Mémoire d’Avent, l’oeuvre clandestine d’un Angevin à Saint-Julien-de-Concelles 1794-1802 : René Lemesle – chapitre 4

Ouvrage paru en 1990
(C) Editions Odile HALBERT
ISBN 2-9504443-1-8

Chapître IV

  • LA VIE
  • Selon une tradition, Saint-Julien-de-Concelles serait le berceau de la catholicité dans notre région ; le premier baptême reçu dans le diocèse de Nantes le fut à Saint Barthélémy, sur l’emplacement de bains romains.
    La Chapelle Saint-Barthélémy, du XVème siècle, fut épargnée par les Bleus, sans doute plus hostiles à Marie qu’à un saint, patron des tanneurs, gantiers et relieurs, qui avait connu le supplice d’être écorché vif.
    Le pélerinage à Saint-Barthélémy, le 24 août, attirait les pélerins de Clisson, Beaupréau, et même de l’autre rive de la Loire. A l’occasion des pélerinages, la Loire traversée. Ceux-ci cessèrent pendant la Révolution, mais certains y vinrent prier.
    Le baptême est le sacrement qui fait membre du peuple de Dieu. Ceci est rappelé sur le plus ancien baptistère de la chrétienté, dans la basilique du Latran à Rome : « ici naît un peuple destiné au ciel ».
    L’attachement à ce sacrement permet de mesurer la pratique religieuse pendant la guerre civile : les fidèles y tiennent au Loroux (voir p.22).
    Nous allons maintenant étudier le comportement des Concellois face au baptême et paralèllement nous appréhendererons leur fécondité pendant cette période de difficultés. Et puisqu’à cette époque le taux de natalité est lié au nombre d’habitants, nous estimerons grossièrement le nombre des survivants.

    Le baptême prérévolutionnaire et postrévolutionnaire

  • L’administration du baptême est soigneusement définie dans le rituel catholique romain. Celui-ci remplace depuis 1614 les rituels diocésains, mais certains diocèses ont conservé leur rituel propre. Il est mis en pratique et ses règles sont apprises au séminaire.
    Dans le diocèse de Nantes, c’est le « Rituale Nannetense », édité en 1776 par l’éditeur Joseph Vatar, qui fixe les règles liturgiques. L’extrait suivant montre qu’une ancienne ordonnance royale est toujours en vigueur :

    Par la Déclaration de 1698, le Roi enjoint à tous ses sujets de faire baptiser leurs enfants à l’Eglise de leurs Paroisses, dans les 24 heures après leur naissance, s’ils n’ont obtenu permission de l’Evêque de différer les cérémonies du Baptême. Les Ordonnances du Diocèse chap.1-4 défendent de différer au-delà de trois jours. (14, p.8)

    Selon certains auteurs, pour convaincre les parents de la nécessité du baptême rapide, l’église aurait utilisé, à certaines périodes, la menace d’excommunication envers ceux qui n’ont pas fait baptiser leur enfant dans les huit jours (18). Cette excommunication ne semble pas concerner le diocèse de Nantes en 1776, car le rituel ne donne aucune indication de ce genre.

    Le délai de baptême est par conséquent inférieur ou égal à trois jours avant la Révolution. Puisque l’église et le roi exigent le baptême aussi rapidement, certains parents ont probablement eu la tentation de dissimuler la date exacte de la naissance. Cette « tricherie » devait être tempérée par l’ardeur de la sage-femme à dire la vérité. Lorsque l’enfant avançait en âge, il devenait également impossible de cacher la vraie date de naissance au prêtre.
    Le père part le jour même de la naissance au bourg avec l’enfant, quelles que soient la saison et la distance. Ce voyage a lieu dans la majorité des cas à pied et comme il n’est pas rare d’avoir 4 à 5 km pour atteindre le bourg, on voit que l’enfant subit une rude épreuve qui ne contribue pas à améliorer son espérance de vie.
    En 1869, la situation est inchangée à Saint-Julien-de-Concelles. Michel Launay cite cette paroisse dans son étude du diocèse de Nantes, en tant que paroisse représentative dans le domaine social, économique et religieux. Il observe que la règle des trois jours y est toujours respectée (22) :

    Le délai de baptême a une particulière valeur de témoignage en ce qui concerne la soumission à la loi de l’Eglise. Les statuts diocésains précisent à ce propos :

    « les curés et desservants avertiront les pères et mères de faire baptiser leurs enfants le plus promptement possible et sous trois jours, au plus tard, après leur naissance » (22).

