Photo Leglaive « mars 1915, Vetter tranchées de Berles »
Dans son carnet de guerre au 84° RIT, Edouard Guillouard distingue à la fin des 17 pages qu’il a consacrées aux noms, les noms de ceux qu’il traite de « camarades ».
Je comprends que cela signifie qu’il a eu un lien plus étroit avec ces derniers.
Parmi eux le lieutenant Vetter, dont j’entendais indirectement parler quand j’étais petite dans les années 1940, car ma grand-mère racontait de « la fille de Vetter qui élevait des moutons ». Et elle disait avec considération, car à cette époque l’élevage de moutons n’était pas fréquent dans son milieu, alors que de nos jours bien des cadres sont tentées par cette reconversion.
René Vetter avait choisi la moustache et non la barbe. Je précise cela avec malice, car Edouard Guillouard porta la barbe de 1914 à 1918, mais ne la porta jamais dans le civil. Je constate en effet beaucoup de barbes et de moustaches sur toutes les photos de Leglaive et j’en conclue que ce n’était pas forcément leur visage civil mais militaire.
Je peux identifier Vetter grâce aux légendes des photos de Leglaive.
Voici donc l’un des « camarades » d’Edouard Guillouard, le lieutenant René Vetter, ingénier agronome de formation. Il était né à Paris et avait 3 enfants, comme Edouard Guillouard, et d’ailleurs, tous deux eurent un 4ème enfant après la guerre.
Voici ce que je trouve le concernant :
René VETTER ° Paris 1876 x Marie VAN NUFFEL °Besançon 1879
1-Jacqueline VETTER °Paris 7° 5 janvier 1908 †Azé Château-Gontier (53) 12 décembre 1998
2-Jeanne VETTER °Châteaubriant 1909
3-Germaine VETTER °Châteaubriant 24 août 1910 †Château-Gontier (53) 12 mars 1996
4-Louis René Pierre VETTER °Soudan 4 octobre 1919 †Toulouse 31 janvier 1998
Il demeure en en 1910-1921 au Chalet de la Lande à Soudan (44), qui se nomme aujourd’hui le Chalet rouge. Il est alors négociant en œufs.
Lui et sa famille n’habitent plus à Soudan en 1926 selon le recensement.
Il est présent à l’inauguration du monument aux morts de Soudan le 27 novembre 1921 (Source : Le Journal de Châteaubriant 03/12/1921)
Inauguration du monument aux morts de Soudan le 27 novembre 1921 « Dimanche dernier avait lieu l’inauguration du Monument du Souvenir Français. …
M. R. VETTER, président de l’Union des Anciens Combattants de Soudan M. Vetter, notre dévoué président de l’Union des Anciens Combattants, qui s’occupa si activement de mener à bien cette tâche d’avoir ici un monument digne de Soudan, digne de ceux qui ne sont plus, fit d’une voix grave et dis-tincte « l’appel des morts », à chacun des 104 noms qui figurent sur le socle de notre monument, la foule émue et recueillie répondit par cette glorieuse phrase : « Mort au champ d’honneur » ; très impressionnante fut cette lecture des noms de nos braves.
Puis M. Vetter fit l’apologie de ceux que nous pleurons, retraçant la rude vie du front, des tranchées où l’on souffrait tant avant de mourir. Pour vous chers camarades, dit-il, pas de bureaux, toujours vous fûtes de l’avant, votre place était celle où l’on meurt en brave, et en mourant ainsi, vous vous êtes immortalisés.
[Photo ci-contre, je pense que c’est Vetter à gauche, mars 1915]
René Vetter a certainement des descendants. Ils peuvent prendre contact ci-dessous dans les commentaires de ce blog.
Edouard Guillouard (carnet de guerre) Fernand Leglaive (appareil photo)
[photo ci-contre, le coiffeur et le barbier « mars 1915, Bailleulval]
18.3 jeudi – Travaux à l’Alouette 19.3 vendredi – Bombardement de la tranchée après le tir du canon 37 à Homin 21.3 dimanche – La Rousse à Derancourt
[Derancourt est le nom d’un commandant venu leur donner des cours du 1er février au 15 mars 1915 selon la liste dressée par Edouard Guillouard de tous les hommes qu’il a cotoyés au 84° RIT.
