NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905, CHAPITRE VII. LABYRINTHE URBAIN suite

Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

Suite et fin du chapitre commencé hier

Un jour qu’il faisait clair — par hasard — Lolette voulut voir ce qu’on appelait les Ponts.

  • Les Ponts, lui expliqua d’abord René, c’est un immense quartier formé d’îles sur la Loire. habité presque exclusivement par des ouvriers, des viveurs de curieuses industries. Quartier croquemi¬taine des gens peureux. Passé minuit les détrousseurs de goussets sont les rois absolus du passage. Ils font payer les droits à la barbe des agents solidement armés de prudence.
  • Nouveau pèlerinage. Ils prirent par le pont de la Rotonde sur le canal St-Félix ondoyant du reflet de la gare d’Orléans. L’usine de la biscuiterie Lefèvre-Utile croupissait un bouddha gourmand — manteau bleu et rouge — endiadémé d’un Petit Beurre Lu. Le Champ de Mars. Cadavre nu, crevassé de fentes, suppurant de vieux déchets, percé de kystes : chroniques cadeaux des expositions et des attractions extraordinaires. De pauvres diables y fumaient leur soupe, d’autres battaient une manille crasseuse. Au delà, les ponts de la Vendée barraient l’horizon. Des senteurs frigides soufflaient des réservoirs des maisons de fruits et primeurs. Après l’ellipse des rues Baron et avoisinantes déchiquetées de biscornements, une série interminable de quais, de dentelures, de prairies soudées les unes aux autres par les ponts.
    Le quai Magellan écrasé de troncs d’arbres abattus comme des moignons géants. En face, la prairie de Biesse étale ses vertes gencives où se crispent des tétards errants, des chaudronneries bâtardes. Le phtisique pont de la Madeleine les sépare des quais Moncousu et André Rhuys. La cale aux foins, vide, chevelue d’herbe en paix qu’oppressent des tiges de fer roussi ou des blocs de bois écorché, semblant des cuissards saignants de moutons. Une dizaine d’hommes halent un train de planches aux crocs d’une longue corde. La tristesse décemnale modulé l’aile terne de l’hôpital planant sur l’angle sournois de la morgue. De l’autre côté l’église de la Madeleine pointe par dessus les toits jaunâsses sur les pierres la silhouette effilochée de son clocher. Plus loin le pont vieillot des Récollets enseveli de bure : extase solitaire parmi la boue et le cloaque morbide des bavures gluantes de ses rives. Aux claques des battoirs on débarbouillait les linges dans un courant chiche sur le seuil du pré du Bois-joli inquiet cependant d’être négligé de la main défonceuse des hommes. Serpent lamentable de masures enfumées, de boutiques étroites où le jour est mal à l’aise. Il est monté de l’eau ceinturant la rue de Vertais une gâteuse torpeur charpissant des guenilles de pestilences malheureuses.
    Subitement une lumière éclaircie s’affole ! Le Pont de Pirmil ! Huit arches, huit pieds formidables d’éléphants immobilisés au coeur de la Loire majestueuse d’insolence. Ciel immense ! Regards d’acier ! Elle se ballade entre la prairie d’Amont bordée de chalets enrubannés et d’usines et la côte de Saint-Sébastien inaugurée par l’hôpital Saint-Jacques, puis se meurt au lointain du brouillard dans des estampes de rives artistiques. Une phalange de bateaux plats se tassent sous les arches. On dirait, avec leurs bras noirs en équerre enlacés de filets, les cadavres enfumés d’un incendie des au-delà séchant les suaires transparents des pêcheurs d’alose. Lolette, que le vent fou d’espace glace et enrage, s’enthousiasmait :

  • L’été, qu’il doit faire bon ici !
  • Nous viendrons, mignonne, répondait René.
  • Il évoquait des souvenirs futurs d’idylles printanières, des beurre-blanc et des plats de grenouilles.
    L’hiver est long ! L’hiver est cruel ! Prenez garde ! Il gèle les mailles humides de baisers de nos rêves d’amour Elles cassent comme le verre à la moindre pesée !
    Ils s’en revinrent par le boulevard Victor-Hugo, au travers le pré des Récollets et la Prairie-au-Duc. Les moustiquailles des chemins de fer des gares de Lege et de l’Etat agacent le repos, la tête sur les marches de l’Institut Pasteur, une de ces oeuvres utilitaires chères à l’auteur de l’Homme qui rit, et qui ricanerait de la maigreur ridicule de la place de la République.
    René s’arrêta à l’orée du Pont Haudaudine et descendit sur le quai André Rhuys avec son amie. Des manœuvres transportaient des planches sur leurs épaules à la queue leu leu. Fourmilière en chaînons s’engouffrant sous des toits volcaniques en poussières pailletées.

