Où trouver les chartriers, et autres documents avant 1600

  • On me pose la question suivante :
  • Bonjour, je m’intéresse à ma propre généalogie, et découvre votre site …
    Quel travail celà à du représenter … ceux qui pillent votre site ne partiront pas avec dans leur tombe, par contre vous aurez certainement apporté beaucoup à ceux dont les familles y figurent … même s’ils ne vous le disent pas … c’est un bon « reconstucturant !!! » dans notre époque actuelle …
    Quant à moi, ma famille est de Haute-Loire et je recherche des infos vers 1400/1500/1600 voire avant, pour poursuivre un travail commencé dans ma famille …
    J’ai vu que vous ne répondiez pas aux mails, mais peut-être aurez-vous la gentillesse de m’aider …
    Sauriez-vous s’il existe pour le Velay l’équivalent des preuves de Dom Morice pour la Bretagne ???
    Auriez-vous des conseils à me donner sur par quoi commencer pour trouver notaires, chartriers et autres cartulaires ???
    Je ne me formaliserai pas d’une non réponse, et vous renouvelle mes félicitations.

    Bonne journée. P.C…

  • Réponse :
  • Je suis totalement incompétente en Velay, par contre voici comment vous y prendre.
    Les documents que vous recherchez sont inventoriés aux Archives Départementales concernées, enfin ceux qui existent… Tout ne nous est pas parvenu, hélas ! La Bretagne était structurée car Anne de Bretagne veillait à ses archives…
    Les Archives Départementales pertinentes ne possèdent généralement pas tout car au fil de l’histoire des donations des fonds etc… certains sont détenus par les Archives Municipales de grandes villes (c’est le cas au moins à Nantes et Angers que je connais, c’est pourquoi je cite ce phénomène). Mieux, certains sont carrément aux Archives Nationales. Mais toutes ces différentes archives étant inventoriés, si vous vous rendez dans le département pertinent aux Archives Départementales on vous guidera.
    Enfin beaucoup de ces fonds sont encore privés, et il faut connaître les personnes privées…
    Vous devez impérativement prévoir de vous rendre aux Archives Départementales concernées pour prendre connaissance de l’état des fonds à travers leurs inventaires, à moins que les inventaires numérisés ne soient déjà en ligne. Certains départements l’ont déjà fait et le meilleur site sur ce point dans ma zone géographique est celui de la Sarthe en ligne.
    J’insiste sur la Sarthe. Visitez ses inventaires en ligne, car ils sont très bien faits. Enfin, à mon avis, ce sont les mieux faits… Allez les voir pour comprendre comment fonctionnent les fonds.
    Ce faisant d’ailleurs vous décrouvrirez que l’Anjou a des archives en Sarthe, par le biais par exemple d’abbayes dont le siège était en Sarthe, etc… C’est à ce titre d’ailleurs que j’ai beaucoup pratiquée la Sarthe…
    Vous devez également lire en ligne le GUIDE DES RECHERCHES SUR L’HISTOIRE DES FAMILLES de Gildas Bernard. C’est l’ouvrage indispensable aux recherches, que tout généalogiste devrait avoir lu et posséder avant de commencer les recherches. Cet ouvrage répond avec détails à toutes les questions que vous vous posez.
    Et surtout vous devez impérativement apprendre à fonds la paléographie, durant plusieurs années. Comptez pour cette période 4 années de cour intensive et d’exercices avant de maîtriser les documents. Pratiquement, comptez le même effort que pour apprendre une langue (autre que la langue anglaise par trop facile). Mon site donne beaucoup d’exercices pour entraînement, et à ce titre il est connu des étudiants…

    Bon courage. Odile Halbert

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Saint Louis, évêque de Toulouse au 13e siècle, honoré le 19 août

    dit « saint Louis d’Anjou »

    La famille d’Anjou a régné si loin, qu’elle n’a parfois plus rien à voir avec l’Anjou que par son nom. Voici un saint au nom Angevin, méconnu en Anjou.

