NANTES LA BRUME, Ludovic GARNICA DE LA CRUZ, Paris, 1905 CHAPITRE VIII. LES ÉCAILLES.

Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

Ils se réunissaient chaque soir à l’heure de l’apéritif dans une petite salle au premier étage du café de Nantes. Buvant des bocks, fumant des pipes, jouant au billard, les amis causaient d’art, de femmes, du mauvais temps. Léris débitait parfois un monologue comique pour les dérider ; Geray chantait ses romances sur le vieux piano du coin.
Alors que la pluie curieuse frappait du doigt contre les vitres et que le brouillard y collait ses yeux gris, Channel contait des blagues ensorcellées de soleil méridional. Il exhibait ses caricatures in- vraisemblables qu’il piquait le lendemain sur le mur de sa chambre. Ormanne crayonnait des angles de ruelles tristes, les égayant d’un coloris étincelant. De Remirmont, était la gazette. On apprenait les dernières nouvellés locales, les petits potins passionnants, les grands mariages, les spectacles en vogue, le dernier scandale. Il intervenait pour calmer les rages de Delange et les tempêtes de Mussaud. Ce dernier travaillait dans l’atelier de son père, fabricant talentueux de statues pour églises. Cependant, dans cette athmosphère d’anges et de vierges, il s’était passionné d’un réalisme charnel effréné. Il sculptait des femmes nues, d’une nudité saillante. Là était son idéal entier, la matière captivante par elle-même. Delange le jugeait avec sa brutalité ordinaire.

  • Tes oeuvres, ç’a vous met bêtement en rut !
  • A Verneuil on ne disait rien. En pleine tranquillité il dessinait ses paysages surchagés d’une couleur presqu’unique qu’il savait merveilleusement modifier. Un jour il leur apporta une toile représentant la cale aux foins un matin de printemps. On aurait dit voir le quai chargé de meules à travers une émeraude finement éclairée.
    Ensemble l’on blaguait cruellement l’idole qui exposait rue Crébillon chez Laugé. L’idole favorite du grand public routinier. Celui qui fait des pastels comme des chromos, celui qui a un génie pour les lavis, les choses bien propres, les bonnes copies d’un élève de dessin. Le monsieur peintre devant lequel des groupes s’extasient, s’entassent, s’étonnent, s’émerveillent, qui croque des chairs nues, de simples chairs sans voiles, de simples chairs, comme les chairs de tous ceux qui n’ont pas eu la petite vérole. Le brocanteur de toiles qui aurait fait, un excellent photographe ou décalqueur avec un peu d’exercice. Et l’on n’épargnait jamais les malheureux peinturlureurs des crânes graves et d’occiputs glorieux, de bouquets naïfs et de marines qui vous donnaient le mal de mer à regarder leur eau verte.
    Le méditatif Monnés toujours côtoyé de l’infatigable Trémat venait mêler sa voix impérative aux discussions artistiques. Médiocrement estimé, pas aimé, on lui faisait cependant bon accueil. René le trouvait commun, Mussaud trop fat ; il donnait à Delange la sensation d’un crapaud. Un soir il déclama son fameux drame en cinq actes. Ses joues se gonflaient de vers sonores ; ses bras scandaient les scènes énergiques. Une sueur épaisse coulait sur son animation. A la fin de chaque acte, il s’arrêtait. Charles hurlait :

  • Garçon, un bock !
  • A minuit le sobre auteur en avait bu six. Il fut obligé de prendre le bras de Trémat pour se rendre chez lui. A sa porte il eut un suprême effort.

  • C’est étrange, jamais la lecture de mon oeuvre ne m’a tant grisé qu’aujourd’hui.
  • Hum !!! Bonsoir, répondit Trémat en lui serrant la main.
  • Le mois de décembre allait se terminer suivant son habitude dans une chlorose de boues et de pluies. Delange proposa à ses amis la préparation d’une exposition dans son atelier pour le mois de mars prochain. Mussaud exposerait ses statues, Frayssère ses cannes et ses marrons sculptés, Charmel ses satires, Ormanne ses vieilles masures, Verneuil et lui quelques toiles. Le jour de l’ouverture René réciterait ses poèmes, Géray ses compositions musicales. On applaudit le projet. Une exposition étrange, formidable, de quoi renverser les idées neutres du hourgeois Chacun se creusa la tête pour trouver l’idée meurtrière.
    Quelques jours avant Noël, Delange semblait triste ; les dents serrées il fumait avec rage, ne causait pas. René soupçonna quelque chagrin, et se rappelant avoir vu plusieurs fois Malteigne, le procu¬reur de femmes, rôder dans la rue Prémion, il interrogea son ami au café.

  • Qu’as-tu, Charles ? Est-ce Berthe qui te cause de l’ennui ?
  • Je n’ai rien, grommela Delange.
  • Allons donc, tu ne causes plus depuis deux jours. Est-ce donc un mystère que nous ne puissions connaître ?
  • Tous insistaient amicalement.

  • Tenez, foutez-moi la paix !
  • Et il s’en alla.
    Pendant trois jours il fut impossible, même à René, de voir le peintre. Ses amis s’inquiétaient. Quel chagrin pouvait-il avoir ? Ils soupçonnaient Berthe d’en être la cause. Un soir René força la porte de Charles. Il le trouva fumant sa pipe couché sur son lit, les yeux indécis dans les spirales de la fumée.