On voit sur la légende de la photo « avril 1915 » car la légende a été écrite après la guerre, donc au plus tôt en 1919, lors de la mise en album des photos du fonds Leglaive, alors que Guillouard tenait son journal quotidiennement pendant les 4 années de guerre, donc ses dates sont plus précises. Je vous incite donc à mettre rapidement après la prise de vues, des noms précis ou légendes à vos photos numériques, si vous voulez que vos proches descendants sachent les identifier dans un siècle ou même avant]
22.3 lundi – Cantonnement Bailleulval 23.3 mardi – La 2e Cie commandée par Créhalet nous reçoit, Bouyer 24.3 mercredi – Eon et ses vers, Enard 25.3 jeudi – Limencourt voir si rien trouvé 26.3 vendredi – Tranchées Gastineau Cie exrême gauche, section à gauche devant Ransart
[Avril 1915 – tranchée de Gastineau : le lavabo dans la tranchée. A cette époque l’eau courante existe peu et uniquement dans les grandes villes. Partour, on ne connait que la cuvette sur une table alors appelée « lavabo ». ]
28.3 dimanche Les Rameaux, – messe à la tranchée, Bellacout 30.3 mardi – Cantonnement Bailleulval 31.3 mercredi – Visite à Cassin à Berneville, vu Beauquin, réception au ravitaillement, vu Poudat au retour
Mars 1915, tranchée de Gastineau. Leglaive photographe sort de la tranchée pour prendre cette photo, donc c’était un jour sans tirs en face.
1er avril 1915 jeudi(saint) – Offices à l’église Bailleulval 2.4 vendredi(saint) – Départ à 6 h pour les tranchées 3.4 samedi – Tranchées Gastineau Cie extrême gauche, section Dte 4.4 dimanche – Pâques 5.4 lundi – Secteur très calme
7-10.4 – Cantonnement Bailleulval
12.4 lundi – Construction d’abri 13.4 mardi – Visite du colonel 15.4 jeudi – Cantonnement Bailleulval 16-20.4 – Le Printemps. Travaux de 1ère position. Photos à cheval devant chez Dupéré [photo ci-contre Edouard Guillouard, mais je pense que mon grand-père, dont nous avions une photo à cheval pendant la guerre 14-18, n’avait jamais eu de cheval en fait pendant la guerre, mais que cette photo était un moment de détente des officiers de la 84°RI, lors de la visite (ou mission) d’un cavalier à Bailleulval en 1915, car je crois voir le même cheval sur toutes les photos, et je pense que c’est celui du visiteur VOIR sur mon blog et en discuter LES 7 PHOTOS car ils sont 7 à avoir posé sur le cheval]
Les périscopes
[4 photos car la 4ème était sur la page précédente puisque Leglaive mettait les périscopes en février 1915 alors que Guillouard les met en avril] 21-26.4 – Cie extrême gauche, champ Hucteau
27.4 mardi – Bailleulval
28.4 mercredi – Permission à Avesne. Vu Cassin, Poudat, Croisy
29.4 jeudi – Réception des camarades de la 2e s. Feneux et Forge
30.4 vendredi – Arrivée du commandant Lochereau 1er mai 1915 samedi – Réception d’une partie des officiers
3-8.5 – Tranchées C.T. (ancienne extrême gauche)
9.5 dimanche – Tranchées abris à droite de Gastineau 10.5 lundi – Vu le client de Pont-Château au 270e (Edouard, quincailler en gros, vend dans toute la Bretagne avec 18 chevaux) 11.5 mardi – Bombardement au nord d’Arras
12.5 mercredi – Reprise de la tranchée Te le prisonnier de la 1ère