  • Regarde, chérie, le déroulement splendide de ce pont. Quelle structure Et des nantais restent indifférents devant ce lumineux soleil des eaux, réservant leur admiration pour des cochonneries patriotardes. Ne semble-t-il pas un étalon-chimère qui se cabre sur l’arène miroitant de la Loire ? Pégase fabuleux aux flancs minces l’écrasant de sa beauté, qui grince d’avoir le licou rivé aux quais. Des enjolivures d’images comme des couronnes de triomphe l’enlacent de féeries : ces remorqueurs à roues et à hélices brillants comme des carosses de princes, ces grues comme des clowns les pattes en l’air, ces doubles dragues grattant de leurs ongles creux le lit du fleuve rapetissé par la folie éclatante du Pont.
  • Des hommes jurèrent de les sentir sur leur passage. Un train raillonnait sur le quai, faillit les écraser. Ils s’en allèrent.
    Maintenant on apercevait distinctement le premier pylône du Pont transbordeur qui devait relier la Fosse à la gare de l’Etat. Il était à l’ordre du jour ; on supputait la hauteur ; 76 mètres et la grue là-haut piquait le ciel. Il serait terminé l’an prochain. René dans ses explications en oublia le pont Maudit, appelé ainsi la suite de nombreux crimes, et le Pont de la Belle-Croix qui se dessinait au bout du quai Turenne, derrière un gigantesque lavoir on séchait du linge. Le marché couvert de la Petite Hollande, comme une verrue enflée en sa presqu’île, avec des vitraux minces enchâssés par les serpentins de plomb. La lumière indécise des tons et des demi-tons l’épanouissait ainsi que l’éventail caudal d’un paon. Les maisons aïeules de l’île Feydeau se penchaient vers le centre — la rue Kervégan. Elles approchaient leurs fronts pour un baiser chaste de nonnes, tirées en avant par leurs gorges énormes de balcons ouvragés d’art ancien.
    Le Pont de la Bourse franchi et ses embarras de voitures au passage à niveau esquivés, ils furent repris par le brouhaha crépusculaire de la ville. Les becs de gaz s’allumaient auprès des électricités mâles. La foule devenait compacte, bavarde, enlizée de flâneries au long des devantures épanouies. Ils glissaient, le rêve égaré dans le houleux tic tac du déversoir des futilités !
    Un soir René rentra de leurs excursions de fort méchante humeur. Il s’était aperçu des sourires malveillants qui soulignaient leur passage. D’aucuns s’étaient détournés avec des rictus de haine. La racaille des préjugés s’agitait dans l’ombre ; les langues venimeuses se délectaient, parmi le suc de leurs calomnies. La nouvelle grossie, contournée, estropiée bassement, se répandait comme une fumée intarissable. Quelle impudence ! Promener son amour avec sérénité au centre de nos moeurs hypocrites ! Quelle audace ! Avouer à nos yeux honnêtes un bonheur inavouable ! A-t-on le droit d’être heureux lorsque l’on se baigne ainsi ouvertement dans le vice ? Mêlant le besoigneux du bas ventre qui cherche une satisfaction charnelle, avec celui qui aime, ils auraient voulu, ces pharisiens de la Basilerie, qu’ils rasent les murs, qu’ils se terrent comme des criminels proscrits. Allons donc ! Pourquoi rougir du plus noble des sentiments ? Rougir et devant qui ? Les prostituées du bouge, du mariage et du qu’en-dira-t-on. Les femmes du plaisir grossier, du mensonge et de l’hypocrisie.
    Maintenant qu’ils sortaient encore ensemble, René entendait gronder l’ennemi lâche et insaisissable dans l’ambiance, la sourde hostilité des jaloux et des imbéciles. La bande jacassait par le vaste champ de foire de la ville, un vaste champ de foire à potins. Une meute de choix, de derrière les fagots, aiguisait ses crocs de roquets empoisonneurs.
    II était surtout une marchande de meubles anciens et modernes qui les couvait de sa rage baveuse. Quand elle les voyait, elle sortait au pas de sa boutiques et les regardait sournoisement ; hideux masque bouffi. Elle appelait parfois une commère pour montrer du doigt et croquer de bon coeur un morceau d’insanes malédictions. Ce droit de critique lui venait, disait-elle, de ce qu’elle avait connu M. de Lorcin. « Songez donc, son fils, de si bonne famille, mener avec une pareille saleté. (Elle ne l’avait tant vue.) Je ne comprends pas que l’on tolère pareil scandale ! Que fait sa famille ? » Une fois, René voulut aller cracher à la figure de la grosse femme, Lolette l’en empêcha. Ces gens-là, on les méprise simplement. S’arrête-t-on parce qu’une ordure barre le caniveau de sa mauvaise odeur ? C’était la race bâtarde de jalousie qui déversait son coeur furieux contre les indépendants en dehors de leurs mesquineries grotesques. C’était la synthèse du troupeau des envieux, ayant un moyen de tenter l’avilissement de leurs dominateurs et par le sang et par l’esprit. Le ruisseau bourbeux voulant salir le grand fleuve clair.
    René s’emporta contre cette Mme Derrin, marchande de meubles. Celle-là vit de la misère de son prochain, de sa ruine, elle aide à détrousser les faibles de la rue. Si l’on prenait un par un le bric à brac de ses marchandises, combien gardent les traces de l’amour, de ces pauvres individus assez fous pour se ruiner ? Elle et ses pareilles en profitent, elles en vivent, elles s’engraissent du mal qu’elles critiquent. Un jolimétier de bandit honnête, qui consiste à s’en¬richir des derniers restes du malheureux. Peut-être même mendie-t-il un sou à la vitrine où brille un souvenir cher sacrifié à la faim, un sou que les mégères lui refusent ? Peut-être sent-il la cervelle pourrie d’un désespéré, ce piano dont le son éclate à leurs yeux avares comme des tintements, joyeux d’écus ? Et celui-là, pourquoi pleure-t-il en voyant des doigts impies palper le collier d’or blond et ce cachet finement armorié ? Leurs breloques, leurs montres, leurs meubles où se prélasse un luxe singé, où les ont-ils achetés ? Sots vaniteux parés des plu¬mes du paon recueillis chez les entremetteurs de déchéances.
    L’âme de René s’entichait. Il brava la censure muette de ses concitoyens. Le sourire tristement narquois aux lèvres, il pavoisa son amour à la plus visible lumière. Il s’aigrissait à ce combat perfide de moqueries dédaigneuses. Il épiait les visages, fixait les faces d’un regard énergique. Il acheta même une cravache et ne sortit jamais sans elle. Il l’agitait d’un coup de main agressif. Oh ! fouailler comme un russe le monceau perfide qui le heurtait à tout moment !
    Au théâtre ils allèrent applaudir « Louise ». Lolette était un peu gauche dans son fauteuil parmi les grandes dames d’alentour. René souffrit des dédains.
    Les doigts crispés il résista jusqu’à la fin à l’envie de fuir, vaincu par la raillerie hautaine qu’il voulait défier. Le poème de Charpentier lui soufflait la vaillance. Dans le rythme divinisant, la révolte naturelle des prisonniers de la coutume et de la famille chantait une corde attardée sur son coeur. Sa lutte aussi à lui qu’on mettait en scène. Les paroles de Julien dénudaient sa soutfrance actuelle ; le père, le préjugé, la mère, la routine. Paris s’illuminait. Par delà le cycle féerique des lumières, il entrevit Nantes se parant de clartés nocturnes, appelant d’une voix plus faible le monde des plaisirs : un monde multitudineux, engoué, tremblotant sa folie comme une veilleuse dans le silence de la chambre tranquille.
    Le lendemain que dimanche sortait ses habits de fête, ils flegmardèrent le long des devantures, entourées de curieux le matin à la sortie des messes paresseuses, le tantôt après la musique du Jardin des Plantes. Plus frondeurs, plus osés. Hardis condottieri d’une vengeance en sourdine. Alors ils purent admirer la place Royale dominée par sa fontaine colossale en granit bleu. Pièce montée d’une table gigantesque de noces. Hérissant des seins durs ou des thorax sombres, les statues de la Sèvre, de l’Erdre, du Cher et du Loir, forment une cour rigide au bronze de la Loire, versant de ses deux bras des urnes pleines, un long voile encadrant son orgueil frontal. L’eau jaillit de toutes parts ; huit petits génies épanouissent leurs jets ténus comme des aiguilles sur les pieds de la statue de la ville de Nantes. Au sommet du disque enchevêtré de fils d’eau, elle appuie sa superbe prestance sur un trident, relevant de sa main gauche les plis de son royal manteau, et sa chevelure s’écrase sous une tour de diadème. Un tourbillon siffle, ondule, rugit ; les jets semblent les vipères du crâne d’une Méduse, une mine ouvragée patiemment au-dessous d’elle. Splendide allégorie de la Ville des brumes à mi-corps dans l’eau, d’où s’élèvent des buées grises de vapeurs qui l’enveloppent, la tête haute, satisfaite de sa puissance indestructible, sublime d’une humide indifférence.
    Le café Continental s’emplissait de bourgeois en famille venant écouter les fantaisies musicales d’un orchestre de Dames Viennoises. C’était le plaisir permis, peu coûteux, où rien ne troublerait la chasteté des vierges humant cinq centimètres de sirop sous l’oeil paternel. Les vastes vitres des portes d’entrée ruisselaient sur le trottoir un feu blafard jusqu’aux fiacres impassibles, jusqu’aux songes des maigres rosses. Du dehors on voyait de longues files de consommateurs fumant près des soucoupes ; les garçons en tabliers blancs papillonnaient de-ci, de-là. Les deux amants regardaient pensivement arrêtés au bord de la fontaine. L’eau chansonnait sa bataille caressante.