  • Le délai de baptême dans la clandestinité
  • En période clandestine, les prêtres administrent le sacrement de baptême sans faire de difficultés quel que soit l’âge des enfants, et parfois à des enfants très âgés pour l’époque. Ainsi, René Lemesle baptise quatre enfants de trois ans. L’âge de l’enfant ne pose plus de problème et les parents n’ont pas de raison de le dissimuler pour se conformer à la règle des trois jours.
    L’âge déclaré lors du baptême clandestin peut ainsi être considéré comme exact pour les nouveaux-nés. La date de naissance des enfants plus âgés, en particulier ceux qui dépassent quelques mois, pose un problème d’exactitude du fait des défauts de mémoire des dates (voir p.67).

    Dans le registre clandestin de Saint-Julien, 65 % des enfants sont baptisés dans les trois jours, 92 % dans les trois mois, et 8 % de trois mois à trois ans.
    L’histogramme ci-contre donne le cumul en fonction de l’âge exprimé en jours. Ces chiffres recouvrent en réalité des situations variables dans le temps.
    Le même histogramme, en période de persécution accentuée, traduit un allongement du délai de baptême. Il existe une corrélation entre l’intensité de la répression et le délai de baptême.
    Pour mesurer cette corrélation, il faut extraire les périodes de forte persécution de l’ensemble de la période couverte par le registre clandestin.
    Le délai de baptême des non-Concellois diffère de celui des Concellois, de la même façon que celui des non-Lorousains privés de prêtre en 1793 et début 1794.

    DELAI DE BAPTEME en jours

    Le délai de baptême des Concellois est rapproché ci-dessus (voir tableau) de celui des non-Concellois. Les années retenues sont significatives : une année de calme relatif, 1796, et deux années de difficultés, 1798 et 1799. L’écart entre les années est symptomatique ; le délai augmente dès que la persécution reprend le dessus. L’année 1798 est la plus difficile, si l’on en juge par les délais de baptême. Ordinairement, l’année 1799 passe pour avoir été pire.
    Les non-Concellois mettent en moyenne huit à dix fois plus de temps à trouver le prêtre que les Concellois. Ceci recoupe les observations faites au Loroux (voir p.22).

    La reprise du culte, dans une paroisse privée de prêtre, doit par conséquent s’accompagner de baptêmes d’enfants âgés. Toutefois, lors de la reprise du culte à Saint-Sébastien-sur-Loire, on n’observe pas d’enfants âgés. Ceci plaide en faveur de la présence intermittente d’un prêtre ayant baptisé, et dont nous n’avons pas de trace. Les seuls baptisés âgés de quelques semaines, qui viennent à Saint-Sébastien en 1802, sont des non-Sébastiennais, surtout de Nantes-Saint-Jacques et Nantes-les-Ponts.

  • Mode d’expression du délai de baptême
  • Le délai de baptême exprime le nombre de jours entre la naissance et le baptême. Il s’évalue à partir des deux dates notées par le prêtre.
    Les historiens-démographes expriment toujours un délai en jours, mois, ans, révolus. Ils considèrent donc le jour de la naissance pour un délai de zéro jour.
    Néanmoins, selon le rituel, les enfants doivent être baptisés dans les trois jours. Le jour de la naissance compte comme premier jour, soit un délai d’un jour. Dans la présente étude, le délai de baptême est compté en jours non révolus comme dans le rituel car on mesure la pratique religieuse et non la démographie. On a ainsi un délai d’un jour pour le jour de la naissance, de deux jours pour le lendemain, et de trois jours pour le surlendemain.
    Les dates de naissance sont fidèlement transcrites par René Lemesle. Les cérémonies nocturnes ne sont pas précisées et pourtant une partie des baptêmes a eu lieu la nuit en période clandestine.
    Les baptêmes effectués pendant la nuit permettent de baptiser tard le soir un enfant né le matin alors qu’avant la Révolution on aurait été le lendemain matin. Les baptêmes nocturnes raccourcissent ainsi le délai à l’intérieur des trois jours, toutefois, en l’absence de détails sur l’heure, on se contentera du calcul de l’âge des enfants sans tenir compte de l’heure nocturne probable.
    René Lemesle précise très souvent si l’enfant est né le matin ou le soir, même lorsqu’il s’agit de la veille. Ainsi, 246 baptisés sont nés le matin et 188 le soir.