13.5 jeudi – Déménagement à droite, remplacé la cavalerie, le prisonnier ayant annoncé des mines dans T1, le 270e prend l’emplacement, le Ct Romulot prend le commandement du quartier 14.5 vendredi – Tranchées C1 devenu T1, et T1 R1 15.5 samedi – Bailleulmont. Reçu Porcher 16.5 dimanche – Popote chez Havier 17.5 lundi – Grande réception de la 1ère et des docteurs 21.5 vendredi – Soutien de Gastineau 22.5 samedi – Nomination de Chaussé lieutenant 23.5 dimanche – Arrivée de Sacré. Visite au colonel de Chaussé 24-26.5 – Tranchées T1, Sacré part faire du service à la 2e 27.5 jeudi – Bailleulmont, popote chez Dupin 29.5 dimanche – Obus chez Mr Leglaive dans sa chambre
30-31.5 – Cantonnement de Bailleulmont 1er juin 1915 mardi – Départ à 1 h du matin 2-4.6 – Soutien de Gastineau 5.6 samedi – Tranchées Cie T1 6.6 dimanche – Attaque à notre droite à 5 h, le sol tremble 7.6 lundi – Les nouvelles de notre avance Hebuterne 8-12.6 – Cantonnement de Bailleulval 13.6 dimanche – Tranchées Cie T1 14.6 lundi – Emplacement d’observateur
photo Leglaive, fonds Guillouard. Je n’ai trouvé aucune légende permettant de situer cette photo
[photo « avril 1915 maison Gastineau, devant le poste de secours » Leglaive qui semble porter l’étui de l’appareil photo et Guillouard qui porte des jumelles
1er juillet 1915 – Cantonnement de Bailleulval 3.7 samedi – Départ en permission, gros évênement au cantonnement, train vers 3 h, départ à 7 h de L’Arbret par Diné 4.7 dimanche – Arrivée à Amiens (à 47 km de Bailleulval) à 4 h, visite de la ville, départ à 6 h pour Paris, le train ne part qu’à 8 h, arrivée à Paris à 11 h, déjeuner chez Duval, départ à 15 h pour Nantes où j’arrive à 9 h 20 5.7 lundi – Permission à la place, départ à 10 h pour La Bernerie, arrivée à midi 6.7 mardi – La Bernerie, départ pour Nantes 7.7 mercredi – Nantes 8.7 jeudi – Départ de Nantes à midi, ma femme m’accompagne jusqu’à Angers, arrivée à Paris à 7 h, départ à 9 h 30 gare du Nord
9.7 vendredi – Arrivée à Amiens à 3 h, départ pour Doullens à 6 h, arrivée à Doullens à 10 h, vu Pons qui me ramène à L’Arbret et une voiture me conduit à Bailleulval, visite aimable chez le colonel, le soir retour à la tranchée T1 [photo ci-contre mai 1915 dans la tranchée de Gastineau, le fabricant de bagues. Ma maman m’avait transmis l’une de ces bagues, fabriquée dans les métaux des munitions reçues. Malheureusement mon appartement a été totalement pillé il y a 28 ans et je n’ai plus rien, et cette bague m’était plus chère que celle qui avait un diamant]
10-12.7 – Tranchées
13.7 mardi – Cantonnement Bailleulval
14.7 mercredi – Colonel Dusseul part en permission, le Ct Lemoine
15.7 jeudi – La petite chanson Mr du Vallet 18.7 dimanche – Départ de Chaussé 24-27.7 – Cantonnement 28-31.7 – Soutien de Gastineau
« juin 1915, Bailleulmont » officiers sur la place de l’église
« juin 1915, Bailleulmont » l’église est encore entière
la maison l’Allouette
photo Leglaive, fonds Guillouard
J’avais dans le fonds de mon grand-père la photo ci-contre. Je peux maintenant l’identifier.
Il s’agit d’une maison disparue, car détruite, mais manifestement le nom de ce lieu a lui aussi disparu car je ne le retrouve pas sur Geoportail. Elle était très originale, comme le montre la photo ci-dessous.
photo Leglaive « été 1915, Gastineau maison l’Allouette
Télécharger l’original du carnet de guerre d’Edouard Guillouard
Les légendes des photos a été écrite seulement à la fin de la guerre lors de la mise dans des albums, et Leglaive se souvenait de l’été 1915.