    Louis, né à Brignoles, en Provence, l’an 1274, eut pour père Charles, prince de Salerne, qui fut roi de Naples, et pour mère Marie, fille d’Etienne V, roi de Hongrie. (Ce Charles est Charles II le Boiteux (1248-1309), fils aîné de Charles 1er comte d’Anjou, du Maine, de Provence et de Forcalquier, et de sa 1ère épouse Béatrice, comtesse de Provence et de Forcalquier. Charles le Boiteux était donc beau-frère de Raimon Bérenger, comte de Provence, père de Marguerite, Eléonore, Sancie et Béatrice, ces demoiselles de Provence, objet de l’ouvrage de Patrick de Carolis, paru chez Plon en 2003, qui faute de postérité mâle eut pour héritier son neveu Robert, fils de Charles Le Boiteux, né 4 ans après saint Louis d’Anjou dont est question aujourd’hui. Charles Le Boiteux fut roi de Naples, de Jérusalem, de Sicile, prince de Tarente, comte d’Anjou et du Maine, comte de Provence.)

    Il était ainsi petit-neveu de saint Louis, roi de France, et neveu de sainte Elisabeth de Hongrie. (Il est aussi frère cadet de Charles Martel, de Marguerite comtesse d’Anjou qui épousa Charles de France et firent les Valois, et enfin de Robert qui succèdera à son oncle Raimon Bérenger)

    Le jeune Louis parut s’inspirer de la piété de ces deux grands modèles, et son enfance s’écoula dans les pratiques de la pénitence, qui, proportionnées à son âge, fortifiaient son corps et son âme. (l’abbé Pétin ajoute « son plus grand plaisir était d’entendre les serviteurs de Dieu discourir sur des matières de piété, et ses récréations les plus agréables, de visiter les églises et les monastères. Dès l’âge de 7 ans, il pratiquait de grandes austérités et couchait souvent sur une natte »)

    Il avait à peine 14 ans, lorsqu’il fut donné en otage avec 2 de ses frères, pour racheter la liberté de son père, que le roi d’Aragon avait fait prisonnier. (en fait, il avait 10 ans seulement seulement lorsque son père fut fait prisonnier et c’est 4 ans plus tard que la libération de son père se fit en échange de ses fils)

    Il resta 7 ans captif à Barcelone, sans jamais entendre aucune plainte, soumis en toutes choses à la volonté de Dieu. Il jeûnait plusieurs fois la semaine, il priait, il visitait les malades dans les hôpitaux, et le reste de son temps, il le consacrait à l’étude et principalement à la méditation des saintes Ecritures. (l’abbé Pétin précise « il avait pour prison la ville de Barcelone, il allait souvent visiter les malades dans les hôpitaux » et ajoute « Ayant été atteint d’une maladie dangereuse, il fit vœu, s’il en revenait, de se consacer à Dieu dans l’ordre de Saint-François, et après sa guérison se mit en devoir d’accomplir sa promesse. »)

    Rendu à la liberté, il prit l’habit de Saint-François ou des Frères mineurs, et peu après, bien qu’il ne fût âgé que de 22 ans, son mérité et ses vertus le firent nommer à l’évêché de Toulouse par le pape Boniface VIII, qui voulut lui-même le sacrer. (« Son frère Charles, qui s’était fait couronner roi de Sicile en 1289, conclut en 1294 un traité avec son compétiteur, Jacques II, roi d’Aragon, et les deux cours voulurent marier avec la princesse de Majorque, sœur de Jacques, le jeune Louis, devenu libre par ce traité. Charles lui promettait le royaume de Naples, qu’il avait déjà reconquis en partie, et dont Louis était devenu l’héritier préseomptif depuis que son frère aîné occupait le trône de Hongrie. Louis, loin d’être tenté par cette offre brillange d’une cousonne, persévéra dans la résolution où il était de se consacrer à Dieu et céda tous ses droits à son frère Robert. Sa famille s’étant opposée à son entrée chez les Frères Mineurs, consentit toutefois à ce qu’il entrât dans l’état ecclésiastique. »)