  • Chercher le prêtre
  • Avant la Révolution, le père part avec l’enfant à faire baptiser. C’est aussi parfois le prêtre qui se déplace. Dans les deux cas, il est facile de trouver un prêtre au bourg de Saint-Julien ; ils sont trois prêtres pour desservir la paroisse, et l’un d’entre eux est toujours présent à la cure.
    Il en va tout autrement en période de clandestinité. Encore qu’il faille distinguer les périodes de clandestinité totale et les périodes de semi-clandestinité. Elles correspondent aux périodes pendant lesquelles les officiers municipaux sont soit réfugiés à Nantes, soit de retour à Saint-Julien mais ferment les yeux ou font eux-mêmes baptiser leurs enfants…
    Le délai de baptême dépend surtout du temps mis à trouver un prêtre. La rapidité de localisation du prêtre suppose une organisation, une sorte de réseau d’information, puisqu’il n’y a pas de lieu fixe comme la cure. Un délai aussi court que celui que nous venons de constater est obtenu grâce à un relais d’information dans chaque village, ou tout au moins dans chaque gros village. Cet informateur est capable de situer le prêtre à tout moment, car n’oublions pas que celui-ci doit souvent changer de cachette. La sage-femme peut aussi avoir été un agent de liaison, encore que bien souvent on a d– s’en passer. Tout un réseau de communication était mis en place, pour informer la population (voir p.64).

  • Les baptêmes clandestins
  • Le registre clandestin contient 1095 baptêmes du septembre 1794 à novembre 1802 inclus. Les enfants ne sont pas tous concellois : 184 baptisés sont nés hors Saint-Julien-de-Concelles, soit 16,8 %.

    Les 66 Lorousains sont suivis de ceux de Basse-Goulaine, Nantes et Saint-Sébastien. Les divers sont les enfants venus par la Loire (voir ci-après), et deux de Vertou et trois de La Chapelle-Basse-Mer. Les trois Chapelains sont baptisés le jour de leur naissance. Les parents ont trouvé R. Lemesle plus vite que M. Robin.
    Ces non-Concellois viennent se faire baptiser à des périodes différentes qui sont le reflet de la situation temporaire dans leur paroisse.

  • Loroux-Bottereau
  • Au Loroux-Bottereau, l’année 1794 s’est terminée par un grand nombre de baptêmes. Après le départ de Clair Massonnet, c’est Denis Guillet qui entre en fonction à Sainte-Radegonde. Ce dernier est loin pour les Lorousains vivants à l’ouest de la paroisse, plus proches de Saint-Julien. En outre, Denis Guillet est parfois empéché ; en particulier au printemps 1796, fin 1797, 1798 et 1799. Le registre de Saint-Julien complète ainsi partiellement celui du Loroux.
    Aucun Lorousain ne vient se faire baptiser à Saint-Julien fin 1794 et début 1795. A cette date, Clair Massonnet est encore au Loroux ; ce prêtre a une plus grande influence que Denis Guillet et tient ses ouailles en main.