Clément Noiret demeure à Bailleulval, est blessé le 6 mars, et c’est sans doute une viste au blessé qu’Edouard Guillouard fait le 13 mars. Voici la famille de Clément Noiret : épouse et enfants.
Photo Leglaive
La petite fille a alors 9 ans et se prénomme Marthe Fleurite Ambroisine, selon ce que le site des décès INSEE indique :
NOIRET
Marthe Fleurite Ambroisine
Naissance
14/06/1906
Bailleulval, Pas-de-Calais, Hauts-de-France, France
Décès
08/09/1989
Mairieux, Nord, Hauts-de-France, France
NOIRET
Gislaine Marthe Marie
Naissance
28/09/1923
Bailleulval, Pas-de-Calais, Hauts-de-France, France
Décès
27/08/2020
Dainville, Pas-de-Calais, Haut
Edouard Guillouard (carnet de guerre) Fernand Leglaive (appareil photo)
photo Leglaive « janvier 1916 Perrin au soutien de Gastineau »
Lorsque j’avais autrefois mis le carnet de guerre d’Edouard Guillouard sur mon site, j’avais peu de légendes permettant d’identifier les hommes qui sont photographiés, et j’avais une magnifique photo que j’avais dénommée « est-ce Perrin ? », et aujourd’hui grâce à une échange fructueux, je suis en mesure d’affirmer que cette photo est bien celle de François Perrin,
François Perrin était resté ami avec Edouard Guillouard, puisqu’il était présent à son inhumation et y prononça le discours qui suit. Et je découvre une seconde photo de lui, accompagné d’un dénommé Bardot, et manifestement les 2 photos ont été prises le même jour ou environ.
Discours prononcé aux obsèques de son vieux camarade et ami,
par François Perrin
Mesdames, Messieurs,
Mes chers camarades anciens combattants, A la demande même du colonel Gastinel, ancien commandant du 84e Régiment d’Infanterie Territoriale, dont je fus le capitaine-adjoint pendant les deux dernières années de la Guerre 1914-1918 et que le grand âge seul empêche d’accompagner à sa dernière demeure la dépouille de notre excellent camarade et ami Edouard Guillouard, qu’il appréciait tout particulièrement, j’ai la douleur et le pénible devoir, de souligner en quelques mots sortis du cœur, les brillantes qualités militaires du défunt.
Mobilisé dès le premier jour de la Grande Guerre au 81e comme sergent-major, Guillouard fut, dès son arrivée sur le front, promu sous-lieutenant et nommé, fin août 1914, au 84e.
Affecté à la 3e compagnie, capitaine Leglaive, qu’il ne quitta jamais pendant toute la guerre, Guillouard se signala de suite à ses hommes et ses chefs par ses qualités maîtresses : bonne humeur, calme, sang-froid, bravoure sans crânerie, homme de devoir.
Notre Régiment, qui fut un Régiment de combat pendant toute la durée des hostilités, prenait alors une grande part à la bataille d’Arras, qui fut l’un des brillants épisodes de la bataille de la Marne.
Ménager le sang de ses soldats, toujours le premier sur la brèche, même dans les missions les plus difficiles et les plus périlleuses qui lui étaient confiées, missions qu’il acceptait toujours sans broncher et qu’il remplissait sans jamais se départir de son calme et de son sang-froid, Guillouard pouvait faire de sa section tout ce qu’il voulait. Il était adoré de ses hommes. Sa brillante conduite en Artois, à Arras, Bailleulval, Bailleulmont, Thiéval, la cote 105 devant la ferme Gastineau, lui valut vite sa promotion au grade de lieutenant.
Il n’était pas alors question de Croix de Guerre, du moins dans notre régiment.
Mais c’est en Lorraine, à Limey, à Flireu et dans la vallée de la Seille, puis en Alsace, à Thann, Vieux-Thann, la vallée de la Thur et celle de la Bruche, les pentes du Vieil-Armand (Hartmanwillerskopf), Steinbach, Leimbach, qu’il se signala tout particulièrement.