    Son premier soin, en arrivant dans son diocèse, fut de pourvoir aux besoins des malheureux, en réglant la dépense de sa maison de manière que la plus grande partie de ses revenus fût employée pour la subsistance des pauvres. Selon l’abbé Pétin : « Le pape saint Célestin le nomma archevêque de Lyon, quoiqu’il n’eût que 20 ans ; mais comme il n’avait pas encore reçu la tonsure, il réussit à faire échouer cette nomination. Ordonné prêtre à 22 ans, en vertu d’une dispense de Boniface XIII, ce pape le nomma à l’évêché de Toulouse, avec ordre exprès d’acquiesser à sa nomination. S’étant rendu à Rome il y fit profession chez les Frères Mineurs du couvent d’Ara-Coeli la veille de Noël 1296, afin d’exécuter l’engagement qu’il avait pris à Barcelone. Il fut sacré évêque par le pape lui-même au mois de février suivant, et pour ne pas choquer le roi son père, il lui ordonna de porter par-dessus l’habit de Franscican, l’habit ordinaire ecclésiastique mais le jour de la sainte Agathe, Louis se rendi du Capitole à l’église Saint-Pierre, où il devait prêcher, les pieds nus set avec la ceinture de corde. Il se mit ensuite en route pour aller en procession de son église, et, étant arrivé à Sienne, il logea chez les Frères Mineurs, et voulit être traité sans aucune distinction, jusqu’à laver la vaisselle avec les religieux après le dîner. A Florence, il refusa de coucher dans une chambre qu’on avait meublée pour le recevoir. Il fit son entrée à Toulouse sous l’habit de pauvre de son ordre ; mais il fut reçu avec la vénération due à un saint, et la magnificence due à un prince. »

    Après avoir visité son diocèse, faisant partout bénir son nom par sa douceur, sa piété et sa charité, évangélique, il s’était rendu à Brignoles pour y régler quelques affaires, lorsqu’il mourut n’étant par encore âgé de 24 ans.

    Il fut inhumé chez les Franciscains de Marseille, et le pape Jean XXII le canonisa en 1317.

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    Charettes et voitures à cheval en Mayenne, cartes postales


    Ambrières – Le Buret


    Changé – Château-Gontier


    l’Huisserie


    Craon


    Gorron – Laval


    Laval


    Laval


    Laval


    Laval


    Mayenne – Meslay


    Pré-en-Pail – Saulges


    La Selle-Craonnaise


    Senonnes – Saint-Charles


    Saint-Cyr-en-Pail – Saint-Denis-d’Anjou


    Saint-Fort – Villaines-la-Juhel


    Saint-Denis-de-Gastines – Villiers-Charlemagne

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    Vente de l’hôtellerie de St Nicolas, Angers, 1577

    située faubourg saint-Jacques, par Jean Allain

    En cette période de vacances, voici une hôtellerie, avec écuries pour loger vos chevaux.

      Il s’agit d’une vente, et le prix est élevé. Il voisine celui d’une seigneurie, d’autant que nous sommes en 1577. L’inflation, en cours, n’est pas encore terminée, et 50 ans plus tard, le prix aurait été plus élevé.

      Elle a des dépendances, car une hôtellerie doit loger les chevaux, etc…

      Elle figurait déjà sur ma page des hôtelleries, et j’avais alors noté que Péan de la Tuillerie y signalait l’existence d’un jeu de paume. C’était donc manifestement une grosse hôtellerie.

