16 septembre 1943 : 65ème anniversaire de la pluie de fer, d’acier et de sang sur Nantes

les 16 et le 23 septembre 1643 les Américains lachent 3 tonnes de bombes sur Nantes. Il y aura plus de 1 200 victimes car les bombes lachées à 4 000 m d’altitude par les superforteresses US frappaient plus à côté des cibles que dessus !
J’étais dessous, enfin pas tout à fait, car nous habitions la route de Clisson au niveau de la Croix des Herses. Mes oncles, qui étaient dans la maison en face, montèrent sur le toît voir, enfin, aux premiers bruits, mais par la suite descendirent comme tout le monde à la cave.
J’avais 5 ans, et mes parents nous emmenèrent dans la cave, nous racontant que le tonnerre grondait ! Que peut-on raconter d’autre aux enfants !
Le lendemain notre papa attelait Papillon à la charette à cheval, et nous partions tous pour Gesté, à 35 km. Je me souviens de maman tenant les rênes « Hue Papillon ! », mais aussi des cotes : tout le monde descend, et les adultes aident Papillon en poussant.

Journal d’Etienne Toisonnier, Angers 1683-1714 (1699 fin)

1699 : juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre

Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 7 juillet 1699, le fils du feu Sr Viel de la Martinière, substitut du procureur de l’hôtel de ville, et de la Delle Nairault, épousa la fille de feu Mr Dugué avocat et de la Delle Dupin.
  • Le 22 juillet (1699) mourut la femme de feu Mr du Rouzay Pasqueraye, élu en l’élection ; elle s’appelait Maugin.
  • Le 14 août (1699) mourut la femme du feu Sr Loyseau Me chirurgien ; elle s’appelait Rossignol.
  • Le 17 (août 1699) le fils de Mr Charlot sieur des Loges et de la dame Deschamps, épousa la fille de Mr de Crespy procureur du roy au siège présidial et de la dame Chauvel de la Boulaye.
  • Dans ce même temps mourut Mr Pottier prêtre, doyen des Arts.
  • Le 22 (août 1699) le fils du feu Sr Viel de la Martinnière et de la Delle Nairault épousa la fille du Sr Bedâne de la Grandmaison et de la Delle Binet, en conséquence de dispenses de Rome, étant cousins germains.
  • Le 25 (août 1699) Mr Marchand, avocat, fils du Sr Marchand, messager de cete ville à Paris, épousa la fille du feu sieur Bonvalet, bourgeois, et de la Delle Perderiau.
  • Le 27 (août 1699) mourut Mr Cadoz, avocat, âgé de 43 ans ; il a laissé 4 petits enfants de son mariage avec la fille de feu Hunault, docteur en médecine.
  • Le 2 septembre (1699), mourut la femme de Mr Baudry, bourgeois ; elle s’appelait Bault de Beaumont.
  • Le 4 (septembre 1699) Mr Lesourd se fit installer dans la charge de conseiller gardesel de la prévôté.
  • Le 9 (septembre 1699) mourut la femme du sieur Guérin de la Guymonnière, bourgeois ; elle a laissé 3 enfants ; elle s’appelait de Chevreüe de Chemant (voir le 29 janvier 1697) ; elle était âgée de 30 ans ; elle était belle et bien faite, et une des plus aimables femmes de la ville.
  • Le 10 (septembre 1699) mourut Mr Baillif, prêtre chapelain de St Michel du Tertre, et le 13 suivant Mr Busson, prêtre, fut nommé en sa place, n’y ayant point d’enfant de paroisse qui se présentent.
  • Le 14 (septembre 1699) Mr Brouard, avocat, veuf de la femme du feu Sr Pelletier de Terrière, Me chirurgien, épousa la fille de feu Mr Le Royer de Chantepie, lieutenant en l’élection de cette ville et de la Delle Fromageau.
  • Le 15 (septembre 1699), le fils du Sr Beguier, greffier des l’hôtel de ville, et de la défunte Delle Coutard, épousa la fille du feu Sr Mauvif de la Plante, marchand de draps de laine et de la dame Jeanne Esnault.
  • Le 6 octobre (1699) mourut la femme de feu Me Hamelin de Richebourg, substitut de Mr le procureur du roy ; elle s’appelait … ; elle n’a point laissé de postérité.
  • Le 8 novembre (1699) mourut la femme du sieur Neveu de la Hamardière ; elle s’appelait Guynoiseau ; elle n’a point laissé de postérité.
    Le 10 (novembre 1699) mourut le sieur Destriché, bourgeois.
  • Dans ce même temps mourut Mr de Voisin de Chérité ; il n’a point laissé de postérité.
  • Dans ce même temps mourut le sieur Lusson, controleur au mesurage de la Pointe
  • Le 18 (novembre 1699) mourut de la petite vérole Mr Malville, avocat, garçon. Il n’y a que 6 mois qu’il avait plaidé sa première cause (Mr Toisonnier ne notait plus les maladies depuis un moment).
  • Le 21 (novembre 1699) Mr Le Royer de la Baronnière, capitaine au régiment d’Anjou, fils de feu Mr Le Royer de la Baronnière, avocat, et de la Delle Veau, épousa la fille du feu Sr Bernard et de la Delle Gontard.
  • Le 24 (novembre 1699) le fils du sieur Berthelot, marchand, épousa la fille du nommé Cesbron Me serger aux Ponts de Cé.
  • Dans ce même temps mourut le Sr Poulard, cy-devant messager de cette ville à Paris. Il a laissé plusieurs enfants entr’autres le Sr Poulard de la Favrie, assesseur de l’hôtel de ville.
  • Le 11 décembre (1699) mourut Melle Jeanne Dupin, fille du feu Sr Hardouin Dupin, notaire royal, et de la dame Camus.
  • Le 13 (décembre 1699) mourut Mr Leclerc de Sautray, âgé de 86 ans. (René LE CLERC de Sautré, baron de Sautré, Sgr des châtellenies de la Roche-Joulain, de Sceaux (44), de Grez (Grez-Neuville, 49) et de Feneu (49) †Feneu 11.12.1699 x Madeleine de CORNAIS †Feneu 13.9.1703, dont Lucie-Henriette LECLERC Soeur et unique héritière de René Cerisantes Leclerc chevalier, doyen de l’ordre de Saint-Lazare, lieutenant des maréchaux dans le Maine, décédé le 30 septembre 1741, âgé de 90 ans x Feneu (dans la chapelle du château de Sautré) 20 août 1680 François de GODDES, sieur de la Perriére et de Varennes, fils aîné de Franç. G. et de Marie Bonneau, né à Angers le 15 février 1643, aidede-camp du duc d’Aumont, se signale en 1676 à la bataille de Cassel, et, capitaine aux gardes françaises, 1684, est nommé gouverneur de Landrecies Il mourut à Angers le 17 mai 1701 à Angers et fut inhumé le 18 dans l’église d’Avrillé. Dont postérité Buscher de Chauvigné )
  • Le 17 (décembre 1699) le fils du feu Sr Hardouin Dupin, notaire royal, et de la dédunte dame Camus, épousa la fille du feu sieur Lesourd, greffier en l’élection de cette ville, et de la dame Guespin.
  • Le 20 (décembre 1699) mourut monsieur Joüet de la Saulaye
  • Cette année a été abondante en bons vins ; il s’est vendu 18, 45, 36 et 30 livres la pippe ; elle a été aussy assez abondante en bleds.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Journal d’Etienne Toisonnier, Angers 1683-1714 (début 1699)