Notre régiment y subit de lourdes pertes. Guillouard y fut blessé au ventre d’un éclat d’obus.
Cité à l’orde du régiment, Guillouard obtint la Croix de Guerre et fut proposé pour le grade de Capitaine.
Il fut enfin de ceux qui furent désignés pour faire l’entrée triomphale des troupes françaises dans Strasbourg libérée.
La signature de l’Armistice l’empêche d’patre promu.
Ce n’est qu’après la démobilisation qu’il obtint les galons de Capitaine, et fut nommé Chevalier de la Légion d’Honneur au titre militaire.
Tel but l’homme au combat,
Tel fut l’homme pendant toute la guerre,
Tel il fut toujours pendant toute sa vie,
Toujours aimable, souriant, simple, modeste, bon camarade, ami fidèle, courageux et brave.
Guillouard fut aussi un époux modèle, un excellent père de famille, un grand-papa qui sut cultiver l’art d’être grand-père.
Car Guillouard adorait ses enfants et ses chers petits-enfants, qui perdent en lui le plus sur des conseillers, le meilleur de leurs amis.
Ses camarades, ses amis, sa famille, le commerce nantais, la Société, perdent en lui un homme, car Guillouard était un homme, dans toute la force du terme.
Guillouard est mort comme il a toujours vécu,
Le vie est une.
Il a lutté jusqu’au bout, calmement, courageusement, vaillamment, contre un mal implacable, qui a fini par le terrasser.
Chère Madame Guillouard, vous avez admirablement soigné votre cher mari. Voua avez tout fait, vainement, hélas ! pour l’arracher de l’étreinte qui l’étouffait.
Je m’incline respectueusement devant votre grande douleur.
La perte de votre mari est irréparable. Sa mort va creuser dans votre foyer un vide que rien ne saurait combler.
Puisse la nombreuse assistance qui vous accompagne, vous et les chers vôtres, en ce jour douloureux, puisse l’émotion qui nous étreint tous à cette minute suprême, apporter un baume apaisant à votre douleur.
Capitaine Edouard Guillouard, dormez en paix votre dernier sommeil, vous l’avez bien mérité ! Votre vie aura été un exemple pour tous ceux qui vous ont connu.
Mon cher et vieux Guillouard,
Au nom du colonel Gastinel, au nom de tous tes camarades de combat, au nom du 84e tout entier, au nom de tous ceux qui t’ont apprécié, et en particulier de tes deux fidèles amis, le capitaine Vetter et le commandant Leglaive, qui sont ici à côté de moi, je te dis adieu du plus profond de mon cœur.
Je suis née en juillet 1938 et j’avais 8 ans lorsque j’ai perdu ce grand-père admirable, et hélas, je n’ai aucun souvenir de lui, alors que j’ai des tas de souvenirs de la guerre, que j’ai écris, mais lui n’était pas réfugié au même endroit que nous, qui sommes rentrés tard après la libération, puisque nous étions dans la poche de Saint-Nazaire. Ensuite je suppose que l’année 1945 et début 1946 furent sa maladie, ce qui expliquerait mes trous de mémoire.
Cliquez sur le titre l’article pour accéder aux commentaires, et cliquez sur les photos pour télécharger un agrandissement.
Les claies retenaient la terre pour éviter les éboulements, et elles pouvaient aussi servir de petit abri. Un site va tout vous expliquer techniquement avec beaucoup de dessins.
En voici quelques unes photographiées par Leglaive au 84° RI à Bailleulval en 1915 et Morville en 1917 :
Les claies ci-contre attendent de partir renforcer les tranchées.
On voit sur la photo qu’elles sont nombreuses.
Effectivement, Edouard Guillouard parle de la boue, et je ne m’étais pas imaginée avant de voir toutes ces claies qu’il fallait étayer les tranchées. Pourtant je sais bien qu’il faut étayer puisqu’en 2018 à Clisson lorsqu’ils ont fait un nouveau conduit d’eau de la Sèvre vers la nouvelle usine de lavage de linge, les tranchées profondes de hauteur d’homme étaient étayées.
