Bail à ferme des Terguettes, Ménil 1531

je pense que les Noël, père et fils, sont exploitants directs. Leur bail à ferme comporte bien entendu, outre la somme de 24 livres par an, 24 chappons, ce qui est énorme, et 2 poids de beurre. Mais aussi, et c’est la première fois que je rencontre ce produit si nécessaire, 2 livres de duvet ! Je suis même surprise de découvrir qu’après tant de baux que je vous ai mis ici, ce soit la première fois que ce produit de première nécessité apparaît.

J’ai trouvé cet acte aux Archives Départementales du Maine-et-Loire, série 5E121 – Voici sa retranscription (voir ci-contre propriété intellectuelle) :

Le 10 aout 1531 en notre cour royale à Angers (Jean Huot notaire Angers) personnellement establiz honorable homme et saige Me Jehan Ledevyn licencié ès loix sieur de Villettes demourant à Angers et honneste femme Jehan Belin son espouse de luy suffisamment auctorisée quant à ce d’une part,
et chacun de Jehan Nouel et André Nouel son fils laboureurs demourans aux lieux et mestairies des Terguertes près Chateaugontier d’autre part,
soubzmectant lesdites parties l’une vers l’autre mesme lesdits Jehan et André Nouel eulx et chacun d’eulx seul et pour le tout sans division de parties ne de biens leurs hoirs etc confessent c’est à savoir lesdits Ledevyn et sadite femme avoir baillé et par ces présentes baillent à tiltre de ferme et non autrement auxdits Jehan et André les Nouels et à chacun d’eulx seuls et pour le tout sans division etc qui ont prins et accepté audit tiltre de ferme et non autrement desdits Ledevyn et sadite femme du jour et feste de Toussaints prochainement venant jusques à 4 ans et 4 cueillettes entières et parfaites ensuivant l’une l’autre sans intervalle de temps et finissant à pareil jour lesdites 4 années et 4 cueillettes finies et révolues
les lieux et mestairies domaines et appartenances des Haultes et Petites Terguères esquels lesdits preneurs sont à présent demourant situées et assises ès paroisses de Ménil et Sainct Remy près Château-Gontier, tout ainsi que lesdits lieux se poursuivent et comportent avecques tout et chacunes leurs appartenances et dépendances o les réservation et modifications cy après déclarées
pour en iceulx lieux demourer et converser honnestement ainsi que gens de bien doibvent faire et d’iceulx prendre et percevoir les fruits qui y proviendront ladite ferme durant et en dispouser à leur plaisir
à la charge desdits preneurs de payer et acquiter les cens rentes charges et debvoirs deuz pour raison desdits lieux et en bailler quictance
et iceulx entretenit en bon estat de réparation et les y rendre à la fin de ladite ferme
de planter par chacun an ès terres desdits lieux les endroits le moins endommageables 24 aigrasceaux et iceulx enter en bons fruitiers
et de relever les fousses et en faire chacun an 30 toises de foussés neufs au tour des terres dudit lieu ès lieux où ils seront plus nécessaires
et est faite ceste présente baillée prinse et acceptation d ferme pour en rendre et payer chacune desdites 4 années et 4 cueillettes par lesdits preneurs et chacun d’eulx seul et pour le tout sans division de parties ne de biens leurs hoirs etc auxdits bailleurs en leur maison en ceste ville d’Angers la somme de 24 livres tz 4 chappons 2 poids de beurre et 2 livres de duvet au premier jour de janvier le premier poyment commençant au premier janvier prochainement venant
et prendront aussi lesdits preneurs 10 sols tz ladite ferme durant que doibt la jeudecesse ? par chacun an
ne coupperont aucuns arbres par pié ne par hure sans le congé et permisson desdits bailleurs
aussi ne pourront bailler ce présent marché ne y associer aucun sans le congé et permission desdits bailleurs
et ont réservé et réservent lesdits bailleurs 3 hommées de jardrin et le hault Dune neuf que tient de présent Pierre Tarin où les dits preneurs ne prendront rien
et si lesdits bailleurs vendraient lesdits lieux au dedand du temps de la dite ferme lesdits preneurs ne le pourront empescher et ne seront audit cas tenus lesdits bailleurs en aucun garantaige ne desdommagement vers lesdits preneurs
auxquelles choses dessus dites tenir etc et ladite ferme rendre et poyer et aux dommages etc obligent lesdites parties mesmes lesdits preneurs eulx et chacun d’eulx seul et pour le tout sans division etc à prendre vendre etc renonçant par devant nous lesdits preneurs au bénéfice de division etc et de tout etc foy jugement et condemnation etc
présents à ce Pierre Houssin demourant au lieu de la Bougueraye en la paroisse de Ménil et maistre Jehan Chevalier clerc demourant à Angers tesmoings
ce fut fait et passé audit Angers en la maison desdits bailleurs les jour et an susdits

Cette vue est la popriété des Archives du Maine et Loire.