    1699 : janvier, février, mars, avril, mai, juin

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 20 janvier 1699 mourut Mr Langlois, prêtre, curé de St Denys de cette ville
  • Le même jour, le Sr Camus notaire, fils du feu Sr Camus, commis greffier au présidial, épousa la fille de défunt Mézière Me boulanger.
  • Le 27 (janvier 1699) le sieur Boguais de la Boissière, marchand de soie, épousa la fille du feu Sr Bodin.
  • Le même jour, le fils du feu sieur Coutard du Brossé et de la Delle Yvert, épousa la fille du feu sieur Lemesle, receveur des décimes par commisison, et de la Delle Moreau.
  • Le 28 (janvier 1699) mourut la femme du feu Sr Duport de la Marre ; elle s’appellait Grudé ; elle a laissé 2 filles, l’une mariée avec Mr de Narcé Aveline, et l’autre avec Mr Bault de Beaumont.
  • Le 29 (janvier 1699) les ambassadeurs du Roy de Maroc passèrent ici pour se rendre à Versailles. (Note de Marc Saché : Dangeau écrit dans son Journal, le 21 novembre 1698 : « Le roi nomma ces jours passé M. Pidou de Saint-Olon, un de ses gentilshommes ordinaires, pour aller à Brest recevoir l’ambassadeur du roi du Maroc. Il a ordre, conjointement avec M. de Château-Renaud, de traiter la paix avec cet ambassadeur. Nous n’avions plus de guerre qu’avec les corsaires de Salé qui sont sous la domination du roi de Maroc. C’est une nation fort infidèle, qui rompt souvent avec les traités ; ainsi, on n’y prend pas grande confiance. » (Journal, t. VI, p. 63). L’ambassadeur Abdallah ben Aïcha, accompagné d’une suite de 19 personnes, arriva le 10 février à Paris et fut reçu en audience à Versailles, le 16, dans la chambre du trône. « Il fit sa harangue au bas de l’estrade et sa harangue, que l’interprère Lacroix avoit traduite, parut fort belle. » Mais nus traité ne s’ensuivit, Louis XIV ayant rejeté les propositions faires et l’ambassadeur n’ayant pas les pouvoirs nécessaires pour accepter celles du souverain. (Ib. t. VIII, p. 63). Les registres des conclutions de l’hôtel de ville d’Angers ne font pas mention du passage des Marocains qui dut être très rapide. – Voir pour la relation de cette ambassade les Mémoires de Saint-Simon, édit. de Boislisle, t. VI, pp. 138, 140, notes sur le sultan Muley Ismaël).
  • le 16 février (1699) Mr Renou de la Féaulté, fils de Mr Renou de la Féaulté conseiller honoraire au siège présidial et de la dame Guilbault, fut installé en la charge de conseiller, chevalier d’honneur audit siège, cy-devant possédée par Mr du Ronceray Bernard.
  • Le 17 (février 1699) Mr Aucent, avocat, fils de feu Mr Aucent, aussi avocat, et de la demoiselle …, épousa la fille de Mr Chaillou, médecin et de la Delle Chauveau.
  • Le même jour (17 février 1699) mourut le sieur Crosnier, bourgeois de cette ville.
  • Le 24 (février 1699) Mr Poulain de la Forestrie, veuf de la Delle Testard, duquel mariage il y a plusieurs enfants, épousa la Delle Geneviève Dosdefer.
  • Le 2 mars (1699), le fils de feu Mr Deroye, conseiller au siège présidial, et de la dame Davy du Chiron, épousa la fille de feu Mr Ernault de Charost et de la Delle de Beaugrand.
  • Le 10 (mars 1699) mourut mademoiselle Toublanc, fille, âgée de 83 ans.
  • Le 13 (mars 1699) mourut Mr de Boissimon Héard, président au présidial de La Flèche, fils de feu Mr Héard de Boissimon, conseiller honoraire au présidial de cette ville et de la dame Doublard ; il avait épousé la Delle des Essarts, dont il a laissé trois enfants.
  • Le 18 (mars 1699) mourut la femme du sieur Malville ; elle s’appellait Romain, fille de feu Mr Romain avocat et de Delle Joubert
  • Dans ce même temps mourut la femme du feu sieur Thiboué, marchand Me apothicaire ; elle n’a laissé qu’un fils marié avec la fille du feu Sr Deniau et de la dame Lemesle ; elle s’appelait Legendre.
  • Le 6 avril (1699) monsieur Leclerc des Emeraux fut installé en la charge de présidant en la sénéchaussée et siège présidial de cette ville, cy-devant remplie par feu Mr Marin Boylesve de la Maurouzière.
  • Le 18 (avril 1699) mourut la femme du sieur Poullard de la Faurie, assesseur de l’hôtel de ville ; elle s’appellait Rabut, fille du feu sieur Rabut, messager de cette ville à Paris ; elle n’a laissé qu’un garçon.
  • Dans ce même temps mourut Mr Deslandes, prêtre curé de la Trinité.
  • Le 26 (avril 1699) mourut la femme du sieur Germont, marchand de soie ; elle s’appelait Dreux ; elle a laissé plusieurs enfants.
  • Dans ce même temps mourut la femme du sieur Benoist des Charonnières.
  • Le 1er mai 1699, les sieur de la Noue Lerat, et Maunoir, assesseur de l’hôtel de ville, furent élus échevins.
  • Le même jour mourut la femme de Mr de Chaumes Cochon, avocat.
  • Dans ce même temps, le sieur du Rauville épousa la fille du feu Sr Pillegault de l’Ouvrinière, et de la Delle Ferrand.
  • Le 17 (mai 1699) mourut Mr Chotard. Il avait été autrefois avocat. Il avait épousé une des filles de feu Mr Romain avocat et de Delle Joubert. (en marge : mort le 12 juin)
  • Le 25 (mai 1699) Mr Sicault, lieutenant de la Prévôté, veuf de la dame de Grandbois, morte en Angleterre, dont il n’y a point d’enfant, épousa la fille de Mr Cesbron, avocat et de la Delle Richer.
  • Le 1er juin 1699 Mr Menard, avocat, épousa la fille du sieur Bridier, marchand de dentelles, et de …
  • Le 13 (juin 1699) Mrs Malville et Marchand plaidèrent leur première cause.
  • Le 22 (juin 1699) mourut le sieur Guillet, clerc de palais.
  • Le 24 (juin 1699) mourut la femme de feu Mr Lefebvre de Chamboureau, auditeur des Comptes à Nantes
  • Le même jour (juin 1699) mourut la femme de Mr Chotard de la Sablonnière, conseiller au présidial ; elle a laissé plusieurs enfants ; elle était avant veuve de Mr de Pecherat, aussi conseiller audit siège, dont il n’y a point d’enfants ; elle s’appelait Trouillet.
  • Le 30 (juin 1699) mourut Mr Coutard de la Galicheraye, prêtre, chante de St Maimboeuf.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Etienne Toisonnier Angers 1654-1717

    Dans le cadre de ma frappe numérique du manuscrit du journal d’Etienne Toisonnier, vous allez voir paraître plusieurs articles que j’ai préparés, touchant son vocabulaire mondain, ses critères de sélection mondaine, ses remarques médicales, remarques personnelles, etc…

  • Mais auparavant, voici sa biographie, écrite en 1630 par Marc Saché, suivie de l’analyse de cet auteur.
  • Biographie d’Etienne Toisonnier, par Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

