NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905 Chapitre X. CARNAVAL

Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

Des affiches multicolores avaient annoncé que le « Carnaval à Nantes n’est pas mort ». On croit toujours qu’il veut mourir. Chaque année assiste à son désossement. Les commerçants s’ingénient pourtant à le ranimer de leurs efforts. Mais la défiance et la jalousie sont telles que leur succès reste stérile. Quoique rnal secondés les organisateurs avaient fait de leur mieux.
Dès le matin une vive animation s’entrecroisait les rues. Les baladeuses aux tas de confettis, aux rnains courbes soutenant des sacs jaunes, des chasse-belles-mères et autres fantaisies anodines, s’allaient caler sur le bord des carrefours, sur le centre de la place Graslin et de la place Royale, déjà encombrées de marchandes de violettes et d’oranges. Les cafés préparaient leurs tables, ornaient leurs devantures. La ruche nantaise terminait ses préparatifs de plaisirs. Le monde ouvrier surtout s’apprêtait au franc rire.
Quand deux heures sonnèrent chacun son tour aux cadrans de la ville, les groupes se tassèrent rue Crébillon, place Royale et placé Graslin. Toutes les autres rues de la ville vomissaient ce sang de bonne humeur sur un même point. Chère aux Nantais, la bousculade commença parsemée de luttes en couleurs ; les confettis flottaient comme des poussières échappées des ailes de papillons variés. Les serpentins se rendaient visite de croisées en croisées. C’était un dôme de tapisserie claire en fils de satin brillamment entrelacés. En avant, les jolies filles aux dents blanches, aux yeux humides de rires, aux lèvres bavardes, en avant, dans les poussées formidables des tourbillons humains ! Hardi, les giffles aux indiscrets. Les confettis sont des diables curieux. Où vont-ils parfois se nicher ? C’est une marée de libéralités qui passe, n’est-il pas vrai ? Osez donc, c’est jour de liesse et l’on ne se fâche que pour la forme ! Carnaval, jour de mascaraderies, jour qui ne compte pas dans l’année de la sagesse ! Il faudra bien ce soir dénouer ses bandeaux bourrés de poussières et rêver d’avoir pu les laisser dénouer en rêve. Audacieux ou rosses, c’est une fusée de moqueries où le plus trompeur est trompé lui-même. Ouvrez le parapluie de l’inconstance sous le déluge des vaines promesses et des menteuses futilités ! Qui saura la vérité de ce regard, de ce geste matin effeuillant les papiers roses ? Qui pénétrera le secret rapide de ce front mince où vous avez posé les doigts ? Que dit sous les corsages la chanson des coeurs essoufflés ? Quel refrain répètent-ils à l’unisson ? Un rythme affolant d’ivresse se déploie au grand air, plane en des accords martelés de cris rauques, d’effarouchements crédules ou rusés. Un tambour de basque sonne la charge délirante de la folie des mots, de la débauche des esprits, des étincelles gauloises et, hardies. Ouvrières habilleuses, gamines, étudiants, calicots, barbes grises, surveillantes, et autres, les grelots battent la mesure du vaste chahut légendaire de vos tranquillités, de vos laisses habituelles et de vos paix sournoises.
Parmi le fluctueux hurlement quelques travestis tachent le noir d’une ponctuation vive. Des groupes chantaient des airs populaires, les mêmes scies bornant l’horizon de leurs esprits fêtards. Et les filles criaient qu’on les pincait, qu’on les chatouillait fort, se débattaient comme des couleuvres prises au piège. Il y avait aussi des voleurs de baisers sur les nuques distraites et les fouilleurs de gorges discrètes. Il y avait encore des brutes malfaisantes qui amusaient bestialement à la façon des chiens en rut : la plaie honteuse des foules qui s’étale contagieusement comme un eczéma.
Remuée par les pieds la peluche épaisse des confettis dissipait un nuage compact de poussière. Une pluie en flocons imitant les grains de tabac à priser s’infiltrait au fond des nez, des paupières et des gorges. La fontaine de la place Royale s’épanouissait d’eau, et le vent collant les confettis sur les torses sombres, ils semblaient couverts de pustules saignantes où suppurantes. Dans le bassin se noyaient les papiers ronds. Ça le transformait en un étang fardé de goëmon millicolore.
La cavalcade trancha la foule de la beauté funambulesque ou ironique de ses chars et des voitures fleuries. Les humains, faisant abstraction de leur dignité d’êtres supérieurs, formaient le cortège du Bœuf Gras royalement entouré de sa cour de futurs bourreaux. L’énorme roi que l’on applaudissait, à qui l’on jetait des fleurs et des baisers, arrondissait ses gros yeux placides, ses yeux inquiets de tout ce bruit, de ces honneurs étranges. Peut-être son étroite cervelle devinait-elle le rire de la mort dans les cris de joie qui le saluaient ? Nul ne saura le drame effroyable qui se passe au creux de ses prunelles élargies ! Son indifférence n’est-elle que l’héroïque résignations à l’échafaud où le char enjolivé le conduit ? Qui sait, si dans son attitude impassible, il n’y a pas du mépris pour les lâches qui l’acclament, polir les tortionnaires qui demandent sa tête derrière le bouquet offert ? Royauté carnavalesque, mensonge stoïque, pauvre innocent, dont on mangera les reins, sublime captif, paré de chaînes d’or pour la plus sincère des fêtes, la mort ! Sur l’autel de la folie, il faut du sang, du sang comme un sanglot sauvage excitant la foule au charivari monstrueux.
Les bouquets s’arquent-en-ciel. Les violettes parfument discrètement les corsages. Les oranges font la joie des enfants petits ou grands. Des voitures fleuries à la foule, et aux fenêtres pleuvent les lazzis, les saluts, les bombes. Le boa bariolé du cortège glisse lentement au bruit de ses écailles à travers les rues.
Charles et René regardaient nonchalamment dans leur voiture ornée de fleurs jaunes la masse grouillante des curieux. On les interpellait, étonnés de les voir en dominos jaunes avec des masques verts. Dédaigneux, ils laissaient errer leurs yeux sur l’océan moutonné de têtes flottantes. Jouir de l’amusement insane de leurs concitoyens ; les hommes et les femmes riant bêtement de leurs jeux ridicules, comme un moutard qui rirait d’effeuiller les pétales d’une rose ! Inconsciemment grisés de bruit fantômale, ils gesticulaient au bout de la corde, la corde des pantins de foires aux pains d’épices.
Puis le soir s’était affolé sur la gaieté ambiante. Les cafés blancs de lumières se gavaient de consommateurs. Au café de France, sur la place Graslin, les deux amis allèrent s’attabler. Il se déroula une trame plus fantaisiste. Un mendiant de circonstance chanta des airs abracadabrants et fit la quête pour les pauvres. Les sous tintaient. Renversant verres et soucoupes une sultane singeait la danse du ventre, s’accompagnant de gestes ignobles et provocateurs, ennivrée des souillures qu’elle devinait en l’âme de ses admirateurs. Une autre s’évanouissait pour exhiber ses seins et les faire caresser des voisins. Plus audacieuses les grues, fières de leurs travestissements, guettaient les mâles, les frôlaient d’impudences.

  • Allons, beaux museaux verts, leur dit-une clownesse, en portant les mains à son corsage, il y a ici de quoi travailler toute une nuit sans repos.
  • Si ça t’arrive souvent, ricana Charles, ils doivent être flasques.
  • Viens donc voir, mon petit. Flasques, tu sais, faudrait pas me le dire deux fois.
  • Charles haussa les épaules. La femme recommença son offre ailleurs.

    A la nuit, l’électricité vidait ses ventres lumineux sur les carpettes des rues. Un flot nouveau s’amoncela. Les chansons cascadèrent plus nombreuses, plus brutales, hurlées par des poumons enthousiastes. Vers le cours de la République, les groupes se pressaient. Entre les grilles d’entrée, deux grandes tentes abritaient les humains des étoiles. Ou les avait remplacées plus près du sol par des lampions en guirlandes. Des orchestres primitifs et surtout tapageurs gueulaient des chachuts enlevants, des valses populaires. Et ça sautait, ça tournait, ça broyait les pieds, déchirait les robes, renversait les chaises. Des bandes de filles bras dessus, bras dessous cherchaient des cavaliers.

  • Masques verts, venez avec nous. Nous sommes gentilles et nous savons de jolies farces.
  • Passez, passez, les belles.
  • Les familles venaient avec leurs jeunes filles chastes. Des voyous leur pinçaient le derrière en passant. Le père roulait des yeux terribles. Joli bal des familles au milieu d’une promiscuité de vice qui forme glue. Hors des tentes, dans l’ombre, des couples s’écartent, cherchent du secret pour de calmes marchés. Au centre, la statue du général Cambronne grommèle encore une fois à l’adresse de son entourage fantoche le fameux mot, le résumé philosophique de ce bal à toutes les laideurs.
    Minuit vomi dans la tempête des gosiers, le peintre et le poète entrèrent au grand théâtre.
    Le bal.
    Les costumes scintillaient leurs satins précieux et leurs dorures. Une gamme féerique de couleurs à jets indiscontinus d’éblouissements sonores. Glissaient au vent de l’insensé les chamarris diaprés. Ondulaient les groupes étincelants de velours d’or ou de soie, à travers les buées folâtres de la joie. Et des beaux inconnus passaient doucement au bras sur des chemins de miel et de charmeuses causeries. Dans une atmosphère de secrets, semblant les ailes de moulins illusoires, arlequins, gnômes, pierrelets, tournaient au froufou des satins et des moires. Les intimes grelots de passagères amourettes tintaient de jolis airs dévots dans le parfum des collerettes.
    Les dames du ballet esquissèrent de gracieux pas, plus gracieux qu’un vol d’anges, semant les lueurs dé leurs riches décors. Les galeries des spectrateur étaient combles. Badauds enfantins venus pour s’égayer des projections d’une lanterne magique, étalant une mêlée fluctueuse de va et vient, fragiles accoutumances de tableaux disparates ! Vieillards passionnés s’efforçant de cueillir sur la frivolité des trames de ces longues tapisseries en fête les flammes d’amour qui s’y consument ! Et ceux qui ont besoin d’oublier, d’emplir leurs crânes de fantastiques vêpres de démences ! Et ceux qui s’amusent de riens, ceux qui n’ont pas de pensées, ceux qui ne savent pas pourquoi ils sont à regarder leurs semblables grimacer.
    Est-ce encore une grimace sincère ? Une grimace oublieuse du passé, insoucieuse de l’avenir qui ne sait pas que le présent paie le fossoyeur de sa tombe ! Gens de plaisir, jetez-vous au creux de la fosse d’oubli des brassées de pleurs, des brassées de ris, des brassées de douleurs fraîches ; inapaisées ? Une heure de foi sublime s. v. p ! Adorez le bénévole dieu des farces sur les débris du vieux préjugé ! Raillez les cervelles ritournelles de sermons ! Puisez à la tiédeur des épaules des ferments de sève galante ! Sonnez aux portes de la gaieté un carillon funambulesque ! Mêlez devant l’éternité, le diable à polichinelle, l’inanité sublime au grotesque !

