Marie Boucher femme délaissée de Pierre Mouton, Provins 1595

Introduction

La société à Provins différait vraiement de celle d’Angers. Je vous ai déjà dit que les veuves y étaient fort nombreuses, et voici un autre exemple très moderne : femme délaissée. En effet, il semble que de nos jours ce cas soit devenu très fréquent alors qu’autrefois il n’en est jamais question, du moins dans les notaires que j’ai étudiés en Anjou. Or, j’en trouve à Provins au 16ème siècle, et la justice reconnaissait l’absence du mari pour donner ses droits à la femme délaissée. Décidément, Provins au 16ème siècle était une société très moderne.

Marie Boucher femme délaissée

 

AD77-1057E422 Jacques Delanoe notaire à Provins – vue prise par le CGHSM de Melun, avec son aimable autorisation

1595.01.25 vue 86 – fut présent honorable homme Claude Roze marchant demeurant à Provins lequel recognut avoir pris et retenu prent et retient à tiltre de loyer d’argent à années d’honneste femme Marie Boucher femme délaissée de Pierre Mouton auctorisée par justice pour l’abscence dudit Mouton présente bailleresse audit tiltre qui a promis garentir, c’est à savoir une maison de fond en comble court derrière le tout comme il se comporte assise à Provins devant la boucherie du Val tenant d’une part à Nicolas Mouton d’autre la la veuve et héritiers Martin Mouton … jusques à 6 ans moyennant la somme de 6 escuz deux tiers en 2 termes

Ayoul Ythier en procès avec son gendre pour non partage des biens de sa défunte femme, Provins 1595

Introduction

Autrefois on vivait moins longtemps, aussi les successions des parents étaient déjà réglées avant le mariage des enfants. Mais, parfois on vivait plus longtemps. Ainsi, Ayoul Ythier, veuf, est mis en procès par son gendre pour ne pas avoir partagé les biens d’Agnès Jeubert sa défunte femme.

Transaction entre Ayoul Ythier et son gendre

Les transactions sont fréquentes, et ce sont des actes de plusieurs pages puisqu’ils énoncent tous les points de la transaction. Je vous mets la première page d’un acte de 5 pages, juste pour vous montrer qu’un gendre pouvait se plaindre de son beau-père… en justice, même chez les bourgeois.

AD77-1057E422 Jacques Delanoe notaire à Provins – vue prise par le CGHSM de Melun, avec son aimable autorisation – vous pouvez zoomer ou enregistrer la vue pour la lire plus grande

1595.01.07 vue 46 – furent présents en leurs personnes honorables hommes Ayoul Ythier marchand demeurant à Provins d’une part, et Estienne Genais tanneur demeurant audit lieu à cause d’Adrienne Ythier sa femme fille dudit Ayoul d’autre, disans lesdites parties qu’ils estoient en procès soit par devant monsieur le prévost de Provins sur ce que ledit Genais et sa femme demandaient partages des biens immeubles rentes et revenus demeurés du décès de deffunte Agnès Jeubert mère de ladite Adrienne et femme en premières nopces dudit Ythier …

A la mémoire des femmes de Provins : Catherine Philippe, veuve de Jean Robinot, 1597

 

Catherine Philippe, veuve de Jehan Robinot, vend à rente annuelle perpétuelle au boulanger de Provins un jardin contenant 3 perches rue des Marets. (AD77-1057E422 Jacques Delanoe notaire à Provins)
Je suis en admiration devant ces signatures de femmes. J’ai tellement dépouillé d’actes notariés en Anjou, sans jamais rien voir de tel, que je reste totalement stupéfaite devant mon écran tant j’admire et je tiens à vous restituer ces signatures à la mémoire de ces femmes de Provins

 

Gabrielle Marquant et Simon Lecourt ont laissé une rente à payer à leurs descendants, Provins 1597

Introduction

On hérite toujours comme autrefois des dettes actives et passives, et aujourd’hui on peut toujours renoncer à une succession déficitaire pour éviter les dettes. Au 16ème siècle à Provins, les rentes perpétuelles étaient dans les successions et les héritiers oubliaient parfois de les payer… Et les actes des notaires donnent beaucoup de filiations de ces héritiers mauvais payeurs. Je vous mets ce jour un exemple de ces rentes impayées par les héritiers pour vous convaincre de la richesse filiative des fonds des notaires, car de tels actes fourmillent.

Gabrielle Marquant

L’acte donne une partie de ces héritiers pour n’avoir pas payé une rente annuelle perpétuelle qu’elle a laissé. Elle avait épouse Simon Lecourt.