  • Charles, tu n’es pas gentil envers moi. Tu manques de confiance.
  • Le peintre sauta du lit et prenant la main de son ami,

  • Viens voir, René, mon chef d’oeuvre.
  • Il lui montra une toile au milieu de la chambre.

  • Je l’ai terminée aujourd’hui.
  • Parmi des touffes de nuées violettes comme une pluie indiscontinue de tristesses, Berthe, demi-nue, laissait flotter ses lourds cheveux d’or. Son corps se dessinait sous les plis d’une tunique de gaze transparente. Les dents riaient un rire devenu cruellement ironique en l’expression des yeux. La main gauche soutenait dans sa coupe un des seins, l’autre écrasait d’une crispation brutale les plumes de l’aile d’un cygne planant à ses pieds. Le cygne fusait un foyer de neige sur le fond douloureux, et sa tête se tournait vers l’aimée avec deux regards frémissants d’orgueil surhumain et d’un noble chagrin silencieux.

  • Elle est partie !… Sans raison !.. J’ai voulu conserver d’elle un souvenir… Nuit et jour dans la paix et la peine sa pensée m’a conduit la main… La souffrance !… merveilleuse maîtresse d’art !
  • Il avait pris le poignet de René, et le serrait dans un étau de fer.

  • Son image était gravée là en mon cerveau brûlant,… plein de son corps… de ses cheveux de feu… Je ne suis même pas bien certain d’avoir allumé une lampe… l’éclat de ses regards resté dans mes yeux m’éclairait… René.,. les heures pénibles… mes larmes, elles flottent dans ces nuages, ce sont elles seules, ces nuages, l’atmosphère de mon coeur meurtri… La femme, bonne souffrance… sans elle, aurais-je fait cette œuvre ? Si elle revenait maintenant, je lui dirais merci… Merci d’avoir ouvert la barrière de l’art pur, de l’inspiration sublime… Je suis tranquille, je ne souffre plus… J’ai tout mis là, tout, trois jours d’hypertrophie douloureuse de l’âme et du corps… tout le passé, tout le présent… tout mon moi des hier… A mes tâtonnements infructueux il manquait cela… Je me repose un instant au but … Demain, je reprendrais une autre route incertaine. Cette fois qui allumera la lampe indicatrice ? Le hasard, un inconnu, un passant d’une seconde qu’on ne reverra plus jamais nous rendre visite en notre salon d’espoir !
  • Il haussa les épaules en riant du coin des lèvres.

  • Tu les rassureras mes braves amis qui me croyaient perdu. Je les inviterai à venir voir l’enfant de mon chagrin.
  • La semaine suivante le peintre entendit gratter doucement à sa porte — le frôlement d’une souris qui veut se faire savoir. C’était Berthe, un peu timide malgré son aplomb habituel.

  • Bonsoir, Charles.
  • Bonsoir, répondit Delange très calme.
  • Arrêtée au milieu de la chambre, n’osant ni avancer, ni reculer, elle le regardait en dessous. Il ne dit rien.

  • Tu ne m’attendais plus ?
  • Non.
  • Elle leva les yeux plus franchement. Le peintre n’avait rien de sévère.

  • Tu me renvoies, mon petit Charles.
  • Non.
  • Si tu savais… Je te dirais tout sans mentir.
  • Non.
  • Elle baissa complètement la tète et fixa le plancher, tortillant ses gants dans ses deux mains.
    Le silence dura quelques secondes. Comme elle ne disait plus rien, Charles, très doux, la conduisit près du tableau.

  • Voici le pardon, murmura-t-il simplement…
  • Et il l’embrassa, dévot, sur le front.