  • Allons les voir de plus près, dit René.
  • A leur apparition un silence brusque de conversation s’unifia. Seul l’orchestre dégringolait une mélodie plaintive. D’un ton fier René réclama un coin de table et deux sièges. Le garçon s’empressa, dégagea une famille. Ça grogna. René conservait son sourire insolent, courbant sa cravache en ses deux mains. Il promena son regard de défi moqueur sur l’hostilité ambiante des moeurs apprivoisées, posa lentement la cravache sur la table pour enlever ses gants.

  • Deux byrrhs !
  • Lolette pouffa de rire au nez des voisins interdits et retrouvant son jargon de gamine d’autrefois :

  • Ça, ça leur coupe la chique !
  • Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905, CHAPITRE VII. LABYRINTHE URBAIN.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Lolette, l’insinuant joujou d’amour ! Si la nuit n’avait pas été si longue, ils ne dormiraient pas encore quand midi claironna l’horloge de la cathédrale. D’entre la blancheur chaude des draps sortaient à peine leurs deux têtes. Lolette se reposait sur la poitrine de son ami, son petit corps frileux doucetement enseveli au creux des bras calins. Soudain la voix de Mme Demeux les tira de leur sommeil.

  • Etes-vous malade ? Monsieur René, cria la dame à travers la porte.
  • Non, non, madame Demeux, nous dormions.
  • Vous dormiez ? s’exclama-t-elle stupéfaite de ce pluriel.
  • Ah ! dit. René en riant, j’ai de la compagnie. Entrez tout de même.
  • Quand il eut ouvert la porte :
    Voyez… une jolie petite amie.
    Il montrait Lolette, ou plutôt un nez fluet et deux yeux timides, l’ensemble noyé dans le grand lit. Sur l’oreiller les boucles noires mettaient comme un essaim de mouches.

  • La jeunesse… la jeunesse, soupira Mme Demeux. On dirait qu’elle a peur de moi votre connaissance. Je n’ai pourtant pas un visage terrible malgré mon âge.
  • Elle est intimidée… pour la première fois, répliqua René en enfilant son pantalon.
  • Je vous laisse, reprit Mme Demeux. Habillez-vous vite… Je vais mettre un couvert de plus.
  • Mais, voulut dire René…
  • Dépêchez-vous, interrompit la vieille dame en s’enfuyant… dépêchez-vous, le déjeuner sera froid.
  • Comme elle est aimable ta propriétaire, je l’aime déjà, s’écria Lolette franchement étonnée !
  • Une très bonne femme dévouée pour moi.

  • Vous serez avant peu une paire d’amies… car je te garde… n’est-ce pas ?
  • Il s’était penché sur le lit ; ses mains sous les draps attiraient le corps brûlant de l’aimée ; leurs bouches se melèrent longuement. Ne connaissait-il pas encore suffisamment l’écrin précieux de sa maîtresse ? Pas un duvet cependant de sa chair n’avait échappé à ses caresses avides des mystères les plus secrets. Se lasserait-il jamais de sucer aux pores du fruit nouveau de son verger de délices la savourance des voluptés nouvelles ? Ce baiser inconnu jusqu’alors à ce contact de lèvres à lèvres, quelle inoculence de flammes lancéolantes au travers des fibres les plus lointaines ! Il pleut une averse de plaisirs aveuglants. Un tourbillon insensé passe . . ……
    Quelle bastonnade étrange moule ainsi le corps dans ses moindres replis ? Quel travail colossal s’est effectué en nous ? Avons-nous mis la main au moteur formidable de la machine des humanités? Peut-être ? Avons-nous quitté le monde terrestre pour quelque ciel éblouissant d’ordre divin ? Qui sait !
    Il eut le désir de lui montrer sa ville à elle qui ne la connaissait que depuis une dizaine de jours.