  • Basse-Goulaine
  • Les Bas-Goulainais viennent irrégulièrement à Saint-Julien parce qu’ils ont parfois une possibilité de culte clandestin sur place. Il n’y a pas de prêtre desservant à demeure Basse-Goulaine comme au Loroux, mais des prêtres itinérants, par intermittence. Sinon, on aurait ils iraient plus souvent à Saint-Julien.
    Curieusement, aucun Bas-Goulainais ne vient durant l’année difficile de 1799 se faire baptiser à Saint-Julien ; malgré la répression, il y a un prêtre à Basse-Goulaine, pour lequel nous ne possédons pas de registre clandestin, mais dont la présence est attestée a contrario.
    Le même raisonnement s’applique à Saint-Sébastien-sur-Loire.

  • Saint-Sébastien-sur-Loire
  • La paroisse de Saint-Sébastien a été divisée en deux en 1791. Une moitié de cette paroisse, annexée par Nantes, englobe Pirmil, la Prairie d’Amont, Sèvres, la Gilarderie (23).
    René Lemesle ne connaît pas la région mais note « paroisse de Saint-Sébastien » pour la partie annexée. Les habitants de ces quartiers sont déclarés « de Nantes » dans les actes civils. En fait, lorsqu’on leur demande de quelle paroisse ils sont, ils se déclarent de Saint-Sébastien au prêtre, de Nantes à l’officier municipal, qui rectifie le cas échéant.
    Le même phénomène se retrouve dans le registre clandestin de Haute-Goulaine, lorqu’il s’agit d’actes de Sébastiennais (24). Le baptême signe la naissance dans une paroisse, non dans une commune, dans une communanté religieuse et non civile.
    Dans la nouvelle paroisse de Saint-Jacques, il y a un prêtre assermenté, mais quelques couples ont attendu de trouver plus loin un prêtre insermenté. Pourtant le prêtre constitutionnel baptise beaucoup : 600 baptêmes par an. Ces baptêmes dépassent en permanence les limites de la paroisse, tout en ne couvrant pas la totalité des paroissiens.

  • Venus par la Loire
  • Les baptisés de Mauves sont au nombre de huit, de Thouaré sept, de Carquefou deux, de Sucé un, de Sainte-Luce un, de Rezé trois, de Bouguenais deux, de Chantoceaux un.
    Tout laisse à penser qu’ils venaient par la Loire, et que c’est par les échanges fluviaux que l’on avait connaissance de la présence de René Lemesle, à moins que ce ne soit par les anciennes connaissances faites pendant la Virée de Galerne.
    Ainsi, les deux enfants Bessac sont de Trentemoult. Il est plus facile à leurs parents de sortir par la Loire que par le faubourg Saint-Jacques, bien gardé.
    Les bateaux républicains de la deuxième division stationnent devant la Chebuette, BoireúCourant et la PierreúPercée (25). On sait déjouer la vigilance des canonniers qui surveillent la Loire.
    Rezé a eu épisodiquement le ministère de prêtres clandestins rezéens. Cette présence est attestée malgré l’absence de registre connu. Ainsi, fin 1797 :

    Il est constant par les rapports qui nous ont été faits, que les prêtres Bascher frères exercent encore leurs manoeuvres perfides dans la commune de Rezé, et que le prêtre Métayer agit dans le même sens en celle de Bouguenais. (26)

    Il n’est pas possible de déterminer avec certitude si c’est le prêtre qui s’est déplacé ou les familles. Le travail intense du prêtre ne lui laisse guère le temps de traverser la Loire : il baptise le même jour des non-Concellois et des Concellois, ce qui laisse penser qu’il quitte peu Saint-Julien.

    Les enfants, « venus par la Loire », sont plus âgés que les Concellois : leurs parents ont cherché un prêtre plusieurs mois. On voit ci-contre l’origine des baptisés âgés de plus de trois mois.
    Les 17 Concellois sont nés entre 1792 et août 1794. La majorité de ces baptêmes ne sont pas faits par R.úLemesle, mais par MM. Robin et Massonnnet, puis retranscrits au début du registre clandestin, avant le 07.10.1794.
    Les retranscriptions faussent généralement les statistiques.
    Elles ont été gardées dans cet ouvrage, car le registre de M. Robin a été brûlé en août 1794 et celui-ci n’a pas pu reconstituer tous les baptêmes des enfants nés hors La Chapelle-Basse-Mer, en particulier ceux des baptisés concellois. Les deux Concellois du registre de La Chapelle ne sont pas dans celui de Saint-Julien ; ce sont Julien Bouhier de Saint-Barthélémy et Pierre Moreau de la Chebuette.