    Janvier comme la momie d’un pape embaumé sous son catafalque de verglas. Gels et dégels, bougies qui coulent de la graisse noire sur les pavés, sur les miroirs ramoneurs des trottoirs. Les rues ont des tapis moelleux entaillés de fioritures. Les souliers balourds s’y font l’illusion de pantouffles, les sabots à clous de lapper du beurre. La ville est engourdie, malade de névrose monomane, et le ciel bienveillant sème dans ses entours la paille du silence. Nul ne songe à lever les carpettes moirées de la boue. Le caricaturiste nantais l’affiche à la salle des dépêches du journal « Le Populaire » de sa légende ironique : « Vu l’impossibilité de laver les rues les habitants sont invités à se munir d’échasses. »
    Emmitoufllés courageusement dans des débris de bêtes ou fourrures, Lolette et René se hasardaient au dehors. Ils pataugeaient au milieu du cloaque. Des points d’exclamation s’imprimaient au passage des voitures sur les vêtements, s’y collaient tenaces comme des poux affamés. Leur amour s’éternisait de tendresse, soit sous les grandes voûtes du plein air, soit dans l’intimité des nuits bien closes.
    Devant la cheminée flambante, il lisait ses chères préférences, recopiait les vers nés ça et là d’un effort d’imagination hâtive, elle brodait quelque chaussette détériorée. Sur la table toujours, tachant de son doigt jaune, un livre de poèmes. Et le piano accompagnait aussi des chansonnettes, des ballades que René chantait par les soirs d’inspiration. La liseuse vernie emplissait son ventre d’œuvres modernes de poètes nouveaux, ceux que la province ignore, de romans quelle ne comprend pas. Et l’on éteignait la lampe à l’heure des baisers, la lampe, le candide fermoir du missel de leurs veillées tranquilles.
    Des plaisirs enfantins, insignifiants, les trouvaient passionnés. Ils prenaient des numéros de loteries sur la place Bretagne ; ils perdaient, gagnaient de la vaisselle, des bibelots de rien, qu’elle conservait précieusement.
    La place Bretagne où se tenait la foire d’hiver était située dans le Marchix, un quartier pouilleux, verminé de crapules. Le cirque Plège arrondissait sa forte corpulence jaunasse. Il semblait le soir, un gros pachyderme à l’oeil circulaire du sommet jetant des flammes. Deux rangs de baraques foraines s’appuyaient à l’ombre du colosse. Bateleurs gueulant une réclame affriolante, orgues de barbarie nasillant cent airs différents à la fois ; ça faisait avec les grosses caisses et les tambours un charivari monstre comme un vent de tempête qui ramasserait des grelots, des piécettes d’argent, des castagnettes, des tuiles et des rochers. Les roues de la machine électrique luisante du cinématographe sursautaient les pistons ; l’électricité s’omnipotait aux frontons de la baraque brune peinturlurée de scènes grotesques. Dans des trous noirs au silence dune lampe à huile, on montrait quelque phénomène : la femme tigre, le veau à deux têtes, — les minuscules barnums vidant les poches des naïfs badauds. Et puis, plus clairs, les marchands de nougats à leurs tables joyeuses délicatement ordonnées. Les papiers dorés et argentés, les faveurs bleues et jaunes, les gommes rouges et vertes, un méli-mélo d’yeux vifs qui s’entre-regardaient, narguaient de colorés sourires les passants qui les épiaient du coin de l’oeil, les séduisaient d’un signe de tête gourmand. La tringle de laiton grinçait des dents sur les manivelles des loteries. Celles-ci virotaient reflétant des étincelles de porcelaines miroitantes, de couvertures de sucre d’orge. Et les macarons étageaient leurs petits pâtés près du plat rouge bossé de trous à numéros où la roulette saccadait son bedon de bois. En rang de quilles des bouteilles de champagne le goulot ceint d’un cache-nez d’or recevaient les anneaux des joueurs dont elles étaient l’enjeu. Les tapisseries de vaisselles croulaient des vagues lumineuses du fond des concavités polies, de la transparence des flacons de cristal, du mat net des poteries bizarres. Chaque tente fusait un foyer excentrique de lumière crue sur les promeneurs en foule barbotant jusqu’aux chevilles dans la boue nauséeuse jonchant la place éternellement comme les roses noires échappées au corsage de Dame la ville des brouillards. Pour six sous on montre la passion de N. S. Jésus-Christ par des pitres massacrant de leur mascarade les mystères religieux. Ici, ce sont des exhibitions féroces de tableaux militaires ; des soldats morts sur le champ de bataille, des nonnes soignant les blessés ; la leçon criarde du patriotisme à la foule des bambins et des retraités impotents. S’il fut jadis un art mangeant la soupe à la table des forains, il est crevé au coin d’une route, il a culbuté cul par dessus tête au fond de quelque égout irretrouvable. De ces mesquineries affreuses ne jaillit qu’une foule braillarde à la curée des gains de hasard, de veuleries abêtissantes ou érotiques. Pitres et badauds, avilisseurs inconscients de la nature humaine.
    Au cirque les bancs étaient entièrement recouverts de leur nappe humaine. La piste semée de sable fin se remplissait de clowns, de chevaux, de sauteuses.Tous ces pantins d’amusement gesticulaient dans la cuvette fauve sous le nez des spectateurs béats. Là, comme partout ailleurs, le talent des gymnasiarques les fatiguaient vite. On réclamait la pantomime. Oeuvre dégénérée du scénal primitif. Qu’ils sont loin de vous, mimes Romains, ceux qui farandolent leurs lamentables singeries ! Contorsionnistes de la laideur physique, croyez-vous en votre nécessité ? Pauvres gens qui salissez la volonté morale de votre créateur ! Tristes criminels que d’imbéciles complices entraînent au meurtre de l’honneur du soi !
    Pendant l’entracte, sous le pourtour, les deux amants rencontrèrent le banquier Delange. Il avait le visage grave et froid, une barre soucieuse comme la peur d’un malheur inévitable sur le front. René salua. Le Banquier vint à lui.

  • Bonsoir, Monsieur de Lorcin, bonsoir, mademoiselle, j’ai eu l’occasion de vous défendre aujourd’hui même près de votre oncle.
  • Me défendre ?
  • Je me suis trouvé nez à nez chez lui avec Mme Derrin une de mes clientes, qui s’était fait la confidente de vos amours auprès de ce brave M. de Lorcin. Je ne sais ce qu’elle lui a conté, mais il était furieux, d’une fureur terrible. Il rumine contre vous projets coercitifs. Il ne parle rien moins que de mater ce qu’il appelle votre rébellion. J’ai fait mon possible pour le calmer… Il faut bien que jeunesse se passe… Mon coquin de Charles fait ce qui lui plaît. Ce pauvre Charles… Il avait prononcé tout bas, dans un murmure, ces derniers mots. René surpris le regarda fixement.

  • Merci, Monsieur Delange, de votre bonté. J’attendrai mon oncle de pied ferme. Qu’ai-je à craindre ? Ne suis-je pas libre ? Ais-je besoin de lui ?
  • Vous êtes jeune, mon cher ami, modérez-vous. Les discordes ne valent jamais rien. Le bonheur même que l’on croit avoir n’est souvent qu’un leurre. J’ai simplement voulu vous prévenir, pour vous montrer ma sympathie.
  • Les deux hommes se serrèrent la main.