    Note d’Odile : Cette page est numérisée de l’ouvrage Nantes la Brume,1905. Vous verrez ici d’autres auteurs et thèmes du vieux Nantes. Vos souvenirs seront les bienvenus sur ce blog. Merci !

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714

    1687 : juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 1er juin (1687) mourut d’apoplexie et de paralysie monsieur de la Perrière Foussier conseiller honoraire au siège présidial, mari de la dame Gardeau.
  • Le même jour (1er juin 1687) monsieur de la Martinière Girault, conseiller au présidial, fils du feu sieur Girault greffier en chef au siège présidial et de la Delle Baché, épousa la fille de monsieur de la Sauvagère Guinoiseau conseiller honoraire audit siège et de la dame Boizourdy.
  • Le 2 (juin 1687) monsieur Bernard, conseiller au siège présidial, fils de Mr Bernard, conseiller honoraire au même siège et de la défunte dame de la Blanchardière Audouin, épousa la fille de feu Mr Robert Sr de Rouzée avocat et commissaire des saisies réelles et de la Delle Bellière.
  • Le 6 (juin 1687) mourut la femme de monsieur de la Houssaye Boucault conseiller au présidial ; elle a laissé six petits enfants ; elle s’appelait Gandon, fille du feu Sr Gandon et de la dame Denyau, mariée en secondes noces à Mr de Grée Poulain doyen des conseillers.
  • Le 7 (juin 1687) mourut madame Balain ; son fils droguiste confiseur a épousé la dame Olivier.
  • Le 8 (juin 1687) le Sr Viot marchand droguiste épousa la fille du Sr Chantelou du bourg de Foudon.
  • Le 13 (juin 1687) mourut monsieur Artaud âgé de 90 ans. Il avait beaucoup d’esprit, de mérite et de vertu. Il avait épousé la demoiselle Toublanc, dont il y a deux garçons ; l’aîné a épousé la défunte Delle de la Lande de la ville de la Flèche ; et le cadet mademoiselle Lefebvre de Chambourreau. Il fut enterré le lendemain dans l’église de St Michel du Tertre.
  • Le 15 (juin 1687) mourut le Sr Loyseau peintre.
  • Le 17 (juin 1687) mourut la femme de Mr Burolleau marchand de draps de soye ; elle s’appelait Guynoiseau, sœur de feu Mr Guynoiseau avocat ; elle a laissé plusieurs enfants.
  • Dans ce même temps mourut la femme de Mr de Lisle Me apothicaire.
  • Le 25 (juin 1687) le fils de Mr de la Roche Goizeau et de la Delle … épousa la fille de Mr du Brossé Mincé et de la Delle …
  • Le 26 (juin 1687) Mr Maussion conseiller au présidial, fils de Mr Maussion docteur en médecine et de la Delle Chedanne épouse Melle de la Gaudinière Poulain. Elle est sœur de madame Douasseau.
  • Le 3 juillet (1687) mourut à Château-Gontier monsieur de Chassonville cy-devant capitaine aux gardes ; il était oncle de Mr de Bailleur président à mortié au parlement de Paris, marquis de Château-Gontier.
  • Dans ce même temps mourut monsieur de la Hauterivière gentihomme.
  • Le 4 (juillet 1687) mourut la femme du Sr Camus commis aux traites ; elle s’appelait Geslin ; elle n’a point laissé d’enfants.
  • Le 7 (juillet 1687) mourut la femme de Mr de la Saulaye Guynoiseau avocat.
  • Le 13 (juillet 1687) monsieur Denis Guilbault avocat, fils du feu Sr Guilbault et de la dame Voirie, épousa la veuve du feu Sr Audiau ; elle s’appelle Hardy sœur de Melle Bassecourt Gault.
  • Le 26 (juillet 1687) messieurs François de Crespy fils de Mr de la Mabilière de Crespy procureur du Roy au siège présidial et de la dame Chauvel, et Georges Daburon fils de monsieur Pierre Daburon et de la défunte demoiselle Audouis plaidèrent leur première cause.
  • Le 3 août (1687) mourut la femme de monsieur Coiscault avocat ; elle s’appelait Chatelier ; elle a laissé trois enfants.
  • Le 9 (août 1687) mourut la femme du sieur Lourdais, marchand droguiste ; elle s’appelait Le Cout.
  • Le 12 (août 1687) mourut la femme du sieur Bedane, marchand de draps de laine ; elle s’appelait Caternault.
  • Le 13 (août 1687) mourut Legris, Me charpentier, âgé de 41 ans. Il était très habile et honnête homme dans son métier. Il a laissé cinq petits enfants. (il est rare que Toisonnier face place à un artisan dans son journal. On remarque que celui-ci est nommé uniquement par son nom de famille, non précédé de Mr)
  • Le 18 (août 1687) mourut madame Dupré de la Bourdrie ; elle avait été mariée en premières noces avec le feu Sr Mouteau dont il n’y a point d’enfant, en secondes avec le feu Sr Dupré dont il y a plusieurs. Elle avait été lontemps hôtesse de la maison de St Jean au faubourg St Michel du Tertre ; elle s’appelait …
  • Le 30 (août 1687) Mr Deniau et Mr Chantelou plaidèrent leur première cause.
  • Le 10 septembre (1687) mourut monsieur de Pontlevoy Froger, juge des traites.
  • Le 15 (septembre 1687) mourut la femme de monsieur Chauveau Me apothicaire. Elle s’appelait …
  • Le 28 (septembre 1687) mourut monsieur Cupif de Teildras conseiller au sièg eprésidial de cette ville, un des académiciens de l’Académie royale de belles lettres ; il avait épousé défunte dame Tréton duquel mariage il n’y a qu’une fille qui a épousé monsieur Boylesve conseiller au parlement de Bretagne.
  • Le même jour mourut madame Basile ; elle s’appelait Guérin.
  • Le 29 (septembre 1687) mourut Brulé Me boulanger.
  • Dans ce même temps mourut à Paris monsieur de la Grandière Laillé.
  • Le 2 (octobre 1687) mourut la femme de monsieur de la Jaille de St Offange ; elle n’a point laissé d’enfant.
  • Le 4 (octobre 1687) Mr Davy notaire veuf de la dame Boisard épouse Melle Marie Huet.
  • Le 13, le Sr Phelipeau marchand épousa la fille du feu sieur Saulay Me apothicaire.
  • Le 17 (octobre 1687) Mr Boylesve de Goismard, conseiller au siège présidial, fils de défunt Mr de Goismard Boylesve conseiller audit siège et de la dame Guinoiseau épousa la fille de Mr de Chazé Gaultier conseiller honoraire audit siège et de la dame de la Féaulté Renou.
  • Le 19, 21 et dernier (septembre 1687) arrivèrent onze cent hommes du régiment d’Alsace pour le quartier d’hyver.
  • Le 26 (septembre 1687) j’ai épousé mademoiselle Marguerite Guillot fille de feu Mr Guillot marchand en cette ville et de la dame Françoise Hodemont. Dieu donne sa sainte bénédiction à mon mariage.
  • Le 23 (septembre 1687) mourut madame Baillif, femme du feu Sr Baillif marchand ; elle s’appelait Audouin.
  • Le 17 novembre (1687) mourut la femme de Mr de Forges ; elle était fille de Mr de la Hurtaudière Chauvin avocat ; elle n’a point laissé d’enfant.
  • Le 18 (novembre 1687) mourut Mr de Hotteman, prêtre, curé prieur de Faye. Il était savant et très honnête homme.
  • Le 27 (novembre 1687) mourut Mr de Lusson prêtre doyen de St Lo.
  • Le même jour (27 novembre 1687) mourut madamoiselle Françoise Harangot, fille, âgée de 47 ans.
  • Le 29 (novembre 1687) mourut monsieur Lanier trésorier de l’église d’Angers, grand vicaire de monsieur l’évêque. Il fut enterré le mardy ensuivant dans la chapelle de Mrs Lanier dans l’église de St Michel du Tertre. Il était âgé de 86 ans.
  • Dans ce même temps mourut le Sr la Miche marchand poilier.
  • Le 2 décembre (1687) mourut le Sr Papillon marchand droguiste.
  • Le 15 (décembre 1687) le fils de Mr de la Porte Trochon, cy-devant grenetier, se fit installer dans la charge de lieutenant de Mr le prévôt possédée par Mr de Barault.
  • Le 19 (décembre 1687) mourut Mr Gault de Bassecourt, bourgeois de cette ville.
  • Le 21 (décembre 1687) mourut monsieur Jean Delorme avocat.
  • Dans ce même temps, mourut le Sr des Galachères Blouin. Il avait épousé la fille du Sr Binet.
  • Le 27 (décembre 1687) Mr Lezineau prêtre cy-devant avocat et maire de cette ville prit possession du doyenné de St Lo. (Note de Marc Saché, Archiviste du département du Maine et Loire, in Trente années de vie provinciale, 1930 : « René Lézineau, sieur de Gastines et de la Maronnière, avocat au Présidial, était fils d’un fermier de Saint-Macaire. Il fut nommé maire le 1er mai 1677 grâce à l’intervention du gouverneur de la province, Louis de Lorraine, comte d’Armagnac, grand écuyer de France, et malgré les protestations du Présidial et de plusieurs membres du conseil de ville qui lui faisaient grief « de sa basse naissance, du peu de suffisance et de mérite ». Il n’en fut pas moins continué dans ses fonctions jusqu’en 1681. Après son veuvage il entra dans le clergé, (voir sa mort en 1695). Il est bon de faire remarquer que le jugement sévère, porté sur lui lors de son avènement au mairat, doit être attribué à l’orgueil bourgeois du corps des magistrats plus intolérable et encore moins justifié que la morgue nobiliaire (voir C. Port, Dictionnaire, t2 p.514 ; Gontard de Launay, les Avocats d’Angers, 1888, p.176, Registre du Présidial p.98 note)
  • Cette année a été fertile en bled, vin et fruits.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

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    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714