  • Nombre de naissances par an
  • Pour le XVIIIème siècle, on peut évaluer le taux annuel de natalité avec la date de baptême des enfants, peu différente de la date de naissance. En période clandestine, l’âge des enfants est variable et il faut calculer la date de naissance par soustraction de l’âge annoncé par les parents le jour du baptême.
    La date de naissance est portée sur la courbe ci-contre, pour tous les baptisés, Concellois ou non.

    La moyenne concelloise prérévolutionnaire, représentée par un trait horizontal en pointillés, est dépassée en 1795, 1798 et 1800.
    Cette moyenne élevée est partiellement due aux non-Concellois.
    Seul le taux de natalité des Concellois est comparable. Ceux-ci sont au nombre de 911, dont il faut retrancher les 17 enfants retranscrits avant René Lemesle, dans le registre. On obtient 894 naissances concelloises sur 8 ans et 2 mois, soit en moyenne 109 par an. La moyenne prérévolutionnaire était de 119 enfants : on constate que le taux de natalité s’est presque maintenu pendant la guerre civile.
    Cette moyenne élevée peut être partiellement due à un abaissement de l’âge au mariage, ce qui sera étudié sur le Loroux (étude en cours).
    On peut obtenir un ordre de grandeur de la population survivante. Pour 3 165 Concellois avant la Révolution, on a (3 165 x 109) / 119 = 2 899 survivants.
    Ce chiffre est très approximatif, car d’autres facteurs ont pu avoir une influence. Ceux-ci nous sont inconnus en l’absence de reconstitution des familles concelloises.

    Les enfants et les vieillards ont généralement été massacrés en plus grand nombre que les femmes et les hommes en âge de procréer, ainsi au Loroux (27). Il n’en est rien à Saint-Julien, où les hommes de 20 à 50 ans sont très représentés dans les décès déclarés (voir p.80).
    L’évaluation du nombre des survivants, donnée ci-avant, n’a qu’une valeur indicative, toutefois, elle infirme la tradition orale racontée à l’abbé Petard en 1892 (11), selon laquelle la moitié de la population avait été massacrée.
    Elle permet cependant d’affirmer qu’une partie seulement des décès par mort violente a été déclarée à l’état civil. En effet, si on ajoute au chiffre théorique de survivants, le chiffre des décès déclarés (voir p.80), on n’atteint pas les 3 165 Concellois d’avant 1789. La sous-déclaration des décès serait de l’ordre de 50 % de ceux-ci.
    Les courbes ci-contre donnent le nombre annuel de naissances à Saint-Julien comparé au flux des non-Concellois.

    Le taux de natalité est faible en 1795, et fin 1794. L’année 1794 est dure : les colonnes infernales sont au Loroux à partir du 8 mars.
    Dès 1796, la moyenne annuelle prérévolutionnaire, figurée ci-contre par un trait horizontal, soit 119 enfants, est presque maintenue. Les non-Concellois viennent surout de 1794 à 1796. Puis, ils ne fréquentent plus René Lemesle avec autant d’assiduité, alors qu’ils connaissent certainement une remontée du taux de natalité, comme à Saint-Julien-de-Concelles.
    L’année 1796 correspond à la pacification. Le « baby-boom » commence en novembre 1795. Le traité de la Jaunaye a été signé le 26.02.1795 et l’espoir que la paix fait naître est sensible neuf mois après.
    De novembre 1795 à fin 1796, la vie prend sa revanche sur la mort. dans la décennie qui précède la Révolution, il y a en moyenne 11,6 naissances en novembre pour un écart-type de 2,2. En novembre 1795, il y a 12 enfants pour un nombre d’habitants supposé très inférieur.
    En 1796, sur 176 baptisés, il y a 45 non-Concellois, ce qui ramène
    les Concellois à 131. Ce chiffre
    reste considérable et est assimi-
    lable à un « baby-boom ».