    Cet acte notarié est extrait des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E7. Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 8 mars 1577 en la cour du roi notre sire Angers et de monseigneur fils de France et frère unicque du roy duc d’Anjou endroit personnellement establis
    honorable homme Me Jehan Allain lieutenant général de monsieur le sénéchal de Beaumont au siège de Château-Gontier demeurant audit lieu de Château-Gontier confesse avoir vendu quitté cédé délaissé et transporté, et par ces présentes vend quitte cède délaisse et transporte perpétuellement par héritage
    à honneste personne Mathurin Nepveu sieur du Boysaubin et Sébastienne Mahers sa femme, demeurant aux fauxbourgs St Jacques de ceste ville d’Angers à ce présents stipulant et acceptant et lesquels ont acheté et acheptent par ces présentes pour eulx leurs hoirs etc
    les maisons cours jardins appartenantes et dépendances situées aux fauxbourgs St Jacques en ceste ville d’Angers où pend pour enseigne l’imaige de St Nicollas en ce compris une petite maison et jardin appellée la Basnyère ? le tout joignant d’ung costé aux étables (souvenez-vous, autrefois étables était le terme pour écuries, et je pense qu’ici ce sont des écuries) grange et jardin dépendant de la maison où pend pour enseigne l’image de St Julien qui est de l’aultre costé de la rue (au passage on apprend grâce à ce bornage que l’hôtellerie de St Julien faisait face à l’hôtellerie de St Nicolas) et aux jardins de la maison de la Potance, d’autre costé la maison et jardin de deffunt Jan Marays d’autre bout à la rue de Chedeville ? tendant du portail à l’abbaye de Sainct Nicolas d’autre bout à la grand’rue dudit faubourg St Jacques
    Item, 4 arpends de terre situés auprès de la petite rivière en loyau dedans le Ponceau, 3 desquels arpends sont advenus audit Allain de la succession de ses défunts père et mère et l’aultre ledit Allain acquis de Guillaume de la Perdrix et (blanc) Marionneau sa femme
    Item, une pièce de terre labourable situés ès Dousset ? contenant 3 journaux de terre ou environ joignant d’ung costé à une pièce de terre dépendant de la seigneurie de la Lande, d’aultre costé et d’ung bout le boys et fardes des Doussets dépendant de l’abbaye de St Nicolas d’autre bout le chemin tendant de Belle-Beille à la mestairie de Collombière
    tout ainsi que lesdites maisons jardins bois arpends de pré et pièce de terre sont demeurés audit Allain en partage des biens de ses défunts père et mère et que ledit Allain a acheté l’aultre arpend de terre dudit de la Perdrix et sa femme sans aucune chose en retenir ni résver
    tenues chacunes maisons jardins pièce de terre des fiefs de l’abbaye et cellerye de St Nicolas les Angers et lesdits prés du prieuré l’Esvière les Angers, aux cens et charges anciens et accoustumés, quelles parties ont déclaré ne scavoir et à la charge des acheteurs de payer lesdits cens et debvoirs et toutes autres rentes et charges dues pour raison desdites choses tant denier et seigneurie des fiefs que aultres
    et oultre de payer lesdits acheteurs 10 livres de rente à Claude Laran dues pour raison des ladite maison comme rente hypothéquaire franche et quicte d’arréraiges du passé
    transportant etc et est faite la présente vendition pour le prix et somme de 7 000 livres sur laquelle somme ledit Nepveu et sa femme de sondit mari par devant nous autorisée quant à l’effet et contenu des présentes, eulx et chacun d’eulx seul et pour le tout sans divition de personne ni de biens ont promis payer audit vendeur la somme de 1 000 livres dedans le jour et feste de Pasques prochainement venant et le reste montant 6 000 livres dedans le jour et feste de Toussaint prochainement venant etc…
    fait et passé ès présence de Mathurin Viredoux sr de Champyère et Mathurin Théard tesmoings …

    Demain, je vous emmêne pour 3 jours consécutifs, dans des histoires de roues, alors vous pouvez déjà songer à tout ce qui a une roue, histoire de voir si vous devinez les sujets sui viennent.

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    Dispense d’affinité, La Selle-Craonnaise, 1734 entre Jean Ferron de Fontaine-Couverte, et Jeanne Guion de La Selle-Craonnaise

    Merci à celles qui ont tenté de retrouver le mariage de la précédente dispense.
    Même si le mariage est encore un mystère, il est certain qu’ils se sont surement mariés quelque part, car c’était une dispense avec bulle de Rome, donc avec des frais, et on voit mal des frais en vain.

    La dispense suivant est extraite des Archives Départementales du Maine-et-Loire, série G. – Voici la retranscription intégrale de l’acte : Le 4 septembre 1734 en vertu de la commission à nous adressée par Monsieur l’abbé Legouvello vicaire général de monseigneur l’évêque d’Angers en datte du 14 de ce mois d’août 1734 signée R. Legouvello pour informer de l’empêchement qui se trouve au mariage qu’ont dessein de contracter
    Jean Ferron de la paroisse de Fontaine Couverte
    et Jeanne Guion de la paroisse de La Selle Cranoise,
    des raisons qu’ils ont de demander dispense dudit empêchement
    de l’âge desdites parties,
    du bien précisément qu’elles peuvent avoir,

    ont comparu devant nous commissaire soussigné lesdites parties scavoir ledit
    Jean Ferron âgé de trante huit ans et ladite Jeanne Guion âgée de 45 ans, Michel Boisseau, Radegonde Lepron, Renée Guion mère dudit Jean Ferron, Mathurin Ferron, François Ferron leurs parents, qui ont dit bien connoistre lesdites parties

    et serment pris séparément des uns et des autres, de nous déclarer la vérité sur les faits et éclaircissements qu’ils nous ont donné nous avons trouvé qu’il y a entre lesdites parties un empeschement d’affinité du troisième degré au troisième

    et à l’égard des raisons qu’ils ont pour demander la dispense dudit empeschement, ils nous ont déclaré s’estre mis en promesse de mariage et mesme avoir publier une fois leurs bans de mariage sans avoir connaissance dudit empêchement,

    la segonde raison qu’ils se conviennent parfairement à cause de leur âge, et comme ils n’ont aucun fond et que tout leur bien ne consiste qu’en meubles et marchandises, ne peut aller qu’à environ 550 livres, ledit Jean Ferron n’ayant que 200 livres et ladite Jeanne Guion 350 livres ils se trouvent hors d’état d’envoyer en cour de Rome pour obtenir la dispense dudit empêchement ce qui nous a été certifié par lesdits témoins cy-dessus dénommez qui ont dit ne signer de ce enquis,
    fait à Ballots lesdits jour et an que dessus. Signé Delorme curé de Ballots