  • As-tu remarqué, René, quelle tristesse en ses yeux, dit-elle quand il fut loin.
  • René ne répondit pas ; il avait aussi remarqué. Cela l’intriguait d’un pressentiment de mauvais augure.
    Aux abords de l’écurie, à demi-cachées par un pilier, deux gamines causaient avec un vieux monsieur. A leur approche, le monsieur s’éclipsa derrière une toile, pas assez tôt pour que René ne reconnût l’architecte Varlette. Quant à Belle et Line, — c’étaient elles, – elles vinrent leur dire bonjour.

  • On vous y prend, mes petites, sourit René, à faire la cour aux vieux.
  • Oh ! C’est, lui, répliqua Belle.
  • Que vous a-t-il dit ?
  • Rien, dit Line
  • Comment rien ?
  • Tu peux bien le dire, sotte, reprit Belle.
  • Il nous a dit qu’on était très gentilles, qu’on devait faire de jolis bébés jumeaux comme il en rêvait, que si on voulait aller de suite avec lui, ils nous donnerait un louis.
  • Je vous ai alors interrompu.
  • Non ! C’était fini.
  • Ah ! Il vous attend ?
  • A la sortie. Nous allons bravement aller voir ce qu’il nous veut.
  • Allez, allez, bon courage, et amusez-vous bien, vous me raconterez la suite.
  • Détails complets.
  • Chez eux la cheminée se dorlotait de tisons rouges. La cendre chaude chauffait les prunelles de René rêveur, tandis que Lolette tirait la couverture et préparait les chemises de nuit. La lampe sur la table bavardait silencieusement comme une vieille avec l’abat-jour vert.
    René, tu ne te couches pas ? Je suis fatiguée.
    Couche-toi, j’ai bien le temps.
    Comme tu me parles ! T’ai-je fait quelque chose ?

    Elle s’approcha de lui se penchant pour regarder ses yeux.
    Il eut un geste agacé.

  • Laisse-moi. Va te coucher ; j’irai te rejoindre tout à l’heure.
  • Méchant, tu ne m’aimes plus ?
  • Sotte, tu ne peux donc pas me laisser une seconde en paix.
  • Dix, répondit-elle vexée.
  • Elle se déshabilla lentement. René continua de rêver.
    Un profond silence montait à la lueur de la lampe troublé par la sempiternelle romance du bois qui brûle, le crépitement des crochets du corset, le criss des boucles de jupons qu’on délie, le frôlement de moire et des étoffes. Les jarretelles claquèrent, les bas glissèrent leur fin murmure le long des mollets blancs. Puis dans la glace elle défit ses cheveux, jeta épingles sur le marbre de la toilette, un bruit de petits doigts d’acier pianotant.
    René n’avait pas bougé. Alors, de la descente de lit où elle se tenait debout en chemise et pieds nus, elle appela suppliante.

  • René !
  • Il ne bougea pas davantage. Craintive de cette scène inaccoutumée, elle s’assit à ses pieds sur le paillasson du foyer, exposant ses cuisses à l’ardeur grillante de la chaleur. Ses cheveux encadraient son visage tendre et ses grands yeux inquiets.

  • Mon petit René, qu’as-tu ce soir ? Dis à ta Lolette chérie ? J’ai peur de te voir ainsi. Mon coeur me fait mal. Ma gorge me pique. Suis-je la cause de ton ennui ? Ce sont peut-être les paroles de M. Delange ?… Ton oncle ?
  • Oui, reprit enfin René d’un ton âpre, j’ai de la colère dans tout le corps, contre ces gens qui s’occupent de ma vie, de mon existence intime. De quel droit ces pignoufs de mon voisinage s’érigent-ils en contrôleurs de ma conduite et voudraient-ils entraver ma route ? Il n’est pas possible de prendre au grand jour une femme que l’on aime ! L’amour est-il donc si terrible qu’il leur fasse peur ? Je ne leur vole pas leur femme aux bourgeois, je ne trouble pas leurs ménages ! Nombre de gens qu’ils saluent bas leur font porter des cornes si longues que pas un chapelier n’a de formes assez hautes pour les y cacher. Je les laisse en paix dans leurs chenils de préjugés, dans leurs épiceries de routines, qu’ils ne m’insultent pas derrière leur comptoir d’ineffables âneries !… Cette Derrin, de quoi s’occupe-t-elle ? Prévenir mon oncle de mes faits et gestes. J’aurais du plaisir à la gifler. Quant à mon oncle je m’en moque. Tiens, voici une carte de lui que j’ai trouvée en rentrant : M. de Lorcin prie son neveu de venir sans retard lui parler pour une affaire urgente. Un discours de reproches, les calembredaines de la tante ramollie par les priéres et l’odeur des chapelles. Il peut attendre le vieux fou, ce ne sera pas cette fois-ci. Si sa langue lui démange trop, qu’il vienne ! Je rage, vois-lu, ma Lolette, je rage de ne pouvoir d’un crispement de main mincer tons ces imbéciles. Je sens qu’ils me narguent dans la nuit. Du haut de leur échafaudage d’embûches, ils vont m’accabler de pierres cruelles. Je serais obligé de recevoir les coups sans pouvoir frapper des adversaires trop lâches pour se montrer, ou se cachant derrière la haie du défensif devoir. J’entrevois ce soir une lutte violente et souterraine, une mine creusée sous notre bonheur si tranquille. Alentour notre idylle aimée, les « chulos » d’une morale idiotisée agiteront leurs manteaux agaçants. Et pourtant, Lolette, parle, leur avons-nous cherché querelle ? N’avons nous pas vécu jusqu’à ce jour en dehors de leur commerce sournois ? N’avons-nous pas chéri notre solitude exquise, n’avons-nous pas agi de même que s’ils n’existaient pas ?
  • Lolette lui avait passé ses bras autour du cou et s’était attirée sur ses genoux.