On voit effectivement les claies sur presque toutes les nombreuses photos de tranchées de Gastineau, en voici une pour exemple. Je remarque seulemet que cette tranchée n’est pas à hauteur d’homme car leur tête dépasse et j’en suis surprise.
photo Leglaive « février 1915 Agny bords du Crinchon, emplacement du PC »
1er janvier 1915 vendredi – Nous recevons les sous-officiers chez Ferron, Bichon, Faucheron, Liclou, Moreau, Goron, Bridonneau, Pierre, Pavageau, Deslandes, Charron, Guitard, Faucheron, cap. Tourrien, Pineau coiffeur, Marchais cycliste. [ces noms sont ceux de la photo datée décembre 1914, voir ma page précédente]
Réception chez le Ct, le colonel envoi un mot qui donne satisfaction [le PC doit être ce qui est camouflé par les branchages au bas de la photo]
2.1 samedi – Les cavaliers 3e Dragon, de [Mesobesbion] de Landemont
5.1 mardi – Relève dans la soirée
6.1 mercredi – Chemin de fer
10.1 dimanche – Dainville, nouveau cantonnement d’affron
11.1 lundi – exercice
12.1 mardi – Le Ct de Hermini évacué et remplacé par le capitaine Letailleur. Relève à Agny
14.1 jeudi – Chemin creux d’Agny, grand ouvrage [photo ci-dessous, qui est sans légende dans le fonds Guillouard, alors je suppose que c’est le « chemin creux »]
15.1 vendredi – Les cavaliers 3e Dragon
je suppose que cette photo donne le chemin creux, mais je n’ai trouvé aucune preuve
16.1 samedi – Tranchées d’Agny
18.1 lundi – Chemin de fer
22.1 vendredi – Dainville, cantonné près le clocher
23.1 samedi – Mr Pommier
24.1 dimanche – Une pièce éclate, artilleurs tués, travaux de nuit dans le champ de course d’Arras
26.1 mardi – Grand ouvrage
27.1 mercredi – Chaussé va chercher avec Papi les cartouches
28.1 jeudi – On remplace la vieille tranchée
30.1 samedi Chemin de fer, la neige, bataille
31.1 dimanche – Vetter, Goffri
1.2.1915 lundi – Félicitations à Chaussé, visite du colonel, présentations du Ct Derancourt, départ du capitaine Letailleur
3.2 mercredi – Dainville, travaux, popote avec la 4e chez Solon [photo ci-contre « février 1915, Agny, PC du grand ouvrage », à gauche Guillouard. Le terme « popote » revient plusieurs fois dans le carnet d’Edouard Guillouard, de même les photos très parlantes, avec parfois beaucoup de bouteilles. Voici la définition : (POPOTE. n. f. Cuisine commune, table commune. Faire popote, Prendre ses repas en commun. Le capitaine et les lieutenants faisaient popote ensemble. Il est populaire. (Dictionnaire de l’Académie française. Huitième Édition. T.2, 1932) ] 4.2 jeudi – Conférence du nouveau Ct, revue des vivres de réserve, le caporal Marot cassé
6.2 samedi – Créhalet rentré tard, langouste avariée
7.2 dimanche – Départ pour Agny, mauvais temps par le village, par nuit noire, Créhalet va commander le 4e
9.2 mardi – Les photos de Mr Leglaive
11.2 jeudi – Chemin de fer, Créhalet avec le Ct
14.2 dimanche (gras) – Départ pour Dainville
15.2 lundi – Bruits de départ, Mr Leglaive va reconnaître
(ci-contre : « février 1915, voie ferrée de Dainville », la partie de cartes, à gauche Edouard Guillouard) [sur la photo datée mars 1915 à Bailleulval vous avez la séance chez le coiffeur Pineau, surtout pour tailler la barbe, et on voit aussi le linge étendu, preuve qu’on lavait un peu]
16.2 mardi (gras) – 5 h nous partons pour Basseux, arrivé en ligne à 1 h le mardi gras, dans la boue, on remplace le 92e et nous sommes en liaison avec le 41e qui est remplacé par des Hussards, Provost de Launay 20.2 samedi – Campagne, centre gauche Gastineau. Nous restons dans la boue sans abri pendant 5 jours et 6 nuits, les hommes malades, pas de boyaux, les balles sifflent, relève pénible, nuit très noire, arrière à Bailleulval
[Le chemin creux était situé à Agny et le voici en février 1915.]
