.
  • René ne répondit pas ; il avait aussi remarqué. Cela l’intriguait d’un pressentiment de mauvais augure.
    Aux abords de l’écurie, à demi-cachées par un pilier, deux gamines causaient avec un vieux monsieur. A leur approche, le monsieur s’éclipsa derrière une toile, pas assez tôt pour que René ne reconnût l’architecte Varlette. Quant à Belle et Line, — c’étaient elles, – elles vinrent leur dire bonjour.

  • On vous y prend, mes petites, sourit René, à faire la cour aux vieux.
  • Oh ! C’est, lui, répliqua Belle.
  • Que vous a-t-il dit ?
  • Rien, dit Line
  • Comment rien ?
  • Tu peux bien le dire, sotte, reprit Belle.
  • Il nous a dit qu’on était très gentilles, qu’on devait faire de jolis bébés jumeaux comme il en rêvait, que si on voulait aller de suite avec lui, ils nous donnerait un louis.
  • Je vous ai alors interrompu.
  • Non ! C’était fini.
  • Ah ! Il vous attend ?
  • A la sortie. Nous allons bravement aller voir ce qu’il nous veut.
  • Allez, allez, bon courage, et amusez-vous bien, vous me raconterez la suite.
  • Détails complets.
  • Chez eux la cheminée se dorlotait de tisons rouges. La cendre chaude chauffait les prunelles de René rêveur, tandis que Lolette tirait la couverture et préparait les chemises de nuit. La lampe sur la table bavardait silencieusement comme une vieille avec l’abat-jour vert.
    René, tu ne te couches pas ? Je suis fatiguée.
    Couche-toi, j’ai bien le temps.
    Comme tu me parles ! T’ai-je fait quelque chose ?

    Elle s’approcha de lui se penchant pour regarder ses yeux.
    Il eut un geste agacé.

  • Laisse-moi. Va te coucher ; j’irai te rejoindre tout à l’heure.
  • Méchant, tu ne m’aimes plus ?
  • Sotte, tu ne peux donc pas me laisser une seconde en paix.
  • Dix, répondit-elle vexée.
  • Elle se déshabilla lentement. René continua de rêver.
    Un profond silence montait à la lueur de la lampe troublé par la sempiternelle romance du bois qui brûle, le crépitement des crochets du corset, le criss des boucles de jupons qu’on délie, le frôlement de moire et des étoffes. Les jarretelles claquèrent, les bas glissèrent leur fin murmure le long des mollets blancs. Puis dans la glace elle défit ses cheveux, jeta épingles sur le marbre de la toilette, un bruit de petits doigts d’acier pianotant.
    René n’avait pas bougé. Alors, de la descente de lit où elle se tenait debout en chemise et pieds nus, elle appela suppliante.

  • René !
  • Il ne bougea pas davantage. Craintive de cette scène inaccoutumée, elle s’assit à ses pieds sur le paillasson du foyer, exposant ses cuisses à l’ardeur grillante de la chaleur. Ses cheveux encadraient son visage tendre et ses grands yeux inquiets.

  • Mon petit René, qu’as-tu ce soir ? Dis à ta Lolette chérie ? J’ai peur de te voir ainsi. Mon coeur me fait mal. Ma gorge me pique. Suis-je la cause de ton ennui ? Ce sont peut-être les paroles de M. Delange ?… Ton oncle ?
  • Oui, reprit enfin René d’un ton âpre, j’ai de la colère dans tout le corps, contre ces gens qui s’occupent de ma vie, de mon existence intime. De quel droit ces pignoufs de mon voisinage s’érigent-ils en contrôleurs de ma conduite et voudraient-ils entraver ma route ? Il n’est pas possible de prendre au grand jour une femme que l’on aime ! L’amour est-il donc si terrible qu’il leur fasse peur ? Je ne leur vole pas leur femme aux bourgeois, je ne trouble pas leurs ménages ! Nombre de gens qu’ils saluent bas leur font porter des cornes si longues que pas un chapelier n’a de formes assez hautes pour les y cacher. Je les laisse en paix dans leurs chenils de préjugés, dans leurs épiceries de routines, qu’ils ne m’insultent pas derrière leur comptoir d’ineffables âneries !… Cette Derrin, de quoi s’occupe-t-elle ? Prévenir mon oncle de mes faits et gestes. J’aurais du plaisir à la gifler. Quant à mon oncle je m’en moque. Tiens, voici une carte de lui que j’ai trouvée en rentrant : M. de Lorcin prie son neveu de venir sans retard lui parler pour une affaire urgente. Un discours de reproches, les calembredaines de la tante ramollie par les priéres et l’odeur des chapelles. Il peut attendre le vieux fou, ce ne sera pas cette fois-ci. Si sa langue lui démange trop, qu’il vienne ! Je rage, vois-lu, ma Lolette, je rage de ne pouvoir d’un crispement de main mincer tons ces imbéciles. Je sens qu’ils me narguent dans la nuit. Du haut de leur échafaudage d’embûches, ils vont m’accabler de pierres cruelles. Je serais obligé de recevoir les coups sans pouvoir frapper des adversaires trop lâches pour se montrer, ou se cachant derrière la haie du défensif devoir. J’entrevois ce soir une lutte violente et souterraine, une mine creusée sous notre bonheur si tranquille. Alentour notre idylle aimée, les « chulos » d’une morale idiotisée agiteront leurs manteaux agaçants. Et pourtant, Lolette, parle, leur avons-nous cherché querelle ? N’avons nous pas vécu jusqu’à ce jour en dehors de leur commerce sournois ? N’avons-nous pas chéri notre solitude exquise, n’avons-nous pas agi de même que s’ils n’existaient pas ?
  • Lolette lui avait passé ses bras autour du cou et s’était attirée sur ses genoux.

  • Mon René, ne pense pas à ces choses. Laisse de côté ce qui te préoccupe. Aimons-nous. Caresse-moi plus fort. Pourquoi chercher si loin le trouble et la tristesse ? Ici nous sommes uniquement le bonheur et je suis ton aimée.
  • Elle se pressait contre lui. Et René oubliait. Il oubliait sa rancune au contact de la chair tiède qui le voulait, des lèvres folles qui cherchaient les siennes comme le moineau cherche les chauds raisins d’une grappe dorée. Il glissa ses mains sous la chemise, caressa la nudité entière de son amante. Il posa ses lèvres sur le ventre poli et les petits seins durcis de passion. Elle l’appelait, lui criait son désir en un délire d’enivrement, l’appel enfiévré du bonheur de la possession complète, de l’unification voluptueuse de leurs deux corps en une seule âme.
    René comprit la voix puissante de l’amour, la source du courage, la consolation de la douleur, la communion eucharistique du pain transfigurateur. Ils mêlèrent leurs râles de plaisir devant la flamme qui mélodiait un rythme très doux de bénédiction.
    Et peu à peu la lampe s’éteignit faute d’huile. La cheminée comme un tabernacle d’or éclairait le délicieux sacrement d’amour sur l’autel des divins mystères.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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    Le baptême au temps où il était devenu aussi état-civil des Français, et la règle des trois jours après la naissance

      Contrairement à une opinion communément répandue, l’obligation de tenir des registres pour y consigner les principaux événements de la vie des individus (naissance, baptême, mariage, décès) n’a pas été imposée par l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539.