AD77-1057E422 Jacques Delanoe notaire à Provins – vue prise par le CGHSM de Melun, avec son aimable autorisation

1597.03.21 vue 166 – honorable homme Denis Lefendeur sergent royal à Provins tant en son nom que comme tuteur des enfants de luy et defunte Charlotte Dubuisson jadis sa femme et encors soy faisant fort de Nicolas Moreau et Jehanne Dubuisson sa femme à cause d’elle tant en son nom que comme héritière de Jacques Hiart fils de Jacques et deffunte Nicole Dubuisson héritiers de deffunt Edmé Dubuisson vivant marchant demeurant à Provins d’une part, et  Pierre Rayer paulmier demeurant audit Provins à cause de Symone Leblanc sa femme fille de deffunte Catherine Prive héritière en partie de deffunte Marguerite Marquant vivante femme de Symon Lecourt fils de Nicolas aussi marchant demeurant audit Provins d’autre, lesquelles parties de leurs bons grés sans force pour obvier aux frais qu’il conviendrait faire en exécution des sentences obtenues tant au siège de la prévosté que baillage de Provins par lesdits Lefendeur et Moreau esdits noms touchant le payement des arrérags de la moitié de 13 septiers de bled froment de rente constituée par defunt François Lombart et sa femme au proffit dudit deffunt Edmé Dubuisson à prendre sur certains héritages assis à Sainct Bouy et es environs acquis par ledit Lecourt depuis la création de ladite rente et constant le mariage de luy et de ladite Marquant comme aussi pour la continuation de ladite rente à l’advenir, desquels arrérages comme aussi du sort principal de ladite rente s’est trouvé ledit Rayer à cause de sadite femme estre tenu et redevable comme héritier de ladite deffunte Marquant son ayeule d’une quatriesme partie les quatre parts faisant le tout pour laquelle quatriesme partie tant dudit sort principal de ladite rente à la raison de … comme aussi pour les arrérages escheus et autres qu’ils peuvent debvoir des despends desdits procès en leur regard et jusques à ce jour (f°2) ils ont ensemblement composé et accordé à la somme de 32 escuz 15 sols tz que ledit Rayer en a promis et promet et sera tenu payer audit Lefendeur esdits noms …

Pierre Haton et Lupien Chevrier cèdent leur droit de succession à celui qui a en charge les enfants mineurs du défunt, Melz sur Seine (77) 1597

Introduction

Autrefois, les tutelles et/ou curatelles touchaient pratiquement tout le monde, tant il y avait d’enfants ayant perdu leurs parents avant la majorité, alors à 25 ans. Mais souvent cette tutelle touchait des enfants en bas âge, donc durait plus de 20 ans. Certes on faisait travailler les enfants très tôt, dès 9 ans et on n’avait plus que la charge de gestion de leurs biens, mais avant leurs 9 ans on devait aussi les entretenir.

Blunay à Melz-sur-Seine (77) 

Blunay est un village très important, qui était aussi grand que le bourg. Ce village donna naissance à Claude Haton qui nous a transmis les Mémoires de Champagne, précieux document sur l’histoire de la Brie 1553-1582. Je trouve dans les archives des notaires de Provins la trace d’un autre Haton contemporain au même village, certainement proche parent. Ici, il a renoncé à une succession en faveur de celui qui élève des enfants mineurs manifestement en bas âge. C’est une très belle renonciation, et en outre l’un des cédants est un Haton, certainement proche de Claude Haton et contemporain.

renonciation au profit de celui qui élève les enfants

AD77-1057E422 Jacques Delanoe notaire à Provins – vue prise par le CGHSM de Melun, avec son aimable autorisation 

1597.03.21 vue 165 – Fut présent en sa personne Lupien Chevrier laboureur demeurant à Blunay paroise de Melz sur Seine héritier en partie de deffunt Jehan Chevrier fils de Jehan son frère et encores comme ayant le droit par renonciation de Pierre Hatton aussi héritier en partie dudit deffunt lequel de son bon gré sans force recognut avoir renoncé quicté transporté et délaissé et par ces présentes renonce quicte transporte et délaisse à Jehan Meignen laboureur demeurant audit lieu présent et acceptant à tous tel droit part et portion nom raison fond propriété possession et autres qu’il a et promet avoir tant de son chef que comme ayant le droit dudit Haton comme dit est en tous et chacuns les héritages et biens immeubles qui furent et appartinrent audit deffunt Jehan Chevrier en quelque chose que se puisse consister et en quelques lieux qu’ils se trouveront estre situés et assis sans rien en réserver sinon ung quartier de terre en une pièce assise au finage de Blunay au lieudit les Champeaulx et environ unze perches de vigne en deux pièces assises audit finage de Montautre et des Champeaulx qui seront et demeureront audit Lupien Chevrier, pour desdits héritages et biens immeubles jouyr par ledit Meignen acceptant à la réserve susdite, aux charges qu’ils peuvent debvoir dès maintenant à tousjours perpétuellement, encores a ledit Lupien Chevrier quicté et quicte ledit Meignen qui avoit espouzé cy devant la veuve dudit deffunt Jehan Chevrier et ce que luy peuvent debvoir pour raison et à cause de la charge de tutelle que ledit deffunt Jean Chevrier son père et depuis ledit Nicolas son frère ont eue …