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    saint Lézin, évêque d’Angers au 6e siècle, honoré le 13 février bien que décédé le 1er novembre 608

    Merci à Philippe de nous avoir initiés aux débuts de l’ardoise en Anjou, plus tardifs que saint Lézin. Ce billet était préparé car j’avais attendu la date de sainte Radegonde, hier, pour le faire suivre, tant il est lié dans le temps, à travers le roi CLotaire 1er, dont voici aujourd’hui un autre proche : saint Lézin.

  • Lézin, comme hier Radegonde, vient jetter une lumière sur cette période des mérovingiens, que les Britanniques ont surnommée « the dark ages », les temps obscurs. Alors ne nous privons pas de ces lumières dans l’obscurité.
  • D’autant que j’ai sur l’histoire des Mérovingiens de curieuses notions, surtout remplies d’images de mon enfance. Il sévissait alors un album en couleur, du type des images d’Epinal. Ces rois, dits fainéants, y étaient réprésentés allongés sur des chariots. Nous étions censés comprendre que c’était à peu près tout ce qu’ils savaient faire… et l’enfant que j’étais avait pris cela au premier degré.
  • Donc aujourd’hui nous abordons une seconde lumière dans ces temps obscurs : saint Lézin.
  • Lézin est un saint Angevin, et à ce titre il était un des saints incontournables de tout bon curé d’Anjou. J’en veux pour preuve ce que j’ai pu observer à Saint-Aubin-du-Pavoil, où j’avais analysé les saints utilisés par monsieur le curé : il avait la manie de donner le nom du saint au lieu de donner la date dans ses actes du registre paroissial, et il m’avait fallu retrouver alors tous ces saints pour leur date. Beaucoup de ces saints ne figuraient pas encore sur le site de Nominis, et je les leur avais indiqués.
    Le dictionnaire de Beleze le donne honoré selon certains le 13 février et selon d’autres le 1er novembre. En fait, Lézin est bien décédé un 1er novembre, et devrait à ce titre être honoré ce jour là, mais le 13 février 1169 eut lieu la translation de ses reliques, et les Angevins conservèrent alors cette date.
    C’est bien en effet le 13 février qui est donné par les calendriers de l’Abbaye de Saint-Aubin (étude publiée par J.M. Matz, Le Calendrier et le culte des saints : l’abbaye Saint-Aubin d’Angers, XIIe – début XVIe siècles, Revue Mabillon, 1996)
    C’est bien le 13 février que monsieur le curé de Saint-Aubin-du-Pavoil honorait saint Lézin.
    Il faut se fier à ces 2 sources, et conclure que Lézin était bien honoré le 13 février en Anjou, par suite d’une coutume qui avait oublié la date de son décès.