    Villers-Cotterêts est un acte de pouvoir royal venant officialiser un acte religieux pour l’état-civil des Français. C’est donc un acte qui dit que le baptême est considéré comme un état civil reconnu dans les affaires publiques du royaume.

  • Dès le 14e siècle
  • des curés tenaient des registres, qui, à l’époque n’étaient guère que de simples livres de comptes où ils notaient les dons qu’ils percevaient à l’occasion des mariages et des sépultures…

  • Au 15e siècle
  • les registres paroissiaux se multiplient. Ils sont alors tenus en vertu de prescriptions ecclésiastiques édictées par certains évêques pour pemettre de constater notamment les liens de parenté naturelle ou spirituelle qui pouvaient faire obstacle aux mariages. Ces registres sont apparus d’abord dans les principautés et les Etats situés à la périphérie du royaume de France, et plus spécialement dans l’Ouest. Le plus ancien texte règlementaire de ce genre est l’ordonnaice de Henri le Barbu, évêque de Nantes (3 juin 1406) qui prescrivait la tenue d’un registre où seraient inscrits les actes de baptême. Cette initiative fut imitée en Bretagne… (Lucien Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, 1996)

  • 1532
  • la Bretagne, qui possède des registres, est rattachée à la France.
    août 1539, l’Ordonnance de Villers-Cotterêts ne fait que généraliser les registres des baptêmes et leur donner un caractère d’état civil. Si cet état civil utilise les curés, c’est qu’ils sont seuls capables d’écrire un acte dans chaque paroisse de France. Certes, il existe bien parfois un notaire ou un sergent royal, mais dans une minorité de paroisses. Article 51 :

    « Aussi sera faict registre en forme de preuve des baptêmes, qui contiendront le temps et l’heure de la nativité, et par l’extrait dudit Registre, se pourra trouver le temps de la majorité ou minorité et sera pleine foy à cette fin.»

    Cet article est si peu appliqué que 22 départements seulement possèdent des registres entre 1539 et 1579, dont la Bretagne, dans laquelle les évêques avaient devancé le roi… En effet, les curés dépendent de leur évêque, pas du roi…

  • 1563
  • le concile de Trente entend éviter la célébration des mariages entres personnes liées par des parentés spirituelles. Pour ce faire, il a besoin que soient notés les noms des parains et maraines, aussi il renforce la règlementation civile en faisant obligation aux curés de les inscrire dans un registre. Cette fois l’ordre vient de la hiérarchie catholique, et il est un peu mieux suivi, mais souvent sans double. Or, certains curés (j’en connais, ainsi à Châtelais, etc…) n’hésitent pas à prêter les registres hors de la cure… sans qu’il existe une quelconque copie du registre… Il faut attendre 1667 pour que le double soit obligatoire.

  • Par la Déclaration de 1698
  • le Roi enjoint à tous ses sujets de faire baptiser leurs enfants à l’église de leurs paroisses, dans les 24 heures après leur naissance, s’ils n’ont obtenu permission de l’évêque de différer les cérémonies du baptême.

  • Code Napoléon, 1807 Article 55
  • Les déclarations de naissance seront faites, dans les trois jours de l’accouchement, à l’officier de l’état civil du lieu : l’enfant lui sera présenté.

  • Code Civil actuel, Article 55
  • Les déclarations de naissance seront faires dans les trois jours de l’accouchement, à l’officier de l’état civil du lieu.

  • Comment est apparue la règle : dans les 3 jours ?
  • Le baptême est le premier sacrement de l’église. Au fil des siècles, l’église a réfléchi et évolué sur les questions de l’âge au baptême, parfois préférant que le baptisé soit en âge de comprendre ce qu’il fait. Voyez l’histoire du baptême
    La règle dans les 3 jours, était en vigueur au temps de nos bons vieux registres paroissiaux. Elle m’a toujours terrifiée à l’idée que quelques heures après sa naissance l’enfant était porté par le père, bien souvent à pied, par tous les temps, même grand froid ou autre, et même à 8 km de l’église, soit 16 km aller-retour (c’est le cas de certains villages que je connais…). On ne connaissait pas le parapluie, mais la toile cirée et les langes (j’ai le grand honneur d’appartenir à la dernière génération de Français élevés avec des langes).

    Il est vrai que dans le même temps les gens des villes ou les hobereaux, se séparaient de l’enfant pour le mettre en nourrice, et j’ai trouvé déjà à plus de 150 km de Paris en Normandie… Bref, on n’hésitait pas ! pas étonnant que quelques uns en aient souffert !

    Mais, parfois, comme dans toute règle, il y eut quelques exceptions. Ainsi à la Cour, puis une partie de la noblesse, voire de la bourgeoisie aisée… et ce, impunément…
    C’est là qu’intervient l’ondoiement, c’est à dire le baptême où l’on n’observe que l’essentiel du Sacrement ; les cérémonies se suppléent ensuite. Bien sûr, il était à l’origine strictement réservé au danger de mort de l’enfant. Une personne présente (nourrice, oncle, et même prêtre) ondoyait, puis le lendemain on allait à l’église pour les cérémonies. Mais, il fut toléré chez certains, qui pratiquaient chaudement au château l’ondoiement, puis lancaient les invitations à travers la France afin de réunir les lointains parents pour une grande réception le jour du baptême… bref, on prenait son temps… C’est ainsi que certains actes ressemblent à celui qui suit, pris à Juvigné (Mayenne) :

    Cliquez l’image pour l’agrandir. Cette image est la propriété des Archives Départementales de la Mayenne

      Le vingt et troiziesme de juillet mil six centz
      soixante et dix fut né et baptizé Jean Marie
      de Labroise filz de messire Jean de la Broise
      chevalier seigneur du Chalange et de damoyselle
      Renée Le Clerc sa companne et luy a esté administré
      les serémonnies de l’églize le vingt neufviesme
      octobre audit an que desus par moy prêtre soubsigné
      et ont esté parain et mareine Jean Baptiste
      Bouestin seigneur de la Brunelays gentilhomme servant
      chez le Roy et dame Marie du Pourpry dame douairière
      de Juvigné

    On trouve ce type d’actes dans de nombreuses paroisses, et parfois l’enfant a déjà plus de 12 mois, voire plus encore…

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714 (fin 1685)