    1687 : janvier, février, mars, avril, mai

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 7 janvier (1687) monsieur de Boult Sr de Cintré gentilhomme épousa la fille de défunts monsieur la Jaille Davoine et de la dame de Chandolant Goureau
  • Le 8 (janvier 1687) mourut la femme de monsieur Burin, cy-devant greffier en chef au criminel ; elle s’appelait Gigon.
  • Dans le même temps mourut monsieur de Montrou mari de la dame veuve monsieur de Gentian.
  • Le 17 (janvier 1687) le fils du Sr Jouanneau marchand ferron tua sa sœur âgée de 18 ans d’un coup de fusil sans y penser.
  • Le 19 (janvier 1687) mourut monsieur Ganne maître apothicaire en cette ville, âgé de 54 ans.
  • Le 26 (janvier 1687) mourut la femme de monsieur de la Saulaye Jouët ; elle s’appelait Callixte ; elle n’a point laissé d’enfants.
  • Le 27 (janvier 1687) mourut la femme de Mr Gouerrand valet de chambre de Monsieur le Duc d’Orléans ; elle s’appelait Davy.
  • Le mesme jour (27 janvier 1687) le sieur Touchais marchand de draps de soye, épousa la fille de madame veuve Vallée imprimeur.
  • Le 28 (janvier 1687) le sieur Paytrineau de la ville de La Flèche marchand de soye en cette ville épousa la fille du Sr Garciau greffier en chef au présidial et de la dame…
  • Le 29 (janvier 1687) mourut le Sr Banchereau archer de la maréchaussée de cette ville âgé de 42 ans.
  • Le 30 (janvier 1687) mourut monsieur Pierre Landevy prêtre fils de feu monsieur Landevy et de la demoiselle Boisard de la ville de Baugé.
  • Dans ce même temps mourut le Sr Bridier marchand de dentelles.
  • Le 31 (janvier 1687) mourut monsieur Guérin prêtre chanoine en l’église de St Maurille de cette ville ; il était âgé de 41 ans.
  • Le 1er février (1687) mourut la femme de défunt monsieur de la Plante Pierre, marchand droguiste en cette ville ; elle s’appelait Barbier ; de son mariage elle eût un fils unique décédé depuis quelques mois, marié avec la demoiselle Ganches, laquelle n’a eu aucun enfant.
  • Le même jour (1er février 1687) mourut la femme de feu monsieur de la Foucherie Reimbault. Elle s’appelait Chauvin ; elle a laissé plusieurs enfants, un banquier à Rome, un prêtre, une fille mariée avec monsieur de Pretiat Courault, et une autre décédée mariée avec Mr Le Rat, avocat dont il n’y a point d’enfants.
  • Le 3 (février 1687) les Sr Dolbeau et Bogais plaidèrent leur première cause, le premier avec beaucoup de succès.
  • Le 4 (février 1687) mourut la femme de monsieur Peneau de Pegon, conseiller honoraire au siège présidial de cette ville ; elle était extraordinairement puissante, aussi elle est morte d’apoplexie ; elle s’appelait Gaudichon ; elle n’a laissé qu’une fille mariée à Mr de Neuville Poisson, cy-devant maire de cette ville.
  • Le 6 (février 1687) on chanta une grande messe en musique en la salle du palais de cette ville où assistèrent messieurs du présidial en robe rouge, mrs de la prévôté, mrs de l’élection, mrs des eaux et forêts, et mrs les avocats, pour remercier Dieu de la santé qu’il lui avait plu de rendre au Roy. Tous les autres corps et communautés de la ville ont aussi rendu leurs actions de grâce, chacun en particulier.
  • Le 10 (février 1687) monsieur de Villeneuve du Cazeau gentilhomme, veuf de la dame Carion, duquel mariage il y a une fille, épousa mademoiselle Grimaudet, fille de Mr Grimaudet de la feue dame Boylesve, sœur de feu Mr de la Mauroisière Boylesve.
  • Le même jour (10 février 1687) mourut madame Mabit, femme du feu Sr Mabit, marchand de draps de laine ; elle s’appelait Grezil ; elle a laissé cinq filles, une morte femme du Sr Cazeau marchand de draps de laine, remarié avec la dame Maumusseau, une mariée avec le Sr Esnault marchand droguiste, une autre mariée avec le Sr Deschamps receveur des décimes à Rennes, une mariée avec le Sr Fagotin marchand de draps de soie et une autre fille.
  • Le même jour (10 février 1687) mademoiselle Boucault, fille de Mr de Hommeaux Boucault, conseiller honoraire au siège présidial, et de la dame Grudé, épouse Mr de Martin de St Aignan, gentilhomme.
  • Le même jour (10 février 1687) monsieur Dolbeau, avocat, épousa la fille de défunt Mr Gault Bassecour, aussy avocat, et de la Delle Hardy.
  • Le 11 (février 1687) mourut Mr Gontard avocat fils de feu Mr Gontard avocat et de la demoiselle Verdier. Il a laissé deux petites filles ; sa femme s’appelle Melle Primault, fille de Mr Primault et de Delle de la Haye Le Roy.
  • Le 21 du mois passé (janvier 1687) mourut Mr Chardon prêtre docteur en théologie, chanoine en l’église de St Maurille, à Riom en Augergne où il avait été exilé par ordre du … au mois de juillet 1676, après avoir paru trop attaché à la doctrine de Jansenius, qui dans ce temps là a tant fait de bruit dans de Royaume et pour être trop dans les intérêts de Monsieur l’Evêque d’Angers. Il est mort regretté de toute la ville de Riom.
  • Le 12 (février 1687) mourut une des filles de monsieur Gilles Guilbault, avocat ; elle avait été longtemps travaillée d’un mal qui l’agitait extraordinairement qui fit croire qu’elle était obsédée du démon, et ce qui fit qu’on l’exorcisa.
  • Le 19 (février 1687) mourut le sieur Bergereau ; il a marié une de ses filles à Mr de l’étang Gandon.
  • Le 3 mars (1687) monsieur de la Martinière Girault se fit installer dans la charge de conseiller au siège présidial de cette ville, cy-devant possédée par monsieur de la Féaulté Renou, à présent maire de la ville.
  • Le 14 (mars 1687) il fit un grand éclat de tonnerre sur les quatre heures du soir.
  • Le 15 (mars 1687) messieurs Lesourd et Gouyon plaidèrent leur première cause.
  • Le 16 (mars 1687) mourut la femme de feu monsieur Richard, receveur aux Ponts de Cé ; elle s’appelait Guédier, âgée de 80 ans.
  • Le 24 (mars 1687) mourut la femme de feu Mr Brillet bourgeois. Elle s’appelait Richard ; elle a laissé plusieurs enfants qui ne sont point encore établis.
  • Le 25, 26 et 27 (mars 1687) les 1 600 hommes du régiment d’Alsace qui étaient en cette ville en quartier d’hyver depuis six mois, partirent pour se rendre au camp de Maintenon pour la continuation des travaux et pour l’aqueduc de la rivière d’Eure.
  • Dans ce temps mourut le sieur Angoulant ; il avait été pendant plusieurs années valet de pié de monsieur.
  • Le 9 avril (1687) monsieur de la Saulaie Jouët, veuf de la demoiselle Calisse, duquel mariage il n’y a point d’enfants, épousa mademoiselle Françoise Brichet.
  • Le 8 (avril 1687) monsieur Avril, conseiller au présidial, fut élu conseiller et échevin perpétuel de l’Hôtel de cette ville en la place de Mr Avril son frère, cy-devant procureur du Roy à la Prévôté, et à présent major du château.
  • Le 14 (avril 1687) Mr Cordier, fils de Mr Cordier avocat et de la demoiselle Sager, plaida se première cause.
  • Le même jour (14 avril 1687) Mr Gouin, avocat, fils de défunts Mr Gilles Gouin, aussi avocat, et de la demoiselle Chevallier de Laurière, épousa la fille de défunts Mr de la Roche Trochon, grenetier en cette ville et de demoiselle de la Cour Lemanceau.
  • Le 16 (avril 1687) Mr Le Rat avocat veuf de la demoiselle de la Foucherie Reimbault, duquel mariage il n’y a point d’enfant, épousa la fille de monsieur de la Béraudière Cupif.
  • Le même jour (16 avril 1687) mourut mademoiselle Legaufre, âgée de 79 ans.
  • Le 21 (avril 1687) la fille du feu Sr Neveu, cy-devant marchand de draps de laine, et de la dame Nau, épousa le Sr Joly, fils du feu Sr Joly cy-devant fils du Sr Joly cy-devant notaire en cette ville.
  • Le même jour (21 avril 1687) le Sr Dupuy, veuf de la dame Bonnet, épousa la fille du Sr Roger, hôte. Il est hoste à Brissac.
  • Le 27, le fils cadet de Mr de la Roulerie gentilhomme, épousa la fille de défunt Mr de Lorchère Damné, dont le frère aîné a épousé la fille de feu Mr de la Boulaye Chauvel procureur du Roy au siège présidial de cette ville et de la dame Grimaudet.
  • Le 1er mai (1687) messieurs de Montiron Hernault, conseiller au siège présidial, et de la Tirrelière Poulain, furent élus pour échevins.
  • Le même jour (1er mai 1687) le fils de défunts Mr Caternault notaire et de la dame Perrouin, épousa la fille de défunt Mr Cherpentier avocat et de Delle Crosnier.
  • Le 2 (mai 1687) mourut monsieur Piolin, bourgeois.
  • Le 3 (mai 1687) mourut monsieur de la Hussaudaye Robert. Il a laissé plusieurs enfants ; une fille a épousé le Sr Delaunay marchand ; feu son fils était avocat et commissaire des saisies réelles.
  • Le 4 (mai 1687) le fils de feu Mr de Jonchère Thomas avocat et procureur de l’hôtel de cette ville, épousa la fille de feu Mr de la Douve du Cormier et de Delle Siette. Deux de ses sœurs Cormier ont épousé les sieurs de la Hamardière Neveu et Duménil d’Acigné.
  • Le 5 (mai 1687) mourut une fille de feu monsieur Aubert avocat et de la demoiselle Augeard ; elle était âgée de 20 ans.
  • Le 8 (mai 1687) Me Elys, avocat, veuf de la demoiselle Millecent de la Dodaye, duquel mariage il n’y a pas point d’enfant, fils de défunts Mr Elys conseiller au siège de la prévôté et de la demoiselle Brouard épousa la demoiselle Ganches veuve du feu sieur de la Plante Pierre, duquel mariage il n’y a point aussy d’enfant, fille de défunts Mr Ganches Sr du Brossé et de la Delle Toublanc.
  • Le 4 (mai 1687) mourut à Paris monsieur Lanier, thrésorier de l’Eglise d’Angers, fils de monsieur Lanier maître des requêtes et qui avait été ambassadeur au Portugal et de la dame Liquet.
  • La nuit du dernier jour d’avril et la nuit suivante, la plus grande partie des vignes d’Anjou gelèrent. On dit que la même disgrêce est arrivée dans les autres provinces. (mais fin décembre il note : Cette année a été fertile en bled, vin et fruits !!!)
  • Le 8 mourut à Paris madame de la Guérinière Boylesve. Son mari avait été longtemps dans les partys ; elle s’appelait Oger.
  • Le 12 (mai 1687) le fils de Mr Carré notaire en cette ville et de la défunte dame Chesneau épousa la fille du Sr Ponceau marchand à Saumur et de la dame Pigeon.
  • Le 15 (mai 1687) mourut la femme de Mr de Grée Poulain, fils de Mr de Grée Poulain, conseiller au siège présidial ; elle s’appelait Bernard.
  • Le 18 (mai 1687) mourut la femme de monsieur Duménil d’Aussigné ; elle laissa deux enfants ; elle est morte de la petite vérole ; elle s’appelait de la Douve du Cormier.
  • Le 19 (mai 1687) Mr Couesté avocat, fils de Mr Coueffé aussy avocat et de la Delle Huchedé, épousa la fille de feu Mr Aubert avocat et de demoiselle Augeard.
  • Le 20 (mai 1687) le fils de Mr Desplantes Jallet et de la dame Legoaqueller épousa la fille de Mr Gourreau conseiller honoraire au siège présidial et de la feue dame Eveillard.
  • Le 19 (mai 1687) Mr Carré notaire veuf de la dame Chesneau, épousa la veuve du feu Sr Mingon marchand ; elle s’appelle Pelletier.
  • Le 24 (mai 1687) messieurs Duport et Boussac plaidèrent leur première cause.
  • Le même jour (24 mai 1687) mourut subitement à Paris monsieur Belot sieur de Martou, mari de la dame Gohin, duquel mariage il y a plusieurs enfants.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905 CHAPITRE IX. EMPRISES MESQUINES.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Le facile ménage du peintre subit quelques lézardes. Après plusieurs scènes la fantasque Touffe d’or disparut définitivement un beau matin en criant à son amant un adieu sincère. Charles la regarda paisiblement partir bourrant sa pipe. Un mince détail, sinon un débarras. Elle l’ennuyait avec sa jalousie depuis quelques jours. Il rêvait d’un tableau original pour leur exposition du mois de mars. Or il avait trouvé le modèle en la personne de sa voisine.
    Madame Janny, la voisine, était une jeune femme de vingt-deux ans, forte, aux hanches puissantes, brune avec de larges cheveux et des yeux sombrement clairs comme des gueules de fournaise. Elle habitait avec son mari une mansarde étroite de l’autre côté du palier. Un logis qui sentait la misère affreuse. Peu de temps après son mariage, son époux fut cloué sur le lit par une maladie de la moëlle épinière. Depuis quinze mois, il n’en bougeait plus. A cet homme qu’elle adorait, elle consacrait son existence entière, le soignant, le nourrissant de son travail assez rare, car elle ne pouvait s’absenter. Jamais elle ne demandait de secours ; par exception seulement elle recevait chaque semaine des bons du Bureau de bienfaisance.
    Lorsque Charles apprit sa situation pénible et son noble servage, il s’empressa de lui rendre délicatement de bons services. Puis un jour il lui demanda de poser le nu. Il lui donnerait un prix très élevé. Vainement il essaya de la séduire par des offres même exagérées. Elle refusait toujours. Nul homme n’aurait le droit de voir son corps que son mari. Il ne le saurait pas. Qu’importe ! C’eut été une lâcheté, une tromperie. Elle serait encore plus que jamais fidèle au pauvre être douloureux qui se confiait naïvement à sa bonté.
    Charles n’avait pas insisté sur ces réponses fermes qui l’avaient touché au fond du cœur. Et maintenant que Berthe était partie, il l’avait priée de veiller à son désordre.
    L’image de l’oeuvre future le hantait. C’était Mme Janny qu’il évoquait au premier plan, puissante éducatrice de chair merveilleuse. Il fit de longues sorties au hasard espérant rencontrer un type semblable. Il fréquenta les mauvais lieux, les cabarets, les cafés chantants, les rues sordides. Rien ne répondait à son vouloir. Il palpa de ces viandes humaines à louer ou à vendre, voulut forcer sa foi, se mentir un instant. Châteaux de cartes qui s’écroulaient au moindre effort d’imagination. Il en fut presque malade. La tristesse l’isola. Des journées entières, il se renfermait chez lui, oubliant toute nourriture. Pêle-méle sur les meubles traînaient des croquis de femmes nues, où le visage — celui de sa voisine, — surmontait, des corps embryonnaires rayés de coups de crayons rageurs. Comme elle le gourmandait de sa conduite, il s’emporta contre elle. N’était-ce pas uniquement de sa faute s’il souffrait ? Ne pouvait-elle se sacrifier pour l’art ? Il ne la cherchait pas pour en faire sa maîtresse. Non ! Il la respecterait ainsi qu’on vénère une sainte. Ce ne sont pas des regards indécents d’homme qui l’effleureraient de souillures, mais des yeux vierges d’artiste, avides de l’unique beauté de la forme. Elle le priait de se taire, de ne pas insister. Elle ne pouvait céder à cause du malade aimé, car malgré tout c’était pour elle une vilaine trahison.
    Mussaud travaillait placidement à son sujet, une matrone épaisse devant épanouir un luxe de matière affriolante. Frayssère caricaturait des types avec ses ses marrons ; il en avait déjà terminé une demi-douzaine très drôles. Verneuil gardait sur son travail un silence discret. Il n’en était pas ainsi de Charmel. Oh ! les méridionaux, ils ne doutent jamais de rien.
    Charles contait son insuccès à son ami René. Celui ci le consolait. Bah ! elle cédera d’un moment à l’autre. De la patience et de la douceur. Bras dessus, bras dessous ils arpentaient les rues malpropres. L’oncle, M. de Lorcin avait réitéré ses invitations à son neveu. Le neveu continuait malgré les menaces de faire la sourde oreille. « Qu’il me flanque la paix, comme je la lui flanque. »
    Le 28 janvier à un dîner offert par René à son ami Delange pour sa fête, il y eut les petites Belle et Line. René ne les avait pas revues depuis leur rencontre au cirque. Il les interrogea adroitement sur le rendez-vous avec Varlette. Légèrement surexcitées par le champagne, elles dirent tout avec une impudeur étonnante. Elles avaient trouvé l’architecte à la porte ; il les avait conduites dans un hôtel meublé de la rue de la Boucherie. Pendant quatre heures il avait cherché des plaisirs insensés de lubricité où le ridicule se mêlait à l’ignoble. Assez obéissantes aux désirs du vieil impuissant, elles s’étaient efforcées de ranimer le feu éteint sous la cendre encore un peu chaude de la vieillesse. Elles riaient de raconter le hideux poussah nu comme un ver, allongé entre elles, la tête appuyée sur leurs pieds, passant sa langue avide entre leurs doigts, le long des chevilles, sous la plante, râlant comme un phoque avec des soupirs de joie, des cris d’enfants inarticulés. Il les avait fait revenir plusieurs fois, se livrant presqu’uniquement à son vice préféré, son mode de jouissance aphrodisiaque de ses sens séniles. René sentait ce récit lui mettre un gant de cuir défensif contre ces bourgeois aux saletés cachées, aux passions de pourceaux.
    René se rendait souvent rue Prémion, après son déjeuner, car il était sûr d’y rencontrer son ami. A la bonne chaleur de la salamandre nouvellement installée, ils causaient de leurs juvéniles aspirations. Deux amis goûtent d’immenses joies, que ne comprendront jamais les oiseux, à se réciter les fables de leurs âmes en une intimité épurée de femmes. Une fois en montant l’escalier, il rencontra le baron des Valormets. Celui-ci l’arrêta.