    La répartition indique une pointe au printemps, qui correspond
    à un été de paix neuf mois plus tôt.
    Le mois de mai est comparable à ceux de 1801 et 1802, mais plus
    accentué qu’en 1800.
    Le taux inférieur de la conception en mai 1800 correspond à la période de persécution maximale en 1799, déduction faite des variations saisonnières normales (voir p.27).

    En période de paix, le rythme de la conception est lié aux saisons et aux travaux des champs.
    Les historiens-démographes observent le même profil saisonnier en France au XVIIIème siècle.
    On note une particularité concelloise liée au type de culture : chanvre et vigne. Le travail y est maximal en septembre.

  • Enfant de l’impossible
  • Mathurin Beranger, fils de Mathurin et de Marie Vivant, est baptisé par René Lemesle le 09.04.1795 en présence des parents, de Marie Beranger sa tante et marraine et de Gilles Vivant. Rien n’est plus banal, puisque 1095 baptêmes ressemblent à celui-ci. Cependant, ce baptême n’est pas tout à fait comme les autres, car l’enfant revient de très loin.
    Il est né le 07.03.1794 dans les prisons de Nantes et son baptême atteste de la vitalité de toute sa famille, car les parents sont présents.
    Le cas des parents de Mathurin n’est pas rare ; l’abbé Petard cite six
    Concellois emprisonnés ayant échappé à la mort : « Pierre Ripot 37 ans et sa femme née Marie Redureau 33 ans, femme Joubert née Thomas 48 ans, Renote Coutant 23 ans, femme Bizière née Guichard, femme Trébuchet née Perrine Litou » (11).
    Marie Vivant ne figure pas dans cette liste et est donc à y ajouter.
    Mathurin Beranger est un enfant de l’impossible, c’est-à-dire un de ceux que l’on ne s’attend pas à trouver.
    Pendant la guerre civile, la vie a été plus forte qu’on le raconte souvent.

  • Prénoms
  • Les prénoms des baptisés suivent-ils une éventuelle influence ? La totalité des 1 095 enfants est analysée ci-après, ce qui représente 1 234 prénoms, compte-tenu des doubles prénoms. Les non-Concellois ont été conservés, et comparés avec les prénoms des époux et épouses des 1 192 mariages de 1753 à 1802 de Saint-Julien-de-Concelles, dont nous disposons grâce aux tables du C.G.O.
    Les prénoms donnés aux baptisés clandestins sont exempts de prénoms révolutionnaires, comme de prénoms royalistes : il n’y a aucune évolution significative.
    Rose, vierge sainte honorée dans la région, est un prénom relativement fréquent avant la Révolution et pendant la guerre civile à Saint-Julien.
    Barthélémy est absent à toute les époques de l’histoire de Saint-Julien-de-Concelles, ce quiest surprenant, s’agissant du saint local le plus estimé. Enfin, les Brice sont en baisse pendant la Révolution, alors que le prénom de ce saint évêque de Tours figure au « Rituale Nannetense » de 1776 et se donne encore de nos jours.
    A la mode : Armand, Victoire, Félicité, Joséphine … , mais passés de mode : Catherine, Maurice, Antoine, Nicolas…

      PRENOMS CONCELLOIS
      nombre d’occurrences par ordre alphabétique

    FEMMES baptêmes clandestins mariages 1753-1802 HOMMES baptêmes clandestins mariages 1753-1802
    (je n’ai pas pu remettre en format WIKI mon tableau, aussi vous avez deux colonnes, les filles à gauche, les garçons à droite, et les chiffres indique FEMMES baptêmes clandestins mariages 1753-1802 HOMMES baptêmes clandestins mariages 1753-1802

