La très forte tempête du 14 février 1900 à NANTES : beaucoup de cheminées par terre, autres dégâts et victimes.

Introduction

Tout ce qui suit est la retranscription du journal quotidien LE PROGRÈS DE NANTES du jeudi 15 février 1900. Je n’ai retranscrit qu’une partie, car il y a encore beaucoup d’autres dégâts un peu partout dans le département et à Nantes. Mais je suis très choquée que sur Internet je ne trouve aucun site de météo qui relate autant de dégâts donc un tempête assez violente. On site certes une tempête, sans donner son ampleur, mais pour moi autant de dégâts à Nantes, est plus que rarissime !!!

La Tempête

Paris, 14 février
Une bourrasque violente s’est déchaînée cette nuit, causant une perturbation générale des lignes télégraphiques. Les communications sont interrompues avec la Suisse, l’Autriche, l’Angleterre, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, Strasbourg, Belfort et 107 bureaux pris dans toutes les directions.

Un Cyclone

Désolant spectacle
Les victimes. – Les dégâts
Voici de nouveaux détails sur le terrible ouragan de mardi :
Les Nantais conserveront toujours le souvenir de l’horrible nuit qu’ils ont passée mardi. De mémoire d’homme on ne se rappelle tempête plus effroyable, ni temps plus sinistre. Il ne manquait, pour ajouter à l’horreur de la situation, que l’éclat terrifiant du tonnerre ou la lueur fulgurante des éclairs. Mais, tel qu’il s’est déchaîné, l’ouragan dépasse, en imagination, ce que l’on a vu jusqu’ici dans notre contrée.
Seuls les gens qui ont vu des cyclones aux colonies ou dans les mers équatoriales peuvent se faire une idée du triste spectable qui s’est déroulé ici.
C’est vers six heures et demie que les prémices du cyclone – car c’est un cyclone que nous avons à enregistrer – se sont fait sentir. Durant toute l’après-midi une baisse barométrique n’avait cessé de se produite.
Au début, il soufflait brise comme disent les marins, et l’on sentait une tempête dans l’air. Cette tempête ne tarda pas à se déchaîner et à atteindre son intensité vers 8 heures 1/2.
A ce moment le vent faisait rage : il retentissait avec un fracas épouvantable, soulevant les ardoises, les cheminées, empêchant presque les passants de marcher dans une direction opposée à la sienne, obligeant de courir ceux qu’il prenait en poupe.
Des sifflements lugubres semblables à ceux de l’ouragan passant à travers le gréement, se faisaient entendre dans toutes les rues. Sur les quais, notamment, ce buit était assourdissant.
Ceux qui se risquaient dehoirs devaient y être bien forcés, car il y avait un véritable danger. De toutes les toitures pleuvaient sur la voie publique des ardoises, des tuiles, des briques, des vitres, des cheminées entières, voir même des moëllons Une véritable avalanche de matériaux menaçait le piéton. C’est dire combien il y avait peu d’empressement à sortir.
Ceux qui étaient dehors longeaient le plus possible les maisons, sachant fort bien que les ardoises s’abataient surtout sur le milieu de la chaussée après avoir voltigé dans l’air au gré du vent le plus violent que beaucoup aient jamais entendu. Il y avait bien à craindre la chute de tuiles ou de cheminées, mais leur rebondissement sur les gouttières les faisait retomber plus près des caniveaux que des murailles.
Mais combien il y avait peu de monde dans les rues ? Quelques-unes pourtant assez animées vers 9 heures étaient absolument désertes.