  • N’êtes-vous pas monsieur René de Lorcin ?
  • Si, Monsieur !
  • Je crois en effet vous reconnaître, car si vous souvenez je vous ai rencontré chez votre oncle vers le mois de novembre dernier.
    Je me souviens aussi de vous.
  • Je connais parfaitement M. de Lorcin. Nous faisions souvent la partie ensemble. Il y a bien longtemps qu’il ne vous a vu, m’a-t-il dit. Il me semble qu’il y a quelque chose d’urgent à vous apprendre. Ce sont vos affaires ; je n’aurais garde d’être indiscret.
  • René le regarda en face se demandant ce que signifiaient ses paroles.

  • Vous connaissez donc quelqu’un dans la maison ?
  • C’est ici qu’habite mon ami Delange.
  • Ah ! vous allez chez lui ! Un drôle d’individu ! Ce qui me déplait chez ces artistes, c’est la conduite dissipée qu’ils affichent partout. La jeunesse n’est pas de bois, je le sais malheureusement, mais qu’elle se cache. Votre oncle est absolument de mon avis.
  • Vous venez de sa part, on le jurerait !
  • Certes, non, M. de Lorcin lave son linge sale en famille, à moins de circonstances fâcheuses pour qui le veut bien !
  • Monsieur, je vous demande pardon, je suis pressé.
  • Quatre à quatre il se précipita chez le peintre à qui naturellement ii raconta la scène. Charles n’y prit qu’une médiocre attention. Dès que René eut fini son récit, il lui demanda brusquement :

  • La dernière fois que tu as vu mon père, as-tu remarqué sa tristesse préoccupée ?
  • Pourquoi cette question ?
  • Réponds-moi… Il m’a semblé ce matin excessivement drôle, craintif ; ses mains tremblotaient. Il m’a affirmé n’être pas malade. Je crains cependant quelque malheur. Le monde des affaires est changeant et la roue de la fortune s’arrête plus souvent sur les zéros que sur les dix.
  • Je ne veux pas te le cacher. Lolette et moi avons été frappés de son visage au cirque. Questionne-le plus vivement. Essaie de savoir.
  • Charles allait répondre, quand Mme Janny se précipita comme une folle dans l’atelier.

  • J’ai eu tort, monsieur Delange, de vous refuser de poser à vous qui êtes si bon pour moi. Vous me pardonnez, n’est-ce pas, car je suis toute prête maintenant, mais devant vous seul ?
  • Elle s’appuya sur le dos d’un fauteuil et deux grosses larmes coulèrent sur ses joues qui pâlissaient peu à peu.
    Les deux amis l’examinaient interloqués.

  • Qu’avez-vous, ma chère dame, qu’avez-vous à pleurer ? Qu’est-ce qui vous prend ? Que signifie cette offre brusque au milieu de votre douleur ?
  • Acceptez, je vous en prie, c’est de bon coeur. J’ai bien regret de mon refus. Il faut souffrir pour vivre et rester honnête.
  • Mais voyons, expliquez-vous ? Que vous est-il arrivé ?
  • Ah ! s’écria René, se rappelant sa rencontre dans l’escalier, M. des Valormets vous a donc, appris une triste nouvelle ?
  • Je ne peux pas vous dire. Non ! j’ai trop honte. Quelle canaille que cet homme !
  • Elle crispait ses poings et ses dents grinçaient de colère.