    Étienne Toisonnier, avocat au siège présidial d’Angers, naquit, le 6 octobre 1654, dans la paroisse Saint-Michel du Tertre, où se concentrait alors la vie active de la cité. De son vivant, autour de la grande place des Halles se groupaient l’Hôtel de Ville, l’Académie royale, l’église paroissiale, avec les enfeus des Lesrat et des Louet, le Palais royal où, à côté de la Sénéchaussée et du Présidial siégeaient, à tour de rôle, les juridictions ordinaires et extraordinaires de la province et de la ville, les halles et les prisons. Sur les côtés de ce vaste espace irrégulier se pressaient également les hôtels de quelques gentilshommes, mais surtout ceux de l’échevinage et de la magistrature, et les demeures de nombreux avocats (Péan de la Tuilerie, édit. C. Port, 1868, p. 359 et ss. On y trouve, dans de copieuses notes, la description de la place des Halles avec ses monuments publics et ses hôtels particuliers).
    Etienne était fils d’honorable homme Étienne Toisonnier, maître apothicaire, et de Catherine Guitton. Pour marraine il eut sa soeur Catherine (Catherine, mariée avec Jean Renou, fils d’un maître chirurgien d’Angers, mourut le 2 janvier 1707. – V. Toisonnier, qui elève son décès, et Bibliothèque d’Angers, manuscrit 1219-anc. 1005, volume Vil, p. 71). Une soeur de sa mère, Louise Guitton, avait épousé Louis Doostel, greffier en chef (Arch, départ. de Maine-et-Loire, E 2278.) de la maréchaussée d’Angers. Ni l’attrait des greffes qui avaient compté plusieurs membres de sa famille, ni la médecine, ni le commerce ne fixèrent sa vocation. Il fit ses études de droit. Il nous apprend lui même qu’il plaida, le 4 septembre 1683, sa première cause avec un grand succès. Dès lors son existence parait s’être écoulée paisiblement dans sa ville natale, et, pour ainsi dire, dans sa paroisse, dont il ne s’éloignait guère que pour surveiller ses propres intérêts ou ceux de ses clients qui l’appelaient à Rouen, à Paris ou en quelque ville importante.

    Il épousa. le 26 octobre 1687 Marguerite Guillot, fille d’un marchand d’Angers, avec laquelle il vécut en bonne union et dont il loue l’inlassable charité. Devenu veuf en février 1712, il se remaria peu après avec Marguerite Dugué, fille de défunt Guillaume Dugué, avocat. D’après son journal on peut suivre tous les événements ayant trait à sa personne et à sa famille ; car il les a releva avec soin.

    D’âme profondément chrétienne et inclinée, comme il se voit si souvent à cette époque, vers les œuvres pies, il accepta la charge de receveur de la charité des pauvres prisonniers. Il mourut le 5 juin 1719, à l’âge de 65 ans, et fut inhumé dans le cimetière de sa paroisse. Son frère Paul, né en 1660, mourut, le 2 août 1717, curé de Cantenay
    De son second mariage il laissait un fils encore, tout jeune, nommé Étienne-Paul ; celui-ci devait embrasser également la profession d’avocat, à laquelle il fut admis en 1735 ; il épousa Renée-Madeleine Trochon, mais, rompant avec les traditions de famille, il vendit ses biens et ceux de sa femme (Bibl. d’Angers, man. 1230-anc. 1004) et quitta l’Anjou pour aller s’établir à Paris.

    Le journal de Toisonnier (Ibid., man. 1008-anc. 883, format in 4°) comprend 144 feuillets écrits de sa main d’une écriture droite, ronde et très nette. Les quatre premiers sont consacrés à une liste des hauts dignitaires ecclésiastiques et laïques, des maire et échevins, des hauts magistrats et des conseillers du Présidial et du personnel de la Prévôté, de l’Élection, de l’Université et du grand prévôt d’Anjou. Ce relevé se rapporte à l’année 1683, date à laquelle commence le manuscrit qui s’arrête au 10 août 1713.
    Écrites au jour le jour, ces notes présentent toutefois des lacunes importantes, surtout dans la dernière période, par suite de la négligence du rédacteur. C’est ainsi qu’il omet d’indiquer tout événement pour l’année 1709, année de détresse et d’extrême misère, et qu’il se borne à quatre mentions pour 1710. Puis le travail se continue normalement pendant trois autres années pour finir brusquement, sans une allusion au motif qui en arrête le cours. Est-ce lassitude ? Est-ce abandon d’une tâche jugée vaine ou décevante? Quoi qu’il en soit, il est regrettable qu’il ne l’ait pas poursuivie jusqu’au terme.

    Toussaint Grille, dans une note jetée sur un bout de papier (Biblioth. d’Angers, collect. Grille, notes biographiques.), écrit : « Il est peu de villes en France qui ne comptent un ou plusieurs compilateurs qui tiennent note de tous les événements grands et petits qui arrivent en leur petit hémisphère : un feu de joie, un Te Deum, un service chanté en faux-bourdon, la nomination d’un bedeau, la mort d’un suisse sont autant de choses qui sont consignées très exactement dans leurs trésors. Toisonnier est de ce nombre. » Il se ravise, il est vrai, quelque peu « Mais l’histoire tire parti de ces matériaux qui, d’ailleurs, sont des renseignements précieux pour bien des familles ». C. Port, dans son Dictionnaire, souscrit à la première partie de ce jugement rigoureux. Un examen plus attentif nous a convaincu de l’erreur d’une exécution précipitée et nous a engagé à réviser ce procès par trop sommaire.
    Le manuscrit ne porte pas de titre, sinon celui que le généalogiste angevin Joseph Audouis, lui a donné cent ans plus tard : « Manuscrit de Mtre Toisonnier, avocat au siège présidial d’Angers, contenant ce qui s’est passé de plus remarquable à Angers depuis l’an 1683 jusqu’en 1714 ». En fait, la dénomination de journal est bien celle qui lui convient, puisque l’auteur le désigne par ce terme dans un passage relatif à l’omission de tout événement en 1709 : « J’ai négligé, dit-il, de porter sur ce journal ce qui s’est passé depuis le 10 octobre 1708 ».