  • Nous irons voir la maison où sont morts mes parents, avait-il dit.
  • Colette se fit élégante. Suspendue à son bras, ils descendirent la rue de Strasbourg sur le large trottoir. Place du Port-Communeau, alignée d’arbres, des voyous jouaient aux palets, d’autres dormaient au maigre soleil masqué trop souvent de nuages lourds ; alentour la petite fontaine d’approvisionnement des gamins braillaient une partie de saute-mouton dans le sable. Ils s’arrêtèrent une seconde au milieu du Pont-Morand dômant l’Erdre silencieuse. À droite, René montra la rivière descendant entre les quais Ceineray et de Versailles du quartier populeux de Barbin où gîtaient une quantité considérable d’ouvriers, de lingères et de laveuses. Toute une flottille en bérets gris de bateaux à laver agitaient des linges comme des signaux de passeurs ; les battoirs tapaient, grondements de dogues pris de laryngite ou bourdons des bavardes intarissables. Le quai Ceineray, – sombre du dos de la Préfecture, vésiqué d’affiches multicolores, touffu des accacias jaunis par la fumée des frêles vapeurs qui font les excursions à la Jonnelière et à Sucé, alors au repos près les meules de fagots débarqués, – finissait le long du square Saint-André, le paradis coquet des bambins et des vieilles s’attristant de l’hiver. Le quai de Versailles, pôrtefaix des blocs de tuffeaux blêmes comme des visages de pierrots morts, des tas de sable brunissant à l’ombre des grues pompant pour vomir ce sable des chalands dans les gueules des tombereaux attelés ; d’autres attendaient le cul à terre, les brancards hérissés de désespoir, et, les chalands s’hébétaient au bord de ce dos bossu de quadrilatères et de cônes, ayant inscrit sur leurs fronts : chaux vive à vendre. Là bas par dessus les ateliers et les toits les deux tours de St-Donatien coulaient de clairs regards sur l’aiguille de la Psalette. A gauche, l’Erdre s’en allait jeter son eau lourde et noirâtre dans la Loire par delà le pont de l’Hôtel de Ville. Sur ses quais serpentait un cordeau régulier d’arbres ; les visages se crispaient au fond de l’eau. Là, les chalands nageaient cornme de gros canards, poussés par des perches, ou cramponnés aux anneaux des rives vidaient leurs ventres enceints à tenue de planches ou de barriques. Longeant le quai des Tanneurs, l’Usine à gaz, le manteau blanc fendu d’un nombril transparent laissant voir une exposition de moteurs en grande toilette, ramassés sur eux-mêmes dans la lourdeur de leurs masses, prêts à rugir au moindre signal. Un grand bras noir était descendu se figer an dessus de la voie à la peau du quai, et des tentacules se baissaient, suçaient au fond des bateaux les tonnes de charbons pour les engouffrer d’un va-et-vient bruyant au coeur de l’usine vorace de sa nourriture quotidienne.
    Ils montèrent lentement la spacieuse rue de Rennes au thorax vallonné comme les montagnes russes d’un champ de foire dont les trams à air comprimé seraient les traîneaux. Sont-ce ses soupirs que les râles des charrettes de commissionnaires échelonnées devant les auberges, la bâche boursoulliée de provisions les plus hétéroclites ? René remplissait à merveille son rôle de cicerone ; pas un détail n’était épargné à sa petite amie qui l’écoutait attentivement. Voici collés aux flancs de la rue Jeanne d’Arc les deux tronçons du marché Talensac. Le vendredi s’y entassent les pauvres animaux que notre cruauté condanme à mort après le jugement du gourmand. On les martyrise à l’avance à coups de pieds et de poings. Des brutes humaines maltraitent les humbles veaux liés cinq ou six par le cou ; affolés, ils n’ont même pas la force de pleurer ; ils tombent, se relèvent sous un calvaire de claques marquetant leurs faibles échines. Nombre de passants s’indignent de cette barbarie, qui demain se repaîtront d’une côtelette saignante, sans se soucier qui a payé les bourreaux. Le samedi, les martyrs de nos appétits, sont remplacés par une foule de marchands et de marchandes. Des bonnes femmes de campagne tendent, pendant deux ou trois heures appuyés sur leur ventre des paniers plats complets d’oeufs et de beurre frais. Entre les rangs passent les domestiques, les ordonnances à qui manque le tablier blanc et que Madame met à toutes les sauces, les jeunes demoiselles en mal de maîtresses de maison. Sous les halles les grosses commères lippues trônent parmi les blocs de margarine surnommés beurre, les pâtés dégoulinant leur graisse jusqu’au sol, les quartiers sanglants de lapins et de volailles à moitié plumées. D’autres jacassent au centre d’un fouillis de carottes et de navets, se mouchent des doigts dans le persil et la porée.
    Plus loin ce sont les trois gazomères : les cylindres blancs pressent le gaz alimentaire d’une grande partie de l’éclairage de la ville. Le pâle dortoir des fées Lumières.
    Au bout d’une étroite rue sombre Lolette remarqua un portail sévère.

  • Un hôpital ? questionna-t-elle.
  • Presque….. un collège.
  • Marche inarrêtée le long des multitudineuses boutiques d’épiceries, — devantures peinturlurées de vert foncé — des buvettes, — devantures badigeonnées de vert clair. Les arbres humides décharnaient leurs ongles jusqu’aux troisièmes étages, 0 le vasque délicieux de boue de l’avenue Blanche, ses coquettes maisons, figures fraîches de nouvelles nées, quartier à peine éclos du ventre de prairies et de jardins potagers ! L’accoucheur ceint du cordeau, armé de pics est venu, et, ont apparu des toits bleus et des toits rouges. Les treuils battent les heures d’un futur demain; les scies nasillardent ; les outils comme des chirurgiens s’acharnent à transformer la vie du cadavre de la campagne qui se fait lointain, On crée des rues. Les célébrités auront leurs noms sur de petits carrés bleus : Carnot, Casimir Périer, Villebois-Mareuil… On pourra peut-être en écouler un certain nombre sur les urinoirs et les kiosques de nécessités.
    La Route de Vannes, téton par où arrive une source précieuse de lait. La Rue de la Pelleterie. Quelles florales émanations des parcs d’horticulteurs ! Ça embaume la taciturne utilité d’un asile de nuit et la chambre du silence et des muettes désespérances ; le cimetière de Miséricorde. Le calme croasse. Rares les passants, rares les bavards. Les maisons closent leurs volets. La mort peut-elle les effrayer ? Allons, amoureux, hardi la volée de baisers exquise comme des primeurs ! Les voilà place Charles Monselet. Une place Charles Monselet sans buste. Il l’aurait sauf l’esprit bric administrateurs. Le poète des gourmets a sans doute une célébrité qui ne craint pas quelque saut dans l’oubli. Il est mille fois préférable de consolider la gloire moins certaine d’illustres inconnus ou de soldats. Des siècles pour honorer le génie d’un poète, quelques jours pour ramasser la monnaie des bourgeois nécessaire à l’érection d’une statue, avec un drapeau, sur le tablier de la Bourse. Oh ! la Bourse, le volontaire chérubin de Mme la renommée !
    Oubliant l’aimable ami du « cher ange cochon, » ils se trouvèrent enfin dans les Dervallières après avoir frôlé l’église de N.-D. de Toutes-Joies, fraîche comme un pavillon virginal de procession. René désigna de la main la maison de son enfance habitée par de nouveaux maîtres. Flots d’objets regrettés qui l’ont vu grandir, nombre souvenirs de frêle jeunesse, capricieux récital d’heures vécues aux temps folâtres des culottes courtes et des sarreaux à carreaux rouges ! Douces, les confidences à l’aube d’un amour ! Pas d’oreilles plus attentives aux banalités que celles de l’aimée. Elle aussi conta sa vie de misère à Bordeaux. La vie pénible d’une famille nombreuse sans le père. Le travail douloureux, mal payé ; la souffrance des jalousies et des haines rivales. Ils apprenaient mutuellement des lambeaux inconnus de passés différents. Avaient-ils le temps de songer au chemin ? René fut stupéfait de se trouver sur la place Canclaux au talon du glacial couvent des Récollets. Un tram descendait serrant les genoux sur la pente à pic de la rue de Gigant. Lolette demanda : les bâtiments sinistres que l’on voit derrière ?