    TOTAL 611 611×100 (1126) 623 623×100 (1184)
    1126 1184

    Adéla‹de 2 0,5 (1) Aimé 3 –
    Adèle 1 – Alain – 1 (2)
    Agathe – 1,0 (2) Alexandre – 3,6 (7)
    Agnès – 1,0 (2) Alexis 1 1,0 (2)
    Aimée 1 – Amant 1 –
    Andrée – 0,5 (1) André 4 4,8 (9)
    Angélique 2 0,5 (1) Antoine 2 10,6 (20)
    Anne 34 31,5 (58) Armand 4 –
    Antoinette 1 – Auguste 2 –
    Augustine – – Augustin 2 2,1 (4)
    Catherine 1 6,5 (12) Barthélémy – 1,5 (3)
    Cécile – 1,6 (3) Bennjamin 1 –
    Céleste – – Bertrand – 1 (2)
    Charlotte – 0,5 (1) Brice 1 3,1 (6)
    Claire 1 – Charles 4 4,8 (9)
    Claude 1 – Christophe – 2,1 (4)
    Claudine – 1,0 (2) Clément – 1,5 (3)
    Constance – 2,2 (4) Cyprien 1 –
    Denis 1 – Daniel – 1 (2)
    Elisabeth 6 3,2 (6) David – 0,5 (1)
    Emerance 1 – Denis 1 –
    Emilie – 0,5 (1) Donatien 1 0,5 (1)
    Félicité 4 – Elie 1 0,5 (1)
    Fidèle 2 0,5 (1) Emmanuel – –
    Françoise 35 24,4 (45) Etienne 1 4,8 (9)
    Gabrielle 1 1,6 (3) Eutrope – –
    Geneviève – 6,5 (12) Félix 2 0,5 (1)
    Hélène 1 – François 60 52,6 (100)
    Henriette 1 0,5 (1) Frédéric 1 –
    Honorée 2 1 (2) Gabriel 6 3,1 (6)
    Isabelle – 1,0 (2) Gatien 1 –
    Jacquette – 2,7 (5) Georges 1 0,5 (1)
    Jacquine – – Gervais – 2,1 (4)
    Jeanne 138 95,5 (176) Gratien – 2 1 (4)
    Joséphine 3 – Guillaume 10 15,2 (29)
    Julie 1 0,5 (1) Henri 1 0,5 (1)
    Julienne 46 41,8 (77) Hervé – 0,5 (1)
    Laurence 2 3,8 (7) Hilarion 3 2,1 (4)
    Louise 14 13,6 (25) Honoré – –
    Luce – 0,5 (1) Jacques 23 31,5 (60)
    Lucrèce – 0,5 (1) Jean 114 97,3 (185)
    Magdeleine 25 15,2 (28) Jean-Baptiste 8 –
    Marguerite 8 22,2 (41) Jér“me 4 1,0 (2)
    Marie 163 164,4 (303) Joseph 19 21,2 (40)
    Mathurine 3 8,7 (16) Jude – 0,5 (1)
    Ménanie 3 – Jules – 0,5 (1)
    Michelle 4 18,4 (34) Julien 75 53,1 (101)
    Modeste 2 0,5 (1) Laurent 5 9,5 (18)
    Nicole – 0,5 (1) Leger 1 –
    Olive 1 2,2 (4) Louis 24 20,5 (39)
    Pauline 1 – Luc 3 3,6 (7)
    Pélagie 1 – Mathieu – 1 (2)
    Perrine 60 78,7 (145) Mathurin 20 32,1 (61)
    Radegonde – 0,5 (1) Martin – 2,1 (4)
    Renée 16 47,2 (87) Maurice 2 5,8 (11)
    Rosalie 4 Michel 16 29,4 (56)
    Rose 7 3,2 (6) Nicolas 1 4,8 (9)
    Sébastienne – – Noel 1 0,5 (1)
    Sophie 1 – Paul 4 1,0 (2)
    Thérèse 3 3,2 (6) Philippe 1 0,5 (1)
    Victoire 5 – Pierre 137 119,4 (227)
    Rémy 1 –
    René 45 54,2 (103)
    Samuel 1 0,5 (1)
    Sébastien – 1,5 (3)
    Sévère 1 –
    Simon – 0,5 (1)
    Sylvestre – –
    Thomas – 3,6 (7)
    Toussaint 1 1,5 (3)
    Vincent – 0,5 (1)
    Yves 1 0,5 (1)