Les dégâts

On peut dire, sans crainte d’être taxé d’exagération, qu’il n’y a pas, à Nantes, une seule maison absolument indemne. Toutes ont eu plus ou moins quelques ardoises enlevées, et il faudra les faire visiter par les couvreurs … quand ceux-ci auront repris le travail, car, comme nous le disons par ailleurs, les couvreurs ont déclaré la grève ce matin.
Après l’accident du quai de Versailles qui a causé la mort de deux personnes, celui qui nous paraît le plus grave s’est produit rue de Launay, 9, à une maison à deux étages comportant des faux greniers.
La chute d’une cheminée a fait effondrer la toiture qui est tombée dans la chambre occupée par Mme veuve Métaireau, sa fille Mathilde, âgée de 25 ans, et son fils Pierre, âgé de 9 ans.
Par un hasard véritablement extraordinaire l’enfant effrayé s’était glissé dans la venelle. La toiture a écrasé le lit, mais l’enfant n’y était plus et il a pu se retirer sain et sauf, sans une égratignure. Sa sœur a été légèrement atteinte à une jambe et la mère n’a rien eu. Ces braves gens se trouveraient sans asile, aujourd’hui, ou n’auraient qu’une chambre à ciel ouvert si leur propriétaire ne leur avait donné immédiatement un autre logement.
Tous leurs meubles sont, cependant, perdus.
Place Saint-Pierre, la maison portant le n°2 a eu son toît enlevé. Les échaufaudages de la cathédrale ont résisté, mais la palissade en bois de l’Evêché a été emportée ; des planches étaient emportées et voltigeaient jusque sur la place Louis XVI.
En ce dernier endroit, l’Hôtel de Goyon et le Cercle Louis XVI ont eu leurs toitures arrachées ; il ne reste plus que les chevrons.
L’église Saint-Clément a beaucoup souffert. Des verrières sont criblées ; le zinc de la toiture est tordu et une partie du toît est à découvert.
Au couvent des Ursulines, les vérandahs sont détruites.
La maison touchant l’Oratoire, à l’angle de la rue du Lycée, a eu son toît en partie enlevé.
Place de la Monnaie, maison Verger, la chute d’une cheminée a défoncé le toît, qui s’est effondré dans le grenier avec un bruit épouvantable.
Au Pont Morand, tout l’angle d’une maison a été enlevé.
Quai Duguay-Trouin, beaucoup de ravages également.
L’immeubles de la Gerbe de Blé a eu une cheminée tout entière jetée sur la voir publique avec un bruit épouvantable et, ce matin, il y avait bien un tombereau de délivres à enlever.
Sur le même quai, au numéro 16, une autre cheminée s’est abattue dans la cour, d’une superficie de 50 mètres carrés environ, qu’elle a couverte de ses débris.
Au numéro 8, une échelle de couvreur, laissée mardi soir sur la toiture, s’est abattue sur la loge de la concierge. Il n’y a pas eu heureusement d’accident de personne, la concierge étant montée se coucher depuis un quart d’heure environ.
A l’angle des rues Crébillon et Boileau, une énorme cheminée est tombée sur la chaussée de la hauteur d’un cinquième étage.
Etendue sur la voie publique et pulvérisée, ces débris couvrent une étendue de rue sur une longueur de plus de dix mètres.
Place Lafayette, une cheminée, emportée par la bourrasque, a défoncé le toît.
Dans toute la ville, sur le quai de la Fosse en particulier, les plaques-annonces adaptées aux reverbères ont été arrachées.
Un accident plus grave, qui a causé d’importants dégâts, s’est produit en face de la gare de la Bourse. Les toitures en zinc des bateaux lavoirs ont été enlevées, jettées sur la cale et entièrement détériorées. L’un des propriétaires de ces bateaux, M. Rabuchon, estime sa perte à 800 francs environ.
Au Blanzy, les toitures en tôle ainsi que les palissades entourant les chantiers ont été en partie arrachées.
A la papeterie Gouraud et aux chantiers nantais, les dégâts sont peu considérables. Ils consistent, comme partout, en avaries aux toitures et aux cheminées.
Les guérites des douaniers et ds gardes-barrière des chemins de fer ont été toutes renversées.