  • Les Dames Blanches, une maison de refuge, un pénitencier à l’usage des filles amoureuses trop jeunes d’après le code, dont les garde-chiourme portent cornettes et ont des crucifix pour matraques.
  • En ascensionnant le splendide boulevard Saint-Pern ils sentirent leurs jambes piccoter de lassitude.

  • Si l’on s’asseyait ?
  • Avec plaisir même…
  • Il y a des bancs sur la place Mellinet. Ronde. Un soleil de sable fusant les rayons de ses quatre grands boulevards séparés par d’autres rues plus simplices, rayons moins orgueilleux du ventre central où surgit la statue du général Mellinet, le geste brutal. L’alentour de ses huit hôtels identiques comme les coulisses d’un décor de théâtre.
    Un misérable boiteux joua de l’orgue de barbarie. La manivelle tournait les « larmes de Martha », la « valse des roses ». Ils se reposaient ainsi au rythme égrillard de la boîte à musique, sans mot dire. Leur pensée voguait imprécise ainsi qu’un extraordinaire papillon d’automne. Sous les vastes arceaux de l’avenue de Launay leur route se reprit, avec la chanson intime de ces riens roses qui sont les ruelles inexplorées du bonheur. Le soir glissait ses coudes persistants dans le jour, cassant les vitres de la lumière. Leur étreinte se resserrait. Ils n’avaient plus la force de regarder le marché de La Moriciere en tulipe évasée. Saint Louis avec du taffetas doré entre les sourcils. La Trésorerie générale. Un titre en lettres d’or sur ce caveau suant le salpêtre volé au contribuable. Sur le cours de la République. Des becs de gaz naïfs d’éclairage ; de la monotonie songeuse entre les altitudes des maisons en bordure ; Cambronne crispant le bronze de son drapeau déchiqueté, la gueule furibonde du fameux mot patriote resté depuis dans le génie courant de retro langue ; les amoureux paisibles de ces soirs de novembre qu’attristent une fine pluie.
    La pluie, toujours la pluie, l’interminable pluie plaquant sa causerie de laque sur l’âme de la ville, la noyant dun rêve crépusculaire, de boue noirâtre sur ses pavés et ses trottoirs. Litanie simplice terminée de maladives oraisons.
    Les amants sous leur parapluie baissé avaient repris la route de chez eux. La fossoyeuse des soleils creusait de ses bras jaillissants le nid profond et douillet des solitudes pieuses où l’on égrène le rosaire divin des baisers.
    Avec la fin du mois le froid s’âcrait. Sa bouche cruelle mordait aux pans des chairs violettes. Lolette paressait au lit. Les après-midis quand la brume qui ne retirait jamais complètement ses filets n’était pas trop hostile ils continuaient leur visite à la ville. Souhaiter le bonjour aux surveillants des anciennes flâneries et des ballades coutumnales. Aussi une présentation officielle de sa dame, où l’on croquait des bonbons de souvenances, où l’on buvait deux doigts de sympathie muette.
    Les coriaces maisons du quartier Sainte-Croix grimaçaient d’affectueux sourires de bienvenue à leur passage. Un peu d’air pur, leur froufrou, dans l’empuanteur d’un abandon lugubre de mauvais cris, d’attouchements canailles. Fantasque pâté que les voies nouvelles resserrent d’un cran à chaque tour de lustre. Des gueuleries crapuliennes émiettent le fouillis des rues Beauregard et du Vieil-Hôpital. La rumeur malsaine des grues de bas étage l’infecte. Où sont les longs bonnets des marchands pensifs de Bretagne, les pages mystérieux chuchoteurs des récits d’alcôve au coin de l’âtre parmi les reîtres sonnant haut et clair leurs éperons sur les bancs de bois ? Où sont les maritornes aux reins forts raillant l’audace des colosses et des routiers, et les vagues rêveurs en chaussures à poulaine ? Où sont les neiges d’antan, souteneurs en guenilles, marlous puant l’alcool et le sang caillé, fripouille amoncelée de voleurs et d’assassins en souleries bestiales ? Ce qui reste du vieux Nantes, fourmilière abandonnée des manants de la bonne duchesse vidant, les brocs et caressant le menton des pucelles, n’est plus qu’un séjour de misère ignoble, taudis glacial de pourritures spirituelles et corporelles. Les gouttières de tôle sacrent le long des façades en bois des portes au vantail parfois finement sculpté. Ici une vieille légende s’est Conservée, et Port prie une madone : Notre Dame de la Délivrance en sa niche de plâtre. Là, une tourelle, rue Fénelon, où Gabrielle d’Estrées, dit-on, recevait son royal amant. Et dans ces murs où le roi de France buvait avec raffinement, les bras de sa maîtresse, genoux en terre comme un simple vilain aux pieds de l’idole d’amour, un être vulgaire a probablement construit ses latrines tapissées des caricatures du Petit Journal.
    Cependant il reste plaqué le cachet original d’une époque oubliée. Des étages semblent sculptés dans des parois de murailles ainsi que les forteresses de boîtes à soldats. D’inextricables escaliers effeuillent des fenêtres et des toits d’avant-scène, bizarreries curieuses que René savait faire entrevoir rue de l’Arche-Sèche à Lolette, émerveillée de ses récits enluminés. Cependant qu’elle n’était pas brave en parcourant les dédales étroits de ces rues. Les passants avaient des mines souvent douteuses, les gamins en robe juraient comme des charretiers, les jeunes filles découvraient des l’ateliers noircis de vice et des yeux pourris d’alcool. Elle étouffait mal à l’aise de ces détours compliqués ; ses poumons s’écrabouillaient dans la lourde atmosphère.

    suite de ce chapitre, fort long, demain

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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    Milicien pour Saint-Lambert-du-Lattay (49), 1719

    Pierre Richard, et la somme payée par les garçons de St Lambert qui lui sera versée

    Encore un milicien, pour illustrer cet impôt (je les classe dans les impôts comme tout ce qui est payé à l’état). J’ai eu beaucoup de mal à comprendre qui était le milicien, et qui payait qui, aussi je me suis encore efforcée d’aller à la ligne pour tenter de comprendre. En fait, ces actes montrent surtout une certaine solidarité face à une levée totalement honnie, et ici encore tous les garçons en âge ont payé un autre pour eux. Mais ensuite le montage financier est assez tordu.