    4 réponses sur “Mémoire d’Avent, l’oeuvre clandestine d’un Angevin à Saint-Julien-de-Concelles 1794-1802 : René Lemesle – chapitre 4

    1. Madame,
      Je viens d’engager des recherches généalogiques sur ma Famille dont une Branche est originaire de Le Loroux-Bottereau et j’ai la chance de trouver votre site.
      Les Familles Cotoleau et Terrien se croisent par mariage le 31/07/1758, comme vous l’indiquez mais aussi dans la suite entre une fille d’Antoine Cotoleau ,Marie et Gabriel « junior  » Terrien.
      J’aimerais entrer en contact constructif avec vous pour echanger nos recherches .
      Dans l’attente de votre aimable réponse. mes respectueuses salutations
      Jean-François Terrien

        Note d’Odile :
        Désolée, mais sur les COTOLEAU je n’ai rien de plus à dire que ce qui est sur mon site !
        Si vous avez un élément constructif supplémentaire à m’apporter, merci de le mettre ici.
    2. Madame:
      Voici mes recherches :
      Gabriel J-B Terrien s’est marié avec Marie Cotolo le 31/07/1758 et le jour de leur mariage ils ont reconnus leur fils Gabriel Terrien né le 02/04/1758 et de nombreux enfants comme vous le notez.
      Ce Gabriel Terrien Tailleur ,s’est marié avec une cousine Marie Cotoleau née le 05/09/1769, fille de Louis Cotoleau et Anne Ringeot.Ils ont eu un fils , que vous signalez, Louis-François Terrien né le 27/08/1792, décédé à Nantes le 10/09/1854 et marié à Angers le 16/02/1825 avec Rosalie Baize dite Bourbon, née à Montrelais le 27/03/1797.
      Ils ont eu une fille Eugénie Rosalie Terrien née à Angers le 12/01/1826 qui a eu un fils naturel Auguste Terrien né à Angers le 30/10/1844 qui est mon arrière grand-père.
      Il est aussi dit que ce dernier Gabriel , tailleur d’habit , est mort dans les armées vendéennes.
      Je n’ai pas trouvé d’informations sur Louis-François Terrien car n’ai pas l’année 1792 de Le Loroux-Bottereau.
      A votre disposition si ceci vous intéresse.

        Note d’Odile :
        Merci.
        Pour Gabriel Terrien, lisez d’abord mon ouvrage en ligne AUX SOURCES CITOYENS guide des recherches pendant les guerres de Vendée
        Et voyez Nantes où il s’était réfugié
    3. Chère Madame,
      Merci pour votre aimable et prompte réponse. Votre livre est passionnant et j’admire votre travail, tout en partageant vos sentiments quant aux tragédies de l’Histoire.
      Grâce à vos données, j’ai pu éclaircir la mention « pensionnée de l’Etat », dans l’acte de décès de Marie Cotoleau, veuve de Gabriel (junior), morte à Nantes le28/01/1811.
      Concernant les Terrien je n’arrive pas à remonter au-delà du Père de Gabriel (senior) : Pierre Terrien, Tailleur , mort à 85 ans au Loroux-Bottereau, le 23/04/1770, époux de Marie Guerif, morte à 36 ans le 26/09/1743 . quelles pistes me conseillez-vous pour retrouver leurs naissances et mariage ?
      J’ai aussi l’intention de me rendre au Loroux-Bottereau, fin Août /début Septembre.
      Respectueuses salutations

        Note d’Odile :
        Il n’existe aucune archive au Loroux-Bottereau, tout est aux Archives Départementales de Loire-Atlantique. Avez-vous regardé en ligne le registre clandestin, je l’avais dépouillé autrefois, et je m’aperçois que j’ai oublié de le mettre en ligne. Je tenterai cet été d’y rémédier.
        Ceci dit au Loroux-Bottereau la plupart des ascendances sont perdues dans l’absence de registre pendant une longue période, ainsi, même mon propre patronyme, qui est issu du Loroux-Bottereau, est impossible à remonter.

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