  • Mon René, ne pense pas à ces choses. Laisse de côté ce qui te préoccupe. Aimons-nous. Caresse-moi plus fort. Pourquoi chercher si loin le trouble et la tristesse ? Ici nous sommes uniquement le bonheur et je suis ton aimée.
  • Elle se pressait contre lui. Et René oubliait. Il oubliait sa rancune au contact de la chair tiède qui le voulait, des lèvres folles qui cherchaient les siennes comme le moineau cherche les chauds raisins d’une grappe dorée. Il glissa ses mains sous la chemise, caressa la nudité entière de son amante. Il posa ses lèvres sur le ventre poli et les petits seins durcis de passion. Elle l’appelait, lui criait son désir en un délire d’enivrement, l’appel enfiévré du bonheur de la possession complète, de l’unification voluptueuse de leurs deux corps en une seule âme.
    René comprit la voix puissante de l’amour, la source du courage, la consolation de la douleur, la communion eucharistique du pain transfigurateur. Ils mêlèrent leurs râles de plaisir devant la flamme qui mélodiait un rythme très doux de bénédiction.
    Et peu à peu la lampe s’éteignit faute d’huile. La cheminée comme un tabernacle d’or éclairait le délicieux sacrement d’amour sur l’autel des divins mystères.

    Ludovic Garnica de la Cruz. Nantes la brume. 1905. Numérisation Odile Halbert, 2008 – Reproduction interdite.

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    Le baptême au temps où il était devenu aussi état-civil des Français, et la règle des trois jours après la naissance

      Contrairement à une opinion communément répandue, l’obligation de tenir des registres pour y consigner les principaux événements de la vie des individus (naissance, baptême, mariage, décès) n’a pas été imposée par l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539.

    Villers-Cotterêts est un acte de pouvoir royal venant officialiser un acte religieux pour l’état-civil des Français. C’est donc un acte qui dit que le baptême est considéré comme un état civil reconnu dans les affaires publiques du royaume.

  • Dès le 14e siècle
  • des curés tenaient des registres, qui, à l’époque n’étaient guère que de simples livres de comptes où ils notaient les dons qu’ils percevaient à l’occasion des mariages et des sépultures…

  • Au 15e siècle
  • les registres paroissiaux se multiplient. Ils sont alors tenus en vertu de prescriptions ecclésiastiques édictées par certains évêques pour pemettre de constater notamment les liens de parenté naturelle ou spirituelle qui pouvaient faire obstacle aux mariages. Ces registres sont apparus d’abord dans les principautés et les Etats situés à la périphérie du royaume de France, et plus spécialement dans l’Ouest. Le plus ancien texte règlementaire de ce genre est l’ordonnaice de Henri le Barbu, évêque de Nantes (3 juin 1406) qui prescrivait la tenue d’un registre où seraient inscrits les actes de baptême. Cette initiative fut imitée en Bretagne… (Lucien Bély, Dictionnaire de l’Ancien Régime, PUF, 1996)

  • 1532
  • la Bretagne, qui possède des registres, est rattachée à la France.
    août 1539, l’Ordonnance de Villers-Cotterêts ne fait que généraliser les registres des baptêmes et leur donner un caractère d’état civil. Si cet état civil utilise les curés, c’est qu’ils sont seuls capables d’écrire un acte dans chaque paroisse de France. Certes, il existe bien parfois un notaire ou un sergent royal, mais dans une minorité de paroisses. Article 51 :

    « Aussi sera faict registre en forme de preuve des baptêmes, qui contiendront le temps et l’heure de la nativité, et par l’extrait dudit Registre, se pourra trouver le temps de la majorité ou minorité et sera pleine foy à cette fin.»

    Cet article est si peu appliqué que 22 départements seulement possèdent des registres entre 1539 et 1579, dont la Bretagne, dans laquelle les évêques avaient devancé le roi… En effet, les curés dépendent de leur évêque, pas du roi…

  • 1563
  • le concile de Trente entend éviter la célébration des mariages entres personnes liées par des parentés spirituelles. Pour ce faire, il a besoin que soient notés les noms des parains et maraines, aussi il renforce la règlementation civile en faisant obligation aux curés de les inscrire dans un registre. Cette fois l’ordre vient de la hiérarchie catholique, et il est un peu mieux suivi, mais souvent sans double. Or, certains curés (j’en connais, ainsi à Châtelais, etc…) n’hésitent pas à prêter les registres hors de la cure… sans qu’il existe une quelconque copie du registre… Il faut attendre 1667 pour que le double soit obligatoire.

  • Par la Déclaration de 1698
  • le Roi enjoint à tous ses sujets de faire baptiser leurs enfants à l’église de leurs paroisses, dans les 24 heures après leur naissance, s’ils n’ont obtenu permission de l’évêque de différer les cérémonies du baptême.