  • Vous devez au contraire nous avouer ce qui s’est passé entre le baron et vous. Si ce monsieur doit être puni…
  • Puni, vous voulez rire. Ce sont les Maîtres devant lesquels, nous, les pauvres, nous devons courber la tête. Et ils nous tyrannisent lâchement.
    Voyons soyez franche, que s’est-il passé ?
  • Eh bien voilà ! Chaque semaine le Bureau de bienfaisance m’envoie des bons par M. des Valormets. Il m’a fait un jour une proposition infâme. Je l’ai repoussée poliment pour ne pas perdre mes bons. Depuis ce temps-là, il n’a cessé d’insister, m’offrant le double, le triple de ce qui m’était accordé, puis il menaça de me faire rayer de la liste des pauvres. Je pris le parti d’aller moi-même au Bureau toucher mes bons, on me les refusa. Il le sut et insista davantage, voulut me tenter par de l’argent. Lassée, écœurée, je n’ai pu me maîtriser aujourd’hui, je lui ai craché mon mépris en pleine figure, le jetant à la porte de chez moi. Ses yeux flambaient, j’ai eu peur. Il a juré que je n’aurais plus à compter sur le Bureau. Alors il faut que nous crevions de faim mon mari et moi parce que je ne veux pas coucher avec les distributeurs de bons.
  • Calmez-vous, ma brave dame, lui dit doucement. Delange, vous ne manquerez de rien puisque je suis là. En second lieu mon ami René va s’occuper de votre affaire. Je ne sais s’il obtiendra raison, car tous ces gens-là, ça s’entend comme fripons en foire. Enfin,vous allez me faire le plaisir de ne plus pleurer ce qui me gâte vos jolis yeux, et maintenant que vous êtes mon modèle je tiens à le conserver intact.
  • René se donna une peine bien inutile à courir le reste de la soirée aux guichets des réclamations. Les humbles ont toujours tort. Ils mentent pour le plaisir de mentir et d’insulter les honnêtes gens qu’ils jalousent ? Le bon jeune homme sut d’une façon précise à quoi s’en tenir sur le chapitre de la charité collective et administrative. Ceux qui s’engraissent, ce ne sont pas les clients.
    En rentrant chez lui, il ne trouva pas Lolette, mais sur la table deux petites lettres, l’une rose sentant le trèfle incarnat, l’autre simple, griffonnée au crayon. Machinalement il ouvrit d’abord la plus belle. C’était une invitation de Mme Verdian à un thé pour le surlendemain. L’autre contenait ces mots : « René, adieu… il faut que je m’en aille:.. je t’aime toujours… J’ai nien du chagrin… oh ! les vilains hommes, les méchants qui me séparent de toi… ta Lolette chérie… »
    Il resta silencieux les dents serrées, les yeux pensifs, pendant qu’un frisson de peine lui glaçait les épaules. Il courut chez sa propriétaire :

  • Mme Demeux, avez-vous entendu venir quelqu’un chez moi dans la journée ?
  • Oui, Monsieur, il est venu vers deux heures un grand monsieur gris qui vous a demandé. J’ai répondu que vous étiez absent. Il est parti. Environ une demi-heure après, je l’ai vu revenir avec un autre homme. Ils ont frappé chez vous ; votre amie jour a ouvert
  • Vous les avez entendus causer.
  • J’en étais toute épeurée. Ils criaient parfois d’un ton terrible ; votre amie pleurait. Et cela pendant un bon quart d’heure, puis ils sont partis tous les trois. Elle marchait devant avec un gros paquet pleurant à chaudes larmes. Je n’ai pu m’empêcher de lui demander où elle allait. Alors le dernier venu m’a prié brutalement de m’occuper de mes affaires si je ne voulais pas en voir plus long. Je me suis renfermée chez moi, presque morte d’épouvante.
  • René, pâle comme une haut d’ivoire, ne répondit. rien. Il devinait une manoeuvre violente de son oncle. Une rage froide le faisait trembloter, plissait âprement son front blême. S’il avait pu prévoir l’af¬freuse aventure, il n’aurait pas été perdre des heures précieuses par charité. La bonté devient la balle qu’ils se lancent de raquette en raquette. Son oncle, il allait le troubler dans son repaire, il allait lui demander des comptes face à face sur le champ.
    Il courut. La course le rafraîchit. Il se reposa avant de sonner à la porte du bâtonnier. Sans demander quoi que ce soit, il passa hautainement devant le domestique el pénétra clans le cabinet de travail de l’avocat. En voyant entrer son neveu, M. de Lorcin qui écrivait posa sa plume et attendit tranquillement ce qu’allait lui dire le jeune homme. René ferma la porte derrière lui et debout, très froid :

  • Bonjour, mon oncle, vous m’avez plusieurs fois prié devenir vous parler. Je viens vous faire les ecuses de mon retard et vous demander ce dont il s’agit.
  • Mon Dieu, mon cher ami, j’avais à réprimander ta conduite un peu scandaleuse. Nous étions ici désolés de te voir suivre une voie préjudiciable à ton honneur et au nôtre, malgré les conseils que bous t’avions donnés. Nous sommes seuls, René, je fais abstraction des principes religieux. Puisque tu veux t’amuser, pourquoi ne t’amuses-tu pas en secret ? Pourquoi veux-tu que la ville entière sache que tu as une maîtresse et qu’on nous le jette au nez ironiquement ? Mais c’est de la bêtise de se ridiculiser ainsi, de se coller avec une femme quelconque quand on peut en cueillir des milliers qui fuient aux approches du matin ! Ma situation ne me permet pas d’avoir un neveu du même nom que moi balladant à son bras une catin par les rues de Nantes. D’ailleurs je ne comprends pas que tu n’aies pas eu honte d’abaisser ton nom aux yeux de tous les passants. Et ceux qui sont venus me le dire, des bourgeois fiers d’avilir notre race, de se montrer plus hauts parce que plus corrects. Ils riaient ; leurs rires cruels me faisaient mal. A mon âge, j’ai reçu, depuis un mois, trop de soufflets et trop de hontes !
  • René baissait la tête ; des larmes de colère honteuse mouillaient ses yeux. Il ne s’attendait pas à ce genre de reproches. Les paroles de son oncle touchaient juste. Le sang de ses veines avait le bleu du sang des Lorcin, le bleu de la noblesse orgueilleuse. Il avait été ridicule parce qu’il avait aimé. S’il avait été le chercheur de plaisirs grossiers, il serait resté le parfait gentilhomme. Et pourquoi la brute doit-elle annoblir l’homme, et l’amour l’avilir ?

  • Tu as peut-être cru l’aimer, continua M. de Lorcin, en es-tu bien sûr ? Je suis convaincu du contraire. L’amour n’est pas cet attrait rapide d’une chair facile à posséder et dont le charme n’a pas eu le temps de s’épuiser. Echafauder l’amour sur de la volupté, c’est bâtir avec des bulles de savon. Lorsqu’on a sucé le fruit jusqu’à la peau, on croque celle ci avec moins d’appétit, le reste, on le jette dégoûté.
  • Et si je veux goûter ce fruit jusqu’à la peau pour rejeter les déchets dans la paix de mon verger, de quel droit les passants viennent-ils lancer des pierres par dessus la haie ?
  • Du droit qu’ont les jaloux de se venger de leurs rancunes mesquines. Très beau de vouloir réformer la société, mais auparavant courbons-nous à ses lois si despotiques et gênantes soient-elles
  • Alors, qui montrera l’exemple de la future réformation ?
  • Ceux qui voudront pourvu que ce ne soit pas toi.
  • Pourquoi pas moi ?
  • Parce que tu ne t’appartiens pas uniquement à toi, mais à une race honorable dont il reste des descendants du même taux.
  • Et si c’était justement la raison de marcher en éclaireur dans cette nouvelle voie, guidé par la colonne lumineuse d’un nom immense. Si je le voulais parce qu’au-dessus des imbéciles qui m’insultent j’ai le mépris de les sentir mordre au talon, de les voir s’abaisser à leur tour en des replis de vipères, Si, parce que je puis les délier du sommet d’un orgueil auquel ils ne parviendront jamais.
  • Je t’empêcherais de faire une folie inutile !
  • Comme vous l’avez déjà fait ?
  • Comme je l’ai déjà fait.
  • Sournoisement, cruellement, sans vous soucier des larmes, des chagrins, des heures sans sommeils, de la tristesse des brusques séparations. Briser du bonheur avec autant d’indifférence qu’un crayon de deux sous, parce que l’orgueil, — la vanité plutôt — est froissé d’écouter bénévolement ces serfs du qu’en-dira-t-on !
  • Parce qu’il faut couper le mal dans les racines.
  • Qu’en avez-vous fait de ma Lolette aimée ? Quelle puissance draconienne avez-vous encore au vingtième siècle, qu’il vous suffise de parler pour que l’on sépare les amants en une seconde ?
  • Aucune puissance, seulement des droits pour modérer les têtes folles.
  • Vous appelez folie la sincère chanson d’amour, le duo des rires côte à côte, l’attachement juvénile des coeurs qui s’apprennent la vie mystérieuse ! Folie, les heures de bonheur parfait, du seul bonheur où le mensonge ne met pas ses doigts velus ! Folie, le charme de la jeunesse qui se penche en flots limpides de voluptés ! Folie, l’oubli des mesquineries du monde, l’indifférence des méchancetés d’autrui ! … Folie, si vous voulez, mais folie que vous devriez saluer au passage et non tacher de boue ou de sang.
  • Tes expressions me sont la preuve qu’il n’était que temps d’agir brusquement.
  • Avec des façons de valets, des précautions de bandits louches de romans.
  • Mon neveu, tu t’oublies à m’insulter !
  • Dites-moi où est mon amie ?
  • Pour que tu ailles la chercher…. cela m’aurait bien peu servi de l’avoir fait partir.
  • Je ne resterais pas à Nantes. Je ne vous gênerais plus, car c’est uniquement votre orgueil qui est en jeu.
  • Un orgueil qui est le tien et qui sera le même à cent lieues. Inutile d’insister davantage.
  • C’est dit. Vous êtes le plus fort aujourd’hui. Il ne me reste plus qu’à me venger en attendant que des gens plus éclairés suppriment ces droits exorbitants qui n’ont d’autre source nécessaire que égoïsme. Plus d’amour, plus de maîtresses. Ou prendra l’autre route, celle qui vous gène le moins dites vous, mais sur cette route il y a des pierres, et ces pierres seront pour vous. Vous me faites souffrir en mon corps et en mon âme, je vous le revaudrai au centuple. Je sais où est l’angle sensible, je chercherai qui l’écornera le mieux. Nous sommes de même race, têtus et volontaires. Merci de me l’avoir réappris. Je ne l’oublierai plus. Le mal pour le mal, chacun selon sa force, belle devise de conduite haineuse et vindicative que l’on apprend à votre école. Aurez-vous le courage de vous en prendre directement à moi au lieu d’attaquer une petite fille ?
  • As-tu fini bientôt ?
  • Un mot encore. Je ne dépends pas de vous. Si je n’ai pas su protéger mon bien contre les détrousseurs de l’ombre, je me tiendrai sur mes gardes pour me défendre. D’homme à homme, sang contre sang, il n’est pas bien sûr que vous ayez la victoire malgré votre puissance, votre fortune et vos adulateurs. Vous ne représentez ni mon père, ni ma mère, vous n’êtes plus pour moi que la race d’à côté. Je la respecte avec défiance.
  • Va-t-en, tu deviens grossier !
  • Au revoir, mon oncle, vous présenterez mes ramages respectueux à ma tante.
  • Quand la porte se fut refermée sur les pas de son neveu, M. de Lorcin cassa d’un coup sec son coupe-papier d’ivoire et ses doigts osseux en émiettèrent les restes sur le tapis.