    1685 : juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 3 juillet (1685) monsieur Bernard fils de monsieur Bernard conseiller honoraire au siège présidial de cette ville et de la dame Audouin se fit installer en la charge de conseiller audit siège possédée cy-devant par Mr de la Blanchardière Audouin qui l’a vendue à cause de sa surdité.
  • Le 7 (juillet 1685) mourut monsieur Martineau sieur de Princé mari de la dame de la Lande, fille de feu monsieur La Lande prévost d’Anjou. Il a laissé plusieurs enfants ; Mr Martineau archidiacre, un autre chanoine en l’église d’Angers et Mr Martineau maître des comptes en Bretagne.
  • Le 8 (juillet 1685) mourut monsieur Milon, fils de feu monsieur Milon assesseur au présidial de Tours, contrôleur à la Pointe ; sa commission lui valait plus de 2 000 livres de rente. Il avait épousé en premier mariage la fille de la dame Gillot d’une condition fort médiocre dont il a un garçon et une fille et en secondes noces la demoiselle Briand veuve du sieur Marest du pays de Laval, dont il n’y a point d’enfants ; il était âgé de 45 ans. (la Pointe est le poste de gabelles de Bouchemaine, le plus important d’Anjou, sur la Loire où les bateaux chargés de sel remontaient depuis les salorges de Nantes)
  • Le 11 (juillet 1685) sur les 4 heures du matin, un homme fut assassiné dans le bois du Fouilloux sur le chemin de cette ville à Serrant.
  • Le 13 (juillet 1685) mourut monsieur de Chevreue gentilhomme âgé de 70 ans. Il a laissé plusieurs enfants, un prieur curé de Tiercé, un autre curé de Corzé, un autre cy-devant capitaine au régiement de … a épousé la fille de Mr Bodin sieur de Logerie, qui avait esté longtemps capitaine et gouverneur du Château Trompette à Bordeaux, et de la dame Toublanc. Sa femme s’appelait Sicault.
  • Le 20 (juillet 1685) monsieur Grimaudet épousa mademoiselle de la Chausseraye Bérault. Il est frère de monsieur Grimaudet et de la dame veuve Mr Chauvel sieur de la Boulaye, procureur du Roy au présidial de cette ville. Il était bénéficier avant ce mariage.
  • Le 30 (juillet 1685) le sieur Pottier, cy-devant praticien au palais, se fit recevoir à la charge de huissier audiencier au siège présidial que possédait cy-devant le Sr Richard.
  • Le mesme jour (juillet 1685) mourut la femme de monsieur Méguion ; elle était d’une taille prodigieusement grosse ; elle a laissé plusieurs enfants ; une fille a épousé feu monsieur de Crespy Sr de Chauvigné dont elle a des enfants ; il se blessa à la chasse d’un coup de fusil dont il mourut quelques jours après. Elle s’appelait …
  • Le 9 août (1685) mourut monsieur Poisson âgé de 73 ans, doyen de notre compagnie. Il y avait 47 ans qu’il était avocat. Il a laissé plusieurs enfants, monsieur Poisson avocat au Conseil, Mr Poisson chanoine régulier, prieur curé de Trélazé, une fille qui a épousé monsieur Jamet aussy avocat, et une autre Mr Lejeune de la Grandmaison. Il fut enterré le lendemain à St Maurice.
  • Dans ce temps, Mr Boylesve, fils de Mr Boylesve lieutenant général et de la dame Lechat prit possession de la chanoinie de St Maurice que lui résigna son frère aîné.
  • Le 13 (août 1685) mourut monsieur Jolly
  • Le 27 (août 1685) mourut monsieur l’abbé de la Grue Gilles, fils de défunt monsieur Gilles de la Grue et de la dame Chotard.
  • Le 30 (août 1685) monsieur Louët sieur des Longschamps conseiller au siège présidial de cette ville, fils de monsieur Louët cy-devant lieutenant particulier audit siège et de la défunte dame Serezin, épousa la fille du sieur des Varannes Blouin.
  • Le 31 (août 1685) monsieur Boylesve Goismard fut installé en la charge de conseiller au siège présidial de cette ville possédée cy-devant par monsieur Artaud prêtre archidiacre de l’Eglise.
  • Les 5, 6 et 7 septembre (1685) on démolit le temple de Sorge, qui servait depuis longtemps à l’exercixe de la religion des huguenots prétendue réformée, ce qui fut ordonné par arrest du parlement confirmatif de la sentence de ce présidial.
  • Le 9 (septembre 1685) mourut le sieur Oger praticien au siège présidial de cette ville.
  • Le 10 (septembre 1685) mourut mademoiselle Paulmier veuve de feu Paulmier avocat ; elle s’appelait Verdier.
  • Le 6 (octobre 1685) mourut la femme de monsieur Artaud bourgeois ; elle s’appelait Magdelaine de La Lande ; elle était de la ville de La Flèche.
  • Le 8 (octobre 1685) le sieur de la Lucière Simon, frère de Mr de la Benardaie Simon seigneur d’un fief dépendant de sa maison de campagne proche Candé, était allé à la chasse avec son valet, et ayant rencontré le fils de Mr François Leroyer, avocat, avec son frère âgé de 19 ans, aussi seigneur d’un fief joignant celui de Mr de la Lucière, les uns et les autres fort jaloux de la chasse se demandèrent l’arme en s’approchant leurs fusils bandés. Le cadet Leroyer tira son coup sur le Sr de la Lucière qu’il tua ; son valet pour venger sur le champ la mort de son maître tira aussy son coup sur ledit cadet Leroyer et le tua. Le Sr de la Lucière a épousé la Delle Testard qu’il a laissé chargée de cinq enfants. (cet épisode est hyper connu et déjà plusieurs fois sur mon site)
  • Le 11 (octobre 1685) monsieur Lemestre de Monsabert cy-devant conseiller an parlement mourut en sa terre de Monsabert âgé de 60 ans. Il avait la dame Sérézin fille du feu Sérézin notaire en cette ville, laquelle a pour frère Mr Serezin cy-devant président en l’élection de cette ville, et pour sœur la dame de la Cochetière Deniau, dont le mari est conseiller au Parlement de Bretagne. Leur père leur donna en mariage à chacun cinquante mil escus. Ledit Sr de Monsabert a marié sa fille à Mr … aussy conseiller au Parlement de Paris.
  • Le 15 (octobre 1685) mourut monsieur de la Fourrerie Ganches bourgeois et fut enterré dans l’église de Villevesque, âgé de 58 ans.
  • Le mesme jour (15 obobre 1685) mourut monsieur Herbereau des Cheminaux Sr de St Léonard. Il avait épousé en premières noces mademoiselle Augeard dont il y a des enfants, et en secondes noces Melle …
  • Le 22 (octobre 1685) mourut la fille de Mr Touchaleaume et de la défunte dame … Elle a épousé monsieur Provost strong>bourgeois, dont elle a laissé des enfants ; elle est morte de langueur ; elle était malade il y a onze ans.
  • Le 23 (octobre 1685) mourut la femme de monsieur de Villenières Bault ; elle était fille de défunt Mr Angot orfèvre en cette ville ; elle a laissé neuf enfants.
  • Le 25 (octobre 1685) mourut monsieur Aubert marchand de draps de soye. Il avait épousé en premières noces la dame Cordon, dont il n’y a point d’enfants et en secondes noces la fille de Mr Fortin aussy marchand.
  • Le 3 novembre (1685) mourut le sieur Mauriveau, âgé de 68 ans.
  • Le 10 (novembre 1685) mourut le sieur Gilbert de Pontchâteau commis juré au greffe du siège présidial de cette ville. Il était âgé de 60 ans.
  • Le 18 (novembre 1685) mourut la veuve du feu sieur Coutard, commis juré au greffe du siège présidial de cette ville, âgée de 83 ans ; elle s’appelait Augeard ; elle a laissé deux enfants, Mr Coutard sieur de Bourné avocat, et une fille mariée au sieur Beguier dont il y a trois enfants. Ledit Sr Beguyer remarié à la demoiselle Chenouvrier.
  • Le 20 (novembre 1685) mourut monsieur Elye sieur des Roches, conseiller honoraire au siège de la prévosté, conseiller et échevin perpétuel de l’hôtel de cette ville, mari de feu demoiselle Brouard du Marais sa 1ere épouse. Il était fort puissant de taille. Il a laissé plusieurs enfants. L’aîné a épouse Melle des Mazières, un autre la feue Delle Millecent. Il est mort d’apoplexie et de létargie. Il a été enterré à St Maurille.
  • Le 25, 27 et 30, il arriva en cette ville seize hommes du régiment d’Alsace pour y passer leur quartier d’hyver. Ils sont allemands et presque tous Lutériens. Ils ne sont point à la charge de la ville ; le bourgeois leur fournit seulement les ustencilles ; le Roy leur donne six soux par jour, mais comme ils sont ivrognes et que dans cet état ils sont extrêmement incommodes et que sur leurs six sous leur capitaine prend un sou six deniers, on aime mieux prendre leur peu d’argent et les nourrir, cela les engage de vivre avec plus d’honneur. La plupart des bourgeois en agissent de cette manière ; ce sont de ces soldats qui travaillent à ce canal depuis Chartres jusques à Versailles. Comme ce grand ouvrage ne finira pas si tost, il y a apparence que nous les verrons pendants plusieurs années. Les veuves et filles servent d’aydes aux pauvres gens ; elles ont de 2, 4 et 5 sous.
  • Le 25 (novembre 1685) Mr Joulain, prêtre, frère d’un curé près de Saumur, fut tiré d’une perrière proche cette ville où apparemment il était tombé par malheur depuis plusieurs jours ; il n’y avait aucune marque qu’on lui eut fait de violence.
  • Le 7 décembre (1685) le fils de Mr Leroyer avocat, mari de la fille de Mr de la Grange Gault, aussy avocat, fut pendu par effigie et exposé au pilori le mesme jour pour avoir tué le sieur Simon de la Lucière dans cet assassinat arrivé le 8 du mois d’octobre dernier.
  • Le 14 (décembre 1685) mourut la veuve de feu monsieur Bodin Sr de Logerie qui avait été longtemps capitaine et gouverneur du château trompette à Bordeaux. Elle s’appelait Toublanc, âgée de 57 ans ; elle a laissé deux filles dont la cadette a épousé Mr de Chevreux gentilhomme.
  • Le 12 (décembre 1685) mourut la fille de feu Me Phelipeau avocat et de la Delle Blouin. Cette fille avait du mérite extrêmement ; elle était religieuse hospitalière, âgée de 28 ans ; elle est morte pulmonique.
  • Le 13 (décembre 1685) mourut monsieur Maugin prêtre âgé de 49 ans ; on l’appelait le Doyen des vicaires ; il chantait fort bien et était d’une humeur agréable et enjouée.
  • Le 20 (décembre 1685) mourut la femme de feu monsieur du Temple Erreau, docteur régent en droit et conseiller au siège de la prévôté ; elle s’appelait Verdier sœur de Mr Verdier conseiller honoraire au siège présidial de cette ville, docteur régent du droit français ; elle était âgée de 68 ans. Elle a laissé 7 garçons, l’aîné est avocat général en la chambre des Comptes de Bretagne, et est veuf de la dame de Vignieux qui luy a laissé 4 enfants ; il s’appelle Mr de Bertignole Erreau ; Le 2e est Mr de la Simonière Erreau conseiller au siège présidial de cette ville et a épousé la dame Garsenlan ; le 3e est Mr de Chanzeaux Erreau aussy conseiller audit siège et a épousé la dame de la Lande Bridon, dont la sœur a épousé Mr Paytrineau cy-devant présidant au siège de la prévôté de cette ville ; le 4e encore garçon.
  • Le 21 (décembre 1685) le sieur Malville, un des greffiers en chef au siège présidial de cette ville épousa une des filles de feu Mr Romain avocat et de feue demoiselle Joubert de la Vacherie ; ce mariage a été désapprouvé de toute la famille de la fille pour des raisons d’intérêt.
  • Dans ce temps, le Roy envoya un ordre pour obliger les Huguenots de cette ville de faire abjuration comme dans les autres villes de ce royaume. On envoya dans leurs maisons un grand nombre de soldats du régiment d’Alsace pour y vivre à discrétion ; leur grande dépense les força tous d’embrasser notre religion dans ce moment. Dieu veuille que ce soit pour la gloire.
  • Il y eut en même temps dans la paroisse de Chatelaye vers la ville de Château-Gontier, un loup enragé qui dévora dix personnes et en mordit plus de trente.
  • Dans ce mesme temps, les affaires du sieur Coignard éclatèrent ; il disparut aussitôt. On dit qu’il a fait banqueroute de plus de 60 000 livres ; il a fort trompé, on le croyait riche et accomodé. Il avait été cy-devant hôte de la maison où pend pour enseigne un Griphon rue de la Poissonnerie.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
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    Contrat d’apprentissage de couvreur d’ardoise à St Mars la Jaille (44), 1693