Place de l’Edit de Nantes, encore une cheminée qui, ce matin, jonchait la voie publique, fournissant aux répurgateurs deux tombereaux de délivres. C’est le deuxième accident qui arrive à cette maison. Il y a plusieurs années, au cours d’une tempête, elle était découronnée de sa cheminée.
Place Gigant, toujours, toujours des jonchées, des jonchées de briques et de tuiles.
Rue de Gigant, 4, il ne reste plus de la toiture que la charpente. A 10 heures et demie, un de nos amis, qui habite là, rentrant chez lui a vu s’abattre à ses pieds la cheminée de sa maison. Un pas de plus et il était tué sur le coup.
Place Saint-Similien, un pan de mur s’est effondré ; place Viarmes et rue Thiers, 3, des têtes de cheminées ont été enlevées.
Pont de l’Arche Sèche, une toiture a été soulevée et nombre de tuffeaux arrachés et jetés sur la voie.
Place Bretagne, une baraque de loterie, tenue par Mme Blau, a été complètement démolie ; toiture et planches ont été arrachées.
La chapelle qui fait l’angle du chemin de Bonne Garde a eu sa toiture enlevée. Rue de la Ripossière, le préau de l’école des garçons a été enlevé et jeté dans le jardin de M. Cassard.
Au n°13 de la rue Lanoue-Bras-de-Fer, une petite maison basse a éé complètement défoncée par la chute d’une cheminée. Il n’y a eu aucun accident de personne.
Les usines Pilon, Voruz, Gondolo, les chantiers de la Loire, les chantiers Fouché et de la Brosse, ainsi que les magasins généraux ont vu une grande partie de leurs toitures enlevées par la tempête.
Place de la Petite-Hollande, la toiture du marché est enlevée sur une longueur de 30 mètres environ.
Au n°14 de la rue Haudaudine, il y a au moins 50 mètres de toiture à découvert.
A la minoterie Bossière, quai Moncousu, on compte 100 mètres de couverture enlevés.
Chez M. Revuil, marchand de vin, quai Ile-Gloriette, il y a eu environ 25 mètres de toiture défoncés.
A l’usine des diamants, rue de la Tour-d’Auvergne, une cheminée est tombée et tous les carreaux de la toiture en verre ont été cassés. On a dû, ce matin, renvoyer les ouvriers venus pour travailler.
A l’école de la rue Beauséjour, il y a beaucoup de dégâts.
Partout on ne signale que des cheminées tombées, des toits enlevés.
Quai Hoche, un bateau-lavoir appartenant à M. Tricot, demeurant au numéro 4 de ladite rue, a sombré.
Quai Moncousu, le bateau-lavoir appartenant à M. Raffeneau, demeurant au numéro 2 de ladite rue, a eu le même sort.
Sur ce quai, les fils télégraphiques traînaient à terre.
La maison appartenant à Mme Franck, située au numéro 2 dudit quai, a eu trois cheminées renversées. L’une d’elles est tombée sur une petite maison voisine, défonçant le toît. Le plafond s’est effondré sur le lit des locataires qui étaient couchés. Ils ont pu se sauver à grand peine et leur mobilier est détérioré.
Au laboratoire de l’école de médecine, une cheminée a détérioré une partie de la toiture en tombant.
La gare de l’Etat a beaucoup souffert : cheminées renversées, carreaux brisés, lanternes à gaz emportées, etc. La toiture d’une halle aux marchandises a été en partie enlevée, le dépôt des machines a été très endommagé. Celui de la Compagnie de l’Ouest a été complètement découvert et en partie défoncé. Une aubette a été renversée.
Deux poteaux télégraphiques et une partie de la rampe du pont des chemins de fer de la Vendée ont été renversés sur la voie, rendant la marche des trains difficile.
Tous les trains ont du retard.
Un poteau télégraphique s’est brisé et est tombé en travers du pont de Pirmil, cassant 7 mètres environ de rampe.
La toiture du dépôt des machines de la gare de Nantes-Legé a été enlevée sur une longueur d’environ dix mètres.
Place du Bon-Pasteur, maison du Soldeur, encore une cheminée enfoncée.
Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer tous les dégâts qu’au causés dans notre ville l’épouvantable cyclone.