La place des veuves à Provins en 1598 : nombreuses et loin d’être pauvres

Introduction

Je viens de terminer le fonds de Jacques Delanoe notaire à Provins pour l’année 1598 qui contient 355 actes. J’ai été très émue tout au long de ce dépouillement par 2 points importants et je tiens à vous les rapporter. Le premier concerne la présence d’un très grand nombre de veuves, puisque j’en rencontre pas moins de 81. Elles ont du bien et le gèrent.
Je vous avais déjà montré que les femmes à Provins étaient mieux éduquées qu’en Anjou et savaient presque toutes signer. Eh bien, elles savaient aussi gérer, donc quand leur époux était vivant, en fait elles cogéraient, même si c’est lui qui passait chez le notaire selon la loi. Elles n’étaient pas toutes des bobonnes à la cuisine…

on racontait que les veuves étaient toutes pauvres

Dans les années 1950, on racontait aux enfants que les veuves étaient toutes pauvres et même mendiantes. Je ne me souviens pas avoir entendu au cours de mes études secondaires parler de la condition des femmes dans l’histoire autrement que l’histoire des reines, et des mendiantes… Les premières ne m’ont jamais intéressée car trop loin de ce qu’étaient nos ascendants, les secondes, je les découvre à travers mes travaux depuis 35 ans dans les archives notariales, et à Provins, elles sont particulièrement nombreuses et souvent assez aisées voire très aisées.
Le second point d’étonnement viendra demain.

les hommes mourraient donc souvent jeunes à Provins

et les femmes étaient mieux préservées en couches, au point que je me demande si les sages femmes ne se lavaient pas les mains à Provins, bien avant les autres provinces de France ? car manifestement elles sont nombreuses à vivre longtemps.  Au point d’ailleurs d’enterrer 2 maris, et celle que je vous mets ci-dessous n’est pas la seule.

Marguerite Moussier veuve en secondes noces

AD77-1057E424 Jacques Delanoe notaire à Provins – 1598.01.09 vue 8 – fut présente en sa personne honneste femme Marguerite Moussier veuve en secondes nopces de deffunt Jehan Billotte vivant marchand demeurant à Provins tant en son nom que comme tutrice légitime de Perrette Billotte fille mineure d’ans d’elle et dudit deffunt Jehan Billotte par les parents de laquelle elle promet faire auctoriser se présent contrat de vendition toutefois et quantes que requist sera à peine etc laquelle esdits noms susdits recognut avoir vendu ceddé quicté transporté et délaissé et par ces présentes vend cèdde quicte transporte et délaisse promis et promet garantir de tous troubles et empeschements qelconques tant en son propre et privé nom que comme tutrice et en chacun d’iceulx seul et pour le tout sans division ne discussion renonçant aux droits Velleien…, à Nicolas Langlois laboureur demeurant à Augere présent achepteur pour lui ses hoirs c’est à savoir la moitié par indivis de 10 à 11 arpents de terres labourables en plusieurs pieces situées et assises au finage dudit Augere et es environs que … (f°2) à tiltre de moisson de ladite venderesse esdits noms et partie par indivis avec luy comme ayant acquis ladite moitié d’icelle venderesse et à ladite Perrette appartenant de propre et advenus par ladite succession dudit deffunt Billotte son père, en censive de la seigneurie d’Augere et chargé de 4 deniers tz par arpent sans autres charges, quites du passé jusques à huy, pour desdits héritages jouir par ledit achapteur et ses hoirs dès maintenant à toujours ; ceste vente faite moyennant le prix et somme de 33 esuz ung tiers franc à ladite venderesse qui les a eu et receu dudit achapteur … lesdits deniers ladite veuve a dit estre pour employer à la nourriture et entretien de ladite mineure ..