    pour Charles Chauvière de Freigné (49) chez Jean Beuriau

    Je poursuis pour vous l’étude de l’apprentissage, et je fais amicalement remarquer qu’on pourra ainsi mieux appréhender le coût de la formation de beaucoup de métiers manuels.
    Il s’avère que le coût est nul lorsque c’est le père qui montre à son fils, mais que l’apprentissage est utilisé lorsque le père n’est plus là, ou lorsqu’il a trop de fils, ou lorsqu’un jeune n’ayant pas l’atelier d’un père disparu, souhaite envisager un autre métier qu’il a les moyens d’apprendre grâce au petit pécule dont il a hérité.
    Il s’avère également que la somme payée est négociable, mais j’attire votre attention sur ma page APPRENTISSAGE, qui vous donne désormais une idée du coût d’un apprentissage lorsque papa n’est plus là. J’insiste sur cette page, qui vous permettra d’appréhender le coût de la vie à l’époque, car je suis personnellement opposée à la conversion de la monnaie d’époque en euros actuels, puisque la valeur des choses, et les choses nécessaires, et le moyen de se les procurer, ont totalement changé.
    Ainsi, de nos jours l’apprentissage n’a plus le même financement du tout avec notre notion de l’enseigment gratuit. Vous voyez bien qu’on ne peut rien comparer, et qu’on ne doit donc rien comparer en euros.
    Le couvreur d’ardoise est répandu en Anjou et Bas-Maine, pays de mines bleues (ardoise). C’est la couverture utilisée sur toutes les maisons, même les granges et étables, et j’ai plus rarement rencontré un autre toît, et quand cela est, c’est la porcherie ou autre petite dépendance.
    Le couvreur d’ardoise est un artisan indépendant et on découvre dans ce contrat qu’il fait aussi ses petites cultures les jours où il n’a pas de maison à couvrir, ce qui est à la fois autosuffisance et revenu complémentaire.

    Le 29 juin 1693 avant midy, devant nous François Guilbaud notaire de la baronnie de Candé ont esté présents établis soumis et obligés sous ladite cour Jean Beuriau couvreur d’ardoises demeurant aux Basses Places paroisse de Saint Mars la Jaille province de Bretagne, et Charles Chauvière demeurant à la Pugle assisté et autorisé de Suzanne Joubert sa mère demeurant ensemble à la Pucle paroisse de Freigné aussy à ce présente et acceptante établie et soumise et obligée sous ladite cour (l’acte est passé dans la province d’Anjou, et il est important pour le notaire, qui n’est d’ailleurs pas un notaire royal mais un notaire seigneurial de la baronnie de Candé, de faire accepter la cour de la baronnie de Candé par le breton, qui lui, relève d’une autre juridiction)
    entre lesquels a été fait ce qui suit qui est que ledit Beuriau promet et s’oblige montrer et enseigner à son possible le métier de couvreur d’ardoise de maisons audit Chauvière pendant le temps de vingt mois de temps à commencer lundy prochain 6 juillet aussi prochain
    pendant lequel temps ledit Beuriau nourrira ledit Chauvière luy fournira de lit, logera, et fera blanchir son linge
    et pendant ledit temps ledit Chauvière demeure tenu de rester chez ledit Beuriau et luy obéir en ce qui est dudit mestier
    et si ledit Beuriau travaille quelques journées pendant ledit temps à cultiver les terres du lieu où il demeure, ledit Chauviré y travaillera comme luy. (généralement dans ces métiers on loue une petite closerie ou autre maison avec quelques terres, et on se nourrit des fruits de sa propre culture. Par ailleurs, le couvreur d’ardoise ne doit pas avoir tous les jours du travail de couvreur… donc s’occupe autrement)
    Le présent marché fait pour la somme de 24 livres de laquelle ledit Chauviré en payera la moitié en entrant et trente sols pour denier à Dieu et l’autre moitié de la somme au bout de 10 mois moitié dudit temps. (Denier à Dieu : ce qu’on donne pour arrhes d’un marché. (Dictionnaire de L’Académie française, 1st Edition, 1694))
    Ce que les parties ont ainsi voulu consenty stipulé et accepté à ce tenir faire et accomplir à quoy s’y obligent et leurs biens présents et avenir lesdits Chauvière et Joubert solidairement un seul et pour le tout sans division de personnes ni de biens renonçant etc dont etc consenty etc
    passé audit Candé maison d’honorable homme Antoine Goupil marchand présent Me François Guyon greffier demeurant audit Candé et Pierre Binault sergent demeurant au bourg de Freigné, témoins, ont lesdites parties dit ne scavoir signer enquises, et délivreront lesdits Chauvière et Joubert à leurs frais grosse et copie des présentes audit Beuriau dans un mois. Signé Gouin Binault Guilbaud Guyon

  • Le prochain contrat d’apprentissage concernera un tonnelier
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    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714 (début 1685)