Enlevés par le vent
Pour donner une idée de la violence du vent, citons ce détail qui nous a été raconté par une personne digne de foi.
En face de la Petite-Hollande, deux jeunes filles et un jeune homme rentraient chez eux quand un coup de vent formidable souleva le groupe de terre. Prises de frayeur et croyant leur dernière heure venue, les deux jeunes filles se jetèrent dans les bras l’une de l’autre et, en cherchant à se retenir, cramponnèrent le jeune homme. Les trois personnes furent transportées sans toucher terre à une dizaine de mètres.

Au Jardin des Plantes

Mais où le désastre est immense et les ruines lamentables, c’est dans notre beau Jardin des Plantes, si admiré des étrangers, et qui n’avait pas été aussi atteint depuis l’hiver 1879-80 qui gela son unique rangée de magnolias.
Une cinquantaine d’arbres, des plus forts, des plus rares, des arbres qui ne se peuvent remplacer, sont couchés sur les pelouses, décoronnés, fendus, tordus, déchirés, arrachés.
Ils gisent là, les pauvres géants de notre arboriculture nantaise, eux qui étaient la plus belle parure de notre Jardin des Plantes.
Le cèdre séculaire que tous les Nantais connaissent et sous lequel un bataillon tout entier eût pu se mettre à l’ombre, le cèdre séculaire qui dut entendre, au cours de sa longue existence, bien des serments amoureux, est parmi les victimes du sinistre.
Les squares, les parcs particuliers, les jardins privés n’ont pas été plus respectés.
Partout ce n’est que désolation, arbres du luxe, arbres de produit ont été arrachés par centaines.
Boulevard Delorme, place du Petit Bois, cours Saint-Pierre et Saint-André, square du Palais de Justice, square de l’Hôtel-Dieu, les arbres détruits ne se comptent plus, non plus que sur nos grandes routes nationals et départementales.
Du Pont-du-Cens à Orvault, on nous affirme que beaucoup d’arbres, au moins soixante, jonchent le sol et qu’il n’y a pas moins de vingt maisons qui ont eu leurs toitures enlevées.
Dans l’allée de la Civelière, route de Clisson, quatorze superbes ormeaux ont été jetés à terre.
Dans la propriété de M. Durand, même allée, vingt-deux arbres ont été coupés ou déracinés.
Chemin de Vertou, trois sapins sont tombés ; l’un d’eux s’est abattu sur une toiture qui a été démolie.
Boulevard Victor-Hugo, la tempête a causé de nombreux dégâts. Plusieurs toitures sont enlevées.
Dans le parc de M. Bosselu, plusieurs arbres énormes ont été arrachés et l’un d’eux, tombant sur les dépendances de la maison d’habitation, a littéralement défoncé la toiture.
Dans la propriété de M. Lanlois, à Chantenay, un magnifique parc a été rasé comme si une armée de bûcherons y avait passé. Les dégâts sont évalués par M. Langlois à plusieurs milliers de francs.
Place du Général Mellinet, deux arbres sont couchés sur le sol.
Dans la maison de la rue de Gigant habitée par M. Fargues, pasteur protestant, était un vieux sycomore ayant près de quatre mètres de circonférence et qui semblait devoir braver les vents, les tempêtes, les ouragans, voire les cyclones, abrité qu’il était de toutes parts par la maison et les murs des maisons voisines. La cime de cet arbre formidable s’est ébranlée sous les coups du vent et a entraîné la chute de det arbre qui était une vériable curiosité nantaise.
Avenue de Lusançau, un cèdre appartanant à M. Le Cadre, adjoint, a été fendu en deux.

Dans le Port

Dans le port, les accidents sont peu graves. Voici cependant ceux qu’on nous signale :
Le trois mâts Lafontaine, amarré au quai de l’Aiguillon, a arraché un pieu à l’estacade.
Le trois mâts Saint-Louis, quai Ernest-Renaud, a cassé ses amarres et arraché deux pierres du quai.
Le brick Marie-Thérèse, en réparations aux chantiers Lefrançois, à chassé sur ses angres et est venu boucher le canal nord-sud.
Jusqu’à dix heures, ce matin, les Abeilles n’ont pu aborder au ponton de la Prairie-au-Duc.
La gabarre Trois-Frères, appartenant à la maison Loiret et Haentjens, chargée de brai, a coulé au quai de l’Aiguillon.

Accident au pont de Pirmil

Vers 9 heures du soir, le nommé Bernier, cultivateur au Bois Hardy, commune de Chantenay, passait sur le pont de Pirmil avec sa carriole attelée d’un cheval. L’attelage a été renversé et le conducteur s’est trouvé engagé sous son cheval. Il a été retiré de sa fâcheuse position par MM. Léopold Frémy, 19 ans, forgeron, rue Michel Columb, 2, et Augustin Douaud, 12 ans, chaisier, rue Sanlecque, 2.
Conduit au poste des pompiers, M. Bernier a reçu les soins que nécessitait son état qui n’est fort heureusement pas grave.