ils jouent aux cartes
photo Leglaive « février 1915 » à gauche Edouard Guillouard
ils sculptent leurs têtes dans la tranchée
[il y avait des moments d’inactivité, qu’ils occupaient parfois à se détendre, comme le jeu de cartes, et ici, modeler dans la terre la tête des camarades – sur la seconde photo, ce sont Leglaive et Guillouard, aussi je vous les ai agrandis tant j’étais heureuse de les voir encore ensemble avec leur sourire]
Leglaive et Guillouard, moment de détente près de la tête qu’ils ont modelée dans la terre, qui leur ressemble à tous deux
la ferme « Gastineau » (texte et dessin d’Edouard)
carte dessinée par Edouard Guillouard, surement d’après la carte du PC et sans doute pour avoir la carte sur lui
Située sur la route de Berles à Rivière, la ferme de Gastineau était habitée par un vieux ménage, qui travaillait un peu les terres environnantes et faisait le commerce d’engrais.
Cette maison, qui avait certaines dépendances, avait servi de débit et possédait de grandes caves dont l’une superposée sur l’autre. Derrière la maison existe également un ancien four de briqueterie.
Vers les premiers jours d’octobre 1914, les propriétaires de la maison n’avaient pas quitté leur demeure à l’arrivée des Allemands. On ne sait au juste ce qui s’y est passé.
« avril 1915, maison Gastineau »
Mais suivant les racontards on avait dit que Monsieur et Madame Gastineau avaient été tués et jettés dans leur puits derrière la ferme.
Pendant longtemps cette légende avait tenu et le puits rigoureusement consigné avec défense de se servir de l’eau.
Après des combats et attaques successifs entre Berles et Ransart, nos troupes ont gagné du terrain vers le 15 octobre la ferme Gastineau était à nous.
Progressivement nous la dépassions et nous venions occuper des tranchées jusqu’à 600 m au-delà dans la direction de Ransart où malgré beaucoup d’attaques très audacieuses nous n’avons pu les déloger.
« avril 1914 maison Gastineau », sur cette photo on ne voit pas à gauche de la maison de qui sera « la muraille de Chine »
Le 15 février, quand nous sommes arrivés à ce secteur par une nuit noire et froide, la pluie qui était tombée en abondance les jours précédents avait rendu les boyaux impraticables.
La tranchée pleine de boue et bien mal installée n’avait aucun abris sérieux. C’est sous de simple toile de tente et sans paille que nos bons hommes ont passé les premières nuits.
Nos débuts dans ce secteur étaient pénibles mais avec de bons travailleurs nous n’avons pas tardé à rendre la tranchée propre et les boyaux praticables. Il y en avait besoin pour plusieurs raisons.
Il n’était pas agréable d’y patrouiller jusqu’à demi jambe et ne pas y passer c’était s’exposer aux balles qui à ce moment sifflaient continuellement de jour et de nuit.
Le boyau principal (que je marque N°8) nous menait au poste de commandement du secteur nommé Gastineau, nom des propriétaires.
Un chef de bataillon ayant quatre compagnies en ligne et deux en soutien, s’y tenait en permanence, logeant dans les caves de cette maison, qui servait en même temps de poste d’observation à l’artillerie.
L’infirmerie avec un major et un aide major était installée dans l’ancienne briqueterie dans des espèces de caves pouvant résister au bombadement car ce coin est très souvent visé par le canon allemand et les allées et venues dé-sigent bien ce point comme poste de commandement. Quatre jours en première ligne, quatre jours à Bailleulval. Le temps s’est écoulé petit à petit.