    L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E. Voici la retranscription de l’acte : Le 3 mai 1719 par devant nous Toussaint Avril Nre royal Angers y résidant, et Charles Billault aussi Nre royal Angers résidant à Rablay, fut présent établi et soubmis René Renault maréchal demeurant au bourg de St Lambert du Lattay
    lequel a reconnu et confessé devoir et par ses présentes promet et s’oblige rendre payer et bailler d’huy en 2 mois prochains venant à Jeanne Cornu veufve Estienne Richard et à Jean Martin tissier mary de Jacquine Richard demeurant à Chemillé paroisse de Notre Dame et de Saint Gilles, absent, de nous Nre stipulant pour eux Pierre Richard fils de ladite Jeanne Cornu et beau-frère dudit Martin (il y a surement lieu d’ajouter une virgule ici, car ce qui suit ne semble pas qualifier ledit Martin, mais semble qualifier Pierre Richard. Dur, dur, de lire les actes au kilomètre, et de voir où mettre la ponctuation !!!) milicien pour la paroisse de St Lambert du Lattay à ce présent établis et soubmis la somme de 60 livres scavoir 30 L à ladite Jeanne Cornu veufve Richard et 30 livres audit Martin
    pour par ledit Renault demeurer déchargé de ladite somme de 60 livres qu’il a receue des garsons de ladite paroisse de St Lambert pour leur contribution pour la milice pour ledit Pierre Richard qui sont 30, a comptant et au payement de laquelle somme de 60 L dans ledit temps de 2 mois vers lesdits veufve Richard et Martin s’oblige ledit Renault ses hoirs biens etc
    reconnait en outre ledit Pierre Richard avoir auparavant ce jour receu dudit Renault la somme de 33 L qui fait avecq celle de 27 livres qu’il luy a lessé (laissé) entre les mains pour payer de la dépance (dépense) qu’il a fait et quelque debte qu’il doit, la somme de 60 livres, que ledit Renault a pareillement receu des garsons dudit St Lambert pour leur contribution pour la milice avecq pareille somme sy-dessus
    dont ledit Pierre Richard s’en est tenu à comptant et en quitte ledit Renault et en faisant par ledit René Renault le payement de ladite somme de 60 livres auxdits veufve Richard et audit Martin dans ledit temps de 2 mois a payé la dépance et debte que ledit Pierre Richard doit et qu’il luy a déclaré qui se monte à la somme de 27 livres, ledit Renault demeurera bien et dument quitte de la somme de 120 livres qu’il a receu des garsons (garçons) de ladite paroisse de St Lambert pour leur contribution de la milice qu’il devoit donner audit Pierre Richard qui s’en tient à comptant et en quitte ledit Renault renonçant etc,
    fait et passé audit Angers tabler de nous Avril l’un desdits notaires ledit jour et an, ledit Pierre Richard a déclaré ne scavoir signer de ce enquis.

    Voilà ! et, malgré tout le temps passé sur cet acte (qui ne ma concerne en rien) je n’ai toujours pas compris pourquoi diantre René Renault paye ainsi Pierre Richard. Une chose est certaine, parfois ces levées ont entraîné des tractations financières pas possibles…

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    Contrat de mariage Vernault, Macquin, Rablay (49), 1724

    encore un habit de deuil, et cette fois un trousseau détaillé

    Ce contrat fait suite à celui paru dans mon billet du 22 mars. Il est encore à Rablay, pays de vin d’Anjou des coteaux du Layon, mais cette fois leur fortune est 3 fois plus importante que celle des précédents. D’ailleurs, et cela va sans doute de pair, ils savent signer.
    Jean Vernault, ci-dessous le futur, est tailleur d’habits, et dans le contrat de mariage du 22 mars, il s’agissait d’un métayer. Or, un métayer est fortement imposé dans les rôles de taille, ce qui signifie que cet impôt n’a rien à voir avec les biens propres, mais avec les revenus de la terre. Or, un métayer n’est pas propriétaire de la métairie, du moins en Haut-Anjou, seulement colon à moitié, et il possède peu de biens propres, et vit dans un intérieur chiche.
    Le trousseau n’est pas toujours détaillé, en particulier en Haut-Anjou, où je l’ai toujours rencontré mentionné mais non détaillé. Il est toujours payé par les parents de la future, et cela n’était pas rien que de marier une fille, aussi on comprend que les filles suivantes étaient souvent réduites au couvent, moins onéreux pour les parents.
    Enfin, j’ai été à la ligne lorsqu’on change de sujet dans l’acte, pour que vous puissiez mieux saisir. Mais, comme vous le savez maintenent, les contrats et autres actes notariés, sont écrits au kilomètre, sans alinéa, sans ponctuation.