  • Code Napoléon, 1807 Article 55
  • Les déclarations de naissance seront faites, dans les trois jours de l’accouchement, à l’officier de l’état civil du lieu : l’enfant lui sera présenté.

  • Code Civil actuel, Article 55
  • Les déclarations de naissance seront faires dans les trois jours de l’accouchement, à l’officier de l’état civil du lieu.

  • Comment est apparue la règle : dans les 3 jours ?
  • Le baptême est le premier sacrement de l’église. Au fil des siècles, l’église a réfléchi et évolué sur les questions de l’âge au baptême, parfois préférant que le baptisé soit en âge de comprendre ce qu’il fait. Voyez l’histoire du baptême
    La règle dans les 3 jours, était en vigueur au temps de nos bons vieux registres paroissiaux. Elle m’a toujours terrifiée à l’idée que quelques heures après sa naissance l’enfant était porté par le père, bien souvent à pied, par tous les temps, même grand froid ou autre, et même à 8 km de l’église, soit 16 km aller-retour (c’est le cas de certains villages que je connais…). On ne connaissait pas le parapluie, mais la toile cirée et les langes (j’ai le grand honneur d’appartenir à la dernière génération de Français élevés avec des langes).

    Il est vrai que dans le même temps les gens des villes ou les hobereaux, se séparaient de l’enfant pour le mettre en nourrice, et j’ai trouvé déjà à plus de 150 km de Paris en Normandie… Bref, on n’hésitait pas ! pas étonnant que quelques uns en aient souffert !

    Mais, parfois, comme dans toute règle, il y eut quelques exceptions. Ainsi à la Cour, puis une partie de la noblesse, voire de la bourgeoisie aisée… et ce, impunément…
    C’est là qu’intervient l’ondoiement, c’est à dire le baptême où l’on n’observe que l’essentiel du Sacrement ; les cérémonies se suppléent ensuite. Bien sûr, il était à l’origine strictement réservé au danger de mort de l’enfant. Une personne présente (nourrice, oncle, et même prêtre) ondoyait, puis le lendemain on allait à l’église pour les cérémonies. Mais, il fut toléré chez certains, qui pratiquaient chaudement au château l’ondoiement, puis lancaient les invitations à travers la France afin de réunir les lointains parents pour une grande réception le jour du baptême… bref, on prenait son temps… C’est ainsi que certains actes ressemblent à celui qui suit, pris à Juvigné (Mayenne) :

    Cliquez l’image pour l’agrandir. Cette image est la propriété des Archives Départementales de la Mayenne

      Le vingt et troiziesme de juillet mil six centz
      soixante et dix fut né et baptizé Jean Marie
      de Labroise filz de messire Jean de la Broise
      chevalier seigneur du Chalange et de damoyselle
      Renée Le Clerc sa companne et luy a esté administré
      les serémonnies de l’églize le vingt neufviesme
      octobre audit an que desus par moy prêtre soubsigné
      et ont esté parain et mareine Jean Baptiste
      Bouestin seigneur de la Brunelays gentilhomme servant
      chez le Roy et dame Marie du Pourpry dame douairière
      de Juvigné

    On trouve ce type d’actes dans de nombreuses paroisses, et parfois l’enfant a déjà plus de 12 mois, voire plus encore…

    Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet Merci d’en discuter sur ce blog et non aller en discuter dans mon dos sur un forum ou autre blog.

    Contrat d’apprentissage de couvreur d’ardoise à St Mars la Jaille (44), 1693

    pour Charles Chauvière de Freigné (49) chez Jean Beuriau

    Je poursuis pour vous l’étude de l’apprentissage, et je fais amicalement remarquer qu’on pourra ainsi mieux appréhender le coût de la formation de beaucoup de métiers manuels.
    Il s’avère que le coût est nul lorsque c’est le père qui montre à son fils, mais que l’apprentissage est utilisé lorsque le père n’est plus là, ou lorsqu’il a trop de fils, ou lorsqu’un jeune n’ayant pas l’atelier d’un père disparu, souhaite envisager un autre métier qu’il a les moyens d’apprendre grâce au petit pécule dont il a hérité.
    Il s’avère également que la somme payée est négociable, mais j’attire votre attention sur ma page APPRENTISSAGE, qui vous donne désormais une idée du coût d’un apprentissage lorsque papa n’est plus là. J’insiste sur cette page, qui vous permettra d’appréhender le coût de la vie à l’époque, car je suis personnellement opposée à la conversion de la monnaie d’époque en euros actuels, puisque la valeur des choses, et les choses nécessaires, et le moyen de se les procurer, ont totalement changé.
    Ainsi, de nos jours l’apprentissage n’a plus le même financement du tout avec notre notion de l’enseigment gratuit. Vous voyez bien qu’on ne peut rien comparer, et qu’on ne doit donc rien comparer en euros.
    Le couvreur d’ardoise est répandu en Anjou et Bas-Maine, pays de mines bleues (ardoise). C’est la couverture utilisée sur toutes les maisons, même les granges et étables, et j’ai plus rarement rencontré un autre toît, et quand cela est, c’est la porcherie ou autre petite dépendance.
    Le couvreur d’ardoise est un artisan indépendant et on découvre dans ce contrat qu’il fait aussi ses petites cultures les jours où il n’a pas de maison à couvrir, ce qui est à la fois autosuffisance et revenu complémentaire.