    La plus grande partie du manuscrit se compose de mentions de mariages et de décès survenus au cours de trente années. C’est un compromis entre la sécheresse d’un registre d’état civil et l’aridité d’un obituaire. Son plus vif intérêt vient de ce que Toisonnier a connu la plupart des personnes dont il relève les noms : magistrats, conseillers au Présidial, gentilshommes, marchands. C’est un guide plus encore qu’un registre définitivement arrêté.
    Parmi ces sept à huit cents inscriptions il s’en trouve d’assez nombreuses qui restent incomplètes, comme jetées rapidement, quitte à être reprises plus tard. Il écrira, à la date du 7 mai 1692 : « Mr Mesnier, avocat, fils de Mr Mesnier, aussy avocat, et, de la demoiselle… épousa la fille de feu sieur… » Et cet exemple n’est pas isolé. Une autre fois, il groupera en une seule mention les éléments d’une petite lettre de faire-part à propos d’un décès : « Le 25 mai 1689, mourut la femme de feu Mr Grandet, lieutenant, du prévôt de cette ville. Elle a laissé plusieurs enfans : le 1er est prêtre-curé de Sainte-Croix de cette ville ; le 2° est lieutenant criminel à Château-Gontier ; le 3° est conseiller au siège présidial de cette ville et à présent, maire, marié avec la fille de Mr Jousselin docteur en médecine ; une fille mariée avec Mr le marquis de Sasilly, et une autre avec Mr de la Blanchardière-Gourreau, conseiller audit siège ». Nous voilà mis ainsi sur la voie, mais la voie seulement ; car nul prénom n’est indiqué. A nous de poursuivre les recherches On dirait d’un de ces bavardages de réunion mondaine, où il est fait étalage de la connaissance du petit Gotha angevin.

    Mais outre ces nombreux renseignements concernant les familles il en est d’autres, insérés parmi eux, qui ont un intérêt supérieur pour l’historien et qui constituent véritablement la partie justifiant le nom de journal. Ce sont les notes relatives aux événements principaux de la vie de la cité et aux événements plus graves encore de la vie du royaume, qui ont un retentissement sur celle de la province : contre-coups des guerres interminables de la Ligue d’Augsbourg et de la Succession d’Espagne, pendant lesquelles la France, dit Voltaire, périssait au bruit des Te Deum, suprêmes mesures contre le protestantisme, accroissement de la misère publique, disettes et famines, peste et charges écrasantes des impôts.

    Tous ces souvenirs, même épars, d’un passé où l’instabilité de la vie économique fait un contraste frappant avec la série des fêtes officielles célébrées par ordre, pour soutenir toujours intacte la gloire du roi, forment une trame assez solide pour autoriser, à l’aide de recherches complémentaires, l’achèvement de l’esquisse. Il nous a paru instructif de grouper toutes ces notes historiques succinctes, celles du moins qui méritent ce nom, et de les éclairer à la lumière des nombreux renseignements que renferment les sources si riches des registres des conclusions de la mairie (Il convient de ne pas omettre l’ouvrage de Blordier-Langlois, Angers et l’Anjou sous le régime municipal, Angers, 1845. Il a le mérite d’avoir recouru le premier aux sources originales. Mais le défaut de références le rend peu utilisable), du registre du Présidial de l’état civil et des riches collections manuscrites angevines. Ainsi coordonnés, ces divers éléments peuvent se fondre en une chronique où revivent les annales locales pendant la seconde partie du grand règne à son déclin.
    Plus d’une fois le journal de Toisonnier a été exploité en vue de tel ou tel fait isolé. Il a même été publié en ses parties essentielles (Bulletin historique et monumental de l’Anjou, années 1864-1866, pp. 137-160) par Aimé de Soland, mais sans la moindre préoccupation d’esprit critique et avec des libertés à l’égard du texte, que nous n’admettons plus aujourd’hui. Aussi avons-nous repris le travail à pied d’oeuvre avec la confiance que des documents, présentés tout d’abord isolément au lecteur, prennent une toute autre valeur, Iorsque sont établis les rapports qui les unissent entre eux ou les rattachent à l’histoire générale.
    Il ne faut pas faire grief à Toisonnier de la faiblesse de son style. Du style, on peut à la rigueur en exiger des mémoires. Ce n’est pas le cas ici. La composition, ni la rédaction ne jouent guère de rôle dans ces notes personnelles appelées dans sa pensée à former une sorte d’aide mémoire dont il se souciait peu de faire bénéficier la postérité. Aussi ne se heurte-t-on qu’à des phrases courtes, concises et d’une correction grammaticale souvent répréhensible.