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Bail à ferme du voiturage par eau, Château-Gontier 1662

L’acte qui suit est aux Archives Départementales de la Mayenne, série 3E62 – Voici ma retranscription : Le 28 novembre 1662 devant nous Jean Letessier notaire royal à Château-Gontier, furent présents en leurs personnes establis et deument soubzmis noble Jean Lebreton conseiller du roi commisaire des guerres et honorable homme Pierre Noel sieur du Chastelet marchand tous demeurant audit Château-Gontier fermiers en partie du marquisat de cette ville tant pour eux que se faisant fort des autres fermiers auxquels ils promettent qu’ils ne contreviendront à ces présentes d’une part
et Me Simon Sizé praticien demeurant au fauxbourg d’Azé de cette ville d’autre part
lesquels ont fait et convenu ce qui ensuit, c’est à savoir que lesdits sieurs bailleurs ont affermé et afferment par ces présentes audit Sizé stipulant et acceptant le droit de provosté des marchandises qui se voiturent par eau seulement pour par ledit Sizé jouir desdits droits prendre recepvoir les esmoluements d’iceluy droit conformément à la pancarte qui luy sera mise entre mains, et tout ainsi que les bailleurs sont fondés par leur bail général
et ce pour le temps et espace de deux ans huit mois qui ont commencé du jour et feste de Toussaint dernière passée et qui finiront au jour et feste de Saint Jean Baptiste de l’année que l’on dira (je n’ai pas la suite)

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Confiseries de Noël en emballage de verre, fabriqué par Louis de Mesenge

En 1633, Louis de Mésenge, natif de la Ferrière-aux-Étangs, gentihomme verrier à la Plesse à Précigné (Sarthe, à 50 km N.N.E. d’Angers) livre pour Noël des boîtes à confiture.

Dans les innombrables actes notariés que j’ai dépouillés, j’ai eu une faiblesse pour les inventaires après décès, pour l’immense témoignage qu’ils livrent sur les intérieurs et les modes de vie du passé.
Alliant ma passion pour le verre et les verriers, à celle des inventaires, j’ai constaté, parfois avec quelque étonnement, la très faible pénétration des objets usuels en verre au 17e siècle en Anjou. Ils étaient un objet de luxe, réservés à une élite, car en fait, point d’usine, mais uniquement quelques ateliers de verriers fort rares et éloignés. Voir mon billet « ouvrons les fenêtres »
Aussi, la découverte d’une vente de tels objets rares, parmi les actes notariés, fut pour moi un joie sans pareil !

Voici l’acte :« Le 8 novembre 1633, Dvt Claude Garnier Nre Angers, Louys de Mezange, écuyer, Sr du Pont Dt en la paroisse de Présigné au lieu seigneurie de la Plesse, vend à Françoise Tribouillard marchande de verrerie, veuve de Mathurin Lapert Dt à Angers la Trinité, le nombre de quatre cents fais de verre bons et marchands assortis partie de verre à boire, de mascaron, verre commun, boîtes à confitures et verres de deux cents bouteilles d’un quart qui auront le col court et grande embouchure, le tout provenant de la verrerie dudit lieu de la Plesse, que ledit Sr du Pont promet livrer en cette ville d’Angers à la boutique de ladite Tribouillard chacune charge assortie tous les 15 jours, jusqu’à la parfaite livraison pour le prix de 200 L qu’elle promet payer en l’acquit dudit vendeur à h. h. René Guyet Sr de Fromentière marchand à Angers à Noël Prochain. »

Françoise Tribouillard, dont le nom vient du verbe tribouler : troubler, agiter, est effectivement une grande agitatrice, et pour tout dire, une révolutionnaire. A mon avis, elle vient de lancer la trêve des confiseurs, et, à ce titre, elle mérite une place dans l’Histoire avec un H.
En effet, l’acte stipule que la marchandise doit être livrée avant Noël, donc il s’agit pour cette commerçante hors norme, de vendre pour Noël !
En 1633, le sucre lui-même est une nouveauté, et tout fruit avec du sucre est appelé « confiture », alors que nous distinguons aujourd’hui confiserie, fruit confit, confiture.
Noël 1633 est une date dans l’histoire du sucre. En effet, c’est le 27 novembre 1632 qu’un arrêt de la Cour accorde aux épiciers le privilège de la vente exclusive du sucre, confiture, sirops, dragées…
Auparavant, le sucre était le privilège exclusif des apothicaires. Il fut d’abord paré de vertus médicamenteuses, mais d’aucun avait remarqué son petit côté gourmand ! Le monopole de la vente du sucre, fort lucratif, fut alors à l’origine d’une longue querelle entre apothicaires et épiciers, chacun voulant le monopole pour sa chapelle.
Ainsi, c’est dans ce joli quartier de la Trinité à Angers, qu’on nomme aujourd’hui la Doutre, où tant de maisons à pans de bois arborent avec fierté leurs 4 siècles, voire plus, que ce fit en ce Noël 1633 une immense révolution des modes de vie à Noël.
Mais, cette révolution ne fut pas la seule. Françoise Tribouillard lance aussi l’emballage : le récipient en verre pour confiture ! Vraiement, cette Françoise Tribouillard était une visionnaire : deux innovations en 1633, la confiserie à Noël et l’emballage en verre !
PS : Merci à Monsieur le maire de Précigné, et à tout autre lecteur de ce billet, de ne pas l’imprimer ou le rééditer, mais de signaler seulement son existence à ses administrés, en leur conseillant la visite de ce blog. Car, bien trop de maires du Haut-Anjou, ont abondament imprimé et diffusé, tuant mon site, or, ce site doit vivre, et pour vivre il doit tourner dans la guerre des clics qu’est Internet. Merci de le comprendre.

Joyeux Noël, Merry Christmas, Frohe Weihnachten !

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