    SAINT LEZIN (selon Jacques Levron, Les Saint du pays Angevin, et abbé Pétin, Dictionnaire hagiographique ou vie des saints et bienheureux, publié par l’abbé Migne)
    La procession du Saint-Sacrement, communément appelée, à Angers, le procession du Sacre, ne revêt plus dans cette ville la splendeur d’autrefois. Elle n’attire plus, de toute la France, des « cousins du Sacre » qui venaient assister chez leurs parents angevins à la cérémonie et à la grande foire qui l’accompagnait. Elle dure aussi moins longtemps : l’on a sagement réduit à trois heures les dix ou douze heures qu’elle exigeait. (le « jour du sacre » était l’une des expressions utilisées par Mr le curé de St Aubin-du-Pavoil. J’observe ici que cette fête était accompagnée d’une foire, et qu’on y venait de toute la France !)
    Le cortège a perdu les représentants de ces innombrables corporations de métiers qui escortaient le dais, précédés de leurs lourdes et riches bannières. L’une des dernières à disparaître fut peut-être celle des « perrayeurs », les extracteurs d’ardoises, ces fameuses ardoises angevines chantées par du Bellay.
    Longtemps les perrayeurs vinrent au Sacre. Et leur bannière, au XIXe siècle, représentait sans doute, mitre sur la tête et crosse à la main, un saint évêque d’Angers, leur patron, successeur direct de saint Aubin, qui, en dépit des temps révolus, de l’indifférence des ouvriers et des idées nouvelles, une certaine popularité parmi les rudes travailleurs « d’à-haut et d’à-bas ».
    Pour quel motif Lézin devint-il le patron des perrayeurs ? Il est bien difficile de le savoir. Des légendes prétendent que l’évêque, dépourvu de biens, aurait possédé et mis en exploitation une des premières carrières d’ardoises. On dit même qu’il sauva la vie à un groupe d’ouvriers en écartant de sa crosse épiscopale une masse de pierre qui s’était détachée. C’est peu vraisemblable. (Voyez la remarque de Philippe pour dater l’ardoise plus tard que Lézin. Je ne doute pas un seul instant qu’à temps obscurs, histoire obscure et souvent encombrée de légendes, d’autant qu’en Anjou on a fait fort en légendes avec saint René !)
    Pour la même raison, on repoussera l’hypothèse suivant laquelle Lézin ayant été, durant sa vie, un grand bâtisseur, mérita le choix d’un corps de métier si étroitement lié aux maçons et charpentiers.
    D’après un document du XVIe siècle, « Lézin laissa parmi les perrayeurs une mémoire bénie. Ceux-ci lui élevèrent donc une chapelle à l’endroit où il fendit lui-même la première ardoise. »
    On voit que les hypothèses ne manquent pas. Laissons aux érudits le soin de les examiner ; un fait est établi : la chapelle, « oeuvre de piété des carriers », existait au XVIe. Elle se dressait sous les ombrages du bois de La Brosse, qui prit bientôt le nom du saint évêque. Ce bois disparut et fit place à un village c’est le quartier de Saint-Lézin à Trélazé.
    Non seulement les perrayeurs, mais tous les Angevins ont le devoir d’honorer ce saint, car ils lui doivent beaucoup.
    Fils d’un certain Gautier qui avait été, paraît-il, un des leudes de Clotaire Ier, Lézin fut élevé à la cour mérovingienne ; il suivit vraisemblablement les leçons de l’école du Palais. Les chroniqueurs contemporains qui l’approchèrent sont d’accord pour louer sa science et sa piété. (l’encyclopédie de Migne ajoute même qu’il appartenait à une famille illustre, qui lui fit donner une éducation digne de sa haute naissance… proche parent de Clotaire 1er. J’ajoute que Clotaire ayant eu 6 épouses, il était aisé dans un pays alors peu peuplé de se retrouver des alliances royales.)
    Bon chrétien, le fils de Gautier ne semblait pourtant pas destiné aux ordres sacrés. (toujours selon l’encyclopédie de Migne : « loin de se laisser éblouir par l’éclat des grandeurs, Lézin menait à la cour une vie pénitente, qu’il sanctifiait par le jeûne et la prière. » Ainsi, Radegonde n’était donc pas seule en prières à la cour de Clotaire ! )
    Clotaire en fit même un comte d’Anjou et le chargea d’administrer le pays en son nom. Chilpéric, successeur de Clotaire, ratifia ce choix.
    Lézin fut un prudent gouverneur. La détresse des pauvres gens, les malheurs qui l’environnaient, les difficultés aussi de sa tâche, le détournèrent peu à peu du monde et l’incitèrent à embrasser la vie monastique. Il hésitait toutefois. Un étrange incident vint fortifier son désir.