    Il se montre peu lui-même dans son journal, assez toutefois Pour témoigner d’une certaine naïveté candide où rien ne transparaît de l’esprit retors du professionnel. Honnête homme, bon catholique, sans excès de dévotion, il marque un respect sensible pour les personnages en place. Bien qu’il relate les excès des misères publiques, le développement du paupérisme, il ne s’attarde pas en plaintes amères sur les malheurs du, temps, sauf sur la charge énorme des impôts dont, il est à même de sentir le poids. Il est patient et, pour ainsi dire, accommodé aux difficultés et aux contradictions de la vie. C’est ainsi qu’il énumère bon nombre de Te Deum, mais sans s’y appesantir, Dieu sait si le compte en était considérable ! Un seul registre des conclusions de la Mairie de 1693 à 1696 nous en donne toute une série : pour la prise d’Heidelberg, de Rosas en Catalogne, la victoire de Neerwinden et celle de la Marsaille, la prise de Palamos et de Girone. La reddition de chaque place forte ennemie entraînait une manifestation publique ;
    Mais tout cela n’est qu’apparence et Toisonnier n’y livre rien de sa personnalité. Sa considération pour les magistrats est indéniable, qu’ils appartiennent à la justice ou à l’hôtel de ville.
    Naguère encore Angers était partagée en deux camps ennemis : celui des magistrats et officiers du corps de ville, du Présidial, de la Prévôté, de l’Élection et Grenier à sel, et celui des bourgeois modestes, avocats, procureurs, marchands et artisans. L’orgueil et l’esprit exclusif des magistrats, aristocratie judiciaire qui se perpétuait comme un fief dans les mêmes familles, n’avaient encore rien perdu de leur force. Mais les divisions étaient moins âpres et l’animosité des avocats moins violente.
    A quoi attribuer l’absence, chez Toisonnier, de toute critique acerbe ou de toute allusion désobligeante à l’égard du corps redouté, sinon à l’ascension des avocats dans l’échelle sociale et à certaines alliances avec des familles dont ils n’avaient plus de raisons d’essuyer les mépris?
    En résumé, esprit précis, mais sans imagination, sans envergure, honnête homme, connaissant à merveille la société angevine, Toisonnier nous livre un recueil qui a son prix et peut rendre de notables services.
    On trouvera jointe à la publication de ce journal, composé de la série des faits les plus remarquables, la mention d’un certain nombre de personnages vivant ou mourant à celle époque.
    Nous avons cru nécessaire de retenir leurs noms et de leur consacrer une brève notice, en raison de l’intérêt particulier que Toisonnier semble leur porter et des réflexions dont il les accompagne. Son appréciation à leur endroit revêt sans doute un caractère personnel mais, comme elle petit correspondre au Jugement de ses contemporains, nous avons estimé convenable de ne pas la négliger.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Journal d’Etienne Toisonnier, Angers, 1683-1714 (fin 1698)