    L’acte qui suit est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire. Voici la retranscription de l’acte : Le 12 janvier 1724 avant midi, par devant nous Charles Billault Nre royal Angers résidant à Rablay furent présents établis et soubmis honorable homme Louis Macquin Md et Etiennette Lucas sa femme de luy autorisée … et Marie Macquin leur fille, Dt au village de Pierre Lye à St Lambert du Lattay, et honorable homme Jean Vernault Md fils de defunts François Vernault et de Jeanne Bernier, Dt au bourg de Rablay,
    entre lesquelles parties a été fait les traités et conventions de mariage qui suivent c’est à savoir que lesdits Jean Vernault et Marie Macquin savoir ledit Vernault du consentement de Julien et François les Vernault ses frères, ladite Marie Macquin du consentement de ces père et mère (je frappe toujours avec l’orthographe originale, ce qui est la règle lorsqu’on retranscrit un texte original. Ainsi, je passe aux yeux de certains lecteurs pour ne pas connaître l’orthographe. Je les laisse à leurs jugements stupides. La retranscription est un acte difficile, dans lequel on utilise souvent la phonétique mentale pour comprendre. Ici ces pour ses, bien entendu,maison doit respecter les textes anciens) se sont mutuellement promis la foy de mariage et iceluy solemniser en face d’église si tôt que l’un en sera par l’autre requis, tout légitime empêchement cessant,
    auquel mariage entreront lesdits futurs conjoints avec tous et chacuns leurs droits …
    et ledit futur a déclaré avoir d’effets mobiliers tant en meubles argent que marchandise la somme de 1 000 L qu’il a gagné par son commerce, de laquelle somme il entrera en communaulté celle de 100 L et le surplus montant 900 L tiendra nature de propre audit futur de son côté et lignée et à tous effets,
    et ledit Louis Macquin et Etienne Lucas sa femme chacun d’eux un seul et pour le tout sans division, ont promis et par ces présentes promettent et s’obligent donner à ladite future leur fille en avancement de droit successif dans le jour de la bénédiction nuptialle un quartier de vigne ou environ situé au lieu appelé les Manières à St Lambert du Lattay, joignant d’un côté la vigne du Sr Dupas d’autre côté la vigne des héritiers Richomme, plus trois quartrons de vigne ou environ situés au lieu appelé les Notilles près le village de Pierrebise joignant d’un côté la vigne d’Etienne Haudet d’autre côté la vigne de Pierre Lucas, plus six boisellées de terre appelée le champ du Chesne et un quartier de pré près le bourg audit lieu, le tout paroisse St Lambert, joignant d’un côté la terre de René Mutault et ledit pré joignant d’un côté le chemin dudit village de Pierre Bize à Rochefort, d’autre côté le pré d’Etienne Godiveau, se réservent lesdits Sr Macquin et femme le bled qui a été ensemencé dans ladite terre, qu’ils recueilleront à la récolte prochaine, plus une tierce de vigne ou environ située paroisse de Faye, joignant d’un côté la vigne de François Challoneau d’autre côté la vigne de la veuve Lecocq, pour par lesdits futurs en user en bon père de famille sans rien …
    et jouiront desdites vignes et terres estimées à 300 L,
    s’obligent lesdits Macquin et femme donner à ladite future leur fille savoir dans ledit jour de la bénédiction nuptiale un charlit de bois de pommier, un coffre de bois de chêne, 4 draps de toile mélée de 7 aunes le couple, une couette, un traverslit, 6 serviettes, 3 nappes, 4 brebis, le tout valant 65 L, et 2 septiers de bled, savoir un de froment et un de seigle mesure de Brissac dans le jour et fête de l’Angevine prochaine, estimés à 30 L, et la somme de 100 L en argent d’huy en un an prochain. (les animaux et les céréales font partie du trousseau car ils sont des effets mobiliaires ou meubles. En Normandie, je trouve ici : une vache pleine ou le veau après elle)
    Desquelles sommes il en entrera en communaulté celle de 100 L qui sera acquise entre lesdites parties dans ledit jour de la bénédiction nuptialle suivant notre coutume et le surplus montant 395 L tiendra de propre à la future de son côté et lignée… ensemble ses linges bagues et joyaux et autres servant à son usage, et les dettes seront pendant ladite communauté acquittées par ledit futur nonobstant que la future y fut obligée …
    et les dettes qui seront crées auparavant icelle seront acquittées par celui ou celle qui les auront créées sans qu’elles puissent entrer en ladite communauté,
    et au cas qu’il soit vendu ou aliéné des biens propres des futurs, ils en seront récompensés sur les biens de ladite communauté par préférence au cas qu’ils y puissent suffire et à défaut sur les biens propres dudit futur
    et les successions tant directes que collatéralles qui échoueront auxdits futurs tiendront nature de propre à celui ou celle à qui elles échoueront sans qu’elles puissent entrer en ladite communauté,
    et a ledit futur assigné et assigne par ces présentes douaire coutumier à ladite future sur tous et chacuns ses biens présents et futurs le cas advenant
    et aura un habit de deuil selon sa condition survivant ledit futur,
    ce qui a été ainsi voulu consenti stipulé et accepté, …
    fait et passé au village de Pierrebise demeure dudit Macquin à St Lambert du Lattay, en présence de Jean Lucas, Md , Dt à St Aubin de Luigné, oncle de ladite future, Louis et Pierre Macquin ses frères, René Lucas vigneron Dt à St Lambert, aussi oncle de la future, Me Pierre Macquin prêtre vicaire de Rablay y demeurant, et Pascal Macquin praticien Dt à Angers ses cousins. Signé J. Vernault, L. Macquin, Vernault, Louis Macquin, Pierre Macquin, F. Vernault, Lucas, Lucas, Macquin, Marie Macquin, Marie Tiennette Lucas, Macquin prêtre, Billault Nre
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    Contrat d’apprentissage de sabotier à Rablay (49), 1753

    pour René Chupin chez Jacques Nouteau.

    Nous poursuivons l’étude des contrats d’apprentissage. Je suis allée à la ligne lors des changements de sujet, alors que vous savez maintenant que les actes notariés ne vont jamais à la ligne et n’ont pas de ponctuation. J’ai voulu vous aider à mieux comprendre, aussi en ajoutant en italique mes commentaires.