    1685 : janvier, février, mars, avril, mai, juin

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 2 janvier 1685, monsieur Grimaudet de la Croiserie, veuf de feüe Melle de La Forest d’Armaillé, duquel mariage il y a une fille, épousa en secondes noces mademoiselle Verdier fille de monsieur Verdier, conseiller honnoraire au siège présidial, docteur régent de droit français, et de dame Dodier. Il est fils de Mr Grimaudet et de feue dame Boylesve sœur de feu Mr Boylesve de la Maurousière.
  • Le 4 (janvier 1685) mourut le sieur Rousseau chirurgien au faubourg de St Michel. Il a laissé 4 petits enfants.
  • Le 6 (janvier 1685) mourut la femme de feu Mr de la Roussardière de Roüillon gentilhomme. Elle était âgée de 78 ans ; elle s’appelait madame d’Héliand.
  • Le 10 (janvier 1685) le fils de Mr Berthelot cy-devant auditeur des Comptes en Bretagne épousa la fille de feu Mr Chotard de la Sablonnière et de demoiselle Chevrollier.
  • Le 16 (janvier 1685) monsieur Cebron Sr de la Vilette, fils de feu Mr de la Vilette Cesbron, et de dame de St Hénys, épousa la fille de feu Mr des Gaudrais Trochon cy-devant marchand de draps de soye et de demoiselle de la Bouillière Besnard.
  • Le 22 (janvier 1685) monsieur de l’Épinay Lemarié, conseiller au siège présidial de cette ville, fils de monsieur Lemarié, cy-devant conseiller audit siège, et à présent sénéchal de Beaufort, épousa madame Trouillet de l’Echasserie, veuve de feu Mr Trouillet de l’Echasserie, duquel mariage il y a une fille ; elle s’appelle Briand, fille d’un pauvre laboureur de campagne ; elle doit sa fortune à monsieur Briand, intendant de la maison des Dames princesses de Carignan, son oncle, qui lui a fait de grands avantages.
  • Le 18 (janvier 1685) mourut monsieur Charlet notaire ; il avait épousé … ; il a laissé plusieurs enfants.
  • Le 23 (janvier 1685) mourut monsieur Neveu Sr de Pouancé ; il avait été cy-devant assesseur au siège présidial de cette ville. Il avait épousé madame Ogeron dont il y a plusieurs enfants, un fils conseiller au Parlement de Bretagne, une fille veuve de monsieur Crespin de la Chabosselaye, gentilhomme, et plusieurs religieuses ; il était âgé de 70 ans.
  • Le 27 (janvier 1685) monsieur Grimaudet cadet, fils de Mr Grimaudet et de défunte dame Boylesve, épousa la fille de Mr Rrouillet conseiller honoraire au siège présidial et prêtre depuis quelques mois, et de feu madame Héard.
  • Le mesme jour (27 janvier 1685) mourut la femme de défunt Mr Rousseau Me apothicaire ; elle s’appelait du Houx.
  • Le 30 (janvier 1685) mourut la femme de feu Mr Bardin âgée de 98 ans ; elle s’appelait Hernault ; elle n’a point laissé d’enfants.
  • Le 1er jour de février (1685) monsieur Gilles chevalier sieur de la Grüe, gentilhomme, fils de feu monsieur Gilles Sr de la Grue et de défunte madame Chotard épousa la fille de feu monsieur Eveillard président de la prévosté et de la dame Avril. (je connais des Gilles de la Rue, qui ne sont pas gentishommes, et je suis perplexe ! J’en descends par les Trochon.)
  • Le mesme jour (1er février 1685) le sieur Aubert cy-devant marchand en soye, veuf de madame Cordon, épousa la fille de monsieur Fortin aussy marchand en soye et de madame …
  • Le 6 février (1685) Mr de la Naüe Maunoir, fils de défunts Mr Maunoir Me perreyeur et de Delle Doublard, épousa la fille de défunts Mr Guesdes clerc de palais et de la Delle Chaussée.
  • Le 10 (février 1685) monsieur de la Bouchetière Aubin, avocat, se fit installer en la charge de substitut de monsieur le procureur du Roy possédée cy-devant par monsieur Hamelin.
  • Le 12 (février 1685) monsieur Lefort avocat au siège présidial de cette ville, fils de feu Mr Lefort greffier en l’élection et de madame … épousa la fille de feu Mr Berthelot marchand de bétail demeurant à Longué et de madame …
  • Le 14 (février 1685) monsieur de Louzil Avril se fit installer en la charge de conseiller au siège présidial possédée par Mr Dupont sieur d’Auville.
  • Ce mesme jour (14 février 1685) Mr Tripier écuyer Sr de Beauverger épousa la fille de feu Mr Doublard bourgeois et de Delle Suzanne Gasté. Mr Lebreton, avocat, a aussy épousé une de ses sœurs, Mlle Doublard.
  • Ce mesme jour (14 février 1685) mourut le Sr Pelletier Sr de Terrière, Me chirurgien. Il avait fait abjuration de la religion prétendue réformée depuis trois ans ; sa femme extrêmement opiniastre fut tellement touchée des circonstantes chrétiennes de sa fin, qu’elle fit aussy abjuration deux jours après sa mort.
  • Le 14 (février 1685) monsieur Trouillet conseiller au siège présidial se fit installer dans la charge de lieutenant particulier possédée par monsieur Louët.
  • Le 20 (février 1685) monsieur Cadotz, avocat, fils du défunt sieur Cadotz surnommé la foudre du palais, épousa la fille de monsieur Hunault médecin et de mademoiselle Jurois.
  • Le mesme jour (20 février 1685) on a commencé à démolir le temple des Huguenots de Saumur.
  • Le 27 (février 1685) monsieur Doublard avocat fils de monsieur Doublard cy-devant marchand droguiste et de la défunte dame Delorme épousa la fille des défunts Sr Ponceau clerc de palais et de la dame …
  • Le 28 (février 1685) le fils de Mr Brondeau de la Gaulerie bourgeois et de la du Brossé Minée, épousa la fille de Mr Gasté avocat et de la Delle Boutin.
  • Le 1er mars (1685) le fils de monsieur de la Brunetière Deroye et de la dame Verdier épousa mademoiselle du Riveau.
  • Le 6 (mars 1685) monsieur Ducerne notaire veuf de madame Lemasson, duquel mariage il y a une fille, épousa la fille du feu Sr Tremblay et de la dame…
  • Le 9 (mars 1685) monsieur Loüet fils de monsieur Loüet cy-devant lieutenant particulier au siège présidial et de défunte madame Serezin fille du feu Sr Serezin notaire, se fit installer en la charge de conseiller au siège possédée cy-devant par Mr Trouillet à présent lieutenant particulier.
  • Le 9 (mars 1685) la déclaration du Roy pour la réduction des officiers en l’élection et de la suppression et incorporation des officiers du grenier à sel à ladite élection fut publiée. L’élection n’est plus composée que d’un président d’un lieutenant d’un procureur du Roy de deux éleus et de deux contrôleurs au grenier à sel incorporés à ladite élection, et tous les éleus avec eux dans la qualité d’éleus grenetiers.
  • Le 4 (mars 1685) monsieur de Bédière de la province de Normandie épousa la fille de Mr Hameau du Marais cy-devant marchand droguiste et de la dame Bault.
  • Dans ce mesme temps (4 mars 1685) Mr Cottereau Sr du Rocher commis de Mr de Boissimon fils du Sr Cottereau sergent épousa la veuve du feu Sr …
  • Le Sr Guilbault commis au greffe de la prévôté fils du feu Sr Guilbault et de la dame Beirie épousa la fille du Sr… de Villevêque.
  • Le 17 (mars 1684) le Sr Ouvrard Me boulanger, mari de …, auparavant veuve de défunt Me Cottin, aussy boulanger, duquel 1er mariage il y a eu deux garçons insensés qui sont morts, et une fille mariée au Sr Gratien clerc de palais, mourut. Il était âgé de 40 ans, fort et vigoureux. Il semblait qu’il devait affronter la mort ; les excès du vin ont fort avancé ses jours. Il n’a point laissé d’enfants.