    1698 : juillet, août, septembre, octobre (rien en novembre), décembre

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 3 juillet 1698, la chaire de docteur, vacante par la mort de Me de Danne Audouin, fut adjugée à Mr Robert, fils de Mr Robert, sénéchal de Craon et de la feue Delle de Crespy.
  • Le 5 (juillet 1698) Me Mesnard plaida sa première cause avec Mr Pasqueraye le Jeune.
  • Le même jour mourut le sieur Avril de la Durbelière, marchand ; il laisse sa femme appellée Berthelot, chargée de 10 enfants.
  • Le 14 (juillet 1698) Mr Eveillon Maître des Eaux et Forêts d’Angers, fils du feu Sr Eveillon marchand ferron en cette ville et de la feue Delle de Crespy, épousa la fille de Mr Gohin et de la dame Berthelot.
  • Le 15 (juillet 1698) Mr de l’Epinay Jamereau escuyer épousa la fille de feu Mr Petit de la Pichonnière escuyer et de la dame Eveillard.
  • Le 28 (juillet 1698) Mr Pasqueraye, avocat, fils du feu sieur Pasqueraye, greffier en chef de l’élection de cette ville et de la dame Nicole, épousa la fille de feu Mr du Hardaz aussy avocat et de la Delle Grudé.
  • Dans ce même temps, le sieur Raffray épousa la fille du sieur Guesdon notaire royal et de la dame Gabory.
  • Dans ce même temps, le fils de feu Mr Jean Guynoiseau, avocat, et de la demoiselle Rossignol, épousa la fille du feu sieur Cousin de la Brideraye et de la Delle Pinard.
  • Dans ce même temps, mourut le Sr Ragot marchand.
  • Le 18 août (1698) mourut Mr de la Grance Gault, avocat. Il a laissé plusieurs enfants, Mr Gault prêtre, un autre aussy avocat, une fille mariée avec le fils de Mr Leroyer des Palluaux aussy avocat.
  • Le 7 (septembre 1698) mourut Mr Guynoiseau de la Sauvagère, capitaine d’infanterie, fils de feu Mr Guynoiseau de La Sauvagère, conseiller au présidial et de la dame Boizourdy. Il avait épousé la fille de feu Mr de La Roche Thévenin dont il n’y a point d’enfant.
  • Le 23 (septembre 1698) Mr Margariteau de Lizière, avocat, fils de feu Mr Margariteau, aussy avocat et de la Delle Garciau, épousa la fille de Mr Levoyer de la Davière.
  • Le 24 (septembre 1698) le fils aîné de Mr Guérin de la Pyerdière conseiller au présidial, s’étant yvré au cabaret des Banchets et étant ensuite entré dans la maison du nommé …, il se coucha sur un coffre où le cœur luy ayant chargé et ayant vomi dans la chambre, ledit … luy dit quelques dures paroles, dont l’autre se trouvant offensé, ils en vinrent aux mains, et ledit sieur de la Pyverdière le tua d’un coup de fusil. (je n’ai pas compris comment on pouvait se promener le soir au cabaret avec un fusil)
  • Le 2 octobre (1698) Mr Boylesve de Noirieux, conseiller au Parlement de Bretagne, fils de Mr Boylesve des Aunais conseiller honoraire audit Parlement, et de défunte dame Cupif de Teildras, épousa la fille unique de Mr Grimaudet de la Croiserie escuyer, et de défunte dame de La Forest d’Armaillé.
  • Le 4 (octobre 1698) mourut subitement Mr de la Martinière Viel, substitut du procureur du Roy à l’hôtel commun de cette ville. Sa femme s’appelle Nairault.
  • Dans ce même temps, le sieur Garnier, notaire, fils du feu sieur Garnier, aussy notaire en cette ville, épousa la fille du sieur Bedane marchand de bois et de Delle Lepage.
  • Le 8 (octobre 1698) mourut le sieur Bedane marchand de bois.
  • Dans ce même temps, la fille du feu Sr Trioche de la Betonnière, bourgeois, et de la Delle Renard, épousa le Sr Legeay.
  • Le 18 (octobre 1698) mourut la femme du sieur Lepage marchand confiseur ; elle s’appelait Boisard.