    Pour récompenser son zèle, Chilpéric, en bon suzerain, s’était proposé de le marier. Il lui destinait une jeune fille belle et sage, bien digne du comte. Au vrai, Lézin manifestait peu d’enthousiasme pour le mariage. Ce lien suprême lui fermait définitivement la voie en laquelle il rêvait de s’engager. Mais comme il lui était difficile de résister à l’offre de son maître, il se laissa fiancer.
    Le jour des noces était proche, un merveilleux miracle, — ce sont les propres termes du chroniqueur — un merveilleux miracle se produisit : la jeune fille fut frappée de lèpre. C’était bien là le signe par quoi se manifestait la volonté divine, plus forte que celle des hommes. Lézin le comprit et Chilpéric aussi. Le gouverneur de l’Anjou résigna toutes ses fonctions et se retira dans un monastère.
    Moine à Nantilly ou à Chalonnes, l’on est mal fixé — Lézin espérait s’y faire oublier. Les vicissitudes politiques contrecarrèrent à nouveau son goût pour la tranquillité. Chilpéric avait disparu ; Clotaire II au berceau, c’était son oncle Gontran qui, avec Frédégonde, gouvernait. L’évêque d’Angers étant venu à mourir, les anciens compagnons qui entouraient Gontran et Frédégonde estimèrent indispensable de mettre sur le trône épiscopal un homme sûr et brave. Lézin leur parut tout désigné. Il résista fort, puis finit par céder.
    Le nouvel évêque convertit les pécheurs, secourut les pauvres, réconforta les prisonniers. On dit même qu’il en délivra un grand nombre. On mettait en prison avec libéralité au VIe siècle. Ceux qui avaient cessé de plaire étaient aisément envoyés en « chartre privée ». Un jour qu’il passait près de la prison, Lézin entendit les cris de supplication des malheureux. Il intercéda pour eux, sans succès. Alors, il pria le Ciel, « et les verrous tombèrent, et les gonds des portes se détachèrent… » On a conservé longtemps en l’église Saint-Julien d’Angers, suspendus au mur comme ex-voto, les verrous de la prison arrachés par la vertu de Lézin.
    L’évêque d’Angers ne ressentait jamais de plus grande joie que de consacrer au Seigneur de chastes vierges. Sous son épiscopat, nombreuses furent les jeunes Angevines qui furent par lui vouées au Christ. Un tableau, d’ailleurs moderne, il n’est pas antérieur au XVIe siècle — de l’Hôtel-Dieu de Beaufort rappelle le souvenir de ces consécrations.
    Mais tout le monde n’écoutait pas respectueusement la parole du prélat. La haine du christianisme, ancrée au fond de certains coeurs obstinés, provoquait parfois de belles bagarres. Témoin la scène de violences dont fut victime le futur archevêque de Cantorbéry, Augustin, qui, escorté d’une troupe de moines, parcourut l’Anjou au temps de Lézin.
    Augustin et ses compagnons étaient parvenus aux portes d’Angers, exactement aux Ponts-de-Cé. Il était tard; le soleil se couchait. Remettant au lendemain la fin de sa course, le missionnaire d’outre-Manche se proposait de passer la nuit sur les bords de la Loire. L’hospitalité angevine ne se manifesta pas en sa faveur ! Des femmes, véritables mégères, refusèrent de lui ouvrir leur seuil, ameutèrent le voisinage et, saisissant des pierres, commencèrent à lapider les moines. Ceux-ci s’enfuirent, poursuivis par la horde féminine. Mais ils étaient épuisés ; ils n’allèrent pas loin et déjà étaient rejoints, quand le missionnaire, pour se défendre, leva son bâton de pèlerin et, d’un faux mouvement, le laissa retomber sur le sol. Aussitôt, de la terre, une source jaillit. Frappées de stupeur, les poursuivantes s’agenouillèrent et implorèrent pardon. On le leur accorda ; en souvenir du miracle, Lézin fit élever près de la source une chapelle qui fut dédiée à saint Augustin,
    On jugea pourtant que la gent féminine méritait punition : interdiction fut donc faite aux femmes de pénétrer dans la chapelle. Longtemps, elles durent assister aux offices du parvis de l’oratoire et jamais elles ne furent autorisée a puiser de l’eau dans la fontaine.
    Lézin ne se contenta pas de construire des chapelles. Il fut – nous l’avons dit – un grand bâtisseur d’églises. Il fit exécuter Saint-Jean-Baptiste, qui fut plus tard appelée Saint-Julien. Pour donner un éclat considérable au nouvel édifice, Lézin décidu d’envoyer à Rome un messager quérir une relié e di Précurseur : pour cette mission de confiance, ii choisit son disciple préféré, Mairnbceuf, qui devait plus tard lui succéder sur le trône d’Angers.
    L’auteur anonyme de la vie de saint Maimboeuf en vers français nous a conté l’événement :