    Le 29 juin 1693 avant midy, devant nous François Guilbaud notaire de la baronnie de Candé ont esté présents établis soumis et obligés sous ladite cour Jean Beuriau couvreur d’ardoises demeurant aux Basses Places paroisse de Saint Mars la Jaille province de Bretagne, et Charles Chauvière demeurant à la Pugle assisté et autorisé de Suzanne Joubert sa mère demeurant ensemble à la Pucle paroisse de Freigné aussy à ce présente et acceptante établie et soumise et obligée sous ladite cour (l’acte est passé dans la province d’Anjou, et il est important pour le notaire, qui n’est d’ailleurs pas un notaire royal mais un notaire seigneurial de la baronnie de Candé, de faire accepter la cour de la baronnie de Candé par le breton, qui lui, relève d’une autre juridiction)
    entre lesquels a été fait ce qui suit qui est que ledit Beuriau promet et s’oblige montrer et enseigner à son possible le métier de couvreur d’ardoise de maisons audit Chauvière pendant le temps de vingt mois de temps à commencer lundy prochain 6 juillet aussi prochain
    pendant lequel temps ledit Beuriau nourrira ledit Chauvière luy fournira de lit, logera, et fera blanchir son linge
    et pendant ledit temps ledit Chauvière demeure tenu de rester chez ledit Beuriau et luy obéir en ce qui est dudit mestier
    et si ledit Beuriau travaille quelques journées pendant ledit temps à cultiver les terres du lieu où il demeure, ledit Chauviré y travaillera comme luy. (généralement dans ces métiers on loue une petite closerie ou autre maison avec quelques terres, et on se nourrit des fruits de sa propre culture. Par ailleurs, le couvreur d’ardoise ne doit pas avoir tous les jours du travail de couvreur… donc s’occupe autrement)
    Le présent marché fait pour la somme de 24 livres de laquelle ledit Chauviré en payera la moitié en entrant et trente sols pour denier à Dieu et l’autre moitié de la somme au bout de 10 mois moitié dudit temps. (Denier à Dieu : ce qu’on donne pour arrhes d’un marché. (Dictionnaire de L’Académie française, 1st Edition, 1694))
    Ce que les parties ont ainsi voulu consenty stipulé et accepté à ce tenir faire et accomplir à quoy s’y obligent et leurs biens présents et avenir lesdits Chauvière et Joubert solidairement un seul et pour le tout sans division de personnes ni de biens renonçant etc dont etc consenty etc
    passé audit Candé maison d’honorable homme Antoine Goupil marchand présent Me François Guyon greffier demeurant audit Candé et Pierre Binault sergent demeurant au bourg de Freigné, témoins, ont lesdites parties dit ne scavoir signer enquises, et délivreront lesdits Chauvière et Joubert à leurs frais grosse et copie des présentes audit Beuriau dans un mois. Signé Gouin Binault Guilbaud Guyon

  • Le prochain contrat d’apprentissage concernera un tonnelier
  • Odile Halbert – Reproduction interdite sur autre endroit d’Internet seule une citation ou un lien sont autorisés.

    Jean Blanchard marchand mercier à Vieil Bauge, 1655, Normand de La Ferté-Macé

    La ROUTE DU CLOU (c’est ainsi que j’ai intitulé depuis des années la page des Normands que j’ai rencontrés en Anjou et Bretagne) continue, merci à vous si vous en rencontrez de l’alimenter avec moi.
    Guillaume Blanchard est né à La Ferté-Macé (Orne, 61) le 14 février 1623, fils de Jean, et de mère omise, parrain Jean Drouin, marraine Marie Patrice, femme de Guillaume Penlou. Il quitte la Normandie avant 1645 date à laquelle il vend un héritage (cf ci-dessous), vente qui signifie dans ce cas qu’il quitte ou a quitté la Normandie pour s’intaller ailleurs.
    On le retrouve en 1655, venu vendre un autre héritage à la Ferté-Macé. Il est marié à Marie Testu, et marchand mercier à Vieil Baugé, situé à quelques km S.O. de Baugé en Maine et Loire, soit à 155 km de La Ferté-Macé.
    Il entreprend en 1655 un voyage du Vieil Baugé à La Ferté Macé pour vendre un héritage collatétal. Or, à cette époque c’est soit le cheval soit les pieds. Le cheval ne faisait que 40 km par jour, les pieds 20 à 25 km, donc c’est un voyage de plusieurs jours, avec hébergement aussi au moins une nuit à l’hôtellerie à La Ferté-Macé, souvent il fallait même 3 nuits, le temps de nouer les contacts nécessaires (j’y reviendrai, j’ai des éléments).
    Devant un tel voyage, il a pris la précaution de se munir chez le notaire de Baugé d’une procuration de son épouse, pour le cas où. Mai, à mon avis cette procuration était vraiement pour le cas où, car l’acte de vente, qui suit, précise bien que c’est lui qui hérite de sa cousine Barbe Clérice, fille de Thomas et Françoise Barberet. S’il est écrit dans la procuration qu’il autorise sa femme, c’est que cette ritournelle juridique est toujours répétée pour les femmes mariées, qui n’ont pas le droit de d’exprimer devant le notaire sans l’autorisation de leur époux.
    Quant à Marie Testu, nul ne peut dire à ce jour si elle est normande ou angevine, car actuellement il y a autant de TESTU dans l’Orne que dans le Maine et Loire, et il semble donc qu’un TESTU ait migré dans un sens ou dans l’autre avant 1655. Le registre de Vieil-Baugé commence en 1618 et sera prochainement en ligne, on pourra y chercher leur trace, à moins que vous ne la connaissiez déjà ?
    Vous allez retrouver au passage les BOBOT dont je me tue à dire depuis des années que les angevins qui portent ce nom sont venus par la ROUTE DU CLOU de Normandie, comme bien d’autres. A mon avis, il y avait surement une route vers Baugé, car lorsqu’un Normand était là, il attirait les autres, ne serait ce que pour le commerce. Jusqu’à présent j’avais surtout étudié Château-Gontier, Segré, et Châteaubriant.