    Archives Départementales du Maine et Loire, serie 5E. Voici la retranscription de l’acte : Le 18 janvier 1753 après midy par devant nous Charles Billault notaire royal à Angers résidant à Rablay, furent présents établis et soumis Jacques Nouteau sabotier demeurant au bourg de Rablay d’une part,
    et René Chupin garçon âgé de 19 ans ou environ demeurant à l’Ungillière? paroisse de Thouarcé d’autre part, (il est orphelin, et a un curateur qui apparaît ci-dessous. Il n’a donc n’a plus de père pour lui montrer son métier, comme nous le constatons dans la majorité de ces contrats. Par ailleurs cet acte précise l’âge de l’apprenti, ce qui est intéressant car peu souvent noté, mais plus on aura de telles mentions mieux on pourra se faire une idée réelle de l’apprentissage)
    lesquels dit Jacques Nouteau et René Chupin sont convenus du brevet d’apprentissage sous les clauses conditions et obligations suivantes, c’est à savoir que (le contrat d’apprentissage est ici appelé brevet, terme que je retrouve bien dans les dictionnaires anciens : On appelle Brevet d’apprentissage, Un Acte passé pardevant Notaire, par lequel un Apprenti & un Maître s’engagent réciproquement; l’Apprenti à apprendre un art ou un métier; & le Maître à le lui montrer pendant un certain temps, & à certaines conditions (Dictionnaire de L’Académie française, 4th Edition, 1762)
    ledit René Chupin est resté et demeuré en la maison dudit Nouteau en qualité de son apprentif (eh oui, autrefois il y avait un f final) en le métier de sabotier pour le temps et espace d’un an entier qui a commencé le 17 de ce mois et an et finira à pareil jour de l’année 1754 (cela n’est pas une longue durée, mais j’ai déjà mis un contrat de sabotier qui apprenait seulement 6 mois, c’est donc un métier vite appris)
    et ce par l’avis et consentement de François Hargoulon son curateur à personne et biens demeurant paroisse dudit Rablay à ce présent et acceptant pour ledit Chupin (voici la preuve que l’apprenti n’a plus ses parents)
    pendant lequel temps d’un an à compter dudit jour 17 de ce mois et an ledit Jacques Nouteau a promis et s’est obligé de loger ledit René Chupin apprentif fournir de lit nourrir à sa table le reblanchir, luy fournir de sabots pendant ledit temps d’un an, (en l’espace d’un an, j’ignore combien de paires de sabots on use, mais je gage qu’il s’agit là d’une unique paire de sabots)
    et luy donnera bon traitement et luy montrera sondit métier de sabotier en ce qui se poursuit et comporte savoir creuser bucher et parer et généralement tout ce qui est et dépend de sondit métier de sabotier en ce qu’il se poursuit et comporte,
    et est fait le présent brevet d’apprentissage pour et moyennant le prix et somme de 68 livres à deux termes égaux de chacun 34 livres dont le premier teme et payement de ladite somme de 34 livres commence audit jour 17 de ce mois et an que ledit Chupin s’est obligé sous l’autorité dudit Hargoulon son curateur à personne et biens, et de son consentement, donner audit Nouteau et le surplus montant à pareille somme de 34 livres ledit Hargoulon a promis et s’est obligé en son privé nom donner audit Nouteau dans le jour et fête de Magdeleine prochaine le tout à peine de toute perte dépens dommages et intérêts, (c’est une somme élevée pour un temps aussi court, preuve que la somme était toujours variable ou négociable. La sainte Madeleine est le 22 juillet, et ce terme de paiement n’est pas utilisé dans le Haut-Anjou, alors que je le rencontre dans le vignoble au sud d’Angers. Les termes sont toujours exprimés en fêtes religieuses, mais avec des variantes locales.)
    ce qui a été ainsi voulu consenty stipulé et accepté…
    fait et passé à Rablay en notre étude en présence et du consentement de René Lizée et Jacques Chupin ses cousins demeurant paroisse de Thouarcé et de François Liger maréchal et Jean Réthoré tisserand demeurant dite paroisse de Rablay témoins à ce requis et appelés, (on apprend une parenté au passage)
    toutes lesdites parties ont déclaré ne savoir signer de ce enquis. (ce qui atteste un milieu modeste)

    Je vous donne rendez-vous bientôt pour un autre contrat d’apprentissage… et si vous en avez, merci d’avoir la bonté de participer à l’enrichissement de cette base de données, afin que cette phase essentielle de la formation soit mieux connue car tous les ouvrages traitant d’enseignement autrefois laissent de côté ce contrat qui me semble important, et d’autant plus important qu’il semble avoir été le relais paternel pour les jeunes ayant perdu leur père, ce qui était autrefois fréquent.

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    dispense matrimoniale par Gervais Saulou et Jeanne Aurillault, Bazouges (53)

    entre Pierre Saulou meunier de Bazouges et Jacquine Rabeau de Loigné (AD-49-G)

    Je continue les dispenses, même si elles ne passionnent pas tout le monde, car elles ne sont pas toutes pimentées, mais elle constitueront une importante base de données. Je les ai regroupées dans la catégorie MARIAGE, qu’il suffit de cliquer dans la colonne de droite de ce blog, pour avoir les billets pertinents, ou même si vous cherchez un nom ou un lieu de le tapper dans la fenêtre de recherche aussi à droite de ce billet.

    L’acte qui suit est extrait des Archives du Maine-et-Loire, série G. Voici la retranscription de l’acte : Le 28 novembre 1733, en vertu de la commission à nous adressée par monsieur l’abbé Boucault vicaire général de monseigneur l’évêque d’Angers en date du 25 du présent mois, signé J. J. Boucault et plus bas contresigné par le Sr Péan secrétaire, pour informer de l’empêchement qui se trouve au mariage que Pierre Saulou meunier de la paroisse de Bazouges et Jacquine Rabeau de la paroisse de Loigné (Laigné) veulent contracter, des raisons qu’ils ont de demander dispense de cet empêchement et du bien qu’ils peuvent avoir.
    Ont comparu devant nous Charles André d’Espinay commissaire soussigné, les parties, savoir
    ledit Pierre Saulou âgé de 24 ans accompagné de Renée Guillou sa mère, Marie Saulou sa tante de la paroisse de Bazouges, et Gervais Saulou de cette paroisse d’Azé,
    et ladite Jacquine Rabeau accompagnée de Pierre Rabeau son père de la paroisse de Loigné, de René Guyart son oncle de la paroisse de Bazouges, de Guillaume Rabeau son cousin de la paroisse de St Rhémy de cette ville, desquels serment pris de nous dire la vérité sur les faits dont ils seront enquis sur le rapport qu’ils nous ont fait et sur les éclaircissements qu’ils nous ont donnés, nous avons dressé leur généalogie comme il s’ensuit :

    de Gervais Saulou, souche, dont issus :

  • Gervais Saulou qui épousa Jeanne Rabeau – 1er degré – Renée Rabeau mariée à Jean Rabeau
  • Pierre Saulou marié à Renée Guilleu – 2e degré – Pierre Rabeau marié à Jacquine Malvert
  • Pierre Saulou qui veut épouser Jacquine Rabeau – 3e degré – Pierre Rabeau marié à Jacquine Gigon
  • – 4e degré – Jacquine Rabeau
  • Ainsi nous avons trouvé qu’il y a empêchement du 3e au 4e degré de consanguinité entre ledit Pierre Saulou et Jacquine Rabeau.
    A l’égard des raisons qu’ils sont pour demander dispense de cet empêchement, ils nous ont assuré s’être recherchés de bonne foi depuis longtemps et s’être mis par accord du consentement de leurs parents sans croire être parents au degré prohibé.
    Et comme les biens de Pierre Saulou n’exèdent pas la valeur de 50 livres et ceux de ladite Jacquine Rabeau celle de 300 livres, ils se trouvent hors d’état d’envoyer en cour de Rome pour obtenir dispense dudit empêchement.
    Ce qui nous a été affirmé par les parents cy dessus dénommés qui ne savent signer excepté Guillaume Rabeau soussigné. Fait et arrêté au presbytère d’Azé. Signé Guillaume Rabeau, d’Espinay curé d’Azé.

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