      Quand saint Lézin très débonnaire
      Eut de nouvellement fait faire
      Une église de bel ouvrage
      Si récola en son courage
      La sapience et la bonté
      De saint Maimbœuf le vrai prud’homme
      Au saint-père jusques à Rome
      Il transmit la légation.

    Le voyage fut rude. Enfin, ayant précieusement sauvegardé la relique, Maimboeuf reprit le chemin du retour :

      A la cité dessus dite
      D’Angers entreprit son chemin
      Au bon évêque saint Lézin
      Présenta le don précieux,
      Qui le reçut d’un coeur joyeux.

    L’église Saint-Jean-Baptiste fut bientôt achevée. Et ce fut pour Lézin une grande joie d’aller s’y recueillir toutes les fois que ses lourdes charges lui laissaient quelques loisirs. Mais, à peine dehors, l’évêque était assailli de pauvres, de malades et d’infirmes qui le suppliaient. Un jour, importuné par cette foule ou plongé dans une méditation intérieure, il ne sembla pas voir douze lépreux postés sur son chemin. Pour attirer son attention, les malheureux poussèrent de grands cris. Emu, l’évêque se contenta de lever la main pour les bénir et continua sa route. Mais ce simple geste avait suffi ; tous les douze furent guéris. Maimbœuf, qui avait assisté à la scène, s’empressa d’avertir Lézin. Celui-ci, rempli d’humilité et de reconnaissance, chargea son disciple de construire aux lieux mêmes du miracle une église consacrée à la Croix du Sauveur : telle fut l’origine de l’église Sainte-Croix d’Angers.
    Lézin souhaitait se retirer en un ermitage, laissant Maimbœuf continuer sa tâche. Il ne put réaliser ce voeu :

      Mais en brief, il fut empesché
      Par infirmité tellement Que tantost véritablement
      L’âme rendit au Créateur
      Qui l’a mis en gloire et honneur.

    C’était le 1er novembre 6o8. Lézin fut inhumé dans la crypte de l’église Saint-Jean-Baptiste. Quand il fut élevé au rang des saints, en 638, Maimbœuf décida de transporter son corps dans une chapelle à droite du choeur. Une grande cérémonie eut lieu à cette occasion. On ouvrit le cercueil pour mettre les restes dû prélat dans une châsse. A la grande surprise des assistants, les vêtements du saint, après trente ans, n’avaient subi aucune altération. On les plaça avec soin près du corps et l’on prit l’habitude de les exposer à la vue des fidèles, tous les ans, le 13 février. Cette coutume se perpétua jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Le bon chanoine Péan de La Tuilerie, qui composa une description d’Angers à cette époque, note en effet : « Les ornements avec lesquels Lézin célébroit l’office divin se montrent encore aujourd’hui. » Et un autre historien précise que « la chasuble, d’une forme antique, était d’une étoffe de soie tissée d’or. Aux deux extrémités, deux figures en broderie d’or représentaient, l’une Eve séduite par le serpent avec ces mots Per Evam perditio, l’autre, la Vierge au moment de l’Annonciation, avec ces mots Per Maniam recuperatio. Son aube et son amict, d’une toile ouvrée, étaient encore entiers. »
    Au XVe siècle, Lézin fut choisi par les étudiants de la nation d’Anjou à l’Université d’Angers, comme saint patron. On sait que les écoliers étaient groupés, suivant leur nation ou région d’origine, en diverses nations. Il y avait la nation de France, celle de Bretagne, celle d’Aquitaine, etc. La nation d’Anjou était la première et la plus importante. Le 13 février était, pour les étudiants de cette nation, jour de liesse et de grandes réjouissances. On célébrait solennellement la fête du saint et un étudiant ou un maître était chargé de prononcer son panégyrique. Tâche parfois aride : quand on ne voulait pas répéter chaque année les mêmes antiennes, il fallait faire preuve de grand savoir ou d’originalité.
    Lézin n’était pas très connu dans les campagnes angevines. Certes, son nom était encore assez fréquemment donné jadis au baptême. Cette coutume a presque totalement disparu. Une seule paroisse est placée sous son patronage, celle de Saint-Lézin d’Aubance, non loin du Layon. on y voit, comme à la chapelle de Bel-Air, en Trélazé, une statue du saint. A Rochefort-sur-Loire qui est proche, une fontaine miraculeuse lui est dédiée : elle passe pour avoir jailli sous les pieds de l’évêque. (et j’ajoute, au risque de me répéter, que fin 16e et début 17e siècles, Mr le curé de saint Aubin du Pavoil avait saint Lézin dans son calendrier. Je reste persuadée qu’il n’était pas le seul, et que lui et ses confrères véhiculaient donc la mémoire de saint Lézin, d’où la fréquence de ce prénom dans nos régistres paroissiaux, alors que Radegonde est beaucoup plus discrète sur ce plan)
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.