    Rentré chez lui, René s’empressa d’accepter l’invitation de Mme Verdian.

  • Autant commencer par celle-là puisqu’elle y tient, pensait-il.
  • Charles auquel il conta son aventure, lui donna des conseils stoïciens.

  • Vois-tu, Charles, elle serait partie de son plein gré, je n’aurais pas fait un pas pour courir après elle. J’aurais bêtement pleuré au coin du foyer désert. Mais savoir qu’ils me l’ont enlevée, çà m’enrage au point que j’en oublie mon chagrin.
  • Allons, mon pauvre René, prenons notre si¬tuation avec une sage tranquillité. Il y a quelques jours nous étions mariés, aujourd’hui nous sommes veufs comme le jour de ton arrivée à Nantes. Est-ce un malheur ? Nous n’en savons rien ! Ce qui arrive doit être une nécessité contre laquelle nous serions bien fats de réagir. A quoi bon ? Cailloux légers des bas-fonds de la vie, les vagues des événements nous arrondissent le caractère. Rire et souffrir, tout est là, parfois l’apothéose d’une conscience indécise. Berthe, Lolette deux fleurs écloses sur le parterre de nos jardins, fleurs cueillies, humées, fleurs perdues dont le souvenir se dissipera comme leur parfum tendre de femmes aimées. Incidents de notre existence, chausse-trappes au long de la route, passé d’hier déjà trop loin. Ne regarder jamais derrière soi, agir le présent, contempler fièrement l’avenir, indifférents aux lambeaux de nos vêtements accrochés dans les haies !
  • René se promenait les bras croisés au travers de l’atelier ; son air sombre contrastait avec le calme de l’ami qui le haranguait du fond d’un fauteuil voltaire.

  • René, tu ne m’écoutes pas.
  • Je te dis que ce sont des canailles !
  • Soit. Ton âme fière devrait-elle s’attarder à des niaiseries ?
  • Des niaiseries ! Tu es fou ! Des niaiseries, ce droit de me voler ma maîtresse !
  • Niais ton emportement !
  • Que veux-tu donc que je fasse : pleurer comme un sot ou leur tordre le cou ?
  • Ni l’un, ni l’autre. Prendre la fortune comme elle vient et te rappeler qu’au-dessus des vicissitudes de nos vies, il y a notre amitié qui vaut plus de cent haines, plus de cent amours.
  • René fut touché. Il s’apaisa.

  • Merci, mon vieux, nous ne nous quitterons plus. Aucune femme ne viendra rompre notre fraternité de son ostracisme tenace.
  • Chez Mme Verdian le thé servi aux reflets d’un salon vert et or, René retrouva d’anciennes connais¬sances : Varlette qu’il affecta beaucoup de connaître et, qu’il terrifia de ses sous-entendus indiscrets, le baron des Valormets auquel il confia que le pire de l’honnêteté était de satisfaire un vice avec de moyens vertueux, le beau Gachard qu’il complimenta sur l’odeur nouvelle de son mouchoir, il entoura publiquement l’hôtesse de ses soins empressés et ultra-galants, afin de faire jaser la société sur de futures relations. Mme Verdian, charmée, congédia définitivement le jeune Gachard en une courte scène derrière un paravent. Au bout d’une heure, René, maître de la place, blagua les moeurs inquiètes de la ville.

  • L’amour est le premier devoir de l’homme. Sans l’acte d’amour que serions-nous ? Des bonbons de néant ! Des bonbons que l’on goûte à deux entre la mousseline des caresses. Et c’est l’acte le plus sacrifié. On en rougit, on le cache, ou l’ensevelit dans la lourdeur de l’ombre comme une jolie fillette sous d’affreuses capelines moires. Si parmi vous, mesdames, j’avais une maîtresse ou une femme qui me désirerait, oserait-elle ici-même se mettre nue et se coucher sur le tapis ? Si je la prenais devant vous, y en a-t-il une seule qui resterait calme et respectueuse ? Ne deviendriez-vous pas un troupeau hostile d’enfiellées semant partent la grande nouvelle de la contaminée sur la porte de laquelle vous inscririez le signe du lépreux. Chose étrange, l’amour, ce bêlement exquis de la douceur, enfanterait la haine, ou plutôt l’ennui de ne pouvoir suivre la même voie, sans que le voisin agisse comme vous agiriez aujourd’hui. L’amour n’a qu’un ennemi unique, un ennemi qui vaut la plus formidable des armées hostiles, l’envie. Souvenez-vous de la parole de Renan : « Si l’humanité n’avait plus qu’une heure et qu’elle en fût avertie, elle se transformerait en un immense troupeau de bêtes à deux dos.
  • Lon se récriait. L’on discutait. C’était un beau débat de femmes prudes qui savaient depuis longtemps à quoi s’en tenir sur la vertu forcée de leurs amies. Varlette s’agitant trop vertement contre René reçut le coup de fouet suivant, qui lui cala la langue le reste de la soirée : Monsieur Varlette, notez qu’il s’agit de l’acte naturel de l’amour et non de certains procédés grotesques qui le disqualifient. Puis René allégrement voulut clore la discussion par un toast malin :

  • Le plus sage d’entre nous, c’est M. le baron de Valormets. Son silence cependant n’est pas charitable. Sa longue carrière aurait pu nous fournir bien des arguments pour ou contre. Vous êtes avare de paroles, M. le baron, à une époque où l’on fait marché de tout, même de la charité. Un toast à M. des Valormets, sans rancune.
  • Celui-ci n’osa pas se fâcher devant le regard cruellement moqueur du jeune homme. Il avait compris.

    Cette nuit, alors que Mme Verdian se pâmait entre ses bras, René songea avec délices que ses gestes audacieux dans le salon envers sa nouvelle maîtresse avaient été épiés, que ses paroles railleuses allaient donner du coeur et de la langue aux bavardes, et que le remplacement du beau Gachard ferait boule de neige jusqu’au boulevard Delorme.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714

    1686 : juillet, août, septembre, (octobre absent du mansucrit), novembre, décembre