  • Le 22 (mars 1685) madame de Soucesles et madame … sa mère, de la religion prétendue réformée, firent abjuration entre les mains de Mr l’Evesque d’Angers dans la maison de Soucesles. C’est une femme d’un grand mérite et d’une vertu consommée. Monsieur de Soucesles gentilhomme son mari avait fait abjuration depuis 20 ans.
  • Le 5 avril (1685) Mr Cireul garçon âgé de 34 ans, fils de feu Mr Cireul avocat au siège présidial de cette ville et de demoiselle … mourut regretté de ses amis et particulièrement de Mr de la Hamardière Neveu auquel il a fait un grand don par son testament.
  • Le 15 (avril 1685) mourut mademoiselle Boucicault femme du feu sieur Boucicault lequel avait toute sa vie couru les commissions ; elle a laissé une fille et un garçon ; elle s’appelait Berthelot.
  • Le 14 (avril 1685) mourut la femme du feu sieur de la Combre Garciau vivant avocat au siège présidial ; elle a laissé deux enfants, Mr Garciau … au Parlement de Paris, et une fille qui a épousé Mr Cherot avocat au siège ; elle s’appelait …
  • Le 16 (avril 1685) mourut la femme de monsieur des Briottières Delesrat cy-devant conseiller au siège présidial de cette ville. Elle s’appelait Me Apvril.
  • Le 17 (avril 1685) mourut la femme du sieur de la Gaunoue Legras ; elle a laissé trois petits enfants ; elle s’appelait Hubert.
  • Le 21 (avril 1685) mourut le Sr Rigault huissiesr audiencier au siège de la prévosté de cette ville.
  • Le 1er may (1685) monsieur Renou Sr de la Féauté conseiller au siège présidial de cette ville, fut élu maire de cette ville au lieu et place de monsieur Charlot.
  • Le 4 (mai 1685) la femme de monsieur Decorce, avocat, mourut d’un abcès au téton ; elle a souffert pendant plus d’un an ; elle n’a point laissé d’enfants ; elle s’appelait Gabrielle Gault.
  • Le 7 (mai 1685) mourut monsieur de Louches prêtre Cordelier ou semi-prébendé à St Maurice ; c’était un homme fort agréable. Il était âgé de 48 ans ; il est mort d’une pleurésie.
  • Le 13 (mai 1685) il se fit une procession générale de St Maurice à St Aubin. On y porta le chef de Saint-Loup. Monsieur d’Angers y célébra la messe. C’était pour la disposition du temps et à cause de la grande sécheresse. Il plut abondamment le lendemain, grâces à Dieu.
  • Le mesme jour (13 mai 1685) monsieur Chotard de la Sablonnière conseiller au siège présidial fils de défunt Mr Chotard et de la demoiselle Chevrollier, épousa la fille de Mr Trouillet prêtre cy-devant conseiller au siège présidial et de la défunte dame Héard ; elle était veuve de feu Mr Pecherat aussy conseiller audit siège dont il n’y a point d’enfants ; elle s’appelle Marie Trouillet.
  • Le 15 (mai 1685) monsieur Mabit fils de défunt monsieur Mabit marchand droguiste et de la dame Leconte épousa la fille de Mr Gandon aussy marchand droguiste et de la dame Théard.
  • Le 18 (mai 1685) monsieur Héard de Boissimon prêtre fils de monsieur de Boissimon conseiller honoraire au siège présidial et directeur général des gabelles et de la dame Doublard se fit installer en la charge de conseiller audit siège présidial cy-devant possédée par monsieur de la Marre Bault chanoine en l’église de cette ville.
  • Le 22 (mai 1685) mourut la femme de monsieur Audoüin, sieur de Dane, docteur ès droit ; elle s’appelait Ménage, fille de défunt monsieur Ménage avocat du Roy et de la dame Foussier de la Cassinerie.
  • Le 23 (mai 1685) mourut la femme de monsieur Carré notaire royal en cette ville, âgée de 56 ans. Elle s’appelait Chesneau fille de feu Mr Chesneau aussy notaire en cette ville.
  • Le 2 juin (1685) mourut la femme de Mr Goubault Me chirurgien en cette ville, âgée de 25 ans, d’une grande maladie de langueur. Elle s’appelait Perrine Salais, fille de défunts Salais commis au greffe du présidial de cette ville et de la dame Richard ; elle a laissé quatre enfants en fort bas âge.
  • Le mesme jour (2 juin 1685) mourut monsieur Rouillard marchand. Il avait épousé défunte dame Louis Angoulant ma cousine germaine fille de défunt Julian Angoulant marchand droguiste et de Louise Guillot ma tante. Il n’a laissé qu’une fille.
  • En ce mesme jour (2 juin 1685) mourut monsieur Bidet prêtre curé de Ste James proche les Ponts de Cé, âgé de 58 ans. C’était un très honnête homme et d’un grand mérite.
  • Le 5 (juin 1685) le fils de monsieur Cupif sieur de la Béraudière épousa la fille de défunt Mr Thomas Sr des Jonchères, avocat, et de Delle Hunault.
  • Le 6 (juin 1685) monsieur Moreau cy-devant notaire royal en cette ville. Cet homme avait été dans une grande fortune avancée en peu de temps et pendant cet éclat il a marié son fils, conseiller au siège présidial, avec madame de la Cassinerie Foussier, une fille de monsieur de Loube de l’Ambroise, et une autre avec monsieur Gille seigneur de la Grüe ; il y a trois garçons ecclésiastiques. Il a eu le déplaisir avant sa mort de se voir déchiré par un très grand nombre de créanciers ; sa femme est morte depuis trois ans ; elle devint aveugle sur la fin de ses jours ; elle s’appelait Nouleau.
  • Le 10 (juin 1685) mourut la femme du sieur Dupuy huissier audiencier au siège présidial ; elle sappelait Moreau nièce du Sr Moreau cy-dessus ; elle est morte en couches d’un enfant monstrueux ; il avait les yeux grands comme une assiette.
  • Le 11 (juin 1685) le fils du feu sieur Pierre Sr de la Plante vivant marchand droguiste en cette ville et de la dame … épousa la fille de défunts Mr Ganches sieur du Brossé et de la dame Toublanc.
  • Le 14 (juin 1685) mourut la femme de monsieur de la Cour Lemanceau ; elle a laissé huit enfants ; elle s’appelait de l’Estang. Cette femme était du bon air.
  • Le 22 (juin 1685) mourut monsieur Grimaudet prêtre ancien religieux de l’abbaye de St Aubin.
  • Le 24 (juin 1685) mourut monsieur Legout Me chirurgien de cette ville ; il était âgé de 73 ans.
  • Le mesme jour (24 juin 1685) mourut mademoiselle de la Marvalière ; cette fille était bien faite, belle, du bel air et du beau monde ; elle était âgée de 24 ans.
  • Le mesme jour (24 juin 1685) mourut la femme de défunt monsieur Richard, huissier audiencier au présidial ; elle s’appelait Malbranche ; elle a laissé un garçon et deux filles.
  • Le 26 (juin 1685) mourut monsieur Legoust maître chirurgien, âgé de 70 ans. (il l’a déjà dit plus haut)
  • Le mesme jour (26 juin 1685) le fils du sieur Coignard, cy-devant hôte du Griffon, épousa la fille de la dame veuve Ménager, marchand à la Poissonnerie.
  • Le mesme jour (26 juin 1685) mourut monsieur Maugars sieur de la Gancherie marchand ferron ; il a laissé 8 enfants.
  • Le 28 (juin 1985) mourut la femme de monsieur Ferrand docteur en médecine ; elle s’appelait Renée Chotard ; elle a laissé plusieurs enfants, une fille a épousé Mr Pillegault sieur de Louvrinière et une autre monsieur …
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Jean Blanchard marchand mercier à Vieil Bauge, 1655, Normand de La Ferté-Macé