  • Le 21 (octobre 1698) mourut le sieur Pannetier des Brosses, bourgeois. Il avait épousé en 1ères noces la fille du feu Sr Neveu, docteur en médecine, dont il y a plusieurs enfants, et en 2ème la Delle Deniau.
  • Le 22 (octobre 1698) mourut Mr Boylesve de la Maurouzière second président en la sénéchaussée et siège présidial de cette ville, fils de feu Mr Boylesve de la Maurouzière Mr d’hôtel chez le Roy, et de la dame Lanier. Il laisse trois petits garçons et une fille de son mariage avec la dame Ménardeau. Il était âgé de 43 ans ; il fut enterré le lendemain dans l’église des Cordeliers.
  • Le 3 décembre (1698) mourut mademoiselle Jallet fille ; il y a plus de 40 ans qu’elle était attachée à la charité des prisonniers.
  • Dans ce même temps mourut la femme de Mr Brouard, avocat ; elle était veuve de défunt Pelletier de Terrière, Me chirurgien en cette ville. Il n’y a point eu d’enfant de ces mariages.
  • Le 9 (décembre 1698) la fille du Sr Aubert, marchand de soie en cette ville, et de la défunte dame Lemaçon, épousa le Sr Roussel de la ville de Vihiers aussy marchand de soie en cette ville.
  • Dans ce même temps, le sieur Poirier épousa la fille de défunts sieur Poilpré et de la dame Bachelot ; elle s’appelait Anne Poilpré.
  • Le 22 (décembre 1698) mourut Mr Martineau de la Fosse conseiller honoraire au siège présidial et correcteur des Comptes à Nantes. Il a laissé de son mariage avec la dame Gouëzault, Mr Martineau cy-devant religieux cordelier, à présent curé de Cellières, Mr Martineau de la Galonnière, chanoine à St Maurice, Mr Martineau avocat du Roy et un autre fils, marié avec la fill de feus Mr Cherot avocat de Delle Garciau, laquelle fille était avant veuve de Mr Avril de Louzil, conseiller au présidial. Il fut enterré le lendemain en l’église des Jacobins.
  • Le 29 (décembre 1698) mourut dans son château de Brissac, messire Henry Albert de Cossé, pair de France, duc de Brissac. Il avait épousé en premières noces la fille de Mr le duc de Saint-Simon, et en 2èmes madame de Verdamont, dont il n’a point eu d’enfant.
  • Dans ce même temps mourut Mr de Soucelles.
  • Cette année a été peu abondante en bled et en vin. La fourniture de froment se vend 500 livres, les autres grains à proportion, le vin communément 100 livres la pippe, et dans les gros crus 120 livres. Il n’y a presque point eu de fruits.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Lavoirs sur la Loire, Nantes avant 1914

    Au début du 20e siècle, on lavait encore le linge en Loire et en Erdre à Nantes.
    Si on lavait son linge dehors c’est que pendant longtemps la maison était seulement un abri, manquant d’eau, d’énergie, d’espace. Le Corbusier disait « une machine à habiter ». En ville, on lavait donc dans un endroit public, le lavoir, et on avait vu apparaître les blanchisseries. Les urbanistes s’étaient déjà penchés sur le problème à Paris, mais à la veille de la 1ère guerre mondiale 14-18, Nantes avait encore ses bateaux lavoirs. Je vous emmêne ce jour dans une visite inattendue, celle du linge au début du 20e siècle, sur la Loire. Bien sûr, Nantes lavait aussi sur les bords de l’Erdre, et un billet consacré à l’Erdre et ses bateaux-lavoirs suivra, patience.

    Commençons par la visite des bateaux-lavoirs sur la Loire, en remontant le fleuve depuis le port maritime, jusqu’au château inclus, avant le comblement de ce bras de Loire.

    Collections privées – REPRODUCTION INTERDITE, y compris sur autre lieu d’Internet comme blog ou site
    Cliquez pour agrandir

    Nantes est un port de commerce et possède alors une Bourse : voici le palais de la Bourse, en arrière-plan le clocher de Saint-Nicolas.