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le 1er juillet (1686) le Sr Bodard grenetier à Candé épousa la fille du défunt Sr Durand Me apothicaire en cette ville, et de la dame Coueffé.
  • Le même jour (1er juillet 1686) se fit la cérémonie de l’établissement de l’Académie royale. Le canon tira le matin ; toutes les cloches de la ville sonnèrent depuis midy jusques à une heure. Les habitants sous les armes firent quantité de décharges ; plusieurs pièces devin coulèrent, les harangues commencèrent sur les cinq heures du soir Mr l’intendant et Mr Goureau conseiller honoraire au présidial y parlèrent savamment ; toutes les dames qui y furent, firent un des principaux agréments de cette feste ; cela fut suivi d’un superbe repas ; il y eût sur les neuf heures du soir des feux d’artifice et des illuminations par toutes les fenêtres des maisons de la ville. On éleva ce même jour l’effigie du Roy en buste dans le fond du jardin de l’Hôtel de ville.
  • Le 10 (juillet 1686) mourut le sieur Fagotin sergent ; son fils marchand de soye a épousé la fille du feu Sr Mabit.
  • Le 16 (juillet 1686) Mr Souché marchand à Nantes, riche de trente mil écus, épousa la fille de Mr Desmazures Sailland et de la dame Lejeune. Cette fille l’engagea par son mérite et sa beauté ; il est âgé de 54 ans.
  • Le même jour (16 juillet 1686) mourut monsieur Guynoiseau prêtre curé de la Salle.
  • Le 18 (juillet 1686) les ambassadeurs du Roy de Siam arrivèrent en cette ville. On tira la canon et on leur fit les présents. Ils partirent le lendemain pour Paris, chargés de plusieurs présents très riches pour le Roy.
  • Le 22 (juillet 1686) le fils de Mr Yvard notaire en cette ville épousa la fille du sieur Delmur marchand de soye.
  • Le 23 (juillet 1686) mourut la femme de monsieur Davy, notaire royal en cette ville, âgée de 34 ans. Elle a laissé 5 petits enfants ; elle s’appelait Boisard.
  • Le 24 (juillet 1686) mourut la femme de feu monsieur Petit de la Pichonnière de Piedfelon gentilhomme. Elle a laissé cinq enfants ; elle s’appelait Eveillard. Elle a été enterré en l’église de St Michel du Tertre.
  • Le même jour (24 juillet 1686) le nommé Gibert de Champfleury, de la paroisse de Thouarcé, fut pendu pour avoir tué deux femmes sortant de l’église de Thouarcé, et une autre qu’il tua dans son lit. Il y avait dans cette action de la rage et de la folie, ces femmes ne luy ayant jamais rendu aucun mauvais service. La mère sur Sr Simon praticien en était une. Il avoué que s’il n’avait été arresté il aurait tué tous ceux qui se seraient présentés devant luy.
  • Le 2 août (1686) mourut madame … veuve de feu monsieur La Chapelle et remariée avec monsieur Jacquelot, gentilhomme. Elle est morte fort riche et elle a plusieurs héritiers fort pauvres ; elle n’a point laissé d’enfants. (E. Toysonnier donne souvent la mention sans enfants, et je découvre une fréquence relativement importante de ces couples sans enfants, qui signifiaient toujours une succession fort interressante pour les collatéraux, j’y reviendrai)
  • Le 10 (août 1686) mourut la femme de Mr du Ribet Duménil ; elle s’appelait Jameray sœur de feu Mr Jameray avocat.
  • Le 12 (août 1686) le Sr Chouteau praticien, veuf de la dame Rigault épousa la fille de défunts Goubault Me chirurgien en cette ville et de la dame Gendry.
  • Le 18 (août 1686) la fille de défunt monsieur Bachelot, grenetier en cette ville et de la demoiselle Panetier, fit profession au couvent des religieuses Ursulines ; elle s’appelle Lézine.
  • Le 19 (août 1686) la fille de monsieur Butin et de la dame Gigon épousa monsieur de Vaulogé de la ville du Mans.
  • Le 25 (août 1686) mourut le sieur Briand praticien ; il avait épousé la fille du Sr Rocher, hôte de la Bataille.
  • Ce même jour (25 août 1686) mourut la femme du Sr de la Chaussée Me écrivain.
  • Le 26 (août 1686) le fils de Mr Deniau Me apothicaire et de la dame Chaudet épousa la fille du St Delhommeau huissier.
  • Le même jour (26 août 1686) mourut la femme du feu sieur Guyollay Sr de Puirengeard praticien ; elle s’appelait Françoise Janvier ; elle n’a point laissé d’enfants.
  • Le 1er septembre (1686) mourut Mr Pasqueraye prêtre chantre de St Martin
  • Le 10 (septembre 1686) le sieur Rigault clerc fils du défunt sieur Rigault huissier audiencier au siège de la prévôté, épousa la fille du Sr Richomme sergent et de la défunte dame Bovet.
  • Le 15 (septembre 1686) il y eut des feux de joie à la manière ordinaire pour l’heureuse naissance de Monsieur le Duc de Berry, fils de monseigneur et de madame la Dauphine.
  • Le 17 (septembre 1686) mourut Mr Duhalay maître chirurgien ; c’était un des plus habiles hommes du royaume pour accoucher les femmes.
  • Le mesme jour (17 septembre 1686) mourut le sieur Barault âgé de 89 ans. Il a laissé une fille mariée avec le Sr Gaultier huissier audiencier en l’élection de cette ville.
  • Le 20 (septembre 1686) Mr de la Grange Salmon, avocat à Saumur, épousa Melle Dupont. Cette fille avait été auparavant toute sa vie au service de madame de Milière.
  • Le même jour (20 septembre 1686) monsieur de Lancrau gentilhomme épousa mademoiselle de Bréon. (Le qualificatif de gentilhomme est réservé aux nobles et E. Toysonnier reflète dans sa manière de s’exprimer, la manière dont parlait entre eux les bourgeois d’Angers, j’y reviendrai)
  • Le 18 (septembre 1686) mourut la femme du feu Sr Guerin ; son fils est commis au greffe de la prévôté de cette ville.
  • Le 27, 28, 29 et 30 (septembre 1686) arrivèrent en cette ville seize cent hommes du régiment d’Alsace, les mêmes que nous avions l’année dernière pour y passer leur quartier d’hyver. (cette mention fait allusion à l’impôt de l’ustencile, qui était le logement par les habitants des militaires, et vous allez voir bientôt que la ville d’Angers tentera de négocier une somme avec le roi, pour éviter les militaires… sans doute peu appréciés durant autant de mois…inactifs…)
  • Le 28 (septembre 1686) le fils de feu monsieur Lanier qui avait été maître des requestes et ambassadeur en Portugal, et de la dame Liquet sa femme, épousa la fille de monsieur Vollaige de Vaux Girault et de la demoiselle de la Cartrie Talour. Le mois d’octobre est absent du manuscrit original et semble avoir été sauté par l’auteur.
  • Dans ce même temps, le sieur Goubault Me chirurgien, veuf de la dame Salais et fils de feu Sr Goubault aussy Me chirurgien et de la dame Gendry épousa la fille du feu Sr Delhommeau marchand de dentelles et de la dame Deschamps.
  • Le 4 novembre (1686) le fils du Sr Bertelot marchand épousé la fille du sieur Bridié aussy marchand et de Delle Brintaut.
  • Le 7 (novembre 1686) mourut la femme du sieur de la Carte Lesourd, commis au greffe de l’élection de cette ville ; elle a laissé trois petits enfants ; elle s’appelait Delommeau.
  • Le 9 (novembre 1686) mourut la femme du sieur Cireul ; elle n’a point laissé d’enfants ; elle s’appelait Cheminant.
  • Le 10 (novembre 1686) mourut monsieur de la Saunerie Gault, avocat. Ce n’était qu’un brouillon et qui plaidait de fort mauvaise grâce. Il était avocat de 1645 ; il a été enterré dans l’église d’Etriché.
  • Le 2 décembre (1686) monsieur Bachelot, fils de défunt Mr Bachelot contrôleur au grenier à sel de cette ville et de la demoiselle Panetier épousa la fille du feu sieur Ganches de la Fourerie et de la demoiselle Margaritteau.
  • Le 6 (décembre 1686) mourut le Sr Robert, commis au greffe du siège présidial de cette ville.
  • Le 8 (décembre 1686) mourut d’hydropisie le sieur de la Mothe Vieil praticien en cette ville. (HYDROPISIE. s.f. Enflure causée en quelque partie du corps par les eaux qui se forment & qui s’épanchent Dictionnaire de L’Académie française, 4th Edition, 1762)
  • Le 16 (décembre 1686) mourut monsieur de Narbonne Coutard, cy-devant marchand, de paralysie et de létargie. Il était d’une taille extraordinairement grosse.
  • Le 22 (décembre 1686) le fils de monsieur Dumenil cy-devant avocat du Roy au siège présidial de cette ville et de la défunte dame des Roches Gurie épousa la fille de monsieur Poullain Sr de Greez doyen de messieurs les conseillers du présidial et de la dame Deniau avant veuve du feu Sr la Marche Gandon.
  • Le 26 (décembre 1686) mourut madame Gohin ; elle a laissé plusieurs enfants ; une fille a épousé Mr Belot Sr de Martou ; une autre a épousé Mr du Planty Boylesve, lequel était veuf auparavant de la dame Juliot ; et un garçon a épousé la fille du Sr Bertelot auditeur des Comptes de Bretagne ; elle s’appelait Sérézin.
  • Le 28 (décembre 1686) mourut la femme de Mr Coutard avocat ; elle s’appelait Subleau sœur du feu Mr Subleau secrétaire du Roy.
  • Le 30 (décembre 1686) monsieur Avril Sr de Louzil conseiller au siège présidial de cette ville, fils de feu Mr de Louzil Avril aussy conseiller audit siège et de la dame Galisson, épousa la fille de monsieur Chérot avocat et de la demoiselle de la Combe Garciau.
  • Dans ce même temps, mourut Mr de Vaulogé gentilhomme du pays du Maine, mari de la demoiselle Butin.
  • Le mesme jour monsieur de la Hussaudaye Robert sénéchal de Craon, épousa mademoiselle Harangot, fille de défunts Mr Harangot receveur des décimes à Poitiers et de la demoiselle de la Butte Sara.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Journal d’Etienne Toysonnier, Angers 1683-1714

    1686 : janvier, février, mars, avril, mai, juin

    Ce billet fait suite aux précédents, dans cette catégorie (cliquez à droite ANGERS, JOURNAL TOYSONNIER) et il sera à suivre. Le carnet mondain est souvent incomplet, et ouvre seulement la piste, mais par contre il regorge de données qu’il est rare d’avoir en généalogie : les maladies. J’y reviendrai. Je répondrai également à toutes les questions que vous posez… patience…

    Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930

  • Le premier janvier (1686) mourut monsieur de la Peroussaye Gaillard ; il s’emporta si violemment contre son soldat qu’il luy en prit un tremblement dont il mourut quelques heures après ; il n’a point laissé d’enfants ; sa femme s’appelle …
  • Dans ce temps mourut Mr Blandouët gentilhomme mari de demoiselle Hyron. Il laissa sa femme grosse qui est accouchée d’un garçon qui mourut quelques jours après.
  • Le 5 (janvier 1686) mourut la veuve du feu sieur Deschamps revendeur ; elle a laissé plusieurs enfants, savoir la défunte femme du feu Sr Hubon droguiste ; une autre fille a épousé le Sr Métayer marchand de bled, et une autre le Sr Lebreton marchand de draps de laine.
  • Le 13 (janvier 1686) la fille de Mr de Chenedé, procureur du Roy en l’élection de Paris et de dame Louise Aveline ; elle s’appelait Marie-Anne, âgée de 17 ans ; elle est morte de phtysie ; cette maladie a duré un mois. Elle m’honorait d’une amitié toute particulière et j’ai l’honneur d’avoir été son compère. Elle fut enterrée le lendemain dans l’église de St Michel du Tertre avec grande pompe.
  • Le 14 (janvier 1686) Mr Blanchard, avocat, Sr de la Pinaudière, fils du feu Sr Blanchard bourgeois de cette ville et de la dame Loyseau, épousa la fille de feu Mr Dugué, aussy avocat et de défunte Delle Viel.
  • Le mesme jour (14 janvier 1686) Mr Delaunay avocat fils du Sr Delaunay marchand et de la dame Robert épousa la fille du sieur Allard, banquier, et de la défunte dame Lagou.
  • Le 15 (janvier 1686) monsieur Charlot, cy-devant maire de cette ville, se fit installer dans la charge de conseiller et échevin perpétuel de l’Hôtel de ville, possédée cy-devant par Mr Elie des Roches, conseiller honoraire à la Prévôté.
  • Le 21 (janvier 1686) le nommé Hubert de la ville du Mans fut convaincu de l’assassinat commis dans la personne d’un particulier dans les bois du Fouilloux le 11e de juillet dernier. Les preuves n’étant pas assez fortes, on l’appliqua le 19 à la question ordinaire et extraordinaire préparatoire ; il avoua le crime de bonne foy ; il fut condamné d’être rompu et exécuté le même jour. J’avais fait un voyage avec luy de cette ville à Rouen depuis 10 ans ; je ne lui avais rien remarqué indigne d’un honnête homme. Il avoua encore plusieurs vols qu’il avait fait en différents lieux.
  • Le même jour (21 janvier 1686) le fils de défunts monsieur Desmazières et de la demoiselle Bardin épousa mademoiselle de Dieusie (ou de la Blairie)
  • Le 24 (janvier 1686) mourut Mr Deroye docteur régent en droit fils de feus Mr Deroye conseiller au siège présidial de cette ville et de la dame Davy d’Argenté. Il a mis au jour plusieurs beaux ouvrages entr’autres les Instituts du droit canon, son livre de jure patronatus, de juribus honorificiis et autres. C’était un des beaux esprits de ce siècle ; il est mort garçon âgé de 68 ans ; on m’a dit qu’il tombait du mal caduc.
  • Le même jour (24 janvier 1686) mourut Mr Galard bourgeois de cette ville ; il se mêlait de la chimie ; on dit que s’étant enfermé dans son opératoire, la fumée du charbon l’étouffa. Il a laissé sa femme appelée Leveau chargée de six enfants.
  • Le 4 février (1686) mourut mademoiselle d’Artois fille de feu Mr d’Artois bourgeois et de Delle Courant, âgée de 26 ans ; elle avait de l’esprit et du mérite infiniement. Elle fut enterrée le lendemain dans l’église des pères Jacobins en grande pompe.
  • Le même jour (4 février 1686) mourut Melle Anne Phelipeau, cy-devant directrice de l’hôpital général. C’était une fille d’une dévotion et d’un mérite consommé.
  • Le 6 (février 1686) mourut mademoiselle Gautier fille, âgée de 77 ans, sœur de feu monsieur Gaultier, prêtre, abbé de Montron.
  • Le 7 (février 1686) mourut la femme de défunt Mr Bousselin marchand de laine âgée de 87 ans ; elle s’appelait Gaury. Elle a laissé plusieurs enfants ; Mr Pichard avocat a épousé une fille.
  • Le 9 (février 1686) mourut madame Le Cout veuve de feu monsieur Le Cout marchand de bleds.
  • Le 12 (février 1686) mourut monsieur Hunault de la Chevalerie gentilhomme. Il fut enterré le lendemain dans l’église des Augustins.
  • Le même jour (12 février 1686) mourut la femme de Mr Potier docteur en médécine ; elle s’appelait Raimbaut fille du feu Sr Raimbault Me apothicaire en cette ville et de la dame Grézil ; elle était âgée de 35 ans ; elle a laissé quatre petits enfants.
  • Le même jour (12 février 1686) mourut le sieur de la Feronière Benois, marchand cirier.
  • Le 12 (février 1686) Mr Landereau avocat à Baugé épousa la fille de Mr Crosnier notaire et de la défunte dame …
  • Le même jour (12 février 1686) le sieur Duveau épousa mademoiselle Daburon nièce de Mr Daburon avocat.
  • Le 18 (février 1686) le sieur Girard Cordon fils du St Corson cy-devant marchand de soye et de la défunte dame … épousa la fille de défunts Mr Valtère avocat au siège présidial de cette fille de Delle Cécile Ménard.
  • Le même jour (18 février 1686) mourut la femme de feu Mr de la Varanne du Tremblier conseiller au siège présidial de cette ville ; elle s’appelait Eveillard. Elle a laissé plusieurs enfants ; son fils aîné aussi conseiller au siège présidial a épousé la fille de feu Mr de Louzil Avril aussy conseiller et de la dame Galisson ; un autre est curé de Villevesque ; une fille a épousé Mr Avril Sr de Pignerolle, académiste de cette ville.
  • Le 21 (février 1686) mourut le sieur Gandon, marchand droguiste en cette ville ; il était d’une taille extraordinairement puissante.
  • Le 25 (février 1686) mourut le sieur Dupuy huissier audiencier au siège présidial. Il avait épousé la défunte fille de feu Mr de la Jumelière Moreau dont il n’y a point eu d’enfants.
  • Le 1er mars (1686) mourut la femme de Mr Baillif docteur en médecine. Elle a laissé plusieurs enfants, une fille a épousé Mr des Monceaux Avril, lieutenant en l’élection de cette ville ; elle s’appelait Héard.
  • Le 20 (février 1686), la fille de Mr Coutard Sr de Narbonne cy-devant marchand de draps de laine épouse le Sr Marquis marchand de fil et de toiles.
  • Le 25 (février 1686) mourut Mr Loyant avocat au siège présidial de cette ville.
  • Le 5 (mars 1686) mourut la femme de défunt Mr Phelipeau vivant avocat au siège présidial de cette ville ; elle s’appelait Guyonne Blouin, âgée de 48 ans. Elle est morte de langueur, maladie héréditaire en sa famille. Elle a laissé plusieurs enfants, deux filles sont religieuses dans la ville de Rennes, un fils est mort à l’armée.
  • Le 8 mars (1686) mourut monsieur de la Possardière Brichet, avocat au siège présidial de cette ville, âgé de 54 ans ; il ne plaidait point.
  • Le même jour (8 mars 1686) mourut la femme de défunt Mr Loyant aussy avocat. Elle s’appelait Malville ; elle a laissé 4 enfants.
  • Le même jour (8 mars 1686) mourut monsieur Guyard notaire royal en cette ville. Il est mort d’une maladie de langueur.
  • Le 11 (mars 1686) mourut monsieur de Narcé Aveline, conseiller honoraire au siège présidial de cette ville, âgé de 58 ans. Il avait épousé la fille de défunts Mr de la Boulaisière Guilbault marchand de bétail et de la dame Paytrineau. Il était fils de feu Mr Aveline qui faisait un gros commerce de vin et de la dame Louise Beauchêne ; il a laissé un garçon et 4 filles dont deux sont religieuses au couvent de St Fleurant. Il fut enterré le lendemain dans l’église de Saint Michel du Tertre.
  • Le 17 (mars 1686) mourut la femme de Mr de la Richelière Toublanc bourgeois de cette ville ; elle s’appelait … Elle a laissé deux garçons dont le fils aîné a épousé Melle …
  • Le même jour mourut subitement la femme de feu Mr de Lizières Margariteau avocat, âgée de 59 ans. Elle s’appelait Garciau ; elle a laissé 13 enfants ; son mari est aussy mort d’apoplexie.
  • Le 19 (mars 1686) un soldat du régiment d’Alsace fut passé par les armes pour avoir tué son camarade.
  • Le 30 (mars 1686) mourut le sieur Bouët marchand de dentelles.
  • Le 1er (avril 1686) mourut le Sr Martin, marchand cirier
  • Le 4 (avril 1686) mourut mademoiselle Martineau, fille de monsieur Martineau conseiller honoraire au siège présidial de cette ville et de la feu dame … Cette fille était du beau monde et de la belle galanterie ; elle n’a été malade que 4 heures.
  • Le 2, 4, 5 et 6 (avril 1686) seize cent hommes du régiment d’Alsace qui étaient icy en quartier d’hyver depuis le 25 de novembre dernier partirent pour le camp Maintenon pour travailler à la continuation des ouvrages.
  • Le 10 (avril 1686) mourut le sieur Poitras, bourgeois.
  • Le 22 (avril 1686) Mr de la Maurinière Margariteau cy-devant assesseur en l’élection de cette ville, fils du feu sieur Margariteau marchand et de la dame Avril épousa la fille de défunt Sr Trochon marchand droguiste en la ville de Nantes époux de la dame Panetier ; une autre fille a cy-devant épouse Mr Bruneau avocat.
  • Le 23 (avril 1686) Mr Rousseau fils de feu Mr Rousseau conseiller au présidial de cette ville épousa mademoiselle Charbonneau.
  • Le même jour (23 avril 1686) mourut Mr de la Chalerie Héard ; il avait épousé une femme de Paris, que sa famille n’a jamais voulu considérer.
  • Le 28 (avril 1686) Mr Louët fils de feu Mr Louët l’aîné, cy-devant conseiller au siège présidial de cette ville et de la dame Grimaudet épousa la fille de défunts Mr Gueniveau Durceau éleu et de la demoiselle Guedier.
  • Le 30 (avril 1686) mourut Mr Pierre Sr de la Plante, bourgeois, fils du feu Sr Pierre marchand droguiste et de la dame Barbier. Il avait épousé le 11 de juin dernier la fille des feus Sr du Brossé Ganches, et de la Delle Toublanc. Il n’a point laissé d’enfants ; il était âgé de 36 ans.
  • Le 1er mai (1686) les sieurs de Fougeray Artaud et Guitteau marchand furent élus échevins.
  • Le 2 (mai 1686) le sieur Richard marchand droguiste épousa la fille du sieur Henriette marchand.
  • Le 6 (mai 1686) mourut le sieur Boussion, fils de Boussion boucher, cy-devant marchand de draps de soye ; il tomba aussitôt après son mariage dans la disgrâce ; il avait épousé la fille du sieur Plé Me chirurgien. Il est mort d’hydropisie.
  • Le 17 (mai 1686) mourut Mr Antoine Gasté avocat. Il était savant et plaidait bien. Il avait épousé en premières noces la demoiselle de Boisguérin dont il y a plusieurs enfants, Mr Gasté avocat qui a épousé Melle Nairault, deux religieux Augustins, un prêtre chanoine à St Pierre.
  • Le 22 (mai 1686) mourut Monsieur Goureau Sr de … Il avait épousé …
  • Le 23 (mai 1686) mourut la femme de Mr Grimaudet sieur de la Roirie. Il avait épousé la dame de la Chausseraye Bérault, dont elle a laissé un enfant ; elle n’a été mariée que 10 mois ; cette femme était très vertueuse.
  • Le 26 (mai 1686) le sieur Bouët marchand de dentelles épousa la fille du St Viot marchand droguiste.
  • Le 27 (mai 1686) monsieur de la Maurousière Boylesve président au siège présidial de cette ville, fils de feu monsieur de la Maurousière Boylesve maître d’hôtel du Roy et de la dame Lanier, épousa la fille de feu monsieur de Ménardeau et de la dame Ayrault
  • Le 28 (mai 1686) Mr Saget, fils de défunts Me Saget commis au greffe de la prévôté de cette ville épousa la fille du feu Sr Poilpré et de la dame Bachelot.
  • En ce même temps, Mr de la Marsilière Musard, capitaine au régiment de Pompone, fils du Sr Musard secrétaire de Mr l’évesque d’Angers et de la dame Le Masson, épouse la demoiselle … fille du sieur … procureur au parlement.
  • Le 4 juin (1686) monsieur de Longueil épousa la fille de monsieur de la Béraudière Cupif et de Delle Leroyer.
  • Le même jour (4 juin 1686) monsieur Brouard avocat épousa la veuve du feu Sr Pelletier de Terrière, Me chirurgien.
  • Le 7 (juin 1686) mourut monsieur du Tertre Babin avocat au siège présidial de cette ville. Il était retenu au lit depuis 8 ans par les gouttes ; il était très habile homme et plaidait avec un grand feu.
  • Le 10 (juin 1686) monsieur de l’Étoile de Bouillé gentilhomme épousé mademoiselle Claude Lefebvre fille de défunts Mr de la Guiberdrie Lefebvre gentilhomme ordinaire chez le Roy et de la dame Guedier.
  • Le 10 (juin 1686) monsieur Dumas Gurie major du château de Saumur, épousa mademoiselle Moncelet.
  • Le même jour (10 juin 1686) monsieur de la Haye Grandet épousa la fille de Mr Hardy sieur de la Jouannière avocat au siège présidial de Château-Gontier ; elle était veuve du sieur …
  • Le même jour (10 juin 1686) mourut madame Trochon veuve du défunt sieur Trochon marchand. Elle a laissé plusieurs enfants ; un garçon est religieux Carme, une fille a épousé Mr Allard cy-devant marchand de soye ; elle s’appelait Gault de Beauchêne.
  • Le même jour (10 juin 1686) monsieur de Fontenay Thomas se fit installer en la charge de conseiller honoraire au siège présidial possédée par Mr de la Rousselière Thomas son oncle.
  • Le 12 (juin 1686) le fils de Mr Jameron procureur du Roy à Beaufort épousa la fille de défunt sieur Tissier clerc juré au greffe du siège présidial de cette ville.
  • Le 15 (juin 1686) les lettres accordées par le Roy pour l’établissement d’une académie royale française en cette ville furent lues et enregistrées à l’audience sur les conclusions de Mr l’avocat du Roy Martineau qui parla fort éloquemment.
  • Le 22 (juin 1686) un orage de grêle d’une grosseur prodigieuse tomba sur les paroisses de Chalonnes, St Laurent de la Plaine, St Germain, Ste Christine et plusieurs autres qui en désola toutes les campagnes et brisa les bleds vignes et bois en sorte qu’il n’y a rien à recueillir cette année, tout étant entièrement perdu.
  • Le 24 (juin 1686) mourut Melle Hardy, fille, âgée de 78 ans ; son père était avocat qui mourut huguenot corrompu par les sollicitations d’un clerc.
  • Le 30 (juin 1686) mourut Mr Maugin ; il était garçon, âgé de 56 ans ; il est mort d’apoplexie.
  • Journal de Maître Estienne TOYSONNIER, Angers, 1683-1714
    Numérisation par frappe du manuscrit : Odile Halbert, mars 2008. Reproduction interdite.
    Légende : en gras les remarques, en italique les compléments – Avec les notes de Marc Saché, Trente années de vie provinciale d’après le Journal de Toisonnier, Angers : Ed. de L’Ouest, 1930
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