Nos hommes ont bien travaillé.
Nous avons en sommes refait complètement toutes les tranchées, creusé quantité de boyaux profonds, qui nous préservent. On vient maintenant jusqu’à Basseux par les boyaux, ce qui nous fait au moins deux kilomètres.
Nous avons changé plusieurs fois d’emplacement. Nous sommes maintenant à Th le poste de commandement de Mr Leglaive est marqué n°3 et nos abris à droite n°4. J’ai un poste d’écoute assurée sur la route et assez dangereux marqué n°5.
Nous avons occupé pendant longtemps n°6 comme poste de commandement et popote et ma section a été à n°7.
Ransart est entouré d’arbres comme tous les villages de la région, mais les maisons sont complètement démolies. Il n’y a plus de civils.
Notre artillerie y tire souvent, car les Boches y cantonnent soit disant plusieurs compagnies. Sur la route où je note n°9 c’est là que j’ai fait tiré sur des Boches et nous en avons vu deux tomber.
Nous tirions près du n°4. [Sur cette photo on voit Leglaive lui-même, et un périscope, mais le carnet d’Edouard Guillouard signale l’arrivée des périscopes plus tard. Je suppose que Leglaive a écrit ses légendes de photos après la guerre tandis que Guillouard avait un carnet de notes qu’il tenait journellement pendant la guerre, donc ses dates sont probablement plus fiables]
Près de Gastineau, à 100 m derrière, se trouve les soutiens de deuxième ligne SI SII successivement nous allons de temps à autre. C’est quelquefois bombardé, mais comme j’ai eu l’occasion de vous l’écrire, nous y sommes tranquilles. Nos bons hommes sont employés aux travaux de corvées, c’est de là que j’ai plusieurs photos.
Nos cuisines dans le ravin, près du ruisseau. Elles sont bien dissimulées et à l’abri ; Des photos vous en donnent une idée. Les cuisinières [je ne vois pas de femmes sur les photos, que des hommes] ont une rude corvée comme de venir trois fois par jour chercher assistance, car il faut passer par les boyaux et par les jours de pluie vous voyez avec la boue qui est inévitable dans le fossé que présente les boyaux.
Je crois que cet aperçu de notre secteur vous donnera une idée de ma vie de tranchée. Cette simple maison isolée sur la grand route est pour nous un point inoubliable pour la vie. Avec la carte d’état-major, vous pouvez reconstituer ce petit coin et savoir ou je me trouve.
Il y a encore une quantité de tranchées, de points fortifiés, d’emplacements d’artillerie et de munition qu’il est de mon devoir de ne pas mentionner.
Note
Les caporaux doivent s’assurer avant de prendre le service que tous les hommes ont bien sur eux
1-les 120 cartouches
2-la cagoule et le paquet de pansements
2-pendant le service de jour, le caporal de garde dans la tranchée de tir doit veiller à la propreté des cartouches et de l’eau qui se trouve dans les récipients
3-de jour comme de nuit, prévenir immédiatement le chef de section des moindres incidents et du passage des officiers supérieurs
4-remettre au poste du chef de section les étuis de cartouches brulées
5-les chefs d’escouades feront faire chaque matin une corvée de nettoyage des boyaux près de abris. Les pionniers en plus du fil de fer feront l’entretien de la tranchée.
6-organiser chaque jour une corvée d’eau pour la section : le tonnelet et récipients de tranchée.
J 201 (6 mois 18 jours) en plein hiver, dans la boue sans abri pendant 5 jours et 6 nuits Le même jour, 21.2.1915, tandis que la neige tombe, un déluge de feu s’abat sur Verdun
Télécharger l’original du carnet de guerre d’Edouard Guillouard
Je ne vous mets pas les vues directement car ce serait trop lourd pour visionner ma page, donc je mets seulement les liens, et cliquez pour télécharger: janvier 1915 – début février 1915 – fin février 1915