    Puis, la Loire se sépare en 2 bras, celui de gauche est aujourd’hui comblé.

    Le long du bras comblé, on passe place du Commerce, avec les rails du tram et celles du train entre la grille et la Loire (le train passe aujourd’hui sous terre, enfin dans l’ancien lit du fleuve).

    Nous voici plein centre ville, et admirez au passage comme les piétons sont à l’aise sur les berges

    Nous nous dirigeons vers le château des ducs de Bretagne

    à cette époque, le château est encore au bord de la Loire.

    Nous sommes déjà au Port Maillard, le port fluvial, au bas de la rue de Strasbourg. Nous passons devant chez LU.

    Le chateau des ducs de Bretagne, tel que peu se l’imaginent ! Nappé du blanc des draps, car autrefois les draps étaient blancs, car le blanc était synonyme de propreté.

    Puis, le port de marchandises venues de Loire. Le linge est au fond.

    Nantes est un port maritime. Qui dit mer dit marée. La Loire monte et descend suivant les marées. Ces cartes postales illustrent la difficulté de la marée pour les bateaux lavoirs. Soit il a une passerelle qui monte et descend, soit on s’y rend en barque. Amusez-vous sur les autres cartes postales à chercher les passerelles, car on les voit souvent.

    Collections privées – REPRODUCTION INTERDITE, y compris sur autre lieu d’Internet comme blog ou site

    Nous avons vu que le train traversait alors la ville (ici la carte est de 1901, voyez le cachet de la poste), le long de la Loire, derrière les grilles. C’est ma carte postale préférée, aussi je la mets en guise de conclusion. Vous avez le gentil train, tout plein de gentille fumée, pas souvent blanche, et les draps propres qui regardent passer le train ! Et en prime, vous avez une magnifique vue d’ensemble du château des ducs de Bretagne !

    Ah ! j’allais oublier ! Depuis, non seulement on a interdit à la Loire de passer par là, mais dans la foulée, on a aussi interdit aux Nantais d’étendre leur linge. Alors, quand je regarde ces cartes postales, je me dis que quelque part, certains édiles ont dû avoir la nausée du linge propre, pour avoir autant envie de le cacher ! Les historiens curieusement racontent qu’on a comblé la Loire parce qu’elle n’était pas sympa, elle montait en innondations par trop dévastratrices, ainsi en 1904 et surtout en 1910, et puis elle s’ensablait, mois je pense que dans tout cet urbanisme, la réflexion sur le linge des Nantais fut prise en compte, comme l’on fait les autres grandes villes.

    Lorsque les bateaux-lavoirs disparurent, certains Nantais, plus rusés que leurs édiles, ou plus aisés, avaient trouvés la parade. Ils partaient à leur campagne, en voiture à cheval, avec le linge sale. Voici un extrait du journal de mon arrière-grand-mère, Aimée Guillot épouse Guillouard demeurant rue Saint-Jacques à Nantes, en novembre 1917 :

    Dimanche : Nous venons d’arriver à Clisson, Flavie et moi, pour faire notre lessive. Nous aurons la femme demain. Espérons que nous aurons beau temps.
    Mardi : Notre lessive est lavée et nous l’avons toute étendue. J’arrive du jardin de faire les provisions de légumes. Mes draps sont bientôt secs. Quel embarras que cette lessive. Je vais la raccommoder et Flavie va repasser et j’espère que dans la huitaine tout sera dans l’armoire. Nous avons été favorisées par un beau temps.

    La guerre 14-18 marqua le changement. Les femmes durent travailler aux usines pour remplacer les hommes. A la démobilisation, les femmes ne rentrèrent pas toutes au foyer, ne serait-ce que les 3 millions de veuves qui avaient besoin d’un salaire pour vivre. Et le linge rejoint l’histoire du travail féminin. Je vous fait un prochain billet sur l’histoire de la lessiveuse, un autre sur la buie, etc..

    Si cette visite de Nantes vous a plu, merci de laisser ci-dessous vos commentaires de vieux Nantais !

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet (blog, forum ou site, car alors vous supprimez des clics sur mon travail en faisant cliquer sur l’autre support, et pour être référencé sur Internet il faut des clics sur ma création) seul le lien ci-dessous est autorisé car il ne courcircuite pas mes clics.

    Ce billet était paru sur l’ancien blog, et avait reçu pour commentaires :
    Marie-Laure, le 1er août : Ce billet est un vrai « coup de Maître…sse « !!! BRAVO, Madame .Quel plaisir absolu de le lire et si magnifiquement illustré ! Vous méritez la Légion d’Honneur pour votre oeuvre, en général .MERCI. Il y a-t-il un « Mascaret » (c’est son nom pour la Seine), genre de grosse vague qui remonte la rivière, sur la Loire ? Réponse d’Odile : Non.
    Marie, le 1er août : Très beau billet, on pense au film « Gervaise » de René Clément (1956 ) si merveilleusement interprété par l’émouvante Maria Schell.
    Sainte-Marie, le 17 août : Billet passionnant ! Un de mes ancêtres était cafetier vers 1850 au Port Maillard, là ou ensuite se trouvait pour ceux qui connaissent Nantes, le café de la Source