    La ROUTE DU CLOU (c’est ainsi que j’ai intitulé depuis des années la page des Normands que j’ai rencontrés en Anjou et Bretagne) continue, merci à vous si vous en rencontrez de l’alimenter avec moi.
    Guillaume Blanchard est né à La Ferté-Macé (Orne, 61) le 14 février 1623, fils de Jean, et de mère omise, parrain Jean Drouin, marraine Marie Patrice, femme de Guillaume Penlou. Il quitte la Normandie avant 1645 date à laquelle il vend un héritage (cf ci-dessous), vente qui signifie dans ce cas qu’il quitte ou a quitté la Normandie pour s’intaller ailleurs.
    On le retrouve en 1655, venu vendre un autre héritage à la Ferté-Macé. Il est marié à Marie Testu, et marchand mercier à Vieil Baugé, situé à quelques km S.O. de Baugé en Maine et Loire, soit à 155 km de La Ferté-Macé.
    Il entreprend en 1655 un voyage du Vieil Baugé à La Ferté Macé pour vendre un héritage collatétal. Or, à cette époque c’est soit le cheval soit les pieds. Le cheval ne faisait que 40 km par jour, les pieds 20 à 25 km, donc c’est un voyage de plusieurs jours, avec hébergement aussi au moins une nuit à l’hôtellerie à La Ferté-Macé, souvent il fallait même 3 nuits, le temps de nouer les contacts nécessaires (j’y reviendrai, j’ai des éléments).
    Devant un tel voyage, il a pris la précaution de se munir chez le notaire de Baugé d’une procuration de son épouse, pour le cas où. Mai, à mon avis cette procuration était vraiement pour le cas où, car l’acte de vente, qui suit, précise bien que c’est lui qui hérite de sa cousine Barbe Clérice, fille de Thomas et Françoise Barberet. S’il est écrit dans la procuration qu’il autorise sa femme, c’est que cette ritournelle juridique est toujours répétée pour les femmes mariées, qui n’ont pas le droit de d’exprimer devant le notaire sans l’autorisation de leur époux.
    Quant à Marie Testu, nul ne peut dire à ce jour si elle est normande ou angevine, car actuellement il y a autant de TESTU dans l’Orne que dans le Maine et Loire, et il semble donc qu’un TESTU ait migré dans un sens ou dans l’autre avant 1655. Le registre de Vieil-Baugé commence en 1618 et sera prochainement en ligne, on pourra y chercher leur trace, à moins que vous ne la connaissiez déjà ?
    Vous allez retrouver au passage les BOBOT dont je me tue à dire depuis des années que les angevins qui portent ce nom sont venus par la ROUTE DU CLOU de Normandie, comme bien d’autres. A mon avis, il y avait surement une route vers Baugé, car lorsqu’un Normand était là, il attirait les autres, ne serait ce que pour le commerce. Jusqu’à présent j’avais surtout étudié Château-Gontier, Segré, et Châteaubriant.