    Les actes qui suivent sont extraits du Notariat de La Ferté-Macé, Archives Départementales de l’Orne. On a d’abord la procuration angevine, puis la vente. Voici la retranscription exacte : Le lundi 5 avril 1655, par devant nous Charles Salmon (s), notaire royal à Baugé y résidant, fut présente personne établie et dûment soumise Marie Testu, femme de Jean Blanchard, marchand mercier demeurant en la paroisse du Viel Baugé au quartier Saint-Nicolas, ledit Blanchard présent en personne et qui a autorisé la dite Testu sa femme par devant nous pour l’effet des ventes, laquelle Testu a nommé et constitué ledit Blanchard son mari, son procureur général et spécial, auquel ladite Testu a donné et par ces présentes donne charge et pouvoir de vendre et aliéner par ledit Blanchard la moitié par indivis de certains héritages qui appartiennent audit Blanchard de la succession de défunte Barbe Barberet sa cousine sise et située au bourg de la Ferté-Macé et aux environs province de Normandie dont l’autre moitié d’icelui héritage a été vendu par ledit Blanchard à Jacques Du Fay, écuyer, sieur des Nöes, demeurant paroisse de la Sauvagère par contrat passé par Perier et Chalmel tabellions en Normandie, de la cour et vicomté de Falaise au siège de la Ferté-Macé, le 13 septembre 1645, montant en principal de 200 L et pour tel prix qu’il verra bon estre au garantie desdites choses y obliger ledit Blanchard ladite Testu sa femme solidairement chacun d’eux seul et pour le tout renonczant au bénéfice de division ordre de discussion priotié et postériorité, et recepvoir par ledit Blanchard le prix dudit contrat

    Du jour et an que dessus (12 avril 1655) fut présent Jean Blanchard (m), fils de feu Guillaume, natif de la paroisse de la Ferté-Macé à présent demeurant en la paroisse et ville de Baugé (c’est une erreur de lecture par le notaire de La Ferté Macé, il est écrit « Vieil Baugé » sur la procuration, et non ville de Baugé), pays d’Anjou étant de présent en ce lieu lequel tant pour lui que au nom et comme procureur général fondé de sa femme Marie Testu, vestu de procuration générale passée devant Charles Salmon notaire royal à Baugé et y résidant en date du lundy 5 avril de ce présent mois et an, duement vers nous pour y avoir recours quand besoin sera, lequel de sa bonne volonté et sans contrainte pour lui et audit nom ses hoirs et ayant cause a vendu à Bonaventure Bobot (m) fils de feu Charles Bobot de la paroisse de la Ferté présent et acceptant pour luy ses hoirs ou ayant cause, c’est à savoir tout ce qui peut compéter et appartenir audit Blanchard de la succession à lui venue parvenue par la mort et trépas de défunte Barbe Clérisse sa cousine, fille et héritière de Françoise Barbrel, sa mère, femme de Thomas Clérisse, tant en maisons, jardins d’arbres, jardins à porée, prés, pastures, terre labourable et non labourable, communs, franche quitte et libérée en toutes choses généralement quelconques sans réservation, ladite vente de la dite succession assise et située au bourg et bourgeoisie de la Ferté, proche le pont Micheline, en la baronnie dudit lieu, … ladite vente faite pour le prix et somme de 120 L (six vingt) (ce prix de la 2e moitié est bien inférieur au prix de la vente de la 1ère moitié qui était de 200 L, et il faut sans doute y voir l’influence de l’usufruit qui oblitère considérablement la jouissance de l’acquéreur) tournois en principal achapt de deniers francs allans de mains dudit vendeur pour et audit nom de laquelle somme ledit vendeur s’en est tenu à comptens et bien payé moyennant le payement que ledit acquéreur luy en a fait tant présentement qu’auparavant le tout en or et monnoye d’écus ayant cours à l’édit et ordonnance du roy ainsi qu’il a confessé par devant nous tellement qu’il s’en tient à comptens et bien payé, par devant lesdits tabellions,
    et au vin de marché 10 L (c’est une commission exhorbitante !) dont à pareil ledit vendeur s’est comptenté comme dessus et d’aultant que ledit Thommas Clerisse a la jouissance de ladite vente par usufruit sa vie durant, en ce cas est accordé que ledit acquéreur le laissera (écrit lessera) jouir suivant la coustume dont ils sont demeurés à ung et d’accord par devant lesdits tabellions, et quand à l’entretien et obligation …
    présents vénérable et discrete personne Me François Penlou (s), prêtre, curé de la paroisse de la Motte Fouquet et Hebert Drouin de la Ferté (s)

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