A la brosserie Ruff

Une cheminée qui s’écroule. – Deux morts. – Plusieurs blessés.
L’accident le plus épouvantable dans ses conséquences, ayant pour cause le cyclone, s’est produit à la manufacture de brosses et de crins Ruff, installée entre le quai de Versailles et la rue Ouche de Versailles. Près de cette dernière rue avait été construite dernièrement une cheminée de trente mètres de hauteur. Tout à côté se trouvait une maisonnette à un étage servant d’habitation au chauffeur Ferdinand Léauté, marié et père d’un garçon de 6 ans.
Les époux Léauté, ayant travaillé à la brosserie Ruff, étaient allés habiter la Montagne, puis étaient revenus à l’usine il y a douze jours environ.
Il était 10 heures un quart environ, lorsqu’un bruit épouvantable, ressemblant à un coup de tonnerre prolongé, vint troubler le sommel des habitants du quartier.
En un clin d’œil, les jeunes Edouard Glotin et Pierre Menoreau sont debout et, sortant sur la rue, ils se rendent compte du sinistre : la cheminée de l’usine venait de s’effondrer presque complètement.
Le premier soin des jeunes gens est de monter au premier étage, où habient les époux Benisson et Lavigne.
Les époux Lavigne, dont la chambre a été préservée, sortent une échelle, car il leur est impossible de se servir de l’escalier.
Dans la chambre des époux Benisson, le spectacle est effrayant. Au dessus du lit où deux des enfants sont couchés, une partie de la cheminée a fait un trou béant ; le lit est recouvert d’une énorme quantité de briques sous laquelle les pauvres petits sont ensevelis. On s’empresse de déblayer, et la joie des parents est grande quand ils parvienent à sauver leurs enfants à peu près indemnes. La petite fille âgée de huit ans est blessée à la joue, le petit garçon âgé de quatre ans est blessé à la tête, mais les blessures sont légères.
Les secours étant promptement organisés, M. Benisson sauve rapidement sa famille, en passant par la chambre de ses voisins et en gagnant la rue à l’aide de l’échelle.
Mais ce n’est pas tout ; une grande partie de la cheminée est tombée sur la maison des époux Léauté, et on redoute un grand malheur. M. Menoreau pénêtre le premier dans la chambre et est effrayé à la vue de l’horrible spectacle qui s’offre à ses yeux.
Le plafond est entièrement défoncé, le lit du ménage disparaît sous un monceau de décombres. Par un hasard extraordinaire, le petit Léauté, âgé de 6 ans, dort paisiblement dans sa couchette.
Les voisins entrent rapidement dans la chambre, on arrive à découvrir les cadavres encore chauds des malheureux. Leur poitrine est littéralement broyée, leurs jambes écrasées, leur visage horriblement contracté laisse deviner une minute d’atroces souffrances.
A ce moment, il est onze heures envirion, et les pompiers, difficilement prévenus par suite d’une interruption téléphonique, sont sur les lieux avec leurs appareils de sauvetage. En ce qui concerne les secours, leur présence est désormais inutile, et nos pompiers sont uniquement occupés au déblaiement.
M. le docteur Chauvet arrive à son tour mais il ne peut que constater la mort des époux Léauté.
Nous nous sommes rendus aujourd’hui sur les lieux du sinistre pour procéder à une enquête personnelle. Les ouvriers travaillent à l’usine comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé, mais le coup d’œil offert est navrant. Les toits des deux maisons sont défoncés, les chambres sont remplies de décombres, les meubles brisés. C’est prudemment que l’on doit traverser les lieux, car les poutres brisées peuvent à chaque instant s’abattre.
Le toit recouvrant le couloir de sortie est entièrement détruit, et l’on comprend fort bien que les sinistrés aient cru bon de s’échapper par les fenêtres.
On nous rapporte que le petit Léauté, effrayé par le formidable craquement produit par la chute de la cheminée, s’est brusquement enfoui sous les couvertures pour tomber aussitôt dans un profond sommeil. A l’heure actuelle il ignore encore le profond malheur qui le frappe, et il joue insouciant, chez sa grand’mère habitant le Chêne-Creux.
En terminant, nous devons féliciter MM. Glotin et Menoreau, qui ont fait preuve en la circonstance d’une remarquable présence d’esprit, et qui ont contribué pour une large part au sauvetage des habitants en danger.
Disons enfin, à titre de renseignements, que la cheminée qui s’est écroulé, avait été élevée à quatre reprises.

la grève des couvreurs

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