    Les actes qui suivent sont extraits du Notariat de La Ferté-Macé, Archives Départementales de l’Orne. On a d’abord la procuration angevine, puis la vente. Voici la retranscription exacte : Le lundi 5 avril 1655, par devant nous Charles Salmon (s), notaire royal à Baugé y résidant, fut présente personne établie et dûment soumise Marie Testu, femme de Jean Blanchard, marchand mercier demeurant en la paroisse du Viel Baugé au quartier Saint-Nicolas, ledit Blanchard présent en personne et qui a autorisé la dite Testu sa femme par devant nous pour l’effet des ventes, laquelle Testu a nommé et constitué ledit Blanchard son mari, son procureur général et spécial, auquel ladite Testu a donné et par ces présentes donne charge et pouvoir de vendre et aliéner par ledit Blanchard la moitié par indivis de certains héritages qui appartiennent audit Blanchard de la succession de défunte Barbe Barberet sa cousine sise et située au bourg de la Ferté-Macé et aux environs province de Normandie dont l’autre moitié d’icelui héritage a été vendu par ledit Blanchard à Jacques Du Fay, écuyer, sieur des Nöes, demeurant paroisse de la Sauvagère par contrat passé par Perier et Chalmel tabellions en Normandie, de la cour et vicomté de Falaise au siège de la Ferté-Macé, le 13 septembre 1645, montant en principal de 200 L et pour tel prix qu’il verra bon estre au garantie desdites choses y obliger ledit Blanchard ladite Testu sa femme solidairement chacun d’eux seul et pour le tout renonczant au bénéfice de division ordre de discussion priotié et postériorité, et recepvoir par ledit Blanchard le prix dudit contrat

    Du jour et an que dessus (12 avril 1655) fut présent Jean Blanchard (m), fils de feu Guillaume, natif de la paroisse de la Ferté-Macé à présent demeurant en la paroisse et ville de Baugé (c’est une erreur de lecture par le notaire de La Ferté Macé, il est écrit « Vieil Baugé » sur la procuration, et non ville de Baugé), pays d’Anjou étant de présent en ce lieu lequel tant pour lui que au nom et comme procureur général fondé de sa femme Marie Testu, vestu de procuration générale passée devant Charles Salmon notaire royal à Baugé et y résidant en date du lundy 5 avril de ce présent mois et an, duement vers nous pour y avoir recours quand besoin sera, lequel de sa bonne volonté et sans contrainte pour lui et audit nom ses hoirs et ayant cause a vendu à Bonaventure Bobot (m) fils de feu Charles Bobot de la paroisse de la Ferté présent et acceptant pour luy ses hoirs ou ayant cause, c’est à savoir tout ce qui peut compéter et appartenir audit Blanchard de la succession à lui venue parvenue par la mort et trépas de défunte Barbe Clérisse sa cousine, fille et héritière de Françoise Barbrel, sa mère, femme de Thomas Clérisse, tant en maisons, jardins d’arbres, jardins à porée, prés, pastures, terre labourable et non labourable, communs, franche quitte et libérée en toutes choses généralement quelconques sans réservation, ladite vente de la dite succession assise et située au bourg et bourgeoisie de la Ferté, proche le pont Micheline, en la baronnie dudit lieu, … ladite vente faite pour le prix et somme de 120 L (six vingt) (ce prix de la 2e moitié est bien inférieur au prix de la vente de la 1ère moitié qui était de 200 L, et il faut sans doute y voir l’influence de l’usufruit qui oblitère considérablement la jouissance de l’acquéreur) tournois en principal achapt de deniers francs allans de mains dudit vendeur pour et audit nom de laquelle somme ledit vendeur s’en est tenu à comptens et bien payé moyennant le payement que ledit acquéreur luy en a fait tant présentement qu’auparavant le tout en or et monnoye d’écus ayant cours à l’édit et ordonnance du roy ainsi qu’il a confessé par devant nous tellement qu’il s’en tient à comptens et bien payé, par devant lesdits tabellions,
    et au vin de marché 10 L (c’est une commission exhorbitante !) dont à pareil ledit vendeur s’est comptenté comme dessus et d’aultant que ledit Thommas Clerisse a la jouissance de ladite vente par usufruit sa vie durant, en ce cas est accordé que ledit acquéreur le laissera (écrit lessera) jouir suivant la coustume dont ils sont demeurés à ung et d’accord par devant lesdits tabellions, et quand à l’entretien et obligation …
    présents vénérable et discrete personne Me François Penlou (s), prêtre, curé de la paroisse de la Motte Fouquet et Hebert Drouin de